L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: La Mouette (PNJ- Vitesse X1)
MessagePosté: Dim 1 Oct 2017 12:42 
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La Mouette


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La Mouette est un navire de pêche qui par le passé aurait servi à accomplir les sombres dessins d’un pirate nommé Dario Gloy. Quelques dizaines d’années auparavant, sa tête était mise à prix dans tous les ports de Nirtim. Après avoir escroqué un amiral Kendran lors d’une partie de main Darasmoise, le capitaine réussi à empocher une grosse somme de yus. Retournant à son navire, il quitta le port en urgence, poursuivi par la flotte locale. La poursuite avait duré près d’une semaine, laissant les équipages de tous les navires épuisés, n’étant pas préparés à un aussi long périple. C’est finalement une tempête surgissant de nulle part, qui clôturai cette course interminable. Le mât du capitaine Gloy se brisa sous la force du vent, laissant le navire immobile et à la dérive. Les navires Kendrans se rapprochant de lui, il préféra jeter son navire à l’intérieur d’un maelstrom plutôt que de se rendre, comprenant surement le destin tragique qui l’attendait. Ce jour-là, le navire disparu pour de bon, emportant son capitaine avec lui.

C’est seulement quelques années plus tard que la Mouette refit son apparition dans le port de Bouhen, amarrant avec discrétion. Son passé oublié au fil des longues années écoulées, sa présence ne perturba pas le quotidien des marins du port. La Mouette sert désormais à pratiquer la pêche aux filets, ou même parfois la chasse à la baleine. Personne ne connaît très bien le capitaine mais on parle de lui comme d’un fou qui prendrait des décisions parfois douteuses mettant en péril la vie de son équipage.

Petit Brick d’une trentaine de mètres, la Mouette est un navire rapide et manœuvrable. Ses nombreuses voiles, déployées en fonction des besoins font de la Mouette un navire polyvalent. En rapport avec les propriétés du navire, un équipage d’une douzaine d’hommes peut le diriger aisément, voir seulement six personnes dans les cas les plus précaires. La réputation du capitaine quant à sa prise de risque en pleine mer fait que l’équipage change très souvent, suite aux désertions de plusieurs marins. Actuellement, douze marins dirigent le navire en plus du capitaine.


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 Sujet du message: Re: La Mouette (PNJ- Vitesse X1)
MessagePosté: Dim 1 Oct 2017 23:14 
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Mon élan fût interrompu par un petit homme robuste qui me barrait le passage avant que je sois arrivé sur le pont.

"Bienv'nue à bord gamin, on ne monte pas comme ça sur un navire, qu’est-ce que tu viens faire ici ?"

"Je viens de croiser des marins qui disaient quitter l’équipage, et je cherche de quoi gagner de l’argent. Vous recrutez ?"

"Oh que oui on recrute, nous ne sommes plus que cinq sur le navire, on va avoir besoin de bras. Mais il faut que tu saches, il faut avoir le cœur bien accroché ici."

"Je n’ai pas le choix c’est le seul équipage où il reste une place pour moi, où est-ce que je signe ?"

"Houlà, vas-y doucement, Il faut voir avec le cap'taine, suis-moi."

Suivant le petit homme sur le pont, nous descendîmes un escalier donnant sur une porte de bois sombre.

"C’est lui qui décide ici. Il est un peu particulier et impulsif, mais c’est un homme droit. Lorsqu’il donne sa parole, on peut lui faire confiance."

Mon guide ouvrit la porte sans frapper, révélant une pièce sombre d’un peu plus de 5 mètres de long sur tout autant de large. Une bibliothèque recouvrait entièrement le mur du fond, et un homme était penché au-dessus d’un bureau, scrutant minutieusement des cartes.

"Capt’ain je vous amène une recrue comme vous l’avez d’mandé."

Merci Tunak, laisse nous seuls s’il te plait. Va compter les barils dans la cale."

"Mais monsieur je viens juste de les comp…"

Le capitaine se releva brusquement, projetant son ombre dans toute la pièce.

"Va compter les barils dans la cale Tunak."

Il n’avait pas haussé la voix mais le respect émanant de lui se fit ressentir dans la réponse du marin.

"Oui capitaine, j’y vais tout de suite."

L’homme ventripotent s’en alla en fermant la porte derrière lui, me laissant seul avec le capitaine. Grand et âgé, il portait une barbe noire tressée avec des morceaux de tissus de toutes les couleurs. Ses yeux plissés et les cicatrices parcourant son visage témoignaient de ses aventures passées. Ses yeux m’observant de la tête aux pieds, c’est finalement lui qui brisa le silence.

"Alors comme ça tu recherches du travail."

Il saisit deux chaises et les plaça l’une en face de l’autre, m’invitant à m’asseoir en face de lui.

"Tu as dû croiser le chemin de mon ancien équipage… Ces marins qui se disent expérimentés après avoir été pêchés du poisson à cinq-cents mètres de la côte. Si tu en fais partie, tu peux tout de suite quitter ce navire. Ici, seuls ceux-qui n’ont pas peur de tomber à la mer sont les bienvenus."

Le capitaine imposait le ton de la conversation. Ne sachant pas encore à quel type de personnes je m’adressais, je décidais de jouer la carte de la politesse.

"Je suis Hertann. Je connais bien le métier de marin et je pourrais être un atout dans votre équipage. J’ai appris à naviguer dès mon plus jeune âge. Je suis prêt à dépasser mes limites quitte à risquer ma vie s’il le faut. J’ai réellement besoin de ce travail et je pense que vous avez aussi besoin de moi."

"Je vois que tu es perspicace, tu comprends vite le genre de marins que je recherche. Mais ce ne sont que des paroles et ça ne garantit en rien ton courage dans toutes les situations. Qu’est ce qui me prouve que tu ne vas pas me lâcher au moindre problème, hein ? Je ne vais pas me contenter de recruter des larbins cette fois. Je compte bien réunir un équipage composé des marins les plus motivés de toute la ville."

Le ton de la conversation avait augmenté petit à petit. Sans me laisser le temps de réagir, le capitaine me saisit fermement le bras et me plaqua sur le bureau. Approchant un compas à quelques centimètres de mon cou.

"Il va falloir me montrer ton courage un peu plus que ça jeune homme si tu espères faire partie de mon équipage, prouve-moi tes paroles en me racontant la chose la plus courageuse que tu aies accomplies et je jugerais de ton sort."

Il venait de me prendre par surprise. Encore sous le choc de la situation, je n’avais pas le temps d’inventer un mensonge narrant des exploits fictifs. De la sueur commençait a perler sur mes tempes. Je décidais de jouer franc-jeu.

"Lorsque j’avais douze ans, je faisais partie d’un équipage destiné à voguer durant un mois complet. Cette étape est très importante chez les Sang-pourpres. C’est le voyage où nous passons à l’âge adulte, apprenant tous les rudiments de la navigation. Le voyage se passait bien depuis presque dix jours. Même parmi les potentiels survivants, personne ne pourrait expliquer ce qu’il s’est passé. Une tempête à surgit de nulle part."

L’euphorie me gagnait en ressassant ces souvenirs. Je me revoyais, plus jeune, pris de panique. Je ne connaissais la navigation que depuis dix jours, et une tempête dévastait le pont du navire, balayant les marins qui n’arrivaient pas à s’accrocher.

"Le bateau s’est ouvert en deux sous la violence d’une vague scélérate. Un ami était à mes côtés lorsque c’est arrivé. Je réussi à ne pas tomber dans l’eau, me raccrochant à une barrière, mais mon camarade trébucha dans le vide suite à la violence du choc. J’ai réussi à attraper son bras in-extremis mais je n’allais pas pouvoir le retenir très longtemps. La seule chance qu’il s’en sorte était que je tire de toute mes forces en arrière, ce qui aurait pour conséquences de me faire tomber dans l’eau, à sa place. De mourir à sa place."

Ma gorge se serait en repensant à mon coéquipier de jadis. J’avais complètement enfoui ce souvenir au fond de moi-même.
Le capitaine pressé de connaitre la suite rapprocha le compas de ma gorge, faisant perler une goutte de sang. Dégoulinant le long de mon coup, celle-ci entacha la carte qui se trouvait en dessous laissant une auréole.

"Qu’est-ce que tu as fait ?"

Pressé d’en finir, c’est dans un dernier souffle que je terminais mon histoire.

"Je l’ai sauvé."

Je sentis la pression sur mon bras se relâcher. Je m’écroulais ainsi sur ma chaise, face au capitaine. Je ne savais pas si je l’avais convaincu mais une lueur indescriptible illuminait son regard.

"Je dois avouer que tu commences à m’étonner gamin. Tu sais jouer aux cartes ?"

Mon pouls battait encore très fort, et la facilité avec laquelle le capitaine changeait de sujet était déconcertante, mais je m’empressais de répondre par l’affirmative. J’allais peut-être avoir une chance de l’impressionner.

"Une partie de cartes ne se joue jamais sans mise capitaine."

Le capitaine hésita longuement avant de répondre.

"Très bien, misons tous les deux une chose dont l’autre a besoin.
Hmm… Si je gagne, tu me serviras un mois complet sur mon navire, au rang de mousse. Tu obéiras à mes ordres sans rechigner."


Sans même réfléchir, je proposais moi-aussi mon idée.

"Très bien, mais si je gagne, vous m’embauchez dans l’équipage."

Le capitaine fronça les sourcils, sans comprendre où je voulais en venir.

"Et… ?"

"Vous me prenez en tant que second."

Un silence pesant s’installa dans la cabine. On pouvait entendre le bruit faible, mais distincts des clapotis contre la coque du navire.
Le capitaine me jugeait du regard tout en mélangeant son paquet de carte, surement amusé de ma réponse.

"Main Darasmoise ?"

"Ça me va."

Les cartes furent mélangées et distribuées selon les règles : deux par personnes.
Le capitaine étala deux piles de jetons de bois à peu près équitables (une devant chaque joueur d’environ 100 jetons). Le but du jeu était simple, chacun leur tour, les joueurs devaient décider s’ils misaient plus, s’ils voulaient arrêter les mises, où se coucher, abandonnant ainsi la manche. Lorsque tous les joueurs ont une mise égale, et qu’ils souhaitent arrêter, cinq cartes sont tirées du paquet et déposées face visible au centre de la table. Le joueur qui possède la combinaison la plus forte remporte la mise des autres joueurs.
Je consultais rapidement ma main afin de me faire une première idée.

(Un cinq de carreau et une dame de cœur, la partie n’était pas gagnée d’avance).

