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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Lun 20 Fév 2017 19:58 
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L'homme baissa un regard déjà vide vers la pointe du sabre pourtant quelque peu éméchée qui lui avait littéralement transpercé le cœur par derrière et répandait désormais son sang sur les plaques jointes de son armure légère. Puis ses genoux cédèrent et comme une molle poupée de chiffon, il chut sur le sol entre les deux garçons qui se regardèrent, hébétés. Maelgion avait la poitrine qui battait à tout rompre et tremblait de tous ses membres. Il avait vu la Mort devant ses yeux et elle l'avait frôlée. Choqué, il ne pouvait quitter des yeux le corps sans vie qui touchait le sien, encore vif. Asam avait pour la première fois tué un homme et ses mains, aussi, tremblaient, et faisaient trembler son sabre sanguinolent. Tout s'était passé trop vite, il voulait le crier. Un affreux goût de bile lui remontrait des entrailles et menaçait de déborder de sa bouche aux lèvres fines et délicates. Les deux garçons, finalement, osèrent se regarder dans les yeux. Les mains tremblantes se contractèrent davantage, mouillées d'une unique larme. Le jeune pirate se précipita au chevet de son ami.

"Est-ce que tout va bien ?!"

"Oui... oui, je crois."

Ils se serrèrent fort, apeurés par leur crime, mais bien plus par la violence qui tourbillonnaient autour d'eux. Ce n'était pas censé se passer ainsi. Pourquoi ces soldats opposaient-ils une telle résistance ? Ils n'étaient pas censés... Il n'aurait pas dû y avoir un mort. Pas de leur main, naïve d'innocence et de jeunesse, en tout cas. Ils restèrent là, sur le sol, prostrés. Le soldat dont Maelgion s'était précédemment - et temporairement - débarrassé, s'était relevé, mais un autre de leurs compagnons était alors promptement apparu à leur secours. Il leur avait ensuite ri méchamment au nez avant de, toujours avec la même hargne, leur ordonner de se remettre debout. Asam prit l'initiative et remit debout, par sa main bouillante, le jeune mage. Ce fut alors que l'agitation qu'on avait sentie monter depuis l'autre bateau - le leur, l'Anne-Marie - prit toute son ampleur.

Un seul homme, un seul soldat, sûrement fou, avait fait ce qu'on aurait pu appelé un contre-abordage. Il avait sauté sur le bateau de ses attaquants. L'affaire aurait pu en rester là, mais l'homme était habile de sa lame, arrêté dans ses décisions. Il avait l'idée de semer le trouble pour faire cesser l'assaut. Bien qu'à un contre quatre, il se débrouillait fort bien : il sut se débarrasser des rares pirates étant restés. En réalité, il se fit plutôt bien entaillé le lard, mais à la parfaite ignorance de tous sauf lui-même, un jeune mousse qui se trouvait là le lui guérit par une magie aussi maîtrisée qu'inattendue. À nouveau sur pieds, il continua de mettre son plan en action : il obtint du petit guérisseur qu'il allât lui chercher une flamme tandis que, déchirant la chemise qu'il portait sous sa légère armure, il en fit une boule serrée qu'il attacha à la pointe d'une flèche ramassée sur le pont. L'ayant enflammée, il se mit à courir de partout en poussant de grands cris et en boutant le feu à tout ce qui pouvait l'être facilement. Finalement, il s'attaqua aux cordages. Le chanvre noircit, se racornit. Lâcha. Sur les deux bateaux, on entendit un immense crac. La grand'voile volait librement et en tous sens par son côté droit. Un deuxième craquement et elle s'affolait de toutes parts. Le soldat ne s'arrêta pas là : le chanvre se consumait et la flamme courait le long des fils torsadés. La plus petite voile se fit attaquer, à son tour. Le vent se mit de la partie. Un violent souffle d'air envoya les cendres et les braises sur sa compagne d'à côté qui n'attendait que cela pour s'embraser. En un instant, l'incendie fut de partout et léchait les mâts et le pont et les voiles.
L'horreur absolue.

"RETRAITE ! RETRAITE !"

