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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Dim 11 Déc 2016 18:31 
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Quand elle lui exprima son soulagement d'échapper à une mission diplomatique, Tanaëth acquiesça avant de repartir sur une autre de ses paroles censées sur le respect et la franchise. Kay l'écouta tout en servant dans les provisions et en croquant les victuailles à pleine dent, réalisant qu'elle était affamée. Elle se demanda s'il avait compris qu'elle avait cherché à faire de l'humour, pour détendre l'atmosphère.

(Mais à quoi ça sert ?)

La guerrière avait fini par aborder le sujet qui la tracassait tout en lui trottant dans la tête depuis qu'elle avait la rencontre même du maître d'armes. Mais bien qu'il eût employé un ton aimable, elle eut l'impression qu'il la rembarrait. Il lui demanda ce que représentaient les Danseurs d'Opale, à ses yeux et comment elle pouvait penser entrer un Ordre dévoué à une déesse qu'elle bafouait communément. Sa première réaction, à peine Tanaëth avait-il achevé sa phrase, fut de secouer la tête.

"C'est faux ! Je ne..."

Elle s'interrompit d'elle-même parce qu'elle ne savait plus ce qu'elle avait à dire. Ou voulait dire. Sur Izurith, alors que l'impatience avait éclos dans son esprit échauffé, elle avait lâché un blasphème contre Sithi. Mais elle n'avait pu le comprendre comme tel que lorsque le Sindel l'avait violemment reprise. L'elfe gris vénérait Sithi comme une vraie Déesse et ce, depuis son enfance, tandis que Kay avait une relation plus... conflictuelle. Elle se comportait vis à vis de la Dame comme un adolescent envers ses parents. Elle était née dans un village humain, elle avait grandi entourée d'humains. Bien que sa famille priât plusieurs Dieux - comme Yuimen, Gaïa, sa mère, cependant, lui avait sans cesse répété que le Dieu (ou plutôt la Déesse) qu'elle devait, elle, prier, était Sithi. Dans sa tête d'enfant, cette différence de religion s'était accouplée avec sa différence de nature. Kay respectait et priait Sithi. Mais Kay se plaignait et mettait tous ses malheurs sur le dos de Sithi. Elle avait, peu à peu et inconsciemment, fait de la Dame Lunaire la responsable de sa situation. De plus, Tanaëth avait été la première personne qui vénérât la même déesse qu'elle. En peu de jours, il avait changé sa vision - mais pas complètement.

(Les vieilles habitudes ont la peau dure.)

"C'est faux. Je respecte Sithi depuis que je suis petite. Et ce que tu m'en as dit, aussi... Je ne pense jamais que tu as tord quand tu en parles. Mais ça ne peut pas enlever toutes ces années où je n'ai pas trouvé ma place dans ce monde et que la seule personne à qui je pouvais m'en plaindre... c'était elle. J'ai eu tord, je le reconnais maintenant. Mais à l'époque, j'avais besoin que quelqu'un soit la source de mes malheurs. Pour pouvoir me sentir moins seule."


C'était une réaction de gamine, mais c'était bien une gamine qui avait ressenti ces choses-là, seule dans son coin. D'un point de vue elfique Kay sortait à peine de l'enfance. Tandis que d'un point de vue humain, elle était une vieillarde. Elle était restée chez ses parents plus de temps qu'aucun enfant humain ne le faisait. On l'avait pointée du doigt pour cela. Pourquoi n'aurait-elle pas eu le droit de blâmer une déesse lointaine qui ne semblait lui appartenir qu'à elle ? De quel droit Tanaëth pouvait-il la juger ?

(Et puis, il jure jamais lui peut-être ?)

D'un geste plus rageur qu'elle ne l'aurait souhaité, elle lança une poignée de brindilles dans le feu et les regarda se tordre dans les flammes claires.

"Tu m'as dit... Tu m'as dit que les Danseurs d'Opale étaient des guerriers dévoués corps et âme aux préceptes de Sithi qui sont, je le crois, fondés sur la paix. Moi aussi je veux aider."

Kay dissimulait ses larmes en les exposant au feu et elles disparaissaient comme elles apparaissaient. Il lui était plus difficile, néanmoins, de garder sa voix ferme.

"Je n'ai rien d'autre à quoi me raccrocher..."

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Dim 11 Déc 2016 21:30 
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Kay réagit avec virulence à mes propos, s'exclamant qu'il est faux qu'elle ne respecte pas Sithi. Elle s'interrompt pourtant sans finir sa phrase suivante, en proie à un profond trouble d'après ce que j'en perçois. Attentif, je me garde bien d'intervenir, je ne souhaite pas la presser car je ne doute pas qu'elle se refermerait aussitôt comme une huître à marée basse. Elle reprend la parole pour réaffirmer mon erreur, m'assurant qu'elle respecte Sithi depuis qu'elle est petite mais qu'elle n'avait qu'elle à qui se plaindre. Elle avait besoin de rendre quelqu'un responsable de ses malheurs et Sithi était toute désignée, cela lui permettait en quelque sorte de se sentir moins seule. Je plisse légèrement les yeux, réfléchissant à ce que je viens d'entendre et tâchant de comprendre ce qu'a pu ressentir Kay alors qu'elle ne pouvait s'identifier ni aux humains ni aux Sindeldi. Je ne suis pas vraiment certain d'y parvenir, j'ai grandi parmi les miens et j'ai bénéficié d'un socle aussi ferme que le roc en termes de coutumes et de croyances, contrairement à elle. Mais je sais ce que cela fait d'être rejeté par les siens, je me souviens encore de ce que j'ai éprouvé lorsque mes parents ont accepté que je sois banni de Nessima pour préserver leur influence commerciale et politique.

La jeune femme jette rageusement les restes du bout de bois qu'elle vient de déchiqueter au feu, gardant le silence un moment avant de me dire que, pour elle, les Danseurs d'Opale sont des guerriers voués corps et âme aux préceptes de Sithi, ainsi que je lui ai appris. Elle suppose également que ces préceptes sont fondés sur la paix et souligne qu'elle veut aider à l'établir, du moins est-ce ainsi que je comprends ses paroles. D'une voix tremblante, elle ajoute enfin qu'elle n'a rien d'autre à quoi se raccrocher et, alors que je l'observe plus directement, j'aperçois les larmes qui perlent dans ses yeux, bien qu'elle s'efforce de les dissimuler. Je réalise soudain à quel point elle doit craindre d'être une nouvelle fois rejetée, je le savais mais les événements qui se sont enchaînés m'ont un peu sorti de la tête cet aspect des choses. J'aurais dû être plus attentif et je m'en veux un peu de ma maladresse, mais ce qui est fait est fait. Je lève une main et la pose sur l'épaule de la jeune femme que je presse légèrement en guise de réconfort, puis je lui réponds doucement:

"Nous faisons tous des erreurs, Kay, moi le premier. Il m'est difficile de comprendre ce que tu as vécu, ce que tu ressens, mais ne crois pas que je te juge. J'ai conscience que tu t'es sentie seule presque toute ta vie, ne trouvant ta place nulle part et n'ayant personne pour t'apprendre les traditions du peuple dont tu es en partie issue. Il me semble normal que tu en aies voulu aux dieux de t'avoir infligé cette vie, je les ai moi-même maudits à de nombreuses reprises après avoir été banni du Naora."

Je laisse passer quelques secondes, le temps d'ordonner mes pensées, puis je reprends:

"Je crois qu'il est temps que je te parle de Sithi, de ce qu'elle représente pour nous mais aussi de ce que nous représentons pour elle. Pour les Sindeldi, Sithi n'est pas vraiment une Déesse telle que le conçoivent les autres peuples, elle est à la fois moins et plus que cela. Elle nous a créés il y a bien longtemps, elle nous a donné vie et a fait de nous un peuple fier et puissant, elle nous a donné la connaissance afin de nous permettre d'acquérir de la sagesse mais, plus que tout, elle nous a offert la liberté, le libre arbitre. Et ce don de libre-arbitre implique une chose essentielle: nous sommes libres de faire des erreurs. Plus encore, nous devons les faire pour apprendre, de la même manière qu'un enfant doit se brûler une fois pour savoir que mettre sa main dans le feu n'est pas une bonne idée. Au sens très littéral Sithi est notre Mère. Elle veille sur nous, en tant que peuple, nous guide et s'efforce de nous éviter le pire mais elle ne nous empêche pas de faire des sottises tant qu'elles ne risquent pas de nous détruire."

Je m'interromps un instant pour laisser Kay assimiler ces mots et, lorsque j'ai le sentiment que c'est chose faite je poursuis:

"Sur Eden, Sithi marchait parmi son peuple, non pas comme une inaccessible divinité mais comme une Mère parmi ses enfants, elle n'avait rien d'un mythe. Mais parce qu'elle nous avait offert le droit de choisir notre destin, certains de nos ancêtres se sont fourvoyés et dans leur folie sont parvenus à bouleverser l'équilibre de notre monde d'origine, à tel point qu'il devint invivable et menaça notre survie. Sithi intervint et fit en sorte que nous puissions nous réfugier sur d'autres mondes, dont Yuimen. Malheureusement, les mondes les plus propices pour les Sindeldi n'étaient pas forcément les plus favorables à Sithi. Et c'est en cela qu'elle se sacrifia, plutôt que de nous emmener avec elle sur un monde qui lui était favorable, elle accepta de se séparer de ses enfants pour les envoyer sur le monde qui leur serait le plus propice à eux. C'est un acte d'amour immense, elle savait qu'elle allait en quelque sorte perdre ses enfants mais elle a fait passer notre bonheur avant ses sentiments de mère. Les Sindeldi sont donc arrivés sur Yuimen, un monde sur lequel Sithi ne peut vivre à cause de la scission des fluides élémentaires qui, ici, s'opposent alors que sur Eden ils ne formaient qu'un. Ainsi, parce qu'il lui était impossible d'être présente sur Yuimen, elle est devenue au fil du temps une légende, un mythe des origines si lointain que beaucoup pensent sans doute qu'elle a disparu avec Eden. C'est d'ailleurs la version officielle enseignée par le Clergé, celle que j'ai apprise lorsque je vivais au Naora."

Je lève un instant les yeux au ciel pour contempler l'orbe éclatant qui illumine la nuit, puis j'achève mon récit sur ces mots:

"Mais le clergé se trompe ou, plus probablement, trompe son peuple. Sithi existe et cette assertion n'est pas une croyance de ma part, mais un fait. Elle nous aime comme au premier jour, elle se soucie de nous, de notre futur, mais elle doit user de moyens détournés pour nous guider sur ce monde qu'il lui est impossible d'arpenter. Et ce moyen, ce sont les Danseurs d'Opale. Non pas parce qu'elle nous l'ordonne, mais parce que nous l'avons choisi, parce que nous avons choisi d'écouter les conseils de notre Mère et de l'honorer en essayant de nous montrer dignes d'elle et de ce qu'elle nous a offert."


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mar 13 Déc 2016 19:48 
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Kay fixait les belles flammes dorées qui s'élevaient vers le ciel, vers la lune, vers Sithi, comme en remplacement d'elle-même. Soudain, sans qu'elle s'y attendît, Tanaëth posa sa main sur son épaule et, par réflexe, elle releva les yeux vers lui. Il lui dit qu'il ne la jugeait pas (vraiment ? ce n'était pas l'impression qu'il lui avait donnée sur Izurith...) et que, bien plus, il la comprenait, ayant, lors de son exil, maudit lui-même les dieux. Mais il parlait de "les" pas de "elle".

(Est-ce que tu ne m'en veux pas ? Réellement ?)

La jeune femme aurait tant voulu poser la question à voix haute, mais elle n'osait pas. Cela faisait... trop gamin. Oui, c'est cela : elle n'avait pas envie de lui donner l'image d'une gamine demanderait à sa mère si elle l'aimait toujours, après une grosse bêtise de sa part. Kay était sortie de l'enfance depuis longtemps. Mais pourquoi, parfois, souvent, ses réactions étaient-elles si puériles ?

Le maître d'armes lui parla ensuite de Sithi, de la différence entre la relation qui unissait les dieux et les humains et celle qui reliait Sithi aux Sindeldi de façon si intime, ce que cela avait eu pour conséquence au moment de l'exil sur Yuimen et enfin, du clergé, de leur version de leur déesse. Elle écouta en hochant la tête. Oui, tout cela, il lui avait déjà raconté.

