L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 11 Jan 2016 02:09 
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Des nuages s'étaient accumulées au-dessus de Dahràm pendant toute la matinée, des nuages grisâtres cachant le Soleil et répandant sur la ville la morosité. Puis une fine bruine s'était mise à tomber aux alentours de midi. La cape fournie par le Gros Néral était cependant d'assez bonne facture pour rester imperméable et il paraissait tout à fait normal de garder sa capuche rabaissée par ce temps, aussi la petite fille passait-elle inaperçue. Soudain elle entendit un souffle murmurant quelque chose derrière elle.

Ils arrivent. Si jamais tu as besoin d'aide, monte sur le pont.

Elle se retourna et vit quatre repartir immédiatement après dans les ruelles. Elle regarda en direction de la mer et plissa les yeux pour apercevoir quelque chose. Une forme commençait à se détacher de la grisaille qui avait pris place au cours de la journée. Un vaisseau avançait dans le port. Pas si grand que ça, il avançait lentement, ses deux voiles doucement gonflées par une fraîche brise. Il était fin, bien que possédant à l'arrière un petit château surélevé de deux étages par rapport au pont principal. À l'avant, la proue était décorée de la partie supérieur du corps d'un lion, la gueule ouverte et les griffes sorties, les bras immobiles s'apprêtant à abattre un coup fatal sur quiconque se dresserait sur son chemin.

Le vaisseau s'arrêta non loin du quai et des amarres furent jetés au sol. Un marin s'empressa de venir l'accrocher, avant de repartir aussi sec. Une planche fut placée entre le pont et le quai et quelques formes descendirent. C'est alors que Liniel, cachée au milieu des autres filles de joie, sortit de la maison close. Ainsi massées, elles s'avancèrent vers le navire. Discrètement, Yurlungur s'avança elle aussi non loin, en veillant à rester plus ou moins cachée derrière le groupe.

Un marin qui venait d'attacher l'une des amarres les vit passer et les suivit, alléché par la jambe dénudée que l'une d'elle laissa entrevoir quelques instants sous sa cape en rigolant. La petite fille s'approcha de l'amarre, fixée à un poteau petit mais large et se cacha partiellement derrière, observant la scène qui s'offrait à elle.

L'une des prostituées parut accueillir chaleureusement celui qui semblait être le capitaine, annonçant qu'elles étaient envoyées en remerciement pour un grand service rendu. Les pirates rigolèrent, le ton grave de leurs voix contrastant avec la voix qui s'élevait pour annoncer le programme des festivités. Les filles commencèrent à s'avancer, écartant leurs capes. Yurlungur détourna le regard et se concentra sur l'amarre.

Elle la saisit à deux mains et se rendit compte qu'elle tremblait. (Courage ma vieille ! Tu peux le faire !) Elle reprit petit à petit le contrôle d'elle-même en respirant calmement puis s'agrippa par les pieds et les mains, suspendue la tête en bas à la corde et avança lentement. Elle n'osa pas regarder en-dessous, sachant pertinemment que l'eau glacée de la mer l'attendait. Et qu'elle ne savait pas nager, mais c'était un détail.

Elle jeta tout au long de son parcours rendu fastidieux par la peur des regards vers le vaisseau, qui s'il n'était pas loin, lui semblait inatteignable. Pour la seconde fois en deux jours, elle se demanda ce qu'elle pouvait bien faire ici. Mais continua. La visibilité réduite et la cape grise lui permettait de passer discrètement malgré sa lenteur. Plus loin sur le quai et sur le pont, elle percevait quelques cris de plaisir qui faisaient se hérisser les poils de sa nuque, un frisson parcourant tout son dos.

Elle parvint finalement au bateau et monta sur le pont auquel était rattaché l'amarre. Elle se laissa souplement tomber dessus, un léger craquement retentissant, camouflé par tous ceux provenant de l'arrière du pont. Les filles de joie, pour ne pas trop attirer l'attention des autres marins, avaient sûrement entraîné les pirates sur le pont. Elle ne pourrait pas passer par là. Elle s'accroupit et chercha à tâtons sur le bois humide une trappe. Elle finit par la trouver un peu plus à l'avant, vers le milieu du bateau. Elle sursauta lorsque soudainement, une voix se fit entendre très proche.

Mais... Qu'est-ce que...

L'un des pirates, allongé sur le corps à présent nu d'une des filles, venait de la remarquer. Il voulut se lever mais la fille se retourna sur lui, le plaquant au sol et un craquement sinistre retentit lorsqu'elle fit tourner le cou de l'homme d'un demi tour. La fille se dégagea et plaça son index levé sur sa bouche. La fillette acquiesça sans un bruit. Ensemble, elles prirent le corps et l'amenèrent jusqu'à l'extrêmité avant du bateau. Là, elles le jetèrent à l'eau puis dressèrent l'oreille. Après le bruit de la chute dans l'eau du corps, rien ne changea à la lente mélopée des prostituées. La fille de joie acquiesça à son tour et revint vers les pirates, laissant une Yurlungur tremblante et seule.

Celle-ci se dirigea vers la trappe et s'infiltra à l'intérieur du bateau, puis referma derrière elle. À l'intérieur, quelques rais de lumière venaient éclairer le décor sombre, mais elle parvenait à distinguer les diverses formes suffisamment bien. Elle se trouvait à présent dans la cale où les pirates avaient leur couche, qui se résumait parfois à un simple hamac. Elle fureta ici et là, mais se doutait bien qu'elle n'y trouverait pas le trésor recherché dans le lit d'un pirate. À moins que ce ne soit celui du capitaine. Sur le côté, quelques canons étaient attachés aux murs recourbés, en face d'ouvertures sommairement fermées par des volets. Elle s'avança un peu plus et elle entendit à nouveau le chant des filles de joie au-dessus d'elle, ainsi que les craquements dû à leurs mouvements. De temps à autres, un rai de lumière apparaissait ou disparaissait, alors qu'un corps s'apposait ou s'enlevait de la fente.

La fillette essaya tant bien que mal, tendue, de ne pas y prêter attention. Elle avait devant elle une porte fermée. Elle plaça sa main doucement sur la poignée et l'abaissa lentement, sans qu'aucune résistance lui soit opposée. Puis elle tira et la porte s'ouvrit, un grincement faible se faisant entendre. À peine avait-elle entrouvert la porte qu'elle se glissa de l'autre côté et referma avec la même lenteur.

Dans la pièce où elle se trouvait, elle parvenait à percevoir une grille à se droite et un mur à sa gauche, ainsi que quelques râles derrière la grille. Elle s'avança de quelques pas lents. La pièce était petite et il lui semblait que deux ou trois personnes étaient enfermées derrière la grille. Elles étaient allongées et ne bougeaient plus. Le sommeil ou la mort ? Elle ne repéra pas le coffre non plus derrière la grille et avança.

Passant la nouvelle porte de la même manière que la précédente, elle se retrouva dans la cale où les vivres étaient stockées. Des tonneaux étaient accrochés par des cordes épaisses, menaçant de tomber et d'écraser quiconque passerait entre au moindre instant. Rien ne bougeait. Elle chercha un peu partout, mais se résolut à ne pas y passer trop de temps. Si jamais elle ne trouvait rien par la suite, elle reviendrait chercher ici, mais ce serait une perte de temps de commencer tout de suite par là.

Elle passa la porte suivante et déboucha sur un couloir. Celui-ci avançait de quelques mètres avec une porte de chaque côté, puis se divisait en un escalier qui montait tout droit et deux bifurcations perpendiculaires, une de chaque côté. Elle s'avança pour constater qu'il y avait dans chacune de ces deux bifurcations une porte fermée également. Soit en tout quatre portes et elle aurait ensuite à monter en haut des escaliers.

Elle revint en arrière et écouta à la première à gauche. Rien. Elle entra silencieusement et put constater qu'elle se trouvait dans la cuisine du navire. Quelques aliments à l'apparence peu ragoûtante se trouvaient sur un plan de travail à côté d'une sorte de lit. Il n'y avait sûrement rien qui l'intéressait ici, aussi passa-t-elle à la porte juste en face. Celle-ci lui résista, se révélant fermée. Elle se saisit du bout de métal qui lui servait à crocheter les serrures et se débarrassa bien vite de celle-ci. La pièce était remplie de toiles de toutes tailles, enroulées soigneusement. Elles servaient sans doute en cas de remplacement. Elle se demanda pourquoi la porte était fermée avant de voir un rat courir entre ses pieds et se réfugier dans la toile.