Le capitaine des pirates, qui avait pourtant eu, jusque là, l'ascendant sur le capitaine des soldats défendants vaillamment des marchands, se mit à s'affoler et à gueuler. Son bateau qui brûlait, c'était son cœur qu'on arrachait. Mais à quoi rimait la retraite ? Encore un peu de temps et la grand'voile partirait elle aussi en fumée. L'Anne-Marie était fichue. Ils auraient beau abandonner le combat et tous réintégrer le navire, c'était trop tard. Un vent de désespoir souffla sur les pirates, permettant aux soldats de reprendre l'avantage. Les coups de sabres des bandits se firent plus mous. À l'incendie de l'Anne-Marie répondait la défaite de ses occupants. Un à un, ils se laissèrent capturer. Ils allaient être ramener au port, à Eniod, où ils seraient jugés. Déjà, les soldats se réjouissaient entre eux : des pirates capturés, c'était l'assurance d'une belle prime ! Tout semblait fini.

"Lenen..."

C'était la confusion tout autour d'eux et une douce lueur orangée parvenait sur leurs faces. Remis debouts, ils arboraient leurs armes, l'un son long couteau, l'autre son sabre plus très frais, mais avec aucune ambition de les manier. Ils étaient dégoûtés du combat et voilà que, de l'autre bout du vaisseau ennemi, ils voyaient le leur prendre feu. Maelgion sentait, de nouveau, son cœur s'emballer. Lenen... Son petit frère était resté sur l'Anne-Marie. Il revoyait encore sa bouille adorable. Il entendait encore à ses oreilles ses propres paroles, pleines de colère, à l'encontre de son adorable petit-frère. Il sentit la main d'Asam se glisser dans la sienne et la serrer fortement. Mais il secouait la tête, comme dubitatif, comme refusant de croire à cette réalité.

"Lenen !"

Ils virent arriver, en face d'eux, les soldats. Le pirate qui était venu à leur secours un moment plus tôt fut bientôt mis hors d'état de nuire ; ils parvinrent à s'échapper de justesse. Las, un pont n'est jamais grand et plus tombait les marins dévoyés, plus se resserrerait sur eux le filet des protecteurs des marchands. Maelgion ne réfléchit même pas. Pourquoi réfléchir ? Son petit-frère n'était pas sur ce bateau. Il était sur l'autre. Faisant preuve de sa plus grande vitesse et de sa plus féroce agilité, il se glissa entre les jambes des adultes, bouscula les barils pour faire distraction et courut, courut de toutes ses forces en direction du bord. On coupait déjà les crochés lancés plus tôt par les pirates pour accrocher les deux navires ensembles. Au moment où la dernière corde était tranchée d'un coup sec et ferme, il prit appuis sur le bastingage et sauta. Il se prit celui de l'autre au creux de l'estomac et ne s'y accrocha qu'in extremis. Asam qui le suivait sur les talons ne sauta pas assez loin : il se retrouva suspendu au reste de la corde qu'on venait de couper. Tous les deux, ils poussèrent sur leurs pieds de toutes leurs forces afin de revenir sur le navire. Les flammes étaient déjà hautes et belles. Une épaisse fumée se répandait à vive allure sur le pont. Le bateau marchand, quant à lui, s'éloignait à vive allure pour ne pas être pris dans l'incendie.

"Maelgion, arrête-toi ! C'est de la folie !"

"Mais mon petit frère est là, quelque part !"

La fumée leur entrait dans la bouche, irritait leur gorge et leurs yeux et les empêchait et de voir et de respirer convenablement. Où était Lenen ? Ils étaient sur le pont arrière et n'arrivaient plus à apercevoir celui de devant. Le bois, sous leurs pieds, était chaud et craquait. Il allait se démanteler avant d'être engloutit dans les flots silencieux. Maelgion décida de se diriger vers la soute, là où son petit-frère était sûrement parti se cacher pour attendre la fin de l'abordage. Mais Asam le retint avec force.

"Arrête ! Mais arrête ! On va mourir si tu continues !"

"Je m'en fiche ! Il faut que je retrouve Lenen !"

Il parvint à se dégager et se mit à traverser le pont.

"Lenen ! Lenen ! Où es-tu ?"

Soudain, un des espars sur lesquels étaient les voiles se décrocha par un bout et se précipita vers le pont dans un arc-de-cercle. Maelgion n'eut pas le temps de l'esquiver. Le gréement en bois vint le frapper à la tête et, continuant sa course, le précipita par-dessus bord, dans la mer avant que le feu ne le décrochât totalement et qu'il ne s'effondrât dans un grand fracas. Les flammes crépitèrent avec avidité. En voyant la scène, Asam cria. Puis il se jeta de lui-même dans l'eau.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Mer 22 Fév 2017 02:33 
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Lenen regardait avec frayeur ce que faisait l'étranger, restant caché sagement entre deux barils. Sur l'autre bateau, l'enfant pouvait entendre les cris se multiplier. Au loin, il entendit le capitaine du navire pirate hurler en voyant le bateau brûler. Lenen avait le coeur serré, lui aussi. Il ne savait pas si c'était par une certaine pitié envers le pirate, ou si c'était de voir un si beau bateau partir en flamme sous ses yeux. Mais toujours est-il qu'il avait le coeur serré.

