L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 19:56 
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Nouveau départ.

Pour la première fois depuis fort longtemps, je me sens vivre. Je vois d'un œil neuf comme un enfant vois pour la première fois de sa vie, je hume l'air qui me transcende les poumons comme le nourrisson qui vient de naître, je sens le courant d'air frais laissé passé par la fenêtre ouverte comme le sent le petit garçon devenu homme. Réellement, je me sens vivre, revivre. Mon cœur bat la chamade dans ma poitrine, un sentiment qui, malgré qu'il n'a jamais cessé, me semble nouveau. Je reste cependant impassible. Mon corps est encore bien engourdi, mes jambes sont lourdes au point que je ne puisse les bouger, mes bras semble fixés aux accoudoirs de la chaise sur laquelle je suis assis. Seuls mes lèvres et mes yeux témoignent de mon existence. Oui, je suis en vie, dans un monde que j'ai abandonné depuis trop longtemps, et qui n'attendait que mon retour. Une réalité que j'avais feint d'avoir oublié, mais qui m'a rattrapé.

Devant moi, j'aperçois une fillette, assise en tailleur, jambes croisées, qui me fixent de ses petits yeux verts perçants. Emmitouflée dans une petite couverture rose, elle remarque mon réveil et l'attention que je lui porte.

"Tu es réveillé monsieur qui était mort ? Tu as assez dormi ?" Sa voix est douce et angélique. Une bénédiction pour mes oreilles nouvelles.

"Dis moi, comment tu t'appelles petite ?"

"Nathalia monsieur. Et toi, comment tu t'appelles monsieur qui était mort ?"

"Mon nom... Comment je m'appelle... Je pense... Oui, je pense que je m'appelle Rayd. Non, j'en suis sûr."

"Alors c'est vrai, tu... Tu étais mort ? Tu es mort de quoi ?"

"De douleur. De chagrin..."

Soudain, alors que notre discussion semblait intriguer la fillette, une voix intervient derrière moi. Une voix calme, posée, claire. Une voix qui se voulait attendrissante et maternelle. Une voix que je connais très bien, mais qui ne m'a pas été permit d'entendre depuis très longtemps.

"Nathalia, qu'est-ce que tu fais ? Tu parles encore à Rayd ? Pourquoi ne vas-tu pas jouer avec les autres ?"

"Je discute avec le monsieur qui était mort, Suzy."

"Comment ça "discuter" ? Pourquoi "était" ?" S'inquiete-elle.

"Bha oui, le monsieur s'est réveillé. Il est très gentil." Elle s’exprime avec joie, comme si son animal de compagnie disparut avait réapparut tout à coup.

"Mais qu'est-ce que tu dis ?!" Pendant qu'elle prononce ces mots, elle se dirige rapidement dans notre direction. Bien que je ne puisse la voir, j'entends ses pas de plus en plus distinctement, la sentant approcher.
Un instant plus tard, elle se retrouve face à moi, les yeux écarquillés. Elle me fixe intensément, attendant une réaction. Est-ce que je suis bien réveillé ? Est-ce que je parle maintenant ? Nathalia s'est-elle trompée ? Je me doute de toutes les questions qu'elle doit se poser en ce moment même. Ouvrir les yeux, ça, je l'ai toujours pus. Ce n'est pas nouveau. C'aurait put être de ça que voulait parler la fillette. Mais elle le voit immédiatement. Mon regard ne se pose pas dans le vide, il n'est pas livide. Non. Il est soigneusement posé sur l'une des personnes à qui je dois d'être encore en vie, et ne s'en détourne.
D'une voix encore fébrile, je lui donne l'occasion de s'extasier, d'être soulagé.

"Bonjour, Suzanne."

Elle reste bouche-bée une seconde, le temps pour qu'elle admette que ce n'était pas un rêve, que c'est réel. Je suis éveillé, sorti d'un état proche du coma long de plusieurs années. Je ne saurais dire combien de temps cependant. Une fois l'étonnement retombé, elle s'écrie.

"Par la grâce des dieux ! C'est bien toi Rayd ?! Tu es réveillé ?! C'est impossible ! Craig ! Craig viens vite !" Elle se trouve en pleine euphorie. L'homme ne tarde pas à arriver, tandis que je rassure ma protectrice en répondant à sa question d'un simple "oui" plus ou moins audible. Ma voix est enrouée, depuis si longtemps inutilisée.

L'homme à peine arrivé n'attend même pas que sa femme lui dise les raisons de son cri et me toise. Rapidement, il s'agenouille devant moi, comprenant de quoi il s'agissait. Il bredouille alors quelques mots que je peine à entendre mais qui me parviennent tout de même.

"Au nom de Yuimen, merci. Et pardon, pardon mon enfant. J'ai failli abandonné. Qu'elle horrible pensée. Pardon mon fils, pardon..."

Des larmes abondantes coulent le long de son visage tandis qu'il le noie en le calant contre mes genoux. Je béni le ciel de sentir l'humidité arriver sur mes cuisses, signe que mes jambes fonctionnent.

Dans l'après-midi, toute la maisonnée était en effervescence. Les enfants étaient tous venu voir "celui qui était mort", par petit groupe, discutant rapidement avec moi, avant qu'un autre groupe les éclipses pour prendre leur place. L'orphelinat n'est pas grand, mais la pièce dans laquelle ont m'avait mit l'était encore moins, et Suzanne avait insisté pour que seulement trois enfants maximum entrent en même temps, "pour ne pas le brusquer" avait-elle rajoutée.
Une petite heure avait été réservée pour me raconter tout ce qui s'était passé depuis mon passage à l'état "légummaire". Andy, ma petite amie d’antan était morte sous mes yeux, lors de ma toute première mission en tant qu'assassin pour le compte d'un noble. Elle était ma partenaire à l'époque. Toute aussi nouvelle que moi dans le milieu obscure des vols et meurtres, elle avait cependant un an de plus que mon propre âge. C'est en la voyant torturée puis tué, en étant moi-même interrogé violemment, que j'avais sombré dans la folie. Lorsque Craig me rappela se moment difficile, Suzanne lui adressa un air de reproche, tandis que les larmes coulaient à flot sur mes joues. J'eus droit ensuite à un récapitulatif sur la situation qui a suivit. Laissé pour mort dans une ruelle, Craig m'avait retrouvé. Cela faisait trois ans à présent. Lorsque je leur expliquais le rêve dans lequel je m'étais réfugié, Craig m'interpella au nom de Jest, Levy, Svan. Le premier était un enfant à problème, qui restait des heures durant à me raconter toutes sortes d'histoires. Il était parti de l'orphelinat depuis près d'un mois. Le second et le troisième étaient des employés bénévoles de l'association. Cela faisait déjà plus d'un an qu'ils avaient quittés Exech. Quant à Clay, personne ne put me dire d'où ce nom m'était venu. Peut-être seulement de mon imagination débordante depuis ces trois dernières années.

Le premier mois, je passais mes journées à faire toutes sortes d'exercices de rééducation, pour me remuscler, me remettre en forme. Il m'avait fallu plus d'une semaine pour pouvoir me lever de ma chaise. Une de plus pour pouvoir réellement me mouvoir sans l'aide de personne, mais je restais faible. Après tout, au bout de trois ans sans bouger, c'était déjà un miracle que mes jambes et bras ne soient pas atrophiés. Mais selon les dires de Craig, Suzanne et la sœur d'Andy – Elena - s'étaient occupées de moi pendant plus d'un an et demi, me massant plusieurs fois par semaine pour éviter l'arrivée d'escarres ou justement, l'atrophie des membres. Je ne manquais pas de les en remercier humblement.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 19:59 
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Cela fait maintenant deux mois que je me suis éveillé, mais je n'ai pas encore pris le soleil une seule fois. L'air de la ville, bien que je n'y ai pas goûté depuis plus de trois ans, me manque beaucoup. D'autre part, bien que la compagnie des enfants de l'orphelinat soit agréable, je n'ai guère de discussion adulte avec eux. Les seules personnes avec qui je peux encore converser convenablement sont Craig, Suzanne et Elena, qui a atteint les dix-sept années et qui semble mature. Elle a part ailleurs énormément d'affection pour moi, et c'est réciproque. Lors d'une discussion avec elle, je lui avais fais part de mon regret de ne pas avoir réussi à sauver sa sœur. Pour seule réponse, j'eus droit à une claque bien placée. Elle ne me reproche pas son décès, contrairement à moi. Elle ressemble beaucoup à sa sœur. C'est bien. Mais j'aurais tellement aimé les voir grandir ensemble...
Tandis que je me remémores mes souvenirs lointains de mon amour passé, le vent caresse mon visage. La fenêtre ouverte, j'hume l'air qui la traverse, m’imprégnant de toute son essence. La vie est si belle. Mais elle le serait encore plus au dehors. Ça y est, c'est décidé, aujourd'hui je sors.

Sur une petite commode en bois blanc ternie par le temps repose mes armes, deux saïs en acier et un katana très court, bien adapté pour les combats de proximités. Bien que je ne me sois jamais réellement servis de ceux-ci pour ôter la vie, je m'étais longuement entraîné, autrefois. A l'intérieur du meuble, ma tenue. J'ouvre d'abord celui-ci, y prend mon pourpoint matelassé à capuche à fourrure, si longtemps resté dans son tiroir, un pantalon en toile de jute d'un marron tirant vers le gris anthracite, mes jambières légères noires et mes brassières en cuir, elles aussi de couleur sombre. J'attrape aussi mon foulard rouge, que je noue autour de mes cheveux mi-longs. Ceux-ci, bien que l'on me les ai coupés de temps en temps, ont bien poussés. Le temps, chaud, ne se prête pas à l'emploi d'une veste. Je laisse donc la mienne, bien qu'elle ne me quittait pas jadis, proprement pliée dans la commode. Pour conclure ma préparation, je m'équipe de ma paire de sandales, attache mes deux saïs à ma ceinture et glisse mon katana dans mon dos, moins facile d'accès mais moins gênant. Me voilà fin prêt. Je n'aspire pas à tuer quelqu'un aujourd'hui -ni demain d'ailleurs – mais je préfère être prudent dans les rues d'Exech. Cette ville ne brillent pas par son calme et sa sûreté. Je descend une à une les marches de l'escalier qui me sépare de la sortie, puis, une fois devant la porte, inspire un grand coup et la pousse.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 20:05 
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La soirée arrivée, je n'eus aucune explication sur ce que m'avait dit Elena plus tôt dans la journée. Ni le lendemain. Ni plus tard d'ailleurs. Deux semaines passèrent sans que l'on en parle. Elle m'évitait, passant la majeure partie de ses journées dehors, loin de l'orphelinat. Je supposais un moment qu'elle avait peut-être un petit ami, qu'elle allait régulièrement voir. Je m'imaginais un bel homme d'un bon mètre quatre-vingt, aux allures de chevalier, aux muscles proéminents emballés dans une armure d'argent, la chevelure d'un blond parfait battant au vent. Un soir cependant, alors qu'elle quittait une fois de plus l'orphelinat, je décidais de la suivre.

Je me retrouve rapidement emporté de l'autre côté de la cité, dans des rues plus ou moins sombres. La filature devient plus difficile, la densité des passants étant moindre à cette heure avancée. Je suis obligé de mettre plus de distance entre elle et moi, et chaque coin de rue risque de me faire perdre sa trace. Néanmoins, nous nous retrouvons vite dans une petite ruelle. Là, à l'angle, bien camouflé dans l'ombre des bâtiments, je l'observe. Ayant déjà une tenue en cuir moulant gris-noir, elle ne fait que s'ajouter une sorte de capuche sur la tête. D'un geste leste, elle se hisse sur le rebord d'une fenêtre du rez de chaussé et continue son ascension pour finalement s'arrêter au second étage de la bâtisse. Je ne comprends que trop bien ce qu'elle est en train de faire. Une connerie. Je décide sans réfléchir plus longtemps de la suivre dans son intrusion. Plus raide et grand qu'elle, moins musclé aussi, même si cela me peine de le dire, je gravis la maison plus lentement, arrivant avec peine à la fenêtre déjà ouverte avec soin par la belle. Je pénètre dans le bâtiment doucement, pesant chacun de mes pas pour ne pas faire de bruit. Je réalise avec stupeur que je me trouve dans une chambre, heureusement vide. Un petit lit simple se trouve à ma gauche, à moi droite, une armoire en bois massif et une commode où reposent plusieurs poupées. Devant moi, la porte menant au couloir que j'emprunte immédiatement. Je cherche Elena, mais elle semble introuvable à cet étage. Je décide de descendre au premier. L'une des pièces est illuminée et j'entends des gens discuter. Deux hommes. Qu'elle poisse ! Leur conversation semble traitée des possessions de la maison qu'ils gardent.

"Pour nous payer autant, doit y avoir pas mal de trucs là-d'dans, c'est tout ce que j'veux dire ! Pas que j'vais m'servir !" Conclu l'un d'eux.
Cependant, Elena en avait bien l'intention. Je la vois sortir de l'une des pièces adjacentes, une bourse dans sa main gauche. Dès qu'elle me remarque, elle étouffe un cri de stupéfaction.