Elle haussa les épaules puis quitta la pièce et referma la porte. Ensuite elle reprit son souffle, l'anxiété l'envahissant petit à petit. Plus que deux portes. Elle s'approcha de celle du couloir de gauche. La porte était en mauvais état et diverses fentes la traversaient. De la lumière provenait de l'intérieur. Elle jeta un regard rapide et put s'apercevoir que deux pirates s'y tenaient, bien droits et armés. Derrière eux, sur une table se trouvait le coffre tant recherché, entre deux bougies allumées. Le cadre était presque religieux, ce qui étonna la petite fille. Elle ignorait la nature de ce trésor mais le fait qu'il rassemble autour de lui aussi bien le pouvoir royal de Kendra Kâr, un lieutenant d'Oaxaca que le Gros Néral montrait qu'il s'agissait de quelque chose de haute valeur.

Elle réfléchit. Comment passer ces gars ? Une idée traversa son esprit mais elle la chassa bien vite. (Pourquoi pas ?) (Jamais.) Elle réfléchit encore, sans rien trouver. Les minutes passaient et son sursis s'écoulait lentement. (Je ne vois pas pourquoi tu ne veux pas.) (Tu me vois me prostituer ?) (J'ai même hâte de voir ça.) Elle sentit que l'Autre lui souriait, provocative, sans même la voir. Et le pire, c'est qu'elle n'avait pas le choix. (Fais-le toi-même alors.)

Elle abandonna le contrôle de son corps et un sourire amusé se forma sur son visage. Elle enleva sa cape et laissa ses cheveux courir sur ses épaules. En-dessous, elle portait toujours son armure, aussi ne toucha-t-elle pas à la partie supérieure de sa tenue, mais déchira en partie la jupe qu'elle portait pour la raccourcir. Elle fit de même avec les collants noirs et la peau de ses jambes frissonna au contact de l'air frais. Elle respira amplement toujours souriante. Le plan était simple : attirer l'un des deux dans ses bras et l'autre en haut. Une fois l'autre parti, elle n'aurait plus qu'à dégainer sa dague et tuer le deuxième rapidement. Ensuite, il faudrait s'emparer du trésor et s'enfuir... (Par où ?) (Tu as une meilleure idée peut-être ?)

Elle n'avait pas envie de laisser cette voix dans son esprit lui dicter quoi que ce soit à faire. Pour une fois qu'elle prenait le contrôle, autant qu'elle en profite ! Son sourire s'élargit et elle abaissa la poignée de la porte, elle cachée derrière le mur. La porte s'entrouvrit et aussitôt, des coups de feu partirent et la traversèrent pour se figer dans le bois en face. Puis les coups de feu s'arrêtèrent et elle glissa une jambe dénudée et timide dans l'ouverture.

Elle fit onduler sa jambe et entendit des bruits de pas qui venaient vers elle. Doucement, elle apparut entièrement devant les deux pirates. L'un avait un sourire amusé aux lèvres, tandis que l'autre restait sérieux et regardait avec une forme de suspicion la petite fille.

Eh bien, les gars, qu'est-ce que vous faites encore là ! Le capitaine a invité les nôtres pour vous tenir compagnie... Si vous voyez de quoi je veux parler. Tout le monde s'amuse sur le pont !

Elle ajouta un clin d’œil aguichant, un grand sourire toujours aux lèvres.

Ah les salauds ! C'est ça qu'on entendait ! Moi j'y vais !

Attends !


Sans écouter la remarque de son compagnon, celui qui s'était mis à baver en plus de sourire bêtement fonça au-dehors et monta quatre par quatre les escaliers. L'autre garda une mine renfrognée et répondit :

Désolé, je dois rester ici. Remonte, gamine.

Alors qu'il lui tournait le dos, elle lui sauta dessus, la dague à la main, le faisant basculer en avant. Ainsi accrochée à son dos, elle lui trancha la nuque alors qu'il commençait à crier. Ce cri s'étouffa dans un gargouillis alors qu'il tomba au sol. La petite fille s'éloigna du corps rapidement alors qu'une mare de sang s'écoulait déjà sur le sol. Elle s'approcha du coffre et essaya de l'ouvrir. Fermé. Elle essaya de l'ouvrir avec le bout de métal dans son pendentif mais reçut une décharge et sursauta. Il y avait des protections magiques.

Pour l'ouvrir, il lui faudrait la clé. Clé qui se trouvait sans doute accrochée à la ceinture du capitaine, ou dans sa cabine. Saisissant le coffret par la poignée supérieure d'une main, elle sortit en veillant à remettre sa cape et monta les escaliers, priant pour que la clé se trouve bel et bien dans la cabine.

Suite : ici

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Dernière édition par Yurlungur le Lun 11 Jan 2016 02:14, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 11 Jan 2016 02:13 
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Elle monta les escaliers doucement et se vit bloquée par une trappe. Celle-ci n'était pas fermée et la fillette la souleva aussi lentement que possible puis, celle-ci à peine ouverte, lança un regard dans la pièce juste au-dessus. Il s'agissait d'un couloir, vide. Elle monta complètement, refermant derrière elle. Elle tenait toujours sa dague de la main droite et le coffret de la main gauche. Le couloir ne possédait que deux portes. L'une repartait vers le pont et Yurlungur se douta de ce qu'elle trouverait si elle la passait. Elle se dirigea donc vers l'autre, qui n'était pas fermée non plus.

Elle déboucha dans une grande pièce, possédant un bureau au centre et une belle vitre juste derrière. Au-delà, on distinguait une balustrade au-dessus de l'eau de la mer. À gauche, un lit à baldaquins siégeait et occupait l'espace. À droite, une table en bois richement ouvragée, entourée par quatre chaises et recouverte de couverts en argent était éclairée par une bougie encore allumée. La fillette reporta son attention sur le bureau.

Celui-ci était en bois d'ébène, entièrement noir. Dessus, des parchemins recouverts de cartes et d'instruments de mesure que Yurlungur ne connaissait pas tranchait par leur couleur pâle. Le bureau possédait des formes harmonieuses et semblait d'excellente facture. Elle s'en approcha. S'il y avait un endroit sur ce bateau qui pouvait être la cabine du capitaine, c'était bien ici. Sur les murs, des deux côtés, des tableaux étaient exposés, représentant des bateaux triomphants au milieu d'une tempête, ou des créatures fantasmagoriques qui faisaient la terreur des plus braves marins.

C'est à quelques pas du bureau que la fillette remarqua un perchoir taillé dans le même bois que le bureau à même celui-ci. Elle en fut étonnée et resta immobile quelques instants. Puis elle entendit un battement d'ailes et sentit un coup puissant et précis au haut de son dos et tomba à terre en laissant échapper un cri de douleur. En se relevant, elle vit devant elle un perroquet au plumage rouge sang rejoindre le perchoir. Le bout de son bec affilé se distinguait du reste de celui-ci par les quelques gouttes de sang qui s'y trouvaient.

Coooooco n'est pas coooontent !

Tais-toi !

Elle serra rageusement les poings et remarqua un détail peu conventionnel. Les serres et le bec de l'oiseau étaient faits de métal. Elle écarquilla les yeux. Était-ce l'une des créatures de Xenaïr ? Le perroquet ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir davantage. Il écarta les ailes, laissant en apparaître certaines brillant du même éclat de fer que les griffes tout en montrant une souplesse moindre. Un perroquet de combat ! Quoi de mieux pour un pirate. Tandis qu'il se mit à lui foncer dessus en volant, le bec en avant, elle cria :

Viens donc, monstre d'Oaxaca !

Puis, elle abattit sa masse improvisée sur le volatile. Celui-ci fut projeté au sol par la force de l'impact avec le lourd coffret et un cliquetis strident se fit entendre. Sans lui laisser le temps de récupérer, la fillette abattit une seconde fois le coffret sur le perroquet, qui se résolut à prendre la fuite dans un coin en voletant misérablement.

Coooco...

Aussitôt débarrassée de lui, la fillette s'approcha du bureau et fouilla précipitamment les tiroirs. Ils étaient remplis de parchemins et d'objets divers, mais aucune clé. Elle jetait par terre tous ces bouts de papiers ridicules au fur et à mesure de sa fouille et le sol se retrouva bien vite couvert de ceux-ci. Elle pesta, ne trouvant rien, lorsqu'elle perçut un cliquetis étrange provenant du coin où était parti se terrer le perroquet. Elle s'approcha et esquiva de justesse l'oiseau qui lui fonçait dessus, parfaitement remis. Elle observa avec stupéfactions toutes les plumes remises à leur emplacement initial en un temps record. Il semblait n'avoir aucune séquelle de leur court affrontement précédent.

Il se mit à foncer sur elle sans lui laisser un instant de répit. Elle parvenait à esquiver ses attaques et il déviait systématiquement de peu son attaque dès lors qu'elle faisait mine de vouloir le frapper lorsqu'il serait assez proche, si bien qu'au bout de quelques minutes, le combat s'éternisait et la fillette avait déjà deux plaies légères sur sa peau, la cape fournie par le Gros Néral étant déchirée à ces endroits.