Le capitaine avança sur la table une petite pile de jetons symbolisant la mise de départ.
Déposant le même nombre de jetons, je préférais jouer prudemment au début afin de pouvoir observer sa façon de jouer.

La manche se déroula tranquillement et la mise finale ne dépassa pas les cinq jetons par tête, soit un total de dix jetons en jeux. Cinq cartes étaient étalées devant nous : Un as de trèfle, un huit de carreau, un deux de cœur, un six de cœur et un cinq de pic. Je ne possédais qu’une paire de cinq et j’espérais l’absence de combinaisons du coté de mon adversaire.
Les résultats de la première main allait tomber. Je posais mes cartes face visible devant moi, dévoilant ma paire de cinq.
Un sourire se dessina sur le visage du capitaine lorsqu’il posa également ses cartes faces visibles, dévoilant un huit et une dame. Paire de huit.

"Et bien on dirait que tu viens de perdre la première main ! J’espère que tu seras plus chanceux sur les suivantes ! Ah ah ah !"

La main Darasmoise était un jeu de chance et je savais que je pouvais me rattraper plus tard. Je décidais donc de ne pas réagir et de jouer la seconde main de façon plus agressive.
J’avais cette fois un valet et un six de carreaux. Malgré mon absence de chance au tirage, je misais une vingtaine de jetons dans une tentative de bluff. Ma tentative fut payante puisque le capitaine se coucha, récoltant au passage mes jetons perdu auparavant. Nous étions revenus sur un pied d’égalité.
Le jeu se poursuivit, alternant les passages de chances et de malchances. Après plusieurs mains, je me retrouvais avec une cinquantaine de jetons, et près de cent-cinquante pour mon adversaire. La chance me quittait petit à petit.
Le capitaine distribua une fois encore les cartes, m’octroyant un deux et un huit.

(Une des pires mains de départ, je ne vais pas aller loin avec celle-là…)

Je décidais de tenter le tout pour le tout et de miser tous mes jetons. C’est après une longue hésitation que le capitaine décidait de suivre, misant 50 jetons également.
Les cinq cartes furent tirées, me dévoilant une paire de deux.
Le capitaine ne semblait pas ravi de sa main, lâchant un grognement involontaire.
Il étala sa main, ne possédant aucune combinaison. Dévoilant ma main, je gagnais la manche avec ma paire de deux. Nous étions de nouveau à égalité.
Le capitaine se leva de sa chaise, se dirigeant vers une commode située dans le coin de la pièce.

"Faisons une petite pause ! Je commence à avoir soif!"

Associant ses paroles et ses actions, le capitaine sortis deux bolées, les remplissant d’un mélange verdâtre, avant de m’en donner une. Décidément ce capitaine me réservait encore de nombreuses surprises.

"A la tienne Hertann ! Que le tirage te soit favorable !"

Le marin bu son verre d’un cul sec et me regarda droit dans les yeux. Une lueur de défi brillait au fond de son regard. Jouant ma place dans l’équipage, je m’efforçais de ne pas regarder le mélange qui remplissait mon récipient et je bus moi aussi le liquide d’un cul sec. Une toux grasse m’envahit. Le mélange me faisait penser à de l’alcool pur, m’arrachant les tripes, et me brulant la gorge. Ma tête se mis à vaciller mais je tiens bon.

"Allez gamin la partie continue !"

Le capitaine distribua ainsi une nouvelle fois les cartes, m’octroyant cette fois un dix et un valet. Au vu de mon état, je n’allais pas pouvoir tenir longtemps. Mon adversaire devait être habitué à boire ce genre de boisson, mais pour ma part, le mélange était en train de me monter à la tête. Je décidais de jouer le tout pour le tout et de miser mes 100 jetons. Cela ne sembla pas surprendre la capitaine qui suivi la mise.
Tous les jetons étaient sur la table. Les dés étaient lancés.
Tirant une à une les cinq cartes, deux représentaient des valets. J’avais une triple tête, l’une des meilleures combinaisons.
Le capitaine abattit sa main sur la table fièrement, dévoilant une paire d’as. Son sourire ne tarda pas à disparaitre lorsque je découvris également mes cartes, dévoilant la triple tête de valets.
Je venais de gagner la partie, mais je ne ressentais pas de joie, seulement un goût amer dans ma bouche.
Sans prévenir, je me jetais au sol à quatre pattes, vomissant sur le sol tout ce que j’avais pu manger aujourd’hui. La flaque nauséabonde se répandit autour des pieds du capitaine.

"Eh ben dis-moi, ça te fait de l’effet de gagner une partie de main Darasmoise. "

Il me tendit la main, afin de m’aider à me relever que j’acceptais volontiers.
Laissant passer quelques minutes, je commençais à me sentir mieux maintenant que mon estomac avait rejeté cette mixture étrange. Une claque dans le dos de la part du capitaine finissait de me remettre d’aplomb.

"Bienvenue à bord Hertann ! Tu verras, le rôle de second n’est pas de tout repos ! Il faut parfois savoir se salir les mains."

Il jeta un regard vers ses bottes qui commençaient à s’imprégner de mon vomi, puis se mit à rire.

"Mais ne t’inquiète pas pour ça, Tunak s’en occupera après avoir fini de compter les barils. Nous aurons engagé un nouvel équipage dans la soirée. Nous partons demain à l’aube, ne sois pas en retard."

Etonné par cette nouvelle, je m’empressais de lui poser la question qui me taraudait l’esprit.

"Qu’allons-nous faire ?"

"Nous allons chasser la baleine pardi ! C’est la meilleure saison pour la chasse."

"Je n’ai jamais chassé la baleine et je doute qu’un équipage nouvellement recruté soit à même d’y participer."

Le capitaine me fis un clin d’œil, avant de me répondre.

"Les marins apprennent sur le tas gamin, fais-moi confiance. Contente toi d’être à l’heure demain."

Sans me laisser le temps de répondre, le capitaine me poussait en dehors de la pièce avant de refermer la porte derrière moi. Je me retrouvais seul devant la porte.
(Décidément, cet homme est un bien curieux personnage.) Pensais-je, me remémorant la partie de cartes. En l’espace d’une après-midi, je venais de raconter une partie de ma jeunesse à un inconnu, à jouer un mois de ma vie aux cartes avec lui, et à me faire embaucher en tant que second sur son navire après lui avoir vomi sur les pieds.

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Dernière édition par Hertann le Lun 2 Oct 2017 22:47, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La Mouette (PNJ- Vitesse X1)
MessagePosté: Lun 2 Oct 2017 20:13 
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Je montais sur le pont rejoignant l’équipage. Une dizaine de personnes en plus du capitaine étaient déjà là. J’arrivais en dernier malgré mon avance sur l’horaire prévu, me plaçant aux côtés du capitaine.

"Bon, je vois que tout le monde est là ! Nous appareillons dès que possible !"

J’examinais la dizaine de marins qui me faisait face. Tous plus étrange les uns que les autres, cet équipage me laissait indécis.

"Chacun fait ce pour quoi il a été engagé. Au boulot. Hertann suis moi. Je vais te présenter l’équipage."

Je me laissais guider sur le pont du navire par le capitaine. Après avoir gravis les quelques marches afin d’atteindre le gaillard d’arrière, nous avions une vue imprenable sur la totalité du bateau. Le capitaine me laissa observer l’activité qui y régnait durant quelques minutes. Chaque marin était expérimenté, et effectuait sa tache consciencieusement. Après cette courte observation, c’était finalement moi qui brisait le silence.

"Nous avons là un drôle d’équipage capitaine, je n’en ai jamais vu d’aussi étrange."

Le capitaine tourna la tête vers ma direction, esquissant un sourire. Il pointa son doigt sur un marin que je connaissais déjà.

"Tu connais déjà Tunak. C’est un varockien comme aucun autre. Cela fait maintenant trois ans qu’il me suit sur ce navire. Il ne faut pas le sous-estimer à cause de sa taille, c’est un très bon négociateur et il m’a déjà aidé pendant pas mal de transactions. Il passe son temps à prier Meno, malgré le temps que je passe à lui répéter que seule Moura lui viendra en aide sur ce bateau. Il lui arrive parfois de pratiquer la magie, mais il n’est pas très bon dans ce domaine. Il sait refroidir des boissons lorsqu’il fait trop chaud. Cela peut paraître inutile mais tu seras bien content de boire quelque chose de frais en mer s’il fait très chaud."

Le capitaine laissa passer quelques secondes afin de terminer son discours.

"C’est un très bon marin."

Il levait maintenant les yeux vers la hune semblant rechercher quelque chose. Ne semblant pas trouver ce qu’il cherchait, son regard revenait sur les matelots qui s’affairaient à leurs taches.
Un homme traversait le pont, vérifiant que les haubans étaient bien fixés. Plutôt grand, et musclé, il portait une tenue étrangement élégante, chose rare pour un marin. Suivant mon regard, le capitaine repris la parole.

"C’est Archibald. Je ne le connais pas encore très bien mais il m’a l’air fiable. Il connait les ficelles du métier."

Mon interlocuteur marquait une pause, cherchant ses mots.

"C’est aussi un bon séducteur. Je l’ai trouvé dans la taverne entourée de femmes plus belles les unes que les autres. Il faut dire qu’il est plutôt bien bâti d’après ce que la populace raconte. Ah ah ah."

Je souris devant la réplique du capitaine. C’est vrai que les habitants de cette région étaient connus pour leur beauté et cet homme en face de moi ne salissait en rien cette réputation.
Le capitaine était lancé et comptait bien me présenter tout l’équipage.

"Nous avons aussi trois grands gaillards avec nous."

Montrant du doigt l’autre bout du navire, je pouvais apercevoir effectivement trois hommes, poussant de toute leurs forces sur le petit cabestan afin de hisser les voiles du mât du gaillard d’avant.

"Ce sont trois triplés qui se ressemblent comme trois gouttes d’eau. Ils se battaient tous les trois contre cinq gardes dans la rue lorsque je les ai trouvés. Ça a été une victoire écrasante et je me suis dit qu’à défaut de ne pas être bons marins, avoir des gros bras à bord pourrait s’avérer utile. Ils s’appellent Tatak, Tutuk, et Totok Junior. Ils m’ont dit qu’ils étaient les fils d’un très grand combattant mais je n’ai pas très bien compris, ils ont un peu de mal à s’exprimer."

L’un d’eux trébucha au loin s’étalant au sol à plat ventre. On l’entendait s’énerver d’ici, maudissant à peu près tous les dieux qu’il connaissait. Donnant un gros coup dans la barre qu’il tenait quelques secondes plus tôt, celle-ci se brisa et il hurla une nouvelle fois.

