L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Les plaines autour de Khonfas
MessagePosté: Mar 4 Aoû 2009 10:41 
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Les plaines autour de Khonfas


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Autour de Khonfas s'étendent des plaines du territoire Shaakt. Un désert commence à l'ouest. Des chemins partent de la ville en direction de l'ouest et de l'est pour mener à la forêt dense et, au nord, les plaines deviennent vite vallonnées, donnant alors accès à la montagne.

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Chibi-Gm, à votre service !


La règle à lire pour bien débuter : c'est ICI !
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 Sujet du message: Re: Les terres autours de Khonfas
MessagePosté: Mar 6 Oct 2009 12:08 
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Le magicien dose


Nirge était toute excitée à l’idée d’essayer ses nouveaux jouets. Elle tressaillait de temps à autres rien qu’en pensant aux choses formidables que cela allait lui apporter dans son expérience du combat.

"Je t’ai fait préparer ces objets, Nirge. Ils te seront utiles à bien des égards. La bague t’aidera à avoir une meilleure maîtrise de ton arme, tandis que le heaume, au-delà de t’apporter une certaine protection, t’empêchera de subir les effets de certains sorts," lui avait dit la prêtresse Lavishtae.

L’apprentie maître d’arme y avait réfléchi toute la nuit et était tombée d’accord avec elle-même sur le fait que si ce casque rutilant pouvait contraindre certains sorts à ne pas fonctionner sur elle, cela engendrerait certainement quelque confusion chez un adversaire usant de la magie, ou encore chez un de ces barbares qui essayent d’assommer leurs victimes afin d’avoir le temps de les tuer car ils n’ont pas d’autre moyen, vu leur lenteur au combat.

Ha ha ! Ils seraient bien emmerdés, ces gros lourdauds si la petite et frêle noiraude ne subissait pas, ou moins, les coups de massue et autres baguettes magiques, du haut de ses maigres 73 ans. Elle pourrait alors en profiter pour s’approcher des uns – ceux qui combattent à distance – et continuer à être trop rapide pour les autres – ceux qui assomment.

Et comme tout bon guerrier qui se respecte, elle devait maintenant trouver de quoi s’entraîner avec ses beaux joujoux. Autrement dit, trouver de la chair fraîche sur laquelle taper et taper encore, jusqu’à être parfaitement consciente de ses capacités, qui changeaient à chaque nouvelle pièce d’équipement. C’était de cette façon, selon elle, que l’on avançait sur le chemin de l’Arme Ultime.

Elle était donc partie de bonne heure, afin que ses yeux soient gênés par la clarté du jour, car elle estimait que rien ne servait de s’entraîner dans les meilleures conditions si, en combat réel, on ne retrouvait ces conditions qu’extrêmement rarement.

Et pendant qu’elle vagabondait en direction de la forêt, la bague au doigt et le heaume tout neuf attaché au pommeau de son épée, dans son dos, elle prit conscience du bonheur qui l’emplissait depuis qu’elle était revenu de mission. Une mission qu’elle avait menée à bien, avec l’aide de l’assassin, Zanios.
Cela la transportait presque. Elle se sentait plus motivée que jamais, et aussi plus légère dans ses mouvements. C’était assez étrange.

Ceci dit, cela ajoutait sûrement une condition hasardeuse de plus, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

Elle arrivait bientôt à l’orée du bois, et commença à se faire plus discrète dans ses déplacements. Elle regardait maintenant plus attentivement autour d’elle, espérant trouver âme qui vive dans cette forêt, et de préférence, un ou une mage. Elle se rappelait de ses cours où on lui avait expliqué comment reconnaître le rang des magiciens, guerriers, voleurs, archers, ou encore barbares. Pour résumer, il fallait observer la longueur des chapeaux pour les mages, le nombre de pièces d’armure des guerriers, la capacité à se dissimuler pour les voleurs (si tant est que l’on puisse les remarquer), la longueur des arcs pour les archers, et la grosseur de la hache des barbares.
Bien sûr, ce n’était pas une science exacte puisque n’importe qui avec suffisamment de yus pouvait paraître d’un niveau supérieur, alors que la réalité était toute autre. Mais la règle était relativement juste la plupart du temps.

Elle tourna une bonne heure dans les bois avant de découvrir qu’un petit chapeau pointu était en train de préparer quelque chose dans une marmite posée sur un tas de braises fumantes.
Elle l’observa crapahuter dans tous les sens pendant une bonne demi-heure, mais personne d’autre n’apparut.

D’après ce qu’elle avait pu noter, ce mage-là avait l’air d’être spécialisé dans les potions d’herbes et de plantes, qu’il choisissait, écrasait et touillait avec une grande délicatesse, d’autant qu’elle puisse en juger à une cinquantaine de mètres de distance.

Après l’avoir bien observé et estimé que son couvre-chef était d’une taille plutôt moyenne, voire même, tirant vers le bas, elle se sentit l'envie d'affronter toutes sortes de sorts que pourrait lui envoyer ce gratte-papier dont l’armure était aussi épaisse qu’un mouchoir, à l’instar de ses congénères soi-disant bénis par les cieux, puisque faite uniquement de tissu.

Elle détacha donc son casque de son épée, le posa sur sa tête, et l’harnacha convenablement. Ce heaume était molletonné à l’intérieur par une épaisse couche de fourrure d’irdak des montagnes, qui officiait en tant que tampon, et en dessous, il semblait y avoir une fine pellicule d’un matériau qu’elle supposa être une sorte de répulsif pour tout ce qui concernait les "effets anormaux", bien qu'elle ne sache pas vraiment comment ceci pouvait bien fonctionner.

Mais l'important était que, justement, cela fonctionne et elle faisait suffisamment confiance à la prêtresse Lavishtae pour y croire sans aller plus avant dans l'analyse du pourquoi du comment.

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Dernière édition par nirge le Lun 19 Oct 2009 10:26, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres autours de Khonfas
MessagePosté: Dim 11 Oct 2009 20:17 
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Un cri résonne un peu plus loin, nettement plus puissant que le tien. Si tu t'en approches, tu verras une elfe verte, pas très grande même pour un membre de sa race et passablement famélique.

Elle porte un collier au cou, un collier lourd en métal, auquel sont accrochés quelques maillons de chaînes. Un shaakt mâle de haute taille la tient fermement par le poignet, lui faisant manifestement mal.

"Laissez-moi partir!"
"Tu crois vraiment que je vais te laisser partir, espèce de souillons!"

Les insultes fusent... Le shaakt est manifestement un serviteur d'une dame de la ville et l'elfe une esclave qu'il vient de rattraper...

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Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
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 Sujet du message: Re: Les terres autours de Khonfas
MessagePosté: Lun 12 Oct 2009 12:39 
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Le magicien dose (suite)

[:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.


Son mètre soixante et onze tapis dans les fourrés se redressa lentement, tandis que son épée était délicatement retirée du fourreau dans son dos, puis ses jambes la portèrent petit à petit jusqu'à ce que sa voix puisse être audible par le mage, de sorte qu'il ait aisément le réflexe de lancer quelques malédictions et/ou ralentissements sur la pauvre guerrière qui osait se présenter en face de lui.

"Alors, alors! On vole des plantes sur les terres Shaakts maintenant?," commença-t-elle avec une voix enfantine au possible.

Le mage se retourna et esquissa un léger sourire.

"Et? Ça te défrise, petite?"

Le magicien sut qu'elle n'était pas très vieille rien qu'en la voyant. Il avait pris soin de se renseigner un peu sur cette peuplade aux mœurs pour le moins étranges, avant de se préparer à aller y voler des feuilles et des bourgeons au prix de sa vie. Et il savait maintenant que les Shaakts étaient en moyenne plus grands et vivaient plus longtemps que les simples humains comme lui-même. Mais ils n'étaient en aucun cas des surhommes, et il pourrait facilement se défaire d'une rixe s'il lui arrivait de tomber sur des représentants de cette race sanguinaire.

De plus, évalua-t-il, elle était suffisamment proche pour qu'il lui lance un petit sortilège de confusion mentale, et en même temps, assez éloignée pour qu'il puisse s'enfuir à toutes jambes une fois qu'elle serait déstabilisée. Il commença donc son incantation à voix basse.

Nirge, quant à elle, ne s’était pas attendue à une telle répartie et s’en trouva vexée tout à coup. Cet idiot de prestidigitateur n’avait pas remarqué que ses cheveux étaient lisses ? Bien qu’ils soient cachés par son heaume…

("Dommage que ce casque n'empêche pas aussi la connerie de m'atteindre!,") pensa-t-elle. Tellement fort que si le mage avait tendu l'oreille, il aurait certainement pu l'entendre.

Pendant que la guerrière bouillait de l'intérieur, le sorcier finissait sa petite tambouille de mots à demi soufflés et se frottait déjà les mains à l'idée de l'expression qu'allait prendre le visage de cette gamine arrogante dans quelques instants.

Il était déjà prêt à bondir sur son paquetage, tout envelopper d'un seul coup, et partir à vitesse grand V, histoire de ne pas trop exposer ses fesses à l'épée que tenait la fillette.

Nirge nota alors que l'ensorceleur venait de tiquer, et ce fut le signal qu'elle attendait pour charger. Le heaume avait apparemment fait son office, c'était maintenant au tour de la bague de lui montrer de quoi elle était capable.

Ses doigts de la main droite, qui maintenaient fermement la garde de son épée, commencèrent à s'engorger de fourmis. Elle avait appris à distinguer ce phénomène provoqué par le bijou incrusté au pommeau, de la simple impatience à frapper qui l'avait guidée jusqu'ici.
Mais aujourd'hui, il y avait quelque chose de plus. Quelque chose qui la faisait se sentir plus grande qu'elle n'était en réalité, et ce, plutôt psychiquement que physiquement. Quelque chose qui lui donnait une sensation de chaleur dans tout le corps.

Elle s'approcha trop rapidement de l'herboriste, alors que celui-ci s'était retrouvé désemparé et ne savait plus quoi faire, et il allait devoir encaisser ce coup qui promettait d'être d'une puissance redoutable. Cela se lisait dans les yeux de l'attaquante. De plus, la panique n'arrangeait rien. Il ne pouvait pas réfléchir à une quelconque parade qui lui servirait à prendre ses jambes à son cou.

Pourtant, en un éclair – et c'était le cas de le dire –, il eut une idée brillante qui lui traversa l'esprit et il s'empressa de jeter les mots dans l'ordre – de préférence – pour déclencher un sort instantané.

L'air entre Nirge et le magicien devint soudain électrique. Et tandis qu'elle armait son coup, renforcé par l'élan qu'elle venait de prendre, elle vit de petits arcs se former autour de l'humain et le visage de celui-ci blêmir.
Elle n'avait encore jamais assisté à ce genre de phénomènes mais n'avait pas vraiment le temps de l'étudier.

Comme convenu par la grande entité régissant les lois qui imposent aux conséquences de n'arriver qu'après les causes, le coup porta.

Mais malgré toute la force qu'y avait mit Nirge, la lame ne s'enfonça que très peu dans l'épaule du mage. A peine quelques centimètres. Juste de quoi tâcher un peu la robe de sang. Elle prit alors le temps de se dire trois choses:

("Les éclairs y sont sans aucun doute pour quelque chose. J'aurais peut-être dû prendre le temps d'étudier ça d'un peu plus près...");
("Il faut encore que je m'entraîne pour gagner en force de frappe."); et
("Aiiiiiieee!").

En effet, l'interaction du métal et de l'électricité n'avait jamais été très conseillée, et ce n'était apparemment pas aujourd'hui que cela allait commencer.
Sa main droite venait d'apprendre ce que l'on appelait communément une douleur cuisante. A tel point qu'elle prit d'elle-même la décision de désobéir et de lâcher immédiatement l'épée, responsable directe de sa souffrance, afin de la punir.