(Tu te souviens de ce que Liniel nous a appris cette nuit ?) Elle sourit. (Tu es géniale quand tu veux.) Elle se prépara à esquiver, avec des petits pas sur le côté et le volatile lui fonça dessus. Au dernier moment, elle stoppa brusquement son déplacement et trancha l'air et la peau du perroquet en arc de cercle horizontal devant elle. Celui-ci s'écarta, blessé, et un anneau de fer qui était jusque là caché dans son plumage métallique tomba au sol non loin. Anneau de fer sur lequel étaient accrochées de nombreuses clés.

Bingo.

Cooooco !

Le perroquet fondit dessus et le saisit dans ses serres.

Donne-le moi !

Cette fois, c'était à lui d'esquiver ses attaques, essayant de se placer hors de portée de la lame de la petite fille. Il s'envola vers la porte et s'abattit sur la poignée. La porte s'ouvrit, mais la fillette était déjà là. Elle abattit le coffret sur le volatile à de multiples reprises jusqu'à ce qu'il ne bouge plus. Une fois qu'il parut mort, elle s'écarta et essaya les différentes clés dans la serrure du coffret. Jusqu'à ce que celui-ci s'ouvre. Elle regarda à l'intérieur.

Il s'agissait d'une simple capuche, à l'air miteuse. Elle regarda dessous, au cas où il y ait autre chose, essaya d'enlever le coussinet qui tapissait le fond du coffret mais dut bien se rendre à l'évidence : il n'y avait que ça. Gardant la capuche dans sa main, elle blêmit. Elle s'était fait rouler, et ce de manière magistrale. Lorsqu'elle rabattit le couvercle du coffre, celui-ci se referma automatiquement. Elle le laissa là, gardant la capuche à la place. Si elle semblait miteuse, elle pourrait au moins lui servir, à elle. Elle la mit par-dessous la cape qu'elle portait déjà, afin de ne pas s'encombrer.

Il fallait qu'elle retourne dans la salle où elle avait tué le garde. Le vrai trésor s'y trouvait sûrement. Elle se releva et s'approcha de la porte. Mais le perroquet n'était plus là et la porte était entrouverte. Elle blêmit encore plus.

Stupide volatile...

C'est à l'un des miiiens que tu parrrrles ainsi ?

Elle se retourna brusquement et aperçut derrière le bureau un oiseau gigantesque. Faisant à peu près la taille d'un Hobbit, il se tenait sur ses pattes postérieures, courbé en avant. Au bout de ses ailes, on voyait des simulacres de mains griffues, tandis que ses pattes arrières étaient longues, ressemblant à un pied. Il était couvert de plumes ocres tirant parfois sur l'orange et fixait la fillette cachée sous sa capuche de ses yeux rouges et méchants. Mais mis à part ses yeux, son visage était clairement celui d'un oiseau, un large bec recourbé et pointu trônant au milieu de celui-ci. Derrière lui, la porte vitrée menant à la balustrade était ouverte et de l'air frais se diffusait dans la pièce. Yurlungur eut un mouvement de frayeur et recula, avant d'entendre derrière elle des cris affolés. Fichu perroquet.

Le monstre devant elle se redressa et s'approcha avant de déployer ses ailes. Aussitôt la fillette saisit le coffret et demanda :

C'est ça que tu cherches, cervelle de moineau ?

Si jamais l'oiseau monstrueux n'était pas un membre de l'équipage mais bien un simple serviteur de Xenair, il ignorerait que le coffre ne contenait pas le trésor cherché. En effet il fixa l'objet et fit quelques pas dans la direction de la petit fille en grognant. Soudain, il sauta. Elle fit mine de s'avancer vers lui, mais s'écarta au dernier moment un peu sur le côté de la trajectoire du monstre, lui donnant un coup au passage. Celui-ci ne parvint pas à la griffer comme il l'espérait et le coup de Yurlungur le déstabilisa. Elle en profita et le lacéra aux côtes avec sa dague, avant de lui asséner un coup de coffre, qui n'avait rien perdu de son poids.

Mais alors qu'elle faisait ça, le monstre s'accrocha au coffret, bien que blessé. Il tomba à terre, l'entraînant avec lui dans sa chute. Elle se réceptionna durement sur le sol en bois et gémit avant de se relever aussitôt. Elle tira mais il résista et tira à son tour. Sa force semblait plus grande que celle de la petite fille et il parvenait au fur et à mesure à plier son bras. L'autre se leva tandis qu'un croassement s'échappa de son bec. Ses yeux étaient désormais injectés de sang et il paraissait furieux.

Alors qu'il abattit son bras, elle cessa subitement de tirer sur le coffre et se laissa emporter. Cela lui permit d'éviter un coup puissant et elle chuta à nouveau. L'oiseau avait été déséquilibré par cette manœuvre mais se tourna rapidement vers elle. Elle tira d'un coup sec sur le coffre. L'oiseau ne lâcha pas et elle put se remettre sur ses deux jambes, parant le nouveau coup qui venait de sa dague. Soudain, le monstre claqua son bec à quelques centimètres à peine du visage de Yurlungur, le cou tendu et les plumes hérissées.

Tu ne veux donc pas lâcher ?

Elle s'apprêtait à dire exactement la même chose mais fut doublée par le nouvel arrivant. Un homme à la barbe fournie et aux cheveux noirs rassemblés en quelques tresses se tenait dans l’entrebâillement de la porte, le perroquet sur son épaule. Il portait des bottes et un manteau noirs, avec au niveau des hanches un bandeau rouge qui gardait le manteau et un sabre imposant serré contre lui. Au-delà de l'expression de son visage, il semblait littéralement fumer de rage. Les deux combattants s'étaient arrêtés pour le regarder. C'est alors que l'un des pirates rassemblés derrière lui lui souffla quelques mots à l'oreille et il se mit à tapoter ses cheveux avec quelques : « Oh ! Oh ! » La fumée s'arrêta et il reprit son sérieux.

Je la veux vivante !

Sans attendre davantage, le fillette joua le tout pour le tout et s'approcha du volatile et, avant que celui-ci ne puisse réagir, lui donna un coup de genou dans l'entrejambe. Elle avait visé juste et il se plia en deux, ses yeux se chargeant de larmes de douleurs. Elle parvint sans trop de mal à le faire lâcher et courut vers la balustrade, les pirates à ses trousses. Elle les entendit pousser des cris alors qu'ils tombaient apparemment au sol et se retourna juste à temps pour placer entre elle et le monstre en colère qui s'avançait le coffret qu'elle avait gardé en main. Les serres effilées de l'oiseau en vol s'abattirent sur leur cible et tentèrent de la déchiqueter. Mais sur le métal forgé, cela ne fut d'aucune utilité. Finalement, il s'envola, le coffre encore dans les serres. La petite fille sentit le sol se dérober sous ses pieds et battit vainement des jambes dans l'air.

Avec une certaine difficulté, ils s'envolèrent tous deux au-dessus de l'eau, les sabres des pirates frôlant la fillette avant qu'elle ne se retrouve entièrement hors de leur portée.

Mais lââââche dooonc !

Yurlungur aurait bien voulu laisser ce coffre qui ne contenait plus rien, mais elle se trouvait déjà à plusieurs mètres de hauteur et ne savait pas nager. Le monstre ne pouvait pas l'atteindre et avait à se concentrer sur le vol pour ne pas chuter lui aussi. Ils repassèrent au-dessus du navire, les pirates apparaissant sur le pont les suivant. Elle parvint à distinguer en bas les filles de joie, désemparées, sauf une d'entre elles, à la chevelure rousse distinctive, qui s'avançait vers le mât.

Soudain, la petite fille ressentit un picotement désagréable sur sa jambe. Elle baissa les yeux et aperçut le perroquet qui voletait au-dessous d'eux. Elle essaya de lui donner un coup de pied, sans grand succès, mais cela l'effraya et il lui laissa quelques instants de répit alors qu'il s'enfuyait avec le cri qui lui était propre : « Coco ! Coco ! »

L'oiseau fit quelques tours autour du bateau. Les bras de Yurlungur la faisaient souffrir, mais elle n'avait pas le choix. L'impossibilité de lâcher lui permettait d'ignorer la douleur qui se diffusait dans ses bras fins. Le monstre finit par se poser sur la vergue de la plus grande voile, à quelques mètres du poste de la vigie. La petite fille se trouvait encore suspendue au-dessus du pont, à une dizaine de mètres au-dessus de l'eau. Elle se sentit être soulevée et se ramassa aussitôt sur elle-même. Dès qu'elle fût suffisamment haute, elle donna un grand coup des deux pieds réunis droit devant elle, en direction du volatile. Le coup n'était pas puissant, mais eut l'avantage de déstabiliser l'oiseau, qui chuta. Elle lâcha le coffre et se jeta sur la vergue pour s'y accrocher du bout des doigts.

