L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Mar 16 Fév 2016 01:24 
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Sinistre floraison

La horde de Liykor évoluait en cercle autour du semi-elfe qui maintenait leur chef de meute en respect à l'aide de son mystérieux pouvoir mental. Leurs yeux rouges luisaient d'une hostilité manifeste, néanmoins teinté d'une prudence instinctive, car tel des animaux sauvages gravitant autour d'un feu, aucun n'osait se risquer à l'attaquer. Alors que la mort lui tendait les bras, de sa simple volonté, Daemon s'était hissé du rang de condamné à celui de bourreau, intimidant la horde grondante.

À cet instant, sa conscience s'absenta au profit d'une malveillance manifeste. Fendu d'un large sourire, il tourmentait le chef de meute de son étau mental. Le fluide obscur circulait harmonieusement en lui, maitrisé avec parcimonie et en totale adéquation avec son état d'esprit. Il pouvait sentir l'esprit du loup réagir à ses pulsions. Car comme un objet tangible que l'on malaxe dans le creux sa main, plus il serrait le poing, plus la créature gémissait. Mais le semi-elfe n'était pas dupe, car pleinement conscient que la clef de sa survie résidait dans la domination du chef de la meute. Un simple défaut de concentration pouvait lui être fatal.

Il mit donc ce temps à profit pour réfléchir à une solution afin de s'extirper de cette situation pour le moins catastrophique et observa les alentours. La grande place était desservie par la rue principale, les seuls autres accès restant étaient des petites ruelles étroites et sombres accrochées à la montagne. Peut être arriverait-il à s'y faufiler assez rapidement pour semer les bestioles, et dans le pire des cas, cela lui permettrait de les affronter un à un, et non pas cerné de toute part, comme ici. Alors qu'il cogitait, un bruit timide de planches retournées se fit entendre. Asad venait de reprendre conscience. Daemon fut rassuré que le basané soit sain et sauf, mais alors qu'il détournait son attention, un Liyckor en profita pour approcher en exhibant ses crocs. Daemon émit un petit mouvement de recul et d'un geste agressif ferma le poing pour accentuer les tourments. Le chef de la meute convulsa, labourant le pavé de ses griffes, vrillant, hurlant, cognant tout ce qui se trouvait à sa portée. D'un ample geste, il brisa un banc en un tas de copeaux, puis, frappa l'un de ses congénères avec fureur.

L'avertissement marcha un temps, mais rapidement un autre s'approcha, cette fois-ci de manière plus sournoise, tentant de profiter de son angle mort. Daemon ne savait vraiment pas quoi faire pour le repousser, excepté torturer davantage leur chef. D'autres osèrent se risquer à l'orée du feu, mettant à mal la concentration du semi-elfe. Chaque fois qu'une nouvelle rangée de crocs s'avançait, il sentait son emprise faiblir irrémédiablement.

Alors qu'il commençait à paniquer, un son tonitruant surprit tout le monde. Long et grave, un cor de guerre résonnait dans le lointain. Mais Daemon tâcha de ne pas y prêter attention. Il ne pouvait plus ôter son regard du Liyckor sous peine de le perdre car la tenaille mentale s'effritait entre ses doigts. La panique commençait à le gagner... Alors que sa maitrise de la situation s'ébranlait, une présence s'affirma derrière lui, comme une ombre gigantesque éradiquant sa concentration. Il sentit quelque chose effleurer son épaule, sursauta, et se résignant à abandonner son emprise, il fit volte-face et transperça son agresseur en plein cœur.

Le temps parut se suspendre, le son de la pluie se tut, car le temps d'un battement, le semi-elfe s'écarquilla en découvrant des iris d'un bleu céleste. De nouvelles gouttes fusèrent à la rencontre de la pluie, leurs teintes écarlates rencontrèrent la pureté de l'eau, la chaleur opaque enlaça le froid translucide...

« Daem... »

Asad n'émit qu'un demi-murmure et son regard se fixa dans le vide. Tout son corps tendit à rejoindre le sol. Daemon en avait le souffle coupé. Avant que le basané ne s'écroule totalement, il l'attrapa, l'enlaça, puis sa gorge se déploya en une note stridente et saturée.


« Amaranthe ! »

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Dernière édition par Daemon le Mar 16 Fév 2016 05:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Mar 16 Fév 2016 05:05 
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La chaleur opaque enlaça le froid translucide...

Le cor de guerre retentit à nouveau, suivi par le grondement infernal d'une charge de cavalerie. La pluie tombait toujours drue et les Liyckors abandonnèrent leurs positions initiales pour se tenir prêt. Des cris de ralliement s'opposèrent aux rugissements primitifs, des « Amaranthe » fusèrent à l'unisson, puis, un ost complet se déversa sur la grande place avec un vacarme assourdissant. Certaines créatures se firent instantanément balayer par la charge, d'autres réagirent avec célérité et bondirent sur les assaillants afin de les désarçonner. Un chaos terrible submergea le village d'Alkil, entre les coups de griffes ravageuses, les estoques des hommes en armures...

Étranger au vacarme, Daemon étreignait le corps inanimé de son compagnon. Les larmes dévalaient ses joues pour glisser sur le visage d'Asad, figé et ruisselant. Submergé par ses sentiments, le semi-elfe ferma les yeux pour fuir cette réalité insupportable, mais seule l'image mentale des derniers instant de son ami persistait : ce moment où ses doigts gantés soudés en une unique lame transpercèrent sa poitrine jusqu'au palpitant. Il caressa le visage inerte et inexpressif de son ami, mais ses doigts n'étaient que lames et aiguilles, se déployant avec la grâce funeste propre aux arachnides.

(Pourquoi?)

Ne ressentant que du dégoût envers lui-même, Daemon planta ses griffes dans son flanc afin de se châtier. La souffrance se déversa furieusement de son gantelet, inondant progressivement ses membres jusqu'aux extrémités. Alors que la bataille faisait rage, il restait là, au sol, crispé de douleur et de reproche.

Pourtant moins nombreux, les Liyckors donnèrent du fil à retordre aux chevaliers d'Amaranthe grâce à leur façon, certes maladroite, mais redoutablement furieuse de se battre. Matraquant leurs victimes avec une violence folle, jusqu'à les transformer en boîtes cabossées baignant dans des flaques sanguinolentes. Les scènes d'horreur défilaient devant les yeux de Daemon, desquelles il ne tirait aucune réaction, traumatisé. Jusqu'au moment où un chant lointain, insaisissable et pourtant si présent, résonna dans son esprit comme un air tribal. Après une brève recherche, il découvrit que l'incantation provenait d'un cavalier monté et encapuchonné, portant un grand manteau semblable à celui des Messagers du Corbeau. Alors que tous les sons semblaient être tus, l'incantation persistait et s’amplifiait.

La réalité le frappa de plein fouet, la pluie diluvienne, les hurlements, les combats... Un imposant nuage de magie noire vibra au-dessus du mage, puis il fondit assaillir les créatures.

(Un mage noir dans les rangs d'Amaranthe?)

Exténué, le visage blême, il abandonna son ami pour contempler le chaos. Il ne restait qu'une poignée de Liykors repoussés par un mur de lances. Celui qui semblait être le commandant de la cavalerie était un homme d'un âge avancé et vêtu d'une grande cape recouvrant son armure rutilante. Il restait en arrière et observait le combat avec confiance. Son écuyer veillait à sa gauche, un jeune homme ; et le mage noir incantait à sa droite.

L'issue de la bataille se profilant en faveur des chevaliers, Daemon aperçut le Liykor gris s'esquiver dans une des ruelles.

« Toi, tu vas payer... »

Il s'y précipita, nonobstant les obstacles, enjambant les cadavres. La ruelle étroite et obscure serpentait entre plusieurs bâtisses, il y perdit de vue la bête, mais un hurlement au timbre familier lui indiqua sa présence. C'était la voix du messager de Kendra Kar, disparu depuis le début des échauffourées. Plusieurs cris paniqués résonnèrent, et puis, plus rien. Le fanatique avança prudemment jusqu'au détour de la ruelle et découvrit le Liykor gris, accompagné de l'un de ses semblables, soulevant le corps flasque du messager. Après y avoir prélevé sa sacoche, il l'ouvrit et fouilla l'intérieur avec ses grosses pattes. Daemon s'approcha prudemment mais buta contre un objet au sol. Le bruit avertit aussitôt les deux loups qui se braquèrent dans sa direction.

« Tue-le... » ordonna le gris.

La seconde bête fondit aussitôt vers lui. N'ayant pas de temps à perdre, Daemon recula rapidement jusqu'au détour de la ruelle et s’immisça dans une niche entre deux murs où régnait une obscurité parfaite. Stimulant ses fluides obscurs, il fit corps avec l'ombre, devenant presque intangible, indétectable. Le loup vorace passa comme un éclair, sans ralentir, et disparu.

Les échos de la bataille résonnaient toujours. Le truand s'extirpa de sa cachette avec prudence, puis retourna sur le lieu précédent. Il arriva juste à temps pour apercevoir le Liykor gris se glisser subrepticement dans une bâtisse. Après quelques foulées furtives, Daemon prit le temps d'apprécier l'édifice avec minutie. Il faisait une dizaine de mètres de hauteur, avec d'imposants murs de pierre soutenant une toiture d'ardoises qui s'achevait en flèche : un temple de Gaïa.


Comme sortie d'une crypte

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Dernière édition par Daemon le Sam 19 Mar 2016 20:04, édité 13 fois.

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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Ven 19 Fév 2016 18:55 
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« Amaranthe ! »

Daemon longea la façade de l'édifice, guettant le moindre bruit s'extirpant du tumulte de l'orage. Il s'arrêta sur le parvis épargné par la pluie et découvrit des traces, une flaque, ainsi qu'une seconde accompagnée par une emprunte des plus caractéristique. Aucun doute possible, la créature s'était réfugiée dans le temple de Gaïa. D'une main ferme, il poussa l'un des battants et s'arma de prudence. Car malgré son état mental pour le moins chaotique, il restait pleinement conscient qu'un seul coup de mâchoire de cette bête équivalait à un aller simple pour les enfers.

Les charnières grincèrent péniblement et tandis qu'il passait la tête au-delà du pan de la porte, il crut entendre une bribe de conversation, immédiatement interrompue au bruit de son entrée. L'obscurité régnait, Daemon ne voyait pourtant personne. Seules quelques lueurs timides perçaient à travers les vitraux. Il ne distinguait que l'allée centrale délimitée par une foule de bancs de messe et quelques colonnes soutenant la voute invisible. Le semi-elfe fit quelques pas et distingua enfin, au fond de la salle, au pied de l'autel, une ombre imposante et animale.