Mais alors que Nirge était sur le point d'obliger sa propre main à ramasser l'épée, un hurlement perçant, féminin, se fit entendre à travers la forêt, provoquant l'envol de certains volatils effrayés et le mouvement de quelques créatures chétives un peu plus loin dans les fourrés.

Elle ne détourna pas pour autant le regard pour ne pas donner un avantage quelconque au magicien, mais estima que le son provenait du sud-sud-est par rapport à sa position actuelle.

Elle reprit ensuite son mouvement vers l'arme qui gisait à terre, tandis qu'elle observait toujours le mage se tenir l'épaule droite.

Nirge devait maintenant trouver une parade à ce sortilège de grand-mère qui fonctionnait tout de même fichtrement bien. Elle allait dans un premier temps feinter quelques attaques et voir ce qu'il en ressortirait.

De son point de vue, le sorcier n'avait pas vraiment le sentiment que le coup de la décharge électrique avait servi à grand chose et il allait peut-être avoir un peu de mal à se dépêtrer de cette situation.

De plus, sa tortionnaire se tenait juste devant lui et il se retrouvait dans une posture inconfortable où aucun sort efficace ne pourrait sortir, faute de temps pour une incantation digne de ce nom.

Son père, mage élémentaire de renom, avant qu'il ne soit emporté par la Grande Faucheuse et son arme blanche aiguisée telle un fil à beurre pour chair ectoplasmique (comme quoi, le combat au corps à corps aurait toujours le dernier mot sur le combat à distance!), lui avait pourtant toujours répété:

"Tu ne dois jamais, je dis bien jamais, te faire embringuer dans un combat au corps à corps. Tu signerais purement et simplement ton arrêt de mort!"

Et c'est ce qui avait guidé le fils dans le choix de la branche herboristerie, afin de fabriquer des potions de soins, de fuite, ou encore de mana, car cela lui permettrait de ne pas avoir à gaspiller de temps en incantations qui n'arriveraient probablement jamais au bout.

("les fioles,") pensa-t-il.

Les fioles… Bien que cela fasse gagner un certain temps, il fallait tout de même prendre un flacon dans sa besace, le déboucher, boire le contenu et après seulement, le procédé ferait son office.

Il pourrait peut-être en ingurgiter une entre deux boucliers d'électricité, au risque de tout de même prendre un coup d'épée en travers de la figure. C'était un pari énorme mais il n'avait pas trop le choix pour le moment.
Il lui fallait quelque chose qui le rende plus ou moins invulnérable ou bien qui puisse augmenter sa célérité de façon assez significative, parce qu'autrement, il risquait de passer un très mauvais quart d'heure en compagnie de mademoiselle le-défenseur-des-plantes-opprimées.

Le second coup d'épée était sur le point de s'abattre, mais l'herboriste se préparait déjà à invoquer son bouclier magique. Il réussit à l'enclencher quelques fractions de secondes avant l'impact, et pourtant, il n'y eut pas d'impact.

La guerrière avait calculé son coup afin que celui-ci ne touche pas le mage, mais lui serve à prendre de l'élan pour la passe d'arme suivante, ce qui étonna bien le pauvre sorcier, qui crépitait à nouveau de toutes parts pour quelques secondes.

Cependant, il s'empressa de jeter une main à son sac en priant pour que l'énergie de son bouclier revienne à temps pour la prochaine attaque, et à l'instant où il posa les doigts sur une fiole, l'épée fondit à nouveau sur son épaule droite à l'instar des deux fois précédentes.

Il n'eut pas le temps cette fois-ci de lancer son armure d'arcs électriques.

Cependant, là encore, au lieu de porter, le coup était seulement destiné à ne même pas l'effleurer, ce qui lui donna un sursis suffisant afin qu'il avale le liquide contenu dans le petit flacon.

Nirge se concentrait sur la lame qui fendait l'air comme une faux acérée. Les fourmis et la sensation de grandeur ne l'avaient pas quittée depuis tout à l'heure et elle commençait à s'habituer au fait de ressentir une sorte de connexion avec son épée. Comme si toutes ces années d'entraînement allaient enfin finir par payer petit à petit, et que son but prenait enfin un nouvel essor grâce à cette preuve qui daignait finalement faire son apparition et ne pas laisser Nirge dans l'expectative plus longtemps.

Elle se sentait pleine de confiance dans la précision de ses attaques et l'ultime feinte qu'elle tenta ne la fit pas en démordre.

Contrairement aux fois précédentes, elle ne se cantonna pas au fait d'éviter de toucher le magicien. Elle fit mine de porter un coup d'estoc en direction de son poumon droit afin que le sorcier ré-enclenche son bouclier, ce qu'il fit, puis dans un mouvement circulaire vers l'arrière, vint poser le fil de son épée sur l'épaule droite de l'herboriste, appuya, et tira la lame vers elle dans le but de sectionner les tendons qui relient l'épaule au cou.

Le sang gicla d'un seul coup hors du corps du voleur de fleurs, qui venait de perdre l'usage d'un de ses bras. Et son seul réflexe fut de regarder de travers la petite étiquette qui se trouvait sur la fiole, car au lieu d'être une potion de peau de pierre, l'homme avait bu toute un flacon de potion de mana, ce qui ne lui avait servi à rien…

Le mage s'adressa soudain à son vieux père dans l'au-delà:

("Mais pourquoi tu ne m'as pas plutôt dit de faire de plus grosses étiquettes ou de mettre au point des codes-couleur plus facilement repérables???")

Nirge regardait le spectacle qui se jouait sur le tranchant de son arme. Une représentation unique à chaque fois et pourtant déjà interprétée tellement d'autres fois.
Les filets de sang dansaient et virevoltaient dans tous les sens, toujours de façon la plus esthétique qui soit.

Et Nirge admirait de plus en plus ce genre d'effusions de couleur, de sons et de sensations. Elle y avait été préparée depuis sa plus tendre enfance mais cela commençait vraiment à représenter une grande part de sa vie, autant que de son envie.
Dans sa famille, on laissait choisir beaucoup de choses au destin, et lorsqu'on lui avait mis une dague et un livre entre les mains vers l'age de 13 ans (2 ans, pour les humains), elle avait posé le livre devant elle, l'avait ouvert, regardé sous tous les angles, puis avait arraché les pages une par une à l'aide de la dague. Elle serait donc destinée aux arts de la guerre.

Elle en oublia presque d'achever l'herboriste, qui commençait à essayer de prendre la poudre d'escampette. Presque.

Elle posa à nouveau le fil sur l'autre épaule de l'humain, confiante dans le fait qu'il ne pourrait plus lancer son bouclier de foudre sans son autre bras, mais celui-ci l'en délogea avec son bras encore valide. Il n'allait tout de même pas se rendre aussi facilement!

Et ce que Nirge n'avait pas remarqué pendant ses rêveries de ballet sanglant, c'était que le sorcier avait attrapé une nouvelle potion et l'avait ingurgitée en faisant semblant de se retourner pour s'enfuir. D'ailleurs, cette fois, il était sûr et certain d'avoir bu la bonne fiole.

Après deux minutes de silence relatif, un cri dérangea encore la tranquillité apparente de la forêt depuis le sud-est.

Nirge tenta donc une nouvelle fois de sectionner l'épaule gauche de sa proie, qui se défila pour la deuxième fois, alors la guerrière entreprit de faire des entailles tout le long du bras valide, mais quelque chose n'allait pas.
Soit elle rêvait, soit son épée avait perdu d'un seul coup toute sa capacité à trancher!

Elle vérifia d'ailleurs tout de suite la seconde hypothèse en passant son pouce à la perpendiculaire de sa lame afin que les sillons de sa peau accrochent plus ou moins selon l'état du fil. Et les sillons accrochèrent excessivement bien…

Le magicien avait donc réussi à assommer en quelque sorte son prédateur et, pendant qu'elle s'interrogeait vainement, il en profita pour avaler un autre de ses flacons et reprit instantanément du poil de la bête. Son bras droit était toujours invalide, mais la douleur s'était arrêtée et le saignement devint moins important.

Après s'être demandée comment il avait fait et avoir estimé qu'il avait dû boire une de ses potions de charlatan à son insu, elle analysa la situation aussi rapidement que possible: sa peau était désormais dur comme la pierre. Elle ne pourrait certainement pas la trancher du tout, et la blessure qu'elle lui avait infligée semblait se résorber d'elle-même.

("Rhaaa!! Foutus tours de passe-passe!")

Quant à lui, le mage conclut après maintes réflexions que rien ne lui servait de courir parce qu'un guerrier, qui a l'habitude de s'entraîner avec des équipements lourds, aurait vite fait de poursuivre et rattraper un maigre petit herboriste, qui passait autant de temps à errer en forêt qu'en bibliothèque sans faire le moindre exercice. Il fallait donc partir à point. C'est à dire en créant une diversion.

Et celle-ci était toute trouvée: grâce à sa peau de pierre qu'on ne pouvait ni trancher, ni transpercer, il serait capable d'agripper l'épée de la fillette à pleines mains et pour finir, de lui arracher. Il n'aurait ensuite plus qu'à manier l'instrument des faibles d'esprit dans tous les sens et il finirait bien par la toucher et la blesser, un jour ou l'autre. Puis il n'aurait plus qu'à partir en courant et le temps qu'elle puisse se remettre de sa blessure, il serait déjà beaucoup trop loin.

Il mit donc son plan à exécution sans plus attendre et essaya d'attraper la lame comme il put, mais bien entendu, Nirge ne le laissa pas faire. Elle ne savait pas trop à quoi il jouait, cependant il avait l'air parfaitement ridicule à gesticuler dans tous les sens comme lorsque l'on tente de tuer une mouche bien trop rapide pour nous.
Ceci dit, la providence voulut ce jour-là qu'un magicien, quelque part sur Yuimen, versé dans les sciences de la Nature, réussisse à prendre à deux mains l'arme qui pouvait le plus au monde ne pas lui correspondre, à tel point que même le hasard s'en mêla et décida que l'herboriste se retrouverait du mauvais côté de la lame.

Il entreprit donc de l'arracher des mains de Nirge – il était sûr d'y arriver face à une gamine d'à peu près une dizaine d'années – et dut s'y prendre à plusieurs reprises avant de s'apercevoir qu'il n'y parviendrait jamais en fin de compte.

Pendant ce temps, Nirge sembla quelque peu absente, perdue dans ses réflexions. Mais soudain, ses yeux s'illuminèrent et sa main gauche se dirigea d'un seul coup, avec la rapidité du vent, vers le visage de l'ensorceleur. Tels un couple de serpents attaquant en même temps, tout crochet dehors, deux de ses doigts plongèrent sans ménagement aucun à l'intérieur des orbites moites et chaudes du malheureux humain, qui ne s'y était manifestement pas attendu, à en juger par l'expression de stupeur qui parcourait son visage entre deux spasmes nerveux et l'absence totale de son émanant de sa bouche.

L'apprentie maître d'arme avait compris que même si la peau du mage était devenue insensible aux dégâts physiques, il existait pourtant une seule et unique région du corps humain où ce genre de sortilège ne fonctionnait pas, tout simplement parce que les yeux n'étaient pas recouverts de peau, comme l'avait confirmé le son spongieux.