Le coffre vola un instant, lâché par les deux adversaires, avant de venir retomber au bout de la vergue. Là, la poignée, par le hasard funeste qui liait le coffre à la fillette, s'accrocha au bord et l'objet tant désiré se retrouva suspendu au-dessus du vide. Ce n'était pas la gamine qui allait chercher à le récupérer, et encore moins maintenant, alors qu'elle restait dans une situation précaire.

Elle se ramena dessus, mais la forme arrondie ne l'aidait pas à tenir debout. Des battement d'ailes se firent entendre en-dessous et elle ne put éviter le coup qui montait et qui lui entailla le bras gauche. Elle eut un cri de douleur et leva les yeux pour voir le serviteur de Xenair, triomphant, se préparer à une nouvelle attaque à distance. Il fallait qu'elle se mette hors de portée...

Une idée lui vint subitement et un plan se forma dans son esprit. Liniel avait justement évoqué cette possibilité la veille. Elle écarquilla les yeux et laissa la bête s'approcher, l'air abasourdie... La feinte marcha et un coup de dague vint trancher une partie du bras de la bête. Elle sourit, victorieuse, tandis que celle-ci s'éloignait à quelques mètres avec de grands battements d'ailes. Elle profita de cet instant de répit pour regarder en-dessous. Des pirates avaient déjà commencé à monter le long du mât mais Liniel avait disparu. Les autres filles de joie s'enfuyaient en courant hors du bateau. Sur le pont, le capitaine vociférait, brandissant son sabre en direction de la fillette. Elle se retourna, accroupie sur la toile repliée sur la vergue, pour observer son adversaire. Celui-ci semblait s'être remis de sa blessure et tournait autour de la fillette comme un charognard qui observe sa proie qui va mourir.

Il n'osait pas aller attraper le coffre directement, sans doute parce que la gamine se trouvait encore trop proche de ce dernier. Soudain, il fonça sur elle. Elle n'allait pas avoir le temps de se relever ou d'esquiver le coup, mais essaya tout de même de se déplacer sur la droite, fermant les yeux. L'air siffla à côté d'elle et elle crut sa dernière heure venue. Sa chute sur le pont serait rapide et fatale à cette hauteur là.

Mais le cri de l'oiseau fut la seule chose qu'elle perçut. Elle ouvrit les yeux et vit qu'il avait reçu une flèche en plein ventre, flèche qui était passée il y a quelques secondes juste à côté d'elle. Quatre. Mue par la volonté du désespoir, elle se leva, gardant son équilibre tant bien que mal, et s'approcha du coffre, tandis que les premiers pirates commençaient à déboucher au poste de la vigie.

Elle essayait de tenir sur la vergue immobile et y parvint d'abord sans trop de soucis. L'arrivée de nouveaux combattants corsa la chose, puisqu'elle faillit tomber à plusieurs reprises alors qu'ils avançaient eux aussi sur le bout de bois recouvert de la voile en toile blanche. Elle brandit son poignard devant elle de la main gauche, l'autre servant à garder son équilibre plus qu'incertain. Quant à mourir, autant mourir en combat. Le visage invisible sous la double protection de la cape du Gros Néral et de la capuche servant de leurre, personne ne saurait qui elle était. Et elle gardait toujours à sa ceinture, la petite fiole de poison à effet rapide qu'on lui avait fournie. Une larme coula sur sa joue et elle cria :

Pour Thimoros !

Puis elle se lança à l'attaque, tailladant, parant et tranchant l'adversaire qui arrivait devant elle. Celui-ci était très agile et très adroit, tenir sur la vergue ne lui posant aucun problème. Mais il avait sous-estimé la rage désespérée de son adversaire, ainsi que sa capacité à combattre. Il laissa une faille et elle lui enfonça sa dague dans le ventre. Il expira son dernier souffle, puis elle le poussa sur le suivant. Celui-ci se débarrassa du corps en le jetant dans le vide, puis reprit son équilibre en s'accrochant au mât encore non loin. Le corps sans vie s'écrasa dans un craquement effroyable en-dessous. Yurlungur y jeta à peine un regard, mais eut le temps de voir Liniel en-dessous, qui s'enfuyait précipitamment du bateau. Sur le chemin, elle lui lança un regard et cria un mot unique que la fillette ne comprit pas.

Elle eut bien tôt à se concentrer sur son nouvel adversaire, qui dégaina une dague et un sabre. Il avait l'air moins à l'aise que l'autre sur la vergue, mais son habilité au combat se révéla dès le début, alors qu'il tenta une estocade qui érafla la joue cachée sous la capuche. Il retira sa lame et observa avec satisfaction les quelques gouttes de sang qui s'y étaient apposées. Une nouvelle flèche siffla dans l'air, passant entre les deux combattants et vint frapper à nouveau le monstre de Xenair qui s'apprêtait à lancer une nouvelle attaque. Yurlungur remercia une nouvelle fois silencieusement son protecteur.

Le pirate se relança à l'attaque et elle préféra reculer pour l'éviter. Il en fut déstabilisé et son sabre s'abattit sur le cordon qui retenait la toile. La petite fille n'eut que le temps de s'accrocher à celle-ci, alors que la voile se dépliait entièrement sur ce côté du navire. Son adversaire chuta sur la rambarde du navire. Un craquement effroyable se fit entendre et son corps rebondit pour disparaître dans l'eau. Les autres pirates eurent le temps de se reculer assez tôt ou d'être rattrapés par leurs compagnons restés au poste de vigie pour éviter une telle chute fatale. Quant à Yurlungur, elle planta sa dague dans la toile et descendit lentement, inéluctablement, la voile se faisant entièrement trancher en deux.

Mais personne ne fit attention à elle. Tous les regards étaient tournés vers le coffret, qui oscillait, encore rapproché par cet événement du bord de la vergue. D'un seul coup, le vent gonfla la voile dépliée du navire, qui eut un sursaut en avant. Sur le pont, une partie des pirates chuta au sol par cette avancée imprévue et ceux qui restaient ne tinrent pas beaucoup plus longtemps, un nouveau choc se faisant sentir lorsque le navire frappa brutalement le quai.

Les regards des pirates se levèrent. Le regard de Liniel, sur le quai, lâcha bien vite Yurlungur pour revenir au même endroit. La petite fille elle-même, qui atterit quelques instants après souplement sur le pont, ne put s'empêcher de diriger son regard sur le coffret. Celui-ci bascula et chuta.

Une chute lente pour tous les pirates qui se précipitèrent. Une chute inéluctable pour l'oiseau qui fonça dessus. Une chute inéluctable pour Liniel qui voulut sauter elle aussi pour le récupérer. Mais le coffre tomba dans l'eau et s'enfonça dans les eaux sombres. Peu après, l'oiseau-monstre plongea à son tour, bien vite accompagné de quelques pirates. Mais Yurlungur profita de cela pour s'enfuir et força Liniel à la suivre.

Non ! Attends !

Liniel ! La mission a échoué !

Cette phrase eut l'effet d'une douche froide sur la femme qui reprit ses esprits et se mit à courir à son tour le long du quai pour échapper au bateau qui leur avait causé un cuisant échec.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mer 10 Aoû 2016 01:17 
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[:attention:] Certains propos de ce texte peuvent choquer par leur vulgarité. A réserver aux lecteurs avertis.

Bordel. Ça schlingue. J'y étais habitué, parce que pour quelques obscures raisons, les endroits malfamés sentaient toujours le rat crevé plongé dans la merde, mais sérieusement, ça schlingue. A croire qu'être un malfrat était parfaitement incompatible avec les plus rudimentaires règles d'hygiène. Généralement, j'en avais rien à foutre, mais là, après avoir passé un putain de séjour sur un navire duquel je venais de ressortir avec une tronche de momie, c'était à la limite de me filer la gerbe. Dahràm. Une des villes les plus chaotiques de ce foutu monde. Pirates, esclavagistes, escrocs, meurtriers et tire-laine de tous genres et de tous horizons voyaient dans cette bourgade difforme aux bâtisses hétéroclites, dans ce cloaque immonde, une sorte de refuge. Tout le monde le savait. Tout le monde. Dahràm, c'était la merde. On y venait pas pour la beauté des lieux ou pour y bouffer des gaufres non. On venait s'y planquer, y trouver des boulots différents de ceux que proposaient une ville dégoulinante de gentillesse et de complaisance comme Kendra Kâr, ou alors, pour les plus stupides, on venait juste y crever. J'étais de la deuxième catégorie et sans doute un peu de la première aussi vu le bordel que j'avais causé à Exech. Dahràm, j'y étais pour les artiches, pas pour le tourisme. Il ne me restait plus qu'à trouver un endroit où crécher. J'avais beau en avoir la tronche, je comptais pas dormir comme un putain de clodo, le cul dans la merde et le nez dans la pisse. Bon, je savais bien que les palaces courraient pas les rues dans le coin, mais une simple paillasse sans puce ni bout de lépreux me suffisait...tant que l'endroit servait de la gnôle.