Mais le soldat le ramena à la réalité; le bateau brûlait ! Ils étaient en danger ! L'adulte revint en courant, après avoir brûlé une bonne partie du bateau, les flammes dévorant chaque morceau de bois pour survivre, attaquant maintenant les voiles. Les bruits déjà inquiétants du bateau devenaient encore plus horribles aux oreilles de l'enfant.

(Maelgion !)

Il se leva d'un coup, comme possédé, et il commença à courir en direction de l'autre bateau quand le soldat du navire marchand l'arrêta, l'attrapant par le bras.

"Arrête ! C'est trop dangereux !"

"Mon grand-frère... Je ne veux pas le perdre ! Je ne veux pas !" avait-il commencé à pleurer.

"Nous devons fuir, gamin ! Ce bateau ne tiendra pas longtemps !"

Lenen se mit à se débattre avec rage, plus encore que le jour où il avait été enlevé avec Maelgion, à Eniod. Il avait déjà perdu ses parents, il ne supporterait pas de perdre son frère. Même l'adulte avait du mal à maîtriser l'enfant, mais il savait qu'il ne parviendrait pas à atteindre l'autre bateau sans de graves blessures. Non, sans mourir même. Il comprenait sa peur, mais il ne pouvait pas le laisser partir. C'était très dangereux.

"Maelgion ! MAELGION !"

"Bordel, calme toi, je t'en supplie ! Tu n'as aucune chance !"

Malgré le danger, il s'agenouilla et força Lenen à le regarder droit dans les yeux. S'il voulait fuir avec lui au plus vite, il devait d'abord le calmer.

"Petit, si tu n'avais pas été là, je serais mort. Pire, tout mes camarades seraient morts sous les mains de ces pirates. Je te dois ma vie. Je te jure qu'après notre fuite je mettrai tout les moyens qui me sont en oeuvre pour retrouver ton frère, mais par pitié calme toi et écoute moi sagement."

Lenen se calma enfin, reniflant, le visage couvert de larmes. Il entendait enfin raison. Mais il avait la parole de cet homme, et il lui faisait confiance. Sans lui, les pirates auraient continués leur vice, et probablement que Maelgion et Lenen seraient devenu pirates à leur tour, dans le futur. Convaincu que le blondinet soit enfin calmé, le jeune homme se précipita sur des tonneaux. Il les ouvrit et les jeta dans la mer. S'ils étaient remplis, il les vidait sans ménagement dans l'eau.

"Sans vouloir te faire peur, nous n'avons pas le choix; nous devons sauter à l'eau. C'est ça, ou nous brûlons avec le bateau."

Pendant qu'il parlait, il continua de balancer des tas de barils à la mer. Lenen se demandait pourquoi il faisait cela. Mais son cerveau n'avait pas le temps d'y réfléchir; sauter à la mer ? Mais... Dans son apprentissage familial, il avait certes apprit à nager, mais il nageait si piètrement en rivière !... Alors dans la mer ? Au milieu de nul part ? Non ! Ils vont mourir noyés !

"Mais... Nous ne pouvons pas... On... on..."

"Fais moi confiance."

Après quelques minutes à balancer des barils à l'eau, il était définitivement temps de sauter. Les flammes, dans leur appétit insatiable, se rapprochaient maintenant de Lenen et de l'adulte, peu à peu. Le garçonnet pouvait sentir la chaleur des flammes. Sans laisser de temps à Lenen de réfléchir, sachant qu'il n'oserait pas sauter de lui-même, le soldat le porta, un bras sous les genoux, l'autre derrière son dos. Le garçon était trop grand et trop lourd malgré son âge pour être porté plus confortablement. Mais, dans l'eau, ce sera plus simple.

"Accroche toi, nous sautons."

Lenen s'exécuta, entourant ses bras autour du cou de l'adulte. Le bateau commençait maintenant à s'ébranler. Les mâts chutaient bruyamment dans des craquements sinistres. Lenen avait extrêmement peur, mais il ne savait pas pourquoi; pour le bateau qui se consumait peu à peu, ou de la mer dans laquelle il allait bientôt baigner ? L'adulte posa un pied sur le bord du bateau, prêt à sauter. Soudain, un vague cri, derrière le rempart de flamme, attira l'attention de Lenen.

