L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Le port
MessagePosté: Mar 28 Oct 2008 22:25 
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Inscription: Dim 26 Oct 2008 15:46
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Le port


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Le port de Dahràm est le centre de l'économie de la cité. C'est le lieu de passage obligé pour tous les trafiquants, que ce soit de drogue, d'esclaves, de prostitués ou tout simplement le résultat de pillage en tout genre. Personne n'y trouve rien à redire et tout le monde y trouve son compte.

Quelques frégates des autorités patrouillent au large pour éviter une quelconque répression et assurent la sécurité de ce point si important.

Si vous voulez partir, il vous sera aisé de trouver un capitaine pour vous prendre gratuitement à son bord, mais faites attention de ne pas vous retrouver enchaîné à fond de cale…

Faites vos RP ici jusqu'à embarquement dans un bateau

Bateaux à la vente :

Pour plus de renseignements, se reporter à la règle spécifique sur les bateaux.

Bateau à vitesse standard (x1, 6km/h) : Gratuit (Yus non débités de la fiche mais l'achat sera à jouer en RP)
Bateau à vitesse avancée (x2, 12km/h) : 400yus
Bateau à vitesse rapide (x3, 18km/h) : 1000yus
(Il est toujours possible de faire améliorer son bateau par la suite en payant la différence !)

Un nouveau sujet sera ouvert dans la partie trajet et voyage, pour que puisse s'y faire les RP à bord du bateau acheté. Pour que le GM puisse le faire, lorsque vous voulez faire l'achat, mettez dans la demande ceci complété (Ce sera ce qui apparaîtra dans le sujet) :
Citation:
Titre : Le nom du bateau et, entre parenthèses, à qui ou quelle guilde il appartient
Une image (Facultative)
Dans la présentation : Le type de bateau (Voilier, navire, galion,...) ainsi qu'une description : à quoi il ressemble, son capitaine, ses matelots et leur nombre approximatif.
Sa vitesse (Vitesse standard (x1) / avancée (x2) / rapide (x3) )

Les bateaux sont rachetés à 1/4 de leur prix.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

(((Si vous voulez être servi dans des temps raisonnables, n'oubliez pas de demander aux GM dans le SUJET DES INTERVENTIONS GMIQUES de s'occuper de valider vos achats en jouant le commerçant. Nous ne faisons pas le tour des boutiques... merci de votre compréhension )))

_________________
Chibi-Gm, à votre service !


La règle à lire pour bien débuter : c'est ICI !
Pour toutes questions: C'est ici !
Pour vos demandes d'interventions GMiques ponctuelles et jets de dés : Ici !
Pour vos demandes de corrections : C'est là !
Joueurs cherchant joueurs pour RP ensemble : Contactez vous ici !


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 Sujet du message: Olos mallo i sercë cèluëa.
MessagePosté: Mar 8 Sep 2009 21:34 
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Inscription: Dim 6 Sep 2009 12:05
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( La Grande Armée des orques effectuait sa retraite, laissant derrière elle Pohélis vide des hommes qui l’habitaient, et plus de la moitié de son armée dans les flots glacés des fleuves aux alentours.
La neige dramatisait ce terrible tableau et de toutes parts, à l’horizon, la terre était blanche et le ciel gris.
Au milieu des plaines immenses et stériles se traînaient les débris de ces veules miliciens, naguère conduite par un grand stratège aux ambitions de conquêtes, que les peuples unis n’auraient pu vaincre, et dont triomphait à cette heure l’unique allié et ennemi capable d’anéantir à jamais une armée : le terrible froid du continent de Nosvéris.
Ici, ils étaient devenus un groupe de cavaliers raidis sur leur selle et luttant avec l’énergie du désespoir contre les étreintes du sommeil dernier. Là, quelques fantassins entouraient un cheval mort qu’ils se hâtaient de dépecer pour survivre, et dont une bande de corbeaux de Phaïtos voraces et attentifs leur disputaient les lambeaux.
Plus loin, un homme se couchait avec l’obstination de la folie, et s’endormait avec la certitude de ne point se réveiller.

De temps à autre, un bruit silencieux et filant se faisait entendre ; c’était les flèches des orques. Alors les traînards se remettaient en route, dominés par le ô chaleureux instinct de survie.

Trois hommes s’étaient groupés à la lisière d’un petit bois autour d’une accumulation de broussailles qu’ils avaient à grand’mal dépouillés de leur amas de neige durcie, et auxquelles ils avaient mis le feu. Le trio faisait partie de la cavalerie.
Chevaux comme cavaliers s’enserraient autour du brasier, les hommes baraqués, les animaux la tête pliée vers eux-mêmes et l’œil rouge, presque pleurant.

Le premier de ces trois hommes portait un uniforme de la milice de Pohélis en lambeau, dont la sombre couleur indiquait le statut dans la milice et celui-ci semblait être capitaine. Il pouvait avoir dans la trentaine ; grand et de bonne figure, ses yeux bleus devaient inspirer le courage et la gloire à son bataillon.
Son bras gauche était fichu, et sa tête était quasiment momifié d’un surplus de bandelettes sanguinolentes. Une flèche avait transpercé des ligaments vers le coude, et un coup de hache garzok lui avait non-mortellement mais presque ouvert le front à la tempe.

Même si en ces heures sombres il n’y avait plus aucun grade, le second des hommes était sergent.

Cette belle armée n’était plus qu’un triste tas d’hommes en loques, fuyant la mort verte ainsi que le céleste froid bien plus dangereux que les consciences tueuses à la solde Oaxaca. Il ne fallait en rien oublier la faune locale : loups et oiseaux charognards se délectaient de cette sordide et triste foudre macabre.

Pour revenir au sergent, qui, était également un bien jeune homme, au front bref, au teint olivacé, au regard fixe et vague ; ses cheveux noirs affichaient l’origine du bien gradé ; son accent tonique et son allure fière, on sentait rapidement qu’il venait de la contrée de Wiehl.

A l’instar de son supérieur, le sergent n’était en rien blessé, et il avait moins souffert jusqu’à présent du délicieux frimas.

Finalement, le troisième de cette minuscule troupe était un simple soldat, ou plutôt un apprenti qui travaillait dans la garde, dont le jeune, pâle et efféminé visage prenait par moments des expressions fantasques quand les flèches des Garzoks sifflaient dans le lointain, tandis qu’il devenait mou puis tout à coup blasé si son regard s’arrêtait sur son chef faible et mourant.

La nuit tombait, et les brumes du pernicieux crépuscule commençaient à s’unir à la terre blanche-rouge du sang de milliers d’êtres et au ciel gris-lumière, comme si les envoyés des Dieux sans admettre que , peut-être, les Dieux eux-mêmes regardaient ce spectacle.


« Nous allons passer la nuit ici, Bart ? disait le capitaine en interrogeant le sergent Wiehlois. Je me sens bien las et mes forces se perdent, ajouta-t-il, et mon bras … mon bras me provoque des douleurs atroces. »

« Capitaine, s’écria prestement le jeune soldat, avant que le sergent eût l’obligeance de répondre, il faut partir vite, le froid vous tuerait. »

Le capitaine regarda un instant le soldat puis pencha son regard vers celui du sergent.

« Le croyez-vous ? »


« Oui. » répéta l’apprenti avec une vivacité convaincue.

Pendant que le sergent, lui, paraissait réfléchir à une longue et décisive phrase.

« Et bien Bart, votre avis ? » insista le capitaine en étouffant un peu.

« Jophiel a raison, répondit-il à son supérieur, il faut remonter à cheval et tenter de cavaler aussi longtemps que possible. Ici, c’est certain que nous finirions par nous endormir, et pendant notre douloureux sommeil le brasier viendrait à s’éteindre… et Zewen sait si nous nous réveillerons… D’ailleurs, il n’est pas avec nous… les maudits orques arrivent… j’entends des pas. »

« La misère s’abat sur nous ! murmurait le blessé d’une voix affreusement sourde ; qui m’eût dit jamais que nous en serions réduits à filer devant une poignée d’horreur verte ! Le froid…le terrible froid, quel ennemi déterminé ! Pourquoi Yuia ? Si seulement je n’avais pas aussi froid. »

Par survie primaire, il tenta de se mettre dans une plus agréable position devant le feu et chercha à ranimer ses membres frigorifiés.

« Et bien, que Jeri en témoigne ! murmura à son tour Jophiel ; je n’aurais jamais cru que vous, le monstre blanc de Pohélis, se laisserez abattre par celle qui nous a trop bien protégé durant des années et des années ; ce froid sempiternel qui siffle sur nos têtes encore plus amèrement que ces flèches. »

Le soldat, en parlant doucement, regardait son éminent supérieur hiérarchique avec respect et considération.

La face d’icelui, d’ailleurs, était devenue blême et dévoilait son horrible affliction ; toute son enveloppe grelottait et frissonnait, et l’espoir, dans sont être, semblait s’être focalisé tout entier dans ses yeux bleus turquoise, qui conservaient leur expression d’une douceur noble et d’un calme héroïque.

« Eh bien, reprit-il l’air de point souffrir, partons, puisque tout le monde le veut, mais laissez-moi encore une fois me réchauffer auprès de ce brasero de fortune. Quel terrible froid ! … il n’a rien de normal, il y a quelque chose derrière … Ah ! je souffre, comme je n’ai jamais souffert … et puis l’entité du Sommeil m’appelle … Phaïtos ! Laissez-moi dormir un instant sans prendre mon âme, rien qu’un peu ! »

Les deux autres se dévisageaient, l’apprenti Jophiel semblait serein quoi que ses yeux noir où brillaient une petite lueur rouge vive laissait échapper un peu de désespoir quant à la situation. Bart le Wiehlois, lui murmura avec beaucoup esprit :

« S’il s’endort, nous ne pourrons plus le réveiller et le remettre en selle. »

« Ah, oui…, répondit son interlocuteur, se penchant à l’oreille du sergent, il faudra le porter pendant que le sommeil l’attrape. Je ne pense pas être assez fort mais à deux, on peut sauver le capitaine. »

Bart sortit rapidement la tête du fourré et parut écouter des bruits lointains :

« Les orques sont à plus de trois lieues, la nuit approche, et ils camperont bien probablement avant d’arriver jusqu’à nous. Puisqu’il veut dormir, laissons-le dormir ; quant à nous, nous veillerons. »

Après l’écoute de ces mots, le capitaine tendit la main au maître des paroles qui lui étaient si chères et si bénéfiques.

« Merci. Merci Bartholomei. Merci l’ami ; tu es bonté et courage pour tenir cette décision. Pourtant toi qui ne viens pas d’ici, tu ne te laisses pas abattre par la furie glaciale de nos vents. Ah… je ne dois pas parler du froid… non. »

Ces derniers mots furent prononcés avec l’accent de la douleur et du désespoir, le visage du capitaine tirait une moue effrayante empreinte d’une peine indescriptible.

« Mais je ne suis aucunement blessé, moi,
lui répondit Bart, il est logique que je ne souffre que très peu. »

« Ah ! Ami, reprit le capitaine tandis que l’apprenti Jophiel jetait dans le brasier tout ce qu’il trouvait de branches et de choses qui pouvait brûler autour de lui, j’ai trente-sept ans. Soldat à seize ans, je suis devenu capitaine à trente, c’est te dire que j’ai été patient, que j’ai fait preuve de bravoure. Et là, mon énergie, mon courage, tout, jusqu’à même l’indifférence avec laquelle j’acceptais mes affectations dans mon ô noble et difficile métier, tout s’anéantit à cause d’un ennemi invisible et pour le moins mortel qu’on nomme le froid. Je meurs de froid !... le comprends-tu ?
Et pourtant je le connais cet ennemi … à Gwadh, j’ai passé seize heures sur un champ de bataille sous un monceau de mes frères d’armes mort, la tête dans le sang qui commençait à geler, les pieds dans la boue car l’environnement est très humide chez les elfes noirs.
Près d’Omyre, lors d’un siège, je suis resté à l’assaut avec deux carreau dans la poitrine ; à Caix, je suis resté à cheval jusqu’au soir, la cuisse traversée d’un coup de sabre Shaak. Et … aujourd’hui, je ne suis qu’un corps où mon âme s’envole déjà, un homme presque mort… un couard qui fuit un ennemi que je méprise grandement ! Les Garzoks ! Tout ceci, juste parce-que je meurs de froid… »


« Lionel ! Lionel, courage ! lui dit le sergent, nous ne serons pas toujours ici, nous regagnerons des climats plus frais, nous reverrons le soleil… et toi, le monstre blanc de Pohelis tu sortiras de ta torpeur ! »

Le Capitaine Lionel Del Agito hocha tristement la tête, ne trouvant pas l’espoir dans les belles que son ami Bart lui porta.

« Non… je ne reverrai ni le soleil, ni ma cité telle que je l’ai connu… Encore un peu de temps et un envoyé de Phaïtos me prendra. »

« Lionel ! »


« Capitaine ! »

Les deux s’exclamèrent en simultanéité, alarmés de sa situation et aussi de ses dires.

« Je meurs de froid, et je ne cesse de le répéter,
maugréa le capitaine avec un petit sourire navré, de ce frimas et de sommeil aussi. »

Et comme sa tête se penchait en direction de sa poitrine, et que cette torpeur insoutenable et imbattable qui ôta la vie à tant de valeureux cœurs, dans cette lamentable retraite vers Pohélis, s’emparait de lui, le capitaine Lionel fit un somptueux effort, tourna ardemment la tête en arrière, en direction d’autres soldat au loin, et dit :

« Oh, non, je ne peux pas dormir encore ; il faut que je songe à ceux qui sont toujours là-bas et qui combattent alors que nous … nous sommes là et las. »

Sa tête se tourna vers Pohélis, la cité était certainement en train de subir le courroux Orque mais cela, il ne le savait pas.

« Mes amis, continua-t-il, en s’adressant à la fois à Jophiel et à son sergent, vous allez survivre tous les deux, sans doute, et vous garderez mon souvenir. Eh bien, écoutez, je vous confie ma volonté dernière : Bartholomei … ma femme et mon enfant … »

Il tendit encore une fois la main au sergent Bart, et poursuivit :

« J’ai… fait migrer vers le continent de Nirtim à Kendra Kar, ma femme et un enfant qui viendra bientôt au monde si ce n’est déjà fait. Bientôt, la femme sera veuve et l’enfant orphelin. »

« Lionel ! Ne parle pas ainsi, tu vas vivre ! »


« Et que j’aimerais tant… oui ! murmura-t-il dans une tristesse que Jophiel regardait avec un visage tout aussi neutre quoique touché sincèrement au fond tandis que le sergent était au bord des larmes ; je veux vivre et la revoir… »

Son œil brilla à nouveau, étincela même lorsqu’il parlait de sa bien-aimée.

« Cependant, reprit-il plus amèrement en essayant de tenir un bien triste sourire, je vais mourir et les deux auront besoin de protecteurs. »

« Capitaine, s’écria Jophiel, vous savez bien que, s’il vous arrivait malheur, en tant qu’apprenti je n’honnirai point votre volonté, si protection vous voulez pour eux, je tenterai de le faire. »

« Merci ! je compte sur toi. »


Il se mit à regarder son ami le Wiehlois.

« Et toi, toi, mon vieil ami, mon frère d’arme ? »

Bart tressaillit, et un orage passa dans son esprit. On eût dit que de très lointains souvenirs venaient d’être évoqués chez lui par le biais des paroles du capitaine.