(Mais il n'est pas juste question de raconter, n'est-ce pas ?)

Un instant, elle reporta son attention sur le feu de camp qu'elle avait allumé, comme pour y trouver le courage dont elle avait besoin - ou les réponses à ses questions.

"Je comprends tout ce que tu me dis, mais..."

(Mais je ne suis pas encore sûre de le penser.)


Elle secoua la tête.

"Laisse-moi au moins essayer de faire mes preuves, s'il te plait."

La semi-elfe ramena ses jambes contre sa poitrine et s'empara d'un fruit qu'elle se mit à mastiquer sans vraiment y penser. Personne ne pouvait prédire ses futurs sentiments et elle se demandait sincèrement si elle viendrait un jour à penser comme Tanaëth. Probablement. À l'écouter, elle était jalouse. Jalouse de cette relation si privilégiée qu'il avait avec "sa" déesse. Est-ce que tous les Danseurs d'Opale étaient ainsi ? Elle en avait déjà rencontré quelques uns, certes, mais les circonstances dans lesquelles s'était déroulée cette rencontre n'était pas exactement des plus propices à un échange religieux.
De pensées en pensées comme le vent dans les arbres qui soulèvent indifférence toutes feuilles avant s'apaiser sur une dernière caresse, Kay repensa à ce qui s'était passé sur le monde qu'ils venaient d'abandonner.

"Dis... Quand on était sur les Terres Désolées et que tu t'es évanouis, qu'est-ce qu'il s'est passé ?" Puis, consciente de son impolitesse, elle s'empressa d'ajouter : "Non en fait, ne fais pas attention, j'ai parlé trop vite."

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mar 13 Déc 2016 22:46 
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Kay relève les yeux, surprise, lorsque je presse doucement son épaule. Après que je l'aie assurée que je ne la jugeais pas et avoué qu'il m'était aussi arrivé de maudire les dieux, elle semble sur le point de me poser une question, mais cette dernière ne franchit pas ses lèvres. Ce n'est que lorsque j'ai achevé mon discours sur Sithi qu'elle prend la parole, les yeux à nouveau rivés au feu, pour me dire qu'elle comprend tout cela, mais...elle secoue la tête et me demande ensuite de lui laisser faire ses preuves. Je la scrute un instant en silence, réfléchissant soigneusement aux mots que je vais prononcer, puis je lui réponds:

"Tu n'as rien à prouver à personne, Kay. Sois, simplement. Vis et agis en accord avec des principes justes et droits, de façon à être fière de ton existence. C'est la seule chose qui importe vraiment. Personne ne te jugera jamais aussi durement que tu le fais toi-même."

Kay se recroqueville sur elle-même en mâchonnant pensivement un fruit, plongée dans ses pensées. Je me garde bien de l'interrompre et achève tranquillement mon repas, jusqu'à ce qu'elle finisse par poser une nouvelle question qui me fait hausser un sourcil étonné. Elle réalise rapidement que cette interrogation est peut-être trop personnelle et me dit de ne pas y faire attention, ce qui me fait légèrement sourire. Il y a effectivement une partie de ce souvenir que je ne partagerais sans doute jamais, par pudeur et par respect, mais je peux tout de même lui apporter un semblant de réponse:

"J'ai été...convoqué. Par notre Mère. Ne m'interroge pas davantage sur ce sujet, les mots ne suffisent pas toujours à décrire ce que l'on a vécu. Tu ferais mieux de dormir un peu, la route sera longue, demain. Peut-être tes rêves sauront-ils te montrer ce que je ne puis t'expliquer, qui sait?"

Un sourire énigmatique ourle mes lèvres tandis que je m'installe en tailleur auprès du feu, fermant les yeux pour écouter les bruits apaisants de la forêt et du modeste brasier. Tout semble calme, si calme. Pourtant la forêt bruisse de vie, insectes, oiseaux nocturnes, petites prédateurs en maraude, tout un monde s'éveille tandis que d'autres s'endorment, quel contraste avec la terre morte que nous venons de quitter! Peu à peu je plonge dans l'état méditatif qui me permet de récupérer mes forces et qui, d'une certaine manière, me rapproche encore de ma Faëra.

(Lorsque Kay dormira, montre-lui, Syndalywë...montre-lui la rencontre d'Ethërnem Ithil et de Sithi, au sommet de la plus haute montagne d'Eden. Montre-lui les derniers instants de notre monde, la fin des derniers Danseurs d'Opale...montre-lui aussi Sithi telle que je l'ai vue, qu'elle voie dans ses yeux la tristesse d'avoir été contrainte de nous abandonner, mais aussi l'amour qu'elle nous porte. Et pour finir, montre-lui l'Opale de Lune au crépuscule...)


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Jeu 15 Déc 2016 20:11 
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Tanaëth lui déclara qu'elle n'avait pas à faire ses preuves. Inconsciemment, du seul fait qu'elle l'eût voulu affirmer, elle espérait cette réponse et son esprit s'apaisa quelque peu. Tout ce qui lui était demandé était de vivre selon des principes de justice pour qu'elle pût être fière de son existence. Mais pour la semi-elfe, ce n'était pas suffisant ; vivre selon de tels principes, c'était déjà ce qu'elle faisait - ou cherchait à faire, c'était ce que sa mère lui avait longuement enseigné. Néanmoins, elle n'était pas pour autant fière de sa vie.

(Je n'ai encore rien fait de remarquable pour les autres...)

Finalement, le maître d'armes accéda aussi à la requête de Kay concernant ce qu'il s'était passé quand, sur Izurith, il avait perdu connaissance pendant un bref laps de temps, rassasiant l'un de ses rares moments de curiosité - ou non. La guerrière n'en crut pas ses oreilles. "Convoquer par leur Mère" ? Tanaëth aurait rencontré Sithi ? En personne ? Cela paraissait tellement incroyable ! Une fois n'est pas coutume, sa curiosité s'enflamma. C'était une chose d'entendre parler de quelqu'un, une autre de pouvoir la rencontrer en personne. Malheureusement, le Sindel n'avait aucune envie de s'étendre sur le sujet et lui conseilla plutôt d'aller se coucher. Ôtant les pièces de son armure les plus encombrantes, Kay se coucha près du feu pour bénéficier de sa chaleur et, très vite, ferma les yeux.

"J'arrive chéri !"

Elle était encore dans la cuisine de leur humble demeure, vers le centre de la ville. Elle achevait de préparer le repas. Son mari l'appelait depuis le salon. Machinalement, elle lécha la lame du couteau qu'elle venait d'utiliser et s'empara du plat sur lequel elle venait de passer plusieurs heures. Elle traversa la pièce pour entrer dans le salon et posa le couteau sur la table. Tanaëth se leva pour l'enlacer. Son mari avait les traits du maître d'armes, mais était un humain.

"ullume au oialë" lui dit-il.

Son esprit tilta et elle comprit qu'elle avait déjà entendu cette phrase quelque part. Elle crut comprendre qu'il lui demandait d'aller chercher leur bébé. Elle sortit de la maison et retrouva les belles rues d'Hidirain. Elle passa et salua leurs amis, ceux qui avaient connu sa mère quand ils les avaient aidées, toutes les deux, à s'installer dans cette ville humaine. Elle vit sa fille, son enfant, la chair de sa chair, descendre la rue principale et alla à son rencontre. Elle la rattrapa au sommet d'une montagne où la jeune femme avait levé la tête vers les cieux et la Lune et écartait les bras, paumes vers le haut, en prière. Cette jeune fille fut soudain interrompue par une voix et en se retournant, elle vit, genoux sur le sol, Tanaëth, plus vieux avec une élégante et imposante créature à ses côtés. Tanaëth se releva et la serra dans ses bras, ses yeux brûlaient devant Sithi, l'aura lunaire qui l'accompagnait comme des vêtements de soi. Et Sithi pleurait. Elle pleurait. Ses larmes souriaient. Elle pleurait. Ethërnem déclara alors qu'il danserait pour elle jusqu'à la fin des temps.

Kay errait dans les rues en flammes. Ce n'était plus Hidirain, elle en était convaincue - quoique mentalement, c'était ainsi qu'elle continuât de nommer la ville qui d'apparence seule, confirmait son origine elfique. Mais les flammes étaient partout. Elle vit les entrailles d'un Cynore et celle du temple sur lequel il s'était abattu. Elle gravit les marches. En jetant un coup d’œil, elle vit des gens se battre, des Sindeldi contre des Shaakts. Mais ces derniers ne ressemblaient pas vraiment à des elfes noirs en réalité. Les Sindeldi, eux, avaient tous la même armure que Tanaëth et ils tombaient l'un après l'autre. Elle entra dans ce qui restait du temple jusqu'à une sorte de porte et là elle vit des elfes en habit de cérémonie et parmi eux, il y avait son mari, celui qui l'avait trompée et qui ne l'avait plus aimée à cause de la mort de leur fille. Sans réfléchir, elle s'avança et le repoussa et il tomba au travers de la porte et tous les autres prêtres le suivirent. Alors le temple s'effondra. Kay crut mourir parce qu'elle était sous des tonnes d'eau qui ne la mouillaient pas. Prenait appui sur les débris autour d'elle, elle sauta de l'un à l'autre et parvint jusqu'à la surface. Elle gravit les marches menant au sommet d'une des tours de l'Opale de Lune. Il faisait nuit et la structure brillait d'un éclat de nacre resplendissant.

Elle se réveilla.

Les premiers rayons du soleil titillaient ses paupières légères. Kay renonça un instant à ouvrir les yeux, palpant de ses doigts la terre dure sur laquelle elle se trouvait, comme pour s'assurer de sa réalité. Son esprit était enfumé. Il ne restait que de vagues sentiments. Sentiments d'amour contre une haine immense, de peur contre une douleur insoutenable. Elle avait rêvé de sa fille, de Tanaëth, de Sithi. Mais elle ne se rappelait plus très bien dans quelles conditions. Pourtant, tout était là, juste un voile éthéré qu'il lui suffisait de soulever pour tout dévoiler à nouveau. Elle se concentra - en vain. Elle finit par abandonner et se redressa, se passa la main dans les cheveux pour les peigner rapidement. Ses yeux alors tombèrent sur Tanaëth déjà réveillé et, soudainement, tout lui revint, la plongeant dans un trouble sans précédent. Elle avait vu des lieux, des personnes, des événements auxquels elle n'était pas censée être liée. Elle n'avait pas pu imaginer tout cela. Pourquoi ses rêves le lui avaient-ils montré dans ce cas ? Elle ne savait pas, elle était vraiment perdue.
Mais elle se rappelait de Sithi.
Elle était belle.

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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Dernière édition par Kay de Kallah le Dim 18 Déc 2016 18:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Ven 16 Déc 2016 18:25 
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La jeune femme se défait de son armure avant de s'allonger près de l'âtre pour prendre un peu de repos ainsi que je lui ai conseillé. Alors que le silence se fait, troublé seulement par les bruits nocturnes de la forêt et le léger crépitement du feu, je sens peu à peu mes pensées qui s'apaisent, mon corps qui se détend, laissant peu à peu place aux rêves. Je laisse mon esprit vagabonder librement durant deux ou trois heures, je sais que j'ai besoin de ces instants de lâcher prise pour me ressourcer, pour préserver la sérénité de mon âme. Je n'ai pas vraiment eu le temps d'appréhender ce qui s'est passé en moi lors de ma rencontre avec Sithi, je sens que de profonds changements ont eu lieu mais ils demeurent mystérieux et je sens intuitivement que seule une profonde paix intérieure peut me permettre d'en discerner la nature. Ce n'est que lorsque j'estime l'avoir atteinte que je modèle lentement ma conscience, mes rêves, pour revenir à ces instants de grâce en compagnie de notre Mère, les revivre en conservant un certain recul.