"Qu'est-ce que c'était ?!" Scande l'un des gardiens.

"Va voir, vite ! Bouges toi !"

Ma complice me regarde un court instant puis fonce vers les marches montant vers le second étage. Mais les deux gardes se trouvent déjà devant nous. La belle sort son arc, décoche une flèche qui rapidement se loge dans la jambe d'un de nos assaillants, lui faisant perdre l'équilibre et tomber à terre. Malheureusement, sur les deux, un seul est armé, celui qui est encore indemne. Merci Elena ! Tu me fous dans la merde et tu blesses le seul mec incapable de nous faire chier !
J'entreprends de m'enfuir, courant vers les escaliers que vient d'emprunter la blonde. Mais l'estropié m’agrippe la jambe, empêchant ma fuite.

"C'est bon lâches moi toi ! Tu veux ma jambe ou quoi ?!"

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 20:07 
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Je tire comme un forcené sur mon membre, mais l'homme refuse de lâcher prise, toujours couché sur le sol à cause de sa blessure. L'autre, a à peine deux mètres, tire une longue dague scintillant légèrement à la lueur des bougies, présentes dans la pièce d'à côté. J'avais fais de même une seconde auparavant. Mon saï bien en main, je sectionne le poignée du gredin me maintenant la cheville. Celui-ci, dans un nouveau cri de douleur, retire ses doigts baignés de sang. Son acolyte me fonce alors dessus, franchissant la distance qui nous séparait en une enjambée. Du bras gauche je saisis immédiatement une seconde lame pour me défendre. La première confrontation est rude. Lame en avant, il tente une attaque verticale, que je contre difficilement de mes deux armes dégainées. Mes poignées, d'instinct, s'étaient collés, lame en oblique, pour que ces dernières forment une croix, empêchant la dague de l'ennemi d'aller plus loin. Le son qui résulta de l'acier qui s'entrechoque me glaça le sang. Ça y est. J’effectue mon premier combat réel, pour sauver ma vie. Car oui, ce coup-ci, je risque vraiment ma peau. Quoi que, en y réfléchissant, cela m'était déjà arrivé. Lors de mon tout premier contrat pour assassiner un homme. Mais je n'avais guère pus véritablement me battre. J'avais été arrêté en un instant. Mais cette fois, c'est tout autre. Un vrai duel, d'homme à homme, risquant chacun de mourir à la moindre inattention.

Je recule d'un pas et d'un geste rapide, retire mes armes de leur emprise. Tout de suite après, je grimpe une à une les douze marches de l'escalier montant à l'étage supérieur, atteins la chambre et attends mon adversaire. La pièce, plus grande, serait mieux adaptée à un combat. Me battre dans un couloir ne me plaît pas et puis, l'homme au sol risquait de me poser souci, s'il intervenait de nouveau. De plus, la rue étant - faiblement certes – éclairée, la pièce l'est plus ou moins aussi, grâce aux deux grandes fenêtres. L'éclairage serait donc supérieur à l'étage du dessous.

Mon agresseur arrive rapidement, une à deux secondes plus tard, au maximum. A la lueur de la ruelle, je peux plus facilement le juger. Sa carrure est imposante, un whiel très certainement. Son accoutrement me laisse facilement penser qu'il ne fait pas parti d'un ordre officiel tel que la milice ou autre chose. Il ressemble plus à un mercenaire ou un chasseur de prime – ce qui est sensiblement pareil. Sa tenue en cuir doublé de couleur sombre est typique de ces gens là. Son visage quant à lui, est rude. Un nez aquilin, une petite bouche fine aux lèvres ternes, des yeux écartés l'un de l'autre au possible, de couleur brun sombre, ou noir. La faible luminosité ne me permet pas d'être plus précis dans les teints de son visage. Ses cheveux eux, sont assez longs, lui arrivant facilement aux épaules.
Juste au cas où, je tente un bluff qui, s'il fonctionne, pourrait m'empêcher de risquer inutilement ma vie.

"Écoutes, mon complice est parti avec son vol, inutile de nous battre. Tu vas pas risquer de mourir pour rien, si ?!"

Pour seule réponse, je reçois une nouvelle attaque. Cette fois, il tente une estocade. Ce n'est certes, pas la meilleure façon de combattre avec une dague, mais c'est tout de même efficace. Imparable sans un bouclier ou une vitesse et une adresse admirable. Pour un novice dans le maniement des armes comme moi, l'unique solution est l'esquive. C'est heureusement, l'un de mes points forts. Dans mon passé de voleur, je n'utilisais jamais d'arme. Juste une dextérité impressionnante dans les mains pour chiper les bourses sans être repéré. Mais dans les rares cas où ma victime s'en rendait compte, il me fallait user de ruse ou bien, être un maître de l'esquive et de la fuite. C'est pourquoi je m’étais forgé une bonne maîtrise dans ces dernières disciplines. D'un écart rapide vers la droite, je laisse son arme frapper le vide. Cependant, j'ai sous-estimé le guerrier. En effet, il stop sa lame dans le vent et lui fait prendre un angle horizontal, allant dans ma direction. Je me jette sur le côté pour éviter une nouvelle fois la mort. Mais une fois au sol, me relevant immédiatement, je sens une légère douleur sur mes côtes. Jugeant rapidement mon flan, je me rend compte avec stupeur qu'il m'a touché. L'entaille est très peu profonde. A peine a-t-elle déchirée ma tunique et fait couler quelques gouttes de sang sur le tapis de la chambrette.
Je décide alors qu'il est temps pour moi de riposter, sans quoi, je le laisserais prendre du terrain et de l'assurance. Je tente une estocade moi aussi, à sa façon. Mais il évite le coup facilement. N'ayant pas son adresse, je ne peux pas dévier mon attaque comme il l'avait fait quelques secondes auparavant. Le guerrier s'écarta de moi. Il me reste l'avantage d'avoir deux lames, c'est déjà le double de lui. Et il le sait. Mais ce qu'il sait moins, c'est que j'accuse le coup de la fatigue. Je n'ai plus vraiment une condition physique d'homme. Je m'épuise vite, mes mouvements sont plus lent, ma force est moindre. La rééducation est loin d'être finie. Il va falloir que j'écourte ce combat, ou que je m'enfuis.
Je juge mon adversaire du regard un moment, celui-ci fait de même. Nos yeux rivés l'un sur l'autre, le stresse commence à monter en nous. La tension est palpable. Et cette garce de Elena qui m'a laissé seul, comme un con. Remarque, je m'en serais voulu de la laisser prendre des risques. Et puis, elle doit sans doute croire que je l'ai suivis, profitant de son intervention. Mais bref, je dois rester concentré. Mes deux saïs en prolongement de mes bras, je me prépare à un nouvel assaut. D'un coup, je bondis sur ma cible, l'une de mes lames en avant, l'autre en retrait, celle de gauche. Mon adversaire riposte. Sa dague vient arrêter la première, tandis que son poing frappe violemment le mien, faisant tomber mon arme. Je profite alors de notre position, bras en l'air, lame contre lame, pour lui porter un uppercut gauche en plein dans le menton. Le coup n'est pas très fort, ma main étant toujours engourdie par le coup qu'il vient d'y mettre. Cependant, il le sonne tout de même un instant. Je retire mon bras droit, laissant libre le sien. Un instant plus tard, ma lame pénètre son épaule. Ma première attaque lui a empêché de voir arriver la seconde. Cette fois, je suis en position de force. Du moins, c'est ce que je pensais.

J'ai été trop présomptueux. Il avait profité de mon coup pour en asséner un lui aussi. Sa dague avait pénétrée mon bras gauche d'un ou deux bons centimètres, faisant ruisseler le sang le long de ce dernier. Je me retrouve maintenant avec un bras blessé qui me fait atrocement souffrir et une plaie superficielle aux côtes. Voilà qui est fâcheux. Mais lui, c'est l'épaule qui lui fait mal. C'est pas vraiment mieux. Je m'écarte tout de suite après notre affrontement, pour me calmer et mieux appréhender la situation. Le mercenaire fait de même. Chacun occupant un coin de la pièce, nous recommençons notre conversation visuelle. Je n'en peux plus. Mon corps est abîmé, chacun de mes membres me fait souffrir le martyre, - mon bras plus que les autres – ma tête résonne comme la cloche d'une église et je suffoque horriblement. Décidément, je suis vraiment trop faible.

Mais soudain, je me rend compte de l'avantage qui m'est donné. La distance est optimale. La diagonale de la pièce fait au minimum cinq ou six mètres. Le guerrier haletant, attendant un nouvel assaut de ma part, je sers ma lame dans mes doigts, feinte un bond vers lui et, avant que ce dernier n'ai eu le temps de se préparer à quoi que ce soit, lance mon saï avec force et précision. Je ne suis pas un bon bretteur, c'est certain. Ni un assassin chevronné capable de prouesses. Mais le lancer, ça c'est à ma portée. L'une des attaques qu'Andy m'avait enseignée autrefois, un peu avant notre mission qui nous mena à notre perte.
La lame pénètre instantanément dans le thorax du pauvre homme. Celui-ci titube, crachant plusieurs gerbes de sang, me regarde un instant, la bouche couverte du liquide écarlate, puis s'écroule sur le sol, inerte. En m'approchant lentement, prudemment, j'entends son souffle, saccadé et presque inaudible. Je m'agenouille au dessus de lui, pose mes doigts sur ma lame et la retire d'un coup sec. Le sang se met alors à jaillir à flot. Il est mourant.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 20:10 
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Je m'étais assis à son bord, sur une petite chaise qui occupait la pièce, pour ne pas baigner dans le sang. Il lui avait fallu une bonne dizaine de minutes avant de rendre son tout dernier souffle. Je me devais d'être là pour ma victime. Ma toute première victime. Si seulement, à cette époque, j'avais eu le même courage qu'aujourd'hui... Une fois le mercenaire décédé, j'avais fouillé son corps, pris les quelques yùs qu'il détenait et avais filé par la même fenêtre par laquelle j'étais entré, prenant soin au préalable de couvrir mon corps meurtri avec une tenue que j'avais trouvé dans la maisonnée. Il était inutile que je me fasse remarquer dans les rues déjà dangereuses d'Exech. Une fois dehors, je m'était précipité jusqu'à l'orphelinat. Là, Elena m'attendait, terriblement inquiète et honteuse. Je ne pris pas le temps de lui faire un détail de ce qui s'était passé, bien qu'elle m'en faisait la demande expresse. J'étais immédiatement monté dans ma chambre, suivit de près par ma complice. C'est là que l'on s'était mit à discuter.

Assise sur mon lit, Elena me regarde ôter mes vêtements, sans dire mot. Elle attend que je commence à parler. Elle s'en veut de m'avoir laissé là-bas et est trop gênée pour ouvrir la discussion. J'enlève rapidement la tunique que j'avais volé dans la maison, non sans douleur due à mes blessures. Une fois celle-ci à terre, mes plaies sont à découvert. C'est là que la belle remarque la triste nouvelle. J'ai été blessé, à cause d'elle. Elle se lève et se met face à moi, implorant mon pardon d'un regard. J'entreprends d'enlever mon pourpoint, mais elle s'empresse de m'y aider. Une fois mon torse mit à nu, elle saisit mon bras et l'inspecte, après avoir murmuré :
"Attends, Je vais te soigner...". La paume de sa main posée sur ma plaie, une lueur blanche apparaît, tiède, apaisante. Quelques secondes plus tard, les chairs se sont ressoudées, recousues, laissant une grosse marque rouge entouré de sang sur mon membre. La douleur est toujours là, la peau semble fragile, mais je suis à peu près soigné. Elle passe ensuite à l'écorchure sur mon flan. Sa main se pose délicatement sur mon ventre, sa peau est douce. C'aurait presque put être sensuel. La blessure étant beaucoup plus superficielle, le résultat est bien mieux. On ne voit presque plus rien à l’œil nu, uniquement un liseré rosé de quelques centimètres.
Elle m'observe ensuite un moment, d'un regard intense. Je peux sans mal y lire la peine et le regret. Elle se blottit alors contre mon torse chaud et d'une voix faible, s'excuse. Ses longs cheveux caressant ma peau, sa joue tiède collée contre moi et porté par l'intensité du moment, ma virilité se met en branle. Cela fait bien longtemps qu'une femme ne m'a pas témoigné de l'affection de cette façon. C'est déroutant. Un instant, je m'inquiète, espérant qu'elle ne sente pas l'intérêt que mon corps lui porte. Ou peut-être que si, j'aimerais qu'elle s'en rende compte et que cela ne la dérange pas. Nous restons dans cette position pendant un moment, plusieurs minutes, debout au milieu de la pièce. J'ai beaucoup de questions à lui poser, mais je ne veux pas briser notre étreinte. Mes bras autours d'elle n'ont aucune envie de lâcher prise. Cependant, une nouvelle fois je suis emporté par le flot de sentiment due à la situation plutôt étrange. Je retire ma main, la dirige vers son visage et, d'un geste tendre, le relève d'une légère pression du doigt sur son menton. Nos regards perdues l'un dans l'autre, j'amorce un mouvement pour finalement poser mes lèvres sur les siennes. Notre baiser est court, rapide. Je sens à peine la chaleur de sa bouche qu'elle se recule, me giflant violemment au passage.