Parcourant les coupe-gorge que l'abruti de kendran moyen aurait appelé des ruelles, je me mis à chercher un endroit où poser mon cul, remplir ma panse et humidifier mon gosier. J'avais mal partout bordel et si j'avais su, j'aurais volontiers arraché mon deuxième bras pour le fourrer dans le fondement de cet enfoiré de guérisseur esclave avant qu'il ne se bouffât la langue. Les esclaves de qualité se faisaient franchement rare. Prenant à gauche, puis à droite, errant comme le dernier des clampins, je continuais de progresser quand d'un seul coup, un bruit attira mon attention. D'instinct, ma main vint saisir le manche de mon épée et je me mis à observer les alentours. Chaque poutre moisie, chaque fenêtre sale, chaque mur fissuré. Puis plus rien. Je repris alors ma route et quelques secondes plus tard...encore le même bruit. Là, ça commençait sérieusement à me chatouiller les arpions. Lame dégainée, impossible de garder mon calme.

« Sors de là ! Parce que si tu m'obliges à venir te chercher, je viendrai te chatouiller les amygdales par la porte de derrière ! »

Les bruits s'intensifièrent et je fus surpris par la suite. Je m'attendais à voir un gus prêt à me dépouiller, pensant être chanceux de tomber sur un estropié couvert de bandages crasseux, mais certainement pas à tomber sur un chiard. Une pour être exact. Juste une putain de gamine. Les cheveux gris couverts de merde lui arrivant à peine aux épaules, des yeux de la même couleur bouffis par les larmes, une peau blanche recouverte de crasse et de poussière. En bref, une gamine des rues de Dahràm. A vue de nez, elle devait avoir une petite douzaine d'années. Étrange. Habituellement, les gamines de cet âge là étaient vendues aux bordels pour un bon prix. Mais je n'avais pas que ça à foutre et je décidai alors de continuer ma route. Après quelques pas, je me rendis vite compte que la pleureuse avait décidé de me suivre. Pourquoi ? Pourquoi bordel ?! J'avais pourtant pas la tronche du bon samaritain.

M'arrêtant net, je me retournai d'un seul coup. La gamine était là, me fixant. Elle ne semblait pas avoir peur, ne semblait pas vouloir fuir. Sur le moment, je ne su pas comment réagir. Putain, c'était bien ma veine. J'allais devoir lui faire comprendre.

« Hey, s'tu veux jouer au clébard va t'trouver un autre maître, j'pas besoin d'un corniaud. »

Rien.

« T'as les esgourdes en rade ou t'es juste siphonnée d'la cafetière ?  J't'ai dit d'arrêter de me coller aux miches ! »

Toujours rien. Prenant sur moi par pur miracle, je décidai finalement de l'ignorer. Elle pouvait me suivre, au final, j'en avais pas grand chose à carrer. Quelqu'un allait bien finir par la chopper pour s'amuser ou pour faire du bénef'. J'aurai pu la tuer aussi, lui épargner une vie bien merdique, mais sans savoir pourquoi, je n'arrivai pas à me décider. Pourtant, des gosses, j'en avais déjà égorgé quelques uns. Mystère. Mais alors que je continuai ma route, m'apprêtant à prendre une ruelle sur ma gauche, une petite voix retentit derrière moi.

« Pas par là ! »

Finalement, elle parlait.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Dim 4 Déc 2016 12:36 
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Il fallait qu'elle s'enfuie d'ici. Dahràm lui rappelait tout ce qu'elle avait perdu, tout ce qu'elle avait fait et tout ce qu'elle avait souffert, et pire que tout cela, Dahràm lui rappelait Asmodée. Il fallait qu'elle s'en aille et, bien qu'elle n'ait pas ressenti la présence de cette Autre depuis leur ultime confrontation, elle craignait qu'Asmodée ne guette que le moment opportun pour revenir enfin.

Ses pas l'avaient conduit tout naturellement vers le port. Elle se faufila à travers les marins et s'approcha du premier bateau venu.

« S'il vous plaît ! »

Elle vint s'agripper au bras de celui qui semblait coordonner les mouvements de tous, un vieux capitaine bourru qui posa un regard sur elle et ses yeux suppliants.

« J'ai besoin de quitter la ville. S'il vous plaît, ne posez pas de question ! Je veux juste partir d'ici, emmenez-moi avec vous... »

Le capitaine haussa un sourcil puis se dégagea de l'emprise de la fillette, répondant abruptement :

« Nous nous rendons à Oranan. Sais-tu au moins où cette ville se situe ? »
« Tout ce qui m'importe, c'est que ce soit loin d'ici, s'il vous plaît ! J'ai de quoi payer... »

Elle serra les mains devant elle, la bague d'Aethalin en évidence, attendant désespérée la réponse du capitaine. Celle-ci sembla vibrer un instant et l'homme hocha de la tête.

« Très bien... Nous partirons dans quelques heures. Tu n'as qu'à aller t'installer dans ta cabine... Mais avant, j'aurais besoin d'une petite somme de dédommagement, bien sûr... »

L'avidité des pirates ne surprenait en aucun cas la petite fille. Asmodée l'avait déjà trop effrayée la nuit dernière et se retrouver en compagnie d'une vingtaine de malfrats en tout genre, seule sur un bateau, lui était préférable à rester à Dahràm. Elle sortit sa bourse et offrit sans problème la somme due à l'homme qui écarquillait les yeux en voyant que la petite fille en possédait autant, avant qu'un sourire carnassier n'apparaisse sur ses lèvres.

« Bienvenue parmi nous. »

Un marin à la mine patibulaire vint la chercher et l'emmena à bord jusqu'au hamac qu'on lui attribua. Le voyage allait commencer d'ici peu et, intérieurement, la fillette se sentait aussi seule et perdue qu'au milieu d'un cauchemar sans fin.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mer 1 Mar 2017 15:16 
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~ IV – 4. La patience, cette garce ~


Arrivée dans ce qu’elle considérait être la cave du bordel du Giron Prodigue, Ashen entreprit de se changer, enlevant avec soulagement ses vêtements souillés par les eaux douteusement poisseuses des égouts pour récupérer ceux de son balluchon étanche. Elle les laissa en boule dans un coin, déterminée à ne jamais plus venir les récupérer. Elle songea l’espace d’un instant à faire subir le même sort aux cuissardes, mais elles s’avèreraient sans doute utiles par la suite, aussi les enfila-t-elle en fronçant le nez et les sourcils. Elle les passa une nouvelle fois dans l’eau, cette fois une eau un peu plus propre et moins odorante que la précédente. La jeune femme essora ensuite sa chevelure et l’enferma dans une longue natte serrée qui ne laissait aucun doute sur son état nerveux. Elle acheva son rituel en rangeant soigneusement le masque de vision. Sans doute son meilleur achat de l’année.

Délaissant le sac et les vêtements usagés, elle entreprit de crocheter la serrure. Celle-ci pivota au bout du cinquième essai et la jeune femme entra dans la cave du Giron. Celui-ci devait également servir de cellier et de remise car elle était remplie de victuailles diverses et de bons vins qui trônaient aux côtés de tentures et de vêtements laissés à moisir dans un coin. Elle ne s’attarda pas dans la pièce et fit quelques pas vers la porte pour tendre l’oreille. Elle n’entendit rien, strictement rien. La jeune femme fit pivoter la poignée qui se laissa faire et entra dans le cœur du Giron Prodigue. Elle se trouvait actuellement dans le quartier des serviteurs et savait les cuisines non loin, assurément fermées en cette heure bien trop matinale. Elle avait en tête le plan précis du bordel, dont elle avait soutiré la description à un ancien serviteur peu satisfait de la façon dont il était traité, et savait exactement quelle était sa destination, aussi ne délaya-t-elle pas plus que nécessaire. A pas feutrés, elle trouva les escaliers et monta petit à petit dans les étages. Si la Rose de la Morne Plaine donnait l’impression d’un faste passé et usé, le Giron Prodigue ne s’embarrassait pas de fioritures et n’était rien d’autre que ce qu’il prétendait : une maison de passes. Les murs de bois étaient nus mais relativement propres et les chambres s’alignaient d’étage en étage comme dans un abattoir. Au moins, le bordel de la Rose proposait à ses clients des divertissements variés, même s’ils n’étaient pas tous raffinés.

Ashen ne croisa pas âme qui vive, mais les ronflements sporadiques de clients et les cris de jouissance feints de quelques prostituées au travail tardif qui lui parvinrent par-delà certaines cloisons lui prouvaient qu’elle n’était pas seule en ce lieu. A une reprise, elle fut même obligée d’entrer soudainement dans une des chambres pour laisser passer un serviteur matinal et tout bâillant. A l’intérieur de la chambre, elle vit un couple avachis l’un sur l’autre et leurs vêtements éparpillés sur le sol. Ils dormaient du sommeil lascif qui suivait l’allègement des bourses et l’air embaumait le stupre. Ashen détourna les yeux de dégoûts et se faufila de nouveau à l’extérieur. Personne ne s’attendait particulièrement à ce que quelqu’un entre comme elle le faisait pour se faufiler dans le bordel, aussi avançait-elle avec une relative sérénité, assurée que, si jamais elle était surprise, elle pouvait arguer être une cliente au réveil matinal.