« Tu as déjà répondu à cela, Lionel ; ne suis-je pas ton camarade, ton frère ? »

« Alors après ma mort, tu seras son mari, et le père de mon enfant. »


Une vive rougeur monta, à ces mots, au visage du sergent ; mais Lionel n’y prit garde, et il ajouta :

« Je sais que tu aimais Asha, et tu sais bien aussi que nous la laissâmes libre d’épouser l’un de nous deux. Plus heureux que toi, je fus son élu, et je te remercie d’avoir accepté ce sacrifice et d’être demeuré le frère de celui qui fut ton rival. »

Le sergent Bart avait les yeux baissés. Une pâleur sombre venait de succéder au grenat de son front, et si son ami eût eu tout son sang-froid et n’eût été dominé par ce mélange horrible et incroyable de souffrances morales et de douleurs physiques, il eût compris qu’une rixe sanglante s’élevait dans le cœur du Wiehlois, torturé par ce souvenir.

« Si je meurs… tu l’épouseras… Prends… »

A ces mots, Lionel ouvrit son restant d’uniforme et lui tendit un pli jadis soigneusement cacheté mais qui maintenant, était tout fripé et avait un air de mort.

« Voilà mon testament Bartholomei ; je l’ai écrit au début de notre désespérante campagne et agité d’un étrange préssentiment qui ne m’a trompé. Par ce testament, mon ami, je te laisse la moitié de ma fortune, si tu consens à épouser ma future veuve. »


De sa pâleur noire qu’il était, Bart devint gris, un emportement nerveux s’empara de son être, et il prit le testament d’une main convulsive.

« Sois tranquille, cher Lionel, s’il t’arrivait malheur, je t’obéirais… Mais tu vivras, tu reverras ta tendre Asha, pour laquelle, je dois t’avouer, je n’éprouve plus qu’une vive et respectueuse amitié. »

« Ma mort vient, je te le répète encore... »

Sa tête s'inclina de nouveau vers sa poitrine et l’entité du Sommeil le prit avec une rapidité tenace.

« Laissons-le dormir un peu,
dit Bart à Jophiel, nous veillerons. »

« Quel froid ! » murmurait Jophiel dans son calme plus qu’anormal, et tout en aidant le sergent à coucher le capitaine vers le feu et à le couvrir des lambeaux de couvertures qu’il pouvait avoir.

Quelque temps après, le capitaine Del Agito dormait profondèment.

Jophiel, l’œil rivé un peu partout, alimentait sans cesse le brasier, et veillait à ce qu’aucune étincelle ou autre projectile sortant des flammes ne tombât sur lui ou sur son chef. Il le fit plus par nécessité que par respect car lui aussi avait un peu froid ; seul le Wiehlois n’était que peu affecté par les températures terribles.

Celui-ci avait la tête dans ses mains ; ses yeux étaient baissés, et mille pensées confuses devaient s’agiter dans sa tête.
Cet homme, pour lequel Del Agito avait une aveugle amitié, possédait tous les vices des races folles. Avide et vindicatif, il était souple et insinuant avec tout le monde. Il s’était rangé dans la milice de Pohélis pour éviter les troubles qu’il a commis dans son pays ; il avait eu l’art de se lier avec les officiers fortunés et possédant des titres. Il avait beau ne rien posséder dans sa poche, il n’avait que des amis richissimes.
Bartholomei était devenu sergent bien plus grâce aux rouages mécaniques des choses, en un temps où Phaïtos faisait une ample moisson d’officiers, que par sa propre bravoure.
Il avait bien assisté à moult batailles, mais jamais on ne l’y avait vu s’y distinguer à juste titre. Peut-être n’était-il pas lâche ; mais à coup sûr, ce n’était pas un homme brave et émérite.
Bart et Lionel étaient amis depuis dix ans. Sergent tous deux, quelque années auparavant, ils avaient rencontré à Kendra Kar mademoiselle Asha Tierdil, fille d’un fournisseur d’arme pour toute les armées, belle et charmante jeune fille dont ils s’éprirent tous deux. Asha choisit à plus juste raison, le capitaine qu’est maintenant Lionel.
A partir de ce jour, Bart voua à son ami cette haine violente et terrible qui ne peut germer que dans un cœur plein d’idées noires, une haine de plus en plus puissante et de plus en plus secrète, dissimulée sous les dehors de la plus cordiale et respectueuse affection. Une rage mortelle, implacable, et qui devait éclater au premier moment favorable.
Cette vengeance, le Wiehlois venait de la trouver enfin, et il la méditait froidement tandis que le capitaine dormait et que Jophiel pensait à tout autre chose.

« L’insensé ! se disait tout bas Bart qui jetait de temps en temps un sombre coup d’œil à l’officier endormi, le fou ! Il vient de me donner à la fois son argent, à moi qui suis pauvre, et sa femme, à moi qu’elle a rejeté… On ne saurait prononcer plus expressivement son arrêt de mort. »

Son regard se porta l’espace d’une seconde sur Jophiel.


« Cet homme va me gêner, tant pis pour lui ! »


Il se releva et s’approcha de son cheval.


« Que faites-vous, sergent ? » lui demanda l’apprenti.

« Je veux vérifier si mon sabre n’est pas usé. »


« Oh… »

« Avec cette neige du démon, poursuivit tranquillement Bart, il ne serait pas étonnant que la lame s’émousse, et si les orques arrivent … »

Le sergent mit à ces mots les mains sur la lame et donna des coups en l’air rapidement. Jophiel le regardait sereinement et sans défiance aucune.

« La lame est bonne, elle n’a pas trop souffert, heureusement. »

Il regarda le soldat et lui demanda :

« Sais-tu que j’ai une adresse incroyable à l’escrime ? »

« C’est bien possible. »

« En même pas trente seconde, lors de duel primé, je touchais mon homme au cœur, et je le tuais d’un coup. »

« Oh, vraiment ? »

« Il y a mieux. J’ai fait plusieurs fois le pari de crever un œil à mon adversaire, le gauche ou le droit et j’ai toujours fait mouche… Mais vois-tu, l’ami, le plus simple est de toucher le cœur, on tue à tout les coups. »

Bartholomei pointa son sabre vers le cœur du jeune Jophiel.

« Que… que faites-vous ? » s’écria promptement le soldat en faisant un bond en arrière.

« Je vise le cœur, lui répondit très froidement le sergent qui commença à charger vers lui : je ne veux pas te faire souffrir. »

De ce geste, Jophiel n’eût que très peu de choix : l’esquiver en partie et peut-être mourir dans d’atroces souffrances ou se le prendre de plein fouet et mourir sans souffrir. Il préféra la première solution et ne reçut point la lame au cœur mais à côté. Son assaillant ajouta :

« Tu étais de trop ici, mon garçon ; dommage pour toi ! »

Un immense cri survolait dans la nuit, une détonation mortelle des plus vives se fit entendre, la douleur fut intense, et Jophiel tomba à la renverse en alignant ses quelques mots qui n’avaient pas beaucoup de sens :

« Je… je... suis… plus… vieux… que… que toi. »

A cette clameur, à cet hurlement ultime, Lionel Del Agito fut brusquement arraché de sa léthargie bénéfique, et se leva à moitié croyant avoir affaire à des orques.

Mais Bartholomei, armé d’une lame ensanglantée, appuyait avec fougue sur son genou avec sa botte et le renversa brutalement sur le sol, où il ne put que rester couché.

Stupéfait de cette agression, il vit sur la figure grimaçante et railleuse de son ennemi, animée d’un facies féroce, un sourire qui lui révéla, avec la rapidité de Valyus lorsqu’il lance un éclair, toute la bassesse, toute l’infamie de cet homme en qui il avait si fermement cru pendant tout ce temps.

« Tu as été assez niais, capitaine Lionel Del Agito, pour croire à l’amitié de l’homme à qui tu avais dérobé la femme qu’il aimait… tu as été assez stupide pour t’imaginer qu’il te donnerait le pardon ! Mais tu as poussé ta crédulité et ta sottise au point de lui donner en inscrivant dans ton testament ce que tu as pris ! En me suppliant, moi, ton cher et tendre ami d’épouser ta veuve et d’accepter la moitié de ta fortune ! Tu t’es endormi dans l’espoir de revoir des aubaines plus justes, de la revoir, elle et ton enfant ! Stupide individu, tu avais raison car non, tu ne les reverras pas.
Et tu t’endormiras pour toujours, feu mon ami ! »


Et Bart dirigea la pointe de son arme vers le cou de Lionel. Mais celui-ci, dominé par son instinct, essaya de se lever mais rien à faire, le sergent appuyait de son pied sur son ventre, la pression était trop forte et s’il se débattait trop, il risquait de suffoquer.

« Inutile l’ami, tu dois rester ici. »


« Lâche ! »

« Mais sois donc tranquille, mon cher Lionel, ton vœu sera accompli. Je l’épouserai ta veuve, je porterai même ton deuil, et le monde me verra pleurer éternellement mon très cher et dévoué ami. J’ai toujours été homme à écouter quand il le faut. »


La pointe de la lame toucha le cou du capitaine, maintenu immobile par le pied du perfide Wiehlois, icelui transperça le cou du Del Agito avec le même sang-froid qu’il en avait mis il y a un instant pour Jophiel.

Son sang coulait par terre, éteignant le triste feu, marquant la fin des évènements ici bas.
Jophiel était étendu tout près dans une mare de sang, et le crime du Wiehlois n’avait eu d’autre témoin que les Dieux en personnes.
)

Jophiel se réveilla en sursautant, la main sur sa poitrine essayant de sentir l'entaille qui avait disparu depuis maintenant trois ans. L'étrange sentiment qu'était l'angoisse jaillissait en lui, jaillissait pour disparaître et laisser revenir un calme plus habituel chez l'homme à l'œil bandé et plein de paille sur le visage.

« Juste un rêve, une réminiscence obscure mais pourquoi maintenant ? »

La jeune recrue n’était pas morte, comment, pourquoi ? Lui-même ne savait encore pourquoi mais toutes ces questions le hantaient profondément, l’interrogation sur sa survie tiendrait du miracle ou de l’intervention d’urgence. Personne ne le savait ; chose certaine, Jophiel demeurait en vie. Bien en vie. Au fond d’une cale d’un navire qui avait fini sa trajectoire, au fond d’un univers ou il n’était rien de plus qu’un point dans l’océan des dieux.
Un marin n’avait pas omis de prévenir l’ancien soldat par un signe fort étrange qu’il était en train d’accoster.

Il était à demie couché, entassant son oreiller de paille sous sa tête s’enveloppant dans une pelisse de voyage que les marins lui avait confiée pour le voyage, et refusant de sortir de sa chambre-cale il marquait clairement son désir décrit en quelque mot que son facies décrivait parfaitement "je veux dormir encore un peu". Mais peu importe, Jophiel devait se lever, se lever et commencer l’inconnu ; commencer et peut-être ne jamais en terminer avec cet inconnu étrange et passionnant. Mais comme le disait un sage Ynorien « L’aventure ne s’arrête jamais, sauf quand Phaïtos vous dit : c’est fini. »

En se levant, il se souvint de la douleur que la lame lui avait portée et se mit à parler bien tristement, d’une voix amère et pleine de mélancolie ; sa voix fine et claire allait laisser transparaitre un délicieux accent hinion qu’il avait gagné par la lecture de nombreux parchemin jadis lorsqu’il étudiait et travaillait à l’université des glaces. Une sonorité rare et belle mais impure aux oreilles d’un elfe blanc allait se jouer, impure car l’être chanteur-narrateur n’en était pas moins qu’un bâtard de demi-elfe et rien ne peut être plus parfait qu’une voix d’elfe, heureusement nuls elfes n’étaient présent à l’écoute de ces paroles :


« Olos mallo i sercë cèluëa *


_______________________________________________________________________

*Olos mallo i sercë cèluëa: Vision où le sang coule. ( enfin, approximativement, désolé. )

_________________
Image
« La mort est personnifiée
COMME FIGURE ANTHROPOMORPHE
ou personnage fictif
dès le début de l'humanité. »


Dernière édition par Jophiel Belmont le Ven 27 Nov 2009 18:34, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Rêve brûlant, corde mouillée.
MessagePosté: Jeu 19 Nov 2009 06:33 
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Peu de temps après la scène terrible qui s'était manifesté de manière chimérique chez Jophiel, c'est-à-dire au mois des premières lueures du doux soleil de Nosveris, nous avions retrouvé le sergent Bartholomei capitaine et l'heureux époux de madame Asha Tierdil.
Le capitaine habitait, durant l'été Nosverien, une belle terre d'apparence seigneuriale, située non-loin de Lebher, aux limites extrêmes des terres conquises par les Garzoks. Len'Udrac, le nom du domaine, était une propriété de la famille que feu le capitaine Lionel Del Agito avait léguée à sa femme.
A l'oreille, on pouvait aisément comprendre que le bon et juste Del Agito possédait dans sa parenté un mince filé de sang elfique. Et au positionnement géographique, on le comprenait encore car les terres étaient vraiment éloignées de la cité hiniöne.
L'Hôtel était bâti au bord de la mer, en haut d'une falaise, et du côté de la terre il dominait une belle petite vallée elfique couverte de fleurs aux couleurs chamarrées et bordée de grands bois.
Rien n'était plus sauvage et plus pittoresque, plus isolé et plus charmant d'aspect, que ce vieux manoir d'un style datant des premiers conseils elfiques complètement restauré dans le goût moderne à l'intérieur, grâce à la fortune immense du capitaine Bartholomei, et auquel, à l'extérieur, on avait conservé son poétique manteau de vétusté.
Un grand parc aux ormes séculaires entourait le château de l'ouest à l'est. La façade était battue en brèche par la mer, cette mer houleuse, grise et froide, aux grandioses colères, qui ronge éternellement les côtes de Nosveris.
Une plate-forme, dont la construction remontait aux grandes guerres elfiques, s'étendait, de ce côté, d'une tour à l'autre. En bas, à au moins une centaine de pieds, grondait l'impétueux océan qui sépare Nirtim de Nosveris.
Le capitaine était arrivé à Len'Udrac vers la fin de l'hiver, en compagnie de sa femme, fraichement revenue de Kendra Kar et qui touchait au terme d'une grossesse, fruit de la nouvelle passion, et d'un enfant de six ans environ qui se nommait par une fortune des plus incroyable Lionel, comme son père, l'infortuné lion de Pohelis que notre ami Jophiel avait vu périr assassiné par le Wiehlois.
Le capitaine Bartholomei avait été fait seigneur pour son "courage et sa bravoure incroyable", ce qui faisait que la veuve de Monsieur Del Agito avait conservé ainsi ses titres de noblesses. Ce devait être principalement pour cela que l'opportuniste fut anoblie et point pour autre chose mais passons ce croustillant détail.
Le seigneur, - nommons-le ainsi désormais ce Wiehlois charogn...- le seigneur, disions-nous, passait son temps à chasser dans les environs, et s'était lié avec tous les hobereaux hiniöns des alentours, cela n'étaient point difficile car tant qu'on les nourrissait, ils revenaient.
Madame Tierdil, elle, vivait dans la retraite la plus absolue. Certes, ceux qui avaient connu jadis dans la belle cité de Pohélis la jeune dame auraient eu peine à la reconnaître maintenant ; elle était devenue pâle et flétrie, avec un regard navré, à la démarche emplie de mornes lassitudes, au sourire triste et résigné.