"Mais t'es fou, qu'est-ce que tu fais ?! T'es pas croyable !" Elle ne cri pas, mais sa voix est forte et perçante. Elle s'en va immédiatement, me laissant seul dans la chambre. Décidément, je ne comprendrais jamais les femmes.
Ce soir aussi, je devrais faire une croix sur les plaisirs charnels et me débrouiller autrement...

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mar 6 Nov 2012 20:40 
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Je me réveille avec une migraine intense. Je décide de rester sous mes draps chaud le temps qu'elle passe. Mais très vite, je somnole à nouveau. Un peu plus tard dans la matinée Elena me rejoint et, voyant que je ne suis toujours pas levé, s'assoie sur le rebord du lit. Je ne dors plus, mais je préfère lui faire croire que c'est le cas. Après le baiser volé de cette nuit et sa réaction face celui-ci, je me sens un peu honteux. Je préfère ne pas la voir aujourd'hui. Même si j'ai beaucoup de questions à lui poser.
Mais alors que je pensais qu'elle s'en irait, elle pose sa main sur ma tête et la passe dans mes cheveux d'un geste tendre. Je ne peux pas nier que ça me plaît, mais je reste impassible. Au bout d'une dizaine de minutes elle s'installe confortablement à mes côtés, allongée, et me secoue gentiment pour me réveiller. Je ne peux plus continuer la comédie et consent à me lever, faisant mine de m'éveiller petit à petit. Dès que je croise son regard docile et attentionné cependant, mes craintes s'en vont directement. Elle ne m'en veut pas de l'avoir embrassée, ça se lit sur ses petits yeux de biches.
Quel beau réveille que d'avoir son visage à une vingtaine de centimètres du mien. Pendant un instant, on s'observe l'un l'autre. La poésie d'un tel moment est inestimable. Pour compléter ce magnifique tableau digne des plus grands peintres, l'astre haut dans le ciel nous illumine de ses rayons chauds et apaisants. Mine de rien, le temps passe. Il est plus de midi lorsque l'on décide de rompre le silence, et, immédiatement, Elena m'invite à descendre manger quelque chose. Mais je ne suis pas fou. Il se passe quelque chose entre nous. Sinon, pourquoi aurais-je droit à de tels moments ? Je ne lui fais cependant pas part de mes pensées, préférant me taire plutôt que de me faire une nouvelles fois envoyer sur les roses.

Finalement, à quoi bon. Debout au dessus du lit, face à elle, je la saisis par les épaules et l'embrasse fougueusement. Un baiser passionnel et sensuel. Un instant après je l'allonge sur ma couche et m'installe sur elle. Ma main droite file droit vers sa cuisse, la saisissant avec force, l'autre passant doucement sous son gilet pour atteindre sa poitrine. Nos ébats s'arrêtent cependant là.

Elena me rappelle à la réalité. Je suis de nouveau debout, au milieu de la pièce, en train de me vêtir. Décidément mon imagination prend trop de place dans ma vie.

L’après-midi arrivée, je décide qu'il est temps de discuter avec la belle. Je l'invite alors à rejoindre ma chambre, lieu de toutes nos discutions. Elle ne tarde pas à m'y rejoindre. On s'assoie sur mon lit, l'un à côté de l'autre. J'ouvre la conversation.

« Bon, faut qu'on discute de ce qui c'est passé hier. Qu'est-ce que tu foutais là-bas, pourquoi et depuis quand tu fais ce genre de trucs ?! »

Elle saisit tout de suite le ton accusateur de ma voix. En effet, je ne manque pas de reproche à lui faire. Mais j'attends cependant ses explications.

« Tu sais... Depuis qu'Andy n'est plus là, c'est très compliqué de survivre. On a pas des revenus très importants ici et puis... »


« Je te coupe tout de suite, je ne veux pas que tu me fasses un roman pour te justifier, je veux juste des réponses. »


« Merci, sympa la façon dont tu me parles ! Hier tu le sais ce que je faisais. Je volais. Et pourquoi ?! Pour gagner des yùs pour nourrir les enfants de l'orphelinat. Et depuis quand ?! Un peu après la mort d'Andy. Voilà, t'es content ?! »


« Content, pas vraiment. Mais au moins je sais. Tu ne fais que voler ?! Rien d'autre ? »

« Si, tu sais très bien ce que je fais d'autre. Ne poses pas de question dont tu connais déjà la réponse. »

« Alors tu t'as pris ce chemin toi aussi... Ça fait combien de temps que tu ne fais pas que voler ? Combien de gens as-tu... Supprimé ? »


« Ça doit faire un an à peu près. Et je ne sais pas, j'ai pas vraiment compté. Une dizaine, peut-être un peu plus. »


« Je vais prendre le relais si tu veux bien. Je ne veux plus que tu fasses ça. Et ta sœur non plus n'aurait pas voulu. »


« Elle n'est plus là ! Et tu n'es pas capable de faire ce que je fais ! Tu n'as jamais tué personne toi ! »


« Si, un homme, hier soir. A cause de toi... »

Elle bredouille un instant et dans l'incapacité de terminer sa phrase, se lève et s'en va, claquant la porte de ma chambre violemment. Je suis dans tous mes états. La jeune sœur d'Andy, la seule qui compte à présent, prend le même chemin que son aînée. Le même chemin que moi. Elle s'est d'ailleurs enfoncée bien plus profondément que moi dans cette voie. Je ne sais pas quoi faire. Il est certain qu'elle ne reculera pas grâce à mes belles paroles. Elle n'est plus une enfant. Mais je peux encore la surveiller, la protéger. Et puis, peut-être qu'il viendra un temps où elle n'aura plus besoin de faire ça. Sur ces quelques pensées, je cours après elle et la rattrape rapidement.

« D'accord, d'accord. Excuse moi. J'aurais pas dû dire ça. »

« Non, tu as raison. Tout ça est à cause de moi. »


« N'en parlons plus. Par contre, présentes moi à ton employeur. Je veux le voir. »


« Pourquoi ça ?! »

« A ton avis ?! Pour travailler. On se partagera les tâches, comme ça. Tu n'auras plus à tuer. »

Nous sommes dans le couloir et je n'avais pas remarqué la présence de Nathalia dans celui-ci. Elle me regarde de ses petits yeux verts une seconde, un regard plein d'innocence et de tendresse. Une petite fille qui a encore l'avenir devant elle. Peut-être, et je l'espère, arriverais-je à la préserver de ce monde, elle. Et tous les autres enfants. Puissent-ils eux, ne jamais avoir à tuer. Elle s'adresse alors à moi.

« Qui va tuer qui, Monsieur-qui-est-mort ? »

Le surnom qu'elle me donnait lorsque j'étais dans mon semi-coma est resté. Ça fait un peu glauque, mais elle ne veut pas en démordre. Je lui réponds alors gentiment.

« Personne ne va tuer personne Nathalia. Ne t'inquiète pas. Elena, suis moi dans la chambre. »


« Non, suis moi toi. Je vais te présenter. »


Une demie heure plus tard, nous nous retrouvons dans une maison lugubre où réside son employeur, après avoir traversés les rues dangereuses d'Exech. L'entrée est gardée par un homme d’apparence mauvaise, emmitouflé dans une veste à capuche sombre. A l'intérieur, deux autres gardiens arpentent le couloir menant directement à ce qui semble être la seule pièce habitée. Nul doute que ce n'est qu'un repère et non pas la résidence du scélérat qui a engagé Elena. Celui-ci nous reçoit rapidement après avoir nonchalamment congédié un commerçant qui disait s'être fait agresser par une bande adverse. Décidément ce truand trempe dans bien plus que les vols et les assassinats.
Lorsque enfin la belle et moi sommes autorisés à pénétrer dans la pièce, j'aperçois l'homme. Un humain kendran tout ce qu'il y a de plus normal, si ce n'est sa tentative vaine pour se montrer raffiné et élégant. Il est étonnamment jeune cependant. Vingt-cinq, peut-être trente ans. Ses cheveux noirs sont longs et touchent presque ses épaules. Ses yeux eux, sont bruns clair, tandis que ses sourcils épais sont plus foncés. Ses lèvres fines et roses s'étirent en un long sourire lorsqu'il nous voit arriver, écartant de celles-ci un long cigare fin. J'aurais pu avoir de la sympathie pour lui, s'il ne portait pas cet horrible ensemble composé d'une veste de costume marron et une chemise noire. C'est tout bonnement affligeant de mauvais goût. Il est assis de tout son long sur un fauteuil en tissu aux dorures fines et soignées.

« Elena, ma douce ! Qu'elle joie de te voir ! C'est toujours un pur bonheur, tu le sais. » Sa voix est mielleuse, douce et calme. Il me répugne déjà. D'autre part, le regard qu'il porte sur ma complice combiné à l’enthousiasme dont il fait preuve – que l'on peut aisément lire en portant les yeux sur son entrejambe gonflée – me donne une envie soudaine de meurtre.

D'un geste rapide, je saisis mon saï de ma main droite. Je ne peux pas supporter sa face de bouloum dégoûtante. Avant même que ses hommes de mains ne réagissent, je lui saute dessus, arme en avant et lui transperce la gorge, tournant plusieurs fois ma lame pour être certain de sa mort. D'une voix forte, je hurle : « Taïo mon grand ! T'es bien plus beau avec ça la d'dans ! »
Cependant, je suis vite ramené à la réalité, encore une fois par Elena. Elle s'adresse à l'homme.

« Bonjour Dorian. Pour moi aussi, c'est un plaisir. »

« Joue, toi ! »

Il tourne sa tête et s'adresse à quelqu'un que je n'avais pas remarqué auparavant. Un petit homme aux allures de clochard, reclus dans un coin de la pièce, un violon dans les bras. Celui-ci se met immédiatement à jouer un morceau entraînant, composé de notes plutôt aiguës. Mais ce n'est pas au goût du dénommé Dorian qui, tout de suite, l'arrête d'un geste de la main et lui ordonne de jouer autre chose. La partition est plus calme, plus douce, s'immisçant comme une mélodie de fond dans notre conversation. Le brigand ne semble par ailleurs ne pas m'avoir remarqué. Ou plutôt, je le suspecte de ne pas vouloir me remarquer.

« Dorian, voici mon ami Rayd. Mon... Heu... Petit ami. Je te le présente car il aimerait travailler pour toi lui aussi. » Au mot « petit ami », mon regard tourne immédiatement en direction de l'adolescente. Kesako ?! Pourquoi fait-elle croire que l'on est ensemble ? Est-ce un signe pour me dire qu'elle aimerait que ce soit le cas ?!

« Ton petit ami ?! Hmm... J'ignorais que tu avais un compagnon ma douce. Et bien, je pense que je peux avoir quelques petits travaux pour lui. J'aurais bien besoin d'un binôme mais... Je ne le connais pas assez pour vous confier une mission de cette envergure. »


« Tu peux lui faire confiance. Il volait déjà avant même que je ne sache ce que ce mot voulais dire. »

La situation m'importune. Je suis là, au milieu de la pièce, tandis que l'on parle de moi comme si je n’existais pas. D'ailleurs, les petits rires que pousse Elena m’énervent encore plus. On dirait qu'elle le drague. C'est insupportable. Peut-être qu'en fait, c'est pour le rendre jaloux qu'elle lui fait croire qu'elle est avec moi. Se servirait-elle de moi ? Non. Je ne pense pas.

« Je me doute bien que tu as confiance en lui ma belle. Mais moi, je ne le peux pas. Tu peux comprendre, non ? »

« Oui je comprends Dorian. Mais, il était avec moi hier. C'est lui qui m'a aidé à fuir et m'a permit de te ramener les bijoux. C'est lui qui a tué le garde. Je t'assure que tu peux lui faire confiance. Et puis, il sera avec moi. Tu n'as pas de souci à te faire. »

Dix minutes plus tard, nous voilà au dehors. Finalement, elle a réussi à nous avoir un ordre de mission important. Le gain sera bien plus élevé pour un travail comme celui-ci. De quoi mettre l'orphelinat à l'abri du besoin pendant plusieurs semaines. Mais c'est aussi plus risqué. Plusieurs questions restent en suspend pour cette mission, mais la seule qui me vient à l'esprit, là, tout de suite, c'est :

« Mais pourquoi tu lui as dis qu'on est en couple ?! C'est quoi ton problème ? T'es folle amoureuse de lui, tu veux le rendre jaloux, c'est ça ?! Ptain mais n'importe quoi toi ! »

Elle me regarde un instant, à moitié amusée, à moitié consternée.

« Bon déjà tu arrêtes de gueuler. De plus, j'ai dis qu'on était ensemble parce que ce vieux pervers va finir par me sauter dessus un jour, et j'aimerais qu'il garde en tête que quelqu'un ne serait pas très content s'il venait à le faire. Le rendre jaloux... Mais n'importe quoi toi... »

Là, je suis tout con. Sans vraiment savoir quoi dire d'autre, je change de sujet.

