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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Ven 26 Juil 2013 12:47 
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Les coquillages tapissaient les murs ici comme ailleurs, mais peut-être sur moins d'épaisseur. En tout cas, on reconnaissait une chambre, avec un grand lit à baldaquin qui semblait déplacé dans un navire.
Un homme pâle et incroyablement vieux était allongé dedans.

« Approche, mon enfant... » souffla-t-il.

Sa voix semblait autant venir de lui que des coquillages qui tapissaient les murs. Il ne semblait pas dangereux. Leyna s'assit sur le rebord du lit.

« Vous êtes... l'amant de Moura ?Le père des pirates ? »

Il hocha faiblement la tête en souriant.

« Oui, c'est bien moi. »

« Comment ? »

« Tu connais mon histoire... »

« L'amant de Moura a disparu au cœur de l'océan pour ne jamais revenir, emportant avec lui la dague convoité... Bien des prêtres tentèrent de la lui prendre avec l'aide de bâtons magiques, mais aucun ne revint. »

« Oui... les bâtons... Au début je tuais ces gens qui voulaient dérober un trésor dont ils n'étaient pas digne... j'appris que huit crosses avaient été créées pour les gardiens du savoir, ceux qui connaissaient toute l'histoire de Moura. Mais ceux qui venaient ici cherchaient uniquement le pouvoir... Je les ai tué avec la dague qu'ils venaient chercher. »


Leyna hocha la tête. Aussi choquant soient ses propos, elle ne pouvait croire que cet homme ait agi en désaccord de la volonté de Moura. Elle attendit la suite.

« Hélas, la dague a bien des facettes à l'image de ma tendre et sauvage Moura... L'Écho de vie on l'appelle... mais la vie se construit bien souvent sur la mort et cette lame l'illustre bien. Moura m'avait révélé que cette dague lui avait servit à créer bien des créatures marines. Honte à moi ! Je ne l'ai pas cru... J'ai usé de la dague à tors et à travers, j'ai même tué les rares membres d'équipages restés avec moi. La dague me nourrissait, mais elle nourrissait aussi bien d'autres êtres... »

Il repris sont souffle, il semblait épuisé. Mourant.

« J'avais envie de voir jusqu'où pouvaient se développer ces créatures... quel sot sentimentale je faisais ! Je les prenais pour les enfants que j'aurais voulu avoir avec mon aimé... Mais ils croissaient et se multipliaient sans cesse. Plus je les nourrissaient de sang plus ils recouvraient le navire. En même temps, ils entraient dans mon esprit et je les contrôlais. Je n'avais plus besoin d'équipage, le navire, recouvert de coquillage était comme une extension de mon corps. J'ai continuer à tuer les prêtres qui venaient mettre fin à ce que je prenais pour un rêve... pourtant l'un d'eux m’avertit que cela allait devenir un cauchemar... Connais-tu le secret de la vie ? »

Leyna secoua la tête, suspendue à ses lèvres.

« La vie est changeante... elle ne cesse de se modifier et de se multiplier toujours plus. Ceux qui sont trop lents à proliférer, mal adaptés à la survie, disparaissent. Ceux qui se développent trop vite et épuisent leurs ressources disparaissent aussi. Un équilibre s'établit ainsi... Mais la dague change cela : elle permet de nourrir, de croître et de proliférer au delà de l'imaginable. Les coquillages se développaient si vite que je dû les contenir. Mais alors, certains commencèrent à échapper à mon contrôle, à se multiplier tout seuls sans que je leur demande... Je les ai appelé les carcinos, et ils échappaient à mon contrôle. »

« Alors... vous ne contrôlez plus le navire ? »

« De moins en moins. Les mollusques étaient trop stupides pour comprendre qu'ils n'arriveraient bientôt plus à se nourrir. Nous allions tous disparaître. Mais alors, d'une manière que j'ignore, une créature est arrivée. A-t-elle été créé par la dague ? Par les coquillages ? Venait-elle d'ailleurs ? En tout cas, elle a pris le contrôle de la majeur partie du navire et à commencé à le diriger pour les carcinos vers les côtes. Alors j'ai prié Moura de couler le navire, avant que ces monstres des mers ne débarquent pour dévorer les peuples de la terre... et visiblement, elle t'a envoyé. »

« Sur les ailes de Rana, sur le dos de Moura j'ai voyagé... »

Il hésita, le temps de comprendre ce qu'elle disait, puis hocha la tête.

« Oui... tous venaient portés par une tempête. J'aurais dû me douter que tout ces prêtres étaient envoyés de Moura, qui avait deviné la catastrophe. Mais j'étais aveugle... »

« Alors, que dois-je faire ? Je dois sauver l'équipage... pouvez-vous m'aider ? »

« Dans une certaine mesure... Le seul moyen de mettre fin à cette folie est en théorie assez simple : tu dois retirer la dague plantée dans l'autel de Moura, dans la salle du trésor. La plupart des coquillages, même les carcinos, lui sont liés. Si la dague se désolidarise du navire, les coquillages mourront et il se brisera. »

« Mais alors... nous allons couler ! »

L'ancien amant de Moura réfléchit, mais il semblait divaguer sous l'épuisement.

« Les carcinos ont réussi à envoyer tout votre équipage dans une cale où ils se sont développés pour former un piège. C'est un truc que je leur ai appris, mais maintenant, ils le font tout seuls ! Cependant, la crosse mouraïque est toujours à bord de votre navire, et sa magie est toujours active. Il nous suit à distance, mais elle commence à faiblir, il ne faut pas perdre de temps... Je tâcherais de libérer certains prisonniers pour qu'ils reprennent le contrôle de la barre, ainsi il pourront se rapprocher assez pour que vous puissiez regagner votre navire à la nage. »

Une bouffée d'espoir submergea Leyna. Que de bonnes nouvelles ! Hélas, elle pressentait qu'il y en avait aussi des mauvaises.

« Mais dites moi, en vérité, les carcinos nous laisseront-ils œuvrer ? »

« C'est là la difficulté. Ils ne vous laisseront pas approcher de la dague. Je commanderais tout ceux que je peux pour vous ouvrir le passage, mais dans la salle du butin, les carcinos et leur calmar contrôlent tout. Je ne peux rien faire d'autre que vous souhaiter d'être prompte et efficace. Les coquillages sont lents, mais ils peuvent tuer un homme en quelques minutes s'ils se sentent menacés, et le sang les renforce... »

Leyna se releva et hocha la tête. Elle regarda le vieillard affaiblit, dévoré par sa propre malédiction.

« Votre sort est triste, mais je ne peux m'empêcher de pleurer aussi Moura qui semble condamnée à faire souffrir ceux qu'elle aime... »

« J'ai vécu de grands moment avec elle. Rien ne saurait me les faire regretter... J'ai hâte d'en finir, maintenant... peut-être, malgré ma bêtise, reviendra-t-elle me voir avant mon départ pour les enfers ? Maintenant, hâte-toi ! Je n'ai plus beaucoup de forces... Fais honneur au sang-pourpre, ce peuple est né de Moura... »

Leyna le salua.

« Je vous le promets. »

Et elle se précipita dans le couloir.
Les coquillages s'écartaient pour lui laisser un passage dégagé tandis qu'elle s'enfonçait dans les profondeurs du navire. Elle tomba alors avec surprise et plaisir sur Saryon et Valgan, qui semblaient épuisés mais à nouveau sur pied.

« Leyna... Nous avons entendu une voix... » souffla Valgan.

« Cette voix porte notre salut ! Forcez le navire à faire demi-tour et à rejoindre le chasseur des brisants ! »

Elle disparaissait déjà vers le niveau inférieur, mais elle entendit que les autres allaient vers l’extérieur. Continuant à progresser dans les couloirs gluants tapissés de coquilles, elle arriva finalement devant un mur qui semblait glisser sur lui-même. Devinant que ce devait être la cale du butin, elle attendit, fasciné par le spectacle, que les couches de coquillages glisses et se meuvent, les unes après aux autres, jusqu'à laisser apparaître la salle où le destin de tout l'équipage du chasseur des brisants allait se jouer.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Ven 26 Juil 2013 14:03 
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La salle était de dimension impressionnante. Entièrement tapissée d'huîtres, de moules, d'algues... elle avait une teinte verdâtre et ses murs semblaient briller légèrement comme les couloirs. Néanmoins, au milieu de cette étendue verte, se dressaient des coffres, des monceaux d'or et de pierres précieuses... et un autel. Il ressemblait plus à un monticule de coquilles, mais au milieux, se distinguait la forme d'une dague plantée à la verticale. En revanche, derrière l'autel, la salle disparaissait dans les ténèbres.

La jeune femme n'eut guère de temps de détailler d'avantage les lieux car soudain, les murs semblèrent de mettre à glisser vers elle et la porte à rétrécir. Les carcinos tentaient de lui bloquer le passage !
Heureusement, ils étaient si lents qu'elle passa sans problème. Aussitôt, ses pieds se mirent à écraser des coquilles et elle sentit des corps gluants qui tentaient de grimper sur ses pieds. Elle s'était coupée et le sang semblait rendre les mollusques fous. Toute la salle pulsait comme un cœur tandis que les murs glissaient, semblant fondre comme de la cire. Continuant à écraser des coquillages sous ses pieds, elle se précipita vers l'autel.
Elle l'atteignit bien vite mais comme elle l'avait constaté, la dague était enfouie sous une épaisse croûte de coquillages qui la cimentait à l'autel. Donnant de furieux coups de poignards, la semi-elfe entreprit de casser cette croûte, mais bientôt, une glissement immonde et une sensation visqueuse l'avertit que les carcinos commençaient à monter sur ses jambes. Quelque chose de rapeux... désagréable... des souvenirs antiques lui donnaient une bonne connaissance des coquillages et elle comprit qu'il s'agissait de la radula, la langue couverte de petits crochets dont se servaient certains coquillages pour racler leur nourriture sur les rochers. Ils essayaient de percer sa peau pour atteindre son sang ! Elle se mit à les racler pour les rejeter au loin, mais il en venait toujours d'autres.

Le navire se mit à tanguer violemment et elle devina que les sang-pourpres avaient engagés le combat avec le calmar. Elle, elle affrontait un ennemi qui lui semblait finalement tout aussi terrifiant. Certes aucun conte ne mentionnait des héros luttant contre des berniques tueuses ou des bigorneaux vampires, mais maintenant qu'elle était littéralement dedans, ces inlassables adversaires l'épuisaient. Elle devait alternativement creuser autour de la dague et chasser les bêtes qui montaient sur ses jambes et sa robe. Heureusement, les écailles de ladite robe semblait gêner leurs déplacement...

Puis, elle vit une autre menace : un énorme bénitier, porté par un tapis de berniques. Ces créatures pouvaient vraiment s'adapter et travailler en commun !
Comment lutter contre cette épaisse coquille ? Déjà, le plus gros de tous les coquillages commençait à ouvrir sa gueule béante, capable d'arracher le bras d'un homme. Leyna tourna autour de l'autel pour se mettre du côté opposé à la menace. Cela impliquait de tourner le dos aux ténèbres, ce qu'elle n'aimait guère, mais elle n'avait pas le choix.
Mais le travail sur la dague avançait trop lentement ! Il lui fallait un moyen de mettre le bénitier hors d'état de nuire...
C'est alors qu'elle se rappela un détail : l'eau de ses sortilèges était de l'eau douce !
Elle fit ni une ni deux, elle concentra ses fluides, puis les libéra avec fureur. Sa magie gicla dans la gueule grande ouverte. Le coquillage se referma sèchement tandis que le mouvement des patelles qui le portaient devenait erratique. Les coquillages, conçu pour résister à l'eau très salée, ne supportaient pas le contacte de l'eau quasi-pure de la magie de Moura !
Le bénitier s'était refermé par réflexe, ne comprenant pas qu'il s'enfermait avec ce poison. Ses jours étaient comptés.
Ce serait une maigre consolation pour Leyna si elle ne parvenait pas au bout de sa tâche. Le sortilège l'avait projeté en arrière, dans les ténèbres, aidé par une ultime embardé du navire. Tout se calma ensuite, et la jeune femme comprit que ses compagnons avaient réussi à s'emparer du gouvernail. Elle sentit le virage effectué par le navire qui cherchait à rejoindre le chasseur des brisants.

Elle avait atterri prêt d'un plan d'eau, aussi se dépêcha-t-elle de remonter vers l'autel. Elle avait cassé une bonne partie de la croûte et les premiers reflets marrons et violets du manche de la dague apparaissaient.
Mais voilà que derrière elle, le plan d'eau sembla entrer en ébullition. Elle se retourna juste à temps pour planter son poignard dans un tentacule qui visait sa gorge. Le calmar, décroché de la barre, cherchait maintenant à défendre la dague de l'écho de vie !
Apparemment, Saryon et Valgan lui avait arraché ses deux tentacules principaux, mais les autres étaient plus avides que jamais avec leurs ventouses griffues.

Leyna recommença à monter, mais un autre tentacule s'enroula autour de sa jambe qu'elle écorcha et tira en arrière. Elle le poignarda fébrilement jusqu'à ce qu'il la lâche.
Elle remonta jusqu'à la dague, reprenant son attaque frénétique, ignorant les coquillages qui continuaient à prendre ses jambes d'assaut. Mais de nouveaux tentacules l'attaquèrent de toute part et elle compris qu'elle n'y arriverait pas. L'épuisement la rattrapait. Les larmes aux yeux, elle se prépara à rejoindre sa déesse.

(Grande Moura... je suis désolé...)

Des chocs, des bruits de lutte... les tentacules refluèrent, la laissant sur la berge où ils l'avaient traînée. Avec stupeur, elle reconnut Valgan, le visage en sang, qui chassait le calmar de son sabre.

« Vite ! Ces saloperies attaquent de partout ! Barbe-rouge m'a envoyé pour t'aider en devinant que cette fichue bestiole était redescendu vers toi, mais il est lui-même en train de se faire bouffer sur place ! J'ai libéré les autres, apparemment, les coquillages ne les maintenaient plus endormis, mais certains étaient déjà morts... »

« Ton visage... »

« C'est superficiel, une étoile de mer épineuse qui m'est tombée dessus du plafond. Grouille toi ! »

Protégé par son compagnon, Leyna se débarrassa des carcinos que lui grimpaient dessus et recommença à dégager la dague. Les autres membres d'équipages arrivaient aussi, usant de leurs armes pour fracasser tout ce qu'ils trouvaient, mais plus ils marchaient et s'écorchaient sur les coquilles de moules, plus leur sang alimentait la fureur des créatures marines.
Soudain, une véritable lame de fond se souleva et un homme fut engloutit sous une marée de mollusques avides de sang. Les autres fracassèrent la gangue, mais trop tard pour le sauver. Partout, les murs se déformaient furieusement. Les créatures, maintenant bien nourries, se déplaçaient à une vitesse impensable pour des rampants et ils devenaient de plus en plus dur à contenir. Certains sang-pourpres s'unissaient pour pousser des coffres d'or et écraser un maximum de coquillages, mais ils avaient de plus en plus de mal à agir sous la marée tueuse.

Leyna n'était pas en reste : les carcinos essayaient de recouvrir à nouveau la dague, profitant du sang qu'ils avaient déjà réussi à lui prélever. Plusieurs transportaient des anémone urticantes pour tenter de gêner la jeune femme et celle-ci dû percer les créatures les unes après les autres pour les retenir.
Derrière elle, le calmar en furie émergeait de l'eau, claquant de son bec tueur. Il devant mesurer plusieurs mètres !
Un jet d'encre aspergea Leyna, cherchant à l'aveugler. Heureusement, elle parvint à protéger ses yeux et, tandis que Valgan repoussait les tentacules, elle plongea son arme juste au dessus du bec, perçant la chaire. Un deuxième coup arracha un gros œil globuleux. Mobilisant ses derniers pouvoirs, elle invoqua un jet d'eau sous pression qui atteignit le cerveau de la bête et le broya. Elle retomba enfin, inerte, son corps atroce presque entièrement sortit de l'eau.
Leyna se retourna vers la dague qu'elle avait presque réussi à dégager, mais elle s'aperçut que ses pieds étaient entièrement pris dans une gangue de coquillages. Alimentés par le sang du céphalopode, les carcinos s'étaient regroupés autour d'elle et cherchaient à l'ensevelir.