Quatre années plus tôt, Dame Tierdil, qui depuis plusieurs mois était en proie à une mortelle inquiétude quant au sort de son mari, avait vu entrer chez elle, un froid matin, le capitaine Bartholomei tout vêtu de noir.
Le capitaine, on le sait, avait aimé Asha ; mais son amour n'avait eu d'autre résultat que celui d'inspirer à la jeune femme une aversion profonde pour cet malfaisant homme, dont elle devinait instinctivement la nature fausse et obscure.
Bien souvent, depuis son mariage, elle avait essayé d'ouvrir les yeux à Lionel Del Agito sur son amitié pour le Wiehlois ; malheureusement, le capitaine avait pour lui une aveugle affection que rien n'aurait su altérer.
A la vue de Bart, la noble dame avait poussé un cri, devinant un malheur. Il s'était approché d'elle lentement ; il avait pris ses deux mains dans les siennes, et dit, en essuyant une larme hypocrite:


« Phaïtos est sévère pour nous, madame : il nous a pris, à vous, votre époux ; à moi, mon ami. Nous n'avons plus que l'espoir de pleurer ensemble... »

Ce ne fut que quelques jours plus tard que la malheureuse veuve prit connaissance du testament de son mari, de ce testament où il la suppliait, l'insensé ! d'épouser celui qui devait être son meurtrier, et de donner un second père à son enfant. Mais l'aversion de la dame pour Bart était si grande, qu'elle se révolta et lui refusa sa main. Le Wiehlois était souple et patient: il parut s'étonner du vœu de son ami défunt ; il se déclara indigne de prendre sa place. Il sollicita l'humble faveur de demeurer le simple protecteur l'ami dévoué de la pauvre veuve, le tuteur du jeune orphelin.
Et pendant trois années, cet homme joua si bien son rôle, il se montra si affectueux, si bon, si plein de dévouement et d'abnégation, qu'il finit par désarmer la noble Asha ; elle crut s'être trompée et l'avoir mal jugé.

Les revers de la protection elfique arrivèrent.

Madame de Tierdil, une kendrane de naissance, vivait dans un domaine d'un à peine quart de sang elfique qui ne défendait pas le territoire des elfes mais celui de Pohélis, Asha se trouva en butte à quelques persécutions ; plus que jamais elle comprit cet isolement terrible de la veuve qui est mère et qui doit bonne augure à son fils.
Bartholomei, un humain de Wielh, était devenu une sorte de courtisan à Lebher et rien qu'en cela, il pouvait beaucoup pour l'avenir de l'orphelin. Comprenez bien que cette dernière considération triompha en sa faveur dans l'esprit de la noble kendranne ; elle finit par céder à ses instances et... épousa le capitaine Bartholomei.
Mais, chose bizarre, elle n'eut pas plus tôt lié son existence à celle de cet homme, que l'aversion première qu'il lui avait inspirée, et qu'il était parvenu à éteindre, se ranima vivace au fond du cœur de la belle dame.
Puis, le capitaine ayant atteint son but, jugea désormais inutile de continuer son rôle de longue et patiente hypocrisie. Son naturel haineux, son caractère sauvage et vindicatif reprirent insensiblement le dessus, et il parut vouloir se venger des premiers dédains d'Asha.
Alors commença pour la misérable femme cette vie d'isolement et de larmes qui cache ses cruels mystères sous la tyrannie conjugale. Bart sourit à sa femme au grand jour du monde, et devint son bourreau dans l'ombre de l'intimité. Icelui inventa des tortures sans nom pour cette noble femme qui avait cru en lui un seul jour.
Sa haine jalouse s'étendit jusqu'à l'enfant qui lui rappelait le premier époux de la comtesse kendranne, et lorsque cette dernière fut sur le point de devenir mère, le Wiehlois osa faire l'infâme calcul que voici:


« Si le petit Lionel mourait, mon enfant hériterait d'une bien belle fortune... Et comme il est si facile, si aisé qu'un enfant d'à peine cinq ans vienne à mourir ! »

C'était en méditant cette pensée que le seigneur Bartholomei était arrivé à Len'Udrac ; pendant que la comtesse, dévorant ses larmes, vivait donc dans cet Hôtel dans une retraite absolue, consacrant tous ses soins à son enfant, tandis que son mari menait joyeuse vie.
Un soir, - on était alors à la fin du premier mois de l'été,- elle avait laissé le jeune Lionel jouant sur la plate-forme du manoir, et, dominée par ce besoin de prière et de recueillement qu'éprouvent les âmes meurtries, elle s'était retirée dans sa chambre pour s'y agenouiller devant une grande statue de Yuia d'ivoire placé au chevet de son lit. Elle s'était demeurée longtemps en prières, et la nuit était venue, une nuit nébuleuse et sombre comme on en voit si souvent sur les côtes brumeuses du vieux continent des glaces. Le vent de la mer soufflait avec violence, les vagues agitées grondaient au bas des falaises. La noble personne songea à son fils, et, dominée par un pressentiment sinistre, elle allait quitter sa chambre pour appeler l'enfant, lorsque son mari entra.
Bart était en habit de chasse, botté et l'arbalète à la main. Il avait passé sa journée dans les bois voisins, et il paraissait arriver à l'instant même ; à sa vue, la comtesse sentit redoubler cette vague angoisse qui lui serrait le cœur.


« Où est dont Lionel ? » Lui dit-elle avec vivacité.

« J'allais vous le demander, répondit tranquillement le seigneur ; car je suis étonné de ne point le voir auprès de vous. »

La comtesse tressaillit au son de cette voix hypocrite, et son serrement de cœur s'en accrut encore.

« Lionel ! Lionel ! » appela la comtesse en ouvrant la croisée qui donnait sur la plate-forme.

L’enfant ne répondit pas à l'appel de son nom. Cela fut en vain.

« Lionel ! mon petit Lionel !» répéta la mère avec angoisse.

Cependant, il eut le même silence. Une lampe placée sur un guéridon n'éclairait qu'imparfaitement cette vaste pièce, à laquelle on avait laissé ses vieilles tentures, ses meubles d'un bois noirci et son cachet de vétusté. Mais un de ses reflets tomba sur le front bruni du Wiehlois, et il sembla à la comtesse qu'une pâleur livide le couvrait.

« Mon enfant ! répéta-t-elle avec anxiété ; qu'avez-vous fait de mon enfant ? »

« Moi ? répondit le seigneur avec un léger tressaillement dans la voix qui n'échappa point à la mère inquiète ; mais je ne l'ai pas vu, votre enfant, je descends de cheval à l'instant même. »

En prononçant ces derniers mots, l'accent troublé de Bart avait retrouvé son intonation habituelle et un calme parfait. Asha ne s'élança pas moins au dehors, agitée des plus sinistres pensées, et appelant:

« Lionel ! Lionel ! où est Lionel ? »

Vingt minutes auparavant, le seigneur Bartholomei était arrivé de la chasse et avait mis pied à terre dans la cour de Len’Udrac. Le personnel du domaine était peu nombreux et se composait d’une dizaine de serviteurs tout au plus, y compris le maitre d’écurie et les deux maîtres chiens. Les trois derniers demeuraient dans la cour, occupés au chenil et aux écuries ; les autres étaient disséminés dans le château. Le seigneur gravit donc le grand escalier du manoir sans rencontrer personne sur son passage, et arriva à l’entrée d’une longue galerie qui régnait tout alentour du premier étage, conduisant de droite et de gauche aux divers appartements, et ouvrant par une porte vitrée sur la plate-forme.
Cette plate-forme était la promenade favorite du Wiehlois. Il y venait d’ordinaire, après le déjeuner ou le dîner, fumer et jeter un regard rêveur et distrait sur la mer. La porte vitrée était entr’ouverte ; machinalement Bartholomei en franchit le seuil. Il était alors presque nuit. Un dernier rayon crépusculaire glissait à l’horizon et séparait encore les vagues extrêmes de l’océan du dernier nuage du ciel. Le bruit de la mer se heurtant au pied de la falaise montait jusqu’à la plate-forme comme un sourd murmure.
Bart fit trois pas et trébucha. Son pied venait de rencontrer un objet qui rendit un bruit sec à ce contact. C’était un cheval de bois avec lequel jouait l’enfant.
Le capitaine fit quelques pas encore, et, aux dernières et mourantes lueurs du soir, il aperçut l’enfant adossé au parapet de la plate-forme, dans un coin, et parfaitement immobile. Lionel, lassé de jouer avec son cheval de bois, s’était assis un moment pour se reposer, puis le sommeil était venu, ce sommeil invincible qui s’empare brusquement de l’enfance, et il dormait profondément.
A la vue de l’enfant, il s’arrêta tout à coup. Il avait chassé seul tout le jour. La solitude est mauvaise conseillère pour ceux que tourmente une pensée assassine.
Pendant cinq ou six heures, Bartholomei avait chevauché sous les vertes coulées de ces vastes forêts de la région de Lebher où le silence est si profond, l’isolement si complet.
Il avait perdu la chasse, il avait cessé d’entendre la voix des chiens, et peu à peu, en proie à une vague rêverie, il avait laissé flotter la bride sur le cou de son cheval ; alors était revenue ardente et tenace, cette pensée qui l’obsédait depuis que la comtesse était enceinte.
Le petit Lionel, s’était-il dit, aura un jour l’âge adulte, et toute la fortune de son père lui reviendra. S’il mourait, sa mère hériterait de lui, et mon enfant à moi de sa mère.
Et, une fois encore, le Wiehlois avait caressé le rêve infâme de la mort de l’enfant. Or, voici qu’à son retour le premier être qui s’offrait à lui c’était cet enfant, cet enfant endormi là, dans ce lieu solitaire, loin de tout le monde, à cette heure nocturne où la pensée d’un crime germe si aisément dans une âme avilie.
Le seigneur n’éveilla point l’enfant, mais il s’accouda sur le parapet de la plate-forme et pencha la tête. En bas, à plus de cent toises, les vagues moutonnaient, couronnées d’une écume blanche, et ces vagues pouvaient servir de cercueil. Il se retourna, et d’un regard rapide explora la plate-forme. Celle-ci était déserte, et l’obscurité de la nuit commençait à l’envelopper.

La grande voix de Moura semblait monter jusqu’à lui et semblait lui dire : « L’océan ne rend point ce qu’on lui confie. »
Un éclair infernal traversa l’esprit de cet homme, une tentation terrible le mordit au cœur.


« Il aurait pu se faire, murmura-t-il en respirant lourdement, que l’enfant, curieux de regarder l'infini mer, eût escaladé le parapet qui n’a pas plus de trois pieds de hauteur ; il aurait pu se faire encore qu’il se fût assis imprudemment sur le parapet, et que, là, il se fût endormi... oui. Puis, en dormant, il aurait perdu l’équilibre… c'est ça, oui ! »

Un sinistre sourire glissa sur les lèvres blêmes du Wiehlois :

« Et alors, acheva-t-il, alors, mon enfant à moi n’aurait pas de frère, et je n’aurais plus à rendre des comptes de tutelle. La fortune lui reviendra de droit. »

En prononçant ces derniers mots, le seigneur Bartholomei se pencha de nouveau vers la mer.
Les flots grondaient sourdement et semblaient lui dire : « Donne-nous cet enfant qui te gêne, nous le garderons fidèlement et lui ferons un joli linceul d’algues bleus. »

Puis encore il jeta un second regard autour de lui, ce regard investigateur et rapide du criminel qui craint d’être épié. Le silence, l’obscurité, la solitude lui disaient : « Nul ne te verra, nul n’attestera jamais devant une justice que tu as assassiné un pauvre enfant ! »
Et alors le seigneur fut pris de vertige et n’hésita plus un instant.
Il fit un pas encore, prit dans ses bras l'innocent endormi, et lança la frêle créature par-dessus le parapet. Deux secondes après, un bruit sourd qui monta des profondeurs de l’océan lui apprit que la vague avait reçu et englouti sa proie.

L’enfant n’avait pas même jeté un cri en s’éveillant dans le vide.

Pendant quelques minutes, Bartholomei demeura immobile et saisi d’une étrange fièvre à la place même où il avait commis son forfait ; puis le misérable eut peur et voulut fuir ; puis encore le sang-froid qui caractérise les grands criminels lui revint, et il comprit qu’il se trahirait s’il fuyait. Alors, d’un pas mal assuré encore, mais déjà le front calme, il quitta la plate-forme sur la pointe du pied et se dirigea vers l’appartement de sa femme, laissant enfin résonner ses éperons et le talon de ses bottes fortes sur les dalles de la galerie.
La noble kendranne s’était précipitée hors de sa chambre, demandant son fils à tous les échos, et son mari l’avait suivie, manifestant à son tour une vive inquiétude, car l’enfant avait coutume de revenir à sa mère aussitôt qu’il avait joué.
Les cris de la comtesse eurent bientôt mis tout le château en rumeur. Les domestiques accoururent. Aucun n’avait vu le petit Lionel depuis l’instant où sa mère l’avait laissé sur la plate-forme.

On explora le château, le jardin, le parc ; l’enfant n’était nulle part.

Deux heures s’écoulèrent au milieu de ces recherches infructueuses. La comtesse, éperdue, tordait ses mains de désespoir, et son œil ardent semblait vouloir scruter jusqu’au fond du cœur de Bartholomei, qu’elle regardait déjà comme le meurtrier de son fils, et deviner ainsi ce qu’il en avait fait.

Mais le Wiehlois jouait si bien l’affliction la plus profonde, il y avait dans sa voix et dans son geste tant de naïf désespoir et d’étonnement, que la mère, une fois de plus, crut qu’elle obéissait à cette insurmontable aversion qu’elle éprouvait pour son mari, en l’accusant de la disparition de son fils.

Tout à coup un domestique arriva tenant à la main le petit chapeau de l’enfant orné d’une plume blanche, et qui était tombé de sa tête à la rive de la plate-forme durant son sommeil.


« Ah ! le malheureux ! exclama Bart avec un accent auquel se méprit la pauvre mère, il aura escaladé le parapet… »

Mais au moment où la comtesse reculait d’épouvante à ces paroles et à la vue de cet objet qui semblait en confirmer la sinistre vérité, un homme apparut sur le seuil de la salle où se trouvaient alors les deux époux, et, à la vue de cet homme, le seigneur Bartholomei recula frappé de stupeur et devint livide.