« Heu... Alors, c'est quoi notre ordre de mission exactement ? »

Elle ne prend pas la peine de me répondre et ouvre une petite lettre que Dorian vient de lui remettre quelques minutes auparavant. Je me penche au dessus de son épaule et commence à lire.



« Rejoindre Tulorim par bateau. Dès votre arrivée, vous rendre à la taverne. Vous présenter à Hargartt sous le nom de Robin et Gabriel. Il vous présentera à moi. Je serais à la taverne deux jours avant la nouvelle lune jusqu'à deux jours après. Cela vous laisse cinq jours pour vous présenter. Si cela n'est pas le cas, je considérerais que l'ordre de mission est caduc et je m'adresserais à quelqu'un d'autre.

Amicalement »



« Hum... Robin et Gabriel, c'est parfait. Cet homme est intelligent. »

Je la regarde un instant, incrédule. Comment ça « intelligent » ? Pourquoi serait-il intelligent juste parce qu'il nous a demandé de porter deux noms débiles ?! Je fais d'ailleurs cette remarque, mot pour mot à ma complice.

« Ce sont des prénoms mixtes. Comme il ne savait pas si ce serait deux hommes, deux femmes ou un de chaque qui se présenteraient, il a donné des prénoms pouvant aller à l'un comme à l'autre. Pratique.  Bon, je propose que l'on parte demain matin par bateau. Ça nous laissera le temps de préparer nos affaires. Pour le voyage, je serais Robin et toi Gabriel. Un jeune couple rendant visite à un membre de ma famille. On évite de développer plus que ça. Ça suffira. Aller on rentre. »

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Jeu 6 Mar 2014 23:21 
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Se perdre dans l'oubli, et enfin émerger...
Leyna ouvrit les yeux, action qui n'aboutit pas tout de suite à une vision claire. Mais après quelques temps, elle retrouva tout ses moyens. Que s'était-il passé ? Le navire avait-il été attaqué ? Elle contemplait un plafond de pierre, une maison apparemment luxueuse. Où était-elle ?

Son corps ankylosé se déplia difficilement et elle jeta les jambes hors de la couche sur laquelle elle était allongée. Deux choses elle remarqua alors : d'abord le glissement soyeux d'une robe qu'elle ne portait pas dans ses plus récents souvenirs, puis les nombreuses femmes étendues ça et là. Certaines dormaient, d'autres le regardaient, le visage inexpressif.
Leyna se sentit légèrement rougir en voyant la légèreté de leur tenue, mais, baissant les yeux, elle réalisa qu'elle était vêtue de la même manière. Sa belle robe d'écaille argentée avait disparu, en effet, remplacée par un tissu si fin qu'ils laissaient paraître des sous-vêtements blancs qu'elle n'avait jamais porté non plus.
Qui avait osé ?! Ces femmes ? Elle espérait au moins que ce n'était pas un homme !
Un air buté plaqué sur le visage, elle chercha des yeux autour d'elle. Personne n'allait donc lui expliquer ce qui se passait ?
Pire, elle voyait bien, maintenant, qu'elle n'avait plus la dague de Moura. Ce sacrilège faillit faire monter des larmes aux yeux. Pourvu qu'elle ne soit pas entre les mains d'un malfrat qui utiliserait cet objet sacré pour son vulgaire commerce !
Elle se leva dans une cascade de voiles diaphane. Au moins, elle devait reconnaître que la tenue la mettait magnifiquement en valeur. Peut-être devrait-elle y penser, pour plus tard... mais ce serait son choix, à elle seule !
Elle s'avança vers une jeune femme, sans doute kendrane, assise au pied d'une belle colonne. Elle portait le même genre de tenue, le même genre de bijoux, bracelets d'or aux poignets et à la cheville, mais pas de collier.
La semi-elfe sursauta alors et porta la main à son front. Elle y trouva avec surprise son escarboucle. Pour une raison quelconque, ses ravisseurs lui avaient tout pris, même la dague, mais pas ce petit joyau. Cela, au moins était réconfortant. Elle ne s'en était jamais séparé de toute sa vie, elle ne comptait pas commencer maintenant !
Elle se pencha vers la femme :

« Où sommes-nous, amie ? »

L'autre lui lança un regard vide. Elle devait être un peu plus jeune qu'elle, beaucoup plus jeune en fait puisque les humains vieillissaient si vite, elle ses longs cheveux blonds étaient d'une beauté extraordinaire. Mais ses yeux bleus semblaient hantés et sa bouche entrouverte n'émis aucun son.

« Qui es-tu ? » insista Leyna.

Un murmure à peine audible. Elle se pencha pour entendre.

« … non... non... non... »


Une litanie pleine d'un désespoir consommé. La prêtresse sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Que se passait-il ici ? Un lieu... maléfique. Elle le sentait, maintenant. La peur saturait l'air ambiant. La folie était presque palpable. Elle sursauta quand une voix siffla derrière elle.

« Laisse la tranquille. Elle ne reconnaît plus personne et craint tout le monde. »

La jeune femme se retourna pour trouver une grande femme aux longs cheveux noirs dressée devant elle. Il devait s'agir d'une femme du peuple de Whiel. Leur beauté était légendaire, de même que leur caractère. Mais celle-ci semblait fatiguée.
Leyna tendit une main :

« Leyna'sëraya de Moura... »

L'autre haussa les épaules.

« Kassara, si tu tiens à savoir. Mais les noms n'ont guère d'importance ici. »

Elle l'étudia attentivement.

« Tu es maigre comme un clou. À mon avis, tu ne tiendras pas longtemps... »

« Moura est avec moi. Quel est cet endroit ? »

« Tu es dans le harem du seigneur Rankor. C'est tout ce que je sais. Nous avons toutes été vendu à cet inconnu comme esclave. Les derniers gens que tu as connu sont ceux qui ont scellé ton destin en t'envoyant ici pour quelques pièces... »

Les sang-pourpres ? Non !
Et pourtant... elle revoyait le visage soucieux de Saryon Barbe-Rouge, elle repensait à ses multiples colères et au machisme naturel de son peuple. Elle avait cru pouvoir s'intégrer... mais l’appât du gain avait été plus fort pour eux. Ils avaient trahi la déesse. Ils l'avaient trahi elle.
Elle se laissa tomber à terre. Kassara poursuivait impitoyablement, de sa voix atone :

« Puisque tu es nouvelle, le maître va certainement t'accorder ses... faveurs... pendant une bonne semaine. Peut-être auras-tu la chance de connaître le même sort qu'elle... »

Elle désigna la pauvre fille qui murmurait toujours, prostrée contre sa colonne.

« Moi, hélas, j'ai gardé ma raison pour pouvoir contempler ma déchéance. »

Tremblante, Leyna souffla :

« Moura est plus forte qu'un simple mortel. Si on garde courage, la déesse peut nous accorder la délivrance... »

L'autre haussa les épaules et s'en alla. Tout dans son attitude exprimait le renoncement. Pourtant, il y avait de la force en elle.
C'est pourquoi la jeune prêtresse était terrifiée.

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Dernière édition par Leyna'sëraya le Sam 8 Mar 2014 14:48, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Jeu 6 Mar 2014 23:31 
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L'ennui menaçait à lui seul de rendre fou. Comme il n'y avait aucune fenêtre, il était impossible de mesurer le temps qui passait. Leyna estima qu'il devait s'être écoulé moins d'une journée avant qu'on vienne la chercher.
Toutes les femmes du harem baissèrent les yeux quand les portes s'ouvrirent. Aucune ne chercha à se cacher. C'était inutile. Pourtant, l'homme qui entra, suivit de deux gardes, était assurément très beau. Ténébreux, bien coiffé, vingt-cinq à trente ans... lui et ses gardes étaient vêtus de noir, mais un noir élégant, qui évoquait pleinement un personnage de la noblesse.
Il parcourut la salle des yeux et sourit en voyant Leyna. Il tendit la main vers elle et les deux gardes s'avancèrent. Résister aurait été inutile, voire dangereux. La jeune femme n'eut d'autres choix que de se laisser faire.
On l'emmena dans un couloir faiblement éclairé. Elle devait être au fond de la structure car il n'y avait aucune lumière nulle part.
Elle s'efforça de ne pas trembler en entrant dans la salle sinistre, occupée par un chevalet. Derrière, un autel et une statue de guerrier entourée de deux torches. Sur les murs, toute sorte d'instruments de torture. Voilà donc pourquoi les autres étaient si terrifiées...
Les gardes retirèrent ses voiles et l'attachèrent, presque entièrement nue, au chevalet avant de quitter la pièce. L'homme sombre caressa son dos exposé d'une main tendre avant de se mettre devant elle.

« Belle acquisition... Apparemment, mes hommes t'ont acheté aux sang-pourpres... Étrange, ils ne sont pas du genre à accepter des femmes sur leurs navires... »

La semi-elfe ne répondit rien. Ainsi, Saryon l'avait bien vendu...

« Je sais que tu te nommes Leyna. Mais que faisais-tu à bord ? »

Tant qu'il était disposé à parler, il fallait en profiter. Essayer de calmer sa respiration, de ne pas faire trembler sa voix...

« Moura veille sur sa servante ! Vous paierez pour vos actions... »

« Ainsi c'est donc vrai ! Exulta le sinistre sire. Une prêtresse de Moura... la femme qui m'a donné le plus de plaisir était une prêtresse de Gaïa. Léda était son nom, mais maintenant je doute qu'elle s'en souvienne encore. Afin d'être sûr qu'elle ait ce qu'elle méritait, j'ai appelé mes dix meilleurs gardes ! Quelle nuit magnifique ! Elle n'avait plus de voix à force de hurler ! Hélas, à la fin, elle n'était plus elle-même. »

Leyna frissonna en pensant à la blonde Kendran. Infliger un pareil sort à une si douce créature...

« Mais quel genre de monstre êtes-vous ? »

Avec un sourire moqueur, il retroussa sa manche, dévoilant un scorpion tatoué sur son poignet.

« Je ne suis qu'un humble serviteur du seul dieu digne de ce nom... »

Thimoros. Dieu de la guerre et de la souffrance. Voilà qui expliquait bien des choses...

« J'ai pu constater avec Léda que Gaïa ne faisait pas le poids, face à Thimoros. Mais qu'en est-il de la prétendue déesse de la force ? Quelle notion ridicule ! Thimoros dirigeant la guerre et la violence, est lui-même le dieu de la force ! »

« Il existe d'autres façons d'être fort. » souffla la prêtresse.

Le sourire du monstre se fit cruel.

« Nous en reparlerons dans quelques heures... J'ai si bien violé Léda qu'elle a abandonné sa raison. Mais toi... toi, je ne vais pas te toucher. Pas tout de suite. Je vais attendre que tu me supplies de t'accorder cette ultime souffrance avant de trouver un peu de repos... Tu n'auras pas un jour de tranquillité tant que tu n'auras pas cédé ! »

« Je mourrais bien avant cela ! »

Il ramassa un fouet.

« Tu me sous-estimes... »

Les heures qui suivirent semblèrent se perdre dans une brume noire de folie. Elle tenta d'abord de retenir ses hurlements, puis renonça. La force de résister à la douleur, elle ne l'avait pas. Mais la force de la supporter, elle la trouvait dans les larmes. Elle perdait le fluide de Moura, mais elle gardait la foi.
Elle trouva finalement la récompense à son entêtement lorsque le monstre, pris de frénésie, se mit à hurler, l’exhortant à renoncer maintenant. Tout à son plaisir sadique, il brûlait d’apaiser ses désirs, mais sans succès. La prendre avant qu'elle ait supplié aurait été un aveu d'échec.
Finalement, trempé de sueur et ivre de rage et de désire, il rappela les gardes.

« Amenez-moi Kayonah ! »

Tandis que les soldats se hâtaient d'obéir à leur maître, il s'approcha pour que Leyna le voit à travers ses larmes.

« Tu vas voir ce qui va t'arriver, tôt ou tard. Et mieux vaudrait pour toi que ce soit tôt plutôt que tard, je serais peut-être plus indulgent... »

Le cauchemar devait donc continuer encore quelque temps, alors que la dénommée Kayonah, une ynorienne de petite taille et aux longs cheveux noirs, subissait les pires outrages sur un autel, pleurant et suppliant.
Finalement, elles furent toutes les deux libérées. Alors qu'on les jetait dans la chambre du harem. La semi-elfe capta le regard haineux de l'ynorienne.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle d'une voix faible.

« Oui, pourquoi ? Rétorqua l'autre. Pourquoi tu as résisté ? C'est de ta faute si j'ai dû vivre à nouveau ça ! »

« Mais... c'est lui seul qui est responsable ! Aucune, ici, ne saurait être autre chose qu'une victime de ce fou ! »

« Tais-toi ! »

Elle se jeta sur elle et la gifla. Trop surprise et épuisée, la prêtresse ne chercha pas à résister. En revanche, Kassara vint calmer la furie, qui partit pleurer plus loin. La grande femme de Whiel lança à Leyna un regard où se mêlait la pitié et la colère.

« D'une certaine manière, elle a raison, tu sais ? Tu ne fais que retarder l'inévitable en empirant notre sort à toutes. »


Leyna secoua la tête.

