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Et cette fois, le coup touche. Meurtrier, implacable, il ne laisse pas la moindre chance à mon assaillante. Transpercée dans la gorge, là où la chair est la plus tendre, ma rapière ressort par sa nuque de quinze bons centimètres après avoir traversé sa moelle épinière, avant de se rétracter alors que je replie mon bras pour l’ôter de la plaie. Ahurie, la garzok reste interdite, sans savoir encore qu’elle est déjà morte… Comme une poule qui continue de courir après qu’on l’ait étêtée, mais avec plus de dignité. Elle reste interdite, alors que j’essuie ma lame de son sang, sur ma chemise immaculée, et elle s’effondre alors que je me baisse pour ramasser l’arme qu’elle a lâchée, luisant toujours d’une lueur bleutée. Mon arme. Je la récupère, et la change aussitôt en une dague bien plus esthétique et agréable à porter que l’énorme machin difforme qu’elle avait créé. Sans plus de considération pour son cadavre, ou son équipement, que je lui laisse bien volontiers dans la mort, n’étant moi-même pas un voleur, je fais volte-face avec mes deux armes pour me rediriger vers le sac contenant le reste de mes affaires.
Crean, non loin de Daïo ayant visiblement tenté de faire quelque chose… en vain, cite quelques vers à l’attention de la défunte. Mon meurtre n’est, bien entendu, pas passé inaperçu. Mais je n’en ai cure. Je ne suis pas passé par cette île pour laisser faire une voleuse sans me défendre. Je n’ai aucun regret de voir ce corps mort, aucune pitié pour cette vie qu’elle a elle-même gâchée en tentant de me délester de mon arme…
J’ouvre le sac qui contient mes affaires, et me rééquipe lentement de toutes mes pièces d’équipement, consciencieusement. Ma cotte de mythril, par-dessus ma tunique. Mes jambières, bijoux et cape. Mon diadème, aussi, fier sur mon front. Je déchante un peu en me rendant compte que mon sac, ni ma bourse, ne sont présents dans la toile, mais content tout de même de constater qu’un autre, à la fois plus spacieux et plus pratique, le remplace. Et semble par-dessus tout garni de quelques objets qui valent, sans doute, ceux perdus dans le tempétueux voyage. Non loin, je vois Sinaëthin, dans les vapes à nouveau, fraîchement libérée par un homme-lion autoproclamé fils du chaos, et suivant d’Oaxaca. Je ne saurai peut-être jamais pourquoi elle a voulu m’appeler… Je la sais forte, malgré cette fragilité qu’elle ne peut s’empêcher de dévoiler, à ses propres dépens. Elle s’en sortira, quel que soit son choix. Je pose mon regard sur l’humoran, et lui déclame :
« Merci pour elle, Sirat, fils du chaos. Prends soin d’elle, et si tu la vois se réveiller, dis-lui que Cromax l’attendra toujours, quelque part, si elle veut entraîner son art. »
Le souvenir de ce bref, mais intense, entraînement à ses côtés me revient, et dans une esquisse, fugitive, de sourire, je tourne les talons vers Daïo, mon frère d’armes.
« Paix, mon frère. Tu auras bien l’occasion de faire pleuvoir la mort sur tes ennemis, je te connais. Mais ici, tout le monde est éprouvé par ce que nous venons de vivre. Je m’en vais, à présent, car tu sais aussi que nul ne me marquera au fer. Mais nous nous reverrons. Comme toujours. »
Je lui pose une main franche sur l’épaule, en guise de salut, avant de jeter un regard vers Oaxaca. Elle sait que je dois jouer ce rôle, désormais. Être officiellement un allié du bien, même si je l’aide dans l’ombre. Et si je le fais, malgré tout, c’est sans mentir à mes amis, aux personnes que je connais depuis longtemps, et que je respecte par-dessus tout. J’ai dit la vérité : nul ne me marquera au fer avec mon consentement. Je n’appartiens à personne, pas même à ma famille. Je suis Cromax, fils de personne… Et libre par-dessus tout.
Je jette un regard vers Sisstar, cette fois. Pas de famille… Ou presque. Ce corps est celui de ma sœur, et elle l’a volé. Elle paiera, un jour, pour ce crime. Comme la garzok pour le sien. Mais aujourd’hui, assez de sang a coulé… Je pivote pour me tourner, enfin, vers les tentes au loin, où rougeoient les flammes d’une forge. Je m’en approche, d’un pas décidé, et m’adresse, sitôt arrivé à l’orque qui fait tourner le tout.
« Toi, t’y connais-tu en orfèvrerie ? »
Le garzok, abruti sous ses grosses pièces de métal, grommelle quelque chose dans la langue noire d’Omyre, que Lysis ne prend même pas la peine de me traduire, et m’indique une autre échoppe, plus petite, où un shaakt aux cheveux violacés travaille, non sans plus de précision et de raffinement que la grosse brute guerrière à qui je me suis adressé.