Les cris de marins se mêlaient aux raclements des coquillages tandis que le navire tanguait, menaçant de se disloquer par les forces contradictoires des mollusques qui se précipitaient sur les sang-pourpres. Saryon Barbe-rouge était-il seulement encore en vie dans ce cauchemar ? Et l'amant de Moura ? Il devait sans doute essayer de commander ce qu'il pouvait encore pour retenir les carcinos, mais ça n'allait pas être assez.
Déjà à moitié recouverte, Leyna s'acharnait sur la dague. La douleur et une étrange langueur se répandait dans son corps tandis que les mollusques aspiraient son fluide vitale pour devenir encore plus forts, plus rapides...

Elle n'allait pas échouer !

Elle hurlait de rage, comme possédé par la déesse. Sa lame lui échappa, mais elle saisit la dague et tira. Elle tira de toutes des forces, chassant de son autre main les mollusques qui tentaient de recouvrir à nouveau l'arme sacrée. D'autres atteignaient ses bras, commençant à les paralyser de leur masse tandis que le glissement râpeux des radula s'approchait de sa jugulaire. Mais elle tirait. Malgré l'épuisement, malgré la faim, elle y mettait toutes ses forces.

« Pour Moura !!! »


Un raclement. Comme un déclic. L'écho de vie, la dague sacrée de Moura se détacha.

La suite fut un grondement horrible. Les humains, furent débarrassé de tous leurs assaillants et Leyna retrouva sa liberté de mouvement tandis que le navire se convulsait violemment. Une pluie de coquillages mourants leur tomba dessus depuis le plafond.

Les sang-pourpres n'auraient pas été des sang-pourpres s'ils ne s'étaient pas aussitôt précipité vers les trésors, se mettant parfois à deux pour porter un coffre. Leyna fit de même, comme en transe, s'emparant d'une poignée d'or et d'une pierre précieuse, un diamant étincelant. Elle remarqua à peine qu'elle avait ramassé des trésors, pas plus qu'elle fit vraiment attention sur le moment aux énormes fissures qui s'ouvraient de toutes parts. Les coquillages se désolidarisaient. Privés de la dague qui était leur mère, ils se mourraient et se détachaient les uns des autres. La coque pourrie qui restait du navire antique ne pouvait tenir sans eux, le mat tombait en pluie de coquille, les couloirs s’effritaient, les salles se cassaient... tout le navire éclata en morceaux et les pirates furent submergés.
* * *


L'homme qui avait aimé une déesse était toujours dans son lit. Agonisant après les efforts qu'il avait fait pour retenir les coquillages, dressant ceux qu'il maîtrisait encore contre les carcinos. Tout son navire avait été le théâtre d'une bataille aussi extraordinaire qu'à l'époque où il fuyait les dieux.
Tandis que la coque se brisait, il vit une lumière bleue.

Deux yeux comme l'océan se posèrent sur lui. Elle était là sans être vraiment là...

Mais quand même... elle était là...

« Moura... »

Sa chambre se brisa en fragments qui s'éparpillèrent et l'Aerolande, son seul pays, se referma sur son visage éclairé d'un sourire.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Sam 28 Sep 2013 19:42 
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Sur le Tranchécume

La nausée a pris Caabon aux tripes dès son éveil. Cette traversée sur le Tranchécume est sa première expérience maritime : l’océan, il l’a toujours observé depuis la ville, voire les quais dans les meilleurs des cas, à Oranan, puis à Bouhen, et enfin à Kendra Kâr. L’étendue d’eau à ses yeux se valait quelque soit la côte d’où on la contemplait, dans ses moments de calme ou au plus fort de son déchaînement. L’océan perçu depuis un navire amène de toutes autres sensations qu’une brise iodée et des embruns ; sa perception devient bien plus physique, le contact avec l’homme de la terre ne se fait pas dans la douceur : l’eau d’une main invisible lui saisit l’estomac, le manipule comme le boucher attendrit la viande, et chaque représentant du monde aquatique semble se gausser de ce que l’infortuné bipède subit. Caabon avait fort probablement déjà connu une traversée dans le sens inverse, mais il n’en garde aucun souvenir. L’instant présent suffit à lui faire regretter d’avoir quitté Kendra Kâr et la menace de mort qui planait sur lui dans cette cité.

(Encore huit jours a dit le capitaine… Huit jour si il n’y a pas de problème, et si l’on conserve ce vent… Mais si le vent nous porte de cette manière, il y aura encore des vagues… et des vagues… et des vagues… Et je rendrai tripes et boyaux par-dessus le bord… Je serai mort de faim d’ici là… Pas moyen de manger ce poisson séché… Et ce pain bis dur comme la pierre qu’il faut faire tremper dans ce que le coq appelle du bouillon de bœuf… Du bœuf salé ! … Je ne sais pas qui leur a vendu ce bœuf, mais j’ai des doutes… Dire que les marins préfèrent manger ça… C’est mieux que le poisson… Mais il y a toujours plus de poisson que de bœuf… Il faudra que je demande à Abean comment il fait pour tenir le choc… Il ne doit pas avoir plus le pied marin que moi…)

Le Fujonien, imperturbable, s’était installé sur le pont, assis en tailleur, le museau vers les planches de bois, psalmodiant dans une langue comprise de lui seule ce qui peut être aussi bien une formule magique qu’une prière. Caabon a opté pour la première solution au vu de la fine couche de givre qui s’était formée sur la fourrure du mage, et de l’odeur de montagne couverte par la neige fraiche qui se glisse dans les narines de qui s’approche assez de lui. A peine sort-il de cette transe pour manger les racines qu’il a emportées dans son paquetage, et un peu de pain, fidèle à son régime végétarien. Cela ne lui prend que quelques minutes, puis il replonge lentement, jusqu’à l’heure de regagner sa couchette auprès de Céendel.

Lui ne manifeste aucune gène quant aux mouvements désordonnés du Tranchécume, à croire qu’il est taillé du même bois que les marins qui manœuvrent au long de la journée cet assemblage de bois et de corde pour mener à bon port passagers et marchandises. Lorsqu’il ne discute pas avec le capitaine des courses effectuées par son bâtiment le long des côtes de Nirtim et vers l’Imiftil, c’est avec les derniers embarqués qu’il s’entretient, posant force de questions, entrant dans des détails que ses interlocuteurs jugent secondaires, ou ont la plupart du temps oublié. La plus grande partie de la journée s’écoule ainsi, rythmée par les allées et venues de Caabon entre un coin du pont où il s’est pelotonné pour ne gêner personne et le bastingage par-dessus lequel il vomit ses repas et, une fois son estomac parfaitement vide, de la bile, avec des spasmes qui rendent plus douloureuse encore cette routine. Si encore il avait pu boire de l’eau ! Ou au moins se rincer la bouche. Le capitaine a été formel : pas plus que la ration quotidienne, sauf pour les malades ; et le mal de mer n’est pas une maladie pour le marin qu’il est, simplement un caprice de terrien qui ne fait rien pour s’adapter à la vie maritime.

« Alors Caabon, t’as pas l’air dans ton assiette. Le mal de mer c’est ça ? »

« Quel sens de l’observation… »

« Ca aurait pu être bien des choses. De la nourriture pas fraîche, de l’eau un peu croupie, quelque chose que tu aurais chopé à terre… »

« Non. Je crois qu’il s’agit bien du mal de mer… Vous n’auriez pas quelque chose contre ça ? »

« Il existe différents remèdes, mais je n’ai rien sur moi, et il n’y a rien sur ce navire pour t’aider. Il va falloir que tu fasses avec. Ne va pas croire qu’il n’y a que toi qui passe par là. Je me souviens de ma première traversée… J’ai souffert… Oh oui, et sûrement plus que tu ne souffres actuellement. Vois-tu, j’étais sur un navire de commerce, lourd, lent, absolument pas taillé pour la course et fendre les flots comme celui-ci… Et nous avons essuyé une tempête ! Quelle tempête ! Une trouille comme je n’en avais jamais eue ! Pendant des heures j’ai cru que j’allais sombrer, avec le chargement et tout l’équipage. Une nuit horrible, une journée qui le fut encore plus… J’ai perdu du poids au cours de cette première traversée. Au point que je ne voulais plus jamais remonter sur un navire de ma vie. Une vie, c’est long… Et je ne me voyais pas moisir en Nirtim… Je devais repartir… Alors j’ai remis le pied sur une de ces fichues coques de noix. Les trois premiers jours me parurent durer une éternité, jusqu’à ce que je décide de prendre le dessus. Crois-moi, j’ai repris le dessus, si bien qu’aujourd’hui je ne balance pas mes rations aux poissons après qu’elles aient fait un tour dans mon estomac. »

« Vous croyez que je vais pouvoir me dominer ? »

« A dire vrai, je n’en sais strictement rien. C’est à toi de voir. Maintenant chope un seau et regagne ton hamac. Essaie de dormir, demain s’annonce une longue journée pour toi. Je vais réfléchir à un moyen de te changer les idées. En attendant, dors. Ou essaie de conserver quelque chose dans ton estomac. »


Vers Nosvéris : deuxième jour

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C'est par la sagesse qu'on bâtit une maison, par l'intelligence qu'on l'affermit ;
par le savoir, on emplit ses greniers de tous les biens précieux et désirables.
Proverbes, 24, 3-4


Dernière édition par Caabon le Lun 30 Sep 2013 16:14, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Lun 30 Sep 2013 16:14 
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Vers Nosvéris : premier jour

« Dis-moi Caabon. Jusqu’où serais-tu prêt à aller pour gagner une petite fortune en yus. De quoi acheter ta tranquillité si tu souhaites retourner à Kendra Kâr. Ou t’installer comme commerçant là où bon te semblera. A moins que tu ne préfères voyager. Selon ton choix. »

« De l’argent… Oui… Je ne sais pas. Je ne suis pas un idiot, du moins je crois être capable de ne pas me faire avoir. Faites moi une proposition, et je verrai bien ce que je souhaite faire. »

« Comprend bien que si tu répètes quoi que ce soit de ce que je te raconterai, moi et tous mes compagnons te traqueront pour te tuer. Et tu n’es pas de taille contre nous. Alors écoute, cèle ce que tu entendras dans ta mémoire, et conserve-le pour toi. »

« Je jure de garder mes lèvres closes sur les secrets que vous comptez m’apprendre. »

« Bien… bien. Pour diverses raisons que je ne souhaite pas t’exposer, je ne suis pas un des plus fervents partisans d’Oaxaca, bien au contraire. A dire vrai, je ferai ce qui est en mon pouvoir pour contrer ses plans, et ceux de ses suivants. Tant que je vivrai. Et je commencerai par le continent qui m’a vu naître. Il y a ici des forces contre lesquelles il est difficile de lutter. Je serais par exemple bien incapable de prendre Pohélis avec les quelques bons à rien qui nous accompagnent. Ce serait plus que ridicule ! Un homme ne peut déplacer une montagne d’un bloc, mais pierre par pierre, il peut y arriver à force de patience. Mieux encore : ôter un seul gravillon peut entraîner un glissement de terrain. Au contraire, placer un rocher au bon endroit empêchera l’avalanche. Je compte retirer partout où je le pourrai les petits cailloux pour que la montagne tout doucement s’effondre. Ceux de ma race sont patients, et moi bien plus encore. »

« Et je suppose que vous avez besoin de moi pour ôter un de ces petits cailloux ? »

« En vérité, tu pourrais m’être d’un grand secours. Vois-tu, sur le plan politique, en Nosvéris, une inconnue demeure : Gwadh. Connais-tu cette cité ? De nom ? Bien… Les Shaakts ne sont fidèles qu’à eux-mêmes, et je ne porte pas leur matriarcat dans mon cœur. Tant qu’ils ne me causent aucun souci, je ne conçois à leur égard aucune hostilité, je n’ai pas d’énergie à gaspiller avec des telles futilités raciales. Mon problème est que certaines matriarches prêtent l’oreille aux promesses des émissaires d’Oaxaca. Un peu plus de pouvoir, un peu plus de terres, un peu plus de richesses. Des promesses qui pourraient faire basculer le rapport de force dans la ville, vers des clans qui pourraient s’allier à la Sombre Déesse. Sans bataille. Sans boucherie. Sans perdre des ressources précieuses et un temps qui l’est encore plus. Une telle situation serait fâcheuse pour qui souhaite voire une certaine tranquillité installée en Nosvéris. Encore plus fâcheuse pour les clans vaincus de la ville. Sur ce point, mes intérêts rejoignent ceux de certains Shaakts. J’ai des contacts avec des clans qui, sans avoir aucune bienveillance à mon égard, craignent que sous des propositions spécieuses d’Oaxaca se cache un poison qui lentement rongera leur peuple et les bases de leur pouvoir, si bien qu’ils ne vaudraient guère mieux que les Garzoks. Très clairvoyants quand ils veulent, les Shaakts… Enfin ceux qui ne sont pas assoiffés de pouvoir… Bref, qu’importe qui sait faire preuve d’un sens politique aigu. Je voudrais aider ces clans dont je partage les vues politiques. Je le fais déjà en leur fournissant des informations, des moyens, l’accès à certains de mes réseaux. C’est insuffisant. Beaucoup de choses se jouent dans la cité souterraine, et je ne peux guère y entrer. On me verrait. Et mes alliés ne sont guère discrets. Non… Je dois introduire quelqu’un dans la cité. Mes yeux. Mes oreilles. Ma main qui tient la lame… »

« Moi ? »

« Pourquoi pas ? Serais-tu prêt à tuer ? A espionner ? A te faire passer pour ce que tu n’es pas ? »

« Je l’ignore, mais je peux bien essayer. Que faire sinon ? Errer sur un continent dont je ne connais rien ? »

« Je pourrais t’apprendre à le connaître. J’ai à faire, ailleurs qu’à Gwadh, tu pourrais m’accompagner. »

« Qu’attendez-vous de moi exactement ? Quel serait mon rôle si je devais me rendre à Gwadh comme cela vous arrangerait ? »

« Eh bien… Tu ne pourrais sûrement pas circuler librement parmi des gens qui te considèrent comme un inférieur. Librement, non. Mais les esclaves, on ne les regarde pas. Qu’est-ce qu’un esclave ? Moins qu’un cheval, moins qu’un bon chien, moins qu’un rouleau d’étoffe. Un esclave se déplace en silence, en baissant les yeux, suivant les ordres de son maître, sous peine de subir le fouet. Un esclave se glisse dans les passages de traverse, ceux que l’on emprunte pour ne pas gêner le regard des maîtres. Prêter de l’attention à un esclave, c’est se faire insulte. L’orgueil peut conduire des individus à ignorer ce qui se trouve sous leur propre nez, parce qu’ils ne veulent pas voir. C’est une faille qu’il faudrait exploiter. »

« J’irais comme… comme esclave ? Esclave des Shaakts ! »

« Bien sûr ! Tu es l’homme de la situation ! J’ai commencé à dresser ce plan dès que Théoperce m’a parlé de toi. Comment expliquer l’arrivée d’un humain, ou de je ne sais quelle race ? Un Wotongoh est idéal, il peut avoir été capturé par un Shaakt en expédition de chasse, et ramené de force. Moins de questions. Si en plus tu passes pour un être frustre, rien de plus normal ! Tu es un sauvage après tout. Personne ne se doutera qu’un Wotongoh a plus de jugeote qu’un chien. Les Wotongoh sont loin d’être des idiots parce qu’ils ne vivent pas dans des cités comme les autres humains, mais ça, la plupart de ceux qui ont entendu parler d’eux s’en fichent. »

