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Kurgoth chevaucha pendant le reste de la nuit et toute la journée suivante pour finalement s'arrêter sur les bords du fleuve marquant la frontière entre l'Ynorie et le comté de Bouhen. Là, il captura quelques batraciens qu'il cuisit avec un timide feu de camp avant de se reposer pour la nuit. Le lendemain matin, il trouva rapidement un passage où traverser à gué avec sa monture. Durant la traversée de cette frontière naturelle, l'animal se montra très coopératif, pour le plus grand plaisir du garzok qui avait, comme la plupart des siens, une certaine aversion envers l'eau. La fin du voyage se révéla fort peu palpitante, en effet, ne semblant pas s'être totalement remis de son expérience traumatisante dans les bois sombres, Kurgoth refusa de traverser la forêt de Bouhen, malgré mon insistance. Nous dûmes donc contourner la forêt en restant à sa lisière, cela pour dissimula des humains locaux tout en nous tenant à l'écart des lutins et autres créatures sylvestres. Après ce voyage d'une dizaine de jours, principalement rallongé par le contournement de la forêt, le campement des étrangers fut enfin en vue.
Le campement sembla plutôt rudimentaire au premier abord, mais à mesure que le garzok approchait, les quatre tentes ne cessèrent de grandir jusqu'à n'être plus du tout comparables avec celle qu'il avait emporté avec lui. Sur la dizaine de silhouettes à l'accoutrement étrange qui patrouillaient, quelques-unes se dirigèrent vers le voyageur approchant. S'il s'agissait des étrangers à aider, Kurgoth restait méfiant devant ces "choses" inconnues.
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C'est ça les étrangers à aider? C'est quoi à ton avis?)
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Sûrement des humains sous cette armure bizarre... Mais ça pourrait aussi bien être des golems, je n'ai jamais rien vu de tel.)
La perspective d'avoir à aider des sorciers capables d'animer du métal pour en créer des golems fit légèrement tressaillir Kurgoth, lui qui avait toujours préféré se tenir loin de la magie et de ce qui s'en rapprochait. Il mit pied-à-terre et laissa filer le cheval apeuré par ces inconnus quand l'un d'entre eux lui demanda le motif de sa visite. Il avait, après tout, été envoyé ici pour les aider, donc, en théorie, ne risquait pas grand-chose... Mais il n'aimait cet interlocuteur, sa voix avait quelque chose d'étrange d'indéfinissablement perturbant pour le barbare. Autre détail qu'il n'appréciait pas, il pouvait voir le visage et le regard de ces hommes à cause de leur casque et n'avait donc pas moyen de deviner leurs intentions envers lui.
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Sa majesté, la reine noire Oaxaca, déesse des exclus et fille du tout puissant Thimoros, m'a confié la mission de vous aider autant que possible. Ce parchemin en est la preuve."
Tout en parlant, Kurgoth tenta de se faire le plus impressionnant possible dans l'espoir que ces choses trahissent une certaine vulnérabilité derrière cet accoutrement leur donnant cette allure impassible. Il sortit ensuite de son sac à dos la missive qu'il avait reçue du militaire et qui lui avait sauvé la vie en Ynorie pour la tendre au garde.
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Sinon, vous êtes quoi au juste? Des golems? Des statues animées? Ou "seulement" des humains avec des tenues bizarres?"
Si les deux premières propositions furent évoquées avec une voix quelque peu méfiante, la possibilité qu'il ne s'agisse "que" d'humains semblait, en revanche, légèrement teintée de dédain.
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