L'homme s'était laissé tomber au sol, aveugle et traumatisé par la douleur, et il se tordait maintenant dans tous les sens, lorsque Nirge le redressa tant bien que mal, car elle avait le soucis de ne pas le laisser mourir de la sorte. Elle l'adossa à un arbre juste derrière lui, lui ôta sa robe de mage et découvrit un très joli ensemble (haut à manches longues et collants pour homme) qui avait sans doute dû être blanc à l'origine. Puis elle déchira quelques lambeaux de tissu et lia les mains de l'herboriste de sorte qu'il soit attaché à l'arbre contre lequel il était assis, complètement hagard maintenant que la douleur était devenue suffisamment insupportable pour que son cerveau n'en tienne plus compte et fasse évader l'homme, qui lui servait de réceptacle, dans un monde imaginaire où tout était chaud et doux, avec une vague impression d'odeur de miel ferreux, et où il n'avait pas besoin d'yeux pour voir parce que le monde était tellement parfait qu'il n'existait plus aucun malheur pour quiconque.

Nirge alla ensuite fouiller parmi les affaires du sorcier et dénicha après quelques instants un trésor qui convenait parfaitement à la situation: deux belles fleurs de snaria, qu'il avait dû récolter en allant vers la montagne un peu plus tôt, et qui étaient reconnaissables à leur couleur pourpre, avec la particularité de posséder deux vertus très utiles. Un côté des feuilles favorisaient la cicatrisation, tandis que l'autre, au contraire, l'accélérait.

Elle connaissait cette fleur grâce aux cours succins qu'elle avait suivis sur les "méthodes de combat en environnement naturel", où l'institutrice avait pris soin de leur expliquer que cela pouvait leur rendre l'énorme service de les empêcher de mourir à cause d'une hémorragie, surtout s'ils n'était pas proches de la ville ou dans l'incapacité de s'y rendre.

Elle prit donc deux des fleurs de snaria et alla directement les appliquer sur les orbites de l'humain d'où pendaient deux petits sacs mous, vides maintenant, toujours attachés par une sorte de cordon ombilical, en prenant garde que le bon côté soit appliqué sur les plaies béantes, qui suintaient toujours abondamment un mélange de sang et d'humeur jaunâtre.

"Côté rugueux pour cicatriser, côté doux pour l'en empêcher," se rappela-t-elle grâce à cette petite phrase mnémotechnique.

Sans plus de cérémonie, elle se mit en marche vers le sud-sud-est après avoir essuyé sa main droite ainsi que sa lame sur les lambeaux du mage et rangé tout son attirail dans son dos, laissant là un homme défroqué, attaché à un arbre, les yeux pleurant du sang et autres liquides tout aussi ragoûtants, blessé à l'épaule droite, avec pourtant l'originalité d'avoir un regard hors du commun vu de loin. Mais lorsque l'on s'approchait un peu, on pouvait aisément observer que sur ses yeux étaient posées deux fleurs dont les tiges pointaient vers l'extérieur – ce qui lui conférait cette apparence étrange – et que le côté doux, si l'on connaissait un minimum cette fleur, n'était pas visible et était donc en contact avec la chair à vif. Ceci dans le but de laisser le pauvre aventurier des bois mourir lentement, donc son délire salvateur, sans que personne ne puisse plus rien faire pour lui.

De plus, il servirait certainement d'avertissement à n'importe quelle race, autre que Shaakt, qui oserait venir jusqu'ici pour quelque raison que ce soit.

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Dernière édition par nirge le Lun 19 Oct 2009 11:17, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres autours de Khonfas
MessagePosté: Jeu 15 Oct 2009 17:13 
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Nirge ne se souciait déjà plus de l'humain à qui elle venait de détruire la vie pour quelques malheureuses plantes volées ici et là. Par contre, elle en savait maintenant un peu plus sur ses capacités actuelles ainsi que leur limite.

Elle arriva enfin à l'endroit d'où provenaient les cris qu'elle avait pu entendre durant son combat épique contre le "méchant mage herboriste". Cette dernière remarque la fit esquisser un sourire.

"Laissez-moi partir," dit soudain une jeune elfe verte à peine âgée de 50 ou 60 ans (entre 7 ans et demi et 9 ans en âge humain), selon Nirge.

"Tu crois vraiment que je vais te laisser partir, espèce de souillon?!"

L'autre elfe, en face d'elle, était plus grand et aussi plus âgé que l'elfe verte. Mais pas seulement. Il avait l'air en colère contre celle-ci. En colère de la façon dont les gens le sont avant qu'ils ne corrigent un jeune animal de compagnie qui vient d'uriner partout dans la maison, ou mâchouiller les seules chausses convenables que l'on voulait justement mettre pour le bal de ce soir.

Il la maintenait de force afin qu'elle n'aille pas plus loin. Il semblait d'ailleurs prêt à lui briser le poignet si jamais elle se risquait à faire un pas de plus, avant de passer à autre chose de plus cruel, suivant la philosophie Shaakt.

"J'ai rien fait! Alors lâchez-moi."

"Rien? Comme dans: 'j'ai pas pissé dans les rince-doigts' et 'j'ai pas chié dans la préparation du gâteau d'hier soir'? Tu crois sincèr'ment que j'vais avaler ça, comme les patrons ont avalé ta merde? Alors, j't'explique c'qui va s'passer. On va rentrer bien sag'ment à Khonfas, et tu vas subir ta punition, même si pour ça, tu dois y laisser ta peau. A moins que tu veuilles que j'm'en occupe tout de…"

Le Shaakt, qui servait apparemment une famille de nobles en ville, s'arrêta net lorsqu'il remarqua enfin la jeune fille qui les observait depuis un temps indéfini.

L'elfe verte, qui se doutait de la suite de la phrase mais l'attendait tout de même, suivit le regard de son tortionnaire et tomba finalement sur une autre Shaakt dont elle espéra tout à coup qu'elle ne soit pas venue en renfort, car celle-ci avait l'air plutôt bien équipée et une épée serait autrement plus douloureuse qu'un fouet.

"Non, mais… continuez. Je vous en prie," se sentie obligée de dire Nirge.

Le Shaakt la toisa sans s'en cacher le moins du monde puis chercha le signe de son appartenance à quelque famille importante ou non.
En effet, parmi ses individus, la tradition du peuple Shaakt impose d'exhiber un médaillon en bois ou en métal, un bijou ou un motif brodé (selon les bourses) représentatif de sa propre famille afin que l'on sache immédiatement à qui l'on s'adresse, et notamment dans le but de ne jamais commettre d'impair avec les familles les plus nobles et ainsi éviter de tomber en disgrâce totale, ou à l'inverse, faire en sorte de ne pas côtoyer une quelconque famille déjà en état de lynchage intellectuel populaire.

En somme, le nom des Shaakt était l'équivalent de la carte d'identité olfactive des animaux. Un coup d'œil et on savait tout de suite plus ou moins à quoi s'en tenir.

Cependant, Nirge ne portait aucun de ces symboles, si ce n'est une araignée en relief sur son corset en cuir au niveau du sein gauche.

"Je m'appelle Nirge," ajouta-t-elle finalement.

"Kroswenn Murloc," se vit-il contraint de rétorquer, afin de respecter la politesse. Surtout devant une Shaakt.

Le fait qu'elle ne donne pas de nom de famille ne signifiait qu'une seule chose pour ce peuple: pour une raison ou une autre, elle n'avait plus de mère dont elle devait porter le nom. Il était possible qu'elle ait encore un père, mais la loi Shaakt ne l'autorisait pas à transmettre son héritage culturel à son ou ses descendants.

Quoiqu'il en soit, Kroswenn déduit de toute façon que sa seule famille était sans conteste celle du temple Valshabarathien dont elle portait l'emblème.

Quant à son nom à lui, il ne disait pas grand chose à Nirge. Il devait donc faire partie d'une famille moyenne dont on entend que très rarement parler.

"Bon, j'dois ram'ner c'te chienne de Taurion à Khonfas. Donc, 'scusez-nous, Mad'moiselle."

"Alors, je vais me joindre à vous. Je rentre aussi en ville."

A ces mots, Kroswenn paru décontenancé. Il ne s'attendait apparemment pas à ce que quelqu'un les accompagne sur le trajet du retour. Mais qu'importe, Nirge trouva cela d'autant plus intéressant.

Le serviteur poussait de temps en temps la jeune elfe verte afin qu'elle arrête de traîner des pieds. Et celle-ci recommençait invariablement quelques minutes plus tard.

"Comment tu t'appelles, Taurion" demanda Nirge peu de temps après.

La concernée ne répondit pas.

"Tout l'monde l'appelle Pup'. Elle a pas vraiment d'prénom ou d'nom à prop'ment parler," finit par dire l'elfe noir. "I'm'semble même qu'elle ait été r'cueillie dans un sous-bois que'que part alors qu'elle marchait à peine à quat' pattes. Et d'puis qu'elle est en âge de servir de bonne, elle travaille pour la famille Sidemie."

Cette famille appartenait à la noblesse basse de Khonfas et possédait un manoir situé sur la rue principale de la ville souterraine, dans le quartier le plus éloigné du palais de la reine.

"Mais," continua-t-il après une profonde prise d'oxygène, "elle leur en a fait voir d'toutes les couleurs, c'te gamine détestable, tout au long des années. J'comprends toujours pas pourquoi ils la jettent pas dehors et encore moins pourquoi ils la torturent pas. Ceci dit, ils sont plus très jeunes et certain'ment qu'ses frasques les amusent beaucoup. Quitte à avaler un gâteau d'merde et tremper ses doigts dans la pisse d'pré-elfe pas mûre – j'dis ça pour la couleur verte – sans oublier les multiples empoisonn'ments, heureus'ment sans gravité, qu'ils ont subis et la tonne d'emmerdes qu'elle leur a ram'née d'l'extérieur. Oh ça oui, z'ont bien failli s'faire reléguer au rang d'pestiférés des dizaines de fois." Respiration. "Encore une chance qu'Madame soit plus qu'aimable et influente d'par son écoute des aut'. Car v'voyez, tout l'monde vient s'confier à elle, et elle de n'jamais rien répéter et d'toujours bien écouter avant d'prodiguer ses que'ques conseils avisés d'vieille Dame. Du coup, tout l'monde respect'le couple et si, à c'jour, i'n'font pas partie d'la sphère proche du palais, c'est ma foi uniqu'ment à cause de c't'ingrate petite pourriture qui leur sert de bonne à tout faire. Rien qu'd'en parler, j'en ai des spasmes dans l'bras, et j'vous jure que j'me r'tiens d'pas la battre à mort à la première occasion, cette sale garce de Pup'. Même si j'sais qu'à coup sûr, j'décevrais mes maîtres d'leur avoir confisqué l'jouet pour lequel ils ont tant d'compréhension. Ou trop d'compréhension."

Kroswenn respira enfin de nouveau.

Nirge avait le sentiment qu'il allait finir par mourir d'asphyxie un de ces jours, en plein monologue étranger à tout l'univers qui l'entourait. En fait, ce n'était pas réellement un monologue, mais plutôt une vaste suite de réflexions qui ne s'adressaient à personne en particulier, sauf à lui-même. D'ailleurs, c'était très bizarre d'observer un type aussi peu commode se transformer d'un coup, d'un seul, en un moulin à parole multi-vitaminé capable de débiter sans discontinuer toute une série de mots hétéroclites.

Et, avant qu'il finisse de reprendre son souffle, elle glissa:

"Je crois que j'ai compris l'idée, oui…"

Kroswenn allait dire quelque chose, mais se ravisa. Puis:

"On va s'arrêter ici pour manger. Pup', va chercher d'quoi faire un feu, et j'te préviens qu'si tu t'échappes encore, j'te rattrape et j'te tords tout les membres un par un. J'vais pas passer ma vie à t'courir après et être obligé d'escorter ton p'tit cul d'Taurion en ville chaque fois qu'i't'prend l'envie d'retourner chez tes parents les bouts de bois. D'toute façon, la d'moiselle garde un œil sur toi, alors pas d'embrouille. Moi j'vais chercher deux ou trois bestioles à bouffer."