« Montre-toi ! »

Chose faite. Un éclair déchira le ciel et illumina la salle d'une lumière tapageuse. Le Liykor gris apparut subrepticement, accompagné par la silhouette d'un homme dissimulé sous une robe de bure. La lumière retombée, les pupilles luisantes et rouges du loup persistaient dans la pénombre. La bête se détourna et articula avec un grondement.

« Hrrmm... Parfait, nous avons des comptes à régler. » dit-elle en avançant lourdement.

La créature passa sous la clarté des vitraux, un léger jeu d'ombres fit ressortir sa musculature hors normes. Prêt à en découdre, Daemon apparut lui aussi à la lumière et arma ses poings. La détermination se lisait dans son regard. Asad était mort, le messager était mort, il ne pouvait pas échouer une nouvelle fois. Quitte à en mourir. Le Liykor émit un petit rire malsain, puis s'arqua, prêt à bondir.

« Assez. »

La voix de l'homme résonna dans le temple, grave et sérieuse. Le loup abrogea aussitôt son offensive et resta tout ouï, gardant néanmoins un œil sur le fanatique. Sans empressement, l'homme rejoignit la bête et lui tendit la sacoche du défunt messager.

« Apporte ceci à notre maîtresse et sans tarder. »

Le Liykor gronda mais obtempéra, saisissant la lanière de cuir avec sa grosse patte. Il fit mine de sortir par l'entrée principale, mais l'individu l'interrompit.

« Pas ici, des soldats approchent déjà. Sors par la coursive à l'arrière et tâche de ne pas te faire repérer. »

La bête se retira sans broncher, d'un bond elle disparut dans l'ombre. Les derniers signes de sa présence que Daemon perçu furent les bruits ténus des meubles renversés sur son passage. Il aurait bien eu l'idée de la poursuivre, néanmoins l'inconnu ne serait certainement pas de cet avis. D'ailleurs ce dernier retira sa capuche, révélant un visage pâle et crevassé de rides. Un homme vieux. Un vieillard même, sa chevelure blanche coiffée en arrière l'attestait.

« Tu me vois navré, mais je vais devoir... »

Alors qu'il avançait d'un pas lugubre, son regard buta sur le bras droit de Daemon. La surprise du vieillard était manifeste.

« Par quel prodige ? Le bras droit de Thimoros. » dit-il, presque émut.

Voyant ainsi nommée sa précieuse relique, Daemon émit un mouvement de recul. Le fait que cet homme puisse expertiser l'objet dans une pénombre avec une telle précision signifiait qu'il n'était en rien un novice.

« Cet incapable de Maekar ne put me la rapporter et ma faction échoua lamentablement en tentant de la récupérer... L'unique survivant ne m'a rabâché qu'un tas d'ineptie, avant de mourir. Allant jusqu'à prétexter la résurrection d'un ordre éteint depuis des millénaires. Mais puisque tu en es le possesseur, tu pourrais m'éclairer au sujet de ces abracadabrantesques rumeurs, non ? »

La tonalité de sa voix était austère, grave, comme sortie d'une crypte. Daemon n'osait pas répondre, littéralement soufflé de surprise par le fait que cet inconnu, doublé d'un ennemi, savait que la relique était aux mains des Messagers du Corbeau (bien qu'il semblait sérieusement en douter). Maekar était un nécromancien de Dahram, duquel il tira quelques informations précieuses ; et cette faction, soi-disant vaincue par les Messagers, il ne pouvait s'agir que du groupe de fanatiques de Thimoros qui convoitait la relique... La femme aux tâches de rousseur lui revint en mémoire et éveilla une douleur passée, au centre de son torse.

(Alors, tous ces agissements auraient étés dictés par ce type?)

À voir la tronche du vieillard, il douta franchement. Puis il réalisa que l'homme était aussi le commanditaire de l'attaque du village...

« Cela ne vous regarde pas. Quelle était la teneur de ce message secret ? Celui qui méritait tant de morts... » demanda Daemon avec mépris.

« J'ai bien peur que si je te le révèle, sa teneur ne sera plus secrète. » rit-il.


Une quinte de toux

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Dernière édition par Daemon le Jeu 25 Fév 2016 20:11, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Jeu 25 Fév 2016 20:09 
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Comme sortie d'une crypte

Asad était mort, malencontreusement mort et lui riait aux éclats, lui le responsable de tout ce drame. Le visage de Daemon convulsait de rage quand des tintements pressés se firent entendre au-dehors. Deux soldats entrèrent en hâte, épée au poing.

« Prêtre Eddard, vous n'avez rien ? Des Liyckors se sont introduits dans l'village! Nous avons suivi des empreintes et p'être qu'une de ces bêtes serait entrée dans votre temple ! » s'écria l'un d'eux à l'adresse du vieillard.

Ils accoururent jusqu'à eux, avant de lorgner le semi-elfe trempé, haletant et fulminant. Le vieil homme aux cheveux blancs ne laissa rien paraître de sa malveillance, pourtant affichée sans complexe devant Daemon, et les rassura calmement avec une attitude vénérable.

« N'ayez crainte, je n'ai croisé aucun... »

« Arrêtez cet homme ! » coupa Daemon en le désignant du doigt. « Il est le complice des Liykors ! »

Les deux hommes parurent éberlués par l’agressivité du jeune homme et après avoir tourné son accusation en dérision, ils ajoutèrent se souvenir l'avoir vu au milieu des créatures, donc, si quelqu'un devait être louche, se serait lui. Mais Daemon insista et vociféra ses accusations avec acharnement. Voyant que les incapables ne réagissaient pas, il se résigna à le mettre hors d'état de nuire avec ou sans leurs aides. Il fondit sur le supposé prêtre afin de lui assener une bonne droite. Mais les soldats réagirent avec promptitude, l'attrapant sans ménagement pour l'immobiliser d'une clef de bras. Le vieillard observa la scène sans ciller, leur demandant même d'éviter de le brutaliser.

Alors d'autres hommes entrèrent bruyamment. Les cris hystériques du fanatique avaient dû attirer l'attention. La flopée des nouveaux venus s'écarta pour laisser passer le commandant accompagné par le mage et son écuyer. Sa longue cape trainait au sol. Lui aussi avait des cheveux blancs mais dégarnis par une calvitie s'achevant en rouflaquettes foisonnantes.

« Que signifie ceci ? » demanda-t-il avec autorité.

Les deux gardes étreignant Daemon se justifièrent en maintenant le fanatique qui se débattait comme un lièvre dans un collet. Le commandant jaugea la prise en croisant les bras, derrière lui le mage noir semblait aussi s'y intéresser.

« Puisque je vous dit que cet homme est le chef des Liyckors, un adorateur de Thimoros ! » gémit le fanatique écrasé par un genou.

La seigneurie ne daigna même pas l'écouter et déclara :

« Faite le taire et balancez moi ça dans une geôle ! »

Mais le mystérieux mage noir s'approcha et s'accroupit devant lui. Il saisit son bras et apprécia la relique. Ce qui ne manqua pas d'agacer davantage le semi-elfe... Après avoir achevé son étude, il vint à ses oreilles pour lui demander discrètement :

« Serais-tu un disciple de la Dame des Brumes ? »

Même de près, Daemon ne distinguait pas le visage sous la capuche. Surprit par la question, il se calma et répondit simplement : « Oui. »

L'homme masqué se tourna vers le commandant.

« Mon seigneur, je pense que nous devrions accorder du crédit à ce que nous dit ce jeune homme. Après tout, pourquoi agresserait-il un prêtre et se justifierait-il d'une manière aussi grotesque ? »

« Nous l'avons vu en compagnie des bêtes, cela suffit. Conduisez-le à Amaranthe afin qu'il soit jugé ! »

« Mais enfin... » coupa le sorcier.

« Silence ! Me crois-tu dupe de tes manigances ? J'ignore pourquoi le seigneur d'Amaranthe t'accorde autant de crédit, mage putride... » objecta le noble avec dégoût. « Si cela ne tiendrait qu'à moi, tu finirais toi aussi en cellule. »

Puis il alla saluer le prêtre mielleusement afin de s'excuser pour le remue-ménage :

« Navré d'avoir troublé la quiétude entre vos murs père Eddard. »

Le prêtre le remercia avec conciliation, tandis que le semi-elfe redevint hystérique au possible, aussitôt contenu par un violent coup de pompe. Ensuite, la voix du commandant résonna avec force, demandant à chacun de se retirer du lieu sacré. Alors que les troupes commencèrent à sortir, le prêtre s’éclaircit la gorge afin de se faire entendre.

« Si vous me le permettez... Je regrette, mais le bras de Thimoros s'avère être un trésor trop précieux pour que je le laisse me glisser entre les doigts. Cet artefact a été l'outil de torture de prédilection de notre dieu sombre tout de même... »

Le grand noble fit voleter sa cape dans un demi-tour, il ne saisissait pas les propos déconcertant du soit-disant prêtre de Gaïa.

« Je ne comprends pas. Que signi... » Il émit un grand bruit et déploya une toux grasse. « Qu... ? »

Pris d'une quinte de toux, son visage se colora de rouge et il ne parvint plus à parler.

« Je vous enjoins, aimablement, de me livrer ce jeune homme turbulent. » répondit le prêtre d'un ton calme.

Le noble se racla la gorge bruyamment, semblant s'étouffer. Il tituba dans l'allée centrale, écarlate, ses mains portées à son cou, puis il s'écroula.

« Messire ! » s'inquiétèrent en chœur les chevaliers.

Son regard fixe indiquait qu'il n'était déjà plus de ce monde. Une vague d'ahurissement et d'effroi frappa l'assemblée. Le mage noir s'empressa d'aller lui porter secours.

« Une main sombre... Je n'ai senti la magie imprégner l'atmosphère que très brièvement, mais cela ne fait aucun doute, ceci est l’œuvre de cet homme. » conclut-il en désignant le coupable.

Les chevaliers comprirent que le vieillard était en cause et tous dégainèrent. Les injures d'hostilité fusèrent sur le soi-disant prêtre qui semblait s'en amuser. Daemon restait pantois sur le fait qu'il osait provoquer ainsi une dizaine de chevaliers émérites, mais cela l'arrangea car ils le relâchèrent aussitôt.

Une volée de six chevaliers se ruèrent sur le vieillard, Daemon les suivit. Ils hurlèrent vengeance en brandissant leurs épées. Mais en arrivant à portée, une onde de choc les submergea et tous churent. Le semi-elfe écopa du même sort, et alors qu'il tentait de se relever, son sang se glaça sous la pulsation d'une aura malsaine embaumant l'espace. Des formes noires apparurent au pied du vieillard et se répandirent le long de sa robe en bure ainsi que sur les chevaliers à terre. Elles dansaient, gonflaient et crépitaient comme des flammes. Les assaillants atteints se débattirent, en vain. Leurs peau se flétrit et se crevassa, la teinte de leurs yeux s'estompa. Ils rampèrent pitoyablement en demandant grâce tandis que leurs visages hâves s'effritaient. Leurs peaux vieillissaient, leurs chairs se décomposaient à vue d’œil, pour enfin tomber en poussières, ne laissant que des armures vides à l'exception des os.