J'ai vu tant de choses lorsque mon esprit a fusionné avec celui de ma Faëra que je n'en garde à vrai dire qu'un souvenir global un peu flou, marqué cependant par certaines scènes plus intenses. Le flot sans fin de ce qu'a vu, perçu et vécu Syndalywë durant son interminable existence était si incommensurable, si traumatisant, que mon esprit en a occulté la majeure partie. De même, associé à ma stupéfaction de me trouver face à Sithi, ce raz de marée m'a dissimulé les réelles implications de cette rencontre, je n'étais qu'une feuille emportée par un fleuve immense et puissant, condamné à en suivre le cours inéluctable. Pourtant, tout cela s'est gravé en moi, il me suffit de me concentrer sur un détail pour le faire resurgir, et le percevoir avec une netteté surréaliste. Mon instinct m'avertit que c'est pourtant un exercice dangereux, je pourrais me perdre dans la masse impensable de détails accessibles, mon existence ne suffirait pas à tous les examiner. La tentation de vouloir tout voir, tout comprendre, est incroyablement puissante et addictive, mais j'ai frôlé la folie à chaque fois que j'ai fusionné avec Syndalywë et cela m'a heureusement rendu extrêmement prudent. Non sans mal, je contrains mes pensées à se focaliser sur ce que j'ai si indistinctement ressenti face à Sithi, excluant toute autre chose que ma propre perception inconsciente de ces instants. Le premier souvenir qui apparaît, limpide comme le plus pur cristal, n'est autre que quelques paroles:

"Si les devoirs d'une mère pour ses enfants sont infinis, le seul devoir d'un enfant vis à vis de sa mère est de vivre."

Je ne l'ai pas réalisé sur le moment, mais ces mots simples sont emplis d'un pouvoir considérable car ils répondent à une question fondamentale: pourquoi suis-je là, quel est mon rôle dans le monde? Cette compréhension, cette acceptation, a fait naître en moi une sérénité profonde. J'étais divisé, empli de peurs, de doutes, et ces simples mots les ont chassés à jamais. Ils ont dénoué en moi des infinités de noeuds dont je n'avais même pas conscience, mon énergie circule désormais librement dans mon corps et dans mon esprit, mes parts d'ombre se sont mêlées à celles de lumière et j'ai trouvé un équilibre dépassant mes rêves les plus fous. Je sens ma force spirituelle couler en mes veines comme jamais auparavant, lentes rivières argentées qui ne demandent qu'à jaillir lorsque je le souhaite pour renforcer mon art du combat. Jamais je n'y ai accédé aussi aisément, pas plus que je n'ai eu une telle impression de maîtrise de cette énergie mystérieuse. Ces réflexions m'amènent à un autre souvenir, d'autres paroles de Sithi se sont gravées en mon âme, cruciales car elles déterminent l'usage qui doit être fait de ce don de l'Astre Nocturne:

"En tant que mon Champion, ta mission est de guider mon peuple, de le faire vivre. Car tu es mon représentant sur Yuimen."

Pourquoi ai-je hésité si longuement à quitter Izurith, alors que les paroles de Sithi sont si limpides? C'est sur Yuimen que je dois la représenter, ce sont les Sindeldi de ce monde que je dois guider et protéger. Et pour me permettre d'accomplir cette tâche, elle a tissé un lien d'une incroyable intensité, fusionnel et inaltérable entre Syndalywë et moi. Et ce lien, cette fusion de nos deux âmes, m'ouvre une voie incroyable, me donne la possibilité de percevoir la nature fluidique de ma Faëra, de m'y relier et, dans une certaine mesure, d'entrer en communion avec elle pour l'utiliser. Le fluide de Vision...je suis à peine capable d'en entrevoir la nature véritable si paradoxale sur Yuimen, mais cela suffit pour que mon esprit puisse réaliser l'impensable. Je peux écarter les brumes du temps et des distances, je peux entrevoir de lointains passés ou de possibles futurs, ou encore discerner des événements qui se déroulent à des milliers de kilomètres de moi. Cela me demande une grande concentration et la vision est imprécise mais, pour peu que j'emploie ce pouvoir avec discernement, je dispose là d'un atout considérable pour remplir mon rôle de Champion de Sithi.

Je ne doute pas une seconde que ce soit un long et rude combat qui m'attend, je n'ai que trop conscience des luttes intestines qui divisent les dirigeants de mon peuple, de son isolement presque total sur ce monde de Yuimen qui nous a accueilli, bien malgré lui peut-être. Nous avons amené avec nous notre foi en Sithi, sur une terre où d'autres divinités règnent en maîtres absolus depuis un temps bien antérieur à notre arrivée. Plus encore, notre Mère ne peut intervenir ici, ou du moins pas directement, nous sommes livrés à nous-mêmes, ou presque. C'est un contexte extrêmement délicat, la tâche ne m'effraye plus mais je prends peu à peu conscience que je dois aborder la situation exactement comme j'aborderais un combat difficile. Mes actions doivent être précises, le but de chaque mouvement défini avec la plus grande clairvoyance, je ne peux pas me permettre d'être brouillon et dispersé si je veux avoir une chance de réussir. Une étape cruciale, la plus importante peut-être, consiste à faire en sorte que je puisse retourner au Naora, je ne peux protéger les miens en étant dans l'incapacité d'être à leurs côtés. La stratégie que nous avons définie concernant l'Opale est sans aucun doute constructive, il importe avant tout de lui permettre de perdurer, mais cela ne suffira pas. Tant que nous n'agirons qu'en Imfitil, contre des adversaires qui n'ont aucune importance pour le Naora, nous serons considérés comme un groupuscule éloigné qui ne se soucie guère du destin des leurs. Conclusion évidente, c'est contre les ennemis de mon peuple que je dois diriger mes lames si je veux changer le cours des choses et être en mesure de représenter Sithi parmi les miens. Or, je ne connais qu'une ennemie directe, en cet âge: Oaxaca. Je ne peux espérer abattre une déesse, bien entendu, mais en revanche je peux lutter contre ses armées. Mais où, et comment?

Je suis sans doute devenu un combattant dangereux mais, j'aurais beau paver mon chemin de cadavres d'ennemis, ce ne sera jamais qu'une goutte d'eau dans l'océan. Alors que faire? Je repense soudain aux lointains cours de stratégie qui m'ont été dispensés alors que je suivais la formation d'Hirdam. Etant de la noblesse, j'étais censé devenir un officier de l'armée du Naora, c'était une voie toute tracée qui m'aurait permis de m'élever au sein de la hiérarchie si j'avais eu le bon sens d'obéir à mes parents. Je ne regrette rien, mais il serait peut-être temps de mettre à profit ce que j'ai appris. Et puisque je ne peux pas retourner au Naora, pourquoi ne pas tenter de me rallier à un autre royaume en guerre contre Oaxaca? Ce n'est pas ce qui manque, sur Nirtim. Kendra-Kâr, Oranan, voire l'Anorfain, il y a l'embarras du choix. Oui, seulement j'ai vu un avenir où la ville d'Hidirain était ravagée par les Shaakts, j'ai vu Ethëll enchaînée en emmenée en esclavage, c'est d'ailleurs ce qui m'a décidé à revenir sans délai sur Yuimen. Je ne peux pas laisser cet avenir se produire, mais en même temps ma vision était floue et totalement incontrôlée. J'ignore quand cela se produira, et même si cela se produira tout court en fait, Syndalywë m'a assez rabâché qu'il y avait des multitudes d'avenirs possibles. Peut-être pourrais-je obtenir une vision plus précise maintenant que je commence à cerner la nature et les limites de ce pouvoir, en tout cas cela ne coûte rien d'essayer.

Je focalise toute ma volonté sur la ville d'Hidirain, afin d'en distinguer le futur proche le plus probable, la Perle Blanche sera-t'elle vraiment menacée prochainement? Je sens la présence attentive de Syndalywë, notre lien est si étroit que nous n'avons plus vraiment besoin de parler pour nous comprendre. Elle me semble très satisfaite de la tournure qu'on pris mes pensées, et s'efforce de m'épauler pour préciser la vision tout en m'offrant l'accès au fluide qui la constitue. Peu à peu, une image se forme, trouble mais néanmoins compréhensible: Hidirain, ses sentiers qui serpentent entre les demeures, son palais, tels que je les ai toujours connus, inaltérables. Nulle trace de guerre, pas plus que de Shaakts. Je fronce les sourcils d'incompréhension, murmurant mentalement à ma Faëra:

(Ce n'est pas le même futur...)

(Non. Rares sont ceux où la cité des montagnes se fait attaquer, bien peu connaissent son emplacement.)

(Mmm. Dans ce cas, ma hâte était inutile...je ne peux passer des années là-bas à attendre une hypothétique attaque...mais je ne peux non plus courir le risque d'être absent si elle venait. Qu'en penses-tu?)

(Les Danseurs d'Opale trouveront sans doute un moyen de te contacter si le péril menaçait, ne crois-tu pas?)

(Probablement...du moins s'ils savent que je suis de retour sur Yuimen. Je devrais leur envoyer un message télépathique.)

(C'est une excellente idée. Tiens, pendant qu'on y est, il y a quelque chose que je voulais te montrer.)

La vision s'estompe progressivement, laissant la place à un souvenir de ma Faëra. Je vois deux Sindeldi, des guerriers, dans un paysage dont Syndalywë m'apprend qu'il se trouvait sur Eden. Lorsque je les vois entamer un duel amical, je réalise aussitôt qu'il s'agit d'un maître et de son apprenti, tous deux Danseurs d'Opale me dit encore ma petite compagne fluidique. Le maître fait bien vite une démonstration qui me laisse pantois. Il me semble percevoir un enchaînement dans son action d'une grâce inouïe, mais pas Sithi je ne comprends vraiment pas comment il réalise ça! Ses lames semblent apparaître et disparaître aléatoirement, vives comme la foudre, incroyablement difficiles à parer. Je doute fortement que ce soit véritablement aléatoire, ses gestes s'enchaînent sans le moindre à-coup, précis et systématiquement placés à contre-pied de son malheureux apprenti.

(Impressionnant...comment fait-il ça, bon sang?! Sur quoi se base son rythme, son équilibre, je ne comprends pas...)

(C'est la première Danse d'Opale, appelée autrefois Danse de l'éclipse. Elle est fondée sur les mouvements de la lune et du soleil...)

J'observe durant de longs instants le souvenir transmis par Syndalywë, cherchant à discerner la logique qu'elle vient de me dévoiler. Au bout d'un moment, je commence à entrevoir ce qu'elle voulait dire, les deux lames semblent en effet suivre deux orbites différentes, changeantes et pourtant toujours identiques. Elles se croisent parfois, se suivent en parallèle à d'autres instants, pas forcément à la même vitesse, l'une dissimule l'autre et réciproquement, mais c'est aussi le corps qui occulte régulièrement leurs ellipses, voire le corps de l'adversaire. Par tous les dieux, tout ça me paraît salement complexe mais il faut absolument que j'essaye!

(N'oublie pas le message à l'Opale, avant.)

La scène disparaît subitement lorsque cesse la brève fusion de nos souvenirs, j'ouvre lentement les yeux et réalise que le feu s'est presque éteint, m'apprenant que j'ai passé plusieurs heures à rêvasser...hum, il faudra que je trouve un moyen de garder à l'esprit le passage réel du temps présent! Je rajoute quelques bouts de bois dans le foyer et rédige un bref message à l'attention de Llyann sur mon nécessaire à écriture télépathique, l'informant que je suis de retour sur Yuimen et lui demandant de me prévenir si Hidirain venait à être menacée. Ceci fait, je me relève et m'éloigne un peu afin de ne pas réveiller Kay, puis j'entreprends d'expérimenter cette technique que je viens de voir. Comme je le supposais c'est loin d'être évident, je n'ai pas fait trois pas que mes lames menacent de s'emmêler piteusement! Qu'à cela ne tienne, je m'exercerai le temps qu'il faudra mais je finirai par y arriver!

Je suis toujours en train de m'obstiner lorsque le soleil finit par se lever et, avec lui, Kay s'éveille en me dévisageant d'un air si déboussolé que je m'interromps en riant pour lui demander:

"Eh bien, tu me regardes d'un drôle d'air, ce matin! Bien dormi?"


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Dim 18 Déc 2016 18:13 
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Tanaëth, de par sa nature totalement elfique, était déjà levé depuis longtemps quand Kay émergea à son tour des songes nocturnes. Il s'était éloigné de quelques pas et s'entrainait, faisant moult moulinets de ses bras. Il fallait le dire : c'était ridicule. On aurait dit un pantin désarticulé. Néanmoins, pour avoir vu une autre de ces étranges "danses" en combat, Kay en déduisait qu'il était en train de la mettre en place, expliquant ces gestes pas toujours en accords. Le maître d'armes finit par s'arrêter un instant et, l'apercevant alors, se mit à rire en lui portant à son attention sa tête qui devait rappeler celle d'un drogué. La semi-elfe agita vaguement la main.

