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Le discours de Yumiko semble heurter Kay, je la vois serrer les poings comme si elle allait soudain se mettre à cogner sur l'étrangère, mais ma réponse fuse avant et lui permet visiblement de se reprendre. Un air d'incompréhension se peint sur son visage, n'y tenant plus elle se penche vers moi pour me murmurer qu'en somme, nous n'avons que le point de vue, ô combien sommaire, de cette humaine, et que rien d'autre que ses mots ne prouve ce qu'elle avance. Kay relève aussi la fréquente agressivité des humains envers les autres peuples, laissant entendre par là que ces humains pourraient simplement vouloir user de nous pour réduire à merci Sindeldi et Shaakts. Je me contente de lui sourire doucement en approuvant d'un hochement de tête et lui réponds sur le ton de la conversation:
"C'est par notre seule volonté que nos lames se meuvent. Les sortir du fourreau est un choix impliquant une responsabilité, il ne devrait jamais être fait à la légère."
Comprendra-t'elle le sous-entendu de mes paroles? Je l'espère. Nous devrons voir sur place de quoi il retourne, comprendre les enjeux, les réelles motivations et buts de chacun avant de définir le sens de notre action. Quoi qu'il en soit, je ne saurais tolérer l'esclavage mais il y a de nombreuses manières du lutter contre ceux qui voudraient s'y livrer, le fil d'une lame n'est pas la seule option. Kay semble saisir à demi-mot car, après un grognement, elle finit par ajouter qu'elle sera de la partie également. La jeune humaine hoche la tête avec satisfaction à notre réponse, se présentant alors sous le nom de Yumiko et déclarant qu'elle va nous amener chez elle pour que l'on puisse parler à sa soeur qui serait dotée de plus de patience. Cette répartie me fait légèrement sourire, admettre un défaut c'est déjà faire un pas pour le rectifier et, de patience, cette Yumiko ne parait effectivement pas en posséder beaucoup. Mais, quoi d'étonnant au fond? Les enfants ne sont jamais patients, c'est l'âge qui apprend à attendre son heure, un âge que les humains n'atteignent précisément jamais. Ils naissent, vivent et meurent durant les quelques années qu'il faut à un Sindel pour sortir de l'enfance, et encore, s'ils ont une "longue" vie. Comment leur reprocher leur manque de sagesse?
Yumiko sort un étrange petit objet rond et métallique de sa ceinture, qui ressemble à une espèce de socle. Elle le place au centre de la tente et se livre à quelques tripatouillages qu'elle nous dissimule, puis s'en écarte vivement alors que j'observe cela avec la plus grande attention. Je cille lorsque un...trou...comment qualifier cela autrement, se crée subitement au centre de la tente, un trou menant...ailleurs! Car ce que je vois au travers n'a rien à voir avec la tente se trouvant pourtant juste derrière, c'est un lieu différent qui se dévoile dans cet incompréhensible portail! Un lieu tel que je n'en ai jamais vu, qui ne ressemble à rien de connu pour ce qui est des matières et de l'apparence générale! Je m'approche en retenant mon souffle pour mieux voir, par Sithi serait-ce donc ainsi que l'on peut passer d'un monde à un autre?! Cela me semble presque trop facile, il suffirait de faire un simple petit pas pour quitter véritablement Yuimen?! Je peine à croire ce que je vois...j'avais imaginé une espèce de long couloir "magique", une forme de voyage en somme, qui induirait une notion de distance considérable entre deux terres différentes! Mais rien de tel apparemment, un pas, un seul pas, et nous serons dans cet ailleurs! Quelque part cela fait froid dans le dos...un foutu petit pas et fini Yuimen, tout ce que nous connaissons, tout ce que nous aimons, appartiendra à une autre réalité que nous ne pouvons être certains de revoir un jour! L'humaine nous enjoint alors de traverser, assurant qu'elle nous suivra. Je n'aime pas trop cela, j'aurais préféré qu'elle passe devant, ne la connaissant certes pas assez pour lui vouer une quelconque confiance, mais enfin.
(Bon...quand il faut y aller...j'espère quand même qu'il y a un chemin de retour...planquer cette relique sur un autre monde...tu parles d'une idée à la con!)
Je prends mon courage à deux mains, adresse un petit signe de tête à Kay et, salement crispé quand même, fais ce damné pas qui m'éloignera incommensurablement de mon monde et de mes proches.
(787 mots, suite dans la maison Kobayashi)
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