« Mouais… J’vais plutôt aller le voir, lui. »
Sans m’attarder plus, je m’approche du Noir, qui lève les yeux vers moi, méfiant. Il a reçu ses ordres : il doit nous aider, même s’il est le bijoutier personnel de Crean. Surtout s’il l’est, en vérité. Je détache ma cape, et la confie au shaakt.
« L’attache est abimée. Il faut la refaire… En mieux, si c’est dans vos compétences. »
Sans un mot, il se saisit de l’objet, et reluque l’attache, bien basique jusque là. Il fouille alors aussitôt les tiroirs face à lui, pour en sortir de nouvelles, plus belles… D’argent sombre en boutons ornés, plutôt qu’un simple lacet de cuir attaché par deux anneaux. J’acquiesce, et lui confie la chevalière que j’ai au doigt.
« Et ceci… Il s’agirait d’y graver le mot : « Liberté ». C’est dans vos cordes ? »
L’elfe noir inspecte le bijou, et acquiesce sans rien dire, se mettant directement à l’œuvre. Je le laisse faire, précisant, tout en tournant les talons :
« Je viendrai vite les rechercher, juste le temps de me sustenter. Qu’elles soient prêtes. »
Et je me rends vers une tente imposante qui, apparemment, sert de cantine. Un fumet de nourriture s’en échappe, pas forcément appétissant, mais pour un estomac vide, c’est mieux que rien. Je m’y présente, et me fais servir une bouillie à l’aspect peu ragoûtant, constituée de pièces de viande à l’origine indéterminable baignant dans une sauce brune épaissie à la crème. Le tout accompagné d’une tranche épaisse d’un pain de blé noir. Je m’installe, seul et dans l’ombre, à une table, et dévore sans demander mon reste la pitance qui m’a été servie. J’arrose mon repas d’une vinasse rouge sombre, au goût capiteux, toujours mieux que l’eau qu’ils auraient pu me servir, ici, au milieu d’un marais.
Je ne traîne pas à remballer mes affaires. Je sens que je ne suis pas forcément le bienvenu ici. Nombre d’entre eux ont dû être mis au courant de mes massacres de leurs collègues directs, sur l’île. Véritable hécatombe des troupes de Crean, certains présents ici étaient peut-être amis avec ceux que j’ai découpés en tranche. Aucun ne le fera savoir, de crainte de subir le même sort, mais je sens plusieurs regards néfastes dans mon dos, et décide de ne pas leur faire subir ce cruel dilemme entre une vengeance suicidaire, et une soumission lâche, mais plus prudente.
Je retourne donc chez le shaakt, qui, sitôt que je suis sur place, me montre son travail. Terminée, la cape que j’attache aussitôt autour de mon cou, glissant par-dessus ma chevelure désordonnée mon capuchon. Et bien gravée d’une écriture stylisée, la bague que je glisse à mon annuaire droit, arborant désormais ce pourquoi je me bats : ma liberté. Quel qu’en soit le sens. Ainsi réarmé, et sans attendre quiconque, je me dirige, avant même les premières lueurs de l’aube, vers la sortie du campement. Je serais bien resté avec Sinaëthin, pour l’aider à fuir le dragon. Ou passer plus de temps avec Daïo, autour d’un pichet de vin, à nous narrer nos souvenirs communs. Mais j’ai à faire, à Omyre. Et là où je vais, pour la raison où j’y vais, je dois y aller seul… Le temps des réjouissances ne pourra venir qu’après. Car dans trois jours, à l’aube, c’est Oaxaca que je rencontrerai, en entretien secret et personnel, cette fois.
Dans l’ombre de la nuit, ragaillardi par le repas récemment pris, je quitte les lieux… Le dragon, Sisstar, mes alliés et ennemis, sans que je sache réellement qui est qui, finalement. En laissant derrière l’île détruite, dont les derniers rochers attestent de nos actions héroïques ayant mené à sa perte, pour notre vie. Pour notre liberté, d’où qu’on soit venu, et quelle que soit notre allégeance finale.
Nous avons vaincu ici, non sans perdre beaucoup.
Et dans le sillage de mes pas, derrière ma cape qui claque au vent, la poussière retombe en silence.
[HJ : C'était mon dernier message dans la quête ! A ce titre, je remercie Lothi pour celle-ci. Tant pour ses idées originales, son scénar, et sa gestion. Je remercie aussi les quelques joueurs dont Cromax a pu faire la connaissance, et croisé la route. Les autres... ça sera pour une prochaine fois, avec grand plaisir !
Et donc pour l'aspect plus pratico-pratique : améliorations de ma cape dans ses bonus d'esquives et d'endurance (+45, j'imagine) (avec un petit changement de nom : "Cape d'apprenti Gardien du désir" devient "Cape de Gardien du Désir". Et amélioration de ma bague dans son bonus d'endurance (+45, j'imagine) (avec un changement de nom là aussi : "une bague en or du désir" devient "Chevalière "Liberté" ". )]
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