"Je me demande encore si j’ai bien fait de les engager. Aller suis moi je vais te faire découvrir tes nouveaux appartements lors des grands voyages. Tu ne les utiliseras pas ce soir, nous devrions être rentrés en fin de journée."

Suivant le capitaine, je descendais un escalier rejoignant une petite pièce qui me semblait être située en dessous de la chambre du capitaine. Une fois à l’intérieur, je pu découvrir les différentes décorations qui embellissaient la pièce. La chambre mesurait environ quatre mètres de long, donnant sur un petit balcon situé à l’arrière du navire. Pour ce qui était des meubles, seul le nécessaire avait été utilisé. Un bureau recouvert de cartes se tenait dans le coin de la pièce, face au lit qui se situait de l’autre côté. Un tapis venait recouvrir le sol, probablement une tentative du précédent propriétaire de cacher toutes ces planches de bois qui composait la pièce du sol au plafond.

"Alors ça te plait ? de toute façon tu n’as pas trop le choix, c’est la seule que j’ai à te proposer. Ça fait du bien parfois, en pleine mer d’avoir un endroit ou se retirer afin de réfléchir tout seul. Retournons sur le pont afin d’appareiller, le navire doit être prêt maintenant."

Le soleil, était désormais levé. Tel une boule de feu posée sur l’horizon, il projetait une lumière rouge qui illuminait l’océan. Le capitaine montait sur la Dunette afin de pouvoir se faire entendre de tout l’équipage.

"Larguez les amarres moussaillons. Nous partons chasser la baleine."

Les ordres furent exécutés instantanément. Les voiles furent larguées et le navire commençait à avancer. Afin de continuer la présentation de l’équipage, le capitaine donna la barre à Tunak.

"J’ai recruté des marins de tous les horizons, et certains ne vont pas manquer de te surprendre. Tu les as vu rapidement tout à l’heure mais eux ne te connaissent pas encore. Allons faire les dernières présentations."

Après avoir descendus l’escalier afin de rejoindre le pont, nous atterrissions devant une chose qui ressemblait plus ou moins à un arbre. Mesurant plus de deux mètres de hauteur, cette créature était large de presque un mètre cinquante. Sa peau était entièrement faite d’écorce et des branches feuillues trônaient sur le haut de la tête de la créature. Au bout de ses longs bras, des racines désarticulées s’agitaient dans tous les sens lui servant probablement de doigts. Levant les yeux vers son visage, je remarquais une seconde personne, assise sur ses épaules. Beaucoup plus petite, elle mesurait quant à elle un peu moins d’un mètre cinquante. Sa peau verte pale, et ses cheveux verts foncés semblaient réfléchir la lumière. Elle était quasiment nue, ne portant qu’un long morceau de tissu, tel un drap posé sur ses épaules.
Les deux êtres m’observaient en silence.

"Je te présente Gruut et Tyrah. Gruut est un oudios, un homme arbre. Il vivait parmi les siens dans la forêt mais préférait visiter le monde. Il a choisi de quitter sa forêt, seul, afin d’explorer Yuimen et d’enrichir ses connaissances. Sur le chemin il a croisé Tyrah une Taurion. Elle n’était pas faite pour la vie d’ermite qui lui était destinée et a fait le choix de suivre Gruut lors de son périple. Ils sont venus jusqu’à Bouhen cherchant un équipage dans lequel se faire engager. Je suis tombé sur eux hier soir dans la taverne. Gruut ne parle pas notre langue mais comprend quelques mots. Tyrah est capable de traduire entre nos deux langues si le besoin s’en fait ressentir. Gruut n’est pas très bon sur les navires en général mais il travaillait le bois à Bouhen en attendant de trouver un équipage. Ses talents de charpentier pourrait se révéler utile, on ne sait jamais. Tyrah quant à elle est une excellente archère, elle ne m’a pas encore démontré tout son talent mais je n’en doute pas au vu de la flèche qu’elle a plantée hier soir à deux centimètres d’un marin qui lui cherchait des noises."

Le capitaine s’esclaffa et repris sa route le long du pont. Laissant ces deux étranges personnages, continuer le travail qu’il venait d’interrompre. Je m’empressais de le suivre.

Je vois que vous avez effectivement recruté un équipage des plus inhabituels."

"Et encore gamin, tu n’as encore rien vu !"

Le capitaine siffla entre ses doigts, provoquant un son aigu, audible sur tout le navire. Je ne compris son geste que lorsque je vis une sorte de petit papillon descendre le long des voiles. Se rapprochant peu à peu, je découvris que la créature avait en fait une forme humanoïde, dotée d’ailes. Mesurant une petite trentaine de centimètres, sa peau laiteuse contrastait avec sa chevelure rouge feu. Une fleur d’arome était posée sur sa tête, lui donnant un aspect de légèreté.

"Voici Syraèl, tu peux l’appeler Sisi, elle sera notre vigie. C’est une Aldryde, des êtres miniatures dotés d’ailes comme tu peux le voir. Ces êtres sont censés vivre tous ensemble mais celle-ci était assise sur la rembarde de mon navire lorsque je suis rentré de la taverne hier soir. Elle n’a pas voulu expliquer sa présence mais voulait absolument rejoindre mon équipage. Une vigie qui ne peut pas tomber est forcément un point positif dans un navire."

Sisi me tendit la main afin de me saluer. Je la serrais avec prudence de peur de briser cet créature paraissant si fragile. Une fois les présentations faites, elle s’empressa de rejoindre le haut du mât, reprenant son rôle de vigie.
Le capitaine ne me laissait pas le temps de respirer, à peine me présentait-il un membre de l’équipage, qu’il m’emmenait vers un autre. Ainsi de suite, je fis la connaissance du reste de l’équipage. Un nain du nom de Tolmod faisait office de cuisinier. Il était assez petit, chose normale pour un nain, et était très âgé. Il semblait connaitre de nombreuses choses mais n’était pas en mesure de communiquer librement avec nous tant qu’il n’aurait pas encore confiance en tout le monde.
Un Humoran du nom de Daerius, espèce présentée comme rare par le capitaine faisait aussi parti de l’équipage. Croisement entre un Elfe blanc et un Woran, il en devenait encore plus rare. Cet homme à l’apparence d’un loup au pelage blanc et doté d’yeux rouges sang me faisait froid dans le dos. Il paraissait toutefois très amical, et j’appris par la suite qu’il maniait assez bien la magie de soin et les différentes formes de médecines. S’aidant de ses griffes pour les opérations rapides, il pouvait inciser la peau comme bon lui semblait avec une précision étonnante. Il avait donc le rôle évident du médecin à bord de ce navire.
Le dernier membre du navire était Yacohtez, déjà surnommé Yaco. Jeune Braptiens au pelage roux très clair d’à peine 19 ans, c’était le benjamin de l’équipage. Il ne connaissait pas grand-chose à la navigation, mais sa force de caractère et sa motivation en faisait un bon élément pour le futur.
Après avoir rencontrés tout l’équipage, nous étions maintenant à la proue du navire, faisant face à l’océan. Je m’appuyais sur la balustrade, savourant la chance d’avoir trouvé ce poste qui me semblait à cet instant, parfait. J’en profitais pour me remémorer les différents marins qui constituaient cet équipage et je souris intérieurement.
Pendant une bonne heure, j’observais les vagues onduler sur l’horizon, écoutant le son du vent qui se perdait dans les voiles. Le temps était clair et le vent dans notre dos, le voyage allait passer rapidement.

Je sursautais lorsqu’un sifflement se fit entendre du haut du mât. Je m’étais surement assoupis sur la balustrade et je vis Sisi, redescendant à toutes vitesse.

"Baleine ! Il y a une baleine à l’horizon ! Plein Est !"

Le capitaine ne posa aucune question et se précipita vers le gaillard d’arrière afin de prendre la barre, tournant celle-ci à bâbord afin de prendre la bonne direction.
Nous venions de trouver la bête pour laquelle nous voyagions aujourd’hui, il était temps que j’effectue mon rôle de second. Je retournais ainsi aux côtés du capitaine, donnant au passage à certains marins les ordres de préparer les deux barques qui serviraient à chasser la baleine.
La distance jusqu’à elle fût parcourue rapidement. Tout l’équipage se précipita sur le flanc gauche du navire afin d’observer cet animal majestueux.
D’une bonne quinzaine de mètres et d’une couleur sombre, la baleine nageait tranquillement à la surface de l’océan laissant derrière elle un sillon d’écume. On pouvait distinguer d’ici des taches blanches qui parcouraient sa tête. Le capitaine ne se laissa pas absorber par le magnifique spectacle qui nous était offert et nous sortit de nos pensées en prenant la parole.

"C’est une baleine franche, cela va nous faciliter la tâche. Elles ont tendances à rester à la surface. A la fin de la chasse son corps va flotter naturellement à cause des gaz contenus dans son estomac. Il faudra agir rapidement afin de récupérer le maximum de choses sur la carcasse."

S’approchant de la balustrade donnant sur le pont, le capitaine éleva la voie afin de se faire entendre par tout l’équipage.

"Très bien, écoutez-moi tous. Voici donc la baleine que nous allons chasser. Nous avons deux barques remplies de harpons. Le plan est simple, il va y avoir trois personnes dans chaque barque. Un lanceur de harpon qui sera assisté par une personne lui donnant les harpons, et un rameur. Dans la première barque il y’aura les triplés, Totok Tatak et Tutuk, organisez-vous comme vous le sentez. Dans la seconde barque je veux Archibald en lanceur, Hertann en passeur, et Tunak en rameur. Lancez en premier les harpons reliés à votre barque par une corde. Dès que vous êtes attachés à elle, ne la lâchez pas et lancez le plus de harpons possibles afin de l’affaiblir. L’embarcation qui achèvera ce monstre recevra une prime."

Le capitaine s’arrêta de parler, semblant chercher ses mots avant de continuer.

"Et faites surtout attention à sa queue, elle détruirait instantanément votre embarcation. Si elle a le malheur de se retrouver au-dessus de vous, sautez directement dans l’eau."

Le capitaine se retourna, me faisant face. Il arborait une mine sombre mais le ton de sa voix était posé et serein.

"Je compte sur toi Hertann, fais-en sorte de me ramener cette baleine."

Sur ces mots, je rejoignis mes deux compagnons dans la barque qui m’était destinée retirant sur le chemin ma chemise. Les chasseurs de baleines chassaient généralement en pantalons, et torse nu.