« Et quelle garanties ai-je que ce statut ne me nuira pas ? »

« Aucune, absolument aucune. Seulement ma parole, sachant que j’ai la parole de mes contacts que mes alliés seront bien traités. Montre-toi utile, et tu auras de la valeur aux yeux des Shaakts avec lesquels nous collaborons. Bien entendu, tous les autres pourront te nuire. Tu seras en partie protégé parce que tu seras la propriété d’un clan ayant de l’influence ; si en plus tu te fais discret et prudent, alors tu ne prendras pas plus de risques qu’en te baladant dans les rues de Kendra Kâr, ou en voyageant d’une cité à l’autre. »

« Et j’y gagne ? »

« De l’argent. De l’influence. De la considération. Et tu apprendras bien plus sur les Shaakts en jouant le rôle que je t’ai prévu qu’en toute une vie d’étude dans les livres. Tu seras au cœur d’une de leurs cités, tu les verras agir au quotidien. Tu apprendras beaucoup également de vivre dans la clandestinité. Tu gagneras des talents qui te seront utiles toute ta vie, dans le monde hostile qui est le nôtre. Bien entendu, ce sera à toi de valoriser par la suite. »

« Si je vous aide, m’aiderez-vous à rejoindre les Wotongoh ? »

« Eh bien… j’ai plus ou moins prévu de rencontrer certaines de leur tribus… Je ne pourrai rien faire de plus que t’aider par contre. Ce peuple a ses propres principes, si bien que tu devras faire tes preuves. Si après avoir rempli ta mission à Gwadh tu souhaites toujours te rendre dans le grand Nord pour rencontrer ton peuple, alors je ferai tout mon possible pour exaucer ton souhait. »

« Je dois y réfléchir… »

« Rien de plus normal. J’aurais eu des doutes si tu avais dit oui sans hésiter. »

Vers Nosvéris : troisième jour

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 13 Oct 2013 16:15 
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Vers Nosvéris : deuxième jour

Essayant de s’affranchir de son corps torturé par les mouvements du Tranchécume, Caabon reprend un à un ses souvenirs de la discussion qu’il a eu la veille avec Céendel, pour en faire un tout cohérent dans son esprit, au prix d’un travail de reconstruction conséquent. Pour en faire un échange continu il lui avait suffit de retirer les quelques hésitations lorsque le cœur lui remontait au bord des lèvres, les interruptions des explications de l’Hinïon pour aller vomir à hoquets douloureux, l’estomac vide. A mesure que le temps avance, et que lui semble venir un embryon de pied marin – à moins qu’il ne s’agisse simplement d’une tolérance accrue aux nausées – sa décision commence à prendre forme.

(Pourquoi ne pas jouer à l’esclave ? … Ma fierté ne s’y oppose pas… Il y a du danger, certes, mais où n’y en a-t-il pas ? Le risque ou l’existence bornée d’un petit marchand, d’un petit commerçant ?... La vie de Théoperce… Mais Théoperce est un vieil homme, qui a vécu avant… Et quel marchand ferais-je ? … Trouver un maître tout d’abord, qui me prendra sous sa coupe, me donnera les petites courses à faire, des miettes de son affaire… Si d’aventure il veut bien léguer quelque chose à un étranger comme moi ! … Quelle femme trouverais-je alors pour réchauffer mon lit ? … Y en aurait-il une pour vouloir de moi ? … Et les enfants ? … Une vie rangée, dans un quartier d’une quelconque ville de ces continents, entouré de voisins, de commères, espionné, casé, rangé… Ca ou la possibilité de connaître autre chose… De revenir un jour à Oranan respecté, ou même craint, peu importe, l’attitude de façade est la même… La cité des Shaakts, Gwadh… J’ai plus à y découvrir qu’à y perdre… Il y a fort à parier qu’on n’attendra pas de moi que je laisse uniquement trainer mes oreilles… La main qui tient la lame… Et de l’argent… Une expérience unique en son genre… N’ai-je pas déjà tué ? … Pour défendre ma vie… Je vois encore les visages des deux hommes… J’aurais pu les laisser en vie… Mais j’ai déjà tué… Pourrais-je recommencer de sang froid, dans une cité où tous me seront hostiles, de sang-froid ? … Etre la main qui tient la lame…)

D’un pas hésitant, Caabon remonte sur le pont, non pas tant pour affronter la mer que pour respirer un air plus pur que celui de la cale dans laquelle est tendu son hamac, et celui des autres. L’activité au grand air est plus conséquente. La mer est plus calme, et un bon vent entraîne le Tranchécume rapidement vers le Nord-Ouest, l’équipage profite de cette course tranquille pour se détendre, emmitouflé dans des vêtements chauds et étanches, en jouant tant bien que mal aux dés sur des plateaux branlant, tirant quelques notes grêles d’un instrument de musique ou déplaçant des pièces sur un plateau selon des règles apprises dans leurs différents ports de relâche. Quant aux embarqués de dernière minute à Dahràm, ils fourbissent armes et armures, graissant, aiguisant, renforçant là où cela s’avère nécessaire. Céendel tient conciliabule avec le capitaine, s’entretenant avec lui de points qui donnent parfois lieux à quelques éclats de voix étonnés des deux partis, mais dont le Wotongoh n’a pas idée ; qui navigue sur le Tranchécume, allant de ports en ports, certains de moins honorable réputation que d’autres, et conserve les oreilles et les yeux grands ouverts, doit avoir à sa disposition bien des informations utiles, voire précieuses.

Accroché à l’un des cordages pour ne pas vaciller à chaque mouvement de la coque, Caabon contemple l’océan et note une certaine acclimatation à l’odeur qui en émane : loin de lui soulever le cœur comme aux premiers jours, elle lui paraît plus agréable que les remugles de bile de son seau, et l’acide des quelques vomissure qui ont taché sa chemise alors qu’il peinait à contrôler ses hoquets de dégueulis. Son estomac se trouve toujours non loin de ses lèvres, mais au prix d’efforts considérables, il conserve son déjeuner du bon côté, et entrevoit la possibilité de digérer pleinement un repas, et par là même de reprendre des forces.

Une heure peut-être passe sans que rien ne l’arrache à cette contemplation, ou plutôt aux souvenirs qu’elle invite à se dérouler. Oranan semble bien lointaine depuis le pont de ce bateau, ainsi que l’existence tranquille et parfumée, certes faite de constante dissimulation, mais tellement douce. Un continent, et maintenant un bras d’océan, éloignent le Wotongoh des livres, de la poésie, des lithographies délicates qu’il se plaisait à étudier de longues heures durant pour y déceler les subtilités introduites par l’auteur, les clins d’œil introduits dans un coin de feuillage, un nuage reproduisant les courbes d’un corps, un anagramme dans les sillons de l’écorce d’un arbre.

« Caabon ! Reviens parmi nous ! Tu m’as l’air d’aller un peu mieux, en tout cas de pouvoir aligner trois mots sans éclabousser ton interlocuteur de ton dernier repas. Tu as réfléchi à ma proposition ? »

« Oui Céendel, j’y ai réfléchi. Je ne vous donnerai ma réponse qu’à la fin du voyage, mais je n’exclus pas la possibilité d’accepter. »

« Bien. Je comprends que tu t’accordes encore du temps de réflexion. Cependant, nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que tu sois fixé pour t’enseigner quelques trucs utiles. Notamment la langue des Shaakts. Il faudra que tu apprennes sur le tas, et je dois pouvoir me procurer un livre que t’aidera à comprendre les subtilités et acquérir du vocabulaire. En attendant, il faudra que tu puisses obéir aux ordres qu’on te donnera. Amorfir t’enseignera les bases, au moins un peu de vocabulaire pour que tes futurs maîtres puissent se faire comprendre de toi en public… Ca t’évitera le fouet… »

« Le fouet ? Comment ça le fouet ? »

« Une fois à Gwadh, tu seras seul. J’userai de toute mon influence pour faire en sorte qu’aucun mal ne t’arrive, mais je ne peux rien garantir. Le fouet sera peut-être la seule alternative à une mort certaine, et ton maître prendra cette décision pour te protéger. Je ne peux rien te garantir, mais si tu es suffisamment intelligent, rusé… Alors tu t’en sortiras sans mal… »

« Je vois… Eh bien va pour l’apprentissage du langage Shaakt… Ca ne peut que me servir. »

« Bien, je vais t’envoyer Amorfir. C’est un bon professeur. Enfin un professeur patient. Je pense. Il connaît les Shaakt, il pourra t’apprendre beaucoup plus qu’un peu de vocabulaire nécessaire à ta mission. »

Vers Nosvéris : quatrième jour

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 13 Oct 2013 20:26 
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Vers Nosvéris : troisième jour

La fin du troisième jour et la matinée du quatrième furent consacrées à l’apprentissage de rudiment du parler des Shaakts. Cette initiation à une nouvelle langue ne concerne que des actions et des choses très basiques : aller chercher, suivre, attendre, se taire, allumer, éteindre, l’eau, le vin, les chandelles, les lampes, les vêtements, et ainsi de suite. Amorfir loua la mémoire et l’agilité intellectuelle de son élève, et ce fut là son seul compliment, son seul encouragement. L’elfe gris, bien plus grand que Caabon, plus fin également, tout en muscle, cheveux noirs ramenés en catogan, yeux de la même teinte qui tranchaient sur sa peau d’un gris perle, enseigne comme d’autres exécutent des enchaînements de mouvements martiaux, impassible, à la manière d’un exercice. Cette monotonie enrichissante se voit interrompre après le repas par Céendel, bien décidé à diversifier les savoirs de celui qui allait sans doute devenir son arme. Un nouveau précepteur est alors attribué au Wotongoh, pour faire ses preuves en matière de combat. Si l’Hinïon a eu l’occasion de le voir à l’œuvre face à deux Garzoks au cours de leur voyage entre Kendra Kâr et Dahràm, ce combat quelque peu malhabile ne l’a pas convaincu de passer outre une formation complémentaire durant les quelques jours de la traversée restant.

« Me battre ? Me battre ? J’ai déjà envie de gerber dès que je bouge trop, alors me battre ! »

« J’ai remarqué que quand tu t’occupais l’esprit à apprendre les bases du Shaakt tu paraissais moins vert. T’entraîner ne peut te faire que du bien, enfin tout du moins ne pas te faire trop de mal. Ôte cette cape et va donc te frotter à Jered ! »

La cape de Théoperce est en effet trop encombrante pour se battre à main nue est reléguée dans un coin du pont. En botte, chemise et brigandine, Caabon s’avance sur le centre du pont libéré par les marins, faisant maintenant cercle pour mieux apprécier le spectacle inespéré, face à Jered, un humain du peuple de Wiehl à la carrure de bûcheron. Des mains comme des battoirs, un nez cassé, le visage et les bras couturés de cicatrices, le cheveu court, l’imposant guerrier ne manque pas d’insuffler une crainte salutaire dans l’esprit de Caabon, qui adopte immédiatement une position défensive. Les plus inquiétants ne sont pourtant pas les muscles roulant et l’allure intimidante, mais un sourire carnassier qui en dit long sur l’appétence de celui qui l’arbore pour le combat. Sombrelouve est restée avec les bagages, dans la cale, et de toute manière la griffe aurait été proscrite dans cet affrontement, tant il aurait été aisé à ses lames de déchirer la chair. Cependant, Jered porte aux mains des gants de cuir alourdis de clous métalliques à tête ronde, non létaux mais sûrement à même de rendre plus douloureux des coups déjà peu caressants.

L’attitude sans équivoque de Caabon entraîne une première attaque de la part de l’humain du comté de Wiehl, un uppercut qui aurait sans doute étalé le Wotongoh s’il ne l’avait pas esquivé d’un pas en arrière et d’une légère inclinaison du buste. Ce dernier mouvement malheureusement le déséquilibre, et face au coup suivant ce sont deux pas qui lui sont nécessaire pour échapper au contact du cuir et en même temps conserver son aplomb. Face à la force de frappe massive de son adversaire, la meilleure solution semble alors au jeune homme de l’avoir à l’usure, aussi limite-t-il ses offensives au strict minimum pour ne pas passer pour un lâche et lasser son partenaire, et entame-t-il une danse complexe sur le pont du navire pour ne pas récolter de crochet qui le mettrait au sol.

Cette ébauche d’entraînement n’a pas commencé depuis cinq minutes que déjà Caabon est échauffé, sent une fine pellicule de sueur se former sur son front. Sa nausée l’a déserté, et son esprit est incroyablement clair comparé à ce qu’il fut les trois derniers jours. Le stress a fait son œuvre, son rythme cardiaque s’est accéléré, la faim a mis en sourdine ses appels impérieux, la douleur de son gosier brûlé par la bile s’est tue. Plus lucide, le Wotongoh remarque aussi dans les mouvements de Jered quelque chose de trop pataud, de trop lent, qui ne coïncide pas parfaitement avec les techniques qu’il emploie et la maîtrise de ses gestes. Le voyant allonger exagérément le bras pour porter un direct du droit, Caabon plonge pour essayer de frapper au plexus solaire le colosse. Du coin de l’œil il remarque le coude descendant vers lui, et roule de justesse sur le pont. L’épaule touchée et endolorie, il se relève à peine assez vite pour éviter un coup de pied botté qui lui aurait au minimum broyé les côtes. Debout, c’est un déluge de phalanges ferrées qui l’accueille et le force à reculer. Le doute qui a germé dans l’esprit du Wotongoh s’est mué en certitude : Jered est loin d’avoir déployé tout le talent dont il dispose dans le pugilat, et l’humain, bien que massif, est bien plus rapide que ce qu’il a révélé dans les premiers échanges.

Reculant pour essayer de se reprendre et de déceler au plus tôt une faille dans la garde du fils de Wiehl, Caabon essaie de reprendre son souffle. Curieusement, Jered ne bouge pas d’un pas, mais avec un cri il balance son poing vers l’avant. Une masse invisible vient heurter le torse de Caabon, le projetant en l’air pour le renvoyer en arrière sur le pont ; les marins se sont écartés sous le coup de l’étonnement, et lorsqu’il retombe et titube vers l’arrière, encore sonné, il ne rencontre que le bastingage, et par malchance une vague vicieuse fait défavorablement gîter le navire…

Vers Nosvéris : cinquième jour

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Dernière édition par Caabon le Dim 13 Oct 2013 22:59, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 13 Oct 2013 22:58 
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Vers Nosvéris : quatrième jour

La sensation de chute ne semble jamais vouloir s’interrompre. Le corps de Caabon lui semble lointain, très lointain, tandis qu’une surface d’acier bleuté se rapproche à une vitesse dangereuse. Des scintillements d’eau s’élèvent vers le ciel, à moins que le Wotongoh ne chût plus vite que les gouttes et les flocons. La mort apparaît alors comme une issue inéluctable, d’une violence implacable, l’inexorable gravité.

Le sifflement de l’air à ses oreilles se mue lentement en murmure tandis que la chute s’éternise et que la surface paradoxalement se rapproche. Le murmure évolue vers un chant aux paroles inconnues. Pourtant, Caabon les comprend. Elles évoquent la douceur et la sécurité, elles appellent le calme et la sérénité ; sous leur velours caressant transparaît la force et la fureur contenues, mais pour l’heure elles sont bienveillantes pour le Wotongoh.