"M... Maelgion ?"

Lenen ne pouvait le voir, mais l'adulte avait jeté un regard horrifié vers le bateau; son frère est revenu sur le bateau. Quel fou ! Quel sombre malade ! Il allait mourir consumé par le feu ! Son coeur hésita un court instant. Mais il savait qu'il était à présent trop tard; si c'était bien le frère de l'enfant qui était actuellement sur le bateau à crier au loin, alors il ne pouvait plus rien pour lui. Il allait mourir, et il ne pourrait jamais réaliser sa promesse faites au garçon plus tôt.

Poussé par les flammes, il se lança enfin; il sauta à la mer, sous les cris horrifiés de Lenen, sans savoir que, au loin, Maelgion était tombé... mais pas comme il le craignait. L'enfant prit une grande inspiration et ferma les yeux, frappant avec force l'eau. Paniqué, il n'osait pas lâcher l'adulte qui, lui, semblait être habitué à baigner en pleine mer. D'ailleurs, ce fut lui qui emmena sans difficulté Lenen à la surface. Ce dernier prit une grande inspiration, une fois la tête hors de l'eau. L'eau était froide. Pire, elle était glaciale. Il avait extrêmement froid.

Le soldat ne lâchait pas le garçon, sachant qu'il paniquerait et coulerait rapidement. Agilement, il nagea jusqu'au tonneau le plus proche. Il lâcha un moment Lenen en lui demandant de garder son calme, et de flotter un instant, le temps qu'il vide le tonneau, qui était remplit d'eau de mer. Lenen s'exécuta. Il avait un peu de mal à garder la tête hors de l'eau. Etrangement, nager en mer était plus difficile que nager dans un étang. Déjà parce que les vagues tentaient sans cesse soit de l'emmener quelque part ailleurs, soit carrément de le couler. Ensuite, parce qu'il n'y avait tout simplement pas de fond, ou s'il y en avait il ne pouvait l'atteindre. Dans un banal étang, s'il venait à couler, il n'aurait eu qu'à taper le sol avec ses pieds pour remonter. En mer, c'était impossible.

"Monte dans le tonneau."

L'étranger se mit à maintenir le tonneau bien droit, tandis que Lenen y grimpait avec difficulté. C'était très difficile sans faire basculer le tonneau et le remplir d'eau, mais il y parvient finalement. L'intérieur était humide, mais il se sentait mieux ici que dans l'eau. il put voir le jeune homme mettre, dans le tonneau, les deux fourreaux contenant leurs épées respectives. Lenen croisa les bras, grelotant de froid et d'inquiétude; son grand-frère lui manquait terriblement.

"Vous ne montez pas ?..."

"Pas de place. Je pourrais y aller, mais ce serait serré, et cela rendrait le tonneau instable. Je vais rester à l'eau."

Lenen n'insista pas. Il espérait que le soldat, durant le trajet, ne tomberait pas en hypothermie. Il semblait néanmoins fort, et en même temps épuisé de son combat. D'ailleurs, ce dernier, voulant faire oublier à Lenen tout ce qui vient de se passer, commença une conversation normale. Il demanda son nom à Lenen, qui le lui donna volontiers. L'adulte se présenta sous le nom de Richard. Il raconta un peu son histoire au garçon. Il n'était qu'un simple combattant ayant déjà affronté moult bandits sur une île inconnue aux oreilles du garçon. Il avait été embauché pour un bon prix sur un navire marchand dont il devait assurer la protection. Après sa courte présentation, Lenen, ouvert à son protecteur, lui raconta toute ses mésaventures. Il lui parla un peu de ses parents, des ventes qu'il devait faire avec son frère. Il pensa d'ailleurs aux fourrures qui étaient restés sur le bateau avec une pointe de tristesse - les fourrures de lapin étaient toutes douces ! Il raconta ensuite leur enlèvement, et le mois pénible que Lenen avait passé au milieu de tous ces monstres, jusqu'à arriver au moment de l'abordage. Richard était touché par le récit du garçon.

"Au fait... Où allons-nous ?..."

"Aucune idée."

Richard espérait qu'ils trouveraient bientôt la terre ferme. Déjà parce qu'ils n'avaient quasiment rien à manger, ni à boire. De plus parce qu'ils étaient tout les deux dans le froid et l'humidité - surtout lui d'ailleurs. Et enfin parce que s'ils n'avaient pas de chance, ils pourraient tomber sur des espèces animales dangereuses.