La barque mesurait environ trois mètres, mais semblait solide. Une pile de harpons trônait sur le côté de l’embarcation à côté d’un énorme rouleau de corde.
Maintenant tous à notre poste, la pression montait peu à peu pendant que les deux barques s’éloignèrent du navire. On ne voyait plus la baleine mais tout le monde savait qu’elle n’était pas bien loin. Personne ne prenait la parole, écoutant avec attention le moindre bruit, ou le moindre mouvement qui pourrait surgir de n’importe où entre toutes les vagues.
Le silence régnait toujours après une bonne dizaine minutes d’attente. On voyait le navire flotter au loin s’étant éloigné petit à petit afin de ne pas déranger la chasse.
Tout se passa très rapidement. Totok poussa un hurlement désignant une forme sombre qui transperça la surface et il ne tarda pas à lancer son premier harpon qui fît mouche. Le projectile transperça la chair de l’animal, accrochant ainsi l’embarcation.
La barque des triplés prenait de la vitesse, désormais rattachée à la baleine par la corde. Cette accélération fit trébucher les trois hommes dans l’embarcation.
Archibald se leva à son tour, un harpon à la main prêt à accrocher notre embarcation à l’animal.
Je réussis à l’arrêter à la dernière seconde, lui arrachant le harpon des mains.

"Arrête. Si nous nous accrochons nous aussi, nous risquons de heurter l’autre embarcation lorsque nous serons tractés. Laissons-les faire pour le moment, de toute façon les baleines ont tendances à effectuer des cercles afin de se libérer. Elle restera dans la zone et nous prendrons le relais lorsqu’ils l’auront lâché."

Archibald reposa le harpon, convaincu par ce que je venais de dire. Nous observons ainsi l’autre embarcation, profitant de ce court répit afin de faire connaissance. C’est Archibald qui entama la discussion.

"C’est rare de croiser un Sang-Pourpre dans les équipages, comment tu as atterri ici ?"

Je ne connaissais pas encore bien l’équipage et l’occasion était parfaite pour commencer des présentations plus poussées. Je décidais de lui raconter toute mon aventure depuis mon arrivée à Bouhen jusqu’à mon arrivée sur le navire, omettant volontairement les détails les plus inutiles.

"Je vois, tu ne connais pas non plus très bien Bouhen. Je suis aussi arrivé ici il y a quelques jours. Je viens de Tulorim. Je devrais déjà être marié et vivre des jours heureux auprès de ma famille mais j’ai décidé que ma vie ne se résumerait pas seulement à forger des épées et à regarder mes enfants grandir. J’avais envie de voir le monde et j’ai ainsi quitté ma famille à vingt ans."

Son regard se perdait à l’horizon, observant l’embarcation toujours accrochée au cétacé, qui traçait sa route sur l’océan. Ses longs cheveux châtains flottant légèrement dans le vent.

"J’ai rencontré le capitaine par hasard. Je voulais gouter à la vie de marin et le job s’est proposé à moi. J’ai tout de suite accepté. Je …"

Archibald ne finit pas sa phrase, se relevant un harpon à la main. A l’horizon, on pouvait voir la queue de la baleine s’élever au-dessus de la barque des trois frères. Cet instant sembla durer une éternité et fut aussi majestueux que terrifiant.
Malgré le grondement des vagues et la distance, le bruit qui suivit résonna sur l’océan. La queue fracassa l’embarcation, la détruisant entièrement, laissant tout juste le temps à l’équipage de se jeter par-dessus bord.
Ça allait être à nous de chasser. Tunak ne réfléchit même pas et se saisit des rames, se rapprochant le plus vite possible afin d’offrir à Archibald le meilleur angle possible. Nous ne tardâmes pas à rattraper la créature déjà bien affaiblie. L’eau prenait une teinte pourpre qui prouvait que la baleine commençait à être sérieusement blessée. Le harpon fendit l’air à une vitesse impressionnante, se plantant lui aussi du premier coup dans sa cible. La corde enroulée dans notre barque se déroulait progressivement. Nous étions maintenant à notre tour attaché à la baleine. La barque accéléra peu de temps après, entraînée par l’animal qui effectua un virage très serré faisant ricocher la barque. La corde était encore en train de se dérouler et Archibald se prit le pied dedans après avoir été déséquilibré. Il n’eut pas le temps de se dégager qu’un nœud s’était formé autour de sa jambe le maintenant prisonnier. J’attrapais instinctivement une lame de harpon afin de couper la corde mais elle était trop épaisse. Le nœud se resserrait de plus en plus autour de la jambe d’Archibald sous la puissance de la baleine qui déroulait la corde. Cisaillant la chair du pauvre marin, le sang commençait à couler de la jambe prisonnière. Le bruit sec de la corde qui se détendait claqua dans l'air tel un arc qui décochait une flèche. La jambe fût arrachée instantanément, produisant un craquement sonore à cause de l’os qui venait d’être cassé. Archibald hurla de douleur, maintenant le restant de sa jambe. Du sang se répandait de la blessure, tachant le sol d'une couleur pourpre. La jambe, elle, avait été emportée à la mer sous la puissance de la rupture.
Je ne savais pas quoi faire, tiraillé entre l’homme que je connaissais depuis moins d’une journée, ensanglanté au sol, et la baleine que j’avais promis de tuer, je ne savais pas comment réagir. Tunak fût plus rapide que moi et se précipita sur Archibald, essayant comme il pût d’arrêter l’hémorragie avec des morceaux de tissus provenant de son pantalon.
Pendant qu’il s’occupait du blessé, il était de mon devoir de terminer cette chasse. Toujours accroché à la baleine, l’embarcation ralentissait peu à peu, surement à cause des grandes blessures qu’avait infligées les autres.
Sans m’arrêter j’enchaînais les tirs de harpons sur l’animal qui les encaissaient les uns après les autres. Il fallait en finir rapidement afin de pouvoir sauver Archibald. Après avoir fait mouche avec une dizaine de harpons, la créature s’immobilisa enfin, recrachant un dernier filet l’air par son évent.

La créature ne bougeait plus lorsque la Mouette arriva à notre portée. Totok et ses frères furent remontés à bord par l’équipage, après avoir rapatrié Archibald de toute urgence. Sa vie ne tenait qu’à un fil et Daerius faisait ce qu’il pouvait afin de le maintenir en vie.
Le laissant à son travail, je m’approchais de la balustrade afin d’observer la carcasse flottante de l’animal. Les hommes n’ayant pas participés à la chasse s’affairaient à la dépecer, récupérant tout ce qu’il était possible de prendre. Je n’entendis pas le capitaine se rapprocher de moi.

"C’est une belle prise que nous avons là, elle devrait nous rapporter pas mal de yus au port. Nous allons enfin pouvoir changer les voiles de ce maudit rafiot. Je suis fier de toi Hertann, ainsi que de tous les autres chasseurs. Je n’étais pas là pour voir ce qu’il s’est passé avec Archibald, mais c’est un homme robuste. Je suis sûr qu’il va s’en sortir."

Confirmant les paroles du capitaine, Daerius nous interrompit dans notre conversation.

"Il va s’en sortir. J’ai réussi à arrêter son hémorragie grâce à quelques sorts de soins, et en cautérisant la plaie avec du feu. Il s’est évanoui dans la douleur et va devoir se reposer plusieurs jours afin de se remettre de cette aventure. Il a perdu sa jambe et devra faire avec toute sa vie, j’en suis désolé pour lui."

"Merci Daerius, tu as fait tout ce que tu pouvais, va te reposer un moment, l’opération et la magie ont dû te fatiguer."

La carcasse fût dépecée durant une bonne partie de l’après-midi, la graisse de la baleine étant fondue sur le pont afin de la transformer en huile, stockée dans des tonneaux. La cale était remplie de divers produit tels que de la viande, du cuir, ou même les intestins, qui une fois séchés, serviraient de cordes solides.
Laissant les restes du squelette à la dérive, le capitaine ordonna le retour au port de Bouhen. Il était temps de rentrer.
Les voiles furent déployées, gonflées par les vents qui étaient dans notre dos.

(La chance est avec nous, nous allons rentrer rapidement.)

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MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 17:45 
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La ville allait bientôt avoir droit à un grand spectacle. Il était difficile de louper les nombreuses affiches qui étaient placardées sur tous les bâtiments : une grande séance de décapitations était prévue dans une semaine, destinée à tous les prisonniers qui étaient condamnés. La prison de Bouhen débordait et cette exécution de masse avait pour but de la vider. Les prisonniers avaient surement commis des crimes impardonnables pour atterrir dans cet endroit. Je ne m’inquiétais donc pas de leur sort.
Marchant tranquillement sur le port, j’atteignais enfin la Mouette. Montant à bord afin de rejoindre le capitaine sur le gaillard d’arrière, j’arrivais à peine que celui-ci me lança une bourse remplie de Yus.

"Tiens Hertann, voici ta part pour la chasse d’hier. La prime est déjà dedans."

Je soupesai la petite bourse de cuir qui me semblait contenir un peu plus d’une centaine de Yus. Le travail commençait bien.

"Merci. Comment va Archibald ?"

Le capitaine m’invita à le suivre tout en se dirigeant vers le dortoir. Située sous le pont principal, la pièce était sombre et seuls quelques traits de lumières qui passaient au plafond entre les planches éclairaient l’endroit. Au fond de la pièce, Archibald était allongé sur un matelas de paille recouvert d’un simple drap. Sa jambe était bandée mais il n’y avait aucune trace de sang.

"Vous venez prendre des nouvelles de l’unijambiste, comme c’est aimable à vous."

On sentait l’ironie dans les paroles de l’homme. Je m’en voulais encore de ne pas avoir réussi à le sauver à temps, même si je savais au fond de moi que je n’aurais rien pu faire.

"Comment va ta blessure depuis hier ?"

"Comment va ma blessure…"

Le marin prit un certain temps avant de répondre. Sa tristesse se lut sur son regard, mais je le devinais trop fier pour l’exprimer.

"Ça va mieux. Daerius a cautérisé la plaie et je ne sens plus ma blessure, c’est un bon médecin. Je vais devoir me reposer un peu encore et trouver un moyen de remplacer cette jambe."

Le capitaine s’accroupit face à Archibald affichant un sourire compatissant.

"Ne t’inquiète pas nous trouverons un moyen. Aujourd’hui tu te reposes encore."

Le capitaine sortit un livre de sa poche dont je ne pus distinguer ni la couverture, ni le titre.

"Prends ça en attendant afin de t’occuper un peu. Je pense que ça devrait te plaire. Il y est question de piraterie et de monstres marins."