"Non, non, ce n'est rien, tout va bien..."

Puis, réalisant qu'il pourrait peut-être penser qu'elle arborait cet air décontenancé devant sa danse ridicule - et en prendre ombrage, elle se hâta de préciser.

"J'ai juste fait... un drôle de rêve cette nuit. Enfin, tous les rêves sont drôles, n'est-ce pas ?"

Mais celui-là n'était pas seulement étrange, par certains côtés, il était même dérangeant. En piochant dans les victuailles (Kay aimait faire de solides petits-déjeuners même si elle avait dîné juste avant d'aller dormir), elle essayait de rappeler à elle ces scènes successives pour tenter de leur trouver une signification. Son rêve avait débuté dans son ancienne maison, celle qu'elle avait habitée avec son mari humain. Sauf qu'il avait le visage de Tanaëth. À cette évocation, la guerrière rougit légèrement. Bah... Elle avait aussi rêvé de sa fille qui était morte, alors qu'elle n'était encore qu'un enfant. Puis d'Hidirain, la superbe cité elfique qu'elle appréciait tant. Jusque là, rien de bizarre, ce n'étaient que des images, des sensations familières, mises bout à bout. C'était la suite qui l'avait profondément perturbée.

Sa fille avait pris l'apparence de Sithi (c'était un rêve après tout). La chose étonnante étant que Kay n'avait jamais vue Sithi, pas même en peinture. Pourtant, elle avait tout de suite su que c'était sa Déesse. Tout comme le Tanaëth âgé qu'elle avait ensuite vu était Ethërnem. Le premier Danseur d'Opale avait sûrement été différent du sindel qu'elle connaissait. Probablement, son cerveau avait-il inventé ces visages à défaut de les connaitre ? Mais dans quel but ? Elle avait vu Ethërnem et Sithi, sur une montagne. Pourquoi faire ? Elle avait compris, bien que l'onirique Dame n'eût point parlé, à quel point Sithi aimait ses enfants et à quel point elle était désespérée de les avoir loin d'elle. Était-ce à cause de ce que lui avait dit son mentor, la veille ? Cela lui aurait trotté dans le cerveau, avant de produire ce rêve. Mais pourquoi Ethërnem ? Pourquoi la suite ? Maintenant, à tête reposée, elle comprit que cette ville en flamme, ces Sindeldi se battant contre ce qu'elle avait mentalement appelé des Shaakts, mais qui en réalité étaient des Ombars, ce temple et cette porte, gardées par des membres du clergé, oui, elle avait vu en rêve les derniers jours d'Eden. Les derniers moments avant l'Exil. Pourquoi ? Et il y avait encore cette dernière image, cette cité toute blanche, ces tours vertigineuses, ces murs qu'on aurait dit faits d'éclats lunaires, plus belle qu'Hidirain ; d'où venait-elle ? Son esprit n'aurait jamais pu imaginer une telle beauté.
Son cerveau n'avait pu créer un tel rêve.

(Mère me disait qu'il ne faut pas chercher à comprendre ses rêves. Peut-être que je devrais juste retenir ce que j'ai cru comprendre de Sithi ?)

Kay acheva son repas et se remit sur pieds avant de commencer à s'étirer avec minutie chacun de ses muscles, partout du haut pour finir par les chevilles. Lorsque son corps entier se fût légèrement échauffé, délaissant momentanément son armure, la jeune femme se saisit de ses deux longues épées noires et vint se camper solidement devant Tanaëth, son attention parfaitement claire.

_________________
Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Lun 19 Déc 2016 11:37 
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Kay me répond évasivement que tout va bien puis ajoute après un instant de réflexion qu'elle a fait un drôle de rêve, mais qu'après tout, tous le sont. J'opine légèrement du chef en lui répondant d'un ton neutre:

"Drôles dans le sens d'étranges, sans doute, en effet. Pourtant ils recèlent souvent un fond de vérité. Il peut même arriver qu'ils soient plus que des rêves. Rappelle-toi que le fluide primordial de Sithi porte le nom de fluide de Vision. La rencontre d'Ethërnem avec Sithi, qui mena à la création des Danseurs d'Opale, les derniers instants d'Eden, les sentiments qui transparaissent dans le regard de notre Mère ou encore la splendeur épurée de l'Opale de Lune...tout ceci est bien réel."

De quoi donner à la jeune femme matière à réfléchir pendant qu'elle déjeune, certainement. Pour ma part je poursuis ma recherche martiale pendant qu'elle mange, m'efforçant de cerner les complexes équilibres elliptiques permettant de tisser l'incroyable danse de guerre que Syndalywë m'a montrée un peu plus tôt. Je réalise bientôt que cette technique nécessite d'être soutenue par mon énergie mystique, seule susceptible de maintenir mes lames sur des trajectoires assez parfaites pour que leurs arabesques ne s'achèvent pas prématurément en un noeud retentissant et disgracieux. Je pousse un soupir amusé au tintement clair que produisent mes armes en s'entrechoquant maladroitement dans le silence matinal, me rappelant le passé pas si lointain où je m'efforçais en vain d'assimiler les techniques basiques de l'escrime en compagnie de mon instructeur. Pourtant, les infinies répétitions avaient fini par porter leurs fruits, les gestes maladroits des débuts étaient peu à peu devenus plus assurés, aussi naturels que ceux permettant de marcher. De la même manière, mon expérience actuelle et quelques essais me permettent de saisir progressivement la nature de cette danse que je tente de reproduire, mais cela ne suffit pas. Le corps seul ne permet pas de réaliser cet enchaînement épuré et complexe, ce n'est pas une question de puissance physique ou de précision mais bien de force spirituelle parfaitement canalisée.

Je hausse un sourcil étonné en voyant Kay venir se placer face à moi avec ses deux lames en main, elle n'en utilisait qu'une jusqu'à présent lors de nos exercices. Elle a beaucoup appris depuis que nous nous sommes rencontrés, mais de là à manier deux épées simultanément...enfin, si elle se sent prête à tenter l'aventure, ma foi pourquoi pas, je trouve que c'est plutôt bon signe, elle commence à prendre confiance en elle. Je lui souris tranquillement en remarquant:

"Eh bien, je vois que tu es d'humeur ambitieuse aujourd'hui. Deux armes et pas d'armure...cela présage quelques bleus ma chère, mais si tel est ton choix, soit."

Je rengaine ma Vorpale et la remplace par l'épée en mithril bleuté familiale, conservant dans l'autre main la lame d'Eden, mes deux armes les moins dangereuses sans doute, même si elles sont largement assez affûtées pour mutiler gravement un combattant sans armure. Je me sais théoriquement capable d'arrêter mes coups avec une précision suffisante pour ne pas trop risquer de la blesser, mais je sais aussi que nul n'est jamais absolument à l'abri d'une erreur. Par précaution je rassemble vivement mon Ki et le modèle avec une déconcertante facilité pour améliorer significativement ma maîtrise d'armes, j'y perds certes un peu de force mais, dans le cas présent, c'est un avantage plutôt qu'un handicap puisque le but n'est pas de découper mon adversaire. Je commence par un exercice aussi simple qu'efficace, usant de mes deux lames pour asséner une multitude d'attaques très dispersées à la jeune femme, l'obligeant à utiliser ses deux épées de manière totalement indépendantes pour parer. La plupart des guerriers ne parvient jamais à dissocier totalement les mouvements des deux mains, ils se bornent à utiliser alternativement l'une ou l'autre de leurs armes et n'en usent simultanément que lorsque les deux suivent une trajectoire assez similaire pour ne constituer qu'un unique mouvement ne risquant pas de leur faire perdre le fil de leurs actions.

Mais j'entends bien apprendre à Kay à surpasser cette limite et je place impitoyablement mes coups dans les failles que créerait un usage aussi restreint de ses deux lames, la contraignant à différencier totalement les gestes de ses deux mains pour réussir à parer. Chaque échec est sanctionné d'une tape sèche du plat de mes lames sur la partie de son corps qui aurait subi le coup, sans violence inutile mais avec assez de force pour qu'elle soit férocement motivée à parer les attaques suivantes. Inlassablement je corrige son équilibre, sa position, je réitère autant de fois qu'il le faut mes attaques pour qu'elle comprenne la raison de son échec et parvienne à les contrer, prenant soin de toujours rester à un niveau juste supérieur au sien afin de l'amener à devoir sans cesse se dépasser. Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque j'interromps le rude entraînement, sans doute la jeune femme se sent-elle exténuée mais un véritable adversaire ne cesse que bien rarement le combat pour nous permettre de souffler un peu, je veux qu'elle en ait conscience et qu'elle apprenne à surmonter sa fatigue, si grande soit-elle.

"Assez pour aujourd'hui, nous avons de la route à faire. Tu t'es bien débrouillée et tu apprends vite, je crois que je pourrais faire de toi une Danseuse d'Opale, si c'est toujours ce que tu veux. Et que tu penses à mettre ton armure quand on se battra pour de vrai, évidemment."

Un clin d'oeil taquin souligne mes dernières paroles, puis je vais rassembler nos affaires afin de nous préparer au départ, le chemin est encore long jusqu'à Bouhen. Un peu plus tard, alors que nous marchons d'un bon pas dans la sylve, je me prends à songer qu'il serait temps que je sorte un peu de ma réserve avec ma compagne d'aventures. J'ai endossé un rôle de maître d'armes pour la former aux arts martiaux, certes, mais j'ai le sentiment que cela tronque un peu notre relation qui, de façon générale, reste un rapport maître-élève et établit plus ou moins inconsciemment une sorte de barrière. Nous ne sommes pas dans une école aux règles strictes, nous voyageons depuis un moment maintenant et j'ai appris peu à peu que je pouvais lui faire confiance. Si nous devons poursuivre notre route ensemble comme cela semble se dessiner, je pense qu'elle doit avoir son mot à dire sur le chemin à emprunter, non comme élève mais comme partenaire, sur un pied d'égalité. Je n'ai aucune envie de conserver cette position formelle de maître vis-à vis d'elle et, surtout, je n'ai pas besoin de ça pour lui apprendre l'art du combat. Il est temps que notre relation change, mais je réalise avec une légère amertume que je ne sais pas vraiment comment faire. Cela fait décidément trop longtemps que je parcours le monde en solitaire, évitant systématiquement de m'attacher à qui que ce soit. Il y a eu quelques rares exceptions, Moraën et Ethëll principalement, mais au final je n'ai passé que quelques courts instants en leur compagnie et, malgré mes sentiments, je ne me suis jamais véritablement ouvert à elles. En réalité, la dernière personne avec qui j'ai véritablement partagé mes pensées est Jaëlle, il y a près de quarante ans. Tout semblait plus simple, à l'époque, nous n'étions que des adolescents rêveurs et utopistes, nous nous pensions immortels et n'imaginions pas que qui ou quoi que ce soit puisse nous résister ou entraver nos rêves. La vie s'était chargée de briser nos illusions sans la moindre douceur. Un chemin que Kay a parcouru également, d'une autre manière non moins cruelle, la vie n'a pas été plus tendre avec elle d'après ce qu'elle m'a révélé de son passé. Ce n'est pas d'un maître inflexible et intransigeant qu'elle a besoin, et moi je n'ai nulle envie de m'enfermer dans ce rôle qui ne fera que renforcer les chaînes dont je me suis moi-même chargé. Mais comment se défaire d'habitudes désormais profondément enracinées?

(Parfois il suffit de lâcher prise. C'est la peur qui te fait endosser ce masque que tu portes depuis tant d'années. Te dévoiler, montrer celui que tu es au fond de toi, c'est courir le risque que l'on puisse t'atteindre, te blesser. Ne pas le faire, c'est blesser les autres, presque à coup sûr. Chacun a besoin de se sentir important pour ceux qui comptent dans sa vie, de se sentir aimé et apprécié. L'indifférence blesse, Tanaëth, même lorsque ce n'est qu'une façade.)

(Je sais...seulement il y a des plaies qui ne se referment jamais vraiment. Je ne t'apprends rien, mais perdre ceux qu'on aime...)

