Rendez-vous avec Rochefort
Le temps passe si vite ! Cette petite phrase, ma grand-mère la répétait souvent lorsqu’elle constatait avec nostalgie que nous avions grandi, que nous n’étions plus des petits lutillons au biberon. Mais ma mère arborant un grand sourire la taquinait en lui répliquant sur le ton de la plaisanterie que les heures s’écoulaient toujours à la même vitesse.
Emprisonnée sous cette cape, privée de mouvement, je repensais à cette phrase fétiche de ma grand-mère. J’aurais aimé que le temps s’arrête et que je puisse concocter un plan ingénieux pour me sortir de là. Cependant, la tavernière bien en chair et exerçant admirablement son métier avait rapidement fait le tour de ses clients et nous revint rapidement.
« Rochefort est assis au fond de la salle, c’est le gobelin à la peau rouge. »Une fois de plus, la mégère qui me gardait prisonnière emprunta un ton aimable pour répondre à la serveuse tout en se tournant vers l’endroit indiqué par celle-ci.
« C’est très aimable à vous, il s’agit bien de celui qui offrait une petite présentation à mon arrivée ? » « Celui-là même madame. Il est arrivé ici en compagnie de Magda, une habituée, ainsi que d’un lutin. Il demande à ce que vous le rejoigniez. » J’entendis quelques pièces trébucher sur le comptoir et vis la serveuse les ramasser avant de s’en retourner servir d’autres clients. Quant à ma geôlière, elle vida d’un trait sa bière, puis se leva.
Attentive, je n’avais pas perdu un seul mot de la conversation. Le dénommé Rochefort existait vraiment. Il ne s’agissait pas, comme je l’avais cru, d’une stratégie de la part d’Hortense, elle avait réellement l’intention de me vendre. Mon cœur se serra par la déception et la contrariété. Je ne connaissais cette Hortense que depuis trop peu de temps pour la considérer comme une amie, et puis notre relation s’était limitée à une association d’affaires, cependant, je l’avais crue honnête et droite. Je poussai un long soupir, je devais me tirer seule de ce mauvais pas, personne pour m’aider.
Pendant que je tentais de trouver un moyen de m’échapper, mon infâme ravisseuse avait traversé la salle et s’était assise en face de Rochefort, sa main droite m’écrasant toujours aussi fortement.
Une peau rouge écailleuse, des yeux jaunes globuleux surmontés par des arcades sourcilières prédominantes, les joues creuses, ce gobelin me faisait peur. Bien que j’étais à peine visible, par réflexe, je reculai un petit peu ma tête, je craignais que son regard mesquin ne croise le mien. Non loin de lui, ce tenait un individu qui m'était moins étranger puis que nous appartenions à la même race. La naine ne s'était pas trompée, cette créature de taille similaire à la mienne, sûrement mon aîné de quelques années, arborant des vêtements d'une belle couleur verte rehaussé par un chapeau et une cape rouge, était bien un lutin.
« Vous êtes bien Rochefort ? Je suis Hortense !» Mentit outrageusement la vilaine femme dont le cœur semblait aussi dur que la pierre.
Alors qu'Achel discutait avec l'affreux gobelin, je regardais fixement le petit être barbu espérant qu'il m'aperçoive et qu'il me porte secours.