Le capitaine se redressa, faisant craquer ses doigts.

"Allez Hertann. Il est temps de prendre la mer. Nous allons aller chasser des Costracas plus au nord. Ces créatures colonisent peu à peu les plages près d’ici et sont très utiles pour confectionner des harpons solides."

Après avoir salué Archibald, je suivi le capitaine qui sortait du dortoir, donnant l’ordre à l’équipage d’appareiller. Les voiles furent dépliées et le vent les gonfla instantanément, le ciel clair présageait un voyage tranquille et sans encombre. Le navire sortit très rapidement du port laissant derrière nous la ville portuaire de Bouhen.

Le vent soufflait dans notre dos, nous faisant progresser rapidement. Nous faisions route depuis près de deux heures quand la plage de récifs fut enfin à portée de vue.
La décision fut prise que cinq marins rejoindraient la plage avec l’unique barque encore disponible afin de chasser les Costracas. Tunak, Tyrah, le pti’Yaco et moi-même furent désignés pour accompagner le capitaine qui souhaitait participer également.

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MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 18:10 
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Plusieurs allers retours furent nécessaires afin de charger la totalité des carcasses. Ces créatures pesaient leurs poids. Une fois celles-ci rapatriées à bord, je m’étalais contre la balustrade du navire, épuisé par le combat que je venais de mener. Daerius profita de mon immobilité pour guérir mes blessures à la tête et au bras.
Après quelques minutes de repos, le capitaine s’approcha de la balustrade, haussant le ton de sa voix afin de se faire entendre par tout l’équipage.

"Aller on s’tire d’ici, libérez les voiles. On rentre à Bouhen."

Tous les marins se précipitèrent à leurs postes, préparant le navire à l’appareillage. En quelques minutes, nous commencions à prendre de la vitesse. Nous retournions à Bouhen.
Archibald ne pouvait pas aider et je devais donc aider le reste de l’équipage si nécessaire. Tyrah fut la première à m’appeler afin de l’aider à dénouer un cordage au sommet du mat.
M’empressant de grimper à l’échelle de cordes, je m’arrêtais un moment afin de scruter le paysage. Cela faisait longtemps que je n’avais pas grimpé sur les mâts d’un navire et j’avais l’impression de revivre ma jeunesse. Je grimpais facilement sur cette échelle qui m’avait donné tant de mal lorsque j’étais plus jeune. Arrivant au sommet, je me positionnais à cheval sur le mât horizontal afin de rejoindre Tyrah en bout.

"Où est le nœud qui pose problème ?"

"C’est celui-là". Elle désigna un nœud qui s’enroulait tout autour du mât complètement emmêlé.

"Il est coincé et je n’arrive pas à le défaire. Il faut le dénouer pour qu’on puisse déplier correctement cette voile."

"Très bien, je vais voir ce que je peux faire."

Je me rapprochais ainsi d’elle, toujours assis à cheval sur le mât, position plutôt inconfortable. Tout en essayant de défaire le nœud, j’entamais la discussion désirant connaître cette elfe plutôt discrète.

"Et toi ? Pourquoi tu es venue travailler ici ? Les Taurions vivent dans les forêts d’habitude non ?"

"Je ne voulais pas rester en ermite dans la forêt. Je voulais découvrir le monde, voir des villes, découvrir l’océan. Les Taurions se limitent d’eux-mêmes à errer dans la forêt mais le reste du monde mérite d’être exploré."

"La mer peut être dangereuse pour des marins inexpérimentés. Un équipage plus strict t’aurait laissé au port la prochaine fois si tu n’avais pas réussi à défaire ce nœud."

La jeune fille aux cheveux verts afficha une mine boudeuse, ayant probablement honte du commentaire.

"Mais ne t’inquiète pas. La plupart des marins ici sont des débutants, tout le monde apprend."

Ces paroles encourageantes eurent un effet immédiat. Tyrah releva la tête tout en me souriant.

"Merci de ton aide pour le nœud. Je suis content d’être tombée dans un équipage comme celui-ci. Gruut et moi avons de la chance. Je vais me débrouiller maintenant tu peux me laisser."

Laissant Tyrah en haut du mât, je redescendis jusqu’au pont afin de rejoindre le capitaine. Posté derrière la barre, il arborait un air confiant laissant son long manteau virevolter dans le vent derrière lui. La vue devant nous était dégagée et seuls quelques nuages noirs assombrissaient l’horizon devant nous.
Un sifflement aigu à peine perceptible fit écho sur tout le navire. Sisi descendait du mat rapidement se dirigeant dans notre direction.

"Il y a deux bateaux devant nous, l’un des deux est en feu."

Le capitaine tardait à répondre préférant observer les épais nuages noirs.

"Ça doit être la fumée provoquée par le feu." Dit-il d’un air détaché.

Devant cette absence de réaction, je le pressais de réagir.

"Si ce sont des marchands qui se font attaquer par des pirates nous devons essayer de les sauver."

Le capitaine tournait son regard dans ma direction sans prononcer un seul mot.

"Sisi laisse nous seuls un instant, je dois parler avec Hertann."

Une fois la petite Aldryde envolée, le capitaine s’appuya contre la balustrade le regard perdu devant lui. Je m’empressais de le rejoindre, pressé de connaître ce qu’il avait à me dire.

"Cela fait déjà bien longtemps que je navigue sur l’océan. Probablement plusieurs dizaines d’années comme le montrent les rides qui creusent mon visage.
Avant, vivre du commerce n’était pas donné à tout le monde et les cargaisons se faisaient rares. Peu des navires commerçants arrivaient à vivre de leur travail et beaucoup pratiquaient la piraterie. Il y a une dizaine d’année, j’étais un pirate Hertann. Je traversais les océans, chassant sans relâche les potentielles cargaisons que je pourrais revendre et détruisant les navires qui me pourchassaient. En seulement quatre ans j’avais réussi à me faire une petite réputation et ma tête était mise à prix dans la plupart des grandes villes.
Un jour, j’étais dans une taverne de Kendra Kar afin d’y dépenser quelques yus. Après une querelle sévère avec l’un des clients, le tavernier me reconnut et me dénonça aux gardes. Nous avons réussi à quitter le port avec une flotte de cinq navires derrière nous. La poursuite à durée des semaines entières et mon équipage était à bout. Nous n’étions pas préparés à vivre cet exode.
Une tempête s’est réveillée un beau matin secouant tout le monde. A la vue de mon équipage qui mourrait à petit feu, j’ai décidé d’achever cette souffrance en dirigeant le navire vers un maelstrom énorme. J’ai bien sûr demandé l’avis de tous avant ce sacrifice, mais tous savaient que notre sort était scellé. Si nous nous rendions, le supplice qu’on nous feraient seraient surement plus durs que la mort.
Je ne me souviens pas de ce qu’il s’est passé ensuite. Je me suis réveillé, échoué sur une plage au milieu de planches de bois, surement celles de mon navire. Des locaux m’ont accueilli généreusement et au fil des jours, j’ai acquis leur confiance. J’ai réussi à convaincre certains d’entre eux de m’aider de voler un de leurs propre navire, et de m’aider à le diriger, leurs promettants des aventures exceptionnelles. Nous avons réussi à nous enfuir à bord du navire sur lequel tu te dresses aujourd’hui."


Le capitaine marquait une pause et je décidais de l’encourager à continuer.

"Et que sont devenus les …"

"J’étais désespéré d’avoir perdu mon équipage et je sombrais dans une grande dépression. Rongé par l’alcool et les jeux de cartes. Mon équipage désertait petit à petit, voyant que leur capitaine ne désirait plus prendre la mer. Le bateau est resté ma propriété se détériorant petit à petit. Le temps a passé l’éponge sur ces histoires et j’ai décidé de recommencer ma vie à zéro. Plus de piraterie. Mais retrouver un équipage digne de ce nom n’est pas chose facile ici. J’ai même du changé de nom."

"Gayo Lodir n’est pas votre vraie identité ?"

"Non. Mon ancien nom terrorisait les océans. Mais je ne préfère pas en parler. Tu comprends ainsi qu’aider un navire en détresse n’a jamais fait partie de mes principes. En changeant de nom, j’ai laissé derrière moi toutes les armes. J’ai fait couler assez de sang comme ça et je ne souhaite plus en répandre. Toutefois, ton cran m’a impressionné lorsque je t’ai rencontré la première fois. Nous allons donc aller secourir ce navire, ou du moins ce qu’il en reste si c’est réellement ce que tu désires."

"Je pense effectivement que nous devons porter secours à ces marins s’ils en ont besoin."

Le capitaine s’approcha de la rambarde afin de se faire entendre de tout l’équipage.

"A bâbord toute. Nous allons accoster le navire en flamme et sauver ce qui peut l’être."

Le trajet ne dura pas longtemps, seulement quelques minutes. Le second navire eut tout de même le temps de prendre la fuite, ne laissant qu’une épave flottante en feu devant nous. Une fois assez proche, des grapins furent jetés afin de se rapprocher du navire et des planches furent installées reliant les deux navires. Daerius et moi-même furent désignés pour aller explorer le navire à la recherche de survivants ou d’objets intéressants.

Les flammes rongeaient les planches, produisant des craquements qui laissaient présager le pire. La fumée envahissait tout le navire et il était impossible de voir à plus d’une dizaine de mètres devant soi. Nous décidions avec Daerius de nous séparer afin de repérer plus rapidement les éventuels survivants. J’avançais doucement, arme à la main, prêt à affronter toute menace potentielle. Le sol était recouvert de cadavres à la peau bleutée. Je m’approchais de l’un d’eux pensant qu’il s’agissait de sang-pourpres mais il n’en n’était rien. Les corps qui se trouvaient éparpillés un peu partout étaient des elfes bleus. Je me relevais afin d’observer plus en détail l’environnement autour de moi. Le combat avait dû être très violent. La plupart des corps étaient éventrés et il n’était pas rare de voir une jambe ou un bras séparé de son corps d’origine. Du sang coulait dans les interstices du plancher donnant en quelque sorte vie au navire, comme si du sang coulait dans ses veines.
Le pont était apparemment vide de tous survivants et je décidais de continuer mon exploration dans les ponts inférieurs. Je pénétrais dans une première pièce qui semblait être un cul de sac.

"La chambre du capitaine." Récitais-je tout haut reconnaissant les plans du navire qui n’était pas bien différent du nôtre.