« Moura vient au secours de ceux qui lui présente respect. Si je renonce... si nous renonçons, nous ne recevrons aucune aide, parce que nous n'en serons pas dignes. »

Les autres femmes de la pièce lui répondirent par un regard vide et Kassara se retira avec un air dégoutté. Leyna rejoignit sa couche et s'endormit, épuisée. Mais son sommeil fut hanté de cauchemars.

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Dernière édition par Leyna'sëraya le Mer 12 Mar 2014 16:58, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Mar 11 Mar 2014 23:31 
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Après une période de sommeil indéterminée, Leyna se leva péniblement au moment où arrivait son écuelle. Les repas n'avaient rien de copieux et le garde qui les apportait était pour le moins patibulaire. Elle le remercia néanmoins d'un signe de tête, recevant en retour un sourire édenté. Elle dédia une longue prière à Moura, puis mangea.
Son regard s'attarda sur Léda. L'ancienne guérisseuse de Gaïa semblait toujours aussi coupée de la réalité. Ce fut Kassara qui vint la trouver pour la forcer à manger. Visiblement, elle était la seule qui puisse approcher la pauvre sans la faire paniquer. Si elle devait avoir du soutien pour s'enfuir, ce serait là que la prêtresse devrait chercher. La femme de Wiehl trouvait encore la force de donner un sens à sa vie, là où la plupart avaient renoncées. Encore faudrait-il la convaincre. Mais comment ?
Elle repensa aussi au garde qui amenait les repas. Mais il y avait fort à parier qu'il servait fidèlement de seigneur Rankor pour avoir obtenu un tel poste de confiance.
Que restait-il ?
Elle savait se battre à mains nues, elle décida donc de se poster près de l'entrée. Si elle pouvait passer en force... c'était un espoir illusoire, elle s'en doutait. Mais elle ne se laisserait pas abattre !
Kassara la vit faire et, pour la première fois, un authentique sourire s'étala sur ses traits sublimes.

« C'est peine perdue, Leyna. Ils sont sur leur garde depuis que je leur ai fait le coup moi-même ! »


Bon nombre de femmes sortirent de leur apathie pour regarder ce qui se préparait. Certaines avaient l'air vraiment intéressées ! Leyna surprit le regard troublé de Kayonah. Apparemment, aucune ne pensait qu'elle avait la moindre chance, et plusieurs la regardaient avec pitié. Il était temps de leur montrer comment se comportait une vraie servante de Moura !

« Pourquoi renoncer ? Je vais vivre une semaine à un pas des portes de Phaïtos. Ce serait lui donner la victoire que de ne pas lui montrer à quel point cela importe peu pour moi ! »


Personne ne releva. La plupart se détournèrent, mais quelques-unes, dont Kassara et Kayonah continuèrent à la regarder du coin de l’œil.

Difficile de dire combien de temps elle attendit, mais lorsque la porte s'ouvrit, elle était prête. Elle s'élança de tout son poids... pour se faire réceptionner par les bras d'acier d'un garde.

« Trop prévisible, petite ! »
se moqua Rankor, derrière les deux gardes.

« La victoire ne vient pas à ceux qui ne se battent pas ! » lança la semi-elfe assez fort pour être entendue de tous.

« Mais en définitive elle vient toujours au plus fort ! Mais puisque tu es d'humeur combative, il me vient l'idée d'un nouveau jeu... »

Et de nouveau elle se trouva traîner dans les sinistres corridors. Lorsqu'ils arrivèrent dans le petit sanctuaire sordide, le seigneur saisit Leyna de sa poigne de fer, l'arrachant aux gardes pour la traîner vers la statue du scorpion. Là, il la força à se baisser. Elle tenta de se débattre, mais ses pieds nus ne pouvaient faire grand mal dans cette position, et il lui immobilisait sans peine les mains.
Forcée à se courber en deux, elle sentit ses lèvres entrer en contacte avec un rubis sertit sur le front de la créature. Son visage se plissa de dégoût à l'idée de toucher ainsi une statue du dieu le plus méprisable, mais elle n'y pouvait pas grand-chose.

« Allons, pas de mauvaise tête !
Lança le monstre d'un air guilleret. Nous allons nous battre, tu auras besoin de la bénédiction du dieu du combat ! »

Elle aurait voulu répondre, mais elle avait le visage écrasé contre la roche noire et il lui sembla que le rubis brûlait d'un feu cruel. Quand il lui tira la tête en arrière, elle avait l'impression d'avoir le visage brûlé et l'esprit embrouillé. Maléfice ! Ce sinistre sire n'était donc pas qu'un seigneur dévoyé, mais aussi un sorcier fanatique ! Plus elle en découvrait, plus il apparaissait que même dans un combat équitable, elle n'aurait guère eu de chance contre pareil individu...
Le temps qu'elle se reprenne, ses poignets étaient enchaînés à la queue dardée du scorpion. Surplombée par cette pointe et encadrée par les pinces, elle était cernée de toute part par le dieu noir.

« J'imagine... qu'un combat équitable aurait été trop demander. »


« Un combat n'est jamais équitable, répondit Rankor en retirant sa tunique. Sinon, personne ne gagnerait jamais ! Il y a ceux qui sont en position de force... et les perdants. Tu as bien résisté, hier... mais je finirais bien par réussir à t'apprendre à perdre ! »

Il la gifla avant qu'elle ait le temps de réagir. Le temps qu'elle arrive à fixer de nouveau son regard, il avait passé quelque chose sur sa tête. Elle sentit de longs voiles blancs tomber autour de sa tête.

« Un autre cadeau, expliqua-t-il. Ce voile est une de mes possessions les plus précieuses. Chacune de mes favorites l'a porté. Je l'ai pris sur une prêtresse de Yuia que j'ai défiguré... Elle disait que les femmes de Nosvéria portaient de tels objets pour accroître leur beauté. La magie accrois la beauté de toute personne qui en porte un... »

Il recula de quelques pas.

« Oui... ainsi, tu me donnes encore plus envie de... »

Elle lança un pied vers lui avant qu'il ait le temps de se préparer, du moins, c'est ce qu'elle aurait voulu. Mais il fut plus rapide, saisi le coup maladroit au vol et le retourna, arrachant un cri de douleur à la jeune femme. Profitant de son avantage, il vint vers elle et enchaîna un coup dans l'estomac et une gifle qui la laissa sonnée. Puis, il recula, satisfait.

« Alors ? Tu as encore envie de te battre ? Ah, sans doute... tu es une sang-pourpre, non ? »

« En partie... » répondit Leyna en tentant de nouveau de l'atteindre.

Mais il était évidemment à nouveau préparé, évita le coup trop lent sans peine et saisit la cheville pour la retourner. Cette fois-ci, la semi-elfe bascula et tomba de tout son poids sur ses chaînes, lesquelles lui entaillèrent cruellement les poignets.
Elle se remit tant bien que mal sur pieds, essayant d'oublier l'essence de vie de Moura qui coulait le long de ses avant-bras. Rankor ricana :

« Les sang-pourpres... ils font les fier, mais ce ne sont que des brutes. Je suis étonné qu'ils t'aient toléré ne serait-ce qu'un instant. Ils tuent leurs filles d'habitude... »

Il fit quelques gestes vers elle pour l'effrayer, et elle ne put cacher quelques contractions d'anticipation.

« Mon père, ce boucanier ivrogne et dégénéré, les considérait comme des exemples de virilité ! Il me frappait, pour m'endurcir, qu'il disait, pour faire de moi un vrai homme... À l'époque, je n'avais pas pleinement conscience que la douleur était la meilleure des maîtresses. C'est le prêtre de Thimoros qui m'a expliqué ça, celui-là même qui m'a recueilli après que mon père m’ait flanqué hors du navire. »

Sentant qu'il se relâchait, il mena un nouvel assaut pour la forme, esquivant sans peine un nouveau coup de pied de la semi-elfe, et la frappant sans arrêter de parler :

« J'ai compris que la douleur et la haine étaient de puissantes motivations... j'y ai trouvé la force d'outrepasser les lois, les convenances... Tu n'as pas idée du plaisir qu'il y a à briser tout ce qu'il y a de sacré, à témoigner du fait que la violence reste toujours supérieure, quoiqu'en pensent les moralistes. »

La jeune femme guettait un moment d'inattention, un moment où il se perdrait dans ses pensées... Sentant le moment venue, elle tenta de l'atteindre à nouveau. Sans succès. Un nouvel échec qui se solda par plus de souffrance. Y avait-il seulement une solution ? Ne faisait-elle pas que s'épuiser en vain ?

« J'ai tué mon père. J'ai accompli les rites les plus noirs de Thimoros. J'ai brisé des prêtresses de chaque divinité, hormis Moura... J'ai même convaincu la confrérie du Crâne de prendre les sang-pourpres comme bouc-émissaires. Nous avons profité d'une bagarre de taverne pour déclarer que nous allions mettre de l'ordre en les faisant enfermer ! Ça a bien fonctionné. La nouvelle popularité de la guilde va nous permettre d'accroître considérablement notre contrôle sur la ville ! »

Il n'était plus très loin... il préparait sans doute un nouveau coup. Mais elle avait une chance de l'atteindre avant. Cette fois-ci, elle frappa aussi vite que l'éclaire, visant le flanc de son ennemi. Hélas, il fut encore plus rapide.

« Trop lente ! Toujours trop lente ! Se moqua-t-il. Attends voir... »

Et cette fois-ci, il se déchaîna. Et lorsqu'il eut fini, Leyna pendait misérablement au bout de ses chaînes en sanglotant. Le sang avait coulé jusque sur la pierre qui semblait briller encore plus fort, comme tout ce qui entourait la jeune femme. La pierre... le sang... Non !
Son bourreau éclata de rire, l'exhortant à abandonner.
Il lui donnait l'ouverture qu'elle attendait. Comme il avait dit, elle était trop lente, et se mettre sur un pied pour frapper de l'autre ne faisait que la déséquilibrer. Mais finalement, tout ce dont elle avait besoin, c'était qu'il la croit hors de combat.. pour pouvoir frapper vite et fort.
Ses poignets la faisaient souffrir. Tant pis, que pouvait-il arriver de pire ? La mort ?
Elle tira de toutes ses forces sur les chaînes, hurlant tandis que les fers rentraient plus profondément que jamais dans ses chaires. Mais elle parvint à se soulever et à balancer ses deux pieds dans la poitrine du fanatique.
Totalement, pris de cours, il s'effondra, suffoquant. Dans un mouvement de panique, il tenta de se relever, mais il était maintenant en position vulnérable. Par un ultime coup de pied transversal, Leyna lui envoya son talon dans la figure, ressentant avec un plaisir ineffable un cartilage qui craquait.
Il recula, le nez en sang et hurlant des propos incohérents. Pendant un instant, la jeune femme eut l'espoir honteux qu'il la tue dans sa colère, mais il se reprit bien vite.

« Amenez-moi Léda ! Il va me falloir quelqu'un pour me détendre quand j'en aurais fini avec cette garce ! »

Leyna s'était préparé à tout, sauf aux éclaires ténébreux qui jaillirent pour l’envelopper d'un voile de mort. Hurlant à s'en casser la voix, elle sombra bientôt dans une inconscience bienheureuse, terrassée par les pouvoirs de Thimoros...

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Dernière édition par Leyna'sëraya le Sam 12 Avr 2014 18:01, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Dim 16 Mar 2014 21:50 
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Glisser dans l'eau, laisser ses cheveux former une auréole flamboyante dans la blancheur bleutée de Nosvéris...

« Leyna ! »

Sa mère vint la tirer de l'eau glacée. Renaissance presque douloureuse. Sortir de l'élément aimé.

« Mais qu'est-ce qui t'a pris ! En une telle saison, c'est dangereux ! »

Elle avait son armure et son épée. Était-ce vrai ? Non, impossible. Elle ne partait pas déjà ! Elle ne partirait que des années plus tard.
Vers Pohélis.

« Moura... »

« Oui, répondit sa mère en hochant la tête. Je vais combattre la fille honnie de Thimoros... pour Moura. Sois forte, ma fille. Et prie pour moi. »

Et elle disparut. À tout jamais. Leyna voulu protester. Cela ne devait pas arriver avant des années ! Elle n'avait que quarante ans, une bagatelle pour une semi-elfe ! Mère n'était pas partie si tôt.
Et toutes ses prières n'avaient servi à rien. Oaxaca l'avait emporté.

« Maman... jamais je ne pourrais être aussi forte que toi... »

Toi qui t'es enfuie des sang-pourpres avec un enfant dans ton ventre... toi, qui as combattu pour la déesse...
Leyna se réveilla en pleurant. Était-elle... non, elle n'était plus dans le cauchemar de Nosvéris, elle était dans celui d'Exech. Recroquevillée, elle regarda ses mains comme si elle les voyait pour la première fois. Elles avaient été soigneusement bandées. Elle avait dû perdre beaucoup de sang pour se sentir aussi faible...
Une voix lui demanda si ça allait. Kassara. Elle hocha la tête. Un sinistre souvenir lui revint en mémoire.