Le personnage qui venait d’apparaître était un homme dont l’âge était fort incertain, vêtu d’une longue redingote blanche ornée d’un ruban noir, et comme en portaient alors les anciens combattants de Pohélis mis de côté par la cité de Lebher.
Cet individu était de haute taille, un feu sombre brillait dans son regard, éclairant d’un reflet indigné son visage pâle de courroux.
Il fit trois pas à la rencontre de Bartholomei, qui reculait épouvanté, étendit la main vers lui, et lui cria :


« Assassin ! voilà ce que vous êtes, vous n’êtes qu’assassin Bartholomei ! »

« Jophiel ! murmura Bartholomei saisi de vertige, Jophiel Belmont ! »

« Oui, répéta l’ancien soldat, car c’était lui, Jophiel que tu as cru tuer raide, et qui n’est pas mort… Jophiel, que les Eàrions ont trouvé gisant dans son sang, une heure après ta fuite et ton double crime, et à qui ils ont sauvé la vie… Jophiel, errant et cherchant pendant quatre ans et qui, enfin, vient te demander compte du sang de son capitaine dont tes mains sont couvertes… »

Et comme Bartholomei, foudroyé, reculait toujours devant cette apparition terrible, Jophiel regarda la comtesse et lui dit :

« Cet homme, madame, ce misérable, il a tué l’enfant comme il a tué le père. »

La noble dame comprit. Son visage s’assombrit et sa peine s’accomplit ; ses intuitions premières étaient plus que juste, il était impossible d’imaginer la tristesse et la rage qui fulminait en elle à ce moment.
Alors Asha, éperdue et folle naguère, devint une tigresse en présence de l’assassin de son enfant ; elle s’élança sur lui pour le déchirer avec ses ongles, en criant :


« Assassin ! assassin ! La mort t'attend au tournant... je te livrerai moi-même à cette mort en t'envoyant au bourreau ! Non… je le serai, ce bourreau ! »

Mais alors, comme l’infâme reculait toujours, la mère poussa un cri et sentit remuer quelque chose au fond de ses entrailles… Elle poussa un cri et s’arrêta, pâle, chancelante, brisée…
L’homme qu’elle voulait dénoncer à la vindicte des lois, l’homme qu’elle voulait traîner sur les marches de l’échafaud, ce misérable, cet infâme était le père de cet autre enfant qui commençait à s’agiter dans ses flancs.

C’est à nouveau en plein sursaut que notre doux rêveur se réveilla, l’esprit plein d’angoisse, le corps tremblant, le visage en sueur.

(Mais combien de temps me suis-je encore assoupi ? Je pensais bien m’être mis en route vers la sortie du navire…)

Combien de temps, oui, c’était la question à se poser ! Encore dans son lit de paille, il dégagea habilement la saleté sur sa chemise et sur son épaulette puis se leva encore plus péniblement que la première fois.

(Je… cela fait tout de même un petit moment maintenant… pourquoi repenser à tout cela, pourquoi avoir imaginer tout ce que madame Tierdil m’avait raconté. Qu’est devenu Bartholomei maintenant ? Le pire est que je ne me souviens de rien après cette scène… qu’ai-je fait après ? Je n’ose l’imaginer… Et le petit Lionel… j’ai vu le père mourir devant moi et je n’ai été capable de sauver le fils. Quel ridicule personnage je suis !)

Il bailla longuement puis après cette longue action, les larmes vinrent sur son visage ; Jophiel voulait le cacher, il voulait croire à la fatigue et à rien de plus mais il savait, il savait quelle dolente peine il endurait : la perte d’un ami ainsi que celle de l’enfant qu’il avait pour devoir de protéger.
Il ne laissa point cette triste eau couler trop longtemps sur son faciès puis reprit son expression blasé, stoïque, extérieur au monde.
Cela n’allait trop durer. En montant lentement vers le pont principal, il entendit de manière à peine audible une chose qui l’alarma de manière fort vive. Ses oreilles d’une bonne finesse grâce à son métissage assez étrange sur ce continent avait entendu l’ancre du navire se lever doucement et ce qui l’avait fortement engagé à une accélération progressive était le :


«Levez les voiles, nous partons ! Direction Lebher ! »

(Mhm. Il est temps pour moi de... Partir !)

Ses jambes prirent le dessus, car il n’avait pas l’intention de rester sur ce bateau et de passer des semaines à dormir et à méditer ! Cela il l’avait déjà fait à l’aller et, normalement, c’était du sens unique. On pouvait facilement imaginer que les marins trop las d’attendre que le passager qu’ils avaient accepté gratuitement sur leur bateau, n’avait aucune ambition d’escorté Jophiel dehors que celui-ci était assez grand pour sortir s’il en avait l’envie. Mais peu importe, il avait espoir de pouvoir s’en sortir rapidement… après comment ?
Le semi-elfe avait atteint le pont principal du bateau et avec une force improbable il raisonnait à comment sortir maintenant, ses pas augmentaient en rapidité, son regard tentait de percer le peu de mètres qui séparait le quai du navire et dans sa franchise il ne put le dire, la seule chose qu’il osa narrer fut :


« Au mieux, je m’écrase ! Mais en aucun cas je reste ici ! »

Icelui continua sa course, augmentant de plus en plus sa vitesse, avec une mine extrêmement étonnée, et, non bizarrement, la peur de mourir au ventre. Il devenait toujours fort sensible dans de pareilles circonstances et il craignait beaucoup les visages qui le voyaient courir comme un dément vers le quai qui s’éloignait devant ses yeux. On pouvait lire dans les yeux des marins une sorte de pitié ou de mépris, la scène était ridicule pour eux, pour Jophiel, elle était vitale.

(Je vais devoir sauter !)

Et il avait raison ; cependant, il voyait maintenant clairement ce qui séparait le bateau du quai auquel il était rattaché, il jaugeait aussi que la bateau était trop grand pour sauter sur la terre même, il allait devoir plonger pour ne pas mourir. Il était à bout de force, il décèlerait plus qu’autre chose à présent . Son unique solution était de se mettre à l’eau, sauter, bondir !
Il ne réfléchie plus et se jeta directement à l’eau, en plongeant de manière spontanée, un pur appel de survie pour lui. La tête la première, il pénétra dans cette immonde eau salé qu’était celle du port de Dahràm .
Il ne voyait rien mais paniqua, il avait senti une assez grande douleur en piquant la tête dans l’eau, il venait de « plonger » d’une assez grande distance et il pensait s’en tirer avec plus de mal ; cependant, il n’était pas encore remonté à la surface et Jophiel n’était pas un très bon nageur, il se débattait plus qu’autre chose pour y parvenir.


(Je… c’est froid ! De plus, cette eau est bizarre. Calme-toi, et remonte doucement.)

C’était facile à dire, mais à faire… il avait bien du mal ! Il débattait des mains et des pieds jusqu’à la surface, un goût de sang se rependait sa la bouche, c’était cela la chose bizarre dans l’eau.
Effectivement, il n’était pas rare qu’on jette des cadavres dans les eaux du port, pas rare du tout même ; entre les bagarres, les disputes et les règlements de compte à grande échelle, cette ville ne manquait pas d’animation mortelle !
Une fois qu’il put respirer, il le fit à grande bouffée d’air fra… non cet air n’était en rien frais ! Jophiel était fatigué de son effort intense ; il se contenta de nager le plus simplement du monde.
Tout en brassant l’immonde eau il arrivait doucement vers le rebord du quai où se situait il y a à peine une vingtaine de minutes le bateau qui l’avait amené ici. Jophiel était pour le moins secoué en remontant, il lui fallait un endroit accueillant pour se sécher et ici… rien ne l’était !
Il se secoua péniblement en gigotant dans tout les sens pour laisser évacuer l’eau qui était dans ses vêtements. L’armure en morceau paraissait intacte et son couvre-œil n’avait aucunement laissé passer l’eau dans son œil.
Tandis qu’il se dandinait dans tout les sens, il entendit une petite voix, calme et sans intention précise lui demandant :

« Et bien, et bien… un homme à la mer qui revient sur terre. Sans arme et semblant bien faible. Je peux vous aider ? »


-La suite-

_________________
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« La mort est personnifiée
COMME FIGURE ANTHROPOMORPHE
ou personnage fictif
dès le début de l'humanité. »


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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Dim 16 Mai 2010 12:39 
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Inscription: Sam 15 Mai 2010 19:00
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(Ainsi me voilà en Nirtim. Un des continents du sud... En partant de Lebher, j'ignorais que ceux là pouvaient exister, mais il me fallait fuir... et pour cela croire ce capitaine – qu'il meurre et que les chiens dévorent ses entrailles – qui naviguait bien en direction d'un quelconque port... Dahràm)

Dahràm, du royaume éponyme : il ignorait tout de cette destination avant qu'elle ne se profile sur l'horizon ; à la proue du bateau, il a guetté cette approche lente, inexorable, maudit le vent qui ne gonflait pas assez les voiles, la mer trop calme ; il aurait voulu déjà accoster, pour échapper à toutes les tâches avilissantes par lesquelles il assurait et le prix de sa traversée, et celui de sa liberté : le capitaine n'aurait eu aucun scrupule à le vendre s'il avait montré le moindre signe de paresse ou de révolte, Noroeb l'avait bien vite compris. Une claque derrière la tête lui a arraché un cri de surprise, et ce fut tout : il abandonna le poste d'observation au capitaine pour regagner la cuisine où l'attendaient les travaux que le maître coq ne pouvait plus exécuter ; une étrange maladie l'obligeant à garder le lit, aucun membre de l'équipage ne lui rendait visite, si bien que sa garde fut confiée à Noroeb, qui avait par là même acquis le statut seyant à un pestiféré – présentant l'avantage que plus un matelot n'osait l'approcher, ni même le bousculer, seul le capitaine avait encore assez de cran, ou se contraignait à en faire preuve, pour le molester, afin ne pas perdre la face aux yeux de ses hommes.

Du passé... Il a descendu la passerelle comme les autres, avec peut-être au coeur une plus grande joie, et l'espoir de ne jamais reposer un pied sur ce navire ; il savait que son avenir lui appartenait ; libre de toute attache, il se trouvait soumis à sa seule volonté et aux caprices du destin, tandis que ses compagnons – et malgré les traitements qu'ils lui ont fait subir, ils les plaint ! – devront sous peu, le coffre sur l'épaule, la bourse plus légère, reprendre leurs quartiers à l'avant du navire, là où se balancent imperceptiblement leurs hamacs au gré des oscillations du bâtiment. Sans un adieu, ils quitteront le port, comme ils ont quitté celui de Lebher : résignés. La plupart n'ont d'autre foyer que cette lugubre nef, et leurs femmes sont présentes à chaque escale, prêtes à prêter serment de fidélité éternelle, avec des accents de sincérité déchirants dans la voix, pour le tarif exigé. Et ils n'ont pas le caractère des pères. Noroeb les a quitté sans un au-revoir...

Désoeuvré, perdu, il erre sur le quai, plus désorienté que jamais ; la solitude l'étreint à mesure que la réalité le gagne, l'euphorie du retour à la terre ferme se dissipe lentement dans la peur qu'il sent monter en lui ; tournant la tête de droite à gauche, il s'agite, cherche une issue, à s'échapper ; de gauche à droite, il n'y a que les navires, le port, les quais, des hommes, quelques femmes, des étrangers. La panique le prend, il lui semble que son coeur se compresse, palpite ou s'arrête. Quelques instants passent avant qu'il ne se ressaisisse, quelques instants de trop : deux marins goguenards l'ont apperçu et jouent des coudes pour le rejoindre, grognant de vagues excuses – ou insultes – que nul n'entend dans l'agitation cacophonique.

Deux apperçus de mammifères marins de la plus belle espèce : puissant et majestueux en mer, défaillants et grossiers à terre. Tenus, semble-t-il, par leurs seules vareuses - pièces de tissu autrefois pigmentées, qui ont fini par prendre la couleur indéterminée des vêtements passés à l'eau de mer, brillants de sel, blancs de sueur au col ; les boutons sont de beaux petits ouvrages d'os, dont on peut apprécier la qualité sur les originaux, remplacés à chaque perte par des matériaux aussi curieux que des dents de carnivores, des morceaux de bois taillés, et pour les plus riches une piécette, celle qu'on peut arracher de son col pour payer un dernier verre – ils manquent de s'effondrer tous les dix pas environ, et se seraient étalés pour de bon s'ils ne se soutenaient pas mutuellement dans leur progression par les frappes bourrues que seul un ivrogne peut ajuster pour remettre son complice de beuverie d'aplomb, des taloches qui auraient fait tomber un autre.
On lit sur leurs faces burinées l'expérience de la mer, la brûlure du soleil réverbéré et du sel, le nombre de rixes et de combats aux cicatrices qu'ils arborent ; un bon capitaine sait tirer parti de ces hommes là, dans n'importe quelle situation ils obéissent aux ordres comme a un commandement divin, et s'appliquent à les réaliser de toute leur âme, ou tout de moins ce qu'il en reste : s'ils ne sont pas pétris d'honnêteté, il faut leur reconnaître leur compétence sitôt campés sur les planches du pont, ou suspendus dans la mâture – non sans avoir passé une nuit à dessaouler.
Pour l'heure, cloués à terre, ils ne valent guère mieux que n'importe quel continental se sentant pris du mal de mer à la simple vue de l'eau agitée dans un baquet ; l'alcool rend le sol aussi instable que le tillac par gros temps, leur pied marin suranné, autant qu'il brouille leur vue et émousse leurs sens.

"Dis Clabna, c'est quoi c'te piaf d'malheur ? Un cor'... corda... cordeau !"

"Corbeau qu'tu veux dire ?"


"Naaan, l'est trop vilain... l'a pas d'tifs, c'pas normal... naaaaaaaan pas du tout."


"Pis l'a pas l'air d'un homme... c'p'têt' une dame le noiraud... P'têt qu'elle pourra nous faire un p'tit queq'chose la dame !"

"Bah on va lui d'mander à la dame, hein Nbrataln !"

Les deux humains pâles de peau, plus grands que Noroeb – et selon leur apparence plus fort que lui – avancent encore, se déploient prudemment dans ce qui leur semble être une tactique de tenaille, gloussant de réjouissement à la pensée de leur succès et du bon temps qu'ils escomptent. Un pas après l'autre ils deviennent plus assurés, comme si la proie qu'ils cernent éveille en eux des instincts animaux plus forts que l'alcool qui inonde leur système sanguin ; Noroeb recule, sur le même rythme, loin d'être investi du calme nécessaire : la peur de la foule ne l'a pas lâché, cette foule a produit ses deux adversaires sans sembler pour autant soucieuse de lui cracher un sauveur. Sur le port, chacun vaque à ses affaires, et qu'importe celles des autres si on n'y trouve pas un quelconque intérêt. Un marchand d'esclave est passé, considérant la scène d'un oeil distrait, jugeant ce qu'il pourrait tirer du garçon en mauvaise posture : maigre, pas bien dégourdi au premier abord... il fait signe à ses deux gardes du corps de le suivre et déjà il songe à d'autres affaires plus lucratives.

Autant qu'il puisse en juger, Noroeb recule vers des piles de planches de bois précieux qui attendent d'être embarquées sur leur navire : une poignée d'hommes veille à ce que nul ne s'avise d'en dérober une. Voyant les deux ivrognes approcher, et le jeune Wotongoh reculer de plus en plus vers eux, un des gardes se lève du tabouret où il avait pris place, décidé à mettre de l'ordre dans cette affaire ; son chef lui agrippe le bras et lui intime l'ordre de laisser aller tant qu'ils ne s'en prennent pas à la marchandise ; obéissant, il obtempère sans rechigner. La voie est libre aux deux marsouins pour procéder à leurs méfaits, tous semblent fermer les yeux.
Acculé Noroeb laisse courir ses mains le long de la muraille de bois qui lui retire toute possibilité de recul, cherchant désespérément une prise, un moyen de l'escalader ; peu à peu sa raison lui revient, à mesure que le danger se fait plus pressant, plus présent à son esprit ; il passe en revue chaque solution, une à une, désespérément : courir ? se battre ? appeler à l'aide ? Soudainement son bras plonge : entre deux piles, un passage, étroit mais il peut s'y faufiler de profile, jouant de sa minceur, et ainsi échapper à ses adversaires. Ceux-ci ne repèrent que trop tard la manœuvre, et se perdent en hurlements et vociférations avant de se décider à contourner l'obstacle pour piéger leur gibier. Trop tard : il a fui.