Une autre chose étonnante que remarqua Nirge était la bipolarité apparemment constante de ce personnage atypique. Il était capable de commencer une réflexion calmement, sans être grossier et sans avaler la moitié de ses mots, avant de basculer dans la caricature grotesque du mâle en manque d'éducation et de finesse.

Pourtant, elle se prêta tout de même au jeu, et observa l'elfe verte ramasser du petit bois. Elle semblait analyser chaque brindille et chaque branche avant de décider si oui ou non elle allait s'en servir. Et malgré quelques minutes de réflexion, Nirge n'arrivait pas à trouver la raison qui scellait leur sort ou non.

Pup', de son côté, n'avait toujours pas décroché un mot depuis que Nirge avait fait irruption dans son monde. Elle ne savait pas si elle devait l'envier parce qu'elle était de celles qui évoluent toute leur vie dans une sphère supérieure ou au contraire, la haïr parce qu'elle était de celles qui évoluent toute leur vie dans une sphère supérieure.

C'est vrai qu'elle avait l'air plus jolie, à âges pratiquement équivalents. Elle n'était pas toute maigrelette comme Pup'. Elle portait un superbe corset de dame, noir, serré comme il faut afin de souligner ses formes naissantes, alors que Pup', elle, portait des haillons – larges qui plus est – et un magnifique collier forgé à l'ancienne, paré de très beaux maillons ici et là, comme le veut la mode, et qui fait partie intégrante d'un ensemble plus imposant de chaînes et autres cadenas qu'elle avait préféré oublier chez ses bourreaux pour une raison inconnue. Elle avait une allure de noble combattante avec son épée accrochée dans son dos, tandis que même avec son balai attaché dans le dos, Pup' aurait, tout au plus, l'air d'être une sorcière ratatinée et creusée par la faim.

("Et puis, c'est quoi cette attitude de conquérante qui veut écraser tout l'monde? Elle croit quoi? Qu'en faisant comme si j'étais pas là, j'allais la respecter comme une grande Dame! Avec ses grands habits d'riche et son épée en métal bon marché… Oh, tu es dans quel état, toi? Pas encore en fin de vie. Bon, bah je vais te reposer alors… C'est pareil, l'aut', là. C'te grand con avec ses menaces pourries qu'il ferait mieux d'se garder. Il peut pas m'toucher, c't'andouille, à cause de pépé et mémé DE Sidemie qui m'ont à la bonne.")

D'un peu plus loin, le visage de Pup' semblait aller de la tendresse à la colère en passant par l'indifférence, et Nirge se dit tout à coup qu'elle venait de faire la rencontre de deux individus plutôt singuliers.

Elle continua donc de les observer pendant le repas, tandis que Kroswenn repartait dans d'autres réflexions vagabondes à tel point qu'il compensait largement l'absence de son qui émanait de Pup'.
S'il avait existé un tournoi de débit de mots, il aurait certainement été capable de tenir tête à cinq autres personnes parlant en même temps.

Puis, ils se remirent en chemin vers Khonfas, dont on pouvait déjà voir dépasser de l'horizon ce qu'on devinait être les remparts de la ville haute, au milieu du désert. Il ne restait plus qu'un long chemin ensablé à parcourir.

Ce désert avait toujours garantit une protection évidente à la cité Shaakt, car bien que certains suicidaires s'y rendent régulièrement pour différentes raisons pas toujours très claires, jamais aucune armée n'avait réussi à venir à bout des défenses des elfes.
En effet, vous venez de parcourir une bonne distance dans le désert, soit sous un soleil de plomb, soit dans la froideur glaciale d'un hiver nordique, et vous arrivez à peine en bas des remparts. Mais les Shaakts sanguinaires vous attendent de pied ferme puisqu'ils vous ont vus arriver de loin grâce au manque de relief des environs. Vous perdez donc automatiquement l'avantage de l'initiative. Et malheureusement, ce n'est pas le pire.
L'unique raison pour laquelle Khonfas n'est jamais tombée aux mains des envahisseurs est que votre armure ne vous sert ici à rien d'autre qu'à vous fournir un cercueil en métal, tout frais compris, pour lequel il faut, bien sûr, remercier cette minuscule petite poussière de rien du tout qu'est le grain de sable.
Lorsque vous arrivez aux remparts de Khonfas, vous êtes épuisé par le froid ou le chaud (suivant les cas), des volées de flèches vous attendent depuis longtemps, mais en plus de cela, le sable qui s'est insinué dans les articulations de votre armure sophistiquée tout au long du chemin, commence à bloquer chaque rouage qui était jusque là bien graissé, et bientôt, vous ne pouvez plus faire un pas et êtes à la merci de n'importe quel projectile et/ou arme.
Et si vous avez la bonne idée de palier à un ou deux problèmes, le troisième vous sera d'autant plus fatal: en revêtant une armure en cuir pour ne pas subir le désagrément du sable ou être un peu moins sujet à la chaleur, vous devenez par la même occasion une proie de choix face aux archers en tout genre; et en admettant que vous creusiez un tunnel suffisamment long sous le désert (ce qui serait extrêmement fastidieux), le sable deviendrait alors votre pire ennemi car rien n'est plus instable qu'une paroi composée de milliards de milliards de tout petits grains simplement disposés les uns au-dessus des autres et que rien ni personne n'a jamais forcés à rester en place.

Nirge remarqua alors que Pup' devenait de plus en plus pâle à mesure qu'ils progressaient sous le soleil (qui n'arrangeait pas vraiment les Shaakts, mais ceux-ci se sentaient plus en sécurité sur ce terrain à découvert), d'une pâleur verdâtre à cause de ses origines. Elle qui venait d'un peuple proche de la Nature devait se sentir mal à l'aise dans un environnement aussi dénué de flore.

Tout était sec à perte de vue. Les choses ne pouvaient pas vivre, dans un tel endroit, juste survivre. D'ailleurs, Kroswenn savait qu'il ne fallait pas trop traîner par ici sous peine de voir Pup' dépérir complètement.

Ils se hâtèrent donc et arrivèrent aux remparts avant la nuit.

Nirge continua de les escorter jusqu'à la maison Sidemie puisque c'était sur son chemin qui allait vers le temple, et une fois arrivés, elle resta seule dans la pénombre des rues souterraines à observer cette grande demeure semblable à ses voisines alors que ses deux compagnons d'un voyage venaient de rentrer sous quelques exclamations apparemment joyeuses qui semblaient émaner de personnes âgées, juste avant qu'un cri d'horreur ne se fasse entendre, suivi d'un tonnerre de réprimandes de la part de Kroswenn à ce qu'il semblait.

Nirge hocha la tête puis tourna les talons et rentra également chez elle.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Ven 9 Aoû 2013 17:13 
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Hier, nous avons passé le reste de la journée à avancer vers Khonfas. Dans la forêt, nous avons trouvé une source de charbon, de laquelle nous avons prélevé quelques morceaux, gardés précautionneusement dans le but de nous en enduire le corps.

La nuit que j’ai passée ensuite était loin d’être parfaite. L’idée d’approcher les Shaakts me donne froid dans le dos. Toute la nuit, des images de mon agresseur à la peau grisâtre sont venues me tourmenter. Pourtant, j’aurais bien eu besoin de passer une bonne nuit de repos, afin d’affronter cette journée.

Nous sommes sur le point de quitter la forêt, pour traverser les plaines qui nous séparent de Khonfas. Au loin, j’aperçois les contours flous de quelques bâtisses. Je sais que cela n’est que le sommet de l’iceberg, le principal de la ville étant enfoui sous terre. Je soupire. J’ai une boule au ventre en m’imaginant que d’ici quelques heures, je serai là-bas. Mais pour l’heure, il faut que nous nous enduisions de noir.

Le résultat est relativement satisfaisant. Nos nombreuses heures passées à l’extérieur confèrent déjà à nos peaux un aspect plus sombre. Les quelques traits de charbon l’assombrissent juste comme il faut.

En voyant Ylias assombri, je ne peux m’empêcher de ricaner. Ça nous change beaucoup et nous donne l’impression d’avoir revêtu un déguisement pour une représentation théâtrale.

- « Bon, il est temps que nous y allions. Avec un peu de chance, nous serons repartis avant l’arrivée du soir. »

Ylias avait soudainement pris un ton plus grave et plus sérieux que je ne lui connaissais pas. Sans doute qu’une légère peur commençait à le gagner lui aussi.

La plaine me déplait. On est trop à découvert à mon goût. Mal à l’aise, je garde mon arc à la main pour progresser parmi les hautes herbes qui me lacèrent les jambes.

- « Aie l’air naturelle. N’oublie pas, en l’espace de quelques instants, tu es une Shaakt. Pense Shaakt, agis Shaakt. »

En effet. Notre noirceur de peau nous couvre aisément, de loin en tout cas, nous n’avons aucun souci à nous faire. Nous pouvons avancer plus aisément. Mais le soleil cogne alors qu’il n’est pas encore 10 heures et je crains que la sueur ne fasse couler le charbon. Heureusement pour nous, un vent assez fort nous rafraichit. Pourvu qu’il perdure jusqu’à ce que nous atteignions la ville.

La suite de notre voyage s’effectue dans un silence de plus en plus pesant. L’angoisse se propage lentement en moi lorsqu’au loin, j’aperçois trois Shaakts. Mon pouls s’accélère. Et si c’étaient les trois de l’affreuse nuit ? Je me retiens de ne pas faire demi-tour. Il faut que je garde mon calme. Notre survie en dépend.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Sam 8 Aoû 2015 14:09 
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*Campement du clan du Loup Noir, Plaine de Khonfas*

J'arrive en courant devant l'chef du clan. Il est imposant, avec ses deux épées qui dépassent de son dos. Son visage est constellé de cicatrices, il lui manque une oreille et son nez est tordu. Une balafre lézarde son torse, surement un souvenir d'une bataille contre des Shaakts. J'me rends compte que je le regarde sans parler depuis au moins une minute.

« J’te jure chef ! Un énorme troupeau de biches et de cerfs, laisse-moi y aller avec deux trois chasseurs, histoire de ramener de quoi becter ce soir.»

« Il y a plus qu’toi et Cron. Les autres sont allés chasser du côté de la montagne. »

« Hum… Et bien laisse-moi emmener Cron, à deux nous arriverons à en tuer plusieurs. »

« Va lui demander j’suis pas sa mère ! »

J’hoche de la tête et j’vais dans la direction opposée, à la recherche de Cron.

(Y devrait pas être loin.)

Je pars en direction des tentes, il doit pioncer à l’heure qu’il est. Quand j’arrive, la plupart sont fermées, signe qu’y’a des gobelins d’dans.

(Plus qu’à les ouvrir et trouver la bonne.)

A la fin de mes recherches, l’néant, pas d’trace de l’autre. En revanche j’suis rassuré quant à l’avenir de mon clan, y baisent comme des lapins sous les tentes. J’dois encore vérifier le garde-manger. Je suis juste à côté et quand j’y parviens, je vois Cron avec une sekteg, en train d’bouffer un cuisseau.

Je lui crie : « Cron, j’ai besoin d’toi pour chasser du cerf, ramène ton cul ici ! »

Il tourne sa tête vers moi, un bout de viande dépasse encore de sa bouche quand il m’répond :

« Y’a pas l’feu, donc lâche moi l’fion et reviens plus tard »


Je le regarde dans les yeux, fixement, il avale ce qu’il lui reste et s’lève pour venir se poster à côté de moi.

