Le nécromancien sentit la magie s'évader de lui en masse et l'épuisement le fit trembler un instant. Il se sentit glisser du dos de son loup... mais une main le saisi pour le maintenir. Karin.
« L'homme ne doit pas faiblir maintenant. »Azra se remit d'aplomb en remerciant son compagnon. Il y avait en effet plus d'ennemis que de raison, mais il savait maintenant que son sortilège allait fonctionner et il sourit. La centaine de brutes assoiffées de sang s'approchaient en ricanant, nullement impressionnées par sa prestation. L'un d'eux, un colosse en armure, se permit même de grogner :
« Toi aussi tu seras bientôt par terre, gamin ! »Les corps commençaient lentement à bouger. Pour l'instant, personne ne l'avait remarqué, mais déjà, des mains se tendaient vers les armes abandonnées. Azra sourit en montrant ses dents :
« Dis-moi, orc... as-tu déjà vu la mort qui passe parmi les hommes comme la nèble dans un champ de blé ? »Il fit claquer la visière de son casque, présentant un visage d'ossement à ses ennemis. Il y eut un instant de flottement, puis les premiers hurlements retentirent.
Le pouvoir qu'il avait déchaîné dépassa toutes les espérances d'Azra. La quasi-totalité des cadavres se levèrent pour répondre à son appel, frappant de gauche et de droite, moins soucieux de leur propre sécurité que de faire le plus de morts parmi leurs anciens compagnons d'armes.
Bientôt, ce fut la panique dans l'armée d'Omyre. Les garzoks mirent un certain temps à réaliser qu'ils étaient plus nombreux que d'ordinaire, mais qu'un certain nombre d'entre eux étaient aussi pâles qu'animés d'intentions meurtrières. Le sang commença à couler à flots, les ordres furent lancés, mais il était trop tard. La bataille était engagée et le nécromancien cherchait des yeux une cible prioritaire. Il fallait en finir vite, et les empêcher d'aller chercher des renforts. Ses yeux accrochèrent bientôt celui qui avait parlé. Il semblait vouloir donner des ordres dans la cohue. Un officier. Un groupe se forma autour de lui, décidé à en finir avec l'homme en noir qui les menaçait ainsi.
Il éperonna Ombos et s'élança vers le groupe dans ce qui aurait pu passer pour une charge aussi ridicule que suicidaire. Le loup, ravi de retrouver le champ de bataille, semblait voler au ras du sol, silencieux comme la mort mais rapide comme l'éclaire. Rendrak n'était pas en reste. Azra souriait sous son masque, un sourire autant dû à la peur qu'à l'excitation. Plus que quelques mètres et...
Le loup et ses deux cavaliers percutèrent de plein fouet les rangs des garzok. Un poing et une dague se couvrirent aussitôt de sang. Ombos n'était pas en reste, saisissant la jambe d'une proie dans sa gueule. Le garzok tenta frénétiquement de s'accrocher à la tête du loup pour ne pas racler par terre. Malgré les secousses de l'animal, il parvint presque à se hisser... mais seulement pour rencontrer le poing du nécromancien qui lui brisa le crâne.
Ils étaient maintenant dans la mêlée. Heureusement, les garzoks, désorganisés, n'opposaient qu'une résistance relative, et la vivacité du loup évita bien des blessures. L'un d'eux, tout de même, se montra avec une pique, visiblement décidé à embrocher l'animal. Azra allait ordonner au loup de reculer quand une ombre surgit de terre. Une lame siffla et décapita le guerrier. Une intervention aussi furtive que meurtrière. Azra devinait que cela devait se produire partout sur le champ de bataille, mais il n'avait guère le temps de vérifier. Il faisait confiance à ses alliés. Par contre, il devait quand même vaincre l'officier.
Un nouvel ennemi bondit dans leur direction, pointant dans leur direction une lourde bardiche, et Ombos se cabra. Azra, qui n'avait encore qu'une expérience limitée du combat à dos de loup, tomba en entraînant Karin. Il tenta de reculer à quatre pattes, mais le garzok était sur lui, ricanant. Il leva son arme pour porter un coup aussi fatal qu'imparable, et le nécromancien se mit à prier pour qu'une ombre passe par là.
Ce fut inutile. Le garzok poussa un râle de douleur à peine audible dans le tumulte. Karin, vif comme l'éclair grâce au thiir, s'était relevé avant de se glisser dans son dos pour l'éliminer d'un coup précis. Azra se releva en le remerciant et en lui proposant de se mettre dos à dos. L'homme-pâle semblait tellement surexcité qu'il aurait visiblement préféré foncer dans la mêlée, mais il acquiesça.
