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La dernière chose que devait entendre Azra était Karin assurant qu'il n'avait surtout qu'une hâte : quitter le village des maudits. Après, le cheval s'élança... et ils furent à Esseroth.
Le spectacle qui les attendait ici était terrifiant. Mort et désolation régnaient en maîtres. La terre était labourées et semé de détritus. Le sol était jonché de cadavres et semé de restes de machines de guerre. De la fumée s'échappait de la ville, témoignant du ravage qui s'y était perpétré. Azra sentit un instant son dos ployer sous l'énormité de la scène. La puanteur atroce l'aurait fait vomir s'il n'avait pas déjà eu une longue habitude des égouts et de la crasse.
La guerre. La guerre dans toute son horreur. Elle s'était déchainée ici et n'avait rien laissé.
Il était manifeste que le garzok ne leur avait pas menti. La ville n'était plus qu'un champ de ruines, et seul quelques-uns des conquérants étaient encore sur place, il pouvait voir au loin un campement de tentes grossières qui rappelait bien le grand marcher d'Omyre. Une « architecture » typiquement garzok...
« Voilà donc le sort qu'Oaxaca réserve à ce monde et au mien... Tuer et ravager est une lubie bien à elle... » souffla-t-il, s'adressant moitié à Karin, moitié à personne en particulier.
Les raisons d'un tel massacre lui échappaient. Qu'y avait-il à y gagner ? Violence et haine... pour quoi ? Quelques pillages ? Quelques piécettes ? Ou en l’occurrence, puisque la cible finale était Oranan, juste pour pouvoir continuer à faire la guerre.
Il sursauta quand l'ombre surgit devant lui. Ne devait-elle pas mettre plusieurs heures à venir ? Il pensait avoir plus de temps pour analyser la région !
Akouba était lui-même dégouté par l'état de la ville. Pour lui, il était manifeste qu'Oaxaca était un monstre. Mais il dit aussi quelque chose qui prit le jeune homme par surprise. Les Ol'Toga avaient quitté Jesuir il y a deux jours et l'attendaient ici !
« Je ne comprends pas... le voyage n'a semblé durer qu'une fraction de seconde ! Qu'est-ce que... »
(La magie est souvent imprévisible. Il se passe des choses étranges...) marmonna Chandakar.
Azra se souvint de l'étrange changement d'horaire qui avait accompagné l'arrivée d'Ezak. Était-il venu avec un cheval ailé, lui aussi ? Est-ce qu'en fait, les voyages changeaient quelque chose... quelque chose qu'il ne pouvait pas définir. C'était trop compliquer d'imaginer cela. Tant pis, il avait plus important à faire. Akouba et les siens avaient eu le temps de faire une analyse complète de la ville.
Le moins qu'on puisse dire était qu'ils n'avaient pas chômé ! Quelques centaines de soldats à l'extérieur et autant à l'intérieur... Un certain Al'Carbonn commandant depuis le palais... Akouba avait même déjà une idée des possibilités stratégiques, demandant s'il fallait fermer les portes pour prendre la ville tranquillement ou tuer d'abord les soldats à l'extérieur pour éviter qu'ils aillent chercher des renforts. Le combat pour prendre le palais serait rude, d'après lui, car il faudrait combattre dans des couloirs bien restreints...
« Mais vous pouvez passer à travers les murs... murmura Azra. Nous y serons donc quand même à notre avantage car beaucoup plus mobile... »
(Exacte, confirma Chandakar. Ah ! Je ressens le frisson à l'aube de la bataille ! Cela me manquait, vois-tu ?)
(Et en attendant, si tu m'aidais ?)
(Hum ? Oh oui, bien sûr...)
Répétant les consignes de sa voix intérieure, Azra commença à mettre en place un plan :
« Il va falloir attaquer de nuit, pour maximiser l'effet de surprise. En plus, étant donné votre couleur, ils auront d'autant plus de difficulté à vous voir. Jouez au maximum sur votre aspect immatériel. N'hésitez pas à vous enfoncer dans les rangs et à ne prendre corps qu'au moment de frapper. Idéalement les officiers, ceux qui ont les plus belles armures et qui donnent les ordres. Sans eux, les soldats ne pourront s'organiser. »
Chandakar poursuivit sur l'attaque de la ville, c'était pour lui le plus important :
« Cette ville est morte, il n'y a plus rien à sauver. Alors peu importe qu'ils l'assiègent à nouveau ! Je dirais même que s'ils mobilisent des troupes pour reprendre Esseroth... nous pourrons repartir comme si de rien était, et ils auront perdu leur temps. Plus il y aura de troupes à combattre ici, moins il y en aura au nord... En attendant, j'ai bien envie de parler à ce Al'Carbonn, il doit avoir une bonne idée de ce qui se trame, ses renseignements pourraient être utiles... »
Encore fallait-il prendre la ville... mais la liche continuait, inlassablement. Ara l'avait rarement entendu aussi lucide. Il parlait avec une légère trace de jubilation, s'amusant manifestement de la situation. Il fallut un peu de temps au jeune homme pour réaliser qu'il ressemblait à un joueur d'échecs, estimant les réactions des autres, bougeant ses troupes comme des pions... il dégageait le désagréable sentiment que la victoire, au fond, lui importait moins que le plaisir de contrôler, de guider, de préparer la bataille avec un soin du détail purement maniaque. Jamais son intelligence qu'il clamait d'habitude haut et fort n'avait été aussi flagrante que maintenant qu'il n'en parlait plus ! Par contre, il avait du mal à suivre ses paroles pour les rapporter à Akouba...
« Nous attaquerons donc de nuit. Comme vous pouvez passer à travers les murs, un millier d'entre vous iront se placer entre le palais et les troupes en ville avant de remonter vers les portes. Pendant ce temps, un millier d'autres nous accompagnerons, Karin et moi, vers la porte. On entre, et on referme, c'est en effet une bonne idée. Une fois que nos deux groupes se sont rassemblés, on fonce vers le palais. Ce sera l'instant critique. Il est capitale que personne n'ai prévenu Al'Carbonn et ses troupes. Donc le groupe qui coupera la route vers le palais, n'hésitez pas à ratisser large ! Il faut être sûr que personne ne passe ! Lorsque nous serons au palais, on débarque dans les dortoirs et on tue tout le monde. Ce n'est pas très honorable, mais au moins, c'est efficace ! Et si possible, ne tuez pas Al'Carbonn. Je veux lui parler. »
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David le nerd
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