Elle grimpa subrepticement jusqu’à arriver devant ce qui était le bureau du maquereau et colla l’oreille au battant. Il était vide, comme elle l’espérait et comme l’absence de garde l’indiquait. La jeune femme crocheta la serrure qui s’avéra plus difficile que prévue et entra finalement à l’intérieur. Loin du faste grandiloquent de son propre bureau hérité de sa tante, celui du maquereau du Giron Prodigue était d’une simplicité déconcertante. Un bureau, deux fauteuils, quelques armoires et voilà tout. Aucune décoration, aucune personnalisation de l’espace. Manifestement, il ne l’utilisait que pour les situations particulières, comme celle qui s’apprêtait. Ce n’était pas plus mal car elle aurait ainsi moins longtemps à rester à l’intérieur. Elle fouilla brièvement les lieux en prenant garde de ne rien déranger et se trouva une cachette dans l’une des armoires. Elle n’aurait pas beaucoup de place, mais elle devrait y être à l’abri s’il ne lui venait pas l’idée saugrenue d’y chercher quelque chose. Il s’agissait d’un petit compartiment au pied du meuble qui lui laissait tout juste la place de se plier dedans. Néanmoins, si elle se penchait correctement, elle pouvait épier ce qui se passerait dans la pièce par le trou de la serrure. Cela valait de l’or et les quelques désagréments imposés.

Trois heures passèrent durant lesquelles elle somnola dans le compartiment de l’armoire, les muscles endoloris et avec l’assurance croissante qu’elle allait crever d’ennui. Mais au bout de son interminable attente, elle fut finalement récompensée en entendant des bruits de bas puis en voyant la porte pivoter pour laisser entrer deux hommes. Le premier était aisément reconnaissable, il s’agissait de Craes, maquereau du Giron, un homme ventripotent d’une cinquantaine d’années, à la moustache fournie et à la lippe boudeuse. On racontait de lui qu’il aimait à outrance profiter de ses employées, malgré une impotence notable. A voir les vêtements outranciers dont il était vêtu, contrastant avec la sobriété du lieu, on ne doutait guère qu’en plus d’être maquereau en chef du Giron Prodigue, il possédait de nombreux autres bordels dans le quartier du port de Darhàm. Le second homme entra, précédé d’un nez d’une taille tout à fait honorable. Petit et nerveux, il était l’image même des rats d’égouts qu’elle venait de croiser, ce qui valut à ses sourcils un nouveau froncement. Son visage était parfaitement inconnu à Ashen.

Craes se pencha derrière le bureau et en sortit sans formalité un sac de yus qu’il laissa tomber sur la table avant de se tourner vers le rongeur de taille inhabituelle.

- Voilà l’avance pour l’objet demandé, dit-il d’une voix trainante. Le reste viendra après livraison. Vous êtes certain de pouvoir récupérer cette Tunique ?

Les yeux d’Ashen se mirent à étinceler, visiblement, elle ne s’était pas trompée. Le Rat ne fit aucun geste vers le sac de yus, mais ses yeux ne cessaient d’y revenir avec un éclat de convoitise semblable à celui qu’arboraient ceux de la semi-shaakt.

- Évidemment, mes meilleurs hommes seront mis sur le coup dès mon retour à Kendra Kâr. Le Cabinet des Curiosités tient à sa réputation. Au vu de votre… demande spéciale, cela pourrait cependant prendre un peu de temps. Le temps de l’acquérir, voyez-vous, car elle se trouve à…

Craes leva la main, coupant ce que le rat avait à dire.

- Ne me dites rien. Je ne veux pas savoir, ce que je veux, ce sont des résultats. Et les murs ont des oreilles, hors j’exige la plus extrême prudence, d’où le supplément que je vous verse.

Le rat haussa un sourcil circonspect et intéressé en lançant un regard éloquent aux murs en question. Pendant ce temps-là, Ashen se mordait au sang l’intérieur de sa joue, tentant de contenir sa rage à l’intérieur de cette maudite armoire. Enfoiré de Craes, il allait falloir qu’elle tire les vers du nez de ce rat. Elle serra les poings à s’en blanchir les jointures avant de se forcer au calme pour écouter le reste de la conversation. Qui s’avéra tout aussi irritante pour ses nerfs.

- Bien, comme vous le désirez, Monsieur, répondit obséquieusement le Rat. Si nous n’avons plus rien à dire, je vais m’en aller et partir avec la prochaine marée, ainsi vos désirs seront plus rapidement assouvis.

Il s’approcha de la bourse mais Craes interposa sa bedaine, le forçant à lever les yeux vers lui. Il lui adressa un regard lourd.

- Ne cherchez pas à me flouer, Rif, ou vous entendrez parler de moi. J’ai le bras long, vous le savez.

Le Rat lui rendit son regard quelques instants avant d’acquiescer avec reluctance.

- N’ayez crainte, Monsieur, il en va de mon honneur.

Craes ne lui répondit pas, mais son expression ne laissait aucun doute sur ce qu’il pensait de la fiabilité de son interlocuteur et de l’honneur en question. Néanmoins, il se décala sur le côté, permettant à Rif de prendre son argent. La bourse était plus que bien remplie et devait correspondre au pécule gagné par le bordel en plusieurs semaines. Si tant d’argent était en jeu, Ashen comprenait que Craes fut quelque peu sur les nerfs. Le rat s’en fut et la semi-shaakt, dont les membres commençaient à s’engourdir sérieusement, espéra que Craes ne tarderait pas à faire de même. Sa déconvenue fut grande lorsqu’elle le vit soupirer et faire le tour de son bureau pour s’installer de l’autre côté et sortir une liasse de papiers.

Elle laissa doucement reposer sa tête contre la cloison de l’armoire en serrant les dents. Chacun de ses membres lui hurlait de sortir de cette armoire et de poursuivre Rif pour lui soutirer l’emplacement de la Tunique Sans Ombre, mais elle ne pouvait risquer de se faire voir par Craes. C’était courir le risque d’attirer ses foudres directement sur la Rose de la Morne Plaine, chose que son bordel ne pouvait encore se permettre ; l’homme était influant et possédait bien plus d’un bordel sur les docks de la ville. Elle aurait pu le tuer, mais elle préférait connaître son ennemi que de devoir attendre d'en jauger un nouveau.

Alors, une nouvelle fois, elle prit son mal en patience, rongeant son frein et ses ongles dans l’espoir que Craes s’active et sorte enfin. Mais une heure passa et une seconde sans qu’il ne bouge autre chose que ses mains griffonnant quelques mots, des signatures sur des feuilles de papier. Depuis quelques temps déjà, Ashen en était venue à tendre et détendre ses muscles afin qu’ils ne s’ankylosent pas trop et qu’elle puisse encore mettre un pied devant l’autre une fois sortie – si elle sortait. Au moins, cette expérience lui donnait tout le loisir de songer à quel point la patience n’était pas son fort et quels dieux sadiques prenaient un malin plaisir à la mettre dans ces situations. Situations qui, si elle était parfaitement honnête avec elle-même, n’étaient rien d’autres que le reflet de sa nature butée et opiniâtre. Mais Ashen n’était jamais parfaitement honnête avec elle-même, aussi continuait-elle à vitupérer contre le sort.

La troisième heure était déjà entamée lorsqu’enfin une femme toqua à la porte de Craes, l’invitant à aller manger pour le midi. Ce dernier hocha sèchement la tête avant de ranger ses affaires et s’en aller. Ashen, le cœur battant, se força à patienter une dizaine de minutes de plus avant d’ouvrir la porte de l’armoire pour tomber sur le sol comme une masse, plissant les yeux face à la lumière vive de la pièce après l’obscurité de l’armoire. Sans doute ressentait-elle encore les effets de ce fluide que lui avait fait avaler Shurdiira.

Ses muscles la faisaient souffrir comme rarement et elle grimaçait en faisant bouger centimètre par centimètre ses articulations. Elle espérait de tout cœur que personne ne fasse irruption dans la pièce à ce moment, car elle aurait été tout bonnement incapable de se cacher. Lentement, ses muscles retrouvèrent un semblant de souplesse alors qu’elle les étirait avec une patience qu’elle était loin de ressentir. Elle en voulait à Craes d’être resté si longtemps dans son bouge, elle en voulait à Rif de prendre le bateau si vite et, par-dessus tout, elle en voulait à ses muscles de la trahir ainsi.