Cependant, le combat ne fut pas particulièrement rude en cela que les garzoks avaient fini par remarquer les ombres. Ils donnaient maintenant des coups frénétiques dans l'air, pour essayer de tenir à distance la mort venue d'en bas.
Le chef qu'Azra avait identifié cria alors à l'un de ses subalternes d'aller chercher des renforts. Celui-ci s'élança aussitôt et Azra tenta de le rattraper. Mais l'officier s'interposa, l'empêchant d'avancer du bout de son épée.
« Sarok est mon meilleur coureur, vous n'avez aucune chance de l'empêcher d'accomplir sa mission. Et alors, vous serez balayés ! »Azra n'eut qu'un signe à faire. Rendrak vit le fuyard et s'élança à sa poursuite. Ils disparurent bientôt dans une ruelle. Il ne restait qu'à espérer que le liykor soit aussi rapide que le messager. Pendant ce temps, les garzoks s'assemblaient autour du nécromancien et de son ami homme-pâle. Ils furent bientôt séparés, mais Azra ne s'inquiétait guère pour Karin. Ce dernier se battait comme un lion, ayant récupéré une dague d'une de ses victimes pour porter encore plus d'attaques foudroyantes, se glissant entre ses ennemis, s'éloignant dans la cohue avant de revenir au moment opportun comme une ombre de mort.
Azra, pour sa part, devait faire face au chef. Il para un coup de son bâton avant de tenter d'atteindre son ennemi du poing, mais il manquait d'allonge. De plus, le garzok portait un plastron qui, même s'il ne semblait pas d'une qualité exceptionnelle, saurait retenir les coups du lourd poing briseur du jeune homme. Il tenta donc plutôt d'utiliser le long bâton d'invocation pour faire tomber son adversaire, mais là, c'était son manque d'expérience dans ce type de maniement qui l'handicapait. Il devait l'admettre : il n'était pas fait pour être directement au contact de l'ennemi. Il commença à reculer pas à pas...
***
Rendrak était bon coureur, mais son armure le gênait. Et c'était là un problème. Sa cible s'élançait dans les rues, parfaitement au fait de leur plan. Il s'était élancé confiant, il apparaissait moins sûr maintenant. De sa vitesse dépendait la victoire, mais il ne parvenait qu'à grande peine à réduire la distance avec son ennemi.
Finalement, il parvint à le rattraper une première fois, mais le garzok s'élança pour aller dans une ruelle... pour finalement au contraire prendre appuie sur un mur dans un saut acrobatique qui l'envoya au contraire dans la direction opposée. Rendrak entendit son ricanement tandis qu'il devait péniblement corriger sa trajectoire et perdre ainsi plusieurs mètres.
Il avait tout de même un avantage : il ne se fatiguait pas. Pas de doute, au temps de l'armée kendrane il aurait fait un malheur s'il avait été dans cette condition physique ! Il recommença donc bientôt à réduire la distance... jusqu'à ce que deux poignards ne volent dans sa direction, le forçant à lever son bouclier. Il para sans peine l'attaque, mais quand il baissa la protection afin de retrouver des yeux son ennemi, celui-ci disparaissait déjà dans une autre ruelle. Il courut avec plus d'ardeur que jamais. Ce n'était pas une saleté de peau-verte qui allait battre un liykor à la course !
Mais il devait trouver une solution avant qu'ils ne sortent du bourg... Il pensa alors à son crochet. Les guerriers usant de fléaux pouvaient s'en servir pour désarmer ou faire chuter leur adversaire... Il se plaça donc au mieux derrière le garzok et déroula la chaîne pour commencer à la faire tournoyer. Ce n'était pas facile et les premiers essais raclèrent le sol ou les murs, ou se réenroulèrent autour de son bras de façon intempestive.
Évidemment, les multiples essais, surtout les premiers qui tombèrent près du fuyard l'avertirent du danger et il s'efforça de mettre de la distance... et bientôt, l'orée du bourg apparue au bout d'une rue. Hors de question qu'il arrive à sortir ! Il risquerait d'être vu depuis le palais ! Rendrak ajusta au mieux... se concentra... et lança sa chaîne vers les jambes du garzok. Le coup n'était pas encore assez précis pour s'enrouler autour de la jambe, mais suffisamment pour faire culbuter la cible. Lorsque le garzok tenta de se relever, une lourde patte se posa sur sa poitrine. Rendrak eut un petit geste fataliste, comme pour dire : « Pas de chance, mon gars... »
***
Azra avait vraiment cru sa dernière heure arriver quand trois garzoks étaient venus en aide à leur chef. Heureusement, les ombres avaient fait leur travail et deux étaient tombés. Le troisième, à la demande de son supérieur, n'attaquait pas le nécromancien, mais surveillait les arrières afin que l'officier n'ait pas à craindre un Ol'Toga qui lui tomberait sur le dos. Les garzok étaient peut-être des brutes assoiffées de sang, mais il fallait reconnaître qu'ils avaient un talent impressionnant pour s'adapter aux batailles les plus défavorables.