« Léda ? »

La voix de la femme de Wiehl se crispa :

« Elle en est depuis longtemps à un stade qui ne peut pas empirer. Elle a hurlé et pleuré pendant quelques heures, puis elle a mangé et elle s'est endormie. »

Leyna la regarda dans les yeux.

« Je suis désolé. Je me battrais jusqu'au bout. Vous n'avez pas idée de l'importance que ça a... »

L'autre sourit faiblement.

« Il finira par te tuer... et je t'aime bien. Tu es différente. Je ne te laisserais pas mourir comme ça. »

Retrouvant contenance, la semi-elfe s'efforça de reprendre son âme de prêtresse.

« Moura est aussi expression de liberté. Pourquoi aller à l'encontre de mon combat ? »

« Peut-être parce que c'est le mien ? »


Leyna sentit une larme perler le long de ses cilles. Elle hocha la tête.
Une autre s'approcha et bouscula Kassara.

« Qu'est-ce que tu fais ? Elle nous cause les pires horreurs et toi, tu la réconfortes ? Je la tuerais si cela ne risquait pas de rendre la situation encore pire ! »

Leyna la regarda dans les yeux. Elle y vit de la terreur.

« Tu as renoncé... souffla-t-elle. Pas moi. »

« Tu es juste une cinglé ! Tu ne te rend pas compte que tu devras bien céder un jour ? »

« Je l'ai vaincu par deux fois. Il prétend que la violence est la plus grande des forces. Pourtant, elle n'a pu lui obtenir ce qu'il voulait. J'ai été plus forte. Une première fois par la détermination, une deuxième par la ruse... »

Alors que l'autre levait des yeux excédés. La porte s'ouvrit.

(Oh, non ! Pas déjà !)

« C'est l'heure, ma chérie ! » fanfaronna Rankor.

Il y eut quelques murmures étouffés, et la prêtresse ressentit une petite mesure de satisfaction en pensant que cela devait être dû au nez enflé et violacé du seigneur des lieux.
Kassara la regarda droit dans les yeux et chuchota :

« Et aujourd'hui, disons que tu auras vaincu par l'amour... Soit forte, et prie pour moi. »

Elle se releva :

« Tu ne vois donc pas qu'elle n'est pas en état ? Prends-moi, immonde salopard, et laisse lui une journée de répit ! »


Le monstre éclata de rire.

« Ah, Kassara... Tu sais qu'elle rivalise avec toi ? Mais tu as raison, cela fait un moment que je n'ai pas profité de ta compagnie. Cela me changera... »

Les protestations de Leyna restèrent bloquées dans sa gorge, paralysées par un soulagement si abject que la jeune femme étouffait de mépris envers elle-même. La femme de Wiehl disparue et elle se trouva de nouveau seule sur son lit. La mégère qui les avait interrompue lui lança un regard dégoutté et se retira.
Cependant, quelques autres s'approchèrent, menées par Kayonah. Elles avaient l'air perturbées... et intimidées.

« C'est... c'est toi qui l'as amoché comme ça ? »

Leyna hocha la tête.

« Tu es folle ! Il va t'en vouloir. »

« Il en veut au monde entier. »


Sur ce, la prêtresse voulut se mettre à prier. Mais les autres s'agenouillèrent à côté d'elle.

« Montre nous comment tu fais. D'où te vient cette force ? »


Leyna sourit :

« Fermez les yeux, et plongez dans l'océan. Dans le calme des profondeurs, se cache la fureur des vagues. Dans le miroitement de l'océan, se reflète la gloire de Moura. »

Et elle leur apprit. Elle ne savait pas trop comment faire, alors elle leur racontait ce qu'elle vivait au jour le jour. Son plaisir à vivre dans les bras de la déesse de l'océan... mais aussi comment elle contrôlait son corps par d'amples respirations inspirées du mouvement des vagues. Comment elle vivait dans la conviction qu'il fallait se battre, et que le jour de la défaite serait le signe que l'heure de la mort avait sonné. Tout ou tard, elle rejoindrait Phaïtos. Mais en attendant, elle se battait.
Trouvant des oreilles prêtes à l'écouter, elle ne chercha bientôt plus à les convaincre mais simplement à se confier. Elle admit ses doutes et ses craintes, mais déclara sa conviction qu'elle devait continuer.

« Les dieux n'aident pas ceux qui abandonnent. C'est seulement si on n'attend aucune aide de leur part, qu'ils viendront. J'ai triomphé d'horreurs sans nom, et si j'ai douté parfois, j'ai quand même continué, et j'ai gagné. »

Bientôt, toutes les femmes étaient réunies autour d'elle, pour écouter ses récits. Emportée dans ses souvenirs, elle racontait toute son histoire. Les autres soupirèrent à son évocation de Brendan, s'emportèrent contre le mage de Brytha... et beaucoup refusèrent de croire l'histoire du navire maudit et des carcinos.
À ce moment-là, plusieurs repartirent en marmonnant sur les fariboles de cette folle. Mais d'autres restèrent pour continuer à l'écouter raconter comment sa foi en Moura lui avait donné la force.
Le repas arriva à cet instant. Le garde regarda d'un air surpris les femmes réunies en cercle autour de la prêtresse, puis distribua la nourriture avant de se retirer en maugréant.
Le reste de la journée passa tranquillement, jusqu'au moment où Kassara fut ramenée. Elle était en piteux état, bien sûr. Leyna fut tout de suite sur elle. La belle la regarda, le visage inondé de larmes :

« C'est la seule fois que je ferais ça pour toi... »

« C'est déjà plus que je t'en demandais mon amie... » souffla la semi-elfe, sentant elle aussi des flots amers lui monter aux yeux.

Alors, elle prit une de ces larmes et la posa sur les lèvres de Kassara, avant de recueillir une des siennes pour l'assimiler également.

« Par Moura, nous sommes sœurs à présent. »

Elles restèrent un moment, front contre front, jusqu'à ce que la femme, épuisée, s'endorme. Leyna réussi à la porter jusqu'à sa couche pour l'y étendre, sous le regard étonné des autres. Nulle le pouvait ignorer l'importance que la prêtresse accordait à ce sacrifice.
La journée se termina ainsi, maussade pour la jeune femme.

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Dernière édition par Leyna'sëraya le Dim 30 Mar 2014 21:39, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Dim 30 Mar 2014 21:38 
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Un nouveau jour se leva, sans que le soleil soit visible. Leyna était à bout. Aujourd'hui, sans nul doute, elle serait de nouveau torturée, et cette seule pensée lui tordait l'estomac. Ce n'était pourtant pas le moment d'abandonner. Les autres commençaient à l'écouter. Il fallait qu'elle résiste encore.
Combien de temps pourrait-elle encore ?

Elle contint ses larmes. Être digne de Moura. Ne pas céder devant Thimoros... Si elle parvenait à s'échapper, ce monstre paierait ! Qu'il ait eu une enfance malheureuse n'était en rien une excuse de ses actes. Il fallait l'empêcher de nuire...
Hélas, même libre et en pleine possession de ses moyens, elle n'était pas sûre de pouvoir le vaincre... alors réduite en esclavage sur son terrain...
Entendant des bruits derrière la porte elle se dressa, raide et digne. Les autres... elles ne l'évitaient pas toutes du regard. Certaines semblaient admiratives derrière leur désespoir.
Elle ne dit rien. Ce qu'elle accomplissait n'avait-il pas été au-dessus des mots depuis le début ?
Elle était debout au milieu de la pièce lorsque la porte s'ouvrit sur le sourire malveillant et sadique du seigneur Rankor. Il semblait plus chargé de haine que jamais.

« Tu crois que je n'ai pas compris ton petit jeu ? On m'a dit que pendant que Kassara s'amusait à ta place, tu rassemblais les autres... pour les dresser contre moi, sans nul doute ! »

D'autres gardent entrèrent et se jetèrent sur Leyna. Prise par surprise, elle parvint à peine à esquisser un mouvement de défense. Ils n'étaient pas lourdement armés, mais ils étaient quatre, et parmi les plus grosses brutes que la jeune femme eut jamais vues. Ils eurent tôt fait de l'immobiliser à terre, bras et jambes écartés.

« J'ai aussi quelque chose à dire à tout le monde, ici... »

Il ouvrit un petit coffret et, sous les yeux horrifiés de l’assistance, en tira une longue aiguille. La semi-elfe crut que son cœur allait s'arrêter. Pas devant les autres ! Elles n'étaient pas encore prêtes à la voir flancher ! Et nul doute qu'elle ne pourrait résister longtemps cette fois-ci...
Voyant la terreur dans ses yeux, il ricana :

« … mais je me suis dit que puisque tu parles si bien, tu l'expliquerais mieux que moi... »

Elle hurla et se débattit dès que la première aiguille s'enfonça dans son ventre. La deuxième suivit bien vite. Elle trouva néanmoins la force de puiser dans tout le répertoire d'insultes qu'elle avait apprise sur le Chasseur des brisants, mais sa voix était néanmoins pleine de sanglots. À chaque pointe qui s'ajoutait, ses muscles se contractaient et réveillaient la douleur des précédentes. Elle entendit vaguement Kassara protester, mais la pauvre ne pouvait rien pour elle.
La prêtresse sentit ses forces l'abandonner. Peut-être... peut-être allait-elle mourir d'épuisement ? Après ces journées d'enfer, elle préférait cela.
C'était comme elle l'imaginait : elle s'enfonçait dans les abysses, au milieu d'une obscurité croissante. Puis... la lumière ! Un bien-être immense, qui chassait la douleur... elle sentait de nouveau son corps, débarrassé de toute souillure. De toute douleur. Une lumière...

… bien réelle.

« Mais qui t'a permis de faire ça, idiote ! » rugit Rankor.

Après un instant de stupeur, il gifla Léda à toute volée, de sorte qu'elle glissa à terre, inconsciente. Kassara bondit, furieuse, pour le frapper en pleine figure. Les gardes lâchèrent Leyna. Mais celle-ci avait retrouvé toutes ses forces. Léda, la guérisseuse, avait usé de son pouvoir pour lui redonner sa peine forme !
Aussitôt que les hommes l'eurent lâchés, elle bondit et en percuta un dans l'estomac.
Ce fut le signal pour prés de la moitié des femmes du harem. Menées pas Kayonah, elles s'abattirent sur leurs geôliers. Ceux-ci marquèrent un temps de surprise, mais quand l'ynorienne saisie une aiguille tombée à terre pour l'enfoncer dans la gorge de l'un d'eux, ils se reprirent et tirèrent leurs épées. Plusieurs femmes furent fauchées, mais les gardes étaient submergés sur le nombre et ils furent bientôt étalés, morts ou inconscients.

« Où est Rankor ? » demanda Leyna.

« Il s'est échappé. » souffla Kassara, dont le visage portait un énorme hématome.

La semi-elfe comprit qu'il allait rameuter toute la garde.

« Il faut partir maintenant. Celles qui resteront seront sûrement tuée. »

Quelques femmes de plus se joignirent à elles, mais quelques autres, terrorisées et depuis trop longtemps en servitude, restèrent prostrées en gémissant. La prêtresse éprouvait de la pitié pour elles, mais elle ne pouvait forcer leur choix...

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Dim 13 Avr 2014 14:04 
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Quelque peu perturbé par cet environnement nouveau, le groupe avançait lentement dans les couloirs, cherchant désespérément la lumière du jour.

« On tourne en rond ! » s'énerva Kassara.

« À croire que ce salaud vit dans un véritable labyrinthe... » approuva une autre femme, anxieuse.

Il est vrai qu'elles se perdaient dans un dédale de couloirs éclairés aux lampes à huile. Sans doute étaient-elles dans un souterrain. Il fallait donc trouver un escalier. Mais bientôt, des bruits de ferraille se firent entendre. Des gardes ! Profitant d'un croisement, Leyna fit signe aux autres de se cacher derrière les angles de l'intersection. Lorsque les quatre hommes déboulèrent, elles furent une douzaine à s’abattre sur eux. Ceux-ci, cependant, étaient en armes et, malgré leur infériorité numérique, ils se battirent sauvagement, massacrant leurs ennemis.
Leyna parvint à se glisser dans le dos de l'un tandis qu'il étripait une malheureuse et lui saisit la tête pour lui tordre le cou. Il tenta de se débattre et lui envoya un coup de coude, mais elle était relativement habituée à la douleur, maintenant. Elle tint bon et lui heurta le crâne contre un mur. Sonné, il se détendit juste assez pour qu'elle lui écrase la tête contre le mur d emanière à lui briser la nuque.
Deux autres étaient tombés et le quatrième tenta de s'enfuir. Pas de casque... la prêtresse arracha une lampe à huile qui pendait du plafond et la jeta dans une gerbe de flammes. L'homme s'effondra, sonné, tandis que ses cheveux prenaient feu. Elles purent à loisir l'achever.
Il y avait eu plusieurs mortes : elles n'étaient plus que sept... La panique aidant, elles trouvèrent bientôt l'escalier, mais avant, une porte ouverte.

Un autre harem. Plein de sang.