Des lianes invisibles se tissent le long de son dos, chatouillant sa peau en se glissant sous sa chemise. Le voilà maintenant lové dans un nid solide et immatériel à la fois, paradoxe qu’il ne se sent pas de résoudre. D’autant plus que le bien-être qui l’a soudainement envahi efface jusqu’au souvenir des nausées sur le navire, le début d’épuisement du combat, la crainte de la noyade…

(Le voyage… Vers Nosvéris… Le navire… Tranchécume… Jered… Le combat… JE ME NOIE !)

« Je n’oublie pas mes fidèles… Ne t’écarte jamais du chemin, et chaque jour, de l’aide te sera apporté si tu invoques mon nom. »


« JE ME NOIE ! »

« Calme toi Caabon, calme toi. Tu ne te noies pas. Reste calme sinon tu vas tomber de ton hamac. Tu es sur le Tranchécume, on t’a repêché après que tu sois tombé par-dessus le bord. »

« Qu’est-ce… qu’est-ce qui s’est… passé… Je ne sais pas nager… J’ai coulé ? »

« Non. Unylas a immédiatement mis la main sur un filin roulé sur le pont, et Jered a plongé pour te tirer de là… »

« C’était la moindre des choses, après que je t’ai envoyé à la baille ! »

« J’aurais préféré que ça n’arrive pas ! »

« Désolé chef. Vous aviez dit que vous vouliez que je lui montre… Je m’en suis jamais servi pour entraîner un novice… »

« Oui, bon. Je disais donc que Jered a plongé et t’a ramené. Tu ne coulais pas. Tu flottais, comme un bouchon de liège. Seulement, il n’y avait rien sous toi. Mais ton anneau brillait. Aurais-tu une explication ? »

« Mon anneau ? C’est… un présent du prêtre de Rana. J’ai fait un rêve… Un rêve étrange… »

« Tu peux bien avoir rêvé. Tu es resté inconscient toute la journée. Tu as une sacrée bosse, t’es probablement cogné à la coque en tombant. Et le choc du coup de Ki t’a déplacé quelques côtes. Rien de cassé, mais il a fallu les pansé, et surtout mettre quelque chose sur tes contusions. Tu vas devoir rester autant que possible dans ce hamac pour éviter les mouvements douloureux et risquant d’allonger ta convalescence. Pas d’entraînement au combat pour l’instant. Je vais demander à Amorfir de venir te donner tes cours ici. »

« Merci Céendel… »

« C’est la moindre des choses. »

« Jered ? »

« Euh… oui ? »

« Vous pourrez m’apprendre ? »

« Mais bien entendu ! Et tu peux me dire tu, j’ai l’impression d’être mon grand-père quand on me dit vous ! »

Vers Nosvéris : sixième jour

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Dernière édition par Caabon le Ven 18 Oct 2013 17:02, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Ven 18 Oct 2013 17:01 
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Vers Nosvéris : cinquième jour

Le temps passe avec une lenteur curieuse pour le voyageur allongé dans son hamac, contraint par des côtes endolories à l’immobilité, balancé par le mouvement régulier des flots d’un océan apaisé ; Caabon en fait l’expérience inconfortable en ce sixième jour de traversée. Le mal de mer a cessé de le tourmenter, à moins qu’il ne s’agisse d’un effet secondaire de la potion que Céendel lui a fait boire pour le maintenir dans un état de demi-sommeil, ou des soins magiques prodigués par Abean. Il se souvient des mots échangés par les autres compagnons de l’Hinïon lorsqu’au soir du cinquième jour ils sont descendus dans la cale pour dormir, mais pas de leur sens, ni même des phrases. Il songeait alors aux hauts murs d’Oranan, au pavillon ombragé au sein duquel il méditait les plus chauds jours d’été en attendant de pouvoir se livrer à ses exercices dans la cour et son jardin aux milles senteurs à la tombée du soir. Les images des livres dansaient devant ses yeux, l’odeur du parchemin pénétrait ses narines ; il n’a pas senti les tapes amicales sur son épaule, il n’a pas entendu les souhaits de rétablissement, il n’a pas répondu aux demandes qui lui furent adressés. Il n’était pas véritablement là, son esprit avait quitté cet immense coffre de bois dans lequel il était enfermé.

Dans l’après-midi du sixième jour, la douleur disparut, et Abean, après avoir imposé ses mains sur le torse du Wotongoh, lui annonça qu’il était guéri, mais qu’il devrait éviter jusqu’au débarquement tout autre choc susceptible de le remettre dans un état aussi inconfortable. Aussi Caabon remonte-t-il sur le pont remis, mais légèrement vexé d’avoir été mis au tapis de manière si aisée, bien décidé à en apprendre plus sur la force qui l’a envoyé voler à travers le pont jusqu’à aller prendre un bain dans les eaux glacées de l’Aeronland sous ces latitudes boréales.

« Ah, tu es remis ! Alors, prêt à prendre d’autres leçons que le babillage de ces elfes à la peau plus sombre que des latrines de Thorkin – sans vouloir te vexer, hein… »

« Si tu es toujours prêt à m’apprendre ce que tu m’as fait la dernière fois Jered, je crois que je suis prêt. »

« Alors va donc me placer ce tonnelet vide sur le pont, sur un rouleau de corde. »

Sans discuter, Caabon s’exécute. Les marins contemplent la scène, s’attendant à une autre démonstration de ce phénomène étrange auquel ils ont eu l’occasion d’assister lors du combat de l’avant-veille, une histoire en plus à raconter dans les tavernes lors de leur prochaine escale. Les trois elfes et les deux autres ressortissants du comté de Wiehl, qui prenaient l’air sur le pont, profitant du ciel dégagé pour se délasser au soleil, tournent également vers la scène qui se joue toute leur attention, bien qu’ils sachent exactement à quoi s’attendre. Le Wotongoh soulève sans peine le tonnelet vide placé sur le pont, destiné à recueillir l’eau de pluie lors des violentes tempêtes, et l’installe sur un rouleau de cordage proche du mât, puis recule jusqu’à se retrouver aux côtés de Jered. Ce dernier, satisfait d’être le centre de l’attention générale, se livre à quelques poses conquérantes, remonte ses manches comme avant un effort important, et adopte une posture martiale somme toute classique, les poings en avant, prêts à parer les coups, les pieds parfaitement placés pour lui assurer un bon équilibre. Caabon sent bien plus le mouvement d’air qu’il ne voit filer le poing dans le vide. Le bruit du bois contre le bois l’avertit que le tonnelet est tombé ; ce ne peut être l’œuvre du tangage ou du roulis, il l’a bien calé dans le creux de la corde enroulée, et ce serait négliger la puissance qu’il a ressenti que de pencher pour cette hypothèse.

« Qu’est-ce que c’était ? »

« Le Ki mon gars. Enfin j’crois que c’est comme ça qu’on l’appelle par chez vous. Nous on dit la force, enfin quand on en parle, on s’comprend. »

(Le Ki… j’ai lu quelque chose à ce sujet… Plusieurs références… Une force dont disposent les guerriers, comparable aux fluides des mages, si ce n’est qu’on peut se battre sans en appeler à son Ki, tandis qu’il me semble que les mage doivent mobiliser leurs fluides pour leur magie… Une force que certains guerriers peuvent puiser au fond d’eux même, une force à la fois spirituelle et martiale, à la lisière du corps et de l’âme… Une force que certains peuvent concentrer et expulser hors de leur corps pour qu’elle influe sur le monde réel… Je croyais qu’il avait usé contre moi d’un quelconque artifice magique… Mais non… Il maîtrise son Ki… D’où ces individus viennent-ils ? … Comment Céendel a-t-il pu faire embarquer de tels guerriers avec lui ? … Un homme doté de telle capacité ne devrait pas avoir de problème pour se trouver un emploi de garde du corps auprès d’un marchand suffisamment riche pour lui faire gagner beaucoup d’argent sans trop de peine…)

« Et tu crois que je pourrais aussi y arriver ? »

« Ca mon gars j’en sais rien. Y m’a fallu pas mal de temps pour y arriver. Tu m’as l’air d’un gars avec des capacités, mais faut voir… Le truc c’est pas d’expulser le Ki comme dirait mon maître, le truc c’est d’le trouver. Une fois qu’tu l’as trouvé, c’est pas l’bout du monde de l’faire sortir. Par contre j’te garantis pas des résultats du tonnerre la première fois. »

« Et comment trouve-t-on le Ki ? »

« En s’prenant des coups d’bâton et des seaux d’eau froide, et des raclées qu’on n’arrive plus à compter… Mais j’crois pas que tu sois partant pour ça… Le mieux c’est encore de méditer, et d’essayer d’accéder au coin où, en toi, tu trouveras le Ki. Par contre, me d’mande pas à quoi ça r’semble, ça t’servirait pas à grand-chose. C’est différent pour chacun. C’est quelque part dans tes tripes j’dirais. »

« Dans mes tripes ? »

« Ferme les yeux et cherche à voir au fond d’toi. Quand t’auras trouvé, tu le sentiras. Le truc, c’est d’chercher sans vraiment chercher, d’regarder sans chercher à voir. J’ai jamais rien pigé à c’te logique. D’où les seaux d’eau, les coups de bâton et les raclées. Ca a aidé à c’que je voie pas. »

« Je vais essayer. »

Vers Nosvéris : septième jour

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Dernière édition par Caabon le Sam 19 Oct 2013 21:01, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Sam 19 Oct 2013 21:00 
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Vers Nosvéris : sixième jour

La fin du sixième jour de la traversée se déroula sans encombre, occupé pour Caabon par ses exercices visant à maîtriser la puissance dont Jered lui avait fait la démonstration. La journée s’écoulant, il constata que le mal de mer l’avait définitivement quitté, et c’était avec un intense plaisir qu’il profitait du vent du large, debout sur le pont, ou dans toute une série d’autres positions pour tenter d’atteindre un état méditatif à même de l’aider à maîtriser son Ki. Au début, il adopta toutes les postures de combat à main nue de sa connaissance, enchaînant les mouvements d’attaques ainsi que son Tuteur les lui avait appris, tout en cherchant à capter cette force qu’il serait à même d’opposer à un adversaire. Cette stratégie ne porta pas ses fruits, il était incapable de se concentrer à la fois sur les deux aspects de l’exercice, d’autant plus qu’il tentait obstinément de tendre vers un élément qui lui était inconnu, technique qui lui avait été déconseillée par Jered. Le soleil se coucha sur un échec.

Lorsque Caabon remonte sur le pont, il n’est plus le centre de l’attention comme la veille. Chacun vaque à ses occupations, les marins exécutant les ordres beuglés par le second, Céendel encore cloitré dans la cabine du capitaine, Abean en pleine méditation fait danser autour de lui des particules de givre, insensible à toute perturbation extérieure, les mercenaires se livrent à des jeux d’habileté, se racontent des histoires ou échangent des anecdotes sur leurs dernières missions en commun. Personne ne se soucie du Wotongoh, assis en tailleur dans un recoin du pont, non loin de l’échelle permettant de descendre à la cale, où il ne représente d’obstacle pour personne, ne gène aucune manœuvre. Les yeux fermés, maitrisant son souffle, tentant d’abaisser progressivement son rythme cardiaque, il s’ouvre à toutes les perceptions qui saturent ses sens. Il tente de saisir le flot des odeurs et de le décomposer, distinguant chaque parfum pour mieux en faire abstraction. De même pour ces dizaines de sons qui parviennent à ses oreilles : le vent dans les voiles, le murmure des conversations, le craquement du bois du mât qui n’est pas le même que celui des planches du pont, ou de celles de la coque, les rires et les appels, les vagues fendues par la proue si différentes de celles qui heurtent le flanc du navire, l’écume qui retombe en pluie… Mais cela ne donne toujours rien.

Vient l’heure du repas, pris en plein air malgré le froid de plus en plus prenant, porc salé, quelques légumes qui baignent dans un bouillon gras plus destiné à tremper le pain sec et noir pour le rendre mastiquable qu’à être bu. Force de grognements se font entendre contre le coq, qui réplique par un vocabulaire bien senti, une série d’épithètes à faire rougir un videur de bordel de ville portuaire qui dissuade de poursuivre toute discussion quant à la qualité de la nourriture. Amorfir annonce à Caabon qu’après le repas, il faudra qu’ils reprennent leurs leçons de Shaakt, ne serait-ce que pour confirmer les quelques acquis de la précédente séance, et éventuellement aborder la question de la culture des habitants de Gwadh. Les bols vidés, l’estomac plein, ils s’installent à la poupe, entre les hommes installés là pour se distraire, enroulés comme eux dans leurs capes pour se tenir chaud en ces moments d’inactivité physique. L’hiver est déjà là, et devient plus mordant à mesure que le Tranchécume cingle à pleines voiles vers le Nord. Le temps passe et la leçon progresse.

« Bon… Visiblement tu as retenu tout le vocabulaire que je t’ai enseigné. Tu as une bonne mémoire, c’est une bonne chose. Bon, revenons-en à ce dont nous avons déjà eu l’occasion de parler. Le matriarcat de Gwadh. Il faut bien que tu comprennes que les femmes possèdent une place dans la société Shaakt qui n’a aucune commune mesure avec l’influence dont disposent certaines grandes dames chez les humains par exemple. Le pouvoir, les décisions, reviennent aux femmes, et surtout à la matriarche du clan. Ne t’adresse JAMAIS à une Shaakt, sauf si elle te demande de lui répondre, ou t’accorde le privilège de lui adresser la parole. »

« C’est à ce point risqué ? »

« Eh bien, les Shaakts sont des êtres extrêmement fiers, voire d’une arrogance rare, ils se considèrent dans leur globalité supérieurs aux autres races, surtout aux humains. Comme Wotongoh, tu seras pour eux un esclave qui se rapproche plus de la bête que d’un être intelligent. Chez les femmes, ce sentiment est démultiplié du fait du pouvoir dont elles disposent. Il est probable que jamais tu ne puisses même approcher une matriarche ou les Shaakts qui exercent le véritable pouvoir au sein de leurs clans. Parler à une femme sans son accord, ce sera pour toi le fouet dans le meilleur des cas, si elle est d’un rang pas trop élevé. Après… ce peut-être la mutilation, ou la mort. Cela dépendra du rang de celui qui sera ton maître à Gwadh. Comprends-tu les risques que tu prends en te rendant dans cette cité ? »

« Je comprends parfaitement. Mais je pense pouvoir me débrouiller pour faire profil bas et être discret. »

« C’est la meilleure des attitudes à adopter. L’orgueil pousse souvent les Shaakt à ignorer leurs inférieurs. Ainsi, on ne te dévisagera même pas. Ne fais rien pour te faire remarquer et tout ira très bien. Mais dans les galeries de Gwadh, ils sont nombreux à guetter les faits et gestes du camp adverse. Aux dernières nouvelles que nous ayons, les deux clans qui se partagent majoritairement la ville sont à couteaux tirés. En temps normal, je dirais que qu’ils ne soupçonneraient même pas leur adversaire de recourir à un esclave pour accomplir des basses besognes, mais qui sait ce qu’il en est dans le contexte actuel… »

« Je suppose qu’il y aura des gardes dans la ville ? »

« Oui et non. Il existe une milice de la ville, mais elle se trouve prise dans la même situation que l’ensemble de la cité, partagée par des influences diverses. Les Shaakts savent quels gardes ont une allégeance à quel clan, mais il te faudra du temps pour repérer les signes d’appartenance de chacun. Méfie-toi de tous, c’est encore le mieux, et n’attends rien d’eux : tu seras un esclave, donc coupable quoi qu’il arrive, même si on te poignarde : il suffirait que ton agresseur t’accuse de t’être jeté sur sa lame, et on t’achèvera sur place… Et outre les gardes de la Milice, il y aura tous les guerriers Shaakts qui assurent la protection de leur clan, surtout des hommes, parce que sacrifiables, mais ne sous-estime pas les femmes, elles savent se battre aussi bien qu’eux, sinon mieux puisqu’elles peuvent avoir accès aux meilleurs maîtres d’arme. »

« Une situation peu enviable en somme. »

« Du point de vue de la sécurité, c’est vrai. Mais du point de vue des opportunités qu’elle offre, je crois que n’importe lequel d’entre nous se serait porté volontaire si Céendel n’avait pas besoin de nous ailleurs. Aller saigner des Shaakts dans leur domaine… Les espionner… C’est une occasion inespérée. »

« Je comprends… »

« Au fait, comment as-tu progressé dans la recherche de ta force intérieure ? »

« Rien, zéro, le néant. Peut-être ai-je besoin de seaux d’eau glacée et de coups de bâton pour y arriver… »

« C’est en effet la méthode la plus conventionnelle…La plus longue, mais l’élève en apprend plus ainsi. Tous les professeurs ne sont pas aussi rudes, mais ils préfèrent de loin que leur enseignement soit le fruit d’un dur labeur. La récompense n’est pas rien. »

« La plus conventionnelle ? Il en existe une autre ? »

« Des fois le temps manque… Un de mes maîtres, un Sindel, m’a enseigné une technique alternative, en me recommandant d’en faire un usage des plus sages. Je t’aurais bien laissé galérer si tu avais du temps devant toi, mais nous n’allons pas tarder à atteindre notre destination, et tu vas être propulsé dans un environnement hostile. Tout ce qui peut allonger ton temps de survie te servira, mais servira aussi la cause de Céendel, et la nôtre par la même occasion. Alors je fais t’aider. Mets-toi en position de méditation, et essaie de faire le vide dans ton esprit. Concentre-toi sur ma voix. »

Exécutant les ordres du Sindel, Caabon adopte sa position de méditation favorite, les jambes croisées, le dos droit, les bras le long du corps, ferme les yeux et essaie de faire abstraction de l’environnement, des pensées parasites qui l’envahissent, des craintes et de l’intérêt qu’ont suscité les explications d’Amorfir sur Gwadh pour se concentrer sur le chant qui s’élève.