Il n’y avait pas de traces de sang dans cette pièce et j’allais sortir lorsqu’un livre aux reliures dorées attira mon attention. Ouvert sur le milieu du bureau, un dessin très détaillé représentait des magiciens qui semblaient lancer des sorts sur une épée. Seul livre de la pièce, je décidais de le prendre avec moi afin de le consulter lorsque j’en aurais le temps. La suite de mon exploration me mena tout droit dans le couloir qui menait sans doute au dortoir. Un craquement au-dessus de ma tête me rappela l’urgence de la situation. Au bout de ce couloir, une grande porte de bois me barrait le passage. Après l’avoir ouverte avec précautions, je m’aventurais dans cette pièce éclairée uniquement par les flammes qui se propageaient un peu partout. Celles-ci propageaient dans la pièce une chaleur étouffante. La fumée envahissait peu à peu la pièce mais j’allais pouvoir y rester quelques minutes avant de devoir sortir. Un bruit de ver qui se brise se fit entendre. Les crépitements m’empêchaient de distinguer nettement les sons qui m’entouraient mais le bruit avait été assez distinct pour que je sois sûr de moi. Sans prévenir, une bouteille roula en travers de la pièce a seulement quelques mètres devant moi. M’approchant avec précautions, je découvris un elfe bleu assis, adossé contre le mur. Torse nu, une grosse entaille parcourait son abdomen et ses mains essayaient tant bien que mal d’arrêter le sang qui s’écoulait de la plaie. Ses yeux étaient complètements injectés de sang mais les murmures que je pouvais distinguer prouvaient qu’il était encore vivant. Je m’approchais de lui, m’accroupissant afin de me mettre à sa hauteur. Il tourna brusquement la tête semblant m’entendre mais sans me voir.

"Qui est là ? Parlez. Je vous ai entendu."

Je ne savais quoi dire à cet homme dont le cas semblait désespéré, aussi décidais-je de me renseigner au maximum sur ce qu’il s’était passé.

"Hey, calmez-vous ça va aller. Tout…"

Je ne pût terminer ma phrase qu’il se mit à me crier dessus dans une langue mal maîtrisée, avec un fort accent dont je ne devais pas la provenance.

"Je te vois. Tu es des nôtres, Moura m’a entendu. Retrouve l’épée que le pirate nous a volé. Retrouve là et ramène-la à Kendra Kar. "

Je ne comprenais rien à l’histoire que l’elfe agonisant me racontait à propos de cette épée. Il semblait me confondre avec l’un des siens, surement à cause de ma couleur de peau bleuté qui se rapprochait de la sienne.

"Je ne comprends pas. Pourquoi vouloir récupérer absolument cette épée ? Pourquoi …"

L’homme marqua une période de silence, me laissant penser qu’il était décédé. Il prenait en fait le temps de réfléchir, doutant surement de son interlocuteur.

"Cette épée est le fruit de plusieurs générations. De nombreux magiciens et forgerons ont travaillés durant toute leurs vies afin de la concevoir. Il est impossible de parer une attaque de cette lame. Ce pirate nous a attaqués sans nous laisser un seul moyen de nous défendre. Il ne connaît pas la puissance de l’arme qu’il a volée. L’épée était cachée dans l’une des caisses mais il l’a volée avec le reste. Tu es des nôtres, tu dois partir rechercher cette épée et la donner à notre contact à Kendra Kar. Trouve le pirate au sourire de requin, une partie de sa joue est arrachée et révèle sa dentition."

L’homme semblait avoir fini et fermait maintenant les yeux.

"Méfie-toi lorsque tu le trouveras. Son arme est puissante. Je ne l’ai pas vue mais un bruit de chaîne précédait chacun de ses meurtres lors du combat. Un membre de l’équipage m’a raconté que le pirate se battait avec une sorte de boule accrochée à une chaîne, détruisant tout sur son passage."

La fumée commençait à envahir toute la pièce, m’arrachant une toux sèche. Je me levais prêt à partir ne pouvant pas sauver cet homme dont le destin était déjà écrit. Je pris le chemin du retour lorsque l’elfe parla d’une voix forte, jetant ses dernières forces dans ses paroles.

"Qui que tu sois, je sais que tu n’es pas un elfe bleu. Tu n'as pas d'accent. Si tu es ici c’est que tu es un marin. Venge-nous. Un équipage ne mérite pas d’être abordé et massacré de la sorte. Trouve se pirate et venge-nous. Si tu récupère l’épée, tu la mériteras pour nous avoir vengé."

Le silence suivi ses dernières paroles. L’elfe était surement mort. Je m’empressais de remonter sur le pont esquivant les flammes qui léchaient les murs. Daerius m’attendait sur le pont et nous rejoignîmes notre navire ensemble. Le capitaine nous attendait sur le gaillard d’arrière afin d’écouter notre rapport. Daerius n’avait rien trouvé d’intéressant mis à part des cadavres d’Earions.

"J’ai trouvé un marin mourant. Il a eu le temps de me parler un petit peu. Ils ont été attaqués par des pirates. Ils n’ont fait aucun otage et ont uniquement attaqués le navire dans le but de le détruire et le piller il me semble. Ils ont volé une arme qui semblaient importante pour les Earions."

Je cherchais mes mots avant de continuer.

"Avant que je parte, il m’a supplié de retrouver cette épée."

Le capitaine prit quelques secondes avant de répondre.

"Nous n’avons rien de prévu à notre retour. Si cet Earion tenait absolument à cette arme, c’est qu’on devrait pouvoir en tirer quelques yus. Que peut-il nous arriver de toute façon ? Au pire on ne trouve rien, et au mieux on se bat contre des pirates afin de leurs voler cette arme. Le travail commence à manquer à Bouhen et payer tout l’équipage va être compliqué si on ne trouve pas de quoi gagner des yus."

J’approuvais les paroles de capitaine avant de rejoindre discrètement ma chambre. Je n’avais pas parlé du livre que je venais de trouver, préférant le consulter avant.

Je m’allongeais sur mon lit observant la couverture du manuscrit. Elle était faite entièrement d’écailles bleutées et seul le titre se détachait de la couverture. Fait de lettres d’or, le titre ressemblait à des glyphes dont je ne comprenais pas la signification. Pressé d’en savoir plus, j’ouvris le livre afin d’en connaître le contenu.
Après une breffe lecture en diagonale, j’apprenais qu’il s’agissait d’un ouvrage racontant l’histoire d’une épée, et plus particulièrement d’un cimeterre.

"(Il s’agit surement de l’arme qui a été volée dont parlait l’elfe bleu tout à l’heure.)Pensais-je.

L’arme, surnommée plusieurs fois dans le livre : Cimeterre d’eau, avait été forgée au cœur du désert bleu par les fidèles de Moura afin de prouver sa supériorité face à la rigidité de Yuimen et de l’élément terre. De nombreuses images illustraient les différents processus liés à la fabrication du cimeterre, montrant parfois la présence de mages. Cette présence s’expliqua plus tard dans le livre. Le cimeterre avait été enchanté et dotée d’une volonté propre, devenant capable de changer de consistance au moment opportun. Sans comprendre réellement ce que la phrase tentait d’expliquer, je continuais de lire. C’est quelques pages plus tard que je compris la signification exacte de ces mots. Une attaque de cette arme était imparable. Lorsqu’une personne attaquait avec le cimeterre d’eau, l’adversaire devait absolument éviter l’attaque. En effet, l’épée devenait liquide pour passer à travers une garde et solide lorsqu’il fallait parer un coup. Cela faisait de cette arme une arme extraordinairement puissante.

"(Je comprends pourquoi l’elfe bleu tenait tant à ce que cette arme ne finisse pas entre de mauvaises mains.)"

Je m’imaginais posséder cette arme, affrontant n’importe qui. Surprenant mes adversaires lorsque je traversai leur garde et remportant tous mes duels. Je posais le livre sur mon bureau afin de rejoindre le capitaine, reportant cette histoire à plus tard. L’équipage avait surement besoin de moi.

~

La ville portuaire de Bouhen nous apparut au loin avant le coucher du soleil. Moins d’une heure nous suffit à amarrer le long des quais. L’équipage attendait l’accord du capitaine avant de pouvoir rejoindre la terre ferme mais celui-ci désirait nous parler avant.

"Hertann m’a rapporté l’existence d’une arme qui semblait très chère aux Earions croisés sur le chemin du retour. Aucune cargaison ne nous a été proposée ici. Nous n’avons donc aucun travail pour le moment, donc aucun gain de yus. Si cette arme était importante, nous devrions en obtenir un bon prix. Nous partirons ainsi dès que possible à sa recherche."

Le capitaine détailla ainsi le pirate que nous recherchions, à l’aide des détails que je lui avais donné. L’équipage semblait enthousiaste à l’idée d’entreprendre cette recherche qui sortait de l’ordinaire. La chasse au pirate était donc lancée.
Je retournais à l’auberge de la vieille Paulette comme tous les soirs, pressé de commencer à y mener mon enquête.

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MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 18:23 
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"C’est une mission suicide ! Tu ne penses tout de même pas qu’on peut rentrer chez quelqu’un comme ça et en ressortir comme si de rien n’était."

Tunak était sous le choc du marché que je venais tout juste d’accepter. Le capitaine quant à lui semblait réfléchir. Je venais de tout leur expliquer ce qu’il s’était passé, de mon repas hier soir, jusqu’à ma rencontre avec le fameux marin. Après quelques instants, le capitaine se décidait enfin à prendre la parole afin de donner son point de vue.

"Je pense que c’est faisable. La maison de l’officier en charge de la piraterie n’est pas une porte ouverte, mais elle est aussi loin d’être un bunker impénétrable. Un bon plan devrait pouvoir nous mener à notre objectif. Je vais attribuer les rôles de tout le monde. De la planification jusqu’au cambriolage, tu seras le chef de cette mission Hertann, c’est toi qui a voulu pourchasser ce pirate. Suivez-moi je vais réunir l’équipage afin de leur annoncer le projet."

Après avoir rassemblé tout le monde et leur avoir raconté en détails la mission que nous avions à accomplir, le capitaine annonça à tous comment se déroulerais la journée.

"On ne va pas perdre de temps avec ce cambriolage. Il va falloir être efficace et rapide. Nous allons prendre une journée pour planifier l’opération. Le cambriolage aura lieu demain. Chacun d’entre vous aura un rôle plus ou moins important. Pour commencer, trois d’entre vous s’occuperont du cambriolage : Sisi et Daerius, dirigés par Hertann. Pour ce qui est de la préparation, dispersez-vous sur toute la zone autour de la maison de l’officier. Je compte sur vous pour récolter le plus d’indices possibles. On se retrouve tous ici ce soir avec les informations que vous aurez réussis à récupérer."