(Tout le monde perd des êtres chers, tôt ou tard, c'est dans l'ordre des choses. Faut-il pour autant s'interdire de vivre, d'aimer et de partager? Le monde serait bien sombre si tous réagissaient ainsi. C'est un choix mon bien-aimé, tu peux t'enfermer dans les ombres du passé ou t'ouvrir aux lumières du présent. La question est: quel genre de personne veux-tu être, au fond de toi?)

(Tu le sais bien...)

(Oui, mais je partage tes pensées, contrairement à tous ceux qui t'entourent. Sois cette personne, cesse de te mentir à toi-même, les idéaux ne servent à rien si tu ne t'efforces pas de les atteindre.)

Je médite un long moment les paroles de ma Faëra, elle a raison bien sûr, mais cela ne rend pas les choses plus faciles pour autant. Lâcher prise...cela semble si simple sur le principe qu'il est grotesque de ne pas y parvenir mais, pourtant, c'est un obstacle qui me paraît presque insurmontable. Presque car, parfois, il suffit de vraiment vouloir quelque chose pour le rendre possible. Comme il en va pour les voyages, c'est souvent le premier pas qui est le plus difficile.

"Kay...je voulais te dire...je suis heureux de t'avoir rencontrée. De parcourir ce monde avec toi."

Je tourne la tête vers elle, cherchant les mots pour exprimer simplement quelque chose qui, pour moi, ne l'est pas:

"Je peux t'apprendre ce que je sais de l'art du combat, de notre peuple, mais pour moi tu n'es pas "juste" une élève que je dois former, tu es devenue...bien plus que cela, même si j'ai du mal à le montrer."

Je lui adresse un sourire d'excuse un peu gêné, puis je reprends:

"Apparemment nous allons faire un bout de chemin côte à côte, alors ce n'est pas à moi de décider de ce qu'il doit être, mais à nous, ensemble. Ce qui implique que nous en parlions ouvertement, mais aussi que je partage avec toi certaines choses connues d'extrêmement peu de personnes. Jusqu'à présent cela n'influençait que ma vie mais, si nous poursuivons notre route ensemble, cela influencera forcément la tienne aussi. Je pense que tu as le droit de savoir et que je peux te faire confiance, mais ce que je vais te dire devra rester entre nous. Ai-je ta parole sur l'honneur de Sithi que tu n'en parleras jamais à quiconque sans mon accord?"

Le regard que je rive à celui de Kay souligne que ce n'est pas un serment à prononcer à la légère, il n'en est pas de plus sacré pour les Sindeldi et nul enfant de Sithi ne saurait le trahir sans en subir de lourdes conséquences.


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Lun 19 Déc 2016 17:48 
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Toute à ses propres réflexions, ce fut à peine si elle entendit la réponse de Tanaëth - bien qu'elle ne lui eût, en vérité, rien demandé. Mais lorsque les mots atteignirent son cerveau, elle se tourna brutalement vers lui, le regardant avec des yeux plus que surpris ; effarés. Comment avait-il pu décrire aussi parfaitement le rêve qu'elle venait d'avoir ? Il lui affirma même que tout était réel. Pour le coup, elle voulait bien le croire. Le fluide de Vision ; serait-ce à cause de lui qu'elle avait eu ces images étrangères à sa vie, à cause de lui que le maître d'armes avait été capable de lui en parler à son tour ? Raffermissant et sa prise sur ses lames et sa position, Kay tenta de faire abstraction de ces pensées parasites, ne se concentrant plus que sur l'entrainement. Le Sindel lui fit remarquer que c'était ambitieux de sa part d'essayer le maniement de deux épées en même temps et sans aucune armure.

(Mais à quoi sert-il que j'en ai deux si je n'en utilise jamais qu'une ?)

Bien qu'elle sût que cela n'arriverait pas avant longtemps, la semi-elfe était jalouse des danses de son mentor, de sa manière, en combat, d'user de ses épées comme si elles fussent chacune animées d'intention propre. Leur possesseur en devenait redoutable, mortel. C'était ce qu'elle devait, ce qu'elle voulait viser.

Tanaëth l'attaqua en premier et, par réflexe, ses deux mains se tendirent et elle bloqua le coup de ses deux armes. Elle lâcha une grimace, comprenant évidemment que ce n'était pas du tout là la manière de faire. Son adversaire ne lui laissa pas le temps de cogiter plus avant et fit pleuvoir une série de coups d'une précision acérée. Elle les arrêta l'un après l'autre, d'un seul mouvement, son corps reculant à chaque fois. Main droite, main gauche. Son buste entier se déplaçait vers l'attaque, tandis que l'autre main, délaissée, restait, immobile, inutile. Elle en était consciente et ce, d'autant plus que le maître d'armes la poussait toujours plus à utiliser ses armes en harmonie et non comme deux entités distinctes. Souvent, presque toujours, le plat froid du mithril bleuté ou de sa comparse d'Eden venait claquer fermement contre l'endroit de son corps qui avait subit un assaut. Cela ne lui faisait aucun mal, de fait, mais la titiller suffisamment pour exacerber sa volonté. Elle ressemblait encore à un pantin qu'on tirerait de deux côtés, et n'était même capable de porter une attaque à son tour. Main droite, main gauche. La sueur collait ses mèches éparses. Le Sindel ne lui laissait que peu de secondes pour réfléchir. Elle parait et se défendait, mais aucun de ses mouvements n'arrivait à être offensif. Elle ne comprenait pas. Elle avait pu observer Tanaëth et cela lui avait semblé, si non à la portée d'un enfant, rapidement assimilable pour un guerrier d'un minimum d'expérience. Mais il apparaissait qu'il n'en était rien. Les heures s'écoulaient et elle ne progressait pas. Ah, certes, elle s'emmêlait moins les pinceaux et il ne lui venait plus à l'idée de parer un seul coup des deux mains. Néanmoins, elle était toujours acculée dans une position défensive. Main droite, main gauche. Les mêmes attaques se répétaient, inlassablement, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé la parade la plus efficace, la plus rapide, la plus naturelle aussi. De là, découlaient d'autres mouvements et une sorte de compréhension se faisait jour dans son esprit - ou pas. Elle ne cessait de rectifier sa position, se concentrant parfois uniquement sur son pied, sur sa cuisse, sur sa tête, le haut de son bras, la courbure de son corps. Main droite, main gauche. Ses bras se tordaient dans tous les sens et le métal s'entrechoquaient sans aucune halte. La jeune femme commença à fatiguer. Cependant, son adversaire n'avait aucune intention de la laisser tranquille. Alors qu'elle avait eu la nette impression d'être moins touchée ces dix dernières minutes, la lassitude et une certaine lourdeur gagnant tous ses membres sans exception, les caresses redoublèrent et elle sentit des bleus se former à la surface délicate de sa peau grisée. Heureusement, quand elle ne put même plus lever son bras, Tanaëth annonça la fin de leur entrainement.
Elle s'effondra.

(Tu dis ça pour me faire plaisir...)

L'elfe gris venait de la féliciter car, selon lui, elle apprenait vite et bien. Il ajouta qu'il pourrait faire d'elle une vraie Danseuse d'Opale selon son souhait - ce qui lui réchauffa immédiatement le cœur - et sous condition qu'elle n'oubliât pas son armure lorsqu'ils se battraient "pour de vrai" - ce qui acheva de la convaincre qu'elle s'était très mal débrouillée. Kay laissa s'échappa un léger soupir, tant de lassitude que d'abandon (elle devait admettre l'idée qu'il lui faudrait des mois pour approcher ne serait-ce qu'un centième des aptitudes de Tanaëth). Tandis que ce dernier rangeait leurs affaires, elle se saisit d'une gourde, but longuement, puis s'occupa d'étirer ses muscles chauds. Lorsqu'ils furent prêts à partir, elle revêtit prestement son armure et rangea ses deux noires épées en travers de son dos, de façon à ce qu'elles ne pussent gêner sa marche. En passant, sa main effleura la courte lame, reliquat de son père. La jeune femme se rendit compte qu'elle n'avait plus pensé à son géniteur depuis des jours. Pourtant, sa recherche était la raison même qui l'avait mise sur la route. La raison même de sa rencontre avec Tanaëth. Comme ils avançaient dans la forêt, reprenant leur trajet en direction de Bouhen, le susnommé retomba dans son silence usuel ce qui ne dérangeait pas Kay ; elle s'y était habituée. Ses pensées dérivèrent vers son père, sa "quête" personnelle. Elle l'avait complètement oubliée. Depuis longtemps en plus. Était-ce à dire qu'elle tourné la page ? Plus que son père, elle le savait, c'était son identité qu'elle voulait trouver. Et c'était justement ce que les Danseurs d'Opale se proposaient de lui offrir. Son père n'était qu'un Sindel à la conscience légère qui avait séduit une humaine pour une nuit et était parti ensuite.

(Je devrais l'oublier, maintenant.)

Elle sursauta quand Tanaëth sortit de son mutisme pour lui parler et du plus étrange des sujets : il lui déclarait, sans préambule, qu'il était heureux de l'avoir rencontrée et de parcourir le monde en sa compagnie. Kay, prise par surprise, sentit ses joues s'enflammer et, tant pour cacher son trouble que parce qu'elle ne savait que répondre à cela, répliqua d'un ton badin :

"Ces mondes, tu veux dire !"

Le maître d'armes continua, lui fermant la bouche et la voie à d'autres stupidités du même calibre. Alors qu'ils s'étaient ouvertement reconnus comme mentor et élève, le Sindel lui affirma qu'elle était devenu, à ses yeux, plus que cela - et ce fut au tour de son esprit de s'enfiévrer. En l'entendant parler du fait qu'ils devaient décider du chemin ensembles, elle hocha la tête sagement (oui, comme deux compagnons de route, pensait-elle), mais ce qu'il dit ensuite la surpris à nouveau. Elle ne comprenait pas bien où il voulait en venir (ou, du moins, essayait de ne pas se faire d'idées car son cœur battait déjà la chamade et ses mains étaient devenues moites et rouges comme ses joues), mais elle avait conscience d'avoir là la chance de le voir dans son intimité, loin du masque d'indifférence qu'il arborait avec tous et partout. Il lui demanda de prêter serment sur leur Déesse et bien que tout son être eût voulu hurler oui, elle prit le temps de respirer et de se calmer afin de bien lui montrer à quel point elle comprenait la portée d'un tel serment. Enfin, elle se lança - d'une voix bien trop hésitante à son goût :

"Oui, oui... Sur l'honneur de Sithi, je le jure !"

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mar 20 Déc 2016 00:29 
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Kay rougit joliment lorsque je lui déclare être heureux d'avoir fait sa connaissance et de parcourir ce monde avec elle, me reprenant sur le ton de la plaisanterie en soulignant que nous avons en réalité parcouru deux mondes ensemble. J'opine en riant doucement, comprenant que c'est pour elle une manière de dissimuler son trouble derrière une certaine légèreté. A ma demande de prêter serment de ne pas révéler inconsidérément ce que je m'apprête à lui dévoiler, elle semble se troubler davantage encore, mais elle prend néanmoins le temps de réfléchir à la signification de cette promesse avant de consentir à la faire. J'incline le visage en signe de remerciement, puis je prends une ample respiration et demande mentalement à ma Faëra avant de me lancer:

(Tu es sûre?)

(Oui, il le faut. Elle ne comprendrait pas, sans cela.)

(Bien.)

Je m'assure d'un coup d'oeil circulaire que nul ne rôde dans les environs, puis je m'adresse à Kay à mi-voix:

"Tu te souviens peut-être que j'ai affirmé sur Izurith que je n'étais pas seul? Ce n'était pas un mensonge, je ne suis jamais seul, il y a quelqu'un qui est toujours avec moi, plus proche que ne le sera jamais aucun être. Je te présente Syndalywë, ma bien-aimée Faëra."

Et de fait, une petite créature ailée aux allures de fée apparaît soudain sur mon épaule, nonchalamment assise et dévisageant Kay de son intense regard où perce une malicieuse gravité. Elle ne semble pas vraiment matérielle, étrangement diaphane bien que l'on ne puisse voir au travers elle. D'une petite voix musicale elle dit timidement à la jeune femme:

"Bonjour, Kay. J'espère que tes rêves t'ont plu?"