C’est tout d’abord un murmure, semblable au vent dans les feuilles, un ruisseau qui courre sur la pierre : ces images bucoliques s’imposent à l’esprit du Wotongoh sans qu’il comprenne pourquoi, et les souvenirs de son voyage entre Oranan et Bouhen remontent à la surface. L’aboiement des chiens est présent comme s’il revit la scène à nouveau, il voit distinctement le berger couché au sol, mais ce berger n’a pas de visage. Le couteau et le bâton de marche sont lourds dans ses mains, ses jambes tiraillées de crampes, l’ensemble de son corps paralysé. Son esprit est à la fois dans cet enchevêtrement de muscles, os, veines, tendons, tout en planant au dessus du bosquet. Ce qu’il contemple, c’est son combat tel que sa mémoire l’a conservé, mais lorsqu’il se jette sur le dogue assoiffé de sang, son moi externe remarque qu’au cœur de son être corporel bat une lumière semblable à l’acier en fusion, palpitante, irradiant plus que des chatoiements.

Fondu en noir. Retour sur la bagarre à Kendra Kâr. Les coups pleuvent, mais chacun de ceux qui sont rendus frappent avec plus que des phalanges sanglantes. Même lumière, même sphère flottante dans les tripes, irriguant le corps d’un fluide aussi nécessaire que le sang.

Flash lumineux. Une plaine immense, infinie, l’horizon lointain. Caabon marche sans but, conscient que rien ne l’attend nulle part, mais qu’il y a quelque chose à découvrir. Rien à voir, rien à sentir, simplement un chant puissant qui a formé ce monde nu et vierge, qui résonne dans le firmament noir vide d’astres et d’étoiles. Pourtant tout est lumineux. Lumineux comme la colonne qui s’élève au milieu de ce désert, un tourbillon qui élève la poussière du sol, des bourrasques matérialisées, l’air en mouvement tel que l’on se le représente plutôt que tel qu’il est, d’un gris argenté, mouvant et mat. Seul le bras du Wotongoh est encore mobile, il le sent. Un seul mouvement est autorisé. Un seul geste se décompose en une multitude, et la colonne s’engouffre dans le corps secoué de soubresauts, se vrille dans la colonne vertébrale pour remonter en spirale le long de chaque os, et se plonger dans chaque muscle, provoquant une douleur atroce.


Caabon s’éveille en hurlant, découvrant qu’il se roule par terre au milieu d’un attroupement, sous le regard étrangement calme d’Amorfir qui chante les dernières notes de sa mélopée. Lorsque celle-ci s’achève, la souffrance n’est plus pour le Wotongoh qu’un mauvais souvenir, son corps ne garde aucune trace de celle-ci, pas même un léger engourdissement. Et quelque chose a changé.

« C’était quoi ? »

« La version… accélérée de l’apprentissage. Si je me fie à mon expérience, ces cris prouvent que tu as atteint ton Ki. »

« Qu’est-ce que tu as fait ? »

« Une technique sindel. Le chant comme moyen d’entrer en communication avec l’esprit, de lui permettre de voyager dans le corps, de trouver certaines choses oubliées, ou cachées. Je ne connais que le chant de la force, qui t’amène à découvrir ce qui se dissimule en toi. Les autres chants sont des mystères soigneusement conservés par les sages… »

« Ce que j’ai senti… rentrer dans mon corps… C’était mon Ki ? »

« Il n’est pas vraiment entré dans ton corps. Il y était déjà. Tu en as simplement pris conscience. Et tu as pris conscience de l’élément qui le domine et t’habite. Maintenant, tu peux atteindre cette force en toi. Je ne peux rien pour ce qui est de t’apprendre à en faire usage. »

« Merci Amorfir. »

« Mais de rien. Montre toi digne de ce présent, et mène à bien la mission qui te sera confiée, si tu l’acceptes, et nous serons quitte. »


La leçon sur la culture Shaakt reprend jusqu’à la fin de l’après-midi. Puis Caabon est laissé libre d’atteindre le but qui l’occupe depuis la veille. Face au tonnelet placé dans le rouleau de cordage, il redouble d’effort pour expulser hors de lui cette force dont il a pris conscience plus tôt. Elle lui apparaît comme un ouragan qui couve au fond de lui, dans lequel il peut puiser pour influer sur son environnement. Mais le tonnelet reste désespérément stable dans son nid de chanvre goudronné. A force de persévérance, un phénomène se produit : au bout d’une heure de tentatives infructueuses, mêlant temps de méditation et enchaînement martiaux, un violent frisson remonte le bras droit du Wotongoh et un picotement envahit son poing, comme une décharge remontée de son torse. Une nouvelle attaque dans le vide. A nouveau la sensation. Les cinq essais suivants donnent le même résultat. Au sixième le tonneau vacille : la force a quitté le corps de Caabon. Ce dernier se sent soudainement vidé, et courre s’accrocher au bastingage pour vomir son repas dans la mer, aussi mal que s’il venait de fournir un effort trop violent. Malgré la bile qui en déborde, un sourire se dessine sur ses lèvres noires. Il y est enfin arrivé.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Sam 9 Nov 2013 20:17 
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Vers Nosvéris : septième jour

« Graisse, fourrures, crocs, os, pierres précieuses, semi-précieuses, or, argent, certains métaux élémentaires… Vois-tu Caabon, les ressources du grand nord ne manquent pas. C’est ainsi que ma famille a fait fortune, en proposant aux autres continents les trésors de celui-ci, réputé trop hostile. Et c’est encore comme cela que je continue de financer mes différentes… actions, aujourd’hui. Mais tout cela n’a de sens que si une certaine stabilité règne. Je ne me défends pas de faire du commerce avec des individus peu recommandables, voire franchement louches, pour ne pas dire dangereux et malhonnêtes. Des tueurs… Comme en somme, car j’ai tué. Et tu tueras probablement, si tu me suis dans mon plan. Pose-toi toujours la question de la raison pour laquelle tu prends la vie d’un être vivant, et tu pourras continuer à te regarder dans une glace encore de longues années, même si ce que tu y verras ne te plaira pas toujours… Crois-moi, c’est le plus important quand on est amené à faire des choses comme nous aurons à les faire. »

Les paroles de Céendel ne sont pas dépourvues de sagesse, et Caabon les grave dans sa mémoire. Il y repense dans la chaloupe qui les mène sur le continent, ainsi que tout leur équipement. L’océan est relativement calme dans la crique où le capitaine a jugé bon de débarquer, mais ce « relativement » suffit à raviver le mal de mer du Wotongoh, qui croyait s’être débarrassé de ces nausées débilitantes. Le frêle esquif, bien que taillé pour subir sans peine la grosse mer et effectuer des débarquements clandestins sur les côtes les moins accueillantes, paraît être à chaque instant sur le point de chavirer, et basculer par-dessus le bord passagers et chargement.

L’avant dernier jour de voyage s’est passé sans encombre, et a été occupé par la mise au point de divers plans d’actions, surtout destinés aux mercenaires employés par Céendel ; Caabon n’a as pu assister à ses réunions : l’Hinïon lui a expliqué qu’en cas de capture à Gwadh et d’interrogatoire poussé – doux euphémisme pour la torture – il ne devait rien révéler de compromettant pour le reste des opérations en cours sur le continent, et donc en savoir le moins possible. Alors le Wotongoh a pris son mal en patience, et trouvé à s’occuper sur le navire, notamment en accomplissant quelques exercices d’assouplissement négligés depuis trop longtemps, ainsi qu’en se risquant à monter prudemment dans la voilure puisqu’il était libéré des contraintes du mal de mer. On arriva bien vite au neuvième jour de voyage, qui devait s’achever par un retour à la terre ferme. Du moins par un retour direct, sous la forme d’une passerelle, ou d’une échelle de corde, mais sûrement pas une nouvelle épreuve maritime pour atteindre la côte avec un facteur risque des plus élevés. La nécessité de discrétion a imposé ce débarquement pour le moins étrange en Nosvéris. La destination du Tranchécume n’a pas changé, il s’agit de Lebher, pour livrer de la marchandise, de l’argent, et quelques messages. Cependant, il est impossible à Céendel et ses compagnons de débarquer au port, les chances pour qu’un espion faisant régulièrement des rapports à Pohélis s’y trouve étant trop élevées, aussi prirent-ils le parti de toucher la côte à la manière des contrebandiers non loin de la cité Shaakt, pour ensuite traverser quasiment tout le continent à pied. Le voyage ne serait probablement pas inutile, et comporterait certainement des escales, mais l’Hinïon n’avait pas fait part de ses plans à Caabon, ce dernier ne pouvait donc se borner qu’à des suppositions.

Il a fait partie du deuxième voyage de la chaloupe, et a donc passé une bonne partie de la journée à attendre sur la plage ou à transporter des paquets, des caisses et autres objets nécessaires à l’expédition terrestre loin des atteintes de l’eau salée. Cet effort physique était le bienvenu pour lui faire oublier qu’après avoir vaincu le mal de mer, il lui fallait maintenant oublier la sensation que le sol s’animait à la manière d’un tissu couvrant un nid de serpent, et pour obliger son corps à se réchauffer : même sous la cape offerte par Théoperce, de cuir doublée d’une épaisse fourrure, il percevait la morsure du froid et les assauts du vent. Nosvéris s’annonçait être un continent hostile ; si la perspective de gagner la cité Shaakt l’inquiétait, il trouvait cette idée plus rassurante que d’être pris par le blizzard dans la plaine.

Quand enfin la dernière équipe de marin repart vers le Tranchécume, sur lequel les marins se sont déjà activés pour préparer le départ, tout le matériel nécessaire est à terre, et tous les soldats. Les premiers arrivés, pendant que Caabon effectuait son ouvrage de débardeur, avaient monté de curieux chariots, qui s’avérèrent être des traîneaux auxquels on avait adapté deux essieux pour leur permettre de franchir de courtes distances hors de la neige : ils ne supporteraient sûrement pas le poids d’un homme ou deux en plus des marchandises tant qu’ils avanceraient sur leurs roues, leur vocation n’étant pas le transport de passagers.

De l’autre côté de la bande de terre qui longeait la côte se dresse la muraille épaisse d’une forêt, menaçante tant elle paraît nue, avec ses arbres qui ont déjà perdu leurs feuilles et les conifères sombres dressant leurs pointes vers le ciel, seigneurs parés parmi les nus. Et plus loin encore à l’est, le soleil couchant fait se découper les courbes imposantes d’une chaîne de montagne, dominant le paysage. La destination de Caabon n’est pas ces contrées, mais le Nord. Au moins n’aura-t-il pas à progresser sous les branches traîtresses, sur un parterre de racine non moins rassurant, dissimulé qu’il est par une fine couche de neige qui ira en épaississant quand le continent s’enfoncera plus profondément dans l’hiver.

« Eh bien Caabon. Voici ton escorte… Quoi qu’il arrive, ne dis rien, et essaye de donner une bonne impression… »

Au Nord se découpe en effet une silhouette montée à cheval, suivie d’un baudet à piètre allure.

Séparation et nouveau compagnon

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 18:48 
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Dirigé N'kpa


N’kpa monte sur la frégate. Nellia y est déjà, elle l’attend. L’homme bourru, sans rien dire repars donner des ordres, il y a six matelots qui s’affairent. Le bateau prend le large rapidement. Plus léger, plus petit que les navires que N’kpa à déjà connue, celui-ci est spartiate. Le pont, lieu de vie et de travail, quand on descend en dessous, il y a la cale, ou on pose les vivres, puis les couchettes, on vous montre une pièce, plus une remise qui sent le poisson (1) elle sera votre chambre. A côté porte close (2) vous comprenez que c’est la cabine du capitaine. Le navire est simple, mais c’est cela qui lui permet d’être aussi rapide. En haut les voiles gonflés le font filer sur la mer.

« Voilà v’ot cabine. O' mange à midi et le soir o' graille au couché et sur le pont. Je vo' laisse vo' installé. »

Nellia pose ses affaires et s’installe sur une couverture laissée là sur un renfoncement, elle t’indique le second pour toi.

Le voyage va être long

Dit elle

N’kpa… je te demande de me pardonner, je te dois la vie.

Elle sort un casque en écaille brune et aux reflets bleuté.

Tiens accepte ce cadeau, je t'en prie.

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La LOI : c'est ICI !
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Pour une action de grâce : Ici!
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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 21 Sep 2014 23:05 
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les adieux à Daïo

ON CHANGE DE CONTINENT... VOGUE LES DAMOISELLES !


N’Kpa monta à bord du navire et jeta un dernier regard à Daïo, Ce dernier jouait un rôle d’improvisation pour leurrer les quelques miliciens qui s’intéressaient à eux... à cause d’elle. Un sourire éclaira son visage entendant son discours et quand il feinta la chute pour tomber dans l’eau. (Bonne chance à toi Daïo l’étrange et encore merci pour la nouvelle que tu m’as apporté…) Elle serra contre son coeur un poing fermé.

Les quelques marins de la coque de noix s’activaient à appareiller. Le petit navire, léger, prit rapidement le large. Le capitaine avait disparu et l’équipage occupé, ne fit pas attention à elle…
Le soleil pointait son nez embrasant l’horizon d’une couleur sanguine. Les oiseaux de mers volaient au dessus dans un ballet anarchique, noyant les oreilles de marins de leurs cris roques et disgracieux. La mer était houleuse et le navire filait bon train, poussé par une brise moyenne du continent. Derrière eux, le port disparaissait et les montagnes bleutées au loin se détachaient sur le ciel rosé du matin.