Elle finit par se relever et faire quelques flexions avant de rassembler ses maigres affaires et de s’en aller. La jeune femme parvint à éviter les pensionnaires du bordel et, cette fois, sortit par la grande porte sans laisser au videur la chance de se demander qui elle était.

Ashen fouilla frénétiquement le port de Darhàm en long, en large et en travers sans trouver la moindre trace de Rif et en désespoir de cause paya quelques yus à un marin assis sur des ballots pour avoir la confirmation de ce qu’elle craignait : un bateau venait de quitter le port avec Kendra Kâr pour destination. Elle jura, fulmina sous le regard goguenard du marin, donnant des coups de pieds rageurs dans les ballots jusqu’à ce qu’elle se fasse insulter par le marchand à qui ils appartenaient. Elle lui adressa un signe de main injurieux et quitta le port en tapant des talons.

Ce même marin, toujours assis sur son ballot, la vit revenir deux jours plus tard avec un sac entre les mains, sa cape sur le dos et son cheval par la bride, prête à prendre le large à son tour vers Kendra Kâr.

Opiniâtre, nous vous avons dit, opiniâtre et butée.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Sam 4 Mar 2017 18:03 
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J'avais choisis le navire. Le soleil s'était couché derrière les hauts murs de la cité portuaire. Une nuit nuageuse, cachant le peu de clarté que pouvait offrir la lune. Le port était noir, ressemblant à une mer d'huile invisible. Quelques torches éclairaient le quartier des marins ce qui, étrangement, donnait un aspect bien plus oppressant qu'une obscurité totale. Le reste de la cité dégageait une lumière rougeoyante bien plus vive, accompagnée de rires gras, de gloussements racoleurs et de cris suppliants.

A bord, d'autres matelots profitent d'une nuit tranquille, celles en mer étant loin d'être reposantes. La nuit continue et je passe quelques heures à somnoler dans un hamac agité jusqu'aux premières lueurs de l'aube où je me réveille en même temps que la cité. Les portefaix et marins envahissent le port au rythme de la course du soleil qui s'étend sur docks et navires.

Je quitte le bâtiment en même temps que les autres pirates, ceux-ci saluent le capitaine qui nous attend en bas sous une toile tirée pour le protéger du soleil avant de se diriger vers un immense bâtiment. Laeten me fait signe d'approcher. Je le rejoins pour jeter un œil vers une carte devant laquelle il se dresse. Il m'invite à la regarder tout en la décrivant.

"Voici les principales voies commerciales sur Yuimen. J'imagine que vous connaissez certaines d'entre elles. "

Il tapote d'un doigt un des traits en pointillées rouges partant de Kendra Kar pour rejoindre une autre cité. Bouhen, Oranan, Tulorim... Kendra Kar fait partie des plus grands ports du monde et elle exporte le fruit d'une agriculture abondante.

Je survole le reste de la carte pendant qu'il continue de me la décrire. Les convois marchands, les convois militaires, les navires sous escorte, les biens pillables et un tas d'autres informations qu'il me dit avoir collectés au fil des années.

Je tique en survolant les alentours de Darhàm provoquant un léger rire du capitaine.

"Vous avez remarqué hein ? Vous avez l'œil monsieur Rougine. Vous savez qu'il existe un commerce lucratif entre Pohélis et Caix Imorhos. Les pierres précieuses, les épices, les esclaves. Mais vous vous doutez qu'en pillant des voisins directs et des navires qui appartiennent à Oaxaca, nous irions aux devants d'ennuis. "

C'était logique, je l'avais tout de suite compris. Des yeux et des oreilles s'occupaient sûrement de transmettre les noms des capitaines cherchant la facilitée en pillant des navires proches chargés de richesses.

Je lève les yeux de la carte, plongeant mon regard dans le sien. J'étais certain de ne pas être convoqué si tôt simplement pour voir un bout de papier. Il poursuit simplement d'un air détendu.

"En temps normal, votre tâche ne nécessite pas l'utilisation d'une telle carte mais votre cas est particulier. Vous nous avez guidé vers un navire bien rempli et facile à prendre. Je veux que vous recommenciez. Parmi ces routes maritimes, il y en a sûrement que les bâtiments de votre père empruntent."

J'hoche la tête, c'était le cas. Notamment entre Kendra Kar et Tulorim, ou Oranan. Des grandes villes qui échangeaient sans problèmes diverses marchandises. Néanmoins mon père ne se laisserait pas piller navire sur navire sans réagir.

"Il est probable que mon père commence à armer ses bateaux s'il s'aperçoit qu'ils sont pillés l'un après l'autre."

"Certainement. Mais nous avons sans doute l'occasion d'en rencontrer un ou deux avant."Dit-il en souriant avant de poursuivre.

"La Baliste ne sera plus utilisable pour plusieurs mois. Le temps des réparations et du carénage nous utiliserons le Mat d'Or. La carte sera disponible dans la cabine du capitaine, de même que les autres ouvrages qui y sont. Ceux-là seront utiles à votre rôle. Vous aurez le loisir d'y faire un tour en fin de journée."


Il continue de parler tout en sortant une pile d'habit de sous sa table improvisée.

"Je veux que vous me marquiez sur la carte les voies qu'il utilise et décidiez d'un itinéraire pour croiser le plus de ces routes possibles en un minimum de distance et de temps."

J'arque un sourcil, surpris. Il rétorque avant même que je lui pose la question.

"Tout à fait monsieur Rougine, je veux faire plusieurs prises en un seul voyage et je compte bien y arriver avec un navire qui sortira comme neuf de cale sèche."

Il pose une main sur la pile de vêtements, une veste en cuir sombre, une chemise et un pantalon de toile grise.

"Pour vous, des vêtements propres plus adaptés au climat d'ici et à la mer et j'ai aussi ça."

Il se penche pour récupérer un sabre, court et épais qu'il pose sur la table.

"Je vous déconseille de vous promener sans arme dans les rues alors c'est cadeau."

J'incline la tête malgré mon air circonspect. On ne pouvait pas dire qu'une arme blanche allait me servir. Le quartier maitre nous interrompt sans même un signe de tête à mon égard. Il annonce que tout est prêt, ce à quoi Laeten lui ordonne de commencer. Il hoche la tête et fait de larges signes des mains, provoquant des cris d'efforts venant de derrière le capitaine qui se tourne.

Je m'approche, faisant le tour du bureau improvisé pour observer le mécanisme humain qui venait de se mettre en place. En contrebas, les marins de l'équipage avaient saisies des cordes pour tirer La Baliste sur des troncs alignés jusqu'à une sorte de hangar en bois, assez haut et large pour y faire entrer un navire qui ferait le double de celui de Laeten.

En chœur, ils tiraient. Au rythme du ho-hisse qui s'élevait dans les docks, trainant l'énorme masse de bois qui roulait sur les roulements improvisés.

Ces hommes faisaient vraiment preuve d'une ingéniosité à laquelle je ne me serais pas douté. Le quartier maitre nous quitte après que le capitaine lui ait confié le reste des opérations. Il se tourne ensuite vers moi.

"Vos journées seront chargés les prochains mois monsieur Rougine. Premièrement, comme je vous l'ai dit, je veux cet itinéraire à la fin de ce mois. Vous vous occuperez aussi de faire l'inventaire de ce que nous possédons et rédigerez la liste de ce qu'il nous manque afin que les hommes s'occupent de récupérer ce qu'il faut pour le prochain voyage, cette tâche fait partie de vos obligations. Il me faut cette liste rapidement."


J'hoche la tête, ça ne devrait pas poser de problèmes. Il récupère le sabre et la pile de vêtement qu'il me met dans les bras.

"Tous les matins, monsieur Dolvan s'occupera de vous entrainer à vous battre. Afin de rendre utile ce nouveau cadeau." Dit-il en souriant avant de continuer.

"Après votre entrainement, je m'occuperai de vous enseigner tous ce que je sais sur la mer, le navire et tout le reste. Bien évidemment, vous participerez au carénage et à la réparation du navire avec les autres l'après-midi."

J'hausse les sourcils. Cela me laissait peu de temps pour me renseigner sur la ville et mettre en place un plan pour le dessein de mon dieu. Ça ne me plaisait pas mais comme réponse à mon doute, Laeten se gratte, m'exposant le corbeau tatoué sur son avant-bras. J'incline alors la tête, relativisant sur le fait qu'il n'y en a que pour quelques mois mais que la mise en place de ma vengeance prendrait encore plusieurs années.

(Je me montrerai patient ô Phaïtos.)

"Au travail, nous avons du pain sur la planche."