Dans un même temps le prêtre subissait son propre sort, calciné par un brasier sans lueurs. Les flammes obscures finirent par le recouvrir entièrement, son corps tombait en lambeaux, pourtant, son rire lugubre persistait...


Le Nécromancien

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Dernière édition par Daemon le Sam 5 Mar 2016 02:10, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Sam 5 Mar 2016 02:05 
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Une quinte de toux

L’immense forme noire engloutit toute lumière environnante, la déviant même vers cette noirceur insoupçonnée en déformant les alentours. L’aura abjecte engloutit le temple et paralysa Daemon de stupeur. Alors que les ossements des chevaliers trop impétueux gisaient devant ses yeux, le rire cave se tassa, puis, une forme blanche ornée d’or s’extirpa des ténèbres. Enveloppé d’un large manteau de fourrure noire, un squelette avec une couronne dorée déchira l’obscurité. Deux cavités vides le fixèrent avec intensité, et plus bas, une mâchoire dénuée de chairs s’articula.

« Offert par Thimoros, le feu des âges réduit tout être à l’inexorable flétrissement du temps. Craignez-moi, Matarys de la maison Gargante, car nul ne peut vaincre les détenteurs du feu sombre. »

La liche ponctua sa tirade en levant son bras squelettique, et comme des marionnettes, les cadavres se levèrent, empoignant leurs armes fraîchement délaissées. Six squelettes en armure s’animèrent. Leurs silhouettes évoluaient lentement dans la pénombre du temple avec des cliquetis sinistres. Les entrailles du semi-elfe se nouèrent, il recula, paniqué.

D’abord estomaqués par la scène, le reste des chevaliers se ruèrent sur leurs défunts confrères en criant à l’abomination. Plus rapides et habiles, ils n’eurent aucun mal à terrasser les créatures. En effet, les squelettes n’eurent pas le temps d’esquiver que les lames se glissaient déjà, transperçant le vide de leurs armures, soulevant des cris plaintifs et stridents. Défaits, ils s’écroulèrent un à un...

Mais alors que les chevaliers enjambèrent les vaincus afin d’aller pourfendre la liche, Daemon leur aboya un avertissement. Car si il avait retenu une chose de ses mésaventures dans les catacombes d’Endor, c’est qu’ils ne reviennent pas toujours avec le bon tibia ou la bonne mâchoire, mais ils reviennent toujours. Imperceptiblement, les squelettes à terre soulevèrent leurs armes, puis embrochèrent les malheureux par surprise. Les vivants tombaient, les morts se relevaient.

« Pas de battement de cœur audible, pas de désir à assouvir, pas de peur de mourir, ainsi sont mes soldats. » déclara Matarys de son timbre caverneux.

Il n’avait plus rien d’humain, plus qu’un squelette nimbé d’ombres crépitantes, coiffé d’une couronne dorée et vêtu d’un manteau se confondant avec son aura ténébreuse. Des bracelets incrustés de pierres précieuses tintèrent à ses poignets, d’un nouveau geste, il redressa les dernières victimes. Le peu de rescapés prirent aussitôt leurs jambes à leur cou par la porte principale. Terrorisé, Daemon voulut les suivre, mais une fois arrivé devant l'embrasure de la porte, le bruit de l’orage ne put camoufler leurs cris d’agonies couplés à des rugissements féroces.

« Des Liykors ! »

Il claqua la porte et abattit le lourd verrou. S’ensuivit des puissants coups sur le bois et des rugissements.

(Ils avaient donc des renforts… Bordel. Bordel !)

Le long rire de la liche résonna, le fanatique se détourna et contempla les silhouettes. Dehors, les loups grondaient, à l’intérieur, le froid glacial se répandait. Il n’avait plus que pour allier le pleutre d’écuyer réfugié dans un coin, en sanglots, ainsi que le mystérieux mage noir d’Amaranthe qui n’avait toujours pas bougé un pouce. Mais alors que tout espoir le quittait, ce dernier se tourna vers lui.

« Ne recule pas devant la mort. Après tout, tu es un messager du Corbeau. »

Dans geste vif il retira sa cape, découvrant sa physionomie. À ses traits fins et plutôt jeunes, Daemon comprit rapidement qu’une part de sang elfique coulait dans ses veines. Il fut aussi frappé par la teinte de ses yeux, rouges, brillants comme deux braises. Son accoutrement était banal, quoiqu’un peu lugubre, avec pour seule particularité une longue dague d’ébène coincée sous sa ceinture.

« On me nomme le Nécromancien et je défendrais ces contrées au péril de ma vie. Nous avons tous notre rôle et le mien est de conjurer les engeances dans ton genre, Matarys, nécromant de la vieillesse, supposé mort depuis plus de cinq cents ans... »

Des étoiles brillaient dans les yeux de Daemon, ce nécromancien était impressionnant. Sa vaillance, ou alors sa confiance déraisonnable face à la mort, lui avait redonné espoir.

« Le Nécromancien… Oui, j’ai entendu bien des fois parler de toi. Les gens d’ici ne te portent pas vraiment dans leurs cœurs. » se gaussa-t-il, « Soit, viens te mesurer à moi. »

À ces mots la liche déploya un bras, des tintements de chaînes se firent entendre, alors Daemon s’écarquilla en découvrant entre ses mains une hache aux proportions terrifiantes.


« Assez de distraction pour aujourd'hui... »

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Dernière édition par Daemon le Jeu 17 Mar 2016 22:30, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Jeu 17 Mar 2016 22:29 
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Les deux présences sombres et imposantes grondaient silencieusement d'une hostilité mutuelle et inhabituelle. Au fond du temple, au centre d'une ombre mouvante et fluctuante, la liche ténébreuse munit de sa formidable hache aux chaines d'ornementation crissait d'un rire caverneux à l'encontre du provoquant Nécromancien d'Alkil. Ce dernier captivait l'attention du semi-elfe, qui, au-delà de l'espoir d'y trouver un allié capable de contrecarrer cette situation désespérée, dégageait une prestance indescriptible. Sans doute était-ce ses ascendances elfiques et probablement Shaakts qui éveillaient en lui cette familiarité ambiguë. Il l'ignorait lui même.

Son état d’excitation n'augurait rien de raisonnable. Même s'il ne souffrait d'aucune lésion physique sérieuse suite à la confrontation contre les Liykors ; la mort d'Asad, l'insondable violence des combats, l'horreur par laquelle Matarys transforma les chevaliers en goules, ainsi que cette aura abyssale et pestilentielle affectant ses lieux, avaient sérieusement contribué à l'altération de sa santé mentale. Son regard inexpressif et dilaté rappelait celui d'un malade, d'un tueur au calme effrayant. Son allié nota son expression mais n'y prêta nul jugement, se contentant de l'inviter à se préparer au combat avec un air bienveillant. Daemon hocha la tête, simplement.

Le Nécromancien fit face à la horde macabre et dégaina sa dague d'un geste véhément. La liche continuait à ricaner bruyamment mais se tut en découvrant le tranchant, puis progressivement l'intégralité de la lame, rougir d'une intensité surprenante. Des fourmillements magmatiques y apparurent avec de petites bulles éphémères, comme si l'acier fondait et bouillait, prenant à présent la même teinte magmatique incarnée au fond des yeux du nécromant.

Le squelette couronné d'or souffla un ordre glacial et d'un geste de main, insuffla une ombre à une de ses créatures. À l'inverse de la masse trainante, le macchabée désigné débordait d'une vitalité surnaturelle et leur fondit dessus en brandissant le fer.

Le Nécromancien fit des grands gestes. Il y eut une détonation, accompagnée d'un éclair. Daemon ne vit que des traits et des étincelles ondulés en un instant dans un fracas. Puis, le squelette offensif vola en éclats d'aciers, d'os et de braises... La dague écarlate avait grandi. Elle s'était transmutée en un long ruban de flammes compactes teintées d'ombres qui claquait à la manière d'un fouet. C'était le mot, Daemon l'entendit quelque part dans son esprit : un fouet.

« Cette dague ancestrale fut forgée dans les profondes cités noires, là où les flammes côtoient l'ombre en permanence. Bien maitrisée, elle devient un fouet dévastateur auquel rien ne résiste. »

« Rien d'autre qu'une vulgaire babiole Shaakt, des métaux élémentaires auquel on a incrusté quelques onces de magie noire. » dénigra Matarys. « Montre moi plutôt ta créature, celle accompagnant chaque nécromancien digne de ce nom. »

« Créature de ton point de vue, la mienne représente bien plus... » répondit le mage noir avec dédain.

Il posa ensuite ses yeux sur le petit semi-elfe et lui demanda si il était prêt. Daemon ferma son poing ganté et répondit favorablement. Le nécromant lui indiqua qu'il le couvrait, puis fit tournoyer son arme avec des vrombissements graves faisant vibrer l'air. Une surprenante dangerosité émanait de son arme.

Décidé, Daemon fit face aux premiers squelettes et goules arrivant par l'allée principale, d'autres longeaient les murs de manière à les encercler. Le premier adversaire avait encore de la chair, probablement était-il encore chaud. Daemon n'oubliait pas que pour vaincre un mort vivant il est nécessaire de lui briser le crâne. Or, son adversaire le dominait par sa taille et sa tête était coiffée d'un lourd casque. Le semi-efle séchait quant à la méthode à employer. Ses griffes ne suffiraient pas à entamer convenablement l'adversaire...

« À terre ! »

Le vrombissement s'intensifia momentanément, Daemon eut à peine de temps de se fléchir en s’appuyant au sol, qu'une gerbe foudroyante frôla sa tignasse. En relevant les yeux, il ne restait plus qu'un tronc fumant en guise d'adversaire et déjà le fouet fulgurant disséminait les cohortes latérales. Le ton était lancé.

Daemon effectua une roulade au milieu des squelettes et fit choir l'un d'eux d'un croc en jambe pour ensuite saisir son crâne et le cogner contre le sol. Malgré sa méthode pour le moins bestiale il réussit à le briser comme un coquillage. Une lame vola rapidement à sa rencontre à l'improviste, mais il se déroba latéralement et riposta d'un crochet vif, qui rebondit sur le casque de l'assaillant. La première besogne achevée, il distribua quelques coups erratiques sans effet et se déroba des morts sous leur instance.