Les marins pris dans leur travail ne l’importunèrent pas tout de suite. Nellia avait disparu, ce qui pour l’instant convenait à la jeune femme. N'Kpa resta un long moment, là, plongée dans ses souvenirs, fatiguée mais le coeur plus léger. Elle inspira fortement l’air iodé, ferma les yeux et se remémora les paroles de Dirzton

« Ecoute N’Kpa, Sirat est encore en vie, il a voué allégeance à Oaxaca. Ce qu’il a fait c’est parce qu’il t’aime, j’ai partagé la même chose que lui à l’époque. Alors profite du cadeau qu’il t’a fait, la vie. Parcours le monde pour le retrouver, ne l’abandonne pas. Maintenant monte sur ce navire pour que je puisse virer la passerelle et retenir quelque peu ces personnes. »

(Sirat, grand fou, je n’aurais de cesse que d’essayer de te retrouver pour te ramener à la raison. Je ne sais pas le temps que cela me mettra, mais ton enfant connaitra son père… Puissent les dieux te préserver toi aussi de ta folie. Ne m’oublie pas, garde pour moi, dans ton coeur, l’étincelle qui t’aidera à survive dans les moments les plus durs…je t’aime…)

Elle sortie un des petits sabres, coupa une mèche de cheveux, fit un petit noeud et laissa s’envoler le fétu, emporté par le vent…

Puis, elle se retourna, observa la scène... Le navire n’était qu’une petite coque de noix à voile triangulaire, balloté par les flots, mais il filait bien et fendait les vagues comme un espadon. Environ six hommes formaient l’équipage. Un barreur sur l’arrière tenait le cape, les autres s’affairaient à diverses tâches. L’atmosphère était plutôt calme, même si un ris soutenu poussait par vent arrière le navire.
Un marin vint la rejoindre et sembla éviter son regard. Il ne lui posa aucune question mais lui fit signe de le suivre. Ils descendirent une petite échelle raide et pénétrèrent dans le navire. L’air n’y était pas des plus plaisant. Des tonneaux étaient arrimés et des cordages occupaient le fond. Ils passèrent devant une première porte. L’homme lui indiqua la seconde cabine et les temps de regroupement pour les repas, puis il s’en alla…

Nellia était là, s’octroyant un coin dans la petite pièce, lui désignant l’autre. Rien que deux couvertures occupaient le sol.
« Le voyage va être long. » dit-elle et demanda encore le pardon…

N’Kpa ne répondit pas tout de suite, elle était fatiguée, pour ne pas dire épuisée. Une fois de plus, il s’était passé tant de chose… Oui le voyage allait être long, vers une destination inconnue. Elle n’était pas sur en plus d’arriver à bon port. Qui étaient ces marins, étaient-ils digne de confiance? Diane n’avait répondu à aucune question et s’était même enfermée dans un mutisme édifiant, avant de disparaitre.

N’kpa posa son sac, s’assit un moment, dos contre la cloison.

Nellia insista et farfouilla dans son sac, en sortit un magnifique casque en écailles brunes bi-cornes aux reflets bleutés. Elle lui tendit : « Tiens accepte ce cadeau, je t’en pris. »

La Shaman prit l’objet et en fit le tour visuellement. Elle releva la tête et d’une voix douce, maternelle, elle répondit à Nellia :

Nellia, merci de m’offrir ce bel objet… Je ne le mérite pas et n’en ai pas l’utilité… Tu ne peux pas racheter une confiance comme ça... Et puis, je ne t’ai pas sauvé la vie, c’est Diane et le majordome qui nous ont sorti de ce guêpier.

Elle lui retend le masque, l’observe et reprend :

Vois-tu où on est Nellia?… Je ne sais pas où on va, qui sont ses marins, encore moins le capitaine, ni de quoi ils vivent ou combien ils ont été payés pour nous emmener.
Vois-tu, j’ai passé un nombre incalculable de jours sur des navires, j’ai été enlevée et emprisonnée, traitée comme esclave, je ne sais plus combien de fois...


Elle se redressa et se rapprocha de Nellia pour s’assoir à coté d’elle.

Nellia?… je te pardonne, bien sur, mais ne me refais plus jamais un coup comme ça. Tu ne dois pas abandonner tant qu'il te restera un souffle.

Elle sourit de toutes ses dents, amicalement et chassa une mèche de cheveux rebelle. Elle reprit son sermon beaucoup plus bas. La cloison étant fine, des oreilles indiscrètes pouvaient trainer.

Nous allons devoir compter l’une sur l’autre, Nellia. Nous ne pourrons faire confiance à qui que ce soit. Ce que nous portons, greffé à notre cou, est une marque du chaos. Elle nous attirera probablement des ennuis, selon où l’on arrivera. Même ici sur ce navire, ou bien ils nous craindront et se tiendront à carreaux, ou bien ils profiteront d'un relâchement pour nous jeter par dessus bord ou au pire nous vendront comme esclaves chez les Shaakts.

Elle serra comme une mère dans ses bras la jeune femme. N'Kpa avait grandi. Elle n'était plus la jeune Humoran naïve à peine sortie de sa forêt. Tant de chemin parcouru dans un seul but inassouvi... Mais Ô combien avait-elle appris à survivre dans la jungle inhospitalière des humains. Les risques de la forêt étaient un jeu en comparaison...
Elle était presque heureuse, car son amour était vivant… Elle avait faim, soif et elle était exténuée, mais heureuse…

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Dim 5 Oct 2014 08:00 
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LE VOYAGE VERS L'INCONNU. JOUR 1,
COMMENT APPRENDRE A PORTER UNE PLUIE DE COUPS


Nellia, avait tiqué et commencé à craindre le pire lorsque N’Kpa refusa le masque de Dragon, puis enchaina sur la réalité de la situation. Nellia détourna la tête, déçue du refus de l’Humoran à accepter son présent.
La vie de la jeune femme avait été qu’une suite d’erreurs, de désillusions et de solitude, jusqu’au moment où elle avait rencontré le Maitre qui lui avait appris à développer ses talents.
Elle pressait le masque contre elle, frustrée, tête baissée et résignée. C’est tout juste si elle écoutait l’histoire de la Shaman. Mais un revirement dans l'attitude de N’Kpa surprit la demoiselle. Cette dernière se leva et vint se placer tout contre elle pour lui annoncer qu’elle lui pardonnait, d’un air maternelle et cérémonieux.
La jeune femme mit quelques secondes à comprendre et accepter ce qu’elle avait entendu, avant de découvrir le visage souriant de la féline qui l’observait. Il se passa un moment d’hésitation avant que Nellia réagisse. Prise d’un doux bonheur, elle, orpheline n’avait pas eu le loisir de profiter d’instants de chaleur humaine. Elle se blottit un peu plus dans le giron de sa compagne. Sentir la chaleur de ses bras, son souffle, son odeur ravivait l’absence maternelle de sa jeune vie. Elle était rassurée, presque heureuse. Elle versa quelques larmes en silence, posa sa tête contre l’épaule de sa compagne, émettant le souhait que ce moment dure une éternité.
La Shaman la pardonnait et c’était ça qui la réconfortait. Puis elle revint à la réalité de la situation expliquant la marche à suivre. Nellia hocha la tête de bas en haut pour signifier son consentement…

La matinée était bien avancée, le soleil au zénith, alors que les deux jeunes femmes enlacées c’étaient endormies, bercées par la houle légère qui portait la coquille de noix. Ce sont les pas d’un homme et le toc toc à la porte qui les réveilla.

« Euh… M’dames O’vo attends su’l pont por manger ! » quelques grincements de plancher et un peu plus loin. « C’aptain, vo’t plat est posé d’avant vo’t porte ! » Puis les pas s’éloignèrent pour être perçu au dessus de leur tête.

Nellia fut la première à se relever et s’étirer. Elle bailla avec force et tendit les bras vers le plafond, offrant le bas du tatouage qui recouvrait son dos. Elle se sentait plus sereine, reposée et presque fraiche. Même si elle aurait aimé faire une toilette, elle était heureuse de penser que l’avenir était plus radieux que ce qu’il avait été. Elle regarda N’Kpa allongée et encore assoupie. Son ventre cria famine. La jeune femme se pencha et doucement déposa un baiser sur la joue de la féline…

N’Kpa… paresseuse il faut te lever… n’as tu donc pas faim? Hi ! Hi ! Hi !…

Elle avait cogité dans son sommeil et si N’Kpa n’acceptait pas le masque de Dragon, peut-être serait-elle contente d’apprendre quelques techniques de combat, que le maitre lui avait enseigné? Cela ne coutait rien que d’essayer.

Hum ! … Laisse moi, j’ai du sommeil en retard…

Allons, dépêche toi, debout, autrement ils ne nous laisseront rien à manger… grouille… et puis… j’ai quelque chose à te dire !…

Ok vas-y … parle j’t’écoute…

La Shaman bailla à son tour dévoilant ses crocs, puis se redressa et s’étira à la mode féline. Elle dévisagea sa compagne d’un air mi-figue mi-raisin. Sa lèvre et sa joue tuméfiée ne lui arrangeait pas le visage et surtout lui faisait mal. Ses cheveux n’étaient plus nattés et sa toison bicolore emmêlée ressemblait plus à une crinière hirsute. Son maquillage tribal était presque inexistant mais encore présent, rajoutant au tableau une touche barbare.
Nellia lui sourit et l’attrapa par le bras pour la forcer à bouger. Toutes deux grimpèrent l’échelle de pont et furent accueillit par un soleil radieux, éblouissant accompagnée d'une chaleur étouffante. L’air iodé était puissant et la mer bleu foncée luisait à perte de vue. Là, sur le pont vers le gaillard d’avant, un petit groupe de cinq hommes assis en tailleur s’empiffraient, un bol à la main. Le sixième derrière elles, tenait la barre… Pas de trace du capitaine…
Elles s’approchèrent et tous les regards se tournèrent… Aucune animosité n’était lisible. Ces hommes étaient de simples marins, sans grande ambition, ni grands besoins. Des hommes simples heureux de faire ce qu’ils faisaient, libre sur leur navire.
L’un d’eux leur tendit un bol. Le fumet était banale, gruau et poisson séché accompagné d’une galette de seigle, d’un gobelet de vin un peu acide ou de l'eau douce, denrée précieuse.
Les deux jeunes femmes affamées ne firent pas la fine bouche et engloutirent la pitance, un peu à l’écart. Aucunes paroles ne leur furent adressées, aucune question, ni regard. Les hommes discutaient entre eux, à voix basse, dans un dialecte qu’aucune des deux ne connaissaient.

Le voyage va être long effectivement… D’autant qu’on ne sait même pas où ils nous emmènent !…

N’Kpa bougonnait et Nellia y vit l’opportunité de proposer ses services en reconnaissance de son pardon.

N’Kpa, accepterais-tu que je t’enseigne quelques techniques de combat apprises de mon maitre?… L’une d’elle porte le nom de « La danse des cent lames». Elles proviennent d’une très longue observation des techniques de luttes de certains animaux. Elle offre la possibilité à celui qui porte les coups de frapper plusieurs fois avec rapidité.

N’Kpa pencha la tête étonnée.

Heu… et bien… je ne comprends pas pourquoi tu veux faire ça?… Mais, l’idée ne me déplait pas. Quand commençons nous?

N’Kpa attachait déjà ses cheveux en queue de cheval après avoir retiré un lien de son armure de cuir. Nellia rayonna de bonheur. Elle ne s’attendait pas à une acceptation aussi facile.

Et bien… tout de suite… maintenant !… On se passera des armes aujourd’hui ! Elle déposa le bol et le gobelet, jeta un regard autour d’elle et constata que l’équipage avait repris ses vacations sans dire mot. On ne leur avait même pas, étonnamment, demander de participer à quoique ce soit. Elle en était contente et sourit.

Alors, tout d’abord, sache que l’œil humain peu rapidement être trompé, abusé. Il est possible de lui faire croire ce que l’on veut. C’est ce justement ce que vont faire les prestidigitateurs. Ils vont accaparés l’attention du sujet sur une action et l’obligé à se concentrer sur ça alors qu’ils agissent sous cape.

Elle observe N’Kpa et reprend :

La rapidité des coups que tu porteras grâce à cette technique n’aura pas la puissance nominale d’une frappe posée avec toute sa puissance requise. Mais, elle permettra de dérouter l’adversaire et, si tu utilises tes connaissances anatomiques et techniques sur les faiblesses des armures, il te sera possible de porter des coups sur des zones vitales et provoquer des dégâts irréversibles.

Nellia reprend sa respiration et rassemble ses idées.

Trois zones, Le haut avec le visage, cou et nuque. La zone moyenne, avec la poitrine, ventre, dos, reins et côtes et enfin basse, bas ventre et jambes. Évidemment certaines zones seront plus délicates à frapper ou simplement à atteindre, surtout si elles sont protégées par une armure et selon la position du sujet.

Petite pose et Nellia s’approche de N’Kpa et se place devant elle en position d’attente.

Aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur les zones hautes le visage, le cou. Tu vas m’attaquer franchement avec le plat de ta main. N’hésite pas, car pour que ce soit efficace, il faut qu’il y ait de l’action. Bien sur, je retiendrai mes coups, je ne voudrai pas perdre, dès la première séance, mon élève Hi ! Hi ! Hi !

La Shaman regarde sa compagne, sceptique, pas très sur d’elle. Derrière elles les marins vaquaient toujours à leurs occupations, comme si elles étaient inexistantes. Parfois un regard, un petit arrêt mais à aucun moment ils vinrent les importuner. C’était tout de même assez déroutant, pour ne pas dire inquiétant.
C’était la première fois qu’elle était sur un navire où le capitaine brillait par son absence. Ce rafiot était un mystère. Elle décida de se concentrer sur l’apprentissage.

Tu es sur?…

Sans attendre de réponse, le bras de N’Kpa s’envola dans une courbe puissante qui surprit Nellia qui esquiva de justesse.
N’Kpa se précipita vers la jeune femme pour l’aider à se relever, mais cette dernière, d’une souplesse extraordinaire, donna un coup de rein pour se rétablit sur ses pieds et claqua du plat de la main une oreille de la Shaman. Aïe ! … ça fait terriblement mal ! Abasourdie, la tête bourdonnante, N’Kpa se tenait le coté de la tête.
Nellia affichait un rictus en coin.

Tu m’as surprise, c’est bien. Ce que je viens de te faire n’est qu’un petit geste qui déboussolera ton adversaire et te donnera du temps. Il n’est pas mortel… Ça va?… reprenons, maintenant je serais plus méfiante. Elle jeta un clin d’œil à sa compagne.

N’Kpa, secoua la tête et se remit en position d’attaque, le regard un peu plus farouche, les bras décollés du buste griffes sorties, les jambes légèrement écartées. Elle grondait intérieurement et sa queue derrière elle s’agitait. Nellia cette fois l’attendait plus méfiante aussi.
La Shaman commença par tourner légèrement sur le coté gauche de Nellia, chercher une ouverture dans la défense de sa rivale. Puis profitant d’une hésitation elle bondit toute griffes dehors. Nellia au lieu de l’esquiver rentra dans son mouvement passant sous son coup de griffe, se retrouva sur son flanc gauche et vint donner une série de frappes sèches à la base du cou à la jonction des deux clavicules juste dans le creux. N’Kpa stoppa nette son mouvement, abasourdit sentant l’emprunte des cinq coups qu’elle venait de prendre. Elle se massa l’épaule et le cou.

Très bien N’Kpa, as-tu senti?… Je t’ai donné une série de petites frappes à plat. Mets-y ton sabre à la place tu auras une personne qui aura la clavicule tranchée, la carotides ouverte et se videra comme un porc qu’on a égorgée. Elle vient se placer sur le coté de N’Kpa. Si l’adversaire à un casque et collerette … elle lui montre le geste au niveau de la carotide. … Tu trancheras la tête sans que la colonne ne vienne te poser souci.