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Dernière édition par Eldros Rougine le Mar 14 Mar 2017 13:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mar 14 Mar 2017 12:57 
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Thekus Dolvan est un ancien soldat de la marine de Tulorim. On pouvait dire de cet homme que la nature l'avait forgé pour la guerre. Grand. Fort. Rapide et suffisamment intelligent. Il patientait, debout, des sabres d'entrainements dans les mains, à l'écart de l'agitation des docks. Le torse nue, le visage dur, le regard sévère. Je revois sa silhouette dans le cadre de la porte lorsqu'il m'avait découvert dans la cale du navire. Pas de maquillage sombre cette fois, ni de tâches sanglantes sur ses épaules. Ses longs cheveux châtains, cette fois, étaient noués en chignon.

"Vous voilà monsieur Rougine."

La voix est ferme, sèche, militaire. Une voix qui couvre toute les autres. De ce que j'avais entendu sur lui, il avait tout pour mener une carrière militaire exceptionnel. Pourtant il avait changé de voie, embrassé la piraterie. Les rumeurs les plus courantes parlent de meilleurs gains, d'une discipline moins stricte. Mais d'autres commères m'avaient glissé à l'oreille des histoires de meurtres, de trahisons, de complots. Je pouvais fixer ce visage usé par le sel. Aucune réponse n'en sortirait, seule la détermination de m'assurer un entrainement sérieux.

"Attrapez."

Il me lance un des sabre de bois. L'envoyant vers moi d'un geste vif, faisant monter le bout de bois dans les airs, droit comme un i, avant de retomber vers moi, à la position que j'occupe. Je tends la main pour l'attraper. L'arme me tombe dans la paume mais je ne m'attends pas à recevoir un tel choc. Ma main recule, mes doigts ne parvienne pas à saisir l'objet qui tombe au sol. Je baisse les yeux vers le morceau de bois qui rebondit encore sur les dalles du dock.

Thekus croise les bras, le torse toujours bombé. Il fronce un sourcil en me regardant. Je me baisse, pose un genou sur le sol pour ramasser le sabre.

"Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si lourd."

"Elle s'allègera avec l'entrainement."

Dit-il avant de décroiser les bras pour s'approcher. Il coince son propre sabre sous son aisselle en arrivant à ma hauteur avant de saisir ma main tenant le bâton. Il déplace mes doigts avec une certaine délicatesse étonnante tout en parlant.

"Gardez en tête que si vous laissez tomber votre sabre, vous êtes mort. La poigne doit être ferme mais gracieuse. Laissez la sauvagerie aux porteurs de haches. "

Il saisit à présent mon bras, plie mon coude, déplace mes pieds en tapotant avec les siens jusqu'à ce que ma position lui convienne. De profil, les jambes écartées, la main armée en avant, sabre vers le haut devant mon visage. Il recule de quelques pas pour juger son travail, me prenant sans doute pour une statue.

"M'ouais. Voilà à peu près la position d'un bretteur. Je vais vous apprendre ce qu'il faut pour éviter de mourir au premier abordage, à la demande du Capitaine. C'est qu'il tient à ce que vous restiez en vie. "


Il se positionne. Une position semblable à la mienne en beaucoup plus réussi. Plus droite, plus intimidante.

"Vous allez commencer par m'imiter. Mes gestes, ma position, mon souffle. Si je lâche une caisse je veux que vous fassiez de même. Vu ?"

J'hoche la tête, peu satisfait de me faire parler sur ce ton. Je m'imagine déjà lui enfoncer mon sabre dans sa gorge pour le faire taire. Je l'imite tout de même, reproduisant ses gestes tout en apprenant au fur et à mesure leurs noms. Estoc, la garde, la quarte, la quinte, la taille. Puis nous les répétons, encore et encore jusqu'à ce que je puisse les citer et les exécuter quand il les demandes. Cela dure des heures, assez longtemps pour que mes bras et mon dos soient douloureux. C'est quand le soleil atteint son zénith qu'il m'autorise à faire une pause pour manger avant de rejoindre le chantier. Je lui lance un regard ahuri auquel il rétorque d'un sourire narquois.

"Nous ne sommes pas en vacances Monsieur Rougine. N'oubliez pas votre sabre demain matin ou je vous passerais l'envie de l'oublier. Filez maintenant !"


Je me redresse, essoufflé, glissant le sabre en bois à ma ceinture. J'incline la tête en guise de remerciement. On pourrait croire que je me ramolli, que je courbe l'échine mais il n'en est rien. Phaitos le sait, c'est un autre masque que je porte, cela est nécessaire. Je vais apprendre à me battre, à naviguer, à piller puis je m'en servirais pour faire gloire au dieu de la mort.



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Dernière édition par Eldros Rougine le Mar 14 Mar 2017 13:08, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mar 14 Mar 2017 13:00 
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J'avale une miche de pain et quelques gobelets d'eau avant de me rendre à l'entrepôt qui abrite la Baliste. Tout comme moi, les marins viennent de terminer leurs repas et reprennent rapidement leurs nombreuses tâches. Scier, débiter, raboter, poncer, transporter, clouer, décoller, enduire, nettoyer, coudre, ranger, peindre. Autant de travail que de marins disponibles. Je suis immédiatement redirigé par un des menuisier qui coordonne les travaux.

J'utilise une échelle pour rejoindre le pont où les ouvriers s'acharnent contre des clous à grands coups de marteau. Je me dirige vers le bord du bateau et m'adresse à un homme à la peau basané, lui annonçant que j'ai été attribué au carénage.

Il hoche la tête et saisit une corde qu'il me noue autour des cuisses et de la taille, confectionnant un harnais rudimentaire. Il passe ensuite la corde dans une poulie et m'en confie l'extrémité puis enfin me montre les différents outils.

"Vous connaissez le principe ?"

Les grandes lignes, je hausse les épaules. Je savais qu'il s'agissait en grande partie de retirer ce qui s'était attaché à la coque durant le trajet en mer. Algues, coraux, coquillages. Il m'explique brièvement comment utiliser le couteau pour décoller les crustacés, précisant de bien faire attention de ne pas me couper. Il faut ensuite nettoyer la coquer et à la fin l’enduire d'une résine pour éviter les infiltrations. Il me montre ensuite comment se servir de la corde et du harnais. Une tâche compréhensible mais qui, j'en suis sûr, sera difficile à cause de la douleur qui me parcourt déjà les bras. Il m'encourage d'une tape dans l'épaule avant de se préparer lui aussi.

Je passe les jambes par-dessus la balustrade avant de doucement me laisser descendre, laissant glisser la corde entre mes doigts tremblant pour ensuite la verrouiller à ma ceinture. Je me retrouve face à ma première saleté à retirer de la coque, un coquillage sous lequel je glisse le couteau avant de donner un léger à coup. Un peu trop fort sûrement car je me l'envoie en plein visage. Surpris je lâche le couteau qui chute, évitant de justesse les marins plus bas qui s'empresse de m'insulter.

L'homme basané, enragé, m'ordonne de remonter et de chercher autre chose à faire, prétextant qu'il n'a pas besoin d'une pluie d'outils sur ses hommes. Je jure à voix basse contre ces pirates et mes bras lourds alors que je me hisse sur le pont. Laeten avait décidemment raison, les prochains mois allaient être difficiles.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mar 14 Mar 2017 17:40 
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"Monsieur ! Monsieur ! Réveillez-vous !"

Je sors de ma torpeur. Retrouvant la sensation désagréable de mes membres douloureux. J'ajoute à ça la mauvaise surprise de voir Billy qui me secoue doucement pour me réveiller. Un acte de générosité, m'évitant d'être en retard à mon cours d'escrime. Maudit soit-il. Je me roule sur le côté pour poser une main hésitante sur le sol, puis un pied. La seule manière pour moi de me relever dans cet état après avoir refusé l'aide du gamin qui s'en va sans demander son reste.

Je me dirige vers une bassine d'eau à disposition pour se rafraîchir. Je m'en passe sur le visage et dans les cheveux avant de remonter sur le pont, luttant pour garder les yeux ouverts face à la lumière du jour. J'y prends un court petit déjeuner, fruit et eau tout en m'habillant en vitesse pour ne pas arriver en retard.

La veille, j'avais passé l'après-midi à tirer sur une corde pour remonter des planches fagotées. Un travail ne nécessitant aucune compétence si ce n'est de ne pas être assez con pour lâcher la corde avait précisé le chef des travaux. J'avais tenu bon mais à la fin de la journée le reste de mes forces suffisait à peine pour m'écrouler dans mon hamac et dormir jusqu'à ce que ce bon imbécile me réveille.

Je retrouve le Whielois au même endroit qu'hier, ajustant des bracelets en cuir avant de saisir son sabre en bois.

"Bonjour monsieur Rougine."

Je réponds d'une voix encore embrumée tout en massant mes épaules avant de saisir à mon tour mon arme d'entrainement.

"Aujourd'hui nous allons commencer à croiser le fer, tenez-vous en aux mouvements d'hier, n'improvisez pas."

J'incline la tête. Je me mets en garde.

"Allons-y monsieur Rougine."

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