(Nouvelle vie ! J'ai encore manqué de me faire écharper... et ma mère qui me racontait que j'étais né sous une bonne étoile... Ma bonne étoile s'est pour l'instant manifestée sous la forme d'un ours, d'une bande de voleur, d'un capitaine tyrannique, et maintenant de ces deux marins. Merci bonne étoile ! Merci !)

Ignorant de son devenir, motivé par la seule passion pour la vie qui lui noue les tripes, il prend le parti de quitter le port, et gagner la campagne, la forêt, un lieu loin des hommes, un espace familier. Si la moitié des histoires qu'il a entendu au sujet de Dahràm sur le navire est vraie, alors cette ville n'est pas pour lui. Tandis qu'il se faufile contre les murs suintants, sales, au pied desquels s'entassent ordures et excréments qui rendent les pavés irréguliers glissants, il tâte la légère tâche de sang qui se forme goutte à goutte sur la manche se sa tunique, au bras gauche, quelques centimètres sous l'épaule ; une écharde lui est rentrée dans la peau tandis qu'il ressortait du couloir entre les piles de planches, et la douleur se manifeste au moindre mouvement, à la plus petite contraction du muscle.

(J'ai encore trouvé le moyen de me blesser. Heureusement qu'ici il n'y a pas de bêtes flairant le sang... enfin je crois. Comment sortir ? Je ne peux pas demander mon chemin, puisque j'ignore sur qui je vais tomber. Passer pour un étranger naïf ne me semble pas être l'attitude à adopter pour rester en vie, ou tout du moins aussi riche que je le suis ; si tant est qu'on puisse appeler cinquante yu une fortune. Cinquante yu, ma bonne vieille corde, mes vêtements, et une gourde aussi sèche que ma gorge. Pas une arme, rien, et tout ça grâce au capitaine ! Comme si je pouvais avec un innocent couteau m'attaquer à qui que ce soit sur son rafiot sans me retrouver dans l'heure pendu par les pieds au grand mat, à recevoir des coups de fouet avant que l'on me fasse expérimenter la nage à sec dans une des cales. Quel idiot j'ai été de lui remettre celui que je possédais avant d'embarquer... un bon couteau de chasse. Il m'en faut un avant de quitter cette ville, sans quoi je ne donne pas plus cher de ma peau hors les murs qu'ici. Sans couteau, pas moyen de tailler la moindre branche pour en faire un piège, ni même d'écorcher les animaux pris au collet. Je ne vais tout de même pas faire cuire un lièvre avec sa peau ! Je peux bien en acheter un avec mes quelques yus. Sinon il me faudra en voler, je n'ai guère le choix.)

Il n'a vu de sa vie que deux ports, mais ceux-ci se ressemblaient étrangement. Le bâti est le même, de la pierre pour les plus riches, des planches pour les moins biens dotés, et le bois flottant échoué pour les pauvres. Tout pour la marine et les marins : femmes, matériel, équipement, guérisseurs, on trouve même un sculpteur réputé habile de jambes de bois de qualité. Ici une ancienne figure de proue accueille les clients d'une auberge, là un semblant de mât se dresse et son sommet sert de refuge aux oiseaux marins ; les rats partagent les quais avec les hommes, ils sont devenus au fil du temps un élément du milieu, on ne les chasse plus à moins qu'il ne leur prenne de mordre ou de voler, et là, gare ! Les meilleures tenancières les tiennent en horreur, et mettent un point d'honneur à les voir loin de leurs tripots, ce qui explique la présence coutumière de puissants chats ratiers, voire même de chiens, pour leur donner la chasse : le client apprécie peu de sentir lorsqu'il mange une bête rôder entre ses jambes, attendant patiemment la chute d'un morceau ou deux du repas, ou trouver dans son lit lorsqu'il satisfait en galante compagnie ses besoins naturels une troisième présence moins sensuelle.

Le port est avant tout une atmosphère. Rares sont ceux qui prétendent connaître ses bornes, car si elles existent sur le papier, et rien n'est moins sûr dans la réalité : l'atmosphère se joue de tout cadastre. Bien entendu, c'est un assemblage subtil d'odeurs qui définit dans un premier temps le port, on sent la mer avant de la voir, la mer et tout ce que les marins en tirent ou lui font porter ; les odeurs plus légères, portées par le vent dans le dédale des ruelles, précèdent de peu le bruit que les murs étouffent : il est d'abord un bourdonnement où percent des notes, devenant à chaque pas que l'on fait vers le coeur une mélodie, complexe, de métal, de vent, de corde, ou dominent les voix, appels et réponses ; parfois dans l'orchestre s'élève un chant, connu de tous, entonné en coeur dans l'ouvrage, qui s'éteint sitôt le dernier couplet et une reprise du refrain. Le port retombe dans sa léthargie molle et pourtant active.
Dahràm est pour Noroeb une ville nouvelle, dont il ne connaît que le port qu'il veut fuir, et le fleuve qu'il tente maintenant de remonter.

(Il y aura probablement foule sur les berges, les ruelles valent mieux. Mais je dois conserver le fleuve à ma droite. Les fleuves coulent vers la mer, mais ne prennent pas leur source dans la ville ; le fleuve me mènera hors de Dahràm, j'en suis certain. Et mieux vaut avoir un chemin que de tourner en rond, car c'est là le moyen le plus efficace de tomber sur des ennuis).

Vers les ruelles

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Noroeb / Wotongoh / Voleur


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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 31 Mai 2010 02:56 
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C'est la fin de l'après-midi. Le soleil est en train de se laisser doucement aller pour laisser place à une petite brume grisâtre avant la tombée de la nuit. Espardan était assis sur un container vide proche d'un mur. Le dos en appui, une jambe légèrement fléchie, l'autre tendue, il regardait un des quais d'un air rêveur. Ce quai lui était lié car il se remémorait sa fuite, plusieurs années auparavant quand il vivait sous le joug et la domination de l'esclavage. A cette heure de la journée, il n'y avait pas de foule sur les docks. Quelques dockers terminant un dernier déchargement, et quelques marins qui se dirigeaient vers la ville pour vaquer à quelques occupations divers avant de reprendre la mer qui les attendait des le lendemain.
Bien que le jeune voleur soit dans le genre hyperactif, en cet instant il se sentait plutôt d'humeur calme. Ceci dû aux effets légèrement narcotiques de ces herbes étranges qui se consumaient dans la pipe qu'il était en train de fumer. Tout de noir vêtu, comme à son habitude, capuchon relevé et vigilance affaiblie par la drogue, il ne se rendit pas compte de suite de la forte poigne qui le saisit par le côté et qui le fit basculer au sol comme un vulgaire sac à patate. Sortit immédiatement de sa rêverie, Espardan dénombra non moins de quatre paires de pieds l'encerclant dont un qui allait s'aplatir sur sa figure s'il n'eut pas rapidement le réflexe de rouler sur le côté. Un autre parti fort vers son flanc droit mais il esquiva l'attaque en saisissant la cheville de son assaillant. Dans cette même action, il en profita pour s'en servir comme appui afin de se relever tout en déséquilibrant l'homme.
L'analyse de la situation fut brève et rapide, quatre brutes voulait s'en prendre à lui. Pourquoi, il l'ignorait et à leur visage balafré et l'odeur forte d'alcool qu'ils empestaient, laissait à croire qu'ils ne lui diraient pas tout de suite le pourquoi du comment de cette agression. La déduction qu'ils en voulaient à sa vie fut bien vite écarté car sinon il serait déjà mort. N'ayant pas le temps de chercher à en savoir plus, il fallait pour le demi-elfe de se défendre des attaques qui allaient suivre car cette fois, les agresseurs avaient sorti leurs armes. L'un était armé d'un poignard dentelé avec encore des taches de sang sur la lame émoussé par l'usure du temps, un autre tenait fermement une masse d'arme et les deux restant étaient équipés avec des gourdins cloutés.

"Ok, les gars du calme. Vous voulez quoi au juste ?"

En guise de réponse, il reçut juste un grognement de l'un d'entre eux. D'un geste rapide, Espardan dégaina sa dague en la faisant tournoyer sur sa main et autour de ses doigts agiles. Encerclé par cette bande de malfrat, il attendit le premier assaut adverse pour tenter quelque chose. A ne point en douter, l'attaque venait de dos par celui qui avait la masse d'arme. Esquivant de justesse, il en profita pour accompagner l'élan de l'adversaire pour le faire se retrouver bousculer sur celui avec le poignard. Ensuite, il se baissa afin d'éviter deux coup de gourdin qui se croisèrent. Le voleur en profita pour s'écarter afin de ne plus être encerclé. Il envoya alors sa première charge en saisissant fermement la masse d'arme de l'un de ses adversaires avant qu'il ne puisse frapper à nouveau. L'homme resta surpris par la rapidité du geste, expression qu'il gardera à jamais car il n'eut pas le temps de sentir une lame froide qui glissait d'un aller-retour au niveau de sa jugulaire.

(Un de moins. Plus que trois)

L'attaque d'Espardan faillit lui couter très cher. Dans l'égorgement de sa victime il rabaissa vite sa dague lame vers le sol et ainsi reprendre une pose de garde. Mais son action fut interrompue car sa dague s'était planté dans l'avant-bras de l'homme au poignard qui tentait de planter son arme au niveau des reins. Même si le point visé ne fut pas atteint, le demi-shaakt se retrouva néanmoins avec un poignard planté dans la cuisse. Il ne prit pas le temps de se morfondre, il profita alors pour amplifier son geste afin de trancher les veines de la brute tout en extirpant avec son autre main le poignard de sa cuisse ruisselante de sang. Il recula par la suite afin d'éviter à nouveau un coup de gourdin qui arriva en plein sur le visage de l'homme à l'avant-bras sanguinolent. Tenant toujours le poignard, il l'envoya direct sur le deuxième au gourdin. Dans la précipitation du geste, le lancer fut loin d'égaler ceux effectué par les lanceurs de couteaux comme dans les cirques mais il eut pour effet au moins d'assommer la brute car il reçut le manche en plein front.

(Un égorgé, deux assommés dont un qui perd une bonne quantité de sang et devrait pas tarder à y passer et un troisiè... Mais où il est passé ? Ah le lâche!)

Le dernier assaillant avait pris les jambes à son cou. Ayant constaté le sort de ses compagnon, il eut le peu d'intelligence pour ne pas finir comme eux. Espardan en profita alors pour regarder sa blessure à la cuisse. Heureusement, elle n'était pas trop profonde mais ce fut à présent qu'il sentit. Par la suite, il inspecta le pouls de celui qui l'avait blessé. Le rythme était faible, il ne se réveillerait pas. Le jeune voleur des rues en profita alors pour déchirer quelques pans de leurs vêtements afin de panser sa blessure.

(Faudra que j'aille voir le rebouteux plus tard)

Ensuite, il entreprit de fouiller les trois corps gisants le sol. Rien d'intéressant sauf un parchemin. Espardan le déroula puis vit alors un dessin grossier lui ressemblant plus ou moins avec une demande de capture. La prime était de 200 yus, s'il était en vie et de 100 yus mort mais rien qui puisse lui dire pourquoi ni de qui ça venait. Une chose est maintenant sure pour lui quelqu'un lui en veut. Afin d'en savoir plus, il se saisit alors de l'homme assommé et le traina vers le bord. Sans aucune réserve ni de manière, il lui plongea la tête dans l'eau froide. L'effet escompté fut immédiat, la brute commença à reprendre ses esprits en se demandant ce qui se passe. Espardan répéta alors son geste avec une immersion plus cette fois.

"Alors qui c'est ?" dit-il d'une voix ferme.

"Hein! Qui ? Je sais p..."

Un autre plongeon se fit suivre.

"L'homme qui vous a engagé pour moi. C'est QUI ?"

"Attend je te jure, je ne sais pas son nom. Tout ce que je sais, c'est que c'est un marchand d'esclave."

Un énorme coup de poing s'en suivit laissant l'homme à nouveau dans un sommeil profond. Les idées devinrent plus clair. La déduction était immédiate. Ainsi son ancien propriétaire avait réussit à le retrouver. Espardan ne put s'empêcher de regarder sa dague, l'esclavagiste n'était pas mort et n'avait surement pas digérer ce coup dans le ventre. Il fallait vraiment quitter la ville quels que soit les moyens. Il partit vers un bâtiment en bordure entre le port et la ville escalada le mur et disparut de la zone. La nuit commençait alors à tomber.

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Espardan, Demi-elfe, Voleur


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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mer 8 Sep 2010 23:16 
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Rayd partit immédiatement vers le port. C'est là bas que commencerait son voyage. Comme lui avait dit Taylor, la ville n'était pas encore débarrassée des squelettes et zombies, mais leur présence avait diminuée. Il en croisa quelqu'un sur son trajet, mais n'y fit pas attention. La plupart errait dans les rues de la ville, sans vraiment faire de dégâts. Certains attaquaient les gens, mais il y avait toujours quelqu'un pour s'en occuper. Il n'était plus un gros problème. Du moins, dans cette partie de la cité. Arrivé au port, Rayd reconnu tout de suite ses futur acolytes. Pas besoin d'être devin. Ils étaient les seuls à avoir un aire grave, habillé différemment des autres, chacun ayant un tatouage sur l'épaule. Synonyme d'un élu qui a passé la sélection. Ils étaient presque effrayants. Surtout le plus grand des deux. Il portait un masque ressemblant à un crane humain, avec deux énormes cornes qui en sortaient. Son accoutrement était tout aussi spéciale. Il n'avait pour seul vêtement qu'un reste de kimono noir qui lui servait plus de pagne à présent. Sur son torse trônait un grand tatouage, illustrant une forme d'araignée. Pour clore cette aspect plutôt inquiétant, il arborait une chevelure longue et soyeuse de couleur blanche, battant au rythme du vent. Son compère, juste à ses côtés était plus discret, plus mesuré. Son kimono à lui était de la même couleur que l'autre, mais entier, soyeux, avec de jolies bordures argentées. Sur son bras gauche était fixé une protection en cuire, et il tenait dans sa main droite une longue cape blanche. Son katana dominait à sa ceinture, intimidant tout le monde alentour. Ses cheveux d'un noir sombre étaient accordés avec l'ensemble.

Tous deux fixaient Rayd, l'attendant sagement, l'air impassible. Il s'approcha lentement, les salua d'un geste de la main, et ils s'observèrent quelques instant. Au bout d'un moment, il finit par lâcher :

"Rayd, le n°4. Quels sont vaux numéros ?"

"Levy, n°3."

"Svan, n°5. Bienvenue à toi Rayd."

Ils attendirent plusieurs minutes avant que le capitaine du bateau leur signale qu'ils étaient prêt à partir. Ils embarquèrent tout de suite à bord, toujours aussi tendus. Le vaisseau était en bois, de grandes voiles noires tendues sur les mats, et assez grand pour accueillir plus d'une centaine d'hommes. La durée du voyage était prévu pour un peu plus de quatre jours. Un homme d'équipage leurs montra leur chambre. Au fond du navire, dans une petite pièce sombre, quatre hamac étaient accrochés au plafond, laissant peu d'espace pour circuler.