Un petit temps de pose et elle reprend. Voilà, tu viens de vivre un petit exemple, mais la technique par elle même est basée sur la rapidité. Nous sommes pareilles toutes les deux. Trop petites et fluettes pour lutter à armes égales contre un gros lourdaud qui mise tout sur sa puissance. Notre force vient de notre souplesse et de notre rapidité et je vais t’apprendre à utiliser cette capacité pour augmenter tes chances.

N’Kpa était fascinée par les connaissances anatomiques et l’aisance de mouvement de Nellia. Elle gobait les indications de sa compagne comme si elle buvait du petit lait.

Des questions?… Heu ! Non … Très bien. Alors voilà ce que l’on va faire : On va répéter dans un combat simuler les différentes techniques que je vais te montrer. Quand tu les auras assimilées nous passerons à un exercice dit « randori » tu seras une fois « uke » et moi « tori » et on inversera.

N’Kpa pencha la tête et posa la question inévitable : Qu’est ce que le… « randori, uke et tori ?…

Hi! Hi! Hi! Oui pardon, le « randori » est un exercice dans lequel tu affrontes plusieurs assaillants. Nous serons que toutes les deux et tu passeras de « uke » celui qui reçoit ou subit à « tori » celui qui prend ou choisit. En gros une fois tu prends les coups, une fois tu les donnes, compris?

N’Kpa allait de surprise en étonnement. Elle hocha la tête de haut en bas d’affirmation.

Bien, je commence, je suis tori et toi uke. Tu m’attaques tout en douceur et je pose les mouvements et les frappes avec retenues et au ralenties. Juste pour que tu ressentes les zones visées et surtout que tu saisisses petite à petit la dynamique?

Hochement de tête. L’exercice commença comme dit tout en douceur. Les deux femmes alternaient les rôles et enchainaient les mouvements dans un ballet au ralenti, ponctué d’erreurs et de réussites.
Parfois les marins s’arrêtaient et observaient ce duo étrange. La danse les emmenait de plus en plus vite et petit à petit N’Kpa enregistrait et augmentait sa cadence et sa précision. Après deux heures d’enchainements sans interruption, écrasées par une chaleur étouffante, suant et haletante, les deux femmes furent interrompues par le marin qui les avait accueillit. Il leur tendit une cruche d’eau.

« A vo s’couer com’ça vo z’aller vo dessécher com’ une algue su’l la plage. Vo d’vriez pô vo agiter d’la sorte… » Dit-il avec ironie. Peut-être leur faisaient-elles peur, car les autres regardaient la scène de loin, même s’ils pouffaient dans leur barbe aux paroles de leur complice. Les deux filles se regardèrent et rirent à leur tour. Au moins l’ambiance, même si elle était un peu distante, se déridait. A la fin du voyage peut-être en apprendraient-elles un peu plus sur ses gens là.

Merci à vous… on a vu pire, n’est ce pas?

Oui… bien pire… Hi hi hi! merci.

L’homme retourna vers ses compagnons et le groupe discuta de dos. Pendant se temps :

Bien N’Kpa, tu comprends et apprends vite… Je vois que tu as bien compris que la respiration avait sa plus grande importance. Tu as bien pigé qu’il fallait puiser dans son énergie profonde pour que l’action s’accélère. Tu as bien saisi le fait d’attirer l’attention pour détourner la réalité. Hi! Hi! Hi! Tu as bien failli m’avoir tout à l’heure. Je n’ai pas vu arriver tes trois frappes et si tu avais eu tes sabres je crois que je répandrais mes tripes sur le pont.

Un clin d’œil et N’Kpa lui répond d’un large sourire.

On va reprendre et enchainer. Puis on finira par un vrai combat. On retiendra juste nos coups, puisque maintenant tu les as intégré. Es tu d’accord?
La Shaman n’avait pas encore retrouvé une respiration calme. L’entrainement était très physique. Nellia introduisait aussi quelques nouveautés, préparant la journée du lendemain. Elle ne laissait aucun répit et sanctionnait les erreurs. N’Kpa se contenait et acceptait les conséquences de ses erreurs.

Oui… bien sur, mais que c’est épuisant… Tu me félicite, mais je n’arrive pas encore à comprendre comment tu peux accélérer plus ta rapidité.

Le jour où tu es en danger de mort, tu ne trouveras pas les entrainements épuisants ! … Tout est dans ta capacité à mobiliser ton énergie vitale et détourner l’attention de la victime. Cela va venir, tu vas comprendre et petit à petit améliorer tout ça. Ce serait trop facile si tu arrivais dès le premier jour. Le revers de la médaille est que cette action est effectivement épuisante et difficile à renouveler. Elle doit donc être efficace et ne laisser aucune chance à ton adversaire.

N’Kpa tiqua. (Comment a t-elle pu craquer quand nous étions dans les geôles? Elle, qui est si sûr, si autoritaire, si dur?… )

Elles reprirent jusqu’à la tombée de la nuit. N’Kpa était épuisée et Nellia ruisselante, mais contente. Son élève était douée et ses origines félines la servaient à souhait. Le dernier combat avait été plus violent, plus rapide. N’Kpa avait pris des coups, mais Nellia en avait aussi reçu.
Les hommes s’étaient regroupés sur le gaillard d’avant pour le repas. La fraicheur montait, bienfaisante après cette journée étouffante. Ils invitèrent les deux femmes à les rejoindre et partagèrent le repas accompagné de poissons pêchés dans la journée. Des questions arrivèrent traduites par leur seul interlocuteur à l’accent fort. Les autres parlaient un dialecte, comprenaient peut-être le commun mais ne le laissaient pas entrevoir.

N’Kpa demanda la possibilité de prendre un bain. Les Hommes se regardèrent et plusieurs rictus apparurent.

« Ben mes petites dames, y a pas l’comodité de chez vo, mais on’a un bac et l’eau d’mer? On va ben vo tro’ver un bo s’avon ou d’suif ! J’vo fait descende’ça à vo’t cabine ! » Il esquissa un sourire édenté et s’activa.

La soirée fut courte, après le bain et une séance commune de démêlage des cheveux, Nellia fit une tresse à N'Kpa. Les deux jeunes femmes s’endormirent rapidement, sans avoir oublier de coincer la porte avec le bâton de N’Kpa.

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Dernière édition par N'Kpa Ithilglî le Sam 15 Nov 2014 15:01, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Lun 13 Oct 2014 21:15 
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JOUR 2, Comme peut-être dur un apprentissage



La nuit se passa sans heurt. N’Kpa fut juste réveillée, pensant avoir dormis depuis des jours, par le grincement de la porte voisine et des pas qui montaient sur le pont. Elle entendit quelques voix dont une encore inconnue. Ce devait -être le fameux capitaine fantôme. Elle jeta un œil à la porte, le bâton n’avait pas bougé, un regard à Nellia qui dormait à poing fermé. Le navire grinçait parfois et le et tangage étaient faibles. La mer était calme, aucun son autre que le bruit de l’eau sur la coque ne vint perturber le silence général. La Shamane pleine de courbatures se rallongea se laissa emporter dans les limbes. Il y avait très longtemps qu’elle ne c’était pas sentit aussi détendue, c’était bon…

Ce sont les cris des marins qui la levèrent en sursaut. L’humidité de la cabine était telle que son poil était mouillé, il faisait déjà chaud. Le navire semblait filer à bon train et la mer était un peu plus forte. Nellia était absente, la porte juste fermée. Quelle heure était-il? Suffisamment tard pour que tout l’équipage soit debout. Son estomac cria famine. Elle s’étira, posa une main sur son ventre et eux une pensé à l’être cher futur père. Une petite prière à Zewen, dans l’espoir qu’il préserve le fil de la vie de Sirat. Tant bien que mal, elle s’extirpa de la cabine. Les premiers pas furent douloureux. Lorsqu’elle arriva sur le pont, le vent de côté vint la rafraichir, elle frissons. Tous les marins et Nellia étaient sur la proue, désignaient quelque chose devant l’étrave. La voile triangulaire était bien ferlée et le navire avec sa gite bondissait sur les vagues avec de temps en temps un embrun plus fort sur la proue qui éclaboussait le public amassé.

Elle s’approcha, Nellia se retourna et l’accueillit avec un grand sourire.

Bonjour, regarde qui nous accompagne !

Elle étira un doigt et N’Kpa pu distinguer un groupe de dauphins qui les précédaient en s’amusant à surfer poussés par la vague d’étrave.

Selon les marins, c’est bon signe, cela porte chance. Mais tu dois avoir faim non? Pas trop courbaturée?

N’Kpa sans détacher son regard sur le manège des mammifères répondit à la volée.

Oui, j’ai une faim de loup… ça va bien, vivement qu’on reprenne !…

Par fierté, elle ne voulait pas laisser apparaitre ses faiblesses musculaires. Le repas se déroula rapidement, quelques boules de riz accompagné d’un thé très chaud au goût très sucré.

Allez, aujourd’hui, nous allons passer à la vitesse supérieure, puisque tu m’as montré tes qualités et compétences.

Petit silence et l’humaine plonge son regard dans celui de sa compagne.

Hier on a vu les enchainements au visage. Aujourd’hui on va traiter la partie centrale du corps, cette après-midi, si tout va bien on fait la troisième partie, le bas. Et pour finir demain, je te montre la dernière étape l’enchainement du Tigre.

C’est quoi l’enchainement du Tigre ? L’enchainement du Tigre est une technique qui permet de lancer une série de frappes visant les différentes zones vitales avec force et puissance.

Nellia laisse la réflexion se frayer un chemin, puis attrape la main de la Shamane pour la tirer au centre du navire. La maraudeuse était surexcitée à l’idée de transmettre ce savoir et pleine d’espoir envers son élève. Dans son esprit, cela valait le pardon de N’Kpa.

Prête? … Oui ! Nellia explosa de joie et d’entrain Alors, écoute, ce que je vais t’apprendre, va te permettre de dépasser ce que tu connais, ce que tes yeux perçoivent. Les mouvements que je vais t’apprendre sont au delà de ta perception et surtout de celle de ton adversaire.

Comme la veille, les marins ne prêtèrent pas vraiment d’attention aux deux filles et leurs manèges. Juste, évitaient-ils de se retrouver dans leurs pattes…

N’Kpa, il va falloir que tu t’imprègnes de l’essence, de l'instinct du félin que tu es. Allez on commence.
Tout d’abord, les zones situées entre le cou et le mas ventre comportent des points qui une fois ébranlées vont raisonner aux zones adjacentes. Je te montre.

Au ralenti elle vient donner un petit uppercut juste trois doigts sur la gauche au-dessus du sternum.

Ici, tu amplifies la puissance et multiplies les micro frappes, tu visualises un effet comme si tu passais au travers de ta victime et celle-ci fera un bond en arrière de quelques pas et ne se relèvera pas.

C’est … incroyable… je n’en crois pas ce que tu fais…

Oui, je sais, mais va falloir s’y mettre. Alors écoute et enregistre Milady. Je te montre les zones et après comme hier, on s’y met tout d’abord au ralenti puis on accélère. Compris? Euh… d’accord, allons-y !…

Alors l’humaine commença de cerner les endroits du torse, du ventre et du dos sur sa compagne et de lui faire répéter sur elle-même. Au bout de longues minutes de pratiques, elle reprit la parole :

Ok tu as saisie? Oui !… Le but de ce que je vais t'apprendre est vraiment de toucher des zones vitales avec rapidité force et infliger de violents traumatismes qui pourront provoquer d'important dommages et entrainer la mort.

Elle regarde sa compagne faire la moue. N'Kpa n'était pas une tueuse. L'idée d'occire quelqu'un était difficile à admettre pour la jeune femme profondément influencée par une culture où la moindre parcelle de vie avait sa raison d'être.
Même si, depuis son départ de sa forêt natale, elle avait dû se défendre et parfois éliminer ou prendre le risque d'être éliminé pour sa propre survie, cela restait une décision compliquée. Jusqu'à maintenant, c'étaient des cas exceptionnels et jamais elle n'avait ôté une vie pour le plaisir.

Bien, les "Kata du Tigres" sont issus de l'observation des techniques d'attaques du félin à rayures et qui ont été adaptées. Tu as la chance de faire partie de cette race. Tes origines, que je devine Woran, ne sont pas si loin. Ton physique, ta souplesse, ta nervosité qu'on lit en toi, t'aideront à comprendre et à agir en conséquence. Il te faut juste retrouver ton instinct et laisser se dernier reprendre le dessus. Oublie ton coté Torion, revient à tes origines, laisse vibrer ton Ki, puise dans ce dernier et libère ta force et ta colère… Allez assez parlé… action, on enchaine au ralenti. Suis et reproduis mes gestes.

Nellia se mit en position, une jambe en avant l'autre en retrait. Un bras légèrement plié devant elle, l'autre en parade. Elle enchaina une suites de mouvements de rotations des bras, tout en fermant les yeux et respirant avec calme. N'Kpa tenta de suivre et reproduire les gestes, avec une certaine gaucherie. Alors Nellia stoppa et reprit avec plus de lenteur. N'Kpa têtue s'acharna et ce qui au début était qu'erreurs et ratés, au bout de quelques heures, devenait un enchainement presque parfait.

Ressens-tu la force t'envahir?… Le Ki, l'élément terre prendre possession de ton corps et augmenter ta puissance?… Oui !, je connais la terre, Yuimen et la magie… J'ai réussi à sentir l'énergie prendre possession de mes gestes …

La maraudeuse était étonnée, N'Kpa avait de réelles capacités et montrait une sensibilité suffisamment importante pour entrevoir rapidement l'essence même de ce qu'elle lui apprenait.

Fantastique ! super… Tiens je vais te faire une démonstration sur ce tonneau. Imagine un instant que c'est le ventre d'un ennemi. Observe !

Nellia repoussa un peu la Shamane pour avoir de la place. Elle se concentra et avec une fulgurante rapidité, une précision époustouflante et une puissance démoniaque, elle frappa sur la barrique. Les planche visées, pourtant fort solide, volèrent en éclat et la course du poing de la demoiselle se termina de l'autre côté. Elle avait traversé de part en part la cible et restait malheureusement coincé dedans. Abasourdis, N'Kpa resta bouche bée, alors que les marins effarés, stupéfaits marmonnaient entre eux, pris d'une crainte un peu plus croissante. La contorsionniste pesta, vitupéra de colère. Etre resté prisonnier n'était pas prévu dans l'apprentissage. Mais quel coup magnifique avait-elle réussi. Elle était bien sûr en pétard mais contente de sa performance.

BON ! Quand tu auras fini de baguenauder comme ces crétins, tu viendras peut-être m'aider à me sortir de là? N'KPa porta la main devant sa bouche pour étouffer son fou rire. Oui !… oui bien sûr, Ô grande Maître, quelle impressionnante démonstration ! hi ! hi ! hi !

Nellia pestait de rage. Le marin traducteur arriva sur ses entrefaites, et d'un ton de voix très moralisateur, rajouta au stress de Nellia « Bô j'pense pô qu'le boss va apprécier d'savoir qu'vo avez cassé une barrique. c'est'qu'ça côute chère c'te chose là !… »

N'Kpa avec douceur, du mieux qu'elle pouvait, sans rajouter un mot, aidait Nellia à sortir son bras coincé. (Il va mal finir cet animal s'il continue à asticoter la d'moiselle ! hi ! hi ! hi !)
VOUS ! …. je… Le membre fautif venait enfin de sortir de la masse de bois. Alors qu'elle se massait le bras, elle jetait des regards tueur au marin intrépide. Ce dernier comprit avoir fait une boulette et baissa pavillon pour s'en retourner saint et sauf vers ses compagnons. La jeune femme se tourna vers la Shamane.

Ok ! A toi maintenant ! Le ton était impérieux et sans échappatoire. N'Kpa, était un peu décontenancée, mais reprit rapidement l'entrainement. Elle se positionna à son tour devant la barrique et enchaina un essai qui ne fut pas des plus réussi. Nellia encore sous pression ne laissa rien passé et invectiva sa copine à plus de conviction, ce que N'Kpa exauça après quelques temps.