Sur ces mots le capitaine s’en alla dans sa cabine et l’équipage rejoignit immédiatement la terre ferme afin d’y effectuer la mission. Seuls Daerius, Syraèl et moi-même étions encore sur le pont. J’étais le leader et j’allais devoir diriger cette équipe.

"Très bien. Le capitaine à dit qu’il fallait agir vite. Nous avons jusqu’à ce soir pour recueillir le maximum d’informations. Nous devons effectuer des plans du bâtiment, et analyser les rondes des gardes qui protègent la bâtisse. Nous devons aussi connaître les habitudes des propriétaires afin d’effectuer le cambriolage lorsqu’ils ne seront pas là. Sisi, tu es petite et tu vole. Tu devrais pouvoir dessiner les plans du bâtiment à partir de ce que tu vois par les fenêtres. Tu t’en occupe.
Daerius essaye de te trouver une planque devant la porte. Analyse tous les allers et retours de propriétaires. A vous deux vous devriez pouvoir vous faire une idée de ce que font les gardes. Je vais m’occuper d’acheter le nécessaire pour le cambriolage. On se retrouve ce soir ici même avec le reste de l’équipage."


Mes deux coéquipiers répondirent par l’affirmative avant de foncer dans les ruelles de la ville. Le temps était compté et chaque minute qui passait représentait une chance de recueillir plus d’informations.

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Dernière édition par Hertann le Lun 23 Oct 2017 20:23, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La Mouette (PNJ- Vitesse X1)
MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 18:28 
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Tout l’équipage était réuni autour de la grande table du dortoir. Le temps nous était compté et Tunak entama directement la conversation.

"J’ai guetté toute la journée les rondes des gardes autour du bâtiment. Toutes les dix minutes, deux gardes passent. On ne peut pas espérer les attaquer, même par surprise. Ils sont mieux armés que nous et ils déclencheraient immédiatement l’alarme. Vous allez devoir pénétrer le bâtiment en moins de dix minutes."

C’était une mauvais nouvelle mais j’espérais qu’il avait trouvé un moyen de gagner du temps. Dix minutes ne suffiraient pas à entrer.

"Y a-t-il un moyen de gagner du temps ?"

Le Pti Yaco prit la parole à son tour, enthousiaste de participer lui aussi.

"J’ai passé la journée à observer le bâtiment. Passer par devant est impossible. Il y a trop de gardes. Mais si vous passez par derrière, il y a un buisson collé à la façade. Vous pourriez traversez la rue entre deux rondes, et vous cacher dans le buisson pour récupérer dix minutes supplémentaires."

Tyrah enchaîna sur les paroles de Yacohtez.

"Les fenêtres de la façade arrière sont le point faible de la bâtisse. Elles semblent être fragiles et vous pouvez les briser facilement je pense. Dans le meilleur des cas, vous devriez pouvoir les ouvrir avec un pied de biche, ce qui permettrait de rester discret."

Le plan commençait à prendre forme. Nous savions maintenant comment rentrer dans le bâtiment. Il fallait maintenant savoir quoi faire une fois à l’intérieur. Syraèl devait s’être chargée de cette partie du plan.

"J’ai fait ce que j’ai pu pour dessiner un plan de l’intérieur à partir de ce que je pouvais voir par les fenêtres. J’ai manqué plusieurs fois de me faire repérer. Je pense avoir trouvé le bureau de l’officier mais il se situe du côté de la façade avant. Si nous entrons par derrière, nous allons devoir nous déplacer à l’intérieur du bâtiment, là où je n’ai pas les plans."

"De toute façon nous n’avons pas le choix, c’est le seul moyen. Tunak se placera au coin de la rue et sifflera lorsque la voie sera libre. Daerius, Syraèl et moi-même traverseront la route afin de nous cacher dans le buisson. Nous agirons ensuite avec une corde afin de passer par la fenêtre. Il ne restera plus qu’à rejoindre le bureau et à effacer le nom."

La réunion se poursuivit tard dans la nuit, l’alcool coulant à flot. Archibald était heureux de participer à nouveau à la vie du navire, se déplaçant tant bien que mal avec sa nouvelle jambe, trouvant peu à peu son équilibre. Tout le monde chantait et riait, mais la tension était bien là. Demain serait le jour J. Le jour du cambriolage.

N’ayant pas dormis de la nuit, la journée passait rapidement. Alternant derniers préparatifs et siestes, le cycle solaire avançait rapidement. L’après-midi était bien avancée lorsque l’équipage quittait le navire, se séparant dans la ville. Nous étions prêts.

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 Sujet du message: Re: La Mouette (PNJ- Vitesse X1)
MessagePosté: Lun 19 Mar 2018 04:45 
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Tous les évènements s’étaient passés très rapidement. De peur d’être poursuivis pour évasion, le capitaine avait décidé de prendre la mer immédiatement.
J’étais à ses côtés sur le gaillard d’arrière, encore abasourdis par la journée que je venais vivre. Ce matin encore, ma vie était censée prendre fin, puis tout l’équipage avait mis en place un plan destiné à me sauver. Je leurs devais une fière chandelle. Tout de même intrigué par la façon dont s’était déroulé cette évasion, je me décidai à prendre la parole.

"Comment avez-vous faits pour me sortir de là ? Il y avait des gardes sur toute la place et pourtant, aucun navire ne nous suit."

J’observais l’horizon derrière nous. La ville portuaire de Bouhen rétrécissait.

"On ne pouvait pas t’abandonner comme ça. On t’expliquera le plan plus tard, on a un pirate à traquer et ça ne va pas être une mince affaire. Le lendemain de ton emprisonnement, Archibald est allé trouver le marin à la taverne comme convenu. J’avoue que je m’attendais à plus de résistance. Il lui a fait confiance et nous a donné toutes les informations dont nous avions besoins.
L’homme que nous chassons se nomme Junra O’Nell, surnommé l’équarisseur. Une partie de sa joue est arrachée pour je ne sais quelle raison et on peut voir quelques dents à travers le trou. Il est très intelligent, c’est lui qui a organisé tous les plus grands abordages de la région. Son navire ressemble au notre, de taille moyenne et très rapide. Pour son équipage, ce sont pour la plupart des grosses brutes. Des marins engagés pour effectuer le travail et obéir aux ordres sans rechigner."


Ces informations ne présageaient rien de bon. Toutefois, le capitaine n’avait pas révélé l’information la plus importante.

"Et où peut-on le trouver ?"

"Pas très loin d’ici, nous y serons dans moins de deux heures. Il possède un campement dans une baie isolée à la pointe sud-ouest de Nirtim. Va te reposer un peu, tu as eu une semaine particulièrement difficile. Tu devras être en forme lorsque nous serons arrivés. On te réveillera."

Suivant les conseils du capitaine, je rejoignais ma chambre afin de m’y reposer.



"Aller debout là-dedans."

La voix d’Archibald me tira du profond sommeil dans lequel j’étais plongé.

"Hmm, j’arrive." Grognai-je.


Moins de cinq minutes me suffirent à rejoindre l’équipage sur le pont. Nous avions accosté le long d’une grande falaise à l’abris des regards. De l’autre côté au loin, on pouvait voir un navire, surement celui du pirate.

"Très bien, cinq personnes iront à pied à partir d’ici afin de repérer les lieux. Nous déciderons ensuite du plan que nous utiliserons."

Bien évidemment, je fus désigné pour diriger l’expédition, accompagné de Tyrah et des trois frères triplés Totok, Tatak et Tutuk.
Le chemin jusqu’au campement du pirate nous pris jusqu’au coucher du soleil. Marchant à travers une végétation dense et près de la falaise afin de ne pas nous perdre, nous avancions lentement mais déterminés.
C’est épuisé par cette longue escapade, que nous nous asseyions sur le bord de la falaise, respectant tout de même une distance de sécurité afin de ne pas glisser, observant la vie de camp qui se déroulait en dessous de nous.
Un campement composé de cinq grandes tentes était établi sur la plage. Une quinzaine de marins passaient le temps, à somnoler, jouer aux cartes, ou à se battre. Les informations de notre contact étaient justes. Les marins en contrebas semblaient être pour la plupart des brutes douées du minimum vital d’intelligence.
Nous observâmes le campement à la recherche du pirate. Notre patience fut récompensée au bout d’une bonne heure, tout le monde le reconnut instantanément. Un homme de très grande taille, vêtu d’un long manteau rouge sortit d’une des tentes.
De là où nous étions, j’arrivais à distinguer sa grande cicatrice qui laissait un trou béant dans sa joue. Les marins autour de lui semblèrent se réveiller tous en même temps, faisant régner sur le camp une certaine agitation. Quelque chose se préparait et à la vue des différentes voiles qui étaient récupérées et emmenées vers les barques, ils allaient prendre la mer dans la soirée.

"Il faut rentrer au navire, vite. Ils vont prendre la mer nous devons les prendre par surprise avant qu’ils ne soient trop loin."

Je me levais précipitamment et commençais à retourner vers la Mouette, suivi de près par mes camarades. Les obstacles de l’aller furent traversés rapidement. Ne sachant pas combien de temps nous avions, nous pressions le pas.

~

En moins de deux heures, nous avions regagnés le navire et déployés les voiles. Nous pouvions discerner à l’horizon le navire pirate qui se camouflait dans le brouillard nocturne qui commençait à se déployer sur l’océan. Vu notre vitesse, l’abordage allait avoir lieu très rapidement.Je reportais mon attention sur l’équipage de la Mouette. Les marins se tenaient, penchés par-dessus bord, impatients d’en finir.

Une trentaine de mètres seulement nous séparaient. Les grappins et les cordes étaient prêts à être lancés et tous avaient leurs armes à la main.
L’air fut soudain empli par le bruit du choc entre les deux navires. Les grappins volèrent et retombèrent avec fracas sur le pont, y laissant de profondes empreintes. Nous hurlâmes en nous élançant sur les pirates, qui nous attendaient de pied ferme. Ceux-ci répondirent, avec des cris teintés de rage et de haine. Lorsque nous atteignîmes le pont du navire pirate, les combats s’engagèrent férocement. Ça ferraillait de tous les côtés et le sang commençait à couler. Des cris de douleur remplacèrent ceux de défis. Sans connaître les adversaires auxquels je faisais face, je parais tantôt certains coups potentiellement mortels, ou attaquait les points faibles de certains pirates qui passaient à ma portée.
Après quelques minutes à donner des coups au hasard, je me retrouvais isolé de la cohue générale face à un pirate. Plusieurs échanges de coups, plus ou moins précis me donnèrent un avis de mon adversaire. Il ne savait pas très bien se battre, préférant utiliser la force que la précision. Après un coup que mon adversaire ne réussit pas à esquiver, je lui donnai un coup de pied dans son poignet, faisant voler son arme plusieurs mètres derrière. Le pirate désarmé, je pensai la victoire assurée. Je donnais un puissant coup en direction de son abdomen mais une lame vint parer le coup juste avant que mon arme ne puisse toucher la chaire. Contre toute attente, la lame appartenait à mon capitaine, Gayo Lodir.