Elles n'avaient pas été les seules. Rankor avait tout ce qu'il fallait pour lui et ses amis... Mais, dans sa folie meurtrière, et peut-être sa crainte de voir la rébellion se propager, il avait entrepris de faire massacrer toutes ses 'résidentes'...
Les yeux emplis d'une brume de rage, Leyna voulu s'élancer dans l'escalier, mais Kayonah la retint à temps : les bruits d'une autre escouade de gardes en venait. Le groupe paniqué chercha une position de repli. Inutile de se concerter pour refuser d'entrer dans le harem empli de corps ensanglantés, elles se précipitèrent par la porte d'en face.

C'était le temple.

Des visions d'horreur assaillirent la semi-elfe en voyant la grande statue de scorpion. La pierre qui ornait sa tête semblait irradier d'une lueur malfaisante, comme réveillée à la perspective de nouvelles victimes. Une larme rouge, exprimant toute la malfaisance des lieux. Soudain, Leyna se sentit suffoquer. Elle avait les yeux fixés sur cette pierre qu'elle avait été forcée à embrasser... cette pierre qui avait bue son sang... Cette pierre à laquelle, par conséquent, elle appartenait.
Le maléfique seigneur des lieux connaissait-il assez l'importance du sang dans les rites de Moura pour savoir à quel point il l'avait rabaissé ? Ici, elle n'était plus rien... juste l'esclave de cette pierre et de la statue qui la portait.

L'esclave du scorpion.

Plus rien n'existait dans son champ de vision que cette pierre, aussi belle et séduisante que mortelle et malveillante.
Kassara la secoua de sa torpeur et lui désigna un coffre d'arme. Il y avait des armes dans cette pièce ! Et plus encore. Un butin... dans lequel la jeune semi-elfe reconnue ses propres affaires. Sans conviction aucune, elle ramassa la dague de Moura. Mais elle resta à la fixer, sentant la lame comme étrangère. Quel droit avait-elle de la porter ? Elle était maintenant au service de Thimoros...

Les gardes entrèrent. Ils étaient plus nombreux, et tous portaient des casques, des masques noirs à l'image de leur dieu.
Les yeux emplis de larmes, Leyna regarda comme dans un cauchemar les autres qui se battaient pour leur vie. Toutes les femmes, hormis Léda, avaient récupéré des armes et luttaient, mais elles reculaient.

« Qu'est-ce que tu fais ? hurla Kassara. C'est toi qui nous as demandées de nous battre ! »

Cela la remit d’aplomb. Avec l'impression de sortir d'une chape de ténèbres, elle brandit sa dague et s'élança. À l'abattement avait succédé la révolte. Elle servait Moura ! Si Thimoros voulait de la violence, il l'aurait...

Elle bondit sur un garde qui s’apprêtait à tuer une femme pour enfoncer la dague dans la fente du casque. Il s'effondra raide-mort. Elle s'attaqua ensuite à un deuxième, parant un coup du revers de son arme, ce qui la déséquilibra. Elle recula de plusieurs pas et dû rouler en arrière pour esquiver le coup d'estoc qui suivait.
L'homme, pressé de venger son compagnon, voulut pousser son avantage, mais elle profita d'être à terre pour glisser sous sa garde et se relever trop près pour qu'il puisse l'atteindre de son épée. La dague se glissa dans la fente de l'armure et infligea une cruelle blessure. Le garde s'abattit en gémissant. Elle le laissa là, sachant que le poison l'achèverait bientôt.
Les coquillages de la garde s'étaient éveillés et émettaient des sifflements de plaisir sinistres. Peut soucieuse de veiller à ce que cette soif ne deviennent pas maléfique comme sur le navire des carcinos, Leyna s'élança furieusement contre un nouvel ennemi. Mais elle fut bientôt repoussée.
Elle était avec Kassara, entre les pinces du scorpion. Derrière, elle vit un homme se pencher sur une Léda terrorisée. La jeune servante de Gaïa ne savait pas se battre, et elle était trop coupée du monde pour se défendre, même si elle était consciente que l'ombre penchée sur elle était celle de la mort.

Trois épées se pointèrent vers les deux femmes. Kassara souffla :

« Il semble que ce soit la fin... merci de m'avoir donnée une mort comme celle-ci. »

Mais la prêtresse de Moura ne faisait déjà plus attention à ce qui l'entourait. La pierre rouge était derrière elle... juste derrière elle... elle la sentait qui brûlait dans son dos, avide de se repaître de son âme.
Les épées allaient plonger et la lui offrir.
Non... non ! NON !!!!!!

« NOOOOOON !!!!!!!! »

Avec une rage désespérée, Leyna se retourna pour abattre la lame sur la tête du scorpion. Il y eut un craquement et des étincelles alors que l'arme magique brisait la roche noire. Avec un claquement sourd. La pierre rouge, légèrement entaillée, frappa le sol.
Silence et immobilité tombèrent sur le sanctuaire.

« Sacrilège... » souffla l'un des guerriers du chaos, sans doute le chef.

Alors, il bondit avec une rage aveugle, sans se soucier de rien hormis de venger son dieu.

Une souple esquive, et la lame de Moura transperça son armure et vint recueillir son sang. Il tomba, mort.

Les trois gardes restants s'enfuirent alors, en proie à la panique, criant qu'ils devaient avertir le maître de la profanation du temple. Sans doute la peur était-elle aussi un motif important...
Regradant autour d'elles, Leyna et Kassara ne purent que constater le désastre. Le temple était baigné de sang, principalement issu des corps à demi nus des femmes du harem. La semi-elfe se laissa tomber à genoux devant Kayonah. La belle ynorienne avait le ventre déchirée. Elle suffoquait de douleur, agonisante. Elle leva les yeux vers la jeune femme.

« Merci... je... suis... merci... »

« Je... je suis tellement désolée... » sanglota Leyna.

« Non... je... aide-moi.... »

Elle comprit ce que cela voulait dire. Elle prit la lame des mains de Kassara.

« Tu n'es pas obligée de le faire toi-même... » souffla la wiehl.

« Si... tout est ma faute... »

Elle plongea la lame dans la gorge de Kayonah dont le regard devint vitreux, la laissant figer avec un petit sourire de soulagement, seul réconfort pour la semi-elfe.
Kassara relevait Léda, qui semblait plus que jamais avoir quitté le monde réel.

« Viens, il faut partir... »

Leyna récupéra ses affaires et fuit ce lieu maudit. Le cauchemar prendrait-il fin un jour ?

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Sam 19 Avr 2014 21:34 
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Cette demeure était réellement labyrinthique. Les trois femmes avaient monté des escaliers, sans réussir à savoir si elles étaient maintenant au niveau de la rue. Où était la porte de sortie ? Il devait bien y en avoir une !
Elles étaient tout de même sorti des sinistres tréfonds. Les couloirs devenaient plus luxueux, plus lumineux. Puis, enfin, vint le miracle. Devant elles, s'ouvrait une porte vers un balcon. Au-delà, la lumière du jour ! Une aube timide pointait, merveilleuse et rosés, leur annonçant cependant une mauvaise nouvelle : elles se trouvaient maintenant à l'étage !

« Il va falloir redescendre... »
souffla Kassara.

Leyna secoua la tête, elle devait d'abord vérifier s'il n'était pas possible de descendre ! Elles étaient si proches. Peut-être pourraient-elles sauter...
Mais une forme sinistre vint s'interposer entre elle et la lumière.

« Ah, vous voilà... » grinça Rankor.

Il semblait au-delà de la rage. Sa figure exprimait un sadisme encore plus dément que tout ce qu'avait connu la prêtresse.

« Vous m'avez causé bien des ennuis. Il va me falloir des années pour reconstituer un harem digne de ce nom. Vantez-vous du coup que vous m'avez porté, et à travers moi à la confrérie du crâne. Mais vous ne vivrez pas assez longtemps pour le savourer... »

Leyna se plaça en tremblant en position d'attaque. Elle avait récupéré sa dague, mais doutait néanmoins de pouvoir vaincre un tel adversaire. D'ailleurs, il ne put retenir un sourire devant son geste dérisoire.

« Petite idiote ! Je suis le second du grand-prêtre. Ma magie rivalise avec la sienne ! »

Il tendit la main et les ombres s'enroulèrent autour, s'accumulant en un sortilège qui allait les balayer d'un coup. Leyna voulut bondir vers lui, mais le l'autre main, il envoya une sphère de ténèbres qui la projeta en arrière. Elle s'effondra en gémissant, avec l'impression d'avoir senti les griffes de la mort elle-même sur son cœur.
Rankor avait maintenant les deux mains levées, crépitantes de magie noire.

« Vous allez mourir lentement ! » rugit-il.

« Pourquoi toute cette haine ? »

Il y eut un instant de silence ahuri, avant que Leyna ne comprenne que c'était bien Léda qui avait parlé.

« Gaïa vous aime, murmura la jeune femme blonde d'une voix distante. Pourtant, voyez comme vous rejetez son amour... »

Elle leva à son tour ses mains et une lueur dorée les emplie tandis qu'elle appelait les fluides de la lumière. Rankor siffla :

« Je me fiche de cette déesse mièvre ! Que comptes-tu faire ? Me guérir jusqu'à ce que j'en meure ? »

Léda s'avançait doucement vers lui. Elle répéta d'une voix triste :

« Voyez comme vous rejetez son amour... »

Leyna compris alors. Elle se souvenait d'un ancien cours de magie. Comme au ralentit, elle plaqua Kassara à terre. Elle vit le doute emplir les traits du seigneur noir. Elle vit les mains de la prêtresse blanche illuminées, autant que celles du monstre étaient enténébrées.
Les mains se joignirent. Les fluides de lumière se mêlèrent aux fluides de ténèbres, impossible alchimie à laquelle une seule issue était possible.
Il n'y eut pas d'explosion, mais au contraire une formidable implosion. L'air sembla aspirer avant de se détendre violemment. La lumière et les ténèbres s’entremêlèrent dans un tourbillon invraisemblable.
Puis, en une seconde, tout avait disparu. De Léda, il ne restait rien. Le seigneur Rankor était debout, figé, cherchant à reprendre ses esprits. Finalement, ses yeux se posèrent, légèrement égarés, sur Leyna et Kassara. Ensuite, ils se déplacèrent vers ses propres bras.

Il n'en restait que des moignons, une coupe franche au ras du coude.

Le sang se mit à couler à flots tandis qu'une expression d'horreur s’étalait sur le visage du sorcier. Sa bouche s'ouvrit toute grande pour un hurlement de terreur à l'état pur.

« AAAAAAAAAAAH !!!!!!!!! »

Il fit plusieurs pas en arrière, secouant la tête comme un dément, incapable de prendre la mesure de ce qui s'était passé. Sa victoire assurée s'était transformée en défaite mortelle, par le sacrifice ultime de celle qui avait eu le plus à souffrir de ses exactions.

« AAAAAAAAAAAAAAAH !!!!!!!!!!!! »

Il recula encore et heurta le rebord du balcon. Il bascula dans la rue.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!!!!!!!!!!!!! »

Le cri s'interrompit brutalement tandis qu'il heurtait les pavés de la rue.
Leyna se releva péniblement et, avec Kassara, elle alla pour se pencher au-dessus du balcon. Quelques passants s'éloignaient précipitamment. Au centre, gisait le corps fracassé de feu lord Rankor.

« Qu'importe ce qu'il a pu vivre... souffla Leyna. Rien ne pouvait excuser ses horreurs. En définitive, la victoire revient à Gaïa. »

« Grâce lui soit rendue... »
murmura la wiehl dans un rare accès de piété.

Avant que le jour ne soit vraiment levé, deux femmes en robes de harem s'enfonçaient dans la cité. Ravagées parce ce qu'elles avaient vécu, mais bien vivantes.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Sam 20 Déc 2014 20:02 
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Inscription: Dim 24 Mar 2013 01:30
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Localisation: En route pour Exech
Lorsque Maci ouvrit enfin les yeux, elle ne comprenait plus rien. Ses derniers souvenirs étaient flous mais elle était presque sûre d’être en pleine rue au beau milieu de l’après-midi. Par Yuimen, que faisait-elle donc dans un lit douillet à fixer un plafond de pierre ?