« Rah t’es chiant. »

« Faut qu’on s’grouille, le troupeau s’déplace peut-être en c’moment même. »

Y m’fait remarquer que sans loup, on va avoir du mal à les chasser, les cerfs. Je ne m’inquiète pas pour ça, connaissant plusieurs raccourcis. Je commence à courir, Cron me suit de près. La dernière fois que j’ai vu l’troupeau, c’était près d’un point d’eau situé pas trop loin au nord. Avec un peu de chance, on va l’retrouver au même endroit, c’pas que la flotte manque particulièrement ici mais c’lui là est grand et la plupart des cerfs et des biches peuvent s’abreuver en même temps. Nous arrivons bientôt au niveau de la butte qui marque la sortie du territoire du clan. Je respire un grand coup et recommence à courir, faut pas perdre l’rythme surtout !

Je regarde en arrière, Cron me suit facilement, il sait économiser son souffle. Rapidement nous arrivons dans une zone plus boisée, je fais signe à Cron de se baisser et de continuer silencieusement. Dans les bois, le risque d’croiser une patrouille Shaakt ou un ours mal léché est élevé. On y va en se courbant, l’autre fait craquer une brindille en marchant, je lui jette un regard accusateur et après avoir soupiré, repart de plus belle. J’entends quelque chose, j’tends l’oreille, ça vient du buisson en face. Je mets la main sur la poignée de ma dague, les yeux rivés sur l’origine du bruit. Cron derrière moi bande son arc, peut-être notre première prise…Le bruit s’intensifie, et soudain un puma sort des fourrés, il renifle l’air, mais vite déçu, se détourne et louvoie entre les arbres vers l’est.

(Le vent nous a été favorable et n’a pas charrié nos odeurs vers la bête, on a eu d’la chance. Y’a peu d’viande sur un puma, mais vu la difficulté à l’abattre.)

Je fais signe à Cron que c’est bon, nous avançons encore un peu pour arriver devant une colline, juste derrière s’trouve le point d’eau, avec le troupeau si on est chanceux. Une fois arrivé au sommet, ce que j’vois m’donne envie de sourire. La plupart sont encore là, y broutent l’herbe, y s’reposent, y sont pas attentif. Avec Cron on s’approche un peu tout en veillant à rester hors de portée d’leurs foutus odorats.

Cron recommence à bander son arc, moi j’prends ma fronde. La chasse commence, je la fais tournoyer au-dessus de ma tête et envoie le projectile en direction d’un cerf, Cron préfère viser une biche, la viande est plus tendre y parait qu’il m’sort tout bas. Il se pourlèche les babines, c’est presque si j’peux entendre c’qu’il pense…
Ma pierre atteint un cerf à la tempe, il essaie de fuir mais y tient plus bien sur ses pattes. Je fous une autre pierre, et j’arme mon bras, j’attends un peu, là c’est bon il s’arrête. Je projette ma seconde pierre, cette fois c’est l’front qui est touché. Le cerf fait encore deux pas et s’écroule par terre. La flèche de Cron s’est fichée dans la gorge d’une biche. Les autres sont en train de fuir, z’ont flairés qu’il y a un truc qui va pas. J’fais signe à Cron de préparer une nouvelle flèche.

Moi j’vais tenter de m’approcher un peu. Je me courbe, ramasse une pierre ronde et commence à me faufiler entre les arbres qui parcourent le flanc de la colline. C’est plutôt facile de s’approcher, j’dois juste être vigilant à où j’pose mes pattes, histoire de pas faire d’bruits. J’arrive vite à une position suffisamment proche du troupeau pour espérer tuer un autre cerf. Je commence à faire tournoyer la fronde et lance le caillou avec force vers un des cervidés. Mais par malheur, le voilà qui tourne sa tête vers moi ! La pierre est déviée par ses bois et tombe sur le sol. Il remarque ma présence, je vois ses muscles se contracter.

(Il va me charger c’con !)

Je passe la main dans mon dos, aucune trace de ma dague…

(J’suis sûr de l’avoir prise avant de partir pourtant… Bordel ! Cron…)

J’ai pas l’temps de m’apitoyer sur la perte temporaire de ma dague, le cerf commence à foncer dans ma direction, bien décidé à m’foutre ses bois dans l’bide. Ma cavalcade commence, je sens bien que l’autre est pas loin derrière. Je continue de courir, c’la seule chose qu’il me reste à faire… Je regarde à droite et à gauche, rien que des foutus arbres, j’continue toujours devant mais du coup l’cerf gagne du terrain. Je sens que je commence à monter, je suis en train de gravir à nouveau la colline, m’aidant de mes bras je me dépêche de retourner vers Cron. J’espère qu’il a pas vidé tout son carquois sur les biches… J’entends le cerf qui brame, y doit être furieux. J’arrive en haut de la colline et secoue les mains en l’air en criant pour attirer l’attention de Cron. Il s’retourne, et quand il voit le cerf qui me poursuit, bande une nouvelle flèche. Il inspire un grand coup et au moment d’expirer fait partir sa flèche. Elle part en cloche pour atterrir entre les deux yeux du gibier. Je vois la flèche qui rentre en collision avec le crâne de l’animal, puis pénètre peu à peu, le sang gicle, c’est beau. Cron fait le fier, et pour cause j’ai tué une proie, lui deux. Mais pour autant, j’en ai pas terminé avec lui. Y ma quand même volé ma dague.

« Bon faut ramener tout ça sinon on va encore s’faire engueuler ! »

« TU…vas tout ramener, j’ai mieux chassé que toi, à toi d’faire le larbin. » m’annonce-t-il d’un ton triomphal en bombant exagérément son torse

Je lui adresse un regard haineux et acquiesce d’un hochement de tête. Je rassemble les carcasses et commence à les traîner vers notre camp.

(J’vais récupérer ma dague c’te nuit.)

Déjà dans ma tête s’échafaude des plans géniaux ! Mais je sais que j’irais au plus simple, attendre qu’il pionce, et pénétrer dans sa tente pour récupérer ma dague.

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Dernière édition par Skrap le Jeu 10 Sep 2015 11:50, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Sam 8 Aoû 2015 14:28 
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Après que j’sois rentré au camp avec les trois carcasses, je suis allé dormir un peu, trop fatigué pour manger, tant pis s’y j’ai les restes. Je vais sous ma tente et m’allonge sur le sol couvert à cet endroit de quelques feuillages. Une grande déchirure au niveau de la toile du sommet laisse entrer l’air, le climat est bon dans ces plaines, presque chaleureux, je m’endors rapidement, emporté par la fatigue. Au bout de quelques heures mes yeux s’ouvrent sur un ciel couleur d’encre.

(Plusieurs heures sont passées, Cron doit être en train d’pioncer en prévision de la journée d’demain.)

Je me glisse hors de ma tente et sans bruit, parcours la distance jusqu’à la tente de l’autre. Une fois devant, j’écarte doucement les pans de tissus faisant office de porte. Je m’introduis à l’intérieur sans faire de raffut et observe. Il dort à poing fermé comme prévu. Un filet de bave s’écoule hors de sa gueule et tombe au sol, formant peu à peu un petit lac. Un ronflement guttural s’élève de sa gorge de temps en temps, venant rompre le silence. Je fais rapidement l’tour du propriétaire, ma dague est posée sur le sol près d’un morceau de viande à moitié entamé. Je commence à m’en approcher, j’entends Cron qui remue dans son sommeil, mais rien d’inquiétant. Arrivé devant je la récupère, et sors rapidement.

Content d’avoir retrouvé ma dague je retourne dormir, prenant la précaution de la cacher sous les feuillages constituant mon lit. Je dors quelques heures mais d'un coup un piaf chante, ça sonne faux à mes oreilles. J’me lève, prends un petit caillou et sors d’la tente. J’ai vite identifié la source de ces nuisances sonores, je lui lance ma pierre et le v’là qui s’envole à toute vitesse.

« Et reviens pas ici » j’hurle en tendant mon poing fermé en l’air.

(Bon maintenant que j’suis réveillé, autant faire quelque chose.)

Vu que j’ai du temps à tuer, j’décide d’aller voir le dresseur du clan, c’est un gobelin respecté car l’seul hormis leurs maîtres qui puisse s’approcher des loups et partir la tête encore vissée sur ses épaules. Il est pas loin des enclos. Enfin si on peut appeler un enclos quelques bouts de bois planté dans l’sol ayant la forme approximative d’un carré. Il s’cure les dents avec son poignard, un reste de viande coincé entre les chicots c’est plus dangereux qu’il n’y parait. A force ça s’infecte, d’abord tu vas puer de la gueule, là encore c’pas gênant, mais rapidement tu vas avoir mal. Et puis à la longue, t’vas même pu pouvoir bouffer ta barbaque tranquille, là c’est l’début de la fin, car après tu perds tes forces, tu deviens inutile et t’es laissé sur l’bas-côté.

« Eh Dseur ! Comment y vont les bestiaux ? »

« Y s’reposent. Qu’est-ce tu viens foutre là ? T’as pas encore de loup à toi pourtant. »

« Bah justement ! J’vais essayer d’en capturer un, mais j’vais avoir besoin de tes conseils, pour le capturer et l’calmer. Puis j’en veux un super grand ! Que j’puisse le monter et partir à l’aventure ! »

Dseur m’zieute d’un air amusé, il a des dents pointues qui dépassent de sa gueule ce qui le fait un peu ressembler aux bêtes qu’il dresse. La cicatrice qui part du bas de sa mâchoire et remonte juste à côté de son œil droit s’étire dès qu’il m’cause. Je continue de l’regarder, ses yeux à lui aussi m’fixe. Il a des yeux pareil à l’émeraude et quand il concentre son regard sur toi, t’as l’impression qu’il t’ouvre en deux et lit en toi comme d’dans un bouquin. Il commence à m’sourire.

(C’est pas bon signe... L’a quoi derrière la tête ? )

« C’est possible en effet, j’veux dire t’enseigner deux trois trucs. Mais tu t’doutes que c’est pas gratuit. Déjà je veux avoir un morceau d’choix à chaque fois que tu vas ramener une prise. Ensuite, et c’est là que ça devient marrant, va falloir nettoyer l’enclos des loups, t’as d’la chance z’ont déjà mangés. Et après ça j’aurais bien encore quelques trucs à t’demander ! »

(Nettoyer l’enclos des loups ? Leur servir d’casse-dalle ouais. Et j’ai pas moyen d’faire autrement.)

Je commence à prendre un bout d’écorce qui va m’servir à ramasser les merdes des bestioles. Puis, j’m’efforce de passer la barrière sans m’prendre une des piques qui surmontent l’tout.

(Si j’commence à saigner ça va m’les exciter.)

Je rentre tout en douceur, un des trois loups se réveille. Il commence à sentir, y’a une odeur qu’il n’reconnait pas, il gronde et commence à se lever en balançant sa tête sur les côtés à la recherche de l’impudent intrus. Il m’localise vite et s’approche de moi, la langue pendante hors d’la gueule. Je regarde en direction d’Dseur. Je le vois qui pouffe, j’hésite à parler, peur d’énervé l’canidé.

« Eh Dseur, je fais quoi là ? Il a pas l’air ravi d’me voir entrer ton clebs. » dis-je d’une petite voix

Il soupire, et m’crie tout d’un coup :
« Mais prouve lui qui c’est l’patron ! Tu viens en tant que chef de meute, pas en catin. Donc s’il gueule tu gueules plus fort que lui, et s’il veut t’mordre, tu l’mords aussi ! »

Je suis plutôt réticent. Mordre un loup qu’est pas dépieuté ? J’vais avoir plein d’poils dans la gueule après, pis si j’rate mon coup, y va vouloir s’venger, sans compter les deux autres en train d’pioncer, mais qu’un rien va réveiller. Je commence à grogner en fixant l’loup. Il ne me lâche pas du regard.