"Essai de dormir. Je vais tenter de nous emmener quelque part."

Prit effectivement de sommeil après cet évènement majeur, Lenen ferma les yeux et ne mit guère de temps à s'endormir. Les heures passèrent. Horriblement lentement. Peu importe l'endroit où regardait Richard, il n'y avait aucune île à l'horizon. Il commençait à s'inquiéter; qu'allait-il faire avec un enfant sous les bras ? Il se dit avec un air sombre qu'il serait presque obligé de tuer de lui-même Lenen, pour éviter que ce dernier ne se retrouve tout seul le jour où Richard mourrait d'hypothermie. En aurait-il seulement le courage ?

Deux heures au moins s'étaient écoulées. Richard était épuisé. Mais il ne pouvait pas dormir comme l'enfant, étant dans l'eau, emporté avec le tonneau. Lenen dormait encore par ailleurs. Le froid glaçait ses os. S'il ne trouvait pas rapidement un coin chaud, il ne survivra certainement pas un jour en mer.

Soudain, il vit au loin, caché derrière une épaisse nuée de nuages, un arbre se dressait en plein milieu. Etais-ce un mirage ? En pleine mer ? Peu à peu, il pouvait distinguer du sable... Une vague forme. Il écarquilla les yeux.

(Une île !)

Il utilisa toutes ses forces restantes, faisant du mieux que possible pour forcer le tonneau et lui-même à se diriger vers l'île. Ses bras et ses jambes tiraient, épuisés, et engourdis à cause du froid. Il parvint cependant à s'approcher suffisamment de l'île pour que l'eau l'aida à les pousser vers le sable. Au bout d'un moment, en douceur, le tonneau fut ralentit par le sable, tout comme Richard, qui pouvait enfin se lever et sentir le soleil sur sa peau. Il n'en pouvait plus. Il approcha le tonneau suffisamment pour l'éloigner hors de l'eau. Lenen s'agitait, ayant probablement sentit les mouvements. Richard tomba soudain à genoux au sol, avant de s'étaler sur le sable chaud, perdant connaissance.

Deux autres heures plus tard, Lenen ouvrit doucement les yeux, se demandant où il était. Son tonneau était allongé. Sa joue touchait le sable chaud. Quelques mètres devant lui, un crabe se promenait tranquillement. Il bondit sur ses pieds, soudain paniqué. Pas seulement par le crabe en vérité, qui n'était cependant pas loin de lui pincer le nez, mais aussi par le fait qu'il ne voyait plus Richard. Ils venaient alors d'échouer sur une île ? Quelle île ? Où ? Il tourna la tête et fut à demi rassuré de voir Richard étendu au sol. Inquiet cependant de son état, il courut à ses côtés. Il fit comme sa mère lui avait toujours montré pour vérifier qu'une personne était encore en vie; il plaça deux doigts sur son cou. Ouf, il pouvait sentir un pouls, lent et régulier. Il était en vie.

"Richard ! S'il te plaît, réveilles toi !"

Le jeune homme grogna. Quelques minutes plus tard, il ouvrit enfin les yeux et se redressa, regardant autour de lui avec un air un peu ahuri. Il frotta sa tête sous sa main et regarda le jeune homme, avant de sourire, rassuré de le voir réveillé et en bonne santé.

"Lenen ! Tu ne peux pas savoir combien il est réjouissant de sortir de cette mer glaciale !" dit-il en partant sur un rire gras, optimiste.

L'optimiste de l'adulte fit sourire Lenen, qui se leva en même temps que lui. Ils marchèrent ensemble un petit moment. Lenen avait bien demandé à l'adulte où ils se trouvaient, cependant ce dernier n'en avait pas la moindre idée. Il avait bien quelques hypothèses, mais il ne pouvait pas se décider. D'après lui, soit ils étaient encore sur Imiftil, ce qu'il aimerait bien dire au blondinet qui vient effectivement de cette île, de Tulorim précisément, soit ils étaient en Nosvéris.

Après avoir tourné en rond un moment, Richard prit les deux fourreaux dans le tonneau, en fixant un à sa ceinture, donnant l'autre à Lenen, lui disant qu'il valait mieux qu'il soit armé au cas où. Il lui expliqua qu'ils allaient devoir se séparer un peu; Lenen devrait trouver du bois tandis que Richard comptait aller un peu plus profondément dans la forêt, pour trouver quelque chose à manger. Les deux garçons se pressèrent donc. Richard devait en permanence s'assurer que Lenen était visible, aussi bien pour lui-même que pour Lenen, qui avait trop peur de se retrouver tout seul en pleine terre inconnue.