Je souris légèrement de la timidité de ma petite compagne fluidique, le contraste avec sa manière d'être habituelle en ce qui me concerne est touchant et je réalise une fois de plus le privilège que représente sa présence à mes côtés, sentant une bouffée de joie m'envahir à l'idée que rien, jamais, ne pourra nous séparer. Syndalywë disparaît aussitôt après que Kay lui ait répondu et j'explique alors à la jeune femme:

"C'est un immense honneur qu'elle te fait en se montrant à toi, les Faëras sont des créatures extrêmement secrètes qui ne révèlent en général leur existence qu'à celui dont elles ont choisi de partager l'existence. Elles sont constituées de fluides et sont donc immortelles, leur rôle est de guider le maître qu'elles se choisissent vers le destin le plus parfait qu'il puisse réaliser au cours de sa vie. Leurs souvenirs couvrent des éons inimaginables, elles voient les multiples futurs possibles mais n'en parlent que rarement car nul ne peut être certain de celui qui se produira. Syndalywë était liée à Ethërnem, elle était avec lui lorsqu'il a rencontré Sithi au sommet de la plus haute montagne d'Eden. Et, comme Sithi elle est constituée de fluide de Vision, j'ignore totalement comment cela est possible car même notre Mère n'est pas parvenue à surmonter la dualité de l'Ombre et de la Lumière sur Yuimen. Peut-être acceptera-t'elle de me révéler ce secret un jour, lorsque je serai prêt à le comprendre, peut-être pas."

Je hausse les épaules, il me suffit de la savoir à mes côtés, le reste n'a pas vraiment d'importance pour l'instant.

"Les faëras lisent toujours les pensées de celui à qui elles sont liées, mais l'inverse n'est pas forcément vrai. Toutefois, il peut arriver que leur esprit fusionne avec celui de leur maître, pour une durée plus ou moins longue, sous l'effet d'une puissante magie. C'est extrêmement dangereux car la masse de leurs souvenirs est telle qu'elle peut aisément conduire à la folie, on peut se perdre définitivement dans une infinité d'existences qui ne sont pas réellement la nôtre, s'égarer à jamais dans les souvenirs de tous les maîtres qu'a eu la Faëra depuis l'aube des temps, ou dans les infinis futurs possibles. Bref, j'ai eu beaucoup de chance mais j'ai fusionné avec Syndalywë peu avant d'arriver en Hidirain et j'ai vu une partie de ses souvenirs. Le serment d'Ethernëm à Sithi, la création des Danseurs d'Opale, la fin d'Eden et bien d'autres choses encore. Ce sont ces souvenirs et quelques autres que je lui ai demandé de te montrer en rêve la nuit passée, grâce à un pouvoir spécifique que possède ma compagne fluidique."

Je m'interromps un moment pour laisser le temps à Kay de poser des questions si elle en a et plus simplement d'assimiler les révélations que je viens de lui faire, puis je poursuis:

"Comme je l'ai dit, Syndalywë était liée à Ethërnem lorsque il a prêté serment à Sithi, elle a considéré que cette promesse la concernait aussi et, depuis la chute d'Eden et la disparition des Danseurs d'Opale, s'est efforcée de faire renaître cet ordre. Mais ces guerriers étaient liés au fluide de Vision qui n'existait pas en tant que tel sur Yuimen, si bien qu'il lui a fallu vingt-trois millénaires pour parvenir à son but. Tous ceux qui m'ont précédés sont morts avant de parvenir à devenir de véritables Danseurs d'Opale. Soit parce qu'ils sont devenus fous en partageant les souvenirs de ma Faëra, soit parce qu'ils ont tenté d'accéder au fluide de Vision, ce qui est irrémédiablement mortel sur Yuimen, soit au cours de combats divers. Tous ces échecs ont conduit Syndalywë à comprendre et à accepter une chose essentielle: les Danseurs n'auraient probablement jamais accès au fluide de Vision sur Yuimen, mais en revanche leurs arts martiaux et leurs principes pouvaient renaître sans conduire ses maîtres à la mort. Ayant admis cela, elle est parvenue à me guider jusqu'à faire de moi le premier Danseur d'Opale Yuimenien. Je ne disposerai certainement jamais des pouvoirs magiques de ceux d'Eden, mais je possède en revanche une part grandissante de leurs arts guerriers et, surtout, je partage leurs idéaux et leurs buts tels qu'ils étaient sur Eden."

Nouvelle pause, le temps de reprendre mon souffle suite à cette longue histoire, qui n'est pourtant pas tout à fait terminée:

"Lorsque j'ai appris qu'il existait encore des descendants des Danseurs, qui avaient su échapper à l'inquisition et préserver les principes fondamentaux de l'ordre à défaut de leurs arts, je me suis bien évidemment rendu auprès d'eux, dans cette citadelle de l'Opale de Lune que tu as vue en rêve. A ma plus grande surprise, l'oracle que nous avons été voir ensemble avait prophétisé ma venue parmi eux, ils m'attendaient...si bien que je me suis retrouvé à la tête de l'Ordre sans avoir le temps de dire ouf, avec pour mission de lui faire retrouver tout son éclat et sa place parmi les Sindeldi. Pour atteindre ces buts, nous avons décidé de nous enraciner parmi les peuples qui nous entouraient, d'une part parce que cela nous protégerait en grande partie du Clergé de Sithi, mais aussi parce qu'il nous semblait vital de rompre l'isolement presque total de notre peuple sur Yuimen. Ce qui m'a conduit à m'engager dans la milice d'Hidirain où nous nous sommes rencontrés, et à accomplir entre autres cette mission suicide que nous avons mené à bien ensemble."

Je souris pensivement à ce souvenir, réalisant à quel point nous avons eu de la chance de nous en sortir vivants, du moins pour la plupart d'entre nous.

"Tout ceci a eu pour conséquence que Sithi m'a convoqué peu après que nous soyons arrivés sur Izurith. Comme elle ne peut agir directement sur Yuimen, elle a besoin d'un représentant sur ce monde pour guider ses enfants et les protéger. Et comme je suis sans doute le Sindel le plus au fait de l'histoire de notre peuple et des principes de notre Mère grâce à Syndalywë, elle m'a demandé d'endosser ce rôle. J'ai accepté, il était évident que chaque instant de ma vie m'avait conduit à cet instant, à ce rôle dont je rêvais déjà avant de savoir marcher. Sithi a alors fait de moi une Lame du Crépuscule en nous liant, Syndalywë et moi, d'une manière inimaginable. Nous sommes deux, et en même temps nous ne sommes qu'un. Grâce à cela, j'ai accès à une bribe du fluide de Vision qui constitue ma Faëra, je peux entrevoir le passé, le présent, le futur, afin de guider et protéger les enfants de Sithi. C'est ainsi que j'ai vu un avenir où Hidirain était menacée, raison pour laquelle j'ai aussitôt décidé de revenir sur Yuimen. Mais c'est un pouvoir que je ne maîtrise pas encore vraiment, j'ai été si terrifié par cet avenir que j'ai vu que je n'ai pas vraiment réfléchi à une chose que je savais pourtant pertinemment: il existe des infinités d'avenirs possibles. Hier soir, j'ai cherché à en savoir davantage sur cette menace et je me suis aperçu que ce que j'avais vu était un avenir très improbable. J'ai donc contacté Lyann et je lui ai demandé de me prévenir si jamais la menace se précisait. J'ai beaucoup réfléchi cette nuit, et je pense que nous aurions beaucoup plus utile à faire que de retourner maintenant à Hidirain."

Je tapote doucement les poignées de mes lames, un éclat farouche et déterminé dans les yeux, et précise ma pensée:

"Je crois qu'il est temps de faire saigner du nez le véritable ennemi des Sindeldi, si nous voulons un jour pouvoir reprendre place au Naora: Oaxaca. Son empire est sur le continent où nous nous trouvons maintenant..."


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mer 21 Déc 2016 14:30 
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Kay n'aurait jamais pensé que son corps entier pût se trouver en si profond émoi. Sa voix était à peine assurée quand elle promit, sur l'honneur de Sithi et son cœur embarqué dans une tumultueuse cavalcade quand elle attendit la suite. Tanaëth commença en lui rappelant l'une de ses paroles, sur Izurith. La semi-elfe s'en souvenait plus ou moins, occupée alors plutôt à ne lui prêter attention. La suite la fit sursauter. Ce qui ressemblait à une fée apparut soudain sur l'épaule du maître d'armes. Et cette créature la salua avant de lui demander si ses rêves lui avaient plu. Trop abasourdie devant cette apparition, Kay eut le réflexe de porter sa main dessus pour s'assurer de son existence, mais s'arrêta à temps.

"Enchantée... Syndalywë."

Aussitôt qu'elle eût prononcé ces deux mots, la faera disparut aussi brusquement qu'elle était venue. Tanaëth reprit la parole et la jeune femme reporta son attention sur lui, quittant des yeux l'endroit où s'était tenue la créature des dieux. L'honneur de lui avait parlé et de l'avoir vue étant grand puisque les faera ne se montraient qu'à leur maître dont elles devaient les mener vers leur plus grand destin possible. Possible car elles avaient les souvenirs du début de l'histoire et la capacité d'entrevoir ceux du futur. Kay considéra son mentor autrement. Bien sûr, elle savait qu'il n'était pas homme - ou plutôt elfe, ordinaire. Il avait réellement relevé l'ordre des Danseurs d'Opale et le porterait plus loin encore. De fait, savoir que Syndalywë eût un jour été attaché à Ethërnem, son ancêtre, le fondateur de cet ordre, n'avait rien d'étonnant. Ce qui l'était, en revanche, était la nature même de la faera, composée du fluide de Vision, alors que Sithi même n'avait pu rester sur Yuimen à cause de la séparation de ce fluide sur ce monde. Tanaëth n'en savait pas plus et, en l'évoquant, il haussa les épaules, signe qu'il ne s'en préoccupait guère pour le moment. Il devait penser qu'il n'avait pas besoin de le savoir pour accomplir son destin.

Le Sindel poursuivit ses explications, notamment sur concernant le cas rare où l'esprit de la faera et celui de son maître fusionnaient - ce qui était arrivé. Et qui avait permis à l'elfe gris de voir des visions du passé, visions qu'il avait demandé à sa faera de partager avec elle, Kay.

(Eh bien, au moins, je sais maintenant d'où vient l'étrange rêve que j'ai fait cette nuit.)

À présent qu'elle savait cela, il lui apparaissait plus clairement. En ôtant les bizarreries propres aux rêves et ses propres idées modelées sous formes d'images, elles pourrait désormais chérir ces nouveaux souvenirs et chérir, aussi, l'honneur qui lui était fait d'y avait eu accès. La rencontre d'Ethërnem et de Sithi, la chute d'Eden, ces événements si importants dans l'histoire du peuple Sindel - de son peuple. Mais déjà, Tanaëth continuait et expliquait désormais les raisons qui avaient poussé Syndalywë à le choisir et pourquoi l'ordre des Danseurs ne s'était pas relevé plus tôt. Il continua en lui racontant comment il s'était retrouvé à la tête de cet ordre à cause d'un oracle et sa politique en vue de leur objectif : faire retrouver à l'ordre sa place au sein des Sindeldi. Pour le Danseur, cela passait par un enracinement parmi les autres peuples. Enfin, Kay eut le fin mot de l'histoire concernant la soudaine perte de connaissance du maître d'armes, lorsqu'ils étaient sur Izurith : ce n'était pas là l’œuvre d'une quelconque forme inconnue, mais bien de Sithi elle-même ! Et elle avait fait de Tanaëth son héraut, une Lame du Crépuscule. À cause d'une plus profonde fusion avec Syndalywë, il lui était aussi possible d'entrevoir des bribes de futur. Et comme il en avait vu un - très improbable pourtant - où Hidirain était menacé, il avait décidé de quitter cet autre monde pour revenir sur le sien.

(Et moi je l'ai suivi sans aucun question.)

Tout ça, pour un mauvais rêve, finalement, car Hidirain n'était pas en danger et ne le serait peut-être jamais. Ce pourquoi, achevant son long monologue, Tanaëth lui dévoila son projet : rester sur Nirtim et porter un coup franc à Oaxaca. Kay sourit.

"Pourquoi pas ? Autant être utile là où nous sommes."