(C'est pas luxueux, mais au moins nous pourrons dormir. Enfin, si cette barque remue pas trop...)

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Mer 10 Nov 2010 20:51 
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Susiwan et Wolfgang.


Rorlug sortit des ruelles en traînant une woranne. Il avait une coupure à la gorge et son nez saignait un peu. Il traîna la woranne, suivit de prés par un tigre, jusqu'à son navire. Personne ne regardait l'homme ni sa cargaison, tout le monde s'en fichait. C'était ses affaires après tout. Et ils avaient vu pire ! Bref, il traîna la rôdeuse, sans doute une tigrée, jusqu'à un grand navire commercial. Mais ce que vendait les marins de se bateau sortait de l'ordinaire : ils vendaient des esclaves humoran, woran tigré et woran sombre. Un pirate esclavagiste (comme tous ceux qui travaillaient à bord) approcha de cet alcoolique de Rorlug et lui tapa dans le dos.

"La pêch' est bonne moussaillon ? T'r'mene un' bien bell' worann' ! T'l'as eu c'mment, l'paresseux ?"

"T'vas rire ! J'étais entrain d'boire à la taverne du gros, et elle est venue. Alors je l'ai abordé, pis on est allé dans une ruelle et elle a bien failli m'tuer, hein ! Mêm' qu'elle m'a casser mon sabre ! Mais un pot d'fleur lui est tombé sur la caboche et elle s'est ramassée une belle bosse, ainsi qu'un bon sommeil qu'elle va sûr'ment regretter ! Héhéhé !"

"Hahaha ! Sacré vieux Rorl' ! Mets là avec les autres."

"J'y vais, j'y vais…!"

"Attends ! Et l'tigr' ?"

"Ben il s'contente de la suivre par tout sans l'aider, alors…"

"D'accord, mais fais gaff', il pourrait d'bouffer quand t'auras l'dos tourné !"

"T'inquiète !"

Sur ce, le pirate mena la woranne et son tigre jusqu'à la cale, où était enchaîné une bonne cinquantaine de worans et d'humorans de tous âges. Alors Fam'tie se releva sur ses pattes. Elle massa son postérieur et le bas de son dos.

"Arg…! Tu n'as pas été doux ! Mais ça a marché. Bon, t'as les clefs ?"

Elle se tourna vers son "associé", qui semblait hésiter entre elle et la porte. D'ailleurs il s'approchait dangereusement d'une chaîne. Elle soupira puis sortit sa dague et commença à "jouer" avec la dague avec nonchalance tout en regardant l'humain de son regard si dur et si froid. Alors le pirate revint sur sa décision et se plaça à ses côtés. Quelques worans et humorans avaient levé la tête et les regardaient soit avec une petite lueur espoir noyée dans un désespoir intense, soit avec une tristesse infinie, ou les deux selon cas.

"Alors ? On libère qui ?"

"Tout le monde."

"Hein ?! Mais… mais c'est pas possible, on se fera tout de suite repérer ! Non, je…"

Il se tut en voyant comment la regardait la tigrée. Il avait vu des regards expressifs, mais celui-là était parmi les plus expressifs qu'il n'avait jamais vu. Il eut le souffle coupé par la supplication et la tendresse qu'il y lisait. C'était… Oh ! Non, elle avait les yeux humides ! (((En fait elle lui fait un regard un peu dans le même style que celui du chat botté à Shrek.))) L'homme céda et commença à ouvrir les chaînes des worans et humorans les plus proches. Fam'tie eu un très léger ronronnement et commença à avancer parmi les esclaves, cherchant ses enfants tout en expliquant que le pirate était entrain de les libérer, qu'il ne fallait pas qu'ils perdent leur calme et rester jusqu'au bon moment, celui où ils prendraient la poudre d'escampette. (((Bon, évidement, elle ne leur dit pas ça comme ça !))) Nouk avait disparut, mais Fam'tie le connaissait assez pour savoir qu'il reviendrait au bout d'un certain temps. Soudain son cœur fit un bond, un saut périlleux, dans sa poitrine. Là, misérables et sales… ses enfants ! (Merci Gaia de les avoir gardé en vie ! Merci Yuimen de me permettre de les retrouver !)

"Susiwan ? Wolfgang ?"

Le garçon leva la tête et il poussa un cri de joie en voyant sa mère. Il n'avait pas changé, mis à part qu'il était plus maigre et plus grand que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Mais Susiwan n'avait pas réagit. Elle était allongée à côté de son frère. En s'approchant, la mère remarqua à quel point sa jeune fille était mal en point. Le pire était la balafre qui barrait la figure de la gamine du milieu du front au bas de la mâchoire, en passant par l'œil. La rôdeuse en fut toute chamboulée. Le pire c'est que la blessure n'avait pas été ni soignée ni lavée, et du pue suintait de la plaie, visiblement récente. Sans compter les asticots qui avaient eu la mauvaise idée de venir y loger. Elle prit ses enfants dans bras et appela le pirate, le désespoir plein la voix. Lorsque l'homme rappliqua, le désespoir de Fam'tie s'était transformer en haine. Il libéra les enfants. Puis retourna libérer les autres.

"Tu peux marcher ?" demanda-t-elle à son fils d'un ton doux et maternel.

Son fils hocha la tête et se leva. La tigrée prit Susiwan dans ses bras avec toute la douceur possible chez une mère envers son enfant. Une fois debout, son fils s'accrochant d'un air désespéré à elle, la mère regarda autour d'elle, cherchant Nouk.


"Nouk ? Où es-tu ?" Elle se tourna vers son fils. "Tu te souviens de Nouk ?" demanda-t-elle doucement.

Son fils hocha la tête.


"Maman…"

Fam'tie détesta encore plus les esclavagistes en entendant la détresse et l'espoir dans la voix de son garçon.

"Tout le monde est libéré…!" fit Rorlug.

Fam'tie se dirigea vers son "associé" et le remercia d'un hochement de tête, le regard de nouveau dur et froid. Elle s'approcha de la porte.


"Et maintenant ?"

"Et maintenant soit on attend une diversion, mais je doute qu'il y en ait une, ou alors tu vas les divertir pour nous permettre de passer."

L'homme pâlit.

"Ah non, je ferais pas ça ! J'veux pas crever, moi ! Et j'vous ai bien aider, non ?"

Il lui fit un sourire plein de dents jaunes ou absentes. Un woran tigré se positionna à côté des deux "associés".

"Non. Maintenant tu vas les divertir !"

Fam'tie regarda le tigré qui venait de parler d'un ton aussi dur et autoritaire. Il lui disait quelque chose… Elle entendit des sortes de ronronnement à ses pieds et elle baissa la tête. Là elle vit Nouk avec un autre tigre encore plus impressionnant que Nouk. Alors la mémoire lui revint en un éclair :

"Tuma Gress ?"

"Oui… Comment connaissez-vous mon nom ?" dit le woran en haussant un sourcil.

Fam'tie Gress sourit et elle dit, excitée, dans sa langue natale (((le woran))) :

"C'est moi ! Fam'tie Gress ! Et c'est Nouk ! Tu te souviens de nous ?"

La mémoire sembla revenir à Tuma et il sourit, lui aussi. Il parla en woran :

"Oui, je me souviens ! Tu étais toute petite et on pensait que tu avais subi le même sort que tes parents avec Nouk et Baguera !"

"Baguera est morte", fit Fam'tie, l'air triste. (((Toujours en woran.)))

Leur conversation fort peu intéressante aurait pu continuer longtemps encore si un cri n'avait pas retentit au-dessus de leurs têtes, provenant du plancher. (Ben finalement on l'aura eu notre diversion.)


"Tous avec moi ! On va sortir d'ici et retrouver la liberté ! Êtes-vous prêt ?"

Un concert de cris déterminés et de rugissement emplit la cale. La tigrée ouvrit la porte : Rorlug, Tuma, Figoliat - le tigre de Tuma - Nouk et Fam'tie ouvraient la marche. Ils déboulèrent sur le pont du vaisseau… qui était attaqué par des morts-vivants. Ne cherchant pas à en savoir plus, le groupe prit la poudre d'escampette, suivi de tous les esclaves. Beaucoup partirent dans les rues et les ruelles, fuyants à toutes jambes le navire. Mais une dizaine (surtout des enfants) restèrent avec eux, trouvant une sorte de réconfort prés de la mère woranne. Fam'tie arrêta la course de Rorlug.

"Il nous faut un guérisseur !"

"Suis-moi !"

Fam'tie suivit Rorlug et tous les autres suivirent Fam'tie. (Ben dite donc ! De vraies sangsues ! Mon fils il suit au moins ?) Elle vérifia. Oui, il suivait. Rassurée elle continua de suivre le pirate.

La baraque du rebouteux.

_________________
Fam'tie Gress ¤ Rôdeuse ¤ Woranne tigrée

Je vous ai enfin retrouvé, mes enfants. Après un an de recherche, je vous retrouve enfin...! Plus jamais je ne vous laisserais être arraché à moi de nouveau, plus jamais...!

Nouk, fidèle jusqu'à la mort.


Dernière édition par Alantlya le Sam 26 Fév 2011 19:17, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Sam 20 Nov 2010 06:14 
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La femme te fixe avec un regard inflexible et elle croise les bras avant de te dire:

" Si vous voulez naviguer jusqu'à la cité blanche sur mon Goussinou, il va falloir travailler, au cuisine par exemple, car je suppose que vous n'avez pas d'argent."

Sans attendre ta réponse, elle se retourne comme une invitation à embarquer puis elle dit un peu moins fort et sans s'adresser à personne.

"De toute façon, Eucalyptus en aura pour quelques temps."

Quelques temps plus tard vous prenez la mer. Le premier jour de voyage se passe sans souci, mais lors du second, alors que tu travailles dans les cuisines du navire, tu peux entendre les marins s'agiter sur le pont et le chien de la fillette aboyer. En t'y rendant, tu pourras voir la mine attristée d'un marin, tout mouillé, qui vient vers toi.

"Votre fille...Je n'ai pas réussi à...elle est...désolé."

Finalement, tu entends le chien de la fillette hurler à la mort et le silence se fait sur le pont. Seules les hurlements du chien et le bruit de l'eau contre la coque du bateau rompent le silence.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Sam 20 Nov 2010 23:30 
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Le bateau était amarré depuis presque une heure, la nuit était tombé depuis déjà un moment.
Dans un recoin du navire, un tonneau bougea. Il fut pris de convulsion puis le couvercle sauta pour laisser passer 2 pieds portant des bottes.
Une nouvelle secousse et le tonneau roula. Sforgia sorti avec un gémissement.
Il se redressa en se tenant les reins.

"eh bien, la traversé fut long avec un luth entre le jambe. Non pas toi.. je parlais de mon instrument de musique"

Il s'étira, fit craquer son cou et attrapa sa sacoche au fond du tonneau.
il ouvrit sa bourse et la secoua faisant teinté les pièces survivantes

"il me reste de quoi survivre quelques temps.. c'est déjà ça."

il se mit à réfléchir
(je consomme ou je fructifie ? hum)

Il accrocha son luth dans son dos et alla vers un évent à canon. il sorti la tête

"Fait nuit, tien ?!?"

Il s'agrippa au bateau et s'extirpa à la force des bras puis se lâcha dans l'eau
(Elle est froide !!!! nom de nom !!!)
Il ressorti de l'eau un peu plus loin en se hissant sur le quai. Il grelottais. il repéra une vigie qui faisait sa ronde et couru vers elle.

" bien le bon soir, mon seigneur"

"Hélas manant ! d'où sort tu ainsi !" lui répondis le garde torche en avant et la main signant de stopper la

"Voyez vous j'ai un peu bu et je suis tomber à l'eau le long du quai. Elle est bien froide et j'aimerai bien si possible me réchauffer à votre torche"

"Tu me prend pour un idiot ?"

"Point du tout ! je suis un honnête saltimbanque qui souhaite tenter fortune ici et e pense que des vêtements secs préserveront ma voix et ma tenue sera d'autant plus présentable"

Le garde le regarda sommairement à la lueur de la torche l'air soupçonneux. Sforgia ne portai pas d'arme et ses cheveux lui couvrait le haut du visage.
Le garde abaissa le feu mais dégaina son épée pour la forme.

"tu fais un geste et c'est le trou aussi sec"

"il n'y aura pas de problème, j'essore ma chemise, mon haut et je les sèche puis je me sauve"

Il se mis torse nu et tordis ses vêtements pour en sortir l'eau et les passa quelques instants devant la torche

"dépêche toi vaurien ! j'ai une ronde à finir et c'est bientôt l'heure de la relève.

"voilà c'est fini !" il se rhabilla vite et s'inclina en remerciement.

Il tapota l'épaule du milicien d'un main et attrapa la bourse du soldat de l'autre.

"Merci l'ami ! et bonne soirée à toi"

" Disparait avant que je t'arrête pour vagabondage

"Je disparait dans l'instant"

Il se mit à courir et pris une rue au hasard pour disparaitre.

_________________
Je voyage vers là-bas en espérant arriver quelque part ou pas loin de par ici.
Sforgia, mage, lv 1


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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Dim 21 Nov 2010 08:57 
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Elle était encore entrain de contempler la fillette, ses yeux clairs et sa peau blanche la faisait rêver, la faisait remonter des années plus tôt. Ses yeux se remplirent d’eau et un sourire apparu sur son visage. Elle avait l’impression que tout lui était possible maintenant, qu’elle avait la force d’affronter n’importe quelle tempête. La jeune femme en avait presque oublié l’étrange dame.

" Si vous voulez naviguer jusqu'à la cité blanche sur mon Goussinou, il va falloir travailler, au cuisine par exemple, car je suppose que vous n'avez pas d'argent."

C’était une bonne nouvelle, puisqu’effectivement, elle n’avait pas les poches bien remplis. Travailler un peu lui ferais beaucoup de bien, surtout en cuisine, Vaema adorait cuisiner.


-Mer…


"De toute façon, Eucalyptus en aura pour quelques temps."

Sans même vouloir de réponse la femme aux longs cheveux bruns s’était déjà retournée et avait commencé à parler toute seule. Vaema sourit à la fillette, lui indiqua de suivre la dame et elle referma la marche avec le petit chien blanc. Tout était parfait, elle allait faire ce qu’elle aime pour aider une personne qu’elle commençait à apprécier fortement. La jeune femme leur attribua une cabine et montra à Vaema le chemin pour la cuisine. Elle lui présenta ces lieux de travails ainsi que ses collègues. Quelques instants plus tard, elle ressentit une secousse, le bateau décollait enfin. Le premier jour tout se déroula au mieux, le soleil était resplendissant, le vent frais, la chaleur des rayons de soleil venait accentuer le bien-être ressenti ce jour là. Le lendemain, Vaema se réveilla lentement, elle n’avait pas l’habitude de voyager par les voix navigable et par le même fait elle ne se sentait pas très bien, un léger malaise, sans plus. La jeune femme était désignée ce jour-là pour le petit déjeuner, elle cuisinerait des crêpes à la cannelle. Elle se leva péniblement, regarda dans le lit avoisinant le sien et alla déposer un baiser sur le front de la petite encore endormie. Elle enfila l’uniforme trop grand que la dame lui avait donné, probablement le seul qui restait encore dans un potable état.