Une demi-heure plus tard, alors que Lenen recueillait du bois sec, il vit soudain au loin, allongé sur la plage, une forme sur le sable. Au début, il n'osait pas s'en approcher, surtout qu'il s'éloignerait de Richard. Mais finalement, sa curiosité prit le dessus; il s'approcha, à petit pas d'abord, puis il se mit à courir en voyant que les formes sur le sable étaient des humains. Il laissa tomber ses bois quand il reconnut en particulier l'un d'eux.

"Maelgion ! Maelgion !"

Lenen se précipita sur le corps inconscient de Maelgion. A côté de lui se trouvait Asam. Que faisaient-ils ici ? Comment diable étaient-ils arrivés sur la même île que Richard et Lenen ? Tant de questions parcouraient la tête de Lenen. Mais il s'en fichait. Au loin, Richard n'entendait pas les cris à la fois alertés et à la fois joyeux de Lenen. Ce dernier, d'ailleurs, secouait son grand-frère comme un fou, espérant de tout coeur qu'il n'était pas mort. Le garçon s'était mit à pleurer, mêlé entre la peur et la joie.

"Maelgion ! Maelgion, réveille toi, je t'en supplie !"

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Sam 11 Mar 2017 22:25 
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La peur pour son frère lui avait fait oublier toute peur pour lui-même. L'Anne-Marie, en feu, était prête à sombrer à tout instant, les flammes même léchaient les hauteurs et les sommets des mâts, embrasant leurs toiles blanchâtres, répandant une fumée, acre, véritable mer au-dessus de la mer, mer insondable, de ténèbres grisâtres et de cendres, le bois craquait et s'effondrait, déjà, le navire s'inclinait pour son dernier repos. Mais Maelgion ne s'en souciait pas. Son cœur n'était serré que par l'idée que son petit frère fût en danger. Ses yeux n'étaient embués de larmes que la vision hypothétique de son corps meurtri. Ses mains ne s'agitaient nerveusement que par la pensée qu'elles ne pourraient jamais le serrer contre elles à nouveau. Devant telle obstination, Asam ne put le retenir. Il le vit s'élancer. Il le vit être frappé par un espar détaché par l'incendie. Il le vit être précipité par-dessus bord. Bien sûr, il le suivit.

Pour Maelgion, le choc fut rude - en plus d'être inattendu. La poutre massive le frappa aux tempes et il perdit presque immédiatement connaissance, une sourde douleur déferlant soudainement dans tous ses membres. Ce fut à peine s'il sentit l'air sifflait autour de lui, complètement hagard. Puis, brusquement, le contact de l'eau froide, le contact de l'eau salée qui lui entra dans le corps par toutes les pores possibles. Ses réflexes de survie s'enclenchèrent et il se débattit, son esprit pourtant encore noir et ses yeux incapables de l'informer d'où il se trouvait. Finalement, il parvint à remonter à la surface et il recracha l'eau et le sel qui lui irritait la gorge et appelait à grandes bouffées l'air salvateur, toujours battant des bras et des jambes pour se maintenir hors de l'emprise de la vaste mer, sans plus savoir où il était et ce qu'il se passait. Tout d'un coup, il se sentit fortement enlacé, tenta dans un premier temps de se dégager, écrasa par mégarde sa main sur le visage d'Asam, entendit les échos de sa voix, s'abandonna. Il ne voyait toujours rien et sa tête bourdonnait, l'empêcher de comprendre ce que son ami lui racontait. Mais sa simple présence était suffisante pour le calmer. Il entreprit de respirer plus lentement et petit à petit les tâches noires disparurent de son champs de vision et ne restèrent que ses pupilles, gonflés par le sel âcre de la plaine maritime.

Les deux garçons, serrés l'un contre l'autre, continuaient de nager et, à leurs côtés, leur bateau continuait de sombrer. C'était un spectacle à la fois beau et tout aussi triste. La coque qui lâchait sonnait comme la longue plainte d'une sirène à l'agonie. Les flammes s'agitant envoyaient des ombres orangés sur leurs visages clair et plus foncé, donnant l'impression que le navire dansait sur des vagues de plus en plus remuées.

"Il faut vite qu'on s'arrache Mael, ou on va être aspiré !"

