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Le sourire déjà fendu jusqu’aux oreilles, Fenouil observa Altëa prendre place à ses côtés. Il était impatient de partir. Alors qu’il allait demander à la jeune femme ce qu’ils attendaient pour quitter l’arbre de vie, il vit le garde de l’O2 s’approcher de lui. En guise d’aurevoir, il lui demanda de revenir sain et sauf afin qu’il puisse lui offrir son couvre-chef. Aussitôt Fenouil jeta un petit coup d’œil au chapeau puis sourit à Frank.
« Je reviens bientôt et en un morceau ! » Lui répondit-il joyeusement.
Pour Fenouil, ce voyage était une petite balade où il pourrait enfin se rendre utile en allant chercher ces précieuses poches de vie. N’allez pas penser que le petit gobelin n’accordait pas d’importance à la mission qui lui avait été confiée. Au contraire, elle comptait beaucoup pour cet amoureux de la nature. Mais il faut comprendre qu’il était déjà très loin de chez lui, de son monde. Donc dans sa logique bien singulière, il ne s’éloignait guère davantage de son chez lui qu’il ne l’était déjà, contrairement à Altëa.
Fenouil observa la jeune femme appuyer sur quelques boutons et entendit un léger grondement. La voiture semblait prête à partir de nouveau. Les mains sur cette cinquième roue, Altëa contrôlait cette voiture non munie de chevaux. Une fois devant la falaise la jeune femme semblait aussi surprise que le gobelin de voir la voiture se cambrer pour rouler à la verticale. Fenouil, curieux de nature,regardait en arrière, en avant, puis à gauche et à droite. Ils grimpaient la paroi à la verticale et ça lui plaisait vraiment. Une fois, au sommet le véhicule reprit une position horizontale et Fenouil put constater le piètre état de cet endroit qu’ils nommaient les Terres Désolées. Son sourire s’effaça. Lui aussi était désolé de voir un endroit si désertique, si plat, si vide, si gris et si ridé. Seulement quelques dépouilles d’arbres témoignaient d’un passé plus luxuriant. Fenouil comprit la signification du soupir d’Altëa et en toute solidarité, il en poussa un lui aussi.
Et puis la voiture s’accéléra d’une façon si soudaine que Fenouil eut l’impression de s’enfoncer dans son siège. Il jeta un coup d’œil nerveux à Altëa et en déduisit par le sourire qu’elle affichait qu’elle contrôlait la situation. Non habitué à une telle vitesse, instinctivement, Fenouil s’accrocha à deux mains à ce qui ressemblait à une poignée ayant cette utilité. Il en était à sa première expérience dans un engin pouvant se déplacer aussi rapidement et sans ressentir de peur, il ne pouvait affirmer s’il aimait ça ou pas. Le reste de son corps, notamment son estomac, résistait du mieux qu’il le pouvait, menaçant d’expulser à tout moment le contenu de son dernier repas. Sa peau ayant à présent une teinte plus pâle que jamais, le petit gobelin ne regardait que de l’avant. La jeune femme affirma qu’ils arriveraient d’ici une journée. Le petit gobelin ne répondit point. Puis, un à un ses organes s’adaptèrent et son estomac se calma. Sa peau reprit peu à peu sa teinte verte.
Une fois la nuit arrivée, Altëa arrêta le véhicule, coucha son siège et montra à Fenouil comment faire avec le sien. Sans un mot Fenouil ouvrit la portière et sortit de la voiture avec hâte. Même s’il disposait d’une bonne vue, il ne s’éloigna pas de la voiture, se contenta de se rendre à la roue arrière afin de vider sa vessie. Une fois, sa petite besogne accomplie, il entra rapidement dans le confort de l’habitacle. Contrairement à son habitude, il mangea peu et prit que quelques gorgées d’eau. Il ramassa une couverture, s’y recouvrit puis il tourna sa tête vers Altëa et lui dit :
« J’ai bien hâte à demain, j’espère pouvoir m’endormir rapidement. » Cela dit, il ferma ses yeux et… se mit à ronfler presqu’immédiatement et assez bruyamment.
Lorsque Fenouil se réveilla le lendemain, la voiture était déjà en route. Il s’étira quelques minutes avant de reprendre une position assise. Puis l’estomac lui réclamant de la nourriture, il se pencha vers l’arrière et ramassa quelques carottes qu’il mangea avidement. Apparemment, il ne souffrait plus de maux de cœur attribuable à la vitesse. Ce n’est qu’en mi-journée qu’ils arrivèrent à destination qui s’avérait à être une grotte. Altëa expliqua qu’il y avait des êtres vivants dans ces galeries. Bien qu’elle ne pouvait en connaître la nature, elle savait que ce n’était pas des humains ni des elfes et que le trou s’avérait trop gros pour appartenir à des rongeurs ou des insectes.
Curieux et content de se dégourdir les jambes, Fenouil sortit immédiatement du véhicule. Il se plaça près d’Altëa et put sentir lui aussi, la brise fraîche et humide qui s’en dégageait. Tout en observant la grotte, le petit gobelin commenta :
«Ca peut-être la grotte d’un ours...dans ce cas, il faudra prendre nos jambes à nos cous… car on pourrait être son prochain gueuleton »
Fenouil n’était pas un être courageux, et il avait plutôt peur des ours. Mais sa curiosité le poussait à explorer de tels endroits, et sa naïveté lui faisait croire qu’il s’en sortirait sans souci, puisque son heure n’était pas venue.
Lorsque Altëa lui tendit la torche qu’elle venait d’allumer, il hésita avant de la prendre.
« Il y a souvent beaucoup de chauves-souris dans ce type de grotte, la lumière des torches risque de les réveiller et de les déranger. Elles ne sont pas bien méchantes, mais leur cri strident est désagréable pour les oreilles.»
Il réfléchit un instant avant de poursuivre tout en ramassant enfin la torche qui lui était tendue.
« Je n’ai pas besoin de beaucoup de lumière pour voir dans l’obscurité. Je vais donc prendre les devants. Il serait mieux de ne pas tenir la torche trop haute, et je vais mettre ma main droite devant la flamme pour l’atténuer un peu. »
Puis, soudainement, il donna sa torche à Altëa, retourna à l’auto au pas de course, ramassa son sac, y fourra quelques réserves de nourriture, puis passa son sac en bandoulière. Il revint en courant vers Altëa pour lui annoncer tout en ramassant la torche :
« Je suis prêt ! »
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Fenouil, larron origine voleur
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