"Nous sommes venus pour le pirate, pas pour son équipage. Ce sont pour la plupart des hommes en manque d’argent qui n’ont pas eu le choix que de monter sur ce navire pour survivre. Chaque vie épargnée sera la bienvenue."

Sans prévenir, le capitaine poussa le matelot par-dessus la balustrade, projetant l’homme dans l’océan et couru vers l’autre côté du navire, là où se trouvait le capitaine pirate que nous étions venus chercher, Junra O’Nell. Je m’apprêtais à le suivre lorsqu’un autre matelot ennemi me barra la route, m’obligeant à reporter mon attention sur lui.
Chaque coup que je tentais, se retrouvait paré, tandis que mon adversaire n’attaquait pas. Il me faisait perdre mon temps et je pouvais distinguer au fond, mon capitaine qui combattait le pirate. L’arme que Junra utilisai me fit frissonner. Cette boule de métal sertie de pics, au bout d’une longue chaîne ne pouvait être que la création d’un homme sanguinaire et habité par la haine. Les lourds coups qu’il portait résonnaient jusqu’ici malgré les combats sur le pont.
Tentant ma chance une nouvelle fois, je réalisai un coup d’estoc. Mon adversaire fut déstabilisé et je réussi à lui transpercer son bras d’arme. De la même façon que mon capitaine l’avait fait, je poussai d’un grand coup le pirate par-dessus bord plutôt que de l’achever.
La scène que je vis par la suite fut gravée dans ma tête à tout jamais. Alors que je reportai mon attention sur le combat que menaient les deux capitaines, je pus nettement distinguer Gayo Lodir tenter une percée. Le pirate esquiva sans difficulté cette tentative et projeta la boule de fer de toute ses forces sur son adversaire. Gayo ne put éviter le choc et la puissance du coup arracha complètement son bras gauche. Le capitaine se retrouva au sol et je ne pouvais pas le voir d’ici, mais je pus distinguer le dernier mouvement de Junra. Dans un dernier coup vertical en direction du sol, la Mouette venait de perdre son capitaine.

Oubliant totalement les combats qui se déroulaient tout autour de moi, je me précipitai dans l’escalier qui menait au gaillard d’arrière.
Le corps du capitaine de la Mouette gisait sur le ventre dans une mare de sang. L’arme destructrice du pirate avait entièrement détruit son bras gauche et les restes de son corps s’agitaient des derniers soubresauts de l’agonie. Je pus toutefois distinguer ses yeux, restés les mêmes, d’un bleu azuré bien que teintés de souffrance. Les miens se fermèrent d’eux-mêmes ; je ne pouvais pas y croire.
Devant moi se tenait le cadavre de l’homme qui avait cru en moi. Celui pour qui j’étais prêt à tout donner.
Sans réfléchir, je me précipitai sur le pirate dont la tenue était couverte de sang. Je tapais sans réellement faire attention aux coups que je portais et mon adversaire ne semblait faire aucun effort lors de ses esquives.
Le coup de botte qu’il me donna dans l’estomac, me projetant au sol, me ramena à la réalité ; je me battais n’importe comment et la seule chose que j’allais y gagner était de mourir à mon tour. Si je voulais venger le capitaine, j’allais devoir me concentrer.
Mon adversaire n’effectuait aucun mouvement, se contentant de m’observer.

"Les personnes de ton espèce se font rares, je n’ai pas croisé de Sang-pourpre depuis longtemps. S’exclama le pirate."

Il donna un coup de pied dans le cadavre du capitaine afin de le retourner sur le dos, dévoilant son visage ensanglanté.

"Ton capitaine s’est bien battu, mais il n’était pas à la hauteur. Ce n’était pas très réfléchi d’attaquer un pirate de cette façon. Vous abordez comme ça et attaquez mon équipage. Vous avez eu de la chance de tomber sur des marins de pacotille que je devais mettre à l’épreuve. Mon réel équipage est à terre." Cracha le pirate avec une expression de colère sur le visage.
"Je n’ai pas peur de vous. Je vous tuerais un à un s’il le faut."

D’un geste ample et rapide, il projeta son arme redoutable dans ma direction.

J’esquivais tout juste le coup de boule à pointes en me jetant sur le côté. Je glissai involontairement sur la flaque de sang qui recouvrait le sol et me retrouvais bien plus loin que prévu, adossé à la balustrade.
Sans même réfléchir, je me relevai et sautai par-dessus afin de rejoindre la Mouette qui était toujours solidement reliée au navire pirate. Ce mouvement m’avait fait gagner un certain temps, la balustrade me séparait de mon adversaire, me laissant le temps d’analyser la situation.
Il n’y avait aucun doute, Junra était plus rapide, plus précis et plus fort que moi. J’avais peu de chance de le vaincre en combat singulier, il allait falloir lui tendre un piège.
Le pirate profita de mon temps de réflexion pour sauter par-dessus l’obstacle qui nous séparait et donna un coup vers le bas dévastateur. Une seconde fois, j’esquivai la boule de fer de justesse mais celle-ci fracassa le pont et ouvrit un trou béant dans le plancher, laissant voir les dortoirs qui se situaient en dessous.

"Tu ne vas pas pouvoir esquiver mes coups éternellement, il va falloir te battre si tu comptes en finir un jour, s’énerva le pirate."

Le moment d’attaquer n’était pas encore venu. Porter un coup maintenant était suicidaire. Désirant gagner encore du temps, je m’engouffrai rapidement à travers la faille dans le sol et me retrouvai dans les dortoirs. Un rire sonore se fit entendre.

"Ha ha ha ! Moi qui te pensais courageux, je suis plutôt déçu."

Il frappa le sol une seconde fois afin d’agrandir le trou et sauta habilement sur le pont inférieur, en face de moi.

"Il est temps de passer aux choses sérieuses, arrêtons de jouer."

Un mouvement derrière le pirate attira mon attention. Tunak nous avait suivi et s’était caché derrière un tonneau un sabre à la main. Alors que le capitaine s’apprêtait à me frapper à nouveau, le marin s’élança en direction de celui-ci et tenta de le frapper discrètement. Le pirate n’était toutefois pas sourd et se retourna au dernier moment, fauchant mon compagnon avec sa boule dévastatrice qui le projeta contre le mur. Le coup avait été violent et Tunak ne bougeait plus. Sa diversion avait toutefois été payante puisque le pirate s’était retourné afin de faire face à son adversaire. C’était ma seule chance. Le plus rapidement possible, je me jetai en avant, franchissant les deux mètres qui me séparaient de Junra, le sabre en avant. Ma lame eut seulement le temps d’entailler le dos de mon adversaire, que celui-ci réussi à détourner mon arme, me bloquant le bras au passage à l’aide de la chaîne de son arme. Je me retrouvai collé à lui, complètement paralysé.

"Ce n’est pas très honorable comme attaque, jeune sang-pourpre. Chuchota le pirate au creux de mon oreille."

Je pouvais sentir son haleine, son visage se situant à quelques centimètres du mien.

"Je ne rappellerai pas tous les massacres que vous avez commis. Etaient-ils honorable aussi ?"

Derrière le capitaine, je pouvais voir Tunak qui se remettait peu à peu du coup qu’il avait pris, mais celui-ci ne parvenait pas à se relever. Me voyant en mauvaise posture il lança dans ma direction, sur le sol, une dague qui arriva juste derrière les talons du pirate.
Junra lança un regard en direction de l’arme et lâcha un rire sonore.

Je décidai de jouer le tout pour le tout, crachant dans les yeux de mon adversaire. Je ne pouvais récupérer l’arme au sol, mais il me restait une arme que peu de gens envisageaient dans un combat. J’ouvris la bouche et arracha attrapa entre mes dents l’oreille du pirate. Tirant de toutes mes forces, je réussi à la lui arracher. Junra poussa un hurlement de douleur.
L’étreinte autour de mon bras se desserra et je fus de nouveau libéré. Profitant de cet instant de faiblesse de la part de mon adversaire, je ramassai la petite lame sur le sol.
Je ne sais pas pourquoi, mais je ne souhaitai pas le tuer, pas comme ça. Il venait de tuer mon capitaine et ce pirate méritait un sort pire que la mort. Je décidai de planter ma dague dans ses deux bras afin d’être sûr qu’il ne tenterait rien.
Tout s’était déroulé rapidement et la douleur au niveau de son oreille l’avait complètement paralysé. Je m’emparai d’une corde afin de l’attacher solidement. J’allais m’occuper de lui plus tard.

"Daerius s’occupera de ces blessures et nous déciderons de son sort ensuite)."

Tunak se remettait peu à peu du coup qu’il venait de subir et pouvait se débrouiller. Je m’empressai de rejoindre le pont pour voir où en était le combat.

Le pirate avait raison, son équipage ne semblait pas être composé de très bons combattants. Les matelots de la Mouette avaient tué la plupart des pirates et avaient attachés les derniers matelots entre eux. Tout le monde était encore vivant et Daerius s’empressai de soigner les blessures qui parcouraient les corps.
Je n’avais plus de force et c’est exténué que je rentrai dans la cabine du capitaine pirate. J’avais besoin de me retrouver seul un moment.
Tel un gros sac de farine, lâché sur le sol par un paysan en fin de journée, je m’asseyais dans un beau fauteuil fait d’une matière qui m’était inconnue, mais dont le confort était indiscutable.
Sur le bureau en face de moi était disposé un parchemin semblable aux dessins dans le livre trouvé sur le navire des Earions.

(L’épée doit être dans cette pièce, Junra ne devait pas s’éloigner d’une si belle arme).

Promenant mon regard dans la pièce, j’apercevais rapidement ce que je recherchai : Dans la bibliothèque, une grande boite de fer était mise en évidence. Je m’aperçus en m’approchant qu’elle était recouverte des mêmes écailles que celles qui recouvraient le livre. Si tout ce que j’avais lu était vrai, l’arme que contenait le coffret était redoutable.

"Il n’y a qu’une seule façon de le savoir." murmurai-je à voix haute.

Plaçant mes mains de chaque côté, je soulevais délicatement le couvercle.

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