Maelgion acquiesça. Mais ils étaient au bout de leurs forces ; leurs jambes étaient lourdes et ne les maintenaient qu'avec peine hors de l'eau tandis que leurs bras étaient engourdis et leurs poignets fatigués. Ils tentèrent de nager le plus rapidement possible à l'opposé du bateau sombrant, malheureusement, la masse énorme brusquement engloutie résultat en un appel d'air et ils furent inéluctablement drainés par le fond, eux aussi. L'endroit ne fut plus qu'un immense tourbillon d'eau et de bulle d'air, de liquide et de débris. Il y avait des morceaux de voiles éteintes brusquement, des restes de tonneaux, des éclats de plancher. Certains étaient petits, s'enroulaient autour de leur cheville ou frappait leurs genoux. D'autres étaient gros et les emportaient dans leur sillage. Leurs corps n'étaient plus que des poupées de chiffon, ballotées en tous sens tandis que se remplissaient d'eau leurs poumons. Bien vite, ils furent arrachés l'un à l'autre et Maelgion, pour la deuxième fois, en conçut la plus grande terreur. Il lutta pour retrouver la maitrise de son corps et tendre vers la surface, refusant la mort des profondeurs. Il força ses yeux à s'ouvrir et chercha dans le chaos aqueux, la forme sombre de son ami. Leurs deux mains se touchèrent et ils s'agrippèrent avec la force du désespoir.

Le calme finit par revenir, l'Anne-Marie allant toucher le sol dernier du continent abyssal. Les deux matelots crevèrent à nouveau la surface, haletant, n'en croyant pas leur chance. Autour d'eux flottaient quelques bois qui, à leur image, avaient survécu au désastre, et, en particulier, une large planche sur laquelle ils purent se hisser à moitié.

"Courage Mael ! La côte est toute proche, je le sais !"

Le jeune mage reprit sa respiration et, côte à côte, ils se mirent à battre des jambes, se dirigeant vers l'hypothétique terre, Asam se repérant par la position du soleil. Ainsi, à la confusion du naufrage succéda le calme plat d'un paysage monotone et d'un horizon toujours bleu. Le soleil tapait sur leurs têtes. Les heures s'écoulaient. Ils ne parlaient pas pour économiser leurs forces, puisant leur courage dans la présence de l'autre. Néanmoins, petit à petit, Maelgion se sentit partir. Ses dernières forces le lâchaient et ses yeux n'arrivaient plus à rester ouverts. La cœur même vint à lui faire défaut. Pourquoi lutter ? Il n'avait plus envie... Doucement, il se laissa aller, s'abandonnant à la douce étreinte des flots et n'entendant pas le cri de panique d'Asam. La caresse froide de l'eau sur son visage le réveilla quelque peu, mais pas suffisamment. Il commençait à prendre le même chemin de l'Anne-Marie quand, une nouvelle fois, ce furent les bras d'Asam qui le portèrent à l'air libre. Ils s'aperçurent alors que, ce faisant, la planche, leur seul soutient, avait d'un coup été éjecté loin d'eux et, bien que la mer fût d'huile, le courant l'emporta trop vite. Asam eut un petit rire nerveux et lâcha quelques phrases creuses d'encouragement. Maelgion, lui, ne voyait qu'une chance : il venait de condamner son ami. Ils nagèrent encore de longues minutes qui furent peut-être des demi-heure, se soutenant l'un l'autre, mais, la terre n'étant toujours pas en vue, Asam finit par lâcher prise lui aussi et leurs deux corps furent emportés.

Cependant, par un quelconque miracle voulu par un dieu qui, de là-haut, s'était laissé apitoyer par ces tous deux jeunes hommes, le courant parvint à les rejeter sur la plage avant que leurs vies ne fussent en réel danger. Peu de temps, encore, ne s'écoula, avant que Lenen ne les trouvât. Le petit garçon entreprit de secouer son grand frère afin de le réveiller, versant des larmes pures d'innocence. Maelgion finit par ouvrir les yeux, sa tête se tourna délicatement vers la droite et il croisa le regard de son cadet. Sa main voulut se porter à sa hauteur, mais sa faiblesse générale l'emporta. Pris d'un soudain haut-le-cœur, il roula sur le ventre et, à quatre patte, cracha un mélange d'eau de mer et de bile. Sa gorge, ses poumons, le moindre de ses membres, le faisait souffrir.

"Lenen, je..."

Brusquement, ses plus récents souvenirs refirent surface et il vit, distinctement, Asam qui se noyait.

"Asam ! As..."