La suite de la deuxième journée fut un peu plus calme. Nellia évita de reprendre un objet pour ses besoins.

Au soir N'Kpa malgré son épuisement était capable d'enchainer les mouvements et de porter une attaque. Elle ne pouvait plus bouger les bras… tant ses muscles étaient tétanisés par des heures de sollicitation.
Cependant, le coach ne l'entendait pas de la sorte et poussait la demoiselle dans ses limites pour l'obliger à puiser dans ses dernières ressources qui libéreraient son énergie de la terre.

Le soleil disparaissait derrière l'horizon et, seul un fanal prodiguait une lumière blafarde et dansante dans le crépuscule naissant.
Nellia torturait la Shamane qui n'en pouvait plus et n'aspirait qu'une chose, d'arrêter le plus vite possible. Les exercices lui avaient ouvert l’appétit.

Quant aux marins, ils avaient renoncer à intervenir et restaient même bien éloignés des deux furies.

N'Kpa était à genoux, ses mains posées sur le pont les bras tremblant de tétanisation. Sans qu’elle s’y attende, Nellia se mit à vociférer et fondit comme un ouragan sur shamane.
Le pied de la maraudeuse frôla la tête de N'Kpa qui réagit à l'instinct pour l'éviter. Elle n'eut pas le temps de dire un mot que la contorsionniste lui jetait un uppercut dans la face, paré de justesse. Sans réfléchir, utilisant une de ses spécialités, N’Kpa répondit à sa compagne par un puissant balayage de jambe et faucha une Nellia surprise.
N'Kpa avait gagné le temps qui lui fallait pour mettre de la distance. Juste ce qui lui fallait pour se mettre en position de défense.
Ce n'était plus un jeu, ni un entrainement, le regard de Nellia en disait long. (Oh ! Très chère à quoi joues-tu ?)
La demoiselle enchaina quelques mouvements de bras comme elle l’avait appris à la Shamane. Cela ne prit que quelques secondes qui furent longues à la Shamane. Mais pas assez pour la pousser à utiliser se temps pour devancer l'assaut et passer elle même à l'attaque. Cela fut une grande erreur. L'élément terre coulait à flot dans les veines de la maraudeuse et sa réaction fut rapide, puissant. L’Humoran pourtant sur ses gardes ne réussit pas à parer le flot de coups qui l’assénèrent. La vivacité avait été telle, que la féline fut bousculée de quelques pas en arrière, avant de chuter lourdement sur son céans, les yeux exorbités.
Elle se tenait le ventre, par réflexe. Etrangement la douleur était tout à fait supportable, pas de traumatisme ressentis. Nellia s'approchait dans des mouvementes fluides et posés, le regard redevenu plus serein.

Ça va ? … Je viens de te faire une petite démonstration. J’ai retenu volontairement mes poings, afin de ne juste t’imprimer ma force et pas les dommages qui en auraient résulté si j’y avais investi la puissance que j'avais accumulée.

Nellia tendit une main secourante à sa copine battue. La Shamane observait sa camarade avec circonspection. Il lui était difficile de comprendre la demoiselle et ses facettes aussi divergentes. Elle accepta cette main et sourit à Nellia.

A charge de revanche 'moiselle ! …

Nellia se mit à rire. L’odeur de poisson grillé titillèrent leurs papilles et les hommes soufflèrent en silence la fin de l’altercation. Ils craignaient une fin tragique entre les deux femmes, sans comprendre le pourquoi. Mais, apparemment ce n’était qu’une mise en scène dont-ils ne chercheraient pas à en savoir plus.
Les deux femmes approchaient. Leur contact, marin, tourna la tête quand un de ses compagnons lui fit un signe du menton. Ce dernier se leva et tendit une main vers le pont leur offrant sa place. Les autres, mal à l’aise se poussèrent.

Oh ! on n’voudrait pas vous déranger messieurs.

« Ben M’dames c’est po qu’vous dérangez mais on’avait d’jà commencé. Assoillez-vous vous d’vez êtes ben fatiguées après totes vos agitations. Goutez ça, vous nous’en direz c’qu’vous en pensez.

Les deux femmes se regardèrent et pouffèrent. Les marins aussi et c’est dans une bonne humeur que le repas se déroula le reste de la soirée. Des instruments de musique firent leur apparition pour accompagner les chansons de leurs crus. Une boisson légèrement alcoolisée favorisa l'annihilation des tabous et des craintes, que refusa de gouter N'Kpa. Les deux filles se réjouirent et participèrent à quelques chansons, entrainées par la bonne humeur.
C’est assez tard que les passagères revinrent à leur cabine, une Nellia saoule supportée par sa compagne trop fatiguées pour se débarbouiller.
Le sommeil les emporta rapidement. Comme la veille, un peu plus tard lorsque le calme fut revenu, l’étrange capitaine prit son quart…

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 Sujet du message: Re: Trajet maritime sur les Bateaux pirates
MessagePosté: Lun 20 Oct 2014 23:45 
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Jour 3 Quand une baignade ressert les liens


A l’aube du troisième jour, le réveil des fêtards était plus difficile. Comme à son habitude le capitaine étrange de ce navire sonna la cloche de fin de quart et descendit dans sa cabine.
Le soleil pointait le bout de son nez annonçant une belle journée. La mer était lisse comme un miroir, le vent ayant chuté durant la nuit, les voiles flasques pendaient aux vergues et un léger parfum d’iode chargeait l’air marin.
L’océan c’étendait à perte de vue, tel un désert liquide. Pas d’oiseaux, pas de terres en vues, juste l’onde liquide recouverte d’un reflet rougeâtre du soleil levant tirant vers le bleu roi très sombre du coté de la lune couchante.
Les deux femmes dormaient à poing fermé quand le matelot portant le déjeuner arriva devant leur porte et toqua celle-ci. N’obtenant réponse, ce dernier déposa le plateau devant la porte, un sourire en coin.
Ce n’est que plus tard que N’Kpa se levant butta contre le plateau. Elle se retourna pour jeter un oeil à sa compagne encore dans les bras de la déesse Sithi. Elle se baissa se servit et referma la porte avant de grimper les marches pour atteindre le pont.
Le soleil l’accueillit et elle s’étira de tous ses membres. Elle était courbaturée depuis la séance d’hier et heureuse de ce voyage. Elle porta une main sur son ventre et laissa son esprit voguer vers l’être quelle chérissait. (Je ne sais vers quelles contrées me mène ce navire… Tu me manques Sirat, et je suis rassurée de te savoir vivant.)
Le marin traducteur, s’approcha derrière elle avec précaution. La confiance envers les deux femmes n’était pas encore très installée.

« Ben l’bonjour m’dame, vot’copine est malade? » . Demanda t-il avec une pointe de sarcasme. Un peu surprise Radames!… tel était son nom. Oh ! … oui je crois qu’elle n’a que trop apprécié votre vin … Ils se mirent à rire ensemble. Radames, vers quel pays nous emmenez vous? Il y eu un silence, une gène de quelques secondes. « Hum, l’soleil m’fait croire qu’on file vers Imiftil. » Sans attendre, afin d’éviter les questions qu’il sentait venir, il s’éloigna beugler les consignes de manoeuvre à ses compagnons. Une légère brise forçait tout doucement et il n’était pas question de sécher ici.

N’Kpa haussa les épaules de dépit et reporta son attention sur la mer. Elle aurait aimer prendre un bain dans une eau douce. L’eau salée collait son léger pelage et lui provoquait des démangeaisons. La journée s’annonçait belle et le navire jusqu’alors indolent, prenait enfin un peu de vitesse. La grande voile triangulaire avait repris un peu de vie, recouvrait de son ombre une moitié du pont. La jeune femme grimpa avec aisance au grand mât sous les yeux ébahirent des marins en dessous. Ce n’était pour elle qu’un jeu d’enfant. Elle vint s’assoir sur la grande vergue et contre le mât. De la haut, elle avait une vue plus lointaine. Le marin avait raison, le navire filait vers le sud. Plus ils descendaient, plus la chaleur était étouffante. Dans le lointain, elle distingua un groupe de baleines. Il y avait quelque chose de magique dans le ballet de ces grands mammifères. La matinée s’écoula rapidement quand une voix bien connue retentit :

Bonjour? … contes tu rester longtemps sur ton perchoir?

N’Kpa sourit et descendit en se laissant glisser dans le fond de la voile, soulevant une certaine admiration des témoins.

Nellia ! enfin te voilà… tes songes ont-ils été sereins? répliqua la féline sournoise. Hum, je te prierais de ne pas te moquer… et pas crier. Leur vin sucré est divin et glisse dans la gorge plus facilement qu’une douceur au miel. Je n’en doute pas, au vu de ton état. Hi ! hi ! hi ! Oh ça va m’dame la bêcheuse, si tu y avais gouté au lieu de faire ta mijaurée, tu y aurais aussi pris plaisir. Bah ! cessons ce jeu, cela m’énerve de bon matin. La maraudeuse était de mauvais poil et barbouillée, d’ailleurs, avec les mouvements du navire, il ne fallut pas attendre bien longtemps pour qu’elle aille rendre le contenu de son estomac par dessus bord.

N'Kpa se rapprocha et lui posa une main secourante sur l'épaule. Elle lui tendit la louche de bois contenant de l'eau. Je ne voulais pas te vexer Nellia. Prends ça, cela te fera du bien, repose toi.

Oh merci, je ne vais pas bien et je sais bien que je l'ai chercher. Oui je vais me reposer un peu et on reprendra tout à l'heure. Tu ne dois pas abandonner, pratique les mouvements en solo, concentre toi et ressens l'élément terre que tu maitrises pour influencer la précision et puissance de tes coups… Allez, je te regarde.

Euh… même malade, je constate que tu perds pas le nord, comme on dit… Ok, je m'ennuie, alors je vais faire ce que tu dis…

La Shamane s'éloigna et se mit en position. Elle ferma les yeux, inspira et laissa l'élément terre l'envahir. Nellia derrière elle accoudée au bastingage jetait un oeil entre deux vomissements. Elle était au plus mal, pâle comme un cachet, le teint cireux les lèvres exsangues. N'Kpa ouvrit les yeux, le regard fixe sur l'horizon. Le fluide circulait dans ses veines et insufflait l'énergie qu'elle avait besoin. Alors elle inspira et les enchainements s'imprimèrent dans son esprit aussi clair qu'une ile en plein océan.
Ses bras formèrent les mouvements circulaires, les griffes de ses pieds écorchèrent le bois du pont. Elle était prête campée sur ses jambes, tendue prêt à bondir. Plus rien autour d'elle n'existait, si ce n'était l'image projeté par son esprit d'un ennemi virtuel.
Alors elle se lança et pour le commun des spectateurs qui l'observait, l'attaque ne représenta que trois petites secondes. L'assaut était une projection en avant de sa main droite dans un mouvement circulaire extérieur de bas vers le haut, doigts crispée en forme de faux. l'objectif était de déchirer les chairs du ventre. La main gauche fermée comme une massue, en retrait, intervint en second lieu et frappa une zone sous le sternum dans une impulsion puissante de pénétration. Si la victime avait été présente, le poing aurait pénétré sous le sternum, bloqué la respiration et cassé une ou deux côtes qui auraient perforées coeur et poumon. La mort était rapide. Elle enchaina un ou deux coups de pieds avec balayage, sa spécialité et … Un vent de panique retentit :

« Un homme à la mer ! » . Un branle bas de combat se manifesta sur le pont et tous les marins se précipitèrent à bâbord. N'Kpa redescendit de son nuage et chercha Nellia affreusement absente.

NELLIA ? … Appela la féline, qui ne reçut aucune réponse. Alors elle comprit que malade sa compagne avait dû basculer par dessus bord. Les marins s'apprêtaient à jeter un bout à la mer, mais si la maraudeuse était inconsciente, elle n'allait pouvoir l'attraper. La jeune femme sauta tel un félin sur le plat bord du bastingage et remonta le long en direction de l'attroupement.
Les marins se jetèrent en arrière. L'étrange animal au immense yeux jaunes, à la longue queue annelée de noir et blanc passait devant eux sans leur prêter attention. Ni une deux, il jeta un regard dans la direction ou un corps surnageait s'éloignant rapidement du fait de la vitesse du navire. D'une de ses pattes préhensile avant, l'animal attrapa le bout, jeta un regard mauvais aux marins et s'élança dans un bond digne d'une carpe.

Les hommes ébahis se collèrent à la rambarde pour ne pas rater un seul instant du rêve dans lequel ils pensaient se trouver. L'un d'eux en appelait aux dieux, prétextant ne pas mériter de punition. Ils ne savaient pas d'où sortait le bestiaux aux yeux jaunes. Ce qu'ils observaient serait l'objet de longues palabres, chansons et plus tard transformé en légende…

Quand le lémurien creva la surface de la mer, lui qui détestait cette dernière, abandonna sa forme pour reprendre celle humaine et plus adaptée à la nage. La féline remonta à la surface pour respirer et repérer son amie en perdition, sans lâcher la corde. Il fallait allez vite. Car le navire filait, la corde se réduirait et Nellia se noierait. Heureusement, bonne nageuse la Shamane ne mit qu'une ou deux minute à rejoindre la jeune fille, l'attacha par la taille et s'accrocha à elle.
Sur le navire Radames ayant compris, harangua ses hommes à tirer de toutes leurs forces pour ramener les deux pimprenelles.

Quelques minutes plus tard, les marins aidaient Radames à ranimer Nellia. N'Kpa à bout de force, observait avec angoisse le dénouement. Et c'est avec soulagement que la maraudeuse recracha l'eau avalée en toussant et revint à la vie. Un grand "Houra !" jaillit de toutes les gorges. N'Kpa était contente et rassurée et passa, contrainte et forcée dans tous les bras des hommes, fiers de son exploit.

Hola ! … ça va merci… ok ! … Et bien tu voulais nous quitter? lâcheuse hi hi hi !

Radames restait à l'écart, observant la Shamane. il savait, dissimulait ce qui lui avait semblé être pour lui une malédiction… La question concernant l'animal viendrait plus tard...

Nellia serra la main de son amie, sourit et se jeta dans ses bras dès quelle put se redresser. Elle lui glissa à l'oreille une phrase.

Cela fait deux fois… deux fois que tu me sauves vie. Je vais devoir passer ma vie à ton crochet pour te payer ce que je te dois.

Un petit gloussement...

Je ne te demande rien…

Je sais et c'est en cela que cela me rend encore plus débitrice. Alors je te demanderai d'accepter pour la deuxième fois le masque de Dragon. Il t'ira à merveille et on dit qu'il possède un pouvoir mystérieux...

Tu exagères Nellia, je n'en ai pas besoin… mais je le prendrai parce que tu le fais avec ton coeur… Merci

La journée se déroula sans plus d'incident. les deux jeunes femmes se reposèrent le restant de la journée et suivirent l'enseignement des marins pour les manoeuvres.
Plus tard dans la soirée, les questions fusèrent que la Shamane n'élucida que contrainte et forcée. Les marins entonnaient une chanson sur l'héroïne du jour et la mettant dans l'ambrais. Nellia s'abstint de boire et n'arrêtait pas de lancer des regards ambigus à sa compagne. Radames ce soir là resta distant, accroché à la barre de direction. Il écoutait les chansons de ses camarades et observait les deux filles. Une multitudes de questions se bousculaient aux portes de ses lèvres, que sa gaucherie paralysait. Il avait tout de même prit une décision et parlerai à la féline. Il fallait qu'il sache, qu'il comprenne et plus peut-être... Bien plus tard, alors que Nellia chantait encore en compagnie des marins, Radamaes invita N'Kpa à le rejoindre prétextant lui apprendre à maintenir un cap...

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