Cependant, Azra avait ici l'ascendant psychologique. Quoi qu'il arrive, les garzoks, dont les rangs étaient déjà terriblement éclaircis, n'auraient aucune chance sans l'arrivée de renforts. Ironiquement, la seule erreur du nécromancien avait été de garder un millier d'ombres avec lui alors que cinq cent auraient été plus que suffisantes. Ici, elles n'avaient tout simplement pas la possibilité d'attaquer ensemble un si faible nombre d'ennemis.
En revanche, il s'inquiétait de celles qui attaquaient le palais. Il devait en finir au plus vite.
Il para de son gantelet un nouveau coup d'épée furieux et se glissa sous la garde de son ennemi. Petit et souple, le nécromancien n'avait guère de mal à toucher son adversaire dans une telle manœuvre, mais tant qu'il ne pourrait lui broyer le crâne, la victoire lui échapperait toujours.
Puis, il tenta de désarmer son ennemi, mais celui-ci évita d'un mouvement souple du poignet et un coup frappa les épaulières du jeune homme. Ce dernier perdit un peu son équilibre et un coup de pied acheva de le faire basculer à terre.
(Par Phaïtos ! C'est mal barré !)Il recula frénétiquement à quatre pattes, évitant de justesse plusieurs coups d'épée, parfois au prix d'une roulade... jusqu'à se retrouver acculé contre un mur. Un sourire malsain au visage l'officier leva son arme bien haut et Azra sentit qu'il allait bientôt comparaître devant son dieu. Il était habitué depuis longtemps à ce que Phaïtos, qu'il aimait autant qu'il détestait, le réclamerait corps et âme.
« Tu étais plutôt doué, mon gars, mais je n'ai aucune pitié pour ceux qui surestiment leur force... »Le jeune homme ne répondit rien, attendant la sentence finale.
(Vieux papa des ténèbres et du destin, depuis le temps que tu essaies de m'inviter chez toi, j'espère que tu m'as au moins préparé une place confortable...)L'épée s'abattit... mais s'arrêta dès le début du mouvement. Une chaîne s'était enroulé autour du bras qui la portait., le retenant prisonnier.
« Wouhou ! J'ai enfin réussi ! À toi, Azra ! » hurla Rendrak.
C'était si inattendu qu'Azra crut un instant à un miracle. Mais depuis le temps, il savait que les miracles n'existent pas. Empli d'une nouvelle énergie, il se leva d'un bond. Il était nécromancien, et il comprenait maintenant qu'il n'était pas un monstre égoïste. Arek avait dit que les nécromanciens tiraient leur pouvoir des âmes en peine. Ils leur donnaient une chance d'agir dans la vrai vie. Les nécromanciens étaient l'image de la collaboration au niveau le plus spirituel. Et cette collaboration s'était plus que jamais exprimée ici. Il siffla à son ennemi qui tentait frénétiquement de dégager son bras, le visage maintenant empreint de peur :
« Ma force est celle de toutes les âmes détruites par Oaxaca... Je suis LEGION !!!! »Son poing jaillit avec une force inouïe et percuta le visage de l'officier. Il bascula et s'effondra, mort.
Le garzok qui le couvrait poussa un piaillement et s'élança vers les portes de la ville, décidé à sauver sa vie et prévenir les troupes extérieures. Mais il ne fit que trois pas avant de s'immobiliser. Il laissa échapper un gargouillis avant de glisser à terre, mort.
Karin essuya nerveusement sa dague, cherchant des yeux une prochaine cible. Mais il n'y en avait plus d'autres. Les Ol'Toga parcouraient le champ de bataille pour démembrer et anéantir les corps.
Azra siffla pour appeler Ombos. Le loup vint le chercher et il aida Karin à monter.
« Rendrak, avec nous ! Il faut fermer ces portes ! »Et ils s'élancèrent vers les lourdes portes de la cité, décider à les fermer à toute aide extérieure, accompagnés d'une poignée de garzoks morts-vivants. La première bataille semblait gagnée, et Azra se sentait submergé par une grande exaltation. Ils étaient en bonne voie ! Il ne fallait pas faiblir...
(((tentative d'apprentissage de Lien funeste par Rendrak)))