À peine s'était-il tourné qu'il vit son compagnon, allongé à ses côtés. Un vif soulagement lui serra la poitrine, promptement remplacé par une peur panique en constatant que le garçon à la peau cuivrée avait les yeux fermés et ne semblait plus respirer. Oubliant aussitôt toute fatigue, il vint au-dessus de lui et posa sa paume mouillée sur sa chemise détrempée et déchirés par certains endroits. La peur se mua en terreur. Que faire ? Vite ! Il ne savait... ! Lenen ne pourrait-il... ? Non, ne pas perdre de temps ! Vite, bordel, vite ! Il prit une profonde inspiration et commença un bouche-à-bouche. Au bout de la troisième prise d'air, Asam eût un sursaut. Maelgion se dégagea immédiatement pour le laisser respirer. Le matelot se redressa et toussa, cracha pendant plusieurs secondes. Finalement, quand son rythme cardiaque eût retrouvé sa tranquillité, il se tourna vers le jeune mage et un malicieux sourire apparu sur sa face.

"C'était pas mal, mais je suis sûr que tu peux faire mieux."

Disant cela, il l'attira vers lui pour l'embrasser à pleine bouche. Quoique d'abord surpris, Maelgion se laissa faire et il ne pensa à briser que l'étreinte qu'après un temps bien trop long pour qu'il ne fût pas révélateurs de ses vrais sentiments.

"Pas devant Lenen..." fut tout ce qu'il trouva à dire, le visage complètement cramoisi ce qui fit rigoler l'autre.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 26 Mar 2017 20:40 
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Qu'est ce qu'il était heureux de revoir Maelgion ! Lenen avait tant envie de lui sauter au cou en pleurant, pour lui montrer sa joie de ne pas être seul. Cependant, il ne l'osait pas. Il se rappelait encore du ton sec qu'il avait soudain prit sur le bateau, lui intimant de le laisser tranquille ... Pendant quelques instants, il cru que Maelgion était mort. Ce fut sans doutes pour cela qu'il avait les larmes roulant sur ses joues. Mais il le vit soudain tousser, crachant de l'eau, et roulant sur le côté.

"Maelgion !"

Il hésita à venir le soutenir, inquiet de le voir ainsi. Mais Maelgion reprit peu à peu ses esprits et il regarda son petit-frère. Son regard semblait, aux yeux de Lenen, comme perdu. On croirait qu'il émergeait d'un rêve ... A moins qu'il était actuellement dans ce rêve ? Il l'appela, semble-t-il, comme ne croyant pas sa présence, avant de soudain s'animer vers Asam, qui était effectivement encore au sol à côté. Lenen le regarda bondir sur lui, se levant, précipité sous l'adrénaline, et inquiet pour l'ami de son frère. Mais d'ailleurs, que faisait-il ici ? Que s'était-il passé entre temps ?

(Ont-ils fuit le navire marchand ? A moins que ce ne soit eux qui les ais poussé à la mer ? Bien sûr ! Ils ont dû les prendre pour des pirates ...)

Le scénario sembla se consolider un peu dans la tâte de Lenen, tremblant de peur, de froid, d'excitation. Son petit corps ressentait tout un tas d'émotion à la fois, et il ne savait plus où se donner de la tête. Il regarda son frère... embrasser ? Etait-il en train de faire un bisou à Asam ? Le garçon fronça les sourcils, ne comprenant pas trop. Non, il semblait lui insuffler de l'air. Ah, oui ! Du bouche à bouche ! Inquiet, Lenen le regarda faire une fois. Puis deux. Puis trois ... Et enfin Asam se réveilla, en toussant, et faisant la remarque qu'il "pouvait faire mieux", ce à quoi Maelgion répondit qu'il ne voulait pas le faire devant Lenen. Lenen le regarda sans trop comprendre; y avait-il une certaine méthode secrète pour réveiller des personnes ? Et puis pourquoi on ne lui apprends pas à faire ça, à lui ? Trop petit, encore une fois ?

Au loin, Richard mit du temps à se rendre compte de l'absence de Lenen, bien qu'il lui avait demandé de ne pas aller trop s'éloigner de lui. Quand il s'en rendit compte, il fronça les sourcils et retourna à la plage, pour le voir près de deux autres personnes. Il posa ses morceaux de bois et courut alors pour aller voir ce qui se passait.

"Lenen ? Tout va bien ?" demanda-t-il, soucieux.

Lenen regarda Richard, soulagé et heureux.

"Richard !... C'est mon grand-frère !" dit-il les larmes aux yeux, heureux.

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