(à votre disposition pour l'ambiance)

Tout en mélangeant les œufs avec le lait, elle entendit un bruit provenant du pont plus loin. Une bagarre provoquer par l’abus de substance fort probablement, pensa t’elle. Elle continua son boulot, elle n’était pas là pour se faire déconcentrer, la dame l’avait gentiment embarqué en échange de ce petit service. À présent, sa tête lui criait d’aller se rendormir, les rêves sont souvent les seuls échappatoires possible. Elle se dépêchait de finir au mieux ses succulentes crêpes, lorsqu’elle entendit le jappement.

Pendant un instant elle pensait avoir imaginé, mais elle entendit un hurlement. Elle commençait à être énerver, son mal de tête n’arrangeait en rien son humeur déjà un peu maussade. Vaema s’essuya les mains sur son tissu qui lui servait de tablier et sortit en furie de la cuisine.

En ouvrant la porte, un choc. Un marin tremper à grandeur s’approcha d’elle. Elle ne comprenait rien de se qu’il lui racontait, elle aurait juré qu’il parlait une autre langue, et pourtant ce n’était pas le cas. La seule chose qu’elle comprit, c’est qu’il venait de se produire un évènement grave. Tous les autres marins la regardait d’un air inquiet ou bien évitait simplement son regard. Elle ne comprenait rien. Pourquoi autant d’attention d’un coup? Pourquoi ce marin était mouillé comme s’il sortait de la douche? Son regard se fixa sur une seule chose. Le chien.



-non…!?

La fillette, où était-elle? Pourquoi le chien était là. Pourquoi il hurlait à la mort. Pourquoi tout le monde tremblait. Pourquoi…pourquoi!?

Paniqué elle se dirigea vers sa cabine, poussant tous les passagers en travers de son chemin, des larmes coulaient. Pourquoi tout le monde l’observait avec pitié? Pourquoi plus personne ne parle, ne bouge? Elle défonça la porte d’un coup de pied violent, acharné. Rien, elle n’était pas là. Où était-elle?

Elle ne voyait plus rien, les larmes envahissait ses yeux, pourquoi personne ne lui expliquait où était la fillette? Soudainement, les paroles du marin lui revinrent en tête.


"Votre fille...Je n'ai pas réussi à...elle est...désolé."


-NON!!


Elle se précipita de toutes ses forces vers la rambarde, observant l’eau. Quelques personnes s’était mis à pleurer, d’autre chuchotait des trucs à leurs voisins. Ça devait être une mauvaise blague, un cauchemar. La jeune femme, en larme, se départie de ses vêtements lourds. Elle s’était promit…

Passant un pied par-dessus la rampe, certains retinrent leurs soufflent, d’autres s’était précipité vers la jeune femme désemparer. Trop tard, elle venait de passer le deuxième pied, elle était à l’eau.



(Pas deux fois…!)


Une vague vint atterrir sur sa tête l’entrainant vers le fond. Dans les profondeurs elle ne voyait rien, pas de trace de la petite blonde aux yeux verts. La jeune femme se tordait de douleur, elle manquait de souffle, elle n’aurait pas su protéger une enfant. Elle n’était capable de rien. Elle devait être maudite, c’était la seule explication possible, elle ne voulait de mal à personne et pourtant chacune des personnes à qui elle s’était lié d’amitié, d’amour ont vue leurs vie s’écourter de beaucoup.

Désespérée, paniquée, elle tenta de remonter à la surface pour respirer. Une vague.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 20 Déc 2010 13:00 
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Après environ vingt minutes de marche, le surprenant trio arriva enfin sur les quais du port. Le trajet n'avait pas était de tout repos. Kaeras, bien que ne pesant pas bien lourd, avait été un poids mort pour ses deux acolytes.

Elle était toujours évanouie et ne semblait pas être prête à se réveiller pour soulager ses compagnons. Elyah comprit rapidement que pour trouver le navire il faudrait se débarrasser de sa maîtresse.



« Ecoutez, Drazen. On ne peut pas continuer comme ça ! »


« Ah bon ? »


« Oui. Nous devons abandonner Kaeras ici... »


« Ah ? Euh ? Pourquoi ? »


« Car elle nous ralentira pour trouver le navire. Si nous devons la traîner partout, les gens seront suspicieux... »


« Mais nous ne pouvons pas la laisser seule et inconsciente ? »


« En effet. Voilà pourquoi vous resterez avec elle en attendant mon retour. »


« C'est bien trop dangereux, jeune fille ! »


« Plus dangereux que des morts-vivants ? »


« Ce n'est pas pareil ! Les hommes sont parfois pires que des bêtes. Je ne te laisserai pas partir seule ! »


« Et vous laisseriez une autre fille seule et sans défense ? »


« Non, bien sûr que non ! »


« Dans ce cas, faîtes moi confiance, je ne suis pas une fillette sans défense... J'ai été à bonne école. »


Elle fit un clin d'oeil au prêtre de Thimoros caché derrière son masque blanc et ajouta.

« Je serai bientôt de retour. Veillez sur Kaeras, sinon vous aurez de mes nouvelles. »


Azdren s'inclina en signe d'acceptation et laissa la fillette s'éloigner.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 20 Déc 2010 13:04 
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En route vers Tulorim.

Acte 1 : Le départ de Darhàm.

Scène 1 : Sur les traces de l'Aube Ecarlate.


Elyah, debout et pensive.

Comment s'appelait-il ce bateau ? L'Aurore Boréale ? Non... L'Eclipse Solaire ? Non plus... Il y avait une notion de couleur ! La Nuit Noire ? Non... Le Midi Jaune ? Non et non... La Soirée Verdoyante ? Non, non et non ! Rahhhhh !!! Ca se passait le matin ? Oui ! La Matinée Mauve ? Ridicule... Le Matin Bleu ? Pathétique... C'était rouge, il me semble... Le Petit-Déjeuner Pourpre ? Pffff, de plus en plus nul... L'Aube Ecarlate ? Hum... Ca sonne bien... Je crois que c'est ça... J'en suis sûre en fait.

Elyah, bousculée dans ses pensées par un jeune mousse.

Hé ! Ne t'excuse pas surtout ! Je ne te dirai rien ! Rustre !

Le jeune mousse.

Pardon mam'zelle. J'suis pressé. S'mon cap'taine m'voit à fricoter avec une fille, il va m'rosser. Pour sûr.

Elyah.

Hum. Pour te faire pardonner, pourrais-tu me donner un renseignement ?

Le jeune mousse.

P'ssible mam'zelle... Mais, vous s'vez. Ca coute d'être informé... Une pièce d'or et ma mémoire s'ra rafraîchie. Pour sûr.

Elyah, à la limite du cri.

Alors que tu m'as bousculée ? Veux-tu que j'aille dire à ton capitaine que tu ennuies les jeunes filles plutôt que de travailler dur ?

Le jeune mousse, un peu moins sûr de lui.

Non mam'zelle. Pour sûr.

Elyah.

Alors pourrais-tu m'indiquer où se trouve l'Aube Ecarlate ?

Le jeune mousse, semblant apeuré.

L'Aube Ecarlate mam'zelle ? C'que... C'pas un endroit pour les j'nes filles comme vous. Pour sûr.

Elyah.

Hum, hum. Ah bon ? Et pourquoi ?

Le jeune mousse, rentrant sa tête dans ses épaules.

Parc'que mam'zelle... On racont'q'c'est un bateau hanté... Y'a des sorciers là-bas ! Et t'jours d'l'ombre autour d'navire. C'est dangereux. Pour sûr.

Elyah.

Tant mieux, c'est là-bas que je dois aller. Je dois y conduire ma maîtresse. C'est une puissanteuhhhh sorcièreuuhhhh. Alors dis-moi où se trouve ce navire avant qu'elle ne te change en crapaud !

Le jeune mousse, faisant un pas de recul.

Siou-plait mam'zelle. Vous d'vez aller sur l'quai 3. C'est l'navire au bout d'quai. Là où tout semble mort. Pour sûr.

Elyah.

Et bien voilà. C'était pas si compliqué. Merci l'ami. Je ne dirai rien à ton capitaine ni à ma maîtresse. Ca restera entre nous. D'accord ?

Le jeune mousse.

D'ccord mam'zelle. Pour sûr.


Scène 2 : Sur le quai de l'Aube Ecarlate.


Elyah.

Voici donc l'Aube Ecarlate ? Et bien. Les gens du groupe de Dame Liza ne font pas dans la dentelle... Affrêter un navire de guerre... Rien que pour ma maîtresse... Ils doivent attendre beaucoup d'elle... Où alors, ils sont très gentils... Ohé du bateau ! Y a-t-il quelqu'un ?

Un marin, sortant de derrière un tas de caisses.

Que fais-tu ici fillette ? Tu ne devrais pas être déjà couchée ? Qui t'envoie ? Es-tu venue nous espionner ?

Elyah, légèrement intimidée.

Je viens de la part de Dame Liza pour embarquer sur l'Aube Ecarlate...

Le marin, soulevant un sourcil.

Ah bon ? Tu ne ressembles pas du tout à la description que nous a faite Dame Liza de la terrible Kaeras.

Elyah, un peu soulagée.

C'est normal, je ne suis pas Kaeras. Elle est en sécurité avec un homme de Dame Liza. Nous avons eu des soucis avec les morts-vivants. Elle s'est évanouie suite à son combat.

Le marin.

Et, dans ce cas vous êtes ?

Elyah, tendant sa main vers le marin.

Elyah, la servante de Kaeras. Je l'accompagne dans son périple vers Tulorim.

Le marin, serrant la main d'Elyah.

Je suis Friz. Je suis le second du navire. Je pense que vous allez avoir besoin d'aide pour aller chercher votre maîtresse ?

Elyah.

Oui cela nous serait d'un grand secours. Nous avons déjà eu beaucoup de mal pour rejoindre le port.

Friz.

Dans ce cas je vous suis, menez-moi jusqu'à Kaeras. Nous pourrons partir dans moins d'une heure.


Scène 3 : Sur le retour de l'Aube Ecarlate.


Friz, portant Kaeras avec Azdren.

En avant. Nous aurons de quoi réveiller Kaeras à bord. Drazen... Votre nom m'est inconnu, mais bon, si vous êtes envoyé par Dame Liza, je vous accorde toute ma confiance.

Azdren.

Merci l'ami.

Elyah.

Drazen est quelqu'un de bien, il a surveillé Kaeras sans tenter d'abuser d'elle. C'est rare pour le souligner !

Friz, riant.

En effet, mais si l'on en croit la description de Dame Liza, on comprend pourquoi on doit craindre Kaeras.

Elyah, en colère.

Cessez de dire du mal de ma maîtresse. Ses oreilles doivent siffler !

Friz.

Jamais je n'oserai dire du mal, voyons ! Je suis peut-être un marin, mais sûrement pas un rustre.

Azdren.

Est-ce le bateau ?

Friz.

Oui. Je vois qu'ils sont prêts à lever l'ancre. Nous quitterons bientôt cette ville infâme. Je dois avouer que ça ne me dérange pas beaucoup. Darhàm n'est pas la ville que je préfère... Les gens y sont réellement peu raffinés. Je trouve ça bizarre que Dame Liza apprécie y séjourner...

Elyah.

Peut-être est-ce ainsi qu'elle aime vivre ?

Friz.

Sans aucun doute... Nous voilà arrivés. Montons sur le navire, nous pourrons déposer Kaeras dans l'une des cabines de l'Aube Ecarlate. Elle pourra ainsi se remettre de sa fatigue.

Elyah.

Très bien, montrez-moi ses quartiers, je me chargerai de veiller sur elle.

Friz.

D'accord, suis-moi jeune fille. Drazen, vous pouvez demander une collation. Après toutes ces épreuves vous aussi devez être fatigué.

Drazen.

Très bien. Je vous rejoindrai plus tard pour avoir des nouvelles de notre dormeuse.

Elyah.

D'accord monsieur le sauveur. Et encore merci.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 3 Jan 2011 15:33 
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Scène 4 : Sur le pont de l'Aube Ecarlate

Elyah.

Alors ? Alors ? Où sont nos quartiers ?

Friz.

Du calme jeune fille. Ils sont justes derrière se couloir.

Elyah.

Ah ! Enfin !

Friz, ouvrant la porte.

Voilà. Il y a deux couchages. Un pour toi et un autre pour ta maîtresse, Kaeras.

Elyah, passant la porte.

Hum, ce n'est pas le grand luxe. Mais bon... On fera avec...

Friz.

Ce n'est qu'un bateau... Vous n'aurez pas le même luxe que sur terre...

Elyah, esquissant un sourire.

A votre place, je n'en serais pas si sûre... Vous connaissez bien mal Kaeras.


Friz.

Qu'insinuez-vous par-là ?

Elyah.

Vous verrez bien. Cependant, ne sous-estimez pas Kaeras, vous pourriez être surpris.

Friz.

Nous verrons. Je vous laisse vous occuper d'elle. Si vous avez besoin de quoique ce soit en notre possession, n'hésitez pas à demander.


Scène 5 : Sous le pont de l'Aube Ecarlate.

Elyah, essuyant le front de Kaeras.

Maîtresse, Maîtresse, réveillez-vous.

Kaeras, se tournant vers la droite.

Huuuummmmm...

Elyah.

Maîtresse ! Il est temps de se lever, vous avez suffisamment veillé.

Kaeras, se tournant vers la gauche.

Huuuuuuuuuuuuuuuuuuummmmmmmmmmmmmm !

Elyah, criant.

Debout Kaeras !

Kaeras, se relevant subitement.

Mais, euh ! Je suis innocente... Elyah ? Où sommes-nous ?

Elyah.

Ah ! Enfin réveillée... Nous sommes dans vos quartiers sur l'Aube Ecarlate... Vous savez le bateau de dame Liza...

Kaeras.

Dame Liza... Son bateau... Bien sûr ! Pour qui me prends-tu ? C'est quoi l'Aube Ecarlate ?

Elyah, perplexe.

Le bateau de dame Liza...

Kaeras, perdue.

Ah...

Elyah.

Oui...

Kaeras.

Ah ?

Elyah.
Oui !

Kaeras, implorante.

Mais euh ! Ne me crie pas dessus !

Elyah, hurlant.

Je ne vous crie pas dessus ! Vous vous souvenez au moins de ce qu'on fait ici ?

Kaeras, perdue.

La sieste ?

Elyah.

Mais non ! Nous partons pour Tulorim !

Kaeras.

Ah ?

Elyah.

Oui !

Kaeras.

Mais euh !

Elyah, passablement énervée.

Vous vous souvenez de quoi au juste ?

Kaeras.

Ben, il y avait le gros poney-zombie... Et toi qui faisait dodo dans la rue... Puis, j'ai...

Elyah.

Vous avez bu de la Khori... Et vous avez perdu vos moyens... Je croyais que vous pourriez arrêter... Mais la dépendance semble trop forte...

Kaeras, d'un air grave.

Il fallait te sauver. Jamais je n'aurais pu te sauver autrement...

Elyah, fondant en larme.

Et alors ! Jamais vous n'auriez dû me sauver. Votre lutte contre cette drogue est plus importante !

Kaeras, enlaçant Elyah.
C'est fini... C'est fini... Ce n'est pas ce qui changera quoique ce soit... A Tulorim, chez mon professeur, nous trouverons une vraie solution à ce problème.

Elyah.

J'espère...

Kaeras.

Raconte-moi comment tu as fait pour m'emmener ici.

Elyah.