« Ah ! Je sais bwahahaha ! Y doit encore avoir faim. » M’dit Dseur

Je n’ose pas détourner mon regard. S’il en profite pour m’mordre l’cul. J’entends Dseur grommeler à propos du manque de ressources dont il dispose pour son boulot. Il finit par revenir au bout de quelques minutes interminables pour moi, et lance un bout d’cuisse de cerf. Le loup intrigué par le bruit soudain se retourne et se dirige vers le bout de viande. Cette odeur au moins lui est familière. Il commence à renifler l’bout et entreprend de le manger mais rapidement le recrache et rapplique vers moi.

Dseur s’exclame soudain : « Ah c’qu’il est difficile le coquin ! Il préfère surement la viande fraiche. »

Mettant un doigt sur sa bouche il reprend : « T’restes plus qu’à l’intimider. »

J’hurle presque, découvrant mes dents, j’essaie d’adopter une posture menaçante. Mes épaules relevées, les mains qui forment des griffes imaginaires.

(Putain j’dois être ridicule bwahahah.)

Mais en tout cas l’autre commence à japper, j’ai dû l’impressionner, et v’là qu’il retourne bouffer sa becquetance. Je ramasse l’bout d’écorce et je vais vers les merdes que je récupère rapidement.

(Quelle horreur… C’fou l’odeur que ça peut bien dégager quand même.)

Je repasse de l’autre côté, en sécurité toute relative et l’écorce pleine de déjections toujours dans les mains.

« J’en fais quoi ? » Que j’lui demande, il a l’habitude

« Va la bouffer y parait qu’après c’plus simple pour trouver des loups ! »

A son expression hilare j’comprends tout d’suite qu’il s’fout d’ma gueule. Je jette tout ça sur l’côté, m’essuie les mains sur mon pagne.

« Bon et maintenant ? »

Il m’zieute d’un air malicieux, et m’demande de le suivre.

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MessagePosté: Sam 8 Aoû 2015 14:49 
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Je reste proche de Dseur, le soleil est encore haut dans le ciel et je sens ses rayons me lécher le dos. Quelques nuages, poussés par les vents du Nord, arrivent et remplissent progressivement les cieux. On marche encore un peu et d’un coup, v’là Dseur qui s’arrête et fait volte-face.

« Bon passons à la deuxième étape. Il y a un fouet, probablement rangé dans l’étable de la ferme en contrebas, j’ai vu son propriétaire s’en servir pour diriger son bétail. Bien sûr je peux m’en faire un, mais y sera jamais aussi beau que l’autre. Donc va m’le récupérer et attention le fermier a une fourche. »

Il me dit tout ça d’une traite, ses yeux pétillent pendant qu’il m’fait son pitch. Bon j’ai plus qu’à aller voler c’te fouet, mais quelque chose m’dit qu’un truc cloche. Si l’voler est aussi simple Dseur va pas s’embêter à m’le demander.

Je le regarde d’un œil interrogateur et lui demande : « Pourquoi t’y est pas allé ? »

« Car j’ai des jeunes comme toi à portée d’main ! Pourquoi j’irais risquer d’me faire trouer l’cul par un bouseux alors que t’es là pour l’faire à ma place hein ? »

J’acquiesce de la tête et me baissant, commence à m’approcher. Y’a qu’ma tête qui dépasse des hautes herbes entourant le domaine pendant que j’avance. J’me risque à jeter un coup d’œil, rien. Pas d’lumière chez l’péquenot, et j’ai peu d’chance de le croiser à cette heure avancée de la nuit. Je continue donc jusqu’à arriver devant la maison, ses murs en bois m’ont l’air tout c’qu’il y a d’plus solide. Renforcé par quelques plaques d’fer judicieusement installées l’attaquer serait une belle perte d’temps pour le peu de richesse qu’il doit détenir. Mais je m’égare… Je me concentre de nouveau sur mon objectif : Le fouet. C’est à ce moment-là que l’aut’ décide de sortir. Il commence à marcher vers son champ, baisse son froc et pousse un soupir de soulagement en pissant.

(Tant qu’il m’plante pas avec sa fourche il peut bien faire c’qui lui chante.)

L’étable est à quelques pas maintenant, j’ouvre la porte délicatement et entre. Une fois à l’intérieur je suis envahi par les odeurs imprégnant la pièce. Des relents de merde, de sueur et d’foin. J’attends que mes yeux s’acclimatent à l’obscurité ambiante, et c’est là que j’remarque deux yeux jaunes qui m’lorgnent. Un grognement monte de la gorge de l’animal.

(J’suis un foutu aimant à saloperies bordel ! J'vais finir par aller voir not'shaman...)

J’essaie de faire comme avec le loup, j’commence à grogner aussi, histoire de l’impressionner et qu’il s’casse la queue entre les jambes. Mais pour l’instant il bronche pas, il m’scrute, point barre. Je commence à l’faire plus fort mais rien à faire. En revanche j’entends du mouvement derrière moi, j’ai surement attiré l’attention d’la peau-blanche. Je ne sais pas quoi faire… Si j’bouge et que l’autre sort de son inertie et m’bondit dessus, j’vais pas avoir l’temps de m’occuper d’lui et du pécore qu’arrive. Tant pis je commence à courir et j’me cache dans le foin. La porte s’ouvre peu après, le paysan entre.
« Pourquoi tu gueules comme ça ?! T’as pas honte ? » Qu’il dit en direction d’son chien

Le chien s’approche, passe entre les deux jambes du fermier et remue la queue.

« Bon j’espère qu’t’es calmé, j’ai pas envie d’revenir et toi non plus. »

(Bon il va partir…)

J’ai un bout d’foin qu’entre dans mon nez, si ça continue j’vais éternuer et j’suis pas convaincu d’aimer cette mode d’se faire trouer d’partout. J’tente de l’enlever sans grand succès, tout ce que j’arrive à faire, c’est bouger légèrement le tas dans lequel j’me cache. Et ça passe pas inaperçu, le fermier regarde dans ma direction d’un air perplexe. Il va ramasser la fourche posée à côté de la porte, l’empoigne et s’approche de moi. D’un coup sec il la plante, les pointes qui composent la partie supérieure de la fourche s’arrêtent à quelques millimètres d’ma trogne. J’ai eu chaud… Par acquis d’conscience, il enfonce une nouvelle fois sa fourche dans le tas, cette fois elle passe largement en dessous de moi. Il hausse les épaules, part en direction de la porte, et une fois derrière la claque. Cette fois j’entends un cliquetis, il ferme la serrure. Je sors de mon tas d’foin, le chien est devant, il a la tête posé sur sa patte droite. J’espère qu’il a compris la leçon, j’essaie quand même de pas l’exciter. Je récupère le fouet qu’est posé sur la table, l’enroule autour de ma taille et cherche une issue. La fenêtre en haut a été laissée ouverte.

(Parfait.)

J’entreprends d’escalader le mur, les multiples étagères sont autant de prises pour mes mains et mes pieds. L’ascension est donc facile, une fois arrivé devant la lucarne, je me faufile à travers et retombe avec un bruit sec sur le sol. Je me relève, et essaie de me repérer. Dseur doit s’trouver un peu plus haut sur la crête devant moi. Je me urge et une fois devant lui, lui tends triomphalement le fouet.

Il m’l’arrache des mains et me dit : « Bah c’est pas trop tôt. Reviens m’voir demain, que j’te donne quelques conseils pour attraper ton loup. » il prononce le dernier mot avec une pointe de moquerie

Nous rentrons, je vais dans ma tente, vérifie que la dague est toujours là en commence à dormir rapidement d’un sommeil sans rêve. Le lendemain aux aurores j’suis débout à patienter devant la tente d’Dseur. J’suis vraiment impatient à l’idée d’avoir mon loup ! Il s’lève quelques heures plus tard et me regarde en souriant de toutes ses dents.

« Aller viens avec moi à l’enclos. »

Une fois arrivé devant, il tend son bras vers les bêtes.

« Ils grandissent vite, très vite, en quelques mois ils passent du petit louveteau au loup que tu vois là. Bien sûr il faut encore des années pour qu’ils développent correctement leurs muscles, ainsi que leurs endurances. Mais néanmoins il est largement possible de le monter rapidement sur d’courtes distances. »

Il marche en m’causant, laissant son regard rivé sur les loups. Il reprend peu après.

« Donc l’idéal c’d’en prendre un jeune. »

Je l’interromps et dis avec une pointe de dépit dans la voix : « Un louveteau… ? Vraiment ? »

Il fait mine de n’avoir rien entendu et continue de parler :

« Mais y’a deux problèmes. Déjà la maman va pas t’laisser embarquer son petit, ensuite faut encore réussir à localiser la tanière, souvent camouflée. Si t’arrives à en ramener un en étant encore vivant, c’est déjà une étape, après faut voir comment tu vas t’débrouiller avec lui.»

Je me prépare donc pour cette expédition, j’emporte ma dague et ma fronde, de la viande sèche même si je me sais être capable de trouver d’quoi manger en route et c’est partit. J’ai plus aucune raison d’m’attarder au camp, il me faut désormais débusquer une louve et sa progéniture.

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MessagePosté: Sam 8 Aoû 2015 16:08 
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Je marche depuis deux jours, à la recherche d’une piste intéressante à suivre. Pour le moment, je n’ai entendu que des hurlements, j’essaie d’me faire discret. Si j’tombe nez à truffe avec des loups, c’est pas ma dague qui va faire la différence. J’arrive bientôt en vue d’un val boisé. J’entends couler de l’eau, doit y avoir une rivière pas loin. Je pars en direction du bruit pour m’retrouver en face d’un énorme cerf blanc. L’est majestueux c’lui-là. Ses bois semblent usés par le temps mais ils sont encore en état de t’embrocher rapidement. Des cicatrices de morsures courent sur son corps.

(Il s’est beaucoup battu c’lui-là. C’est un guerrier.)

Il me regarde d’un air de défi, son souffle est calme et de temps en temps, il recommence à s’abreuver.

(L’a pas peur d’moi, mais l’a pas l’air agressif non plus.)

Je l’observe encore quelques instants, je m’imagine sa viande tendre… Le sang qui gicle quand je croque un morceau. Et ses poils blancs m’serviront aussi, pour faire confectionner une couverture à marchander. Mais je ne suis pas là pour ça, et puis l’est plus probable que j’crève vu la taille de ses bois. Je le zieute dans les yeux, et lui dit :

« Nous sommes destinés à nous revoir Cerf. Tu n’comprends surement pas mais moi je le sens ! »

Il me rend pendant quelques secondes mon regard puis se détourne de moi et s’en va dans les bois. Je bois un coup et commence à chercher une tanière de loups. Les heures se succèdent mais toujours rien. Le silence est brisé par un hurlement de loup de temps en temps, mais ce n’est pas la meute que je cherche, j’évite donc de m’en approcher. J’évolue dans les buissons, le dos courbé, toujours dans l’espoir d’pas faire d’mauvaises rencontres.
Une biche traverse à toute allure les fourrés, elle semble affolée. Quelques secondes plus tard, une forme sombre surgit à son tour des buissons et s’élance vers la biche. La course ne dure pas plus de quelques minutes, un loup, à moins que ce ne soit une louve, parvient à sauter à la gorge de sa proie. D’une torsion, la gorge est déchirée, la bête s’écroule aussitôt sur le sol. J’vois l’autre qui traine par une des pattes postérieures le cadavre.

(Si elle prend la peine de ramener sa prise, c’doit être une louve avec des petits à nourrir.)