Elle voulu se relever, mais des liens de cuir entravaient ses poignets et ses chevilles, la maintenant solidement couchée en étoile sous son drap. Elle réalisa alors que ses vêtements lui avaient été retiré et qu’elle été totalement nue. Elle voulut hurler mais sa gorge était bien trop sèche pour laisser échapper le moindre son. Paniqué, Maci secoua bras et jambes dans tous les sens jusqu’à l’épuisement, en vain. Elle ignorait qui avait bien pu l’amener ici et l’attacher ainsi, mais elle imaginait difficilement que qui que ce soit eu des intentions bienveillantes à son égard. Elle ignorait presque tout du monde, mais son père l’avait suffisamment mis en garde contre les rares guerriers itinérants de passage dans son village natal qui venait se rafraichir le gosier à la taverne jusqu’à n’en plus pouvoir marcher et les intentions des hommes en général pour avoir une vague idée de ce qui l’attendait. L’horreur, la peur et le dégout prirent le pas sur la panique, lui insufflant une énergie nouvelle qu’elle employa de nouveau à tenter de se libérer. Elle mettait toute sa force dans chacun de ses mouvements, consciente qu’elle ne parviendrait jamais à briser ses liens mais qu’elle pourrait peut-être les faire jouer suffisamment pour s’en échapper, lorsqu’elle entendit des bruits de pas se rapprochant de la pièce dans laquelle elle se trouvait. Elle avait du faire plus de bruit qu’elle ne le pensait et attiré l’attention de son ravisseur. Elle paniqua derechef, et commença à lutter contre ses liens à s’en faire saigner les poignets. Elle n’avait plus que quelque secondes et elle n’osait imaginer le sort que son ravisseur lui réservé si elle était toujours attachée lorsqu’il entrerait dans la pièce.
Elle ne put que fixer, impuissante, la porte qui s’ouvrit lentement pour laisser apparaitre le visage ridé d’une femme tenant un plateau. Maci mit quelques secondes à réaliser que cela ne collait absolument pas avec le scénario désastreux qu’elle avait imaginé et de longues secondes supplémentaires à se calmer un tant soit peu. La vieille femme du percevoir la confusion dans laquelle elle se trouvait dans le regard de Maci car, si tôt entrée, elle décocha un sourire édentée à la jeune fille avant de s’approcher jusqu’au bord du lit.

"Désolé si la situation te parait effrayante jeune fille, mais je n’ai pas eu d’autre choix que de t’attacher. Tu t’agitais tellement dans ton sommeil qu’il m’était impossible de m’occuper de toi sans prendre un coup. Mon vieux corps est devenu bien trop douillet pour supporter les abus de patients inconscients de leurs actes."

Maci avait du mal à joindre les deux bouts. Ses derniers souvenirs étaient si flous… La seule chose dont elle avait clairement conscience était de s’être réveillée aussi paniquée qu’elle s’était évanoui.

"Je t’ai retrouvé évanouie devant ma porte, tu t’agitais comme si Thimoros lui-même te possédait. Une chance de t’être évanouie devant la maison d’une fidèle de Gaïa et non pas d’un des nombreux truands d’Exech… Yuimen seul sait ce qui aurait pu t’arriver avec les mauvaises personnes dans cette ville !

Maci ne comprenait pas. Elle entendait la vieillarde, comprenait chacun des mots qu’elle prononçait mais elle ne parvenait pas à en faire sens, son esprit embrumé semblait museler par la boule de panique nichée dans son ventre.

"Allons, calme-toi. Tu ne crains rien avec moi, même si je me doute que cela doit te sembler difficile à croire. Te souviens-tu de ce qui t’es arrivé ?"

Une question. La vieillarde attendait sans doute une réponse mais Maci était bien incapable de concevoir une phrase cohérente. Elle fit un rapide « non » de la tête, toujours trop perturbée pour réellement comprendre la situation.

"D’accord… Tu dois avoir l’esprit embrumé en ce moment, mais cela va passer. Tu été brulante lorsque je t’ai trouvée, toute transie de fièvre. Je t’ai fait ingérer une de mes concoctions, très efficaces contre le délire, mais qui a la fâcheuse manie de plonger mes patients dans un état de… comment dire… de… légère confusion. Ça devrait te passer d’ici quelques minutes maintenant que tu es réveillée. D’ici là, tu dois avoir soif : je vais te détacher mais reste calme. Il ne t’arrivera rien, alors pas la peine de m’agresser une fois détachée hein !"

La veille femme s’affaira quelques secondes sur chacun des liens qui retenaient Maci dans sa couchette puis se recula prudemment. Lorsqu’elle constata que Maci n’avait aucune velléité de fuite ou d’agression, elle se rapprocha et lui tendit un bol d’eau.

"Bois ça, tu dois mourir de soif. Cela fait presque une journée entière que tu dors, et vu l’état de tes pieds, encore plus longtemps que tu marches. Bois et ensuite nous discuterons un peu."

Le sourire de la vieille femme était étrangement réconfortant, comme un feu de camp irradiant de chaleur au beau milieu d’une tempête. Le calme et la sérénité se dégageant de la guérisseuse se propagèrent en Maci, qui cessa enfin de trembler et pu accepter le bol tendu par la vieille femme. Jamais une gorgée d’eau fraiche ne lui avait semblé si agréable, et elle vida le bol d’une traite, sa gorge sèche enfin apaisée. Ses souvenirs revenaient peu à peu, la cohue dans les rues de la ville, l’homme qui l’avait jetée à terre, le dédale de ruelles dans lequel elle s’était retrouvée piégée et pour finir une sensation de chute et de panique avant le noir total. Les mots lui manquaient pour remercier la vieille guérisseuse, tandis que des larmes commençaient à perler aux coins de ses yeux.

Allons, allons, calme toi donc. Tu ne crains rien ici, je peux te le promettre. Raconte-moi plutôt, comment t’es-tu retrouvée ici ? Tu ne m’as pas l’air d’être d’Exech, je me trompe pas, si ? Que fais donc une jeune fille comme toi, seule dans ces ruelles ?

Maci avait enfin repris ses capacités et répondit un balbutiant un peu et en massant ses poignets endoloris par les liens :

Je... Je viens d'un petit village à quelques jours de marche au sud d'Exech. C'est... C'est la première fois que je quitte le village et j'espérais pouvoir démarrer un commerce d'arc à Exech. Je, euh, je fabrique des arcs, vous voyez.

La vieille femme la regarda d'un air un peu incrédule, se demandant sans doute dans un premier temps si la jeune fille lui disait la vérité, mais l'honnêteté qu'elle pu lire dans les yeux de Maci lui ôta rapidement tout doute, laissant place à un mélange d'incompréhension - c'était bien la première fois qu'elle rencontrait une jeune femme voyageant seule dans le but de fabriquer des arcs - et d'une folle envie de rire. Elle ne put d'ailleurs retenir un léger gloussement rauque avant de reprendre contenance.

"Mais comment se fait-il que tu voyages seule ? C'est extrêmement dangereux, les routes aux alentours d'Exech sont célèbres pour les attaques de truands contre les transports de marchandises. Une jeune femme comme toi aurait pu te retrouver dans une fâcheuse position, être attaquée ou pire encore ! Et qui comptais-tu aller voir pour t'aider ?"

"Je, comment ça, qui je comptais aller voir ?"

"Comment ça ? Tu ne vas quand même pas me dire qu'en plus de voyager seule, tu ne connais personne à Exech qui puisse t'aider ? Personne à qui t'adresser pour t'héberger ou te guider en ville ?"

L'air dépité sur le visage de Maci répondit à la question à sa place, tandis qu'une boule de honte gonflait dans le creux de son ventre. La vieille femme soupira, avant de sourire à la jeune intrépide.

"Bon, repose-toi pour ce soir, la nuit ne va pas tarder à tomber. Quand même, quelle folie que de partir comme ça toute seule sans autres préparations que ton gros baluchon ! Tu as bien de la chance d'être tombée sur une des rares personnes sans aucune intention mal avisée. Si tu te sens mieux demain, ce qui devrait être le cas, après tout tu n'as que quelques égratignures au genou et tu m'as simplement l'air déshydratée, je te présenterai quelqu'un qui pourra peut-être t'aiguiller dans tes projets. Je vais t'apporter de quoi boire et manger, et avec un peu de repos tu sera en pleine forme demain. Il faudra en profiter pour que tu visites un peu la ville pour te repérer. Et à mon avis, tu ferais mieux de surveiller ta bourse, les voleurs ne manquent pas à Exech !"

Quelques dizaines de minutes plus tard, la vieille femme revint avec une soupe de légumes chaudes et un pichet d'eau que Maci engloutit en quelques secondes. Elle était affamée et toujours un peu déboussolée, et elle s'endormit peu après, l'esprit encore agité.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations d'Exech
MessagePosté: Jeu 24 Déc 2015 12:26 
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Inscription: Lun 21 Déc 2015 20:25
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Localisation: Exech
Exech était la ville rêvée pour ceux dont la lumière se révélait insupportable. Tout n'y était qu'infamie et misère. Les rues se voyaient engorgées de détritus, qui faute de volontaires n'étaient presque jamais enlevé. Une odeur nauséabonde stagnait dans l'air, renforçant cette image d'Exech. Une ville sombre, malsaine... Où il ne fait pas bon vivre.

L'atmosphère générale qui planait était morbide, inquiétante. Les gens étaient méfiants les uns envers les autres et cela paraissait tout à fait normal. La ville, bien qu'en apparence gouverné par un roi, était en prise aux différents clans qui subsistaient grâce au trafic et à la prostitution. Les rues étaient souvent le théâtre d'affrontements sanglants entre divers membres de clan, cherchant sans cesse à étendre leur influence.

Cette pauvreté poussait ses habitants dans leurs derniers retranchements. Ces pauvres hères se trouvaient le plus souvent entassés dans des maisons suintantes d'humidité, envahi par des nuisibles. Rosemary faisait partie de cette tranche de population. Elle vivait dans un taudis, entourée par des voisins qu'elle détestait au plus haut point. Enfin elle n'aimait en soit personne, exception faite des disciples de Thimoros qui partageaient ses envies morbides.

Elle aimait la souffrance, voir se dessiner sur le visage de ses victimes ce rictus de douleur qui l'emmenait alors au septième ciel. Voilà la raison qui la poussait à vivre, voilà ce qui la faisait se lever le matin. Cette motivation à faire souffrir ses concitoyens, tout en honorant le seul dieu qui en vaille la peine, Thimoros.

Tous les soirs elle voyait partir sa voisine, cette pimbêche qui clamait à qui voulait bien l'entendre que seule Gaïa pouvait les aider. Pendant de longs mois elle avait planifié sa mort, ou plutôt sa délivrance par la douleur. Mais la femme s'était trouvé un nouvel amant qui restait la plupart du temps chez-elle. Voilà qui rendait toute planification plus hasardeuse. C'est qu'elle avait de grands desseins concernant cette pseudo croyante, voulant la torturer toute la nuit durant, mais ne souhaitant pas se faire interrompre par quiconque.

Alors Rosemary essaya de trouver une autre solution, une qui pourrait résoudre ce problème masculin. Elle envisagea de pénétrer lors de la nuit chez eux, de tuer l'homme rapidement avant de prendre son temps avec la femme. Mais voilà, lesdites nuits étaient le plus souvent ponctuées de cris bestiaux, de gémissements indiquant que le couple ne devait pas beaucoup dormir.

C'est là qu'elle eut l'idée parfaite, quoique que plus difficile à organiser. Il lui fallait se procurer du poison, un qui soit lent, qui permette à sa victime de sentir sa vie lui filer entre les doigts. Plus l'agonie était longue, mieux c'était. Et même cette étape passée, il lui fallait encore trouver le moyen de l'administrer... Comment expliquer ce soudain revirement d'attitude, elle qui n'avait jamais daigné répondre aux salutations de sa voisine...

(Mais son jules ne me connait pas encore... Peut-être devrais-je aller chez elle peu après son départ, y déposer le savoureux plat que j'aurais préparé pour m'excuser... Et en finir déjà avec lui. Hum quelle délicieuse idée. Il ne me restera plus qu'a revenir pour torturer la pauvre malheureuse qui sera surement en larmes...)


Rosemary, une fois certaine de la suite à donner rassembla ses maigres effets, façonna son chignon et y planta ses aiguilles avant de sortir. Elle savait qu'un danger pouvait toujours se cacher dans les recoins sombres d'Exech et la présence de ses aiguilles la rassurait.

A peine avait-elle mit un pied dehors que l'odeur prenante de moisissure atteignait ses narines. Ce fumet, elle y était depuis longtemps habituée mais ne pouvait s'empêcher de retrousser le nez à chaque fois. Sa maison disposait d'un petit jardin où ne poussaient que les mauvais herbes, habituées à grandir dans les plus médiocres conditions. Elle en sortit, pris à droite afin de rejoindre une grande avenue bondée menant vers les catacombes.

Pour s'occuper elle s'arma de son aiguille et s'amusait alors, dans cette effervescence, à la planter discrètement dans les passants qui hurlaient alors, ne sachant vers qui tourner leur colère, Rosemary s'étant déjà éloigné, avalée par la masse. Un fin sourire aux lèvres, heureuse de partager avec les autres les bienfaits de la douleur.

Les catacombes... Un lieu plein de signification pour elle, combien de ses victimes y reposaient elle ne le savait guère, mais il faisait partie de ses favoris. Là-bas, poussaient sur les cadavres encore frais, quelques amanites phalloïdes. Ces derniers s'avéraient mortels bien que vite inutile. Dès lors que le champignon était arraché, il restait à peine une journée avant qu'il ne perde ses effets. Pourtant son effet était dévastateur, et incroyablement douloureux...

Rosemary emprunta alors une ruelle moins fréquentée, fendant la foule pour aboutir sur un passage malodorant, les habitants jetaient depuis les fenêtres donnant sur cette avenue leurs déjections et autres joyeusetés. Elle se savait dorénavant proche mais il y avait au moins une heure de marche avant d'arriver à destination.

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La vie n'est qu'un mauvais rêve.




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