J'ai été réveillée par un ami de Dame Liza : Drazen. Il était venu nous aider pour arriver jusqu'au bateau. Bien qu'il ne savait pas où il devait nous conduire.

Kaeras.

Drazen... Jamais entendu parler de lui...

Elyah.

Moi aussi, j'ai trouvé ça bizarre, mais il nous a bien aidé en veillant sur vous. Pendant ce temps, je suis parti chercher l'Aube Ecarlate. J'y ai rencontré Friz, un marin de ce navire. Il nous a aidé à vous transporter jusqu'ici. Et nous y voilà.

Kaeras.

D'accord. Quand allons-nous partir ?

Elyah.

Bientôt je pense. Si ce n'est déjà fait.

Kaeras.

Très bien, dans ce cas allons voir.

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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Sam 5 Fév 2011 16:35 
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Ce ne fut pas sans déplaisir que Parnalia retrouva les quais de Dahràm car ceux-ci étaient exactement les mêmes que lors de sa première visite en coup de vent : même crasse, même puanteur de poisson avarié, mêmes embruns salés lui titillant la truffe...
Seules deux choses avaient changé : son point de vue sur la ville, qui s'était quelque peu assombri, et l'absence évidente des fossoyeurs marins en train de se débarrasser des restes de zombis pour le compte de Dame Lizza. Ce devait être leur jour de repos, allez savoir.

La lyikor commença donc à faire le tour du propriétaire, cherchant quelqu'un qui pourrait lui indiquer l'emplacement de l'Hirondelle, le navire sur lequel elle devait embarquer. Difficile en effet de déchiffrer le nom d'un bâtiment inconnu lorsqu'on ne sait pas lire.
Ses premières tentatives firent chou blanc, car tout ce qu'elle croisa fut un éventail de femelles de diverses espèces en tenue légère, qui semblaient attendre quelque chose et qui lui firent signe à tour de rôle de s'éloigner.
Enfin, elle rencontra un marin entre-deux âges qui lui indiqua un navire fin en bout de quai. Elle le remercia et marcha dans cette direction.

L'Hirondelle était un vaisseau qui lui apparut comme étant particulièrement long, en bois peint en noir et doté de deux grandes poutres verticales auxquelles étaient attachés de grands morceaux de tissus.
Il semblait bien moins impressionnant que certains de ses autres collègues mais paraissait paradoxalement grouiller d'activité, ce qui parut d'autant plus rassurant pour la jeune femme-louve.
Elle prit donc son courage à deux mains et s'approcha d'un marin habillé sobrement, à la mine patibulaire, et qui tentait visiblement de superviser l'embarquement d'une petite cargaison à bord du navire. L'homme se retourna en entendant Parnalia s'approcher et la détailla des pieds à la tête en s'attardant quelque peu sur certaines parties avec un sourire gouailleur.

- Bonsoir, navigateur, je cherche le quartier-maître.

Le marin s'esclaffa en se méprenant visiblement sur les intentions de la lyikor court-vêtue, ce qui la rendit un instant perplexe.

- Le quartier-maître ? Mais pourquoi allez si loin, ma jolie ? Mon or vaut bien le sien ! Tu n'as qu'a...

- Je crois que vous vous méprenez, l'ami. Regardez.

Elle sortit de son sac la lettre cachetée de Dame Lizza et le montra au marin. Le sourire de celui-ci se ternit quelque peu et afficha la mine d'un pêcheur ayant laissé filer par mégarde un saumon de quinze kilos.
Il retira son bonnet crasseux, dévoilant des poignées éparses de cheveux gras surplombant un air contrit. Ce revirement soudain laissa Parnalia songeuse quant à la véritable influence de Dame Lizza à Dahràm.

- Pardonnez-moi, demoiselle, je n'avais pas compris que... Je vais vous mener tout de suite à lui.

L'homme grossier remit son couvre-chef et ouvrit la marche en se dirigeant vers la passerelle d'embarquement, que la lyikor emprunta en jetant des regards furtifs à l'eau clapotant entre le navire et le bord du quai.
Elle suivit son guide sur le pont craquant puis monta à l'arrière du vaisseau où un homme était en train de consulter des cartes, assis sur un banc près d'une grosse roue en bois dotée de nombreuses poignées.
Cet homme était plutôt grand, la quarantaine, assez bien charpenté et arborant une abondante pilosité noire, tant sur la tête que sur le visage.
Il était habillé de longs vêtements de lin bleus et portait un espèce de chapeau à trois pointes de la même couleur. Il leva les yeux à l'approche des deux visiteurs et prit la parole d'une voix rogue.

- On peut savoir ce que vous faîtes sur l'Hirondelle, demoiselle ?

- Cela dépend si "on" est le quartier-maître à bord.

- Quartier-maître Aladric, pour vous servir, maintenant accouchez.

Parnalia lui montra la lettre cachetée tout en prenant soin de la conserver bien en main, au cas où le malotru aurait l'impudence de vouloir l'examiner de trop près.

- Je viens de la part de Dame Lizza. Elle souhaiterai que vous me conduisiez dans les plus brefs délais à Oranan pour que j'y poursuive ma formation de mage.

L'association des termes "Lizza", "mage" avec la vision du cachet OM sur la lettre parut déclencher un déclic salvateur chez le quartier-maître qui observa son interlocutrice d'un autre œil sans toutefois se départir de son expression butée.
Quelque chose dans l'équation échappa manifestement à Parnalia, mais dans l'état de fatigue où elle se trouvait, elle cherchait avant tout à en finir avec ces tracasseries de "gens civilisés" pour aller se coucher.

- Hmm, qu'est-ce que vous entendez par "plus brefs délais".

- Que nous partions dès que vous aurez fini vos préparatifs. Il n'y a rien qui ne me retienne ici.

- Bien, monsieur Slooty ici présent va vous montrer votre cabine. Nous appareillerons dans quelques heures avec la marée, puisque tel est votre souhait, demoiselle.

La lyikor remercia l'officier de bord bourru et suivit de nouveau son crasseux guide à l'intérieur des entrailles du navire.
Les craquements qu'elle entendait en permanence n'étaient pas fait pour la rassurer, tout comme l'étroitesse des couloirs et la puanteur qui régnait dans certains secteurs, et elle dut se faire force pour faire taire son inquiétude montante.
Enfin, le marin et elle s'arrêtèrent devant une porte de bois portant de nombreuses traces de coups et patinée par les ans.

- Voilà vos appartements, princesse, et au plaisir de vous revoir !

Le dénommé Slooty ne s'attarda pas et laissa Parnalia faire connaissance seule avec sa tanière pour les jours à venir.
La cabine était étroite et d'une décoration spartiate : des murs nus entre lesquels étaient accrochés un hamac, aucun meuble qui ne soit fait pour recevoir de la visite ou même pour se sentir à l'aise.
Seule concession au luxe : un seau placé sous le hamac, chargé de recueillir vomis ou fèces, au choix. Avec une grimace de dégoût, Parnalia pénétra dans la pièce et, après avoir poussé le seau encore vide dans un coin, s'installa dans sa couchette et s'endormit d'un sommeil de brute.

Elle ne vit donc pas les marins procéder aux manœuvres d'embarquement, retirer les amarres et libérer les voiles blanches... elle ne vit pas la cité portuaire illuminée comme un repaire de lucioles s'éloigner peu à peu au loin jusqu'à ne former plus qu'un avec la voûte étoilée. Heureux, il paraît, celui qui dort du sommeil du juste. Tout est relatif.

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Parnalia, mage Fujonienne

Un monde si grand et si vaste... comment s'y sentir seule ?


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 Sujet du message: Re: Le port
MessagePosté: Lun 16 Mai 2011 02:22 
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Baldur, emmitouflé dans sa nouvelle cape noire, semblait comme se fondre dans l'obscurité régnante en cette chaude nuit Darhàsmoise ; ne faisant plus qu'un avec ces pierres noires, couverte d'eau de mer et d'algues, qui composaient les docks du port de la ténébreuse cité. Caché dans une alcôve de pierre, à côté d'un grand déversoir grillagé qui régurgitait intarissablement ce que les entrailles putrides des égouts de la villes avaient de plus immonde et infâme à offrir, Baldur grognait inlassablement contre tout ce qui l'avait mené devant ce cloaque putride... Son acharnement à trouver suffisamment d'or pour manger, d'abord, qui l'avait mené jusqu'au portes de Darhàm... La langue si souple et manipulatrice d'Azur, qui l'avait convaincu de s'embarquer dans une aventure qu'il imaginait beaucoup plus romanesque et palpitante... Et puis, enfin, peut-être les Dieux eux-mêmes, qui semble prendre un malin plaisir à torturer Baldur... Soupirant de frustration, Baldur finit par ajuster son cache-nez sur son visage, essayant de protéger ses voies respiratoires de l'intenable puanteur de pourriture et d'eau stagnante qui se dégageait du déversoir. Ses sens toujours agressés, Baldur finit par s'éloigner de la gueule infernale, préférant aller contempler le ciel nocturne qui se dessinait entre les vagues de l'océan de jais et d'onyx qui s'étendait devant lui.

Se laissant aller aux rêveries nocturnes, son esprit appréciant l'arôme frigorifiant et revigorant de l'iode et du bois humide, Baldur s'imaginait les cités qui pouvaient se dresser par delà les océans. N'ayant connu de sa jeune vie que Darhàm et les grands marais Nirtimiens, le rôdeur était curieux de connaître ces royaumes qu'on prétendaient riches et magnifiques... Oranan la parfumée ; Kendra-Kâr la prospère ; Tulorim la mystérieuse... Toutes ces terres qui étaient désormais à sa portée pour peu qu'il trouve de quoi se permettre une traversée sur cet océan qui le fascinait.... Partir, oui. Partir le plus loin possible de ce continent sombre, de cette nuit qui semble ne jamais disparaître...

Un vent glacial et humide vint gonfler sa cape noire, le tirant brutalement de ses songes. Baldur, impatient d'en finir avec cette mission, recommença alors à faire les cents pas sur les pierres des docks, le bruit sourd de ses bottes se perdant dans l'écho du martellement des vagues contre les digues... Une mélodie à laquelle s'ajoutèrent rapidement la rumeur d'autres rythmes de marche. L'un semblait particulièrement lourd, tandis qu'un autre semblait plus léger mais accompagnés de cliquetis métalliques caractéristiques... Le tout accompagné par un pas régulier et presque militaire.

Se retournant pour faire face à l'apparition, Baldur rencontra enfin ceux pour qui il avait accepté la mission : Deux hommes qui se présentèrent à tour de rôle. D'abord, Mashurae Jadaes Tradatore, marchand Kendran obèse, aux joues adipeuses et suintantes, ses lèvres et son nez dépassant à peine de son visage bouffi par la graisse et la richesse, ses deux yeux profondément encastrés dans son crâne. Ses cheveux étaient gris, graisseux et graisseux, protégés par une sorte de coiffe violette décorée d'une large plume de paon. Un animal qui semblait parfaitement correspondre à l'homme, car Tradatore portait un improbable manteau en vison lilas et rehaussés de rayures verticales d'or qui avait probablement vécu de meilleur jours vu les tâches d'humidités, de graisses et de poussières qui décoraient le bas de la traîne. Le Kendran portait aussi autour de son cou une amulette à la taille démesurée, semblant représenter un visage primitif inquiétant aux yeux remplacés par des joyaux mauves reluisants. Tout semblait, chez Tradatore, respirer l'imposture et le ridicule, mais il émanait de ses yeux minuscules et plissés, de son allure prédatrice presque hautaine une sorte de noirceur invitant Baldur à ne pas baisser sa garde...

Qui plus est lorsque l'on remarquait l'individu qui accompagnait le bedonnant marchand. « Il » se présenta sous le nom de « Ilmwäël », un ou une elfe au port extrêmement arrogant et hautain et à la voix androgyne qui empêchait toute identification de genre. Imwäël possédait une peau extrêmement blanche et laiteuses que seules les veines bleutées de son cou et de ses bras parvenaient à contraster. Ses cheveux, eux aussi blanc comme neige, étaient ramassés en arrière en une longue tresse curieusement décoré de feuilles de houx. Son visage d'une pureté absolue n'empêchait néanmoins pas le sang de Baldur de se glacer, comme si sa colonne vertébrale se gelait lorsqu'il plongeait ses yeux dans ceux de Ilmwäël... Il émanait de l'elfe une inquiétante aura qui n'était que renforcée par son habillage extrêmement sobre et élégant, n'ayant pour tout symbole de sa fortune qu'un médaillon étoilé décorés de runes et de signes magiques... Les deux excentriques personnages étaient eux même accompagnés par de patibulaires gardes du corps, tout recouvert de cicatrices et d'anneaux, qui surveillaient les alentours comme si un meurtre allait avoir lieu.

Alors que Baldur dévisageait ses quatre « invités » dans l'ombre de sa capuche et de son cache-nez, Tradatore commença à parler, de sa voix presque aussi lourde et monotone que lui : " Alors ? C'est toi le... « l'intermédiaire » ?... Où sont les biens que j'ai achetés ?... " commença le Kendran avant de s'impatienter. " Toi et ta guilde avez déjà une semaine de retard sur la livraison initiale de la marchandise."
Sans un mot, Baldur fit un signe de main les invitant à les suivre jusqu'aux grilles du déversoir. La puanteur qui régnait à ses alentours revint désagréablement agresser les sens de Baldur qui ne put que réprimer la fâcheuse nausée qui commençait à remonter dans sa gorge. Seul Ilmwäël et les deux garde le suivirent jusqu'aux grilles, Tradatore préférant éviter de s'aventurer plus avant dans l'infernale pestilence. La clé fournit par Azur tourna dans la serrure rouillée en un grincement strident...

Les quelques minutes qui suivirent virent le va-et-viens de l'elfe, des gardes du corps et du rôdeur qui transportèrent de lourdes caisses de bois sur les Docks... Des caisses frappés d'un sceau étrange au pochoir, représentant maladroitement une sorte de chrysanthème. Au son facilement reconnaissable qu'elles produisaient lorsqu'on les manipulait, les caisses devaient contenir des potions ou du vin bien que certaines ne semblaient émettre aucun bruit distinct lorsqu'on les soulevait... Mais Baldur n'avait pas vraiment envie d'en savoir plus, son instinct lui dictant de s'enfuir le plus rapidement possible de ce qui ressemblait de plus en plus à un guet-apens...

Pourtant, une fois la douzaine de caisses récupérées par le marchand bouffi, celui ci tint parole et plaça dans la main ouverte de Baldur une grosse bourse assez lourde. Préférant partir sans demander son reste, Baldur inclina la tête en signe de remerciement – hypocrite, bien entendu – avant de tourner les talons, laissant sa cape sombre le faire se fondre progressivement dans la nuit Darhàsmoise...

Baldur, tout en maugréant, se dirigea alors vers l'Auberge des Voyageurs, où devaient l'attendre logiquement deux hommes d'Azur qui le mènerait à sa fourbe... « amie »... Du moins, si elle ne projetait pas de glisser subrepticement une dague entre les omoplates de son « ami » rôdeur...

En arrivant aux alentours de l'Auberge, Baldur s'arrêta net devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux... Il n'eut alors que le temps d'analyser la situation et de prendre la décision qui s'imposait naturellement...

Fuir...

_________________
Baldur
Rôdeur ; [Lvl 5]


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