Je n’ai aucun mal à la suivre, elle qui est ralentie par la dépouille. Mais j’dois avouer que l’entrée de la tanière est vraiment bien cacher, j’ai dû passer deux fois devant sans rien percevoir. Il y a des arbres devant, et l’entrée de la tanière se situe derrière une petite butte composée de terre. C’est très compliqué d’voir ça quand on est pas assez attentif. Maintenant que je sais où est l’entrée, je n’ai plus qu’à attendre que la louve retourne chasser. J’jette un coup d’œil au ciel, le soleil est sur l’point de se coucher, la lune va venir le remplacer. Je cherche un endroit en hauteur où dormir, j’ai horreur de me réveiller et de découvrir qu’un animal m’a pissé dessus durant la nuit. J’aperçois un arbre convenable, j’y grimpe rapidement et m’installe près de la cime, là où le feuillage forme une sorte de nuage vert, ondulant au gré du vent.

Je suis quand même installé précairement et la chute promet d’être douloureuse si j’bouge pendant mon sommeil. Je prie ma bonne étoile et m’endors rapidement. Le lendemain matin, les rayons du soleil m’enveloppent de chaleur, je me lève et m’étire. Je baille, et vais sur ma gauche pour sortir d’ma tente. Le temps que je réalise que je me trouve toujours en haut d’un arbre, c’était déjà trop tard. Je commence à tomber, à hurler aussi, de douleur. Je me prends une branche en pleine tronche, tombe sur une autre au mauvais endroit. Je commence à glisser sur le côté et m’rattrape in extremis. J’ai un mal de chien au bas-ventre mais j’dois me concentrer sur ma branche salvatrice.

(Si j’la lâche c’est la merde.)


J’arrive finalement à grimper sur la branche, haletant de douleur, je m’accorde une pause d’une dizaine de minutes et entame la descente. Je me dirige vers la tanière et y entre en silence. La louve n’est pas là, surement en train de chasser. J’en profite et continue mon exploration. J’entends un jappement et tourne ma tête vers la gauche. Un louveteau mâche un os tandis qu’un autre essaie de s’approcher de moi. Il est encore faible et progresse avec difficulté.

(Bon j’ai pas la journée, j’vais prendre c’lui qui s’approche.)

Je le saisi et l’approche de mon visage.

« On va devenir ami toi et moi. »

Il jappe doucement, je m’approche encore, et d’un coup il relève la tête et me mord l’nez. Je me retiens d’hurler. Un peu de sang s’écoule des petites entailles laissées par les canines du louveteau. Je m’essuie avec un bout de tissu et mets une main sur la gueule du petiot qu’il n’alerte pas sa mère, une autre tient son corps.

(Oui c’est l’mien lui !)


Je me dépêche de partir et suis rapidement loin de la tanière. A partir de là je m’autorise à ralentir et regarde mon louveteau. L’a d’grands yeux marron, un pelage tendant vers le brun. Il l’a pas l’air ravi d’avoir été emmené hors de son nid douillet, d’ailleurs il commence à uriner sur moi, j’sens qu’il le fait juste pour m’emmerder. Je continue d’avancer avec prudence, une mauvaise rencontre toujours possible. Au final j’arrive au camp épuisé, je vais dans ma tente, je me couche sur mon feuillage et me roule en boule. Le louveteau est surement fatigué aussi, je l’entends bailler entre mes bras, je m’endors, attendant mon réveil pour parler d’ça à Dseur.

Après une nuit agitée, le louveteau n’ayant pas trouvé mieux que de geindre pour je n’sais quelle raison, peut-être la faim, surement la faim. Je l’agrippe par la peau du cou et me dirige vers l’enclos où doit s’trouver Dseur. En effet le voilà qui mâchonne un bout d’viande.

« Dseur, j’en ai trouvé un tout petit c’est bon ! »

Il me regarde d’un air agacé.

« J’bouffe là, va poser ton cul quelque part et patiente. »

Une fois terminé, Dseur se lève et s’approche de moi, il me demande de lui donner l’louveteau qu’il l’examine.

« Bon il a l’air en bonne santé, encore maigre mais y doit vraiment être jeune. A partir d’maintenant, j’ai plus qu’un conseil à t’donner. Emmène le avec toi où que tu ailles ! Faut qu’il s’fasse à toi tant qu’il est pas grand. »

J’opine de la tête, ressaisis par la peau de la nuque mon louveteau et part chercher mes affaires.

(Faut que j’lui donne de quoi manger sinon y va rester tout rachitique !)

Je vais dans ma tente récupérer un morceau d’viande que je donne à manger au louveteau. Mais avec ses petites canines il n’arrive pas à déchirer un bout. Avec ma dague je lui découpe quelques morceaux que je mets dans ma paume avant de la tendre vers lui. Au début il me jette un regard méfiant, reculant doucement. Puis voyant que je reste immobile, et sentant l’odeur familière de la viande. Il s’approche prudemment et commence à manger les bouts de viandes. Je le regarde tout dévorer voracement, découpe de nouveau quelques morceaux que je pose devant lui puis me lève et m’étire.

(Bon l’a mangé, allons chasser !)

Je récupère ma fronde, soulève le louveteau et l’pose sur mon épaule droite, puis commence à marcher vers la sortie du campement.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Lun 31 Aoû 2015 22:45 
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Je regarde devant moi, l’immensité de la plaine me donne des frissons qui me parcourent l’échine. Quand je vois ça, je n’ai qu’une envie, partir seul, enfin… Pas tout à fait. J’ai une p’tite boule de poils avec moi maintenant. Mais l’instant est parfait pour commencer une nouvelle vie. Je suis en pleine forme, le temps que j’ai passé avec les chasseurs s’est avéré fructueux. Et puis… La vie est ponctuée de changements, c’est ça qui la rend si belle, si énergique, comparable à un ouragan.

J’hurle : « Liberté ! »

Je laisse ma tente derrière moi, n’emportant que le strict nécessaire. Je sors rapidement du campement, et me dirige vers l’est. Du feu coule dans mes veines, je me sens animé d’une détermination sans faille. Ne plus dépendre de personnes, être libre de mes choix, aller où bon me semble…

(Bon il faut que je trouve un endroit tranquille pour en faire mon point de chute. Ensuite je vais pouvoir vagabonder à travers les plaines.)

Je marche depuis deux bonnes heures au moins. J’arrive bientôt dans une zone plus boisée. Par ici les arbres sont imposants, les feuilles qui les habillent sont vertes, rouges ou même oranges. Leurs troncs sont pareils à des piliers, ils donnent l’impression d’être indestructible. D’être des géants traversant les tumultes du temps sans jamais courber l’échine… Mon louveteau s’agite, il gémit.

(Y doit avoir faim. J’dois trouver un lapin ou une biche.)

Je continue d’avancer, attentif au moindre bruit. Un peu plus loin sur ma droite j’aperçois une forme blanche qui me rappelle quelque chose. Je m’approche furtivement et la scène qui s’offre à moi me laisse pantois. Le cerf blanc que j’ai croisé il y a peu est acculé, deux gros loups noirs le cernent. Ils grognent et continue de fatiguer leur proie en essayant régulièrement de l’attaquer à la gorge. Je me demande qui sortira victorieux de cet affrontement dont l’issue ne peut être que mortelle. Le majestueux cerf brame, il se prépare à charger. Et le voilà qui fonce tête baissé, les bois tendus vers l’avant. Il percute un des loups qui est projeté quelques mètres plus loin, l’autre s’est écarté à temps et essaie de mordre le cerf. Mais celui-ci dans son élan continue d’avancer et le loup referme sa mâchoire dans le vent. Le loup qui a été projeté tente de se relever mais il n’y arrive pas et retombe brutalement au sol. Il gémit de douleur, impuissant. L’autre loup a continué de pourchasser le cerf à travers les sous-bois. Je sors de ma cachette et me dirige vers le loup blessé. Je sors ma dague et m’approche sans un bruit, mais le louveteau en a décidé autrement, il recommence à gémir.

(Rahh c’pas vrai ça ! L’est obligé d’gémir maintenant ?)

Le loup tourne sa tête vers moi, il grogne et me montre ses dents. Je ne m’inquiète pas, il est mortellement blessé. Je vais dans son dos et lui plante ma dague à la base de la nuque. Il s’éteint aussitôt. Je récupère sur la carcasse quelques morceaux de viande, j’en donne un petit bout au louveteau.

(Bon faut que j’bouge, l’odeur du sang va attirer d’autres prédateurs.)

Je me dépêche de partir, le louveteau est toujours sur son bout d’viande, je le prends sous mon bras et me dirige vers une colline proche. J’espère y trouver une petite caverne où m’établir. La pente monte doucement et j’arrive rapidement au sommet. Le spectacle qui s’offre à mes yeux est tout simplement somptueux. Le soleil s’admet vaincu et cède sa place à la lune, qui triomphante arrive et nous abreuve de sa lumière. Devant moi s’étend à perte de vue une gigantesque forêt. J’ai l’impression d’être en face d’un océan de feuilles, que les rayons lunaires éclairent faiblement. J’hésite à tenter ma chance dans ce labyrinthe végétal, la peur de me perdre peut-être. Mais ce genre d’endroit regorge d’abris naturels.

(Bon j’me lance y’a pas à chipoter !)

J’entame la descente, l’obscurité qui règne dans les bois est dangereuse, elle peut dissimuler un danger. J’avance discrètement, tous mes sens à l’affut. J’entre dans la forêt, les rayons de la lune traversent par endroit l’épais feuillage. Je crois discerner un éclat au loin, peut-être un feu de camp, je décide de faire preuve de prudence et m’en éloigne. Qui sait quel genre de personnage rôde dans ces bois. Je sens quelque chose de visqueux glisser sur mon torse, le louveteau s’est endormi et m’bave dessus. Un peu plus loin, je distingue une petite butte de terre sur laquelle repose un arbre centenaire dont les racines cachent un petit renfoncement.

(Bon et bien ce sera parfait, je suis peut-être encore trop proche du feu de l’aut’ mais tant pis j’ai sommeil.)

Je me cale le plus confortablement possible, et je dépose l’louveteau sur mon ventre. La terre est chaude et humide à la fois, je tombe dans les méandres du sommeil.

Je me réveille en sursaut, le visage en sueur.

(J’ai dû faire un mauvais rêve.)

Je m’extirpe du renfoncement et regarde autour de moi, à la lumière du jour la forêt semble moins sinistre.

(Je dois me préparer à chasser, l’louveteau va avoir faim.)

Je jette un coup d’œil derrière moi, aucune trace du louveteau…

(Où il a pu aller c’con là ?)

Je commence à ratisser le périmètre autour de notre abri de fortune, je ne le vois nulle part, ni ne l’entends. Je commence à devenir nerveux, s’il lui arrivait malheur ? Je me focalise sur le terrain, à la recherche d’un indice quelconque.

(Là ! Des feuillages écrasés, il a dû passer dessus.)

Je continue dans cette direction, et soudain, je reconnais l’odeur de la viande cuite. Son fumet m’enchante, mais je reste prudent.

(Qui est à l’origine d’ce feu ? Faut que j’aille voir si mon louveteau s’est pas fourré dans la merde.)

Je me courbe, essayant de me dissimuler dans les fourrés, et j’approche du feu de camp.

(Surement celui que j’ai vu hier soir.)

L’odeur est de plus en plus forte, soudain une voix se fait entendre.

« Approche donc, ton louveteau est avec moi. »

Je me relève, et approche prudemment.

(Comment il a pu m’entendre ?)

Je vois mon louveteau en train de manger une cuisse de lapin. Je me tourne vers l’inconnu, sa capuche lui encadre le visage et m’empêche de discerner ses traits. Sa robe est semblable à celle d’un moine mais l’aura qu’il dégage est…Déconcertante. Il m’invite à m’asseoir près de lui, ce que je fais, je sens la dague qui me frotte la jambe quand je me pose sur le tronc d’arbre faisant office de banc. Devant moi, un feu de camp, et un gros morceau de viande en train de cuire à la broche. Il voit mon attention tournée uniquement vers le bout d’bidoche et m’invite à manger. Je le regarde, puis sans plus hésiter saisis la broche et récupère la barbaque. Elle est encore un peu saignante et quand je croque dedans, je sens son jus couler le long de ma mâchoire. Je n’arrive pas à me contenir et dévore en un instant ce qui reste.