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mer 25 Jan 2017 19:20 
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Je me relève. Il est grand temps de retrouver l’homme qui m’a demandé de le rejoindre ici. En espérant que je ne me sois pas tombé dans un piège de la part de l’inconnu. Un léger éclat reflétant les lumières célestes attire mon regard vers l’endroit où ma cape d’emprunt est tombée. Je m’en approche et voit un petit galet aux formes polies dans l’herbe. Je le prends et remarque qu’un cercle parfait est tracé dessus. Je hausse les épaules et le mets dans ma poche. Cela me fera toujours un souvenir d’ici. Je regarde autour de moi. Je suis le seul individu présent sur cette courte plaine située entre les hautes murailles de pierre de Bouhen et l’imposante masse d’arbres qui encadre la ville à l’est. A mi-chemin entre la civilisation et la nature sauvage. Les ombres de la muraille se font mouvantes et une ombre vaguement humanoïde s’en détache. Je me mets sur mes gardes mais il me semble reconnaitre la silhouette encapuchonnée déjà aperçue au cours de mon duel et dans l’infirmerie de la milice. Cette-dernière se rapproche de moi, glissant délicatement sur le sol sans un bruit. Son visage est toujours masqué par sa capuche et il m’est impossible de distinguer clairement ses traits, malgré l’éclairage apporté par les aurores célestes. L’ombre m’adresse la parole.

« Te voici. Tu as fait le bon choix. »
« Allez-vous enfin répondre à mes questions dans ce cas ? »
« Pas encore. Nous devons d’abord nous éloigner de cette ville. Sauf si tu as envie de te faire embarquer par les patrouilles de nuit ? »

Je ne réponds rien. L’ombre continue sa lancée en direction de la forêt. Je déglutis. L’objet de tous mes fantasmes est enfin à ma portée, et pourtant il m’effraie. Quitter sa zone de confort est finalement plus angoissant que l’idée que je m’en étais faite. Je suis mon guide et entre dans ce royaume végétal qui nous ouvre les bras et nous retire de la vue de Bouhen. Je jette un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule en direction de la cité. Cité à laquelle j’associerai de nombreux souvenirs pénibles et négatifs. J’ai une dernière pensée, positive cette fois, pour Théo qui va pouvoir réaliser son rêve, et je me laisse envelopper par la nature.

La forêt est silencieuse. La brise légère caresse régulièrement les jeunes feuilles de ce début de printemps. Parfois, le hululement d’une chouette se fait entendre au loin. Mon nouveau mentor ondule sur le sol, comme s’il flottait à quelques centimètres du sol, sans faire le moindre bruit. Je m’efforce d’en faire autant, faisant attention où je pose mes pieds tout en surveillant les directions prises par la silhouette encapuchonnée. Les aurores percent à travers le feuillage et m’offre une visibilité correcte, me permettant de distinguer les branches au sol et d’ainsi m’éviter de m’étaler de tout mon long sur le sol. Ce dernier est recouvert d’une épaisse couche de mousse, étouffant le bruit de mes pas. Au loin, un léger bruit d’eau cristallin se fait entendre.

Nous arrivons dans une petite clairière baignée dans la lumière nocturne. Le sol est recouvert d’herbe courte d’où pointent de petites fleurs ressemblant à des crocus et des primevères. Mon guide s’avance au milieu de la clairière et s’arrête. Je le rejoins, sur le qui-vive, mon regard balayant les alentours.

« Ne sommes-nous pas à découvert ici ? »
« Non ce sera parfait. »

Il se tourne vers moi. Le bas de son visage est discernable et un sourire malin est dessiné sur ses lèvres.

« Par contre si tu veux que nous ayons une discussion ensemble, j’aimerais que tu ailles te laver. L’odeur que tu dégages est assez désagréable pour mes narines délicates. Tu trouveras un petit cours d’eau dans cette direction. Je m’occuperai de lever le camp pendant ce temps. »

Il sort une dague de sous sa cape et me la tend, le manche dirigé vers moi.

« Et profites-en pour t’entretenir un peu capillairement parlant. On dirait un sauvage n’ayant jamais mis les pieds dans un endroit civilisé. »

Je prends la lame et me dirige vers la direction indiquée. Les bruits d’eau se font de plus en plus intenses et je tombe rapidement sur le cours d’eau mentionné. Je retire alors mes vêtements crasseux et tâchés de sang et me plonge comme je peux dans l’eau. Celle-ci et froide et me fait frissonner. Je me frotte la peau énergiquement, essayant de faire disparaitre le sang séché de mon flanc droit. J’en profite pour remarquer qu’aucune trace de la blessure n’est visible. Pas même une cicatrice. Toutes les questions qui occupent mes pensées auront bientôt leurs réponses. J’essaie de décrasser par la même occasion mes cheveux et ma barbe. L’eau prend une couleur sombre à leur contact. Je sors de l’eau et remets mes braies. Le contact de mes pieds nus avec la mousse a quelque chose d’assez agréable. Un coup d’œil vers mes bottes m’indique que ces dernières ont aussi bien souffert de l’atterrissage dans les caniveaux de Bouhen. Je les laisse sur le côté, profitant de ce contact direct et privilégié avec la nature. Comme une réminiscence inconsciente de ces années passées en forêt et dont j’ai perdu le souvenir. J’attrape maintenant ma tunique pour la remettre mais celle-ci empeste, en plus d’être déchirée par le coup de lame et imbibée de sang séché. Il faudra faire sans pour le moment. Heureusement que l’air commence à se réchauffer en ce début de printemps. Je la lave tant bien que mal dans le ruisseau et la suspend à une branche pour la faire sécher.

Je me rapproche de l’eau, m’accroupis et contemple mon reflet dans l’eau claire. Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas observé ainsi. Mon visage est mangé par une barbe détrempée et de longues mèches de cheveux mouillés l’encadrent. L’inconnu n’a pas tort. Un véritable sauvage. Je prends la lame posée à mes côtés et entreprend de me couper les cheveux. Je saisis une poignée de cheveux et les tanche d’un coup sec à quelques centimètres du crâne. Je recommence mon action plusieurs fois. Des boucles tombent peu à peu sur la mousse, d’autres sont emportées au loin par le ruisseau. Je m’arrête et me regarde à nouveau. Mes cheveux sont bien plus courts et forment une masse hirsute et inégale sur le sommet de ma tête. On dirait toujours un sauvage, mais j’ai au moins l’impression d’avoir rajeunit de quelques années. Je rassemble mes affaires, fixe mes protections sur mes tibias et mes avant-bras et retourne vers la clairière où m’attends l’inconnu.


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mer 25 Jan 2017 19:26 
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L’homme encapuchonné a allumé un petit feu de camp au milieu de la clairière. Je m’en approche et m’assois à côté pour finir de me sécher. Il me tend un morceau de pain que je dévore en silence. La journée que je venais de vivre m’avait affamé. Le goût n’est pas mauvais, mais je n’arrive pas à identifier à partir de quel type de céréale il est fait. Il m’observe en silence, le sourire en coin, pendant que j’engloutis mon dîner. Une fois mon repas terminé, j’enserre mes genoux avec mes bras et fixe les flammes qui crépitent dans la nuit noire. L’inconnu reste silencieux. Cet instant de calme, posé sur le temps, a quelque chose de reposant mais je pense qu’il est temps d’obtenir quelques réponses. Je tourne ma tête vers l’homme et mets fin au silence.

« Qui êtes-vous ? »

L’étranger ne me répond pas. Sa main longue et fine sort des pans de sa cape, saisit une branche posée à ses côtés et remue les bûches consumées par les flammes. Je sens que je devrai encore garder cette question pour plus tard. Je tente à nouveau.

« Pourquoi m’avez-vous fait sortir de la milice ? »
« Ce n’est pas moi qui t’ai fait sortir. »
« Vous me l’avez fortement suggéré dans ce cas. »
« Je t’ai ouvert les yeux, dirons-nous. »
« Pourquoi ? »
« Pour ton potentiel. »
« La… magie ? »

Je fronce les sourcils, et regarde la paume de ma main gauche, comme si j’attendais une nouvelle manifestation lumineuse incontrôlée.

« Exactement. »
« Et en quoi est-ce incompatible avec mon futur de milicien ? »
« Ton futur de milicien ?! » Il éclate de rire. « Je te pensais plus intelligent que cela. Les hommes ont peur. Peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Je pense que tu l’as bien compris avec toutes tes années passées parmi les humains. Ce qui n’est pas compris, effraie. Tu dois bien le savoir en tant que demi-elfe… »

Je le dévisage, l’air surpris.

« Oui ton héritage saute aux yeux de tous ! Les hommes de Bouhen sont particulièrement xénophobes. Et ce qui ne leur ressemble pas est mis de côté, comme toi. Ou, s’ils sont considérés comme une menace, éliminés. Et vu tes origines, tu pourrais rentrer dans cette seconde catégorie. La chasse aux sorcières n’est jamais très loin. Sois en bien conscient. »
« Mais, la magie est mauvaise ? »
« Non, la magie n’a pas d’alignement. Elle nous entoure, façonne chaque chose de ce monde. Elle est à la naissance de toute chose. A l’origine unique, sa puissance a été divisée par les Dieux. Certains individus y sont plus sensibles et possèdent une certaine affinité innée avec les fluides magiques qui régissent ces éléments. D’autres parviennent à s’en approprié son pouvoir de manière artificielle, en fusionnant avec les fluides correspondants. De ce que j’ai pu observer, tu sembles posséder une affinité avec les fluides de lumières. »
« Comme Gaïa ? »
« Exactement. Gaïa est associée aux fluides de lumière. »
« Dans ce cas, pourquoi ne pas les avoir laissé m’envoyer au temple ? »
« Ta magie est instinctive, tu l’as toi-même expérimenté pendant ton duel en libérant tes fluides pour la première fois, de ce que j’ai cru comprendre. Te sortir d’une prison pour t’enfermer dans une autre, va à l’encontre de ce talent que tu possèdes. Les rituels pompeux que les prêtres t’enseigneraient ne feraient qu’affaiblir tes dons, les enfermant dans un carcan inaliénable. De mon avis, la magie est là pour expérimenter et ressentir le monde qui t’entoure. Ce serait comme enfermer un papillon dans un bocal hermétique. Il finirait par dépérir et mourir en quelques heures. »
« Mais Gaïa... Je croyais que Gaïa était la déesse du bien… »
« Gaïa n’est pas mauvaise en soi, de ce qui nous a été transmis par ses légendes. Mais la façon dont les hommes interprètent les enseignements, là est l’écueil. Certains hommes deviennent des fanatiques et ce qui leur paraît bon, peut être considéré comme mauvais par d’autres. La magie ne nécessite pas une obéissance aveugle à un dieu ou une déesse pour être comprise et domestiquée. »
« Oaxaca est bien mauvaise elle, non ? »
« Encore une fois tout dépend du point de vue. Pour nous, hommes libres, Oaxaca incarne ce chaos destructeur que nous cherchons à combattre. Mais pour d’autres, qui ne se retrouvent pas dans ce que le carcan de la société essaie de nous imposer, les exclus, les reclus, Oaxaca peut proposer une alternative plus qu’intéressante… »

Il marque une pause. Je bois chacune de ses paroles, me faisant découvrir un monde auquel je n’aurais jamais pensé avoir accès un jour. Il tourne son visage vers moi.

« Je pense que c’est assez pour ce soir. Tu ferais mieux de te reposer un moment. Nous reprendrons notre conversation demain. »

Quelque peu déçu, je m’exécute cependant. Il n’a pas tout à fait tort non plus, cette folle journée m’ayant épuisé. Je m’assois alors en tailleur et ferme les yeux, me laissant entrainer dans les abimes de la méditation.


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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Mer 25 Jan 2017 19:31 
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Dans la forêt ii

Une immonde boule de poils, crocs et griffes se trouve à moins d’un jet de pierre de l’Enfant. Une gueule béante remplie de dents acérées comme des silex dégouline de longs filets de bave d’une couleur jaunâtre. La bête n’est que férocité et brutalité. Violence d’une nature sauvage et cruelle, tuant pour ne pas être tuée. L’Enfant est tétanisé sur sa branche d’arbre. Il pensait pourtant avoir été suffisamment précautionneux en s’aventurant dans cette clairière. Et pourtant, le chasseur est devenu la proie par un manquement d’attention de sa part. Tous ses muscles sont contractés. Tous ses sens sont en éveil. Mais cette fois pour pouvoir fuir. Fuir loin. Et se retrouver en sécurité. Loin de cette chose qui le regarde de ses yeux rouges perçants, bavant à l’idée de pouvoir le goûter.