Une créature s'approcha, qu'il repoussa sans ménagement afin de se concentrer sur un seul adversaire à la fois. L'horreur face à lui préparait son prochain coup avec une lenteur propre aux morts. Il en profita donc pour réitérer sa technique acquise à Endor. L'énergie mystérieuse fluctua en lui, celle qui n'était pas du fluide, puis il la concentra dans son poing. L'attaque adverse vint de face afin de l’embrocher. Il l'esquiva d'un pas chassé, puis d'un trait, il projeta son poing ganté à travers l'ouverture du casque, enfonçant le visage charnu. La giclée de sang indiqua que l'homme n'était pas de ceux brûlés par la flamme noire. Il tituba en arrière. Accroupis sur le pavé grisâtre du temple, avec un petit sourire, Daemon s'arqua et réitéra son coup en bondissant. Il eut un petit craquement sinistre.

« Et de deux. » soliloqua-t-il.

Daemon recula afin de reprendre son souffle, jaugeant la masse cliquetante s'approchant lugubrement. Contrairement aux squelettes d'Endor, ceux-là étaient vêtus de lourdes armures les entravant, en faisant d'eux des soldats lents mais terriblement résistants. Sans parler de leur nouvelle formation, compacte et impénétrable.

« Droite ! »

Le semi-elfe se déporta sur la gauche alors que le tentacule rougeoyant déchirait l'espace de ses ondulations. Après un claquement sec suivi d'une violente détonation, il découvrit les rangs ennemis percés et rougeoyants. Profitant de l'opportunité, Daemon voulut repartir à la charge mais chuta lamentablement. Quelque chose avait bloqué son pied. Il réalisa trop tard : une main venait de saisir sa cheville...

Dans un hurlement de surprise et d'angoisse il fut happé entre les bancs de messes. Entre les bois vieillis, une horreur immonde rampait et crissait...

Paniqué, le fanatique la roua de coups de genoux, de poings ; mais elle le maintint à terre... Une douleur fulgurante transperça son flanc ! Le froid de l'acier fouillait ses entrailles. Sa frayeur était telle qu'il se débattit avec acharnement. Battant des pieds, il s'extirpa du piège et rampa pour échapper à l'âme folle, se tortillant convulsivement pour rejoindre l'allée. Alors qu'enfin il réussit à s'y trainer, il se glaça. Un autre mort l'attendait, épée levée, prêt à l'achever...

Puis la foudre frappa à nouveau et de partout. Un vacarme infernal vociféra en une pluie d'étincelles, comme une pieuvre folle mère des brasiers, tout explosa en débris de bois, d'os et d'armures...

Une main l'aida à se relever. Haletant, Daemon appuyait sur sa blessure, un filet de sang ruisselait d'entre ses lèvres. Les yeux à demi clos, il constata les ravages. Des débris jonchaient le sol de partout. Le Nécromancien d'Alkil avait tout dévasté, squelettes, bancs, même le grand lustre s'était décroché en écrasant une abomination au passage. Une nébuleuse de poussière mouchetée d’étincelles flottait au-dessus des décombres.

L'accalmie fut de courte durée, interrompue par le tambourinement intempestif des Liykors qui essayaient de forcer la porte. Heureusement, aucun d'entre eux n'eut songé à chercher une autre issue...

La créature méphitique s'avança, son aura noire paraissait être un gouffre appelant toute chose au néant.

« Assez de distraction pour aujourd'hui... »

Le bruit de ses chaînes tintait doucement et demeura, résonnant comme dans un rêve. Ses gestes étaient lents, mais sa présence grandissante sous-entendait un affrontement imminent. Hormis les Lyckors au-dehors, il ne restait plus que cet adversaire.

Un pic de douleur fit gémir le semi-elfe qui tomba à genoux. Alors, il clôt ses paupières pour se concentrer, aspira l'air ambiant, le fluide obscur corrompit ses poumons. Un souffle glacial s'empara de ses membres, anesthésiant ses souffrances...

Il se redressa, puis dans un râle, cracha un formidable nuage pourpre. Jamais il n'avait exécuté ce sortilège avec une telle amplitude. Les effluves létales du souffle de Thimoros se contorsionnèrent brusquement et déchirèrent l'espace. Nul ne pouvait résister à ce sortilège, peu importe l'armure, la constitution ; ce souffle maudit pénétrait les chairs, ravageait les âmes, annihilant l'essence même de sa victime...

Daemon se figea de stupéfaction.

Malgré l'exécution parfaite du maléfice, Matarys dissipa le nuage toxique d'un revers de main, comme s'il s'agissait d'une simple fumée de tabac.

« Était-ce un souffle de Thimoros ? » demanda-t-il, moqueur.

Estomaqué par cet échec, le jeune fanatique explosa de rage et fondit aussitôt sur la liche.

« Non, pauvre fou ! Ne t'approche pas de ses flammes. »

Mais Daemon avait consommé toute son énergie magique, les attaques à distance n'étaient plus envisageables. Il voulait le vaincre. Le vaincre ! Tout son être criait vengeance !

Matarys l’accueillit avec une gerbe de flammes noires qu'il esquiva d'un bond. Plus il approchait, plus l'air lui parut dense. Profitant de son agilité hors norme, il dansa avec les flammes qui se dressaient à chaque fois entre eux. Les effluves infernales se déchainaient tout autour de lui, s'allongeant et se rejoignant pour le prendre en étaux. La liche semblait s’agacer de sa vivacité et redoubla d'efforts sur la manipulation de ses flammes. Elles se firent plus promptes et moins défensives.

Daemon reculait en sautillant afin d'échapper à l'une d'elles, quand il entendit le nécromant.

« Attention derrière ! »

Un mur opaque et crépitant barrait sa retraite. Nul moyen de s'échapper... Mais alors le vrombissement familier se fit entendre, le tentacule ardent creva le mur en deux. D'un saut arqué le semi-elfe se glissa dans l’embrasure cauchemardesque, qui se referma aussitôt.

( C'est l'occasion ! )

Privé de toute vision, Matarys ignorait sa position exacte. Il profita donc de l'obscurité ambiante pour se faufiler entre les flammes noires qui battaient en retraite, puis entre les bancs de messes... Le nécromancien d'Alkil comprit son stratagème et provoqua volontairement la liche.

« Qu'attends-tu ? Le grand Matarys aurait-il peur de se frotter à un vulgaire nécromant !? »


La liche nota l'affront et avança en proférant quelques menaces. Daemon nota son mouvement et comprit que son pouvoir ne pouvait dépasser une certaine portée, voilà pourquoi il se déplaçait. Matarys ne semblait plus se soucier de lui. Il fut surpris qu'un tel adversaire soit dupé par un stratagème aussi grossier, mais profita de l'occasion. Tapi dans les ombres, Daemon s'approcha sournoisement aussi discrètement qu'un courant d'air.

( Il ne suffit que d'un crochet dans le crâne, bien placé... )

Il concentra le ki dans son poing, accentua ses foulées... ! Son poing fusa directement sur son adversaire, mais plus il semblait toucher au but, plus le visage creux parut hors de portée. Comme si l'espace et le temps se distordaient. Pendant l'infinité de son mouvement, Matarys se détourna vers lui.

Ne comprenant pas ce qui se passait, Daemon abrogea aussitôt son assaut pour battre en retraite. Mais ses mouvements étaient lents, entravés par un sortilège indicible réduisant sa fuite à un immobilisme commun aux pires cauchemars. Il entendit le tintement de quelques chaînes, puis une douleur fulgurante lui stria le dos.

En sang et à terre, l'ombre de Matarys le dominait. La bouche du semi-elfe s'ouvrit et se referma. Alors un tourbillon de flammes noires et grondantes l'encercla et l’engouffra. Une douleur fulgurante déchira tout son être, il ne vit plus rien d'autre que la noirceur, la noirceur et un abîme insondable de souffrance.

Alors que tout son être se flétrissait et se putréfiait, il sentit quelque chose l'attraper et l'extirper du tumulte. Ce n'était pas Matarys et cette chose courait en le trainant par le col, pour enfin le lâcher plus loin. Mais il brulait toujours et hurlait en roulant, se débattant afin d'éteindre ces flammes maudites...

Elles finirent par s'éteindre. La stupeur gagna Daemon, car par quelques prodiges, il découvrit ses bras intacts... Ses chairs auraient pourtant dû partir en cendres... Puis il observa son sauveur. Une femme, probablement, car elle portait une longue robe émeraude aux dentelles blanches. Son visage était orné d'une tiare d'un étrange alliage grisâtre incrusté de pierreries. Mais son visage n'avait rien de commun, car dénué de chair. Un squelette vêtu d'une robe...

Le nécromancien d'Alkil la rejoignit et parut déconcerté.

« J'avais le maigre espoir de te sauver mais... de là à te retrouver intact. Par quel prodige... ? »

« La jeunesse... » répondit la voix creuse de Matarys.

La liche laissa tomber sa hache sur le sol dans un grand bruit sourd, puis leur conta une légende :

« Aux premiers âges, Zewen créa les elfes et leur perfection. Tous vécurent dans un paradis immémorial. Mais un jour, Phaïtos et Thimoros recouvrirent le monde de leur fluide funeste, insufflant la magie noire dans l'essence de chaque chose. Les feuilles commencèrent à tomber, les fleurs à se faner, les fruits à se décomposer... Même les elfes furent altérés et la panique gagna les peuples primordiaux quand ils découvrirent l'éclat de leur peau se ternir et leurs forces s'amoindrir... Alors, Yuimen entendit la détresse des elfes et se dressa contre les jumeaux sombres. Il usa de ses talents pour insuffler la vitalité nécessaire à la nature afin de lui redonner son éclat originel. Mais en vain. Il ne put vaincre l'irrémédiable corruption de la vie. Néanmoins, son effort permis de la repousser l'issue tragique, du moins, pour les premières années... »

Daemon sentait son esprit partir à la dérive et ne comprenait rien au charabia débité par la liche qui résonnait dans un écho lointain.

« Il n'est pas en âge de vieillir, mais de grandir, n'est ce pas ? »

« Exactement, voici l'unique limite de mon pouvoir. Mais ce n'est pas un problème. » son rire cave résonna avec cruauté, « Il est déjà mort... »

L'ombre engloutit tout, le semi-elfe sentit sa tête cogner contre le sol, quelques bruits sourds et étrangers, et puis, plus rien.


Âme perdue

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Thème : Catacombae - Mussorgsky


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Mer 19 Oct 2016 12:47 
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Paf, paf, clac ! Paf, paf, clac !

(Mon pote, t’es un garçon, tu fais beaucoup de bruit en jouant dans la rue. Tu seras un mec fort, un jour. Tu as de la boue sur le visage, honte à toi. Donnant des coups de pieds dans ta chope de partout, et tu chantes…)

Paf, paf, clac ! Paf, paf, clac !

(Mon pote, t’es un jeune gars, un dur. Criant dans la rue, le monde sera à toi un jour. Tu as du sang sur le visage, honte à toi, brandissant tes bannières de partout.)

Paf, paf, clac ! Paf, paf, clac !

(Mon pote, t’es un vieux nain. Un pauv’ nain. Avec des yeux plaintifs, t’auras la paix un jour. Tu as de la boue sur le visage, honte à toi ! Quelqu’un ferait mieux de te remettre à ta place.)

Paf, paf, clac ! Paf, paf, clac !

« WIWEULROCKIOU ! »

Un cri, une interjection, une plainte dans la nuit, un hurlement terrible dans un patois nain des plus reculés, signifiant sans doute que ça allait remuer, voilà ce qui tira Gorog de son sommeil forcé par la chute, la cataracte sans eau du haut de ce plateau glacé fendu par l’aménité d’un troll patenté, désormais étalé sur ce sol dévasté. Usant d’une technique nanique ancestrale, et de ses deux battoirs de mains, son compagnon Broginn l’avait baffé, giflé, claqué rythmiquement jusqu’à ce que la conscience ramène le nez… le nain dans la réalité. Étourdi malgré tout, de cet étourdissement et de ces coups répétés, il eut du mal à voir net, à tel point qu’il vit double. Et flou. Puis triple. Et karmeliet. Ah non. Le houblon, s’il chargeait constamment l’haleine de son compagnon, manquait cruellement en cette funeste occasion. Aussi, lorsqu’il retrouva la raison, les joues rouges, enflées et chauffant d’une rassurante douleur, il se retrouva là, bougon, à cheval sur un ennemi vaincu sans bière pour le fêter. L’interjection d’un Broginn non moins assoiffé finit de lui faire reprendre ses esprits, et il fronça les sourcils, étourdi devant l’empressement apathique du barbu au casque ansériforme, bougonnant dans sa propre toison rousse :

« J’ai soif. »

Assis sur la couenne désormais froide du troll éventré, dont le ventre putride aurait pu bourdonner de mouches et déverser de noirs bataillons de larves coulant comme un épais liquide le long de ces vivants haillons s’il n’avait fait si froid au cœur de ce glacier, il restait béant, hagard, interdit, lorsque soudain, rugit un profond grondement. Le troll se réveillait-il ? Non, bien sûr. Il n’y avait pas plus crevé que lui. Gorog s’exclama :

« Par ma pioche ! J’ai faim, pardi ! Et quand j’ai faim, ça me donne soif. »

Il se rappela, d’un détour du passé, d’une légende contant l’histoire d’un nain-venturier qui avait trouvé un anneau magique, invocateur de tavernier. Bigre, pourquoi ne l’avait-il pas cherché, avant de se faire jeter de la belle Mertar. Ils n’en seraient pas là, maintenant. Puis, se redressant de son séant, et lorgnant son ami à la chope vide, il s’exclama :

« Boup ! Mais t’es brasseur, pas tonnelier ! N’as-tu donc pas de quoi faire-menter de quoi remplir ton godet ? »

Rhétorique question sans grand espoir, en vérité. S’il avait eu un quelconque ingrédient, nul doute qu’il serait déjà transformé et ingurgité. Non, ils étaient là, à deux, et n’avaient rien à boire ni à manger. Les stigmates de ces étranges pensées, de ces songes chantés au rythme des coups de son partenaire de tournée, lui revinrent à l’esprit.

« On doit se bousculer ! »

Et aussitôt, prenant pour argent comptant – et quel nain digne de ce nom ne le ferait pas - ces mystérieuses révélations oniriques, il se jeta sur Broginn pour le pousser par terre, le bousculer, le refouler, le culbuter – mais quels coquins, ces nains – jusqu’à ce qu’ils churent une fois de plus à la renverse, roulant presque malgré eux sur la pente douce de cette grotte sombre, du fait de leur étonnante forme oblongue. Tout le monde sait que les nains ronds titubent. Mais là, bedonnant comme ils étaient, ils roulaient et roulaient sur cette pente glissante qui se faisait de plus en plus aigüe, pentue. Très vite, d’ailleurs, ils ne contrôlèrent plus rien. Et telles les pierres qui roulent, ils n’amassèrent pas de mousse. Hélas, puisque tel état leur but, au final, s’enivrer jusqu’à la moelle de bière mousseuse en y trempant leur vaste moustache.

La pierre se changea en glace, et la roulade en glissade. Sur les fesses et le dos, ils ripèrent sur ce sol aux douloureuses aspérités, et Gorog ne put s’empêcher de peupler l’environnement sonore d’une foultitude d’onomatopées.

« Aaaaaaaah ! Ouch… Aïe ! Gniiih… Doh ! Weulah ! Argh. »

À chaque rugosité, irrégularité du terrain, son arrière train en prenait un sacré coup. Si bien qu’il jalousa un instant son ami Cul-Brique, dont le postérieur tanné aurait été d’un grand secours, ici. Mais non, ses fesses tendres et rebondies, poilues juste comme il faut, se prirent le moindre choc d’une douleur cuisante. Pire, encore, son pantalon de cuir se déchira, laissant son postérieur frôler la glace et la roche à même la peau.

Lorsqu’enfin ils furent projetés d’une crevasse verticale dans la paroi rocheuse de la montagne, ce fut pour faire un vol plané qui aurait fait jalouser les plus prestigieux assassins d’ailleurs. Un saut de la foi peu gracieux, mais ô combien précis, puisqu’il les fit atterrir droit dans un tas de fumier fumant et malodorant. Une chance, en vérité, comme le prouvèrent bien vite les lueurs proches de petites chaumières rurales et montagnardes, humaines, sans doute, dans la conception architecturale aussi simpliste que moche. Car qui disait bousin disait humains ! Et qui disait humains disait taverne où épancher enfin leur soif. Il ne lui resterait qu’à expliquer son cul nu bleu de froid et de contusion, et sa désormais inénarrable odeur de bouse de bouquetin séchée.


[escabelle]

_________________
Gorog, nain.

Le nez, c'est l'idiot du visage.


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Lun 7 Nov 2016 08:30 
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Et quelques paires de taloches plus tard, le nain roux au gros nez et au visage désormais rubicond, se réveilla non sans prononcer une étrange interjection sortie de nulle part. Des propos obscurs pour Broginn qui ne s'en formalisa pas et pourtant, l'histoire de ces mots surgissant d'un lointain passé était des plus intéressante. Elle parlait d'une grande reine moustachue qui aimait se déguiser en poussant la chansonnette. Mais tout ça, le fier Barbe-Roche n'en avait que faire. Il avait soif et a écouter son ami, il n'était pas le seul. L'heure était grave, il fallait faire quelque chose. Il fallait bouger. Sauf qu'encore une fois, nos deux comparses courts sur pattes était complètement paumé. Dans une grotte. Un comble pour des nains. Ah! Valyus et Kübi devaient bien se marrer en les voyant. Deux nains sobres et perdus dans des souterrains. Ils devaient se marrer à s'en pisser dessus.

D'ailleurs, une légende Thorkin racontait que l'urine de Kübi était le plus doux des nectars, la plus divine des boissons, le plus précieux des liquides ambrés. Pour Broginn, ce n'était que de la foutaise, de la pisse, même divine restait de la pisse mais...Il avait soif. Sacrément soif. Il s'imaginait chez lui, tranquillement vautré dans son fauteuil préféré, à siphonner un tonneau de sa cuvée spéciale de l'an 2. Sa plus belle réussite. Il rêvassait alors que son compagnon maugréait. Il rêvassait et d'un seul coup, se sentit partir en arrière. Gorog, pressé de reprendre la route, chargea Broginn dans une autre des plus pures traditions naines. Et bien évidemment, encore une fois, les deux nains churent. Point de neige cette fois. Point de troll non plus. Non, ils churent, simplement. Dévalant une pente qui allait finir par les mener Valyus seul savait où.

Au début, ils roulaient. Comme l'oeuvre d'un bousier qui aurait échappé à la poigne de son créateur. L'odeur en moins enfin...Ils roulaient, roulaient, roulaient. Et quand ils eurent fini de rouler, ils glissèrent. Postérieur sur la glace. Laissant derrière eux quelques bouts de tissus arrachés à leur culottes par les aspérités. Broginn auraient bien voulu essayer de frotter son épais postérieur allégrement mordu par le froid de la glace, mais il ne pouvait pas. Ses deux grosses paluches étaient bien trop occupé à serrer son précieux tonnelet vide et à maintenir en place son casque. Puis il le vit...Le bout du chemin. Une légère remontée donnant...sur le vide.

"Ah bah merde!"

Oui. Certains auraient imploré leurs dieux, d'autres auraient prié leur génitrice de leur venir en aide. Mais Broginn lui, avait décidé de faire dans la prophétie. Car oui, maintenant, ils volaient. Comme des aigles royaux. La grâce en moins. Et les ailes. Et les plumes...En fait non, ils volaient oui, mais comme des nains. Et c'était bien ça le problème. Parce que les nains, ça sait picoler. Ca sait creuser des galeries. Ca sait forger le métal. Ca sait compter les pièces d'or. Mais pour ce qui était de voler... Et c'était compter sur l’atterrissage. L’accomplissement de la prophétie. Une chance aussi insolente qu'odorante. Un tas de fumier.

Broginn y était entré tête la première, postérieur au vent. Postérieur qu'il pouvait enfin frotter pour permettre à son sang d'y circuler de nouveau. Une fois fait, il était enfin temps pour lui de poser ses pieds sur la bonne vieille terre. Voler, plus jamais! Il laissait ça aux piafs et aux tête de gobelins qu'on frappait à coup de masse.

"Bordel de fou..."

Un juron interrompu. Le nain brasseur venait de retirer la bouse de ses yeux. Des maisons, des bicoques, un village! Ils étaient enfin dans un village! Humain, sans doute. Il n'y avait que les humains pour faire leur maison en grès feldspathique. Le granite était tellement mieux! Mais ça, ces grands nigauds d'humains étaient trop bête pour le comprendre. Mais étrangement, Broginn semblait avoir autre chose en tête que de philosopher sur la pierre. Parce que qui dit village dit taverne. Et qui dit taverne dit bière! Enfin!

"Un village! Foutre barbe! La taverne, où est la taverne ?"

Et sans même attendre son compagnon, il se rua dans le village, ses fesses rougis par sa récente glissade toujours à l'air. De la morve de troll et de la bouse de vache toujours collé dans ses poils de barbe. Il cherchait un panneau, une enseigne. Un indice qui le mènerait au tant recherché débit de boissons. Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite. Personne. Heureusement pour les habitants. Il était encore tôt et voir un nain puant courir en exhibant son derrière n'était sans doute pas la plus agréable des vision de bon matin.

Puis soudain, Broginn vit enfin une enseigne. Une auberge. Rien de plus qu'un taverne où les humains pouvaient aussi dormir. Sans ménagement, il ouvrit la porte avec fracas, la défonçant presque et se rua près du comptoir. Trop petit, sa tête ne dépassait pas. Une petite escabelle aurait été la bienvenue ici, mais peut importe qu'on le voit pas, il comptait bien se faire entendre!

"Tavernier! Ramène ta bibine! Il fait soif par ici! Et d'la bonne! Pas d'la pisse de chèvre humaine par la barbe de Valyus!"

Pas de réponse.

"TAVERNIEEEEEER! A BOIRE!"

[HJ: Gavache]

_________________
Broginn - Brasseur - Rôdeur

Un tonnelet de bière pour me réchauffer, un tonnelet de bière...Pour vous éclater!


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Ven 11 Nov 2016 18:23 
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Sortis tous deux de ce tas de fumier qui avait su nous amortir, Broginn fut le plus preste à se carapater à la vitesse d’un sprinteur de fond – car il était bien connu que les nains étaient des sprinteurs, imbattables sur les courtes distances – à la recherche de la taverne immanquable du coin, suivant l’appel insatiable de la dive bouteille. À tel point, d’ailleurs, que Gorog fut complètement séché, le lorgnant dans sa course éperdue de ses yeux hagards et médusés jusqu’à le perdre dans les détours des maisonnettes de bois et grès friable aux toits de chaume et de bouse séchée. Boah, finalement, ils ne verraient peut-être pas de tort à ce qu’ils puent la défection, puisqu’ils y vivaient dessous toute l’année.

« Boup ! Et comment je fais, moi, maintenant ! »

Il admettait sans peine n’avoir pas, pour les saveurs de houblon, avoir la truffe de son compagnon. Il avait beau avoir un nez énorme, c’était pour dénicher les rares et précieux minerais qu’il avait été formé, et non pour savourer les délicats parfums de l’orge et du malt. Défait, il se battit les flancs des mains, attestant sans le vouloir de la présence toujours fidèle de sa pioche à la ceinture.

« Ben merd’alors. Quel gougnafier, cet empaffé ! »

Par chance, toutefois, la délicate odeur mêlée de bousin et de morve de troll lui collait comme une seconde peau, à ce brasseur comparse d’exil. Ainsi, prenant ses jambes à son cou, ce qui demandait moins d’effort, en vérité, pour un nain que pour un grand dadais d’humain ou d’elfe, il suivit la piste odorante laissée par son ami, humant l’air de son nez aux narines déployées. Une méthode tellement efficace qu’il pouvait s’en soustraire les yeux fermés. Et à raison, bon sang : les lueurs de l’aube perturbaient douloureusement ses rétines peu habituées à la lumière du jour. Il ne se fit tromper qu’une fois, suivant la piste de son odorat, lorsqu’il tomba nez à cul avec une vache amorphe ruminant du fourrage dans un petit enclot de bois. Ouvrant son œil indécis sur l’orifice, il se gratta un instant le cuir chevelu avant de se rendre compte de la méprise. Broginn avait beau avoir une tête de cul, il ne fallait pas non plus abuser. Se penchant sur le côté pour admirer le flanc de la bête, il marmonna dans ses poils de barbe son mécontentement et sa frustration. Elle avait beau bouffer des céréales, c’est pas demain la veille qu’elle pisserait de la bière, la noiraude. Vexé de s’être ainsi fait leurrer, il évacua sa rage en une claque bien sentie sur le postérieur bovin qui lui faisait fesse… face. Erreur de débutant, très certainement. Les chèvres et bouquetins élevés à Mertar pour leur lait, leur viande et leur fourrure étaient plus dociles, à n’en pas douter, que cette grosse créature à cornes. Elle ne tarda pas, réactionnaire, à ruer dans les brancards, et puis aussi dans le ventre du nain roux, et lui asséna un bon coup de sabot dans le bide. De quoi bien tout remettre en place, en vérité. Gorog, habituellement doté d’un bon équilibre, même pochtronné jusqu’à la moelle, fut ici contraint de se laisser soumettre aux lois de la pesanteur et chut après un petit vol plané sur son postérieur déjà mis à mal par la glissade inopportune. Le fracas sembla éveiller le pécore possesseur de la vache, qui sortit de sa masure, robe de nuit masquant son corps frêle, et bonnet de nuit à pompom vissé sur le crâne. L’homme n’en avait pas moins l’air courroucé et menaçant, fourche à la main – à croire qu’il dormait avec – et gueule jusque par terre, éructant des propos colorés d’un accent rural à trancher à la pelle.

« Tudju d’merd’. Qu’est-ce t’as-tu fait là à la Marguerite pour qu’elle s’mette à ruer, sal’té d’nabot ?! T’vas tâter d’ma fourche, fois d’Herbert le vacher ! »

Contusionné, Gorog se releva tout en lorgnant curieusement cet olibrius sorti de nulle part. Sa moue mécontente et sa fourche agressive étaient tant d’indices sur les mauvaises intentions du personnage à son égard. Il n’avait pas compris grand-chose à son discours confus, tout étourdi qu’il était par la douleur cuisante qui lui avait retourné l’estomac. Aux derniers mots de sa courte diatribe, il s’élança soudain en une réplique sourde et hargneuse.

« Oh ! Va chier toi-même, Bébert ! »

Il n’avait qu’à mieux éduquer sa vache, au lieu de s’en prendre à un pauvre nain sans défense. La réplique vive sembla toutefois troubler Herbert, qui vit à la ceinture de Gorog sa pioche luisante, et la main du nain s’en rapprochant dangereusement. Si les armes étaient sorties, ça allait être un combat épique : pioche contre fourche, y’avait pas mieux pour donner dans le mélodramatique. Mais le vacher n’était qu’un lâche, un couard, un gavache de poltron d’humain. Et les nains n’avaient pas la réputation d’être des cibles faciles. S’agrippant à l’encadrement de sa porte, il héla le nain une fois encore.

« Sortez d’mon pré, ou c’est qu’y vous en cout’ra ! »

Et il claqua derrière lui la porte de sa maison, y pénétrant sans plus demander son reste. Gorog lorgna le pré en question. Une parcelle dont la vache seule occupait la grosse majorité de la place, et dont la terre n’était que boue et bouses. Ce n’était pas une manière de traiter un animal ! Le nain déplorait le goût âcre qu’aurait la viande de ce bovin malheureux, et décida sur un coup de tête de lui venir en aide. Agrippant sa pioche, il fit craquer quelques planches moisies qui servaient de barrière, et d’une nouvelle claque sur le derrière odorant de la bête, la fit détaler dans les rues éparses du petit village montagnard, meuglant avec panique.

Comme lui répondant, sur un ton plus ou moins semblable, la voix de Broginn lui parvint alors de loin. Il hurlait des propos qu’il ne pouvait que comprendre, fussent-ils lointains, et le rouquin à moitié sourd. Il réclamait à boire à un hypothétique tavernier. De quoi le remettre sur la piste de son ami… et de la bière que ce dernier avait sentie.

Le temps de se ruer vers l’origine du beuglement, quelques longues secondes passèrent, et lorsqu’il arriva enfin près de la taverne, à bout de souffle, rougeaud comme son grand-oncle Kolush Poing-d’Acier, qui abusait un peu trop souvent de la boisson, ledit tavernier était penché par-dessus son comptoir, écrasant son ventre bedonnant sur ce dernier pour se pencher vers son petit client à la barbe noire. Il n’entendit pas les premières paroles du bonhomme en embonpoint, le visage cerné comme s’il venait de se réveiller – et sans doute était-ce le cas – mais bien les dernières, qui sortirent de la bouche du tenancier avec un ton ferme.

« … avant d’avoir pris un bain ! »

Un bain ! Quelle horreur. Qu’était-ce que ce village et ses traditions, pour exiger ainsi de ses invités de se laver pour boire ! C’était inadmissible, Gorog en avait pris un le mois dernier, déjà ! Hors de question de recommencer ! Au lieu de ça, il se prit à penser :

(Ô rage, ô désespoir ! Ô propreté ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et ne suis-je blanchi dans les travaux miniers que pour voir en ce jour flétrir tant de lauriers ? Mon gras qu’avec respect tout Mertar admire, mon gras qui tant de fois a sué, et voire pire, tant de foi couvert d’or le trône de son roi, trahit donc mes séquelles, et ne fait rien pour moi ? Ô cruel souvenir de ma crasse passée ! Œuvre de tant de jours en un jour effacée ! Nouvelle dignité fatale à mon bonheur, précipice mouillé d’où tombe mon honneur. Faut-il de la saleté ci-présent faire le compte, et embaumer la rose, en vivant dans la honte ? Savon, sois de mon corps à présent déserteur, ce haut rang n’admet point un nain sans honneur, et ton jaloux orgueil par cet affront insigne malgré le choix du gras, m’en a su rendre indigne. Et moi, de mes exploits puant comme une jument, mais d’un corps tout de crasse inutile ornement, glaires, jadis tant à craindre et dans cette offense, m’a servi de parade, et non pas de défense. Va, quitte désormais le plus sale des nains, passe, pour me venger, mais en dehors du bain !)

Des propos bien complexes, s’il en est en vérité, qui se traduirent bien vite dans les propos de l’intéressé :

« PAS – DE – BAIN ! Par les giroles et champignons blancs, ma crasse restera mienne, et cela je l’entends ! Dussions-nous pour cela nous enivrer dehors, avec pour seule compagnie vos plus grassouillets porcs. »

L’aubergiste, relevant son regard vers la huche de sa taverne, où Gorog se trouvait, lança un bref soupir accablé d’en voir un second arriver. Et après un instant d’une profonde réflexion, qui se fit marquer par une tempe trépignante et un regard vide, il répondit :

« Bon. Bon. Bon, bon, bon. Mais allez pas vous plaindre du fumet des porcelets. Et puis j’espère bien que vous avez de quoi payer ! »

Gorog, enjoué à l’idée de pouvoir enfin pinter, ne se souciait pas de l’odeur ordurière de quelques cochonnets. S’exclamant tout en tirant Broginn par le col pour l’emmener sitôt vers la porte du jardinet à porcs, il prit bien soin de ne laisser aucun doute au tenancier :

« Nous sommes nains de Mertar. Vous devriez savoir que les Mertariens paient toujours leurs dettes ! »

En l’occurrence, Gorog avait plutôt tendance à les oublier. Volontairement. Et à faire en sorte de ne plus jamais croiser son débiteur. Ce pauvre bougre n’aurait pas une seule des piécettes trébuchantes de sa bourse rebondie, d’autant qu’il ignorait leurs noms, tant que leur infamie. Cela parut plaire au propriétaire, puisque l’instant d’après, furent installés parmi les verrats gras, une petite table ronde et deux beaux tabourets, où ils se hissèrent pour immerger enfin leur gosier assoiffés et leur barbe tressée de la blonde bière à la mousse ambrée.

Ainsi placés, au milieu de charcutaille sur pattes, deux nains puants au cul aussi nu qu’un bébé, et au râble plus crade qu’un vieux macchabée se mirent à pinter, à boire, à s’abreuver, à s’enivrer, à s’imbiber, à picoler, à pomper, avaler, absorber, ingurgiter et sucer tous les tonnelets de bière que le tavernier daigna amener.

[HJ : Jacquemart]

_________________
Gorog, nain.

Le nez, c'est l'idiot du visage.


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Lun 14 Nov 2016 07:48 
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Broginn hurlait à plein poumons, se souciant peu du confort de ces braves gens. Ces braves gens qui dormaient encore du sommeil du juste, après une honnête et dure journée de labeur. Mais le nain brasseur, pour boire de la bière à cet instant, aurait réveillé le roi en personne. Rien ne pouvait l'arrêter. Rien. Il hurlait encore et encore jusqu'au moment ou le son d'un parquet grinçant sous les pieds de quelqu'un se fit entendre. Une démarche molle et lente, un homme à la pense aussi fournie que son crâne était dégarni fit son apparition. Sur sa face enfariné, se dessina une moue d'incompréhension car oui, il entendait quelqu'un crier, mais ne voyait personne.

« A BOIRE ! »

Manquant de sursauter, le tenancier s'approcha et, apposant son imposante bedaine sur les planches de son bar, baissa la tête pour croiser le regard de Broginn. Dans les yeux de se dernier se mit à briller une lueur impossible à décrire. Il attendait ce moment depuis si longtemps.

« Ah ! C'pas dommage par Valyus ! De la boisson tavernier ! Et en quantité ! »


L'aubergiste grimaça pour plusieurs raisons sans aucun doute possible. La première, c'est qu'il y a sans doute plus agréable comme réveil que d'entendre hurler un nabot barbu. Qui plus est un nabot qui – et c'était là deuxième et la plus importante des raisons – un nain qui pue. Car oui, si on prenait en compte la transpiration après avoir beaucoup couru, la morve de troll, le plongeon dans un tas de fumier et tout simplement le fait que Broginn est un nain, il n'était pas compliqué d'imaginer le joyeux cocktail de fragrances qui vint alors défriser les poils de nez du tavernier encore partiellement endormi. Il n'avait sans doute qu'une envie. Chasser Broginn de son établissement. Il n'avait pas vraiment envie d'avoir à faire à un impertinent de si bon matin, mais un client était un client ! Il imposa tout de même une condition.

« J'en ai d'la toute fraîche arrivée de Mertar. Mais vous n'aurez pas la moindre goutte avant d’avoir pris un bain. »


La lueur dans les yeux de Broginn changea du tout au tout. Ne laissant place qu'à un mélange de crainte et de colère. Un bain ! Ce tavernier voulait que Broginn prenne un bain ! Il en avait déjà pris un il y a un tout petit mois...Peut-être deux. Il était bien trop tôt pour en prendre un autre ! Et celui qui allait faire mariner un Barbe-Roche dans de la flotte de force n'était pas encore de ce monde !

" Un bain ? UN BAIN ?!"

Sur le moment, n'avait qu'une seule, unique et irrépressible envie. Celle de massacrer le patron à coup de tabouret. Un grand brasseur lui faisait l'honneur de venir boire dans sa bicoque et il l'envoyait se laver ? Un affront sans nom ! L'eau, c'était pas bon ! Et y macérer dans quelques litrons comme un vulgaire cornichon, ça non ! Certainement pas ! Et tel un jacquemart sur sa cloche, Broginn aurait cogné la tête de l'aubergiste à répétition, si Gorog n'avait pas fait son entrée, négociant comme un chef. Pour picoler sans se laver, c'est avec les porcelets qu'ils allaient devoir se désaltérer. Broginn se calma, temporairement seulement, car cet idiot de tavernier revint à a charge en demandant si les deux nains avaient de quoi payer. PAYER ! Le nain brasseur senti la colère revenir, mais encore une fois, son compagnon roux géra la situation et traîna sans sommation, le nain bougon et grognon à l'extérieur du débit de boisson. Au milieu des porcs, tables et tabourets furent installés et des tonnelets transporté. Enfin, l'heure était arrivée. Un par un, parfois deux par deux, les tonneaux se vidèrent. A mesure le soleil montait, les nains buvaient. Ils en avaient traversé des épreuves pour trouver cette taverne et rien n'aurait pu les empêcher de se pinter la tronche comme seuls les nains savent le faire. Ils buvaient, rotaient, buvaient encore, riaient, râlaient, buvaient toujours. Et Broginn, inspiré par la boisson, l'ambiance et les bestioles alentours fut même soudain pris d'une envie de chanter.

«  Nous pintons gaiement entouré de charcutaille. C'est vachement duraille, de pas mordre dans le bétail. C'est un vrai guêpier, de picoler, quand on pue a plein neeeeez ! »


Et il chantait, et chantait encore.

« Vaut mieux rêver ! A une bière à siffleeeeer ! C'est c'que j'ai dit ! Une bonne bière à siffleeeer. Je l'imagine Mertarienne, ravageant mon haleine. Et je l'admire par sa force ! Son effet sur mon torse. Qu'la pinte soit grosse, qu'les bulles soient fines, moi j'aime la bibine. Avec de la bonne cuisine ! Boeuf, porc, poulet ! Hmmm ! »

Et toujours, les deux comparses picolaient. Les fesses au vent, toujours. Les pieds dans la fange, encore. Ils picolaient. Ils picolaient jusqu'à être parfaitement pompette et ne plus pouvoir poser un pied par terre sans pencher dangereusement dans uns sens puis dans l'autre. Une beuverie digne de Verri le nain. Une connaissance de Broginn. Celui-là, il buvait toujours jusqu'à ne plus se souvenir de rien et se retrouver à poil dans la chambre d''un humain avec une culotte elfique sur la tête avant de vomir ses tripes. Ca pour sûr, il était crade le Verri...Une culotte elfique ! C'est d'ailleurs de tous ces événement que lui venait son surnom : Verri Crade Tripes. Un nain, un vrai ! Broginn et Gorog étaient sur le point de vivre quelque chose de similaire, car bien vite, les chose dégénérèrent.

Complètement torché, Broginn se mit à parler avec l'un des porcs qu'il venait de prendre en affection.

« On a pas idée de fermer un enclos dans un cochon ! La liberté mon ami ! C'comme une bonne bière, on peut pas vivre sans ! »

Il bafoullait, mais en même temps semblait incroyablement sérieux. C'est ainsi qu'il se retrouva à foncer sur la porte de l'enclos des bêtes pour en défoncer la porte fragile d'une charge de l'épaule. Droite ou presque. Sa démarche était chancelant et il s'effondra sur une portion de la barrière qui se brisa sous son poids. Broginn se releva en hurlant.

« LIBERTEEEEEEEEE ! »


Pourtant, les porcidés ne semblaient pas vraiment motivé. Qu'à cela ne tienne, le nain à la barbe noire n'avait pas dit son dernier mot. Il retourna voir son ami le cochon, le vrai, pas le barbu qui vaquait à ses occupations d'ivrogne et s'adressa encore à lui.

« Bah mon cochon, t'as pas inventé la pierre à polir les pioches hein ! T'es libre ! Fonce. »

Rien, le porc ne bougeait pas.

« Mais t'vas bouger ton gras oui ! »


Et Broginn fit la première chose qui lui passa par la tête, laissant l'alcool guider ses actes, freiner ses inhibitions. Non pas qu'il avait quelques inhibitions en étant sobre mais...Il était rarement sobre de toute façon. Il entreprit de chevaucher le cochon et une fois juché sur le dos de ce dernier, lui donna une violent claque sur le postérieur. Le sang de l'animal ne fit qu'un tour et il se mit à courir, entrainant les autres dans sa folie.

« Oui ! Vous êtes libres !  LIBRES ! »

Une rire gras sortit de la gorge de Broginn qui, malgré toutes ses tentatives désespérées pour rester sur sa monture finit par s'envoler pour finir par passer à travers le toit de paille d'un poulailler. La panique. Partout dans le village, les porcs courraient en grognant, accompagnés des poules et de leur caquètements de terreur. C'était la folie. Une à une, les portes des maisons s'ouvrirent laissant apparaître leurs occupants.

« Qu'est-ce qui s'passe ? »
« C'quoi donc qu'ce bordel tidju »
« Rattrapez les cochons ! »
« Hiiii, j'ai d'la fiente dans les cheveux ! »

C'est alors que Broginn se décida à sortir du poulailler, quelques plumes coincées dans la barbe et entre les fesses. Il fut accueilli par cinq paysans en colère armées de fourches et de houes...y'en avait même un avec un faux ! Ha, se battre avec une faux, on a pas idée !

« Voulez vous battre ? J'suis votre hommes les longues pattes ! V'nez donc vous frotter à un Mertarien ! Z'êtes que dix ? J'vous prends avec une seule main par Valyus ! »

Puis un « bong ». Un coup de pelle sur l'arrière du crâne. Broginn était dans les choux.

[HJ: truculent]

_________________
Broginn - Brasseur - Rôdeur

Un tonnelet de bière pour me réchauffer, un tonnelet de bière...Pour vous éclater!


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Mar 15 Nov 2016 17:48 
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Et pour boire, ils burent. Ce qui arracha à Gorog, l’espace d’une seconde à peine, une pensée émue pour ce prêtre nain à la bure violette qu’ils laissèrent périr dans l’avalanche qui les épargna tous deux. Ils burent, burent et burent encore, vidant les réserves de bière mertarienne fraîchement livrée à cet aubergiste dont les yeux, sans qu’il en voit la couleur, s’étaient changés en deux billes d’or où flottait l’appât du gain. Car pour en écouler, des fûts de la meilleure bière de la région, ils en descendirent. Et pas qu’un peu. Et à mesure que le taux d’alcool montait en leurs veines en manque, l’ambiance se détendait et se faisait polissonne, gaillarde, chaleureuse et festive. Fussent-ils deux, les nains avaient l’art de la fête dans leurs gênes, et bien vite, dans cette arrière cours d’auberge cloisonnée par de petits panneaux de bois censés retenir les porcs qui cernaient les deux barbus, des chants joyeux montèrent dans les cieux, finissant d’éveiller les endormis tardifs. À mesure que la journée passait, les chants bien que plus confus étaient scandés avec de plus en plus de force. À tel point que la joyeuse compagnie bicéphale attira vers eux regards et curiosités. Sourires goguenards de fêtards passés, regards scrutateurs et choqués des puritains ascètes, froncements de sourcils des travailleurs honnêtes, rires joyeux des enfants innocents, et cris encolérés de leurs mères courroucées accompagnèrent ces chansons, dont les paroles ressemblaient plus, à force, à de la bouillie orale qu’à de véritables arpèges vocaux.

« Et à pleins verrres mes bons amis,
C’est en buvant, qu’il faut chanter la bièèère.
Et à pleins verres, mes bons amis,
Qu’il faut chanter, la bière du pays ! »


Et d’autres :

« Caaaaaa sent la bière de Mertar à Hidirain,
Ça sent la bière, Valyus qu’on est bien ! »


En passant par des :

« Qui veut chasser une migraine
N'a qu'à boire toujours du bon
Et maintenir la table pleine
De cervelas et de jambon

L'eau ne fait rien que pourrir le poumon
Boute, boute, boute, boute compagnon
Vide-nous ce verre et nous le remplirons
L'eau ne fait rien que pourrir le poumon
Goûte, goûte, goûte, goûte compagnon
Vide-nous ce verre et nous le remplirons ! »


Ou encore :

« C’est à boire à boire à boiiiire, c’est à boire qu’il nous faut ! Oh, oh, oh ! »

Entonnées toutes par les deux voix gaillardes de nos comparses nains imbibés jusqu’à la moelle de cette substance délicate issue de la dive bouteille, blonde comme les blés ou rousse comme la couenne d’une bien bonne naine aux mœurs plus légères que ses tétons. Ils s’en fichaient d’être cul-nu, de puer la crotte et de barboter dans la même fange que ces porcs, leurs voisins amènes les lorgnant de regards porcins, prêts à grappiller la moindre gorgée que les deux nabots laisseraient échapper. Hélas pour eux, la bière était sacrée, et chaque goutte renversée finissait dans l’épaisse toison de leur barbe fournie, de sorte que toujours sous leur nez, que Gorog avait fort gros, persiste encore et toujours l’odeur maltée de la bière, cette alliée.

L’œil torve et trouble, la bave aux lèvres, toujours entrouvertes, le nez rougissant et les réflexes s’amoindrissant, ils allaient ainsi de tonnelet en tonnelet sans se laisser aller, gardant un rythme constant qui aurait fait rougir de fierté le grand Kubï et son litron.

Mais alors que la journée avançait sacrément, et qu’ils ne pouvaient plus qu’à peine tenir debout sans tanger et immanquablement risquer de choir et d’échoir, déchus, sur le sol choisi par l’aubergiste chenu. Ce fut alors que Broginn, sous le regard complice et rieur d’un Gorog plein comme un rond d’pain, s’intéressa à la faune porcine qui les cernait de toutes parts, s’enhardissant et, courageux volontaire, défonça de son poids avachi la clôture qui les laissait ainsi prisonniers. Moment de lucidité ? Impromptue témérité ? Libératrice fierté ? Ce fut juché sur l’un d’eux que ce héros imbibé fit paniquer la harde de porcs, qui s’enfuit comme un pet de la place dans un truculent vacarme, un chaos sans nom, un désordre tellement bruyant qu’il parvint à couvrir, un temps, le rire tonitruant d’un Gorog laissé sur place. Hilare, alors que son compagnon disparaissait de son horizon la tête la première dans un poulailler qu’il démonta bien vite, Gorog tomba à la renverse de son tabouret, droit dans la boue sous ses pieds. Il se roula encore ainsi pendant plusieurs longues secondes avant de se dresser sur son séant, lorgnant de loin la scène dont son ami était désormais plus la victime que l’initiateur héroïque. Dans un capharnaüm sans nom, les pécores et paysans, habitants résidants du village s’étaient pressés pour non pas acclamer la bravoure du thorkin, mais pour le menacer de piques, de fourches et de pelles contondantes, dont l’une vint cueillir son ami derrière la tête, l’assommant sur le coup et faisant virevolter son casque par terre. Sa fierté, sa vie !

Le rouge ne monta pas aux joues de Gorog : elles étaient déjà rubicondes. Mais la moutarde lui monta au nez, et il sentit la colère grimper en lui de plein fouet. Courroucé, mais toujours aussi bourré, il s’écria :

« B… Bande de Bli ! De Bla ! De blaireaux incontinents et anthropopitèques ! Bachi-bouzouks écervelés, bougres de cloportes colporteurs clopinant tels des coloquintes colombophiles ! Escogriffes dépareillés, lépidoptères invertébrés ! Je m’en vais vous moucher, moi, foi de Poing-d’Acier ! Z’allez savoir c’que c’est qu’un Peuah ! »

Et aussitôt, enragé, empli d’une hargne vengeresse, il s’élança maladroitement, pioche à la main, titubant comme un tubercule ovoïde, vers l’attroupement humain. Et alors qu’il fonçait, droit vers ce mur de grandes quilles de benêts, il chut à son tour, encore. Car il est bien connu qu’un nain rond, ça titube. Il roula-boula dans leurs pattes tout en hurlant un antique cri de guerre Thorkin d’un lointain ancêtre qui se battait à grands coups de boules de métal :

« Straïque ! »

Hélas, si les péquenauds pécores étaient défaits, il n’en était rien de la troupe de miliciens descendant de la colline, escortés par le bouseux qui, le matin même, avait eu affaire à Gorog. Le vacher mal luné avait été quérir les soldats du poste le plus proche, et ils déboulaient maintenant vers le carnage pittoresque créé par les deux nabots imbibés. Désorienté, mais la main fermement maintenue d’une part sur le manche de sa pioche, et d’autre part sur le casque-canard de son brasseur d’ami tout proche, il ne put qu’entendre la haine déversée comme une logorrhée dithyrambique du vacher pas content.

« Les vl’à qu’c’est eux qui z’ont r’niflé l’cul d’la noiraude, pour bin l’effaroucher qu’elle a couru droit dans une ravine où c’que je vous l’ai montrée. Pis voyez, là, c’qu’y font d’nouveaux ces sales nains ! »

Des sales nains ? D’aucun auraient décrété l’appellation antinomique, mais il était vrai qu’ici, c’était presque un euphémisme tant la crasse puanteur leur collait de partout. Les miliciens eurent tôt fait d’encercler les deux soudards, et Gorog, courageux mais pas téméraires, s’exclama, repentissent :

« Boup ! Rangez vos glaives, soldats du coing. Tout va bieng, tout va bieng ! On se rend, mais on n’a rien fait ! C’est ceuces-là qui ont agressé mon copain nain. »

Le capitaine de la garde, un grand escogriffe couturé de cicatrices, jaugea la scène d’un air écœuré, et déclara solennellement :

« On verra ça à Kendra Kâr au tribunal, quand vous serez jugés pour vos méfaits ! Gardes, arrêtez-les ! »

Et ainsi, sans grande difficulté sinon celle de soulever Broginn de terre pour le jucher sur une carriole où ils furent tous deux ligotés, les gardes s’exécutèrent sans tarder. Et ils laissèrent derrière eux un chaos sans nom dont ils étaient les victimes éplorées tant que les initiateurs pochtronnés. Mais il avait beau être ligoté, dépenaillé, et son ami tout engourdi, il se mit à rire d’un rire gras et satisfait. À rire comme bien peu le pouvaient.

_________________
Gorog, nain.

Le nez, c'est l'idiot du visage.


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 Sujet du message: Re: Le village d'Alkil
MessagePosté: Dim 29 Juil 2018 11:40 
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Oljyn me mène jusqu’au village d’Alkil. Un petit village de montagne aux habitations de pierre. Un village tranquille où on y croise de nombreux soldats Kendrans. Avec l’arrivée du printemps, le temps y est agréable. Non loin du village se trouve un fleuve et un petit port appartenant au village. Oljyn me tape sur l’épaule et sort une carte de son sac pour me montrer que le fleuve rejoint directement le royaume de Kendra Kar. Je souris. Il sourit. J’allais pouvoir retourner chez moi et prendre un de ces transports volants. Au port des barques se chargent. Je serre Oljyn dans mes bras en le remerciant et lui promettant que je reviendrais le voir. Il incline la tête avant de me faire comprendre d’un regard que je dois me montrer prudent. J’incline la tête à mon tour avant de rejoindre le ponton d’un navire en cours de chargement sous les yeux du moine au quel j’adresse un dernier signe d’adieu avant qu’il ne se retourne pour prendre sa propre route. J’interpelle un des hommes qui charge le bateau.

" Excusez-moi, vous vous rendez bien à Kendra Kar. "

"C’est-à-dire que c’est difficile de remonter le courant alors… "

" Est-ce que je pourrais monter à bord ? "

" C’est-à-dire que … "

" XEL ?! "

Je tourne la tête alors que quelqu’un me fonce dessus et se colle contre moi. Il s’agit d’un garçon. Une douzaine d’année peut être. Une chevelure brune et courte. Il lève son visage ravi vers le mien et je crois le reconnaître.

" C’est bien toi ! Ca fait longtemps ! On a entendu toutes les histoires sur toi ! Méli n’arrête pas de nous le raconter ! Elle est super heureuse dans sa nouvelle maison même si ça se voit que tu lui manques ! Et puis y a le gros Bob qui passe souvent aussi avec ses pâtisseries ! Et ! Et ! "

Le garçon s’emporte, enchaîne mots sur mots sans s’arrêter. Je le reconnais grâce à sa rapidité vocale. Il s’agit d’Humphis. Un jeune orphelin. Il me raconte ce qu’il s’est passé depuis mon départ presque sans respirer. Mon sourire s’élargit au fur et à mesure. La construction de l’orphelinat. Les enfants qui se construisent sans le vol. Les nombreux dons. Il m’explique qu’il est ici pour donner un coup de main contre un peu d’argent. Il me demande si les nombreux exploits qu’on raconte sur moi sont vrais. Il me les énumère avec de grands gestes quand je lui demande lesquels. Je lui réponds à chaque fois affirmativement pour ne pas ruiner son enthousiasme. C’est le marin qui l’interromps au bout de quelques minutes en se raclant la gorge.

" Vous êtes vraiment Xël, le sauveur d’Aliaénon ? "

J’hoche la tête en souriant, suivi du cri d’admiration du jeune garçon.

" Tu rentres à Kendra Kar alors ?! "

Je secoue doucement la tête.

" Non. J’ai encore des choses à faire sur cet autre monde. "

" Oh…" Fait-il, un peu déçu. " Méli sera sans doute triste, mais je lui dirais que tu as l’air en forme. "

" Oui. Dit-lui ça. "

Revoir une connaissance qui connait Méli me remplit le cœur de joie. Je me tourne vers le marin qui hoche la tête et accepte de m’emmener avec lui. Il m’informe de l’heure du départ et je me propose de l’aider pour charger la cargaison en répondant aux nombreuses questions qu’Humphis me demande. Ce gamin est toujours un moulin à parole mais je suis content de l’entendre et de le voir en si grande forme.

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