« Tu avais faim aha. Qu’est-ce qu’un gobelin fait ici, dans ces bois ? Ils renferment de nombreux dangers… » Il prononce la dernière phrase avec une pointe d’amertume et de regret dans la voix.

Je le regarde, je n’arrive pas à me décider sur ses origines. Peut-être un elfe, ou alors un homme.

« J’ai décidé de tracer ma propre route. »

« Je vois… Et ce louveteau, il s’agit de ton compagnon ? »

J’hoche de la tête, il reprend la parole peu après.

« Sais-tu où ta route va te mener ? A moins que tu ne te laisses guider par ton louveteau ? »

« J’ai quitté mon clan il y a quelques lunes seulement, pour l’instant j’erre. »

L’étranger me regarde, il soulève sa capuche et un flot de cheveux blonds tombe sur ses épaules. Son visage est fin, un petit nez trône au milieu d’son visage. Une barbe vieille de quelques jours lui recouvre les joues. Il a des oreilles pointues qui dépassent de sa dense chevelure. Ses yeux sont blancs, comme vidés de leurs substances. Pourtant je sens son regard sur moi. Je préfère lui demander.

« T’es aveugle ? »

« Non, je souffre d’une maladie qui a rendu mes yeux blancs. Mais je suis capable de voir normalement. »

« Bon et maintenant ? Tu m’as donné à mon louveteau et à moi de la viande, je suppose que t’attends quelque chose d’moi en retour. »

Il me regarde, un sourire se dessine sur ses lèvres.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Sam 30 Jan 2016 13:54 
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Chapitre II – Jusqu'au dernier souffle


1 – Quatre murs et une porte close


Une sensation de froid qui remontait de l'extérieur de sa cuisse, se propageait sur sa hanche jusqu’à son bras pour s’achever sous son épaule. Sous sa joue, sous son oreille se trouvait quelque chose de chaud, de chaleureux même, et plus tendre.

Un frisson. Elle prit lentement conscience d’être allongée sur des dalles froides, en position fœtale. Elle sentait une douleur vacillante sur sa hanche et tenta de bouger. Une main se posa tout de suite sur sa joue et une voix lui murmura des paroles rassurantes qui ne parvinrent pas à pénétrer dans le voile opaque qu’était son esprit. Mais les murmures et cette main chaude qui caressait sa joue, son visage, la rassurèrent. Elle replongea dans les ombres.

***


Elle ouvrit brutalement ses paupières et se redressa soudainement lorsqu’elle se rendit compte que sa tête reposait sur une cuisse. Elle écarquilla les yeux et découvrit le visage d’une très vieille elfe aux cheveux d’argent et aux iris d’un bleu si clair qu’elle les percevait même dans la pénombre. Elle voyait ses lèvres bouger lentement, mais les mots ne lui parvinrent que comme un brouhaha informe. La femme leva la main vers son visage, mais elle recula le buste pour se mettre hors de portée.

Ses yeux quittèrent l’ancienne pour se poser sur ses alentours. Elle était assise sur un tapis de pailles éparses reposant sur un sol de pierre, dans une pièce aux murs de bois dont les planches disjointes laissaient entrer la lumière par des interstices. Il n’y avait là pas le moindre meuble, seulement des visages hagards et des épaules voûtées.

Soudain une tête apparut juste devant elle et elle sursauta. C’était une petite tête à la peau blanche maculée de saletés surmontée d’une tignasse brune et ornée de grands yeux marrons. Ses lèvres bougeaient, les sons qu’il émettait se mêlaient au inepties ambiantes.

Tout à coup, tout lui revint. Ölendra l’Ancienne, Talen l’enfant orphelin. Le cynore qui fendait les airs pour heurter brusquement les arbres puis le sol de la forêt tropicale d’Eniod. Les cadavres partout, les lamentations des survivants. Des larmes lui vinrent au yeux et elle tenta de se recroqueviller sur elle-même pour chasser ces visions. Mais elles se poursuivirent. Le milieu inconnu, hostile dans lequel avaient évolué les rescapés dans leur tentative pour la survie. La rencontre d’Ölendra l’Ancienne et du gamin qui avait perdu les siens. Leur volonté de rejoindre la cité d’Eniod pour se sauver. Et puis l’attaque, ces shaakts qui avaient surgi des ombres des arbres pour les acculer. Le sang, les cris d’un combat perdu d’avance, ceux qui mouraient sous les coups de son épieu, la blessure qu’elle avait reçu à la hanche.

Et puis La Shaakt. La Shaakt qui n’avait fait d’elle qu’un jouet le temps d’une joute et qui l’avait rendue aussi impuissante que l’enfant entre les mains d’un adulte. Finalement, le néant.

Le temps de ces pensées, ses yeux parcoururent la pièce avec désespoir, fouillant les moindres recoins, les parcelles d’ombre sans apercevoir ce qu’elle cherchait dans sa panique. Elle était aveugle aux regards inquiets que les gens enfermés dans cette pièce lui lançaient, sourde aux paroles qui étaient prononcées. Elle ne cherchait, elle ne voulait qu’une chose.

- Lhyrr…

Elle fouilla son propre esprit à sa recherche, elle fouilla chacune de ses pensées, chacun de ses espoirs, de ses désespoirs et de ses espérances en quête de sa trace, mais elle ne trouva rien, rien que du vide. Comme s’il n’avait jamais existé.

A genoux, elle se releva brusquement, faisant cliqueter les anses de métal dans lesquelles étaient enserrées ses poignets. Elle regarda bêtement les poids au bout de ses bras alors que les sons autour d’elle prenaient enfin une signification.

- Aísillyn, mon enfant, calme-toi, rassieds-toi, tu es blessée.

Elle reporta son regard hébété sur la personne qui avait prononcé ces mots. L’Ancêtre. L’elfe si ancienne qu’elle avait connu le prédécesseur de la Reine Thelhenwen sur le trône de l’Anorfain.

- Ölendra… lui dit-elle, les yeux écarquillés de panique en soulevant les menottes qui ceignaient ses poignets comme si elles étaient la source de tous ses troubles.

La vieille hinïonne saisit doucement ses avant-bras et la força avec délicatesse et fermeté à se rasseoir.

- Ces menottes bloquent l’accès aux fluides, ils ont pensé que tu avais le pouvoir de les manier, dit-elle en gardant son regard accroché au sien par la force de sa volonté, calmant son esprit fébrile. Ils t’empêchent sans doute de communiquer avec ton compagnon.

Une vague de soulagement assaillit Isil alors que cette révélation prenait son sens. Son compagnon, Lhyrr, l’âme qui partageait ses pensées était sans doute encore en vie. N’est-ce pas ?

Mais soudain, la réalité des paroles d’Ölendra heurta de plein fouet la jeune femme alors que son esprit se mettait de nouveau à fonctionner correctement, chassant les dernières brumes de l’inconscience et de la fièvre.

Ses yeux s’éclaircirent, comme si un voile se soulevait, et elle dit avec fermeté :

- Ölendra, racontez-moi tout depuis le début.

La vieille elfe acquiesça avant de s’adosser au mur, assise à côté d’Isil. Pendant ce temps, les autres personnes présentes dans la pièce – les rescapés du cynore dont elle reconnaissait quelques visages – en firent de même tandis que Talen, le petit enfant, prenait place sur les jambes d’Isil. Cette dernière le regarda faire avec curiosité, peu habituée à être la source de l’intérêt d’un Petit d’Homme autrement que par ses contes.

- Après l’attaque des shaakts, ils ont rassemblé les survivants, nous disant que la survie des blessés était de notre ressort et que nous pouvions dès lors nous considérer comme esclaves. Ils nous ont ensuite attachés des liens, mettant des menottes de fer à ceux qui maîtrisaient les fluides et nous ont emmené.

Isil ferma les yeux au son des paroles de l’Ancienne, non pour se replonger dans le bienheureux oubli duquel elle s’était tirée, mais parce qu’elle tentait de contenir les émotions qu’elles généraient.

- Ils nous ont laissé le temps de soigner nos blessés pendant qu’ils soignaient les leurs et nous avons marché durant deux jours pendant lesquels nous t’avons portée, ainsi que les autres qui étaient incapables de marcher. Nous pensions que tu allais bientôt t’éveiller, mais la blessure à ta hanche a commencé à s’infecter et tu es restée inconsciente jusqu’à ce que l’on arrive ici. Je suis parvenue à convaincre les shaakts d’ôter les menottes de Leda, notre guérisseuse, afin qu’elle puisse soigner les blessés. C’était il y a quelques heures.

La jeune elfe ne répondit pas tout de suite, pas plus qu’elle ne rouvrit les yeux. Elle sentait comme une chape de glace l’enserrer alors que son esprit refusait de comprendre ce qui lui arrivait. Elle entendait les murmures lointains des rescapés et une sorte de cacophonie à l’extérieur de la pièce, indiquant qu’il y avaient un monde derrière ces quatre murs. Isil avait conscience qu’Ölendra et Leda lui avaient probablement sauvé la vie en agissant ainsi, mais que les shaakts avaient aussi autorisé cet usage de la magie car des esclaves en vie valaient bien plus que des esclaves morts. Des esclaves… Elle prit une longue inspiration avant de demander :

- « Ici », qu’est-ce ?

Isil sentait le regard de l’Ancienne reposer sur elle comme si elle tentait de comprendre les réactions de l’elfe pour lui venir en aide. Ou peut-être se demandait-elle jusqu'où elle devait porter la vérité. N’obtenant rien, elle répondit :

- Un village shaakt côtier au sud de la forêt d’Eniod. Nous sommes dans ce qu’ils appellent le quartier des esclaves. Nous allons être dispersés dans des maisons plus petite dès qu’ils trouveront le temps de s’occuper de nous.

Ils n’étaient donc qu’un amas de bétail dans un corral attendant d’être déplacé. La jeune elfe rouvrit finalement les yeux et se redressa lentement, délogeant Talen. Sa blessure à la hanche lui tira une grimace, mais elle la sentait sur la voie de la guérison. Bien piètre certitude. Elle se dirigea à pas laborieux vers l’unique porte de la pièce et tenta de l’ouvrir. Elle resta close. La jeune elfe tenta de plus belle, mais la serrure résista sans mal à ses assauts qui se firent de plus en plus effrénés et frénétiques jusqu’à ce qu’elle sente des gouttelettes humides perler sur ses mains. Ainsi c’était vrai. Elle était devenue une esclave. Le désespoir le plus profond s’abattit sur elle alors que la signification de ce verrou qui lui résistait s’imposait à elle.

Isil resta plusieurs instants les yeux de nouveau clos et la main toujours posée sur la poignée, les épaules tremblantes au rythme de ses soubresauts. Elle venait de perdre ce qui était le plus précieux pour elle, sa liberté et son compagnon, et elle se sentait atrocement impuissante.

Elle finit par lâcher la poignée et sa main retomba mollement contre sa hanche. Elle se retourna pour se retrouver confrontée aux regards des rescapés, elle y lu de la pitié, du désespoir… de l’acceptation pour leur sort.

Elle se détourna d’eux, dégoutée et amère. Ainsi, il leur avait fallu près de trois jours pour se résigner à leur sort ? Elle se fit la promesse que cela ne lui arriverait pas. Que jusqu’à son dernier souffle elle lutterait contre son avilissement. Cette simple pensée