L’Enfant recule sur sa branche. Lentement. Sans faire de gestes brusques. La bête est menaçante. Devenant de plus en plus imposante tandis que l’Enfant se rapetisse sur lui-même. Elle est prête à bondir. Prête à venir enchâsser ses crocs dans la peau fragile de sa proie. Prête à venir apprécier le sang de sa proie. Prête à tuer pour se nourrir. L’Enfant se laisse glisser de sa branche, atterrissant sans bruit sur le sol. Il recule, ne quittant pas le prédateur des yeux. La bête sauvage le fixe intensément. Le premier qui clignera des yeux aura perdu. Jeu à la fois puéril et mortel. L’Enfant retient son souffle. Il ne peut pas se permettre de perdre.

La bête bondit vers lui. Toutes griffes et tous crocs en avant, prête à venir les planter dans le corps frêle de sa proie. L’Enfant se retourne pour courir de toutes ses forces. Mais il est trop tard. Un bond. La bête se rapproche. Deux bonds. Il sent le souffle chaud de la bête dans son dos. Trois bonds. La bête l’a plaqué au sol de ses pattes griffues, plongeant ses serres dans la chair. Du sang commence à couler. Sang couleur rubis, qui se répand sinueusement parmi les brins d’herbe. Tel un petit serpent vermeil perdu dans l’immensité de la forêt. L’Enfant se retient de crier. Son visage se tord de douleur. Il a perdu.

Soudain, la terre se met à trembler sous le duo. Lentement au début, puis de plus en plus rapidement, des lianes s’échappent du sol. Fendant l’air. Fouettant l’espace. Respirant pour la première fois l’air chaud de cette belle matinée. Ces lianes se couvrent d’épines et deviennent ronces. Ces ronces s’enroulent autour de la masse de poils sombres qui écrasent l’enfant de tout son poids. Un étau se forme, étreignant avec force la bête. Celle dernière est soulevée de l’enfant puis plaquée au sol un peu plus loin. Les ronces se font de plus en plus nombreuses, enchevêtrement mortel. Les os craquent, la bête hurle. Un hurlement qui fait dresser tous les poils de l’enfant. Le chasseur devient la proie. Et son destin est scellé. Un dernier craquement sourd, une dernière convulsion, un dernier grognement, et la bête git inanimée dans cet entrelacs de ronces et de lianes. De grandes fleurs blanches commencent à s’épanouir sur la masse formée par la végétation, cachant à la vue de tous l’abject cadavre.

L’Enfant se relève, les épaules couvertes de griffures. Du sang se mêle aux traces de boue et de terre sur son torse, formant des longs motifs sinueux d’un rouge vif, tranchant avec sa peau cuivrée. Son être entier lui fait mal. Il n’a pas été suffisamment vigilant. La forêt l’a puni. Il fera plus attention la prochaine fois. Il se retourne, la mine déconfite vers une silhouette émergeant des bois. Il savait qu’elle serait là. Il l’attendait. Les ronces précédent toujours son passage. Il baisse la tête et regarde ses pieds en se tordant les mains. La silhouette qui s’approche n’est pas malfaisante, mais il n’aime pas se faire prendre la main dans le sac quand il a fait une bêtise.

La silhouette se détache parmi les arbres et arrive dans la clairière. Elle dégage une douce lueur pâle rendant ses contours flous. Tout en elle inspire la grâce et la délicatesse. Sa démarche est féline. Ses pieds nus frôlent à peine le sol. Les branches des arbres semblent s’écarter sur son passage. Elle est vêtue d’une longue robe vert pâle dans un tissu léger, aérien, dont la longue traine effleure imperceptiblement le sol. Pliant à peine les brins d’herbe sur son passage. Ses bras sont longs et fins, de la couleur des perce-neiges. De longs cheveux clairs tombent en cascade sur ses épaules nues. Une couronne de fleurs aux formes inconnues mais néanmoins splendides orne sa tête. De grands yeux de biche effarouchée et un léger sourire finissent d’achever son portrait. Et malgré cette délicatesse apparente, une aura de puissance et de noblesse se dégage de cette apparition. L’incarnation de la force dans la fragilité. L’Enfant frissonne en sentant l’apparition se rapprocher de lui.

La femme des bois s’approche doucement de l’Enfant, lui relève délicatement la tête de la main et lui adresse un sourire beau comme l’aurore. L’Enfant fond en larme et enserre et se réfugie dans les robes de sa mère. Elle lui caresse délicatement les cheveux pour le réconforter. Un sourire délicat se dessine sur ses lèvres. Elle s’accroupit, sèche les larmes de l’Enfant du bout des doigts et lui pose l’index sur les lèvres pour lui obliger le silence. L’Enfant se calme immédiatement, les yeux encore rouges. Elle se relève et le regarde fixement en croisant les bras. Il a compris.

Il s’assoit au sol, en tailleur, ferme les yeux et pose ses mains croisées sur sa poitrine. La peau de l’Enfant commence à briller d’une douce lueur. Des lignes dorées se forment parmi les brins d’herbe, dessinant des entrelacs en direction de l’endroit ou l’Enfant est assis . L’air se charge de petites étincelles, émergeant du sol. Comme un pollen lumineux libéré par les vents. Comme de petites lucioles dansant dans la nuit. Elles entourent l’Enfant, sans jamais le toucher, devenant de plus en nombreuses. L’air est saturé de magie. Puis, les lueurs viennent se poser sur l’enfant, le recouvrant de la tête aux pieds. Ce moment de quiétude et de calme dure plusieurs minutes. La forêt est silencieuse. Même les oiseaux oublient de chanter. Enfin, les étincelles se dissipent, la lueur disparait. Il rouvre les yeux. Ses blessures ont disparu. Sa mère aussi.

L’Enfant se frotte le ventre. Il a encore faim.


Retour à la terre >>>

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 Sujet du message: Re: Les bois aux alentours de Bouhen
MessagePosté: Jeu 26 Jan 2017 19:34 
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<<< Dans la forêt ii

Retour à la terre

J’ouvre les yeux. Mon estomac gargouille et crie famine. La maigre pitance d’hier soir n’aura pas réussi à combler ma faim très longtemps. Aucune trace de l’inconnu encapuchonné autour de moi. Je suis seul dans la clairière. M’a-t-il abandonné ? Ou bien est-il encore une fois tapi dans les ombres à m’observer ? J’attends quelques minutes, silencieux, afin de voir s’il comptait revenir. Mais rien. Je hausse les épaules. J’ai voulu mon indépendance, je dois désormais m’y faire. Je suis désormais mon propre maître. Je suis cependant quelque peu déçu de la part de l’homme qui m’avait promis de m’enseigner la magie.

Le feu s’est éteint. Le soleil commence à pointer le bout de son nez parmi le feuillage des arbres. Je me relève et m’étire pour me désengourdir les jambes et les bras. Peut-être arriverai-je à trouver de quoi manger dans les environs. C’est la première fois depuis des années que je vais devoir me débrouiller seul. A la milice, nous étions régulièrement approvisionnés et la cuisine était suffisamment équipée pour nous permettre de sustenter l’ensemble des miliciens. Je secoue la tête. Je ne suis plus milicien. Il est trop tard pour regretter désormais. Je ne peux plus compter que sur moi. De ce que l’on m’a raconté, j’ai survécu toute mon enfance seul dans la forêt. Il faut que j’apprenne à redécouvrir les automatismes de survie en pleine nature. Si je l’ai déjà fait, je devrais pouvoir y arriver à nouveau. Du moins, je l’espère.

Je retourne du côté du petit ruisseau pour récupérer les affaires que j’avais laissé sécher. Ma tunique est définitivement bien abimée, et empeste encore le sang séché. Je devrai faire sans. Je n’ai pas particulièrement envie d’attirer les potentiels prédateurs rôdant dans les bois qui pourraient survenir, alléchés par l’odeur de la proie blessée. Je me ravise aussi de rechausser mes bottes. La sensation du contact direct avec le sol semble avoir fait resurgir des souvenirs de jeunesse, enfouis très loin dans ma mémoire. Le toucher de la mousse, de l’herbe ou de la terre nue sous la plante de mes pieds a quelque chose de rassurant, de réconfortant. Je laisse donc mes bottes de côté, décidant de partir explorer les environs pieds nus. Je m’assois sur mes talons, forme une coupe avec mains et m’asperge d’eau le visage afin d’achever de me réveiller. J’en profite aussi pour étancher ma soif. Un léger éclat métallique attire mon regard vers la droite.

La lame que l’inconnu m’avait prêtée est, elle aussi, toujours présente aux abords de l’eau. Être armé n’est peut-être pas une mauvaise idée non plus. Je la ramasse et la soupèse. Je n’ai jamais été formé aux maniements de ce genre de lames courtes à la milice. Les dagues et autres poignards étant jugés comme non nobles par les maîtres d’armes miliciens. En revanche elle pourra servir d’outil si nécessaire. De plus, je n’ai de plus jamais aimé le manque d’allonge que les épées et autres lames pouvaient offrir, préférant le combat à la lance. A défaut de lance, je peux en revanche essayer de me tailler un épieu de fortune.

Je jette un coup d’œil autour de moi et avise un groupement de bouleaux de l’autre côté du ruisseau. Je plonge mes pieds dans l’onde transparente et entreprends de traverser le cours d’eau. Une fois sur l’autre rive, je m’approche du groupement d’arbres à l’écorce blanche. L’un d’entre eux est très jeune et je peux sans difficulté enserrer son tronc de ma main. Ce dernier a aussi l’air convenablement droit, ce qui est nécessaire si je veux me faire une arme équilibrée. Je me baisse et commence à scier le tronc au plus proche du sol. La tâche est bien plus ardue que ce à quoi je m’attendais, peu aidé par l’absence de dents sur la dague. Après une bonne vingtaine de minutes d’effort fourni, le tronc finit par céder et tombe sur le sol. Je m’éponge le front et passe ma main dans les cheveux. Le retour à la vie en pleine nature ne va pas se faire dès les premières heures passées dans la forêt. Il me faudra du temps pour me réhabituer aux bons gestes, complètement oblitérés par la vie citadine. J’élague mon futur épieu et taille une de ses extrémités en pointe. La taille finale est satisfaisante, un peu plus grand que moi et il est plutôt léger. Je pourrai désormais me défendre, ou en tout cas essayer, si je suis menacé.

Je commence à errer dans les bois, sans trop savoir ni où je me dirige, ni ce que je recherche réellement. En observant le soleil, j’arrive à identifier que je me oriente globalement vers le nord. Mon estomac émet un nouveau grognement. Il devient urgent que je commence à chercher de quoi me sustenter. Sinon, ma nouvelle indépendance durera peu de temps. Je continuer à vagabonder, laissant mes pieds me guider. Ma démarche commence à se réadapter à mon nouvel environnement. Je marche doucement, faisant attention à ce qu’il se passe autour de moi. J’essaie de minimiser chacun de mes mouvements, pour ne pas me fatiguer inutilement.

Parfois, je marche sur un caillou aiguisé ou une branche pointue, qui me fait serrer les dents, mais il est, encore une fois, trop tard pour regretter. Parfois, les branches griffent la peau de mes bras, mais je commence à m’y habituer. Parfois, j’entends un craquement, et je serre mon épieu des deux mains, pour me rendre compte que ce n’était rien. Souvent, la caresse du vent fait se secouer les branches et les feuilles au-dessus de moi, et ces bruits doux et apaisant sont ponctués du chant des oiseaux, qui volent de branche en branche. Souvent, un écureuil au pelage roux traverse le chemin de mousse verte que j’emprunte, s’arrête pour m’observer et repart aussi vite qu’il est arrivé. Je m’arrête et pousse un long soupir. J’ai l’impression d’être rentré à la maison après de longues années d’absence.

Soudain, les buissons sur ma gauche s’agitent frénétiquement et une longue silhouette en surgit, me barrant le chemin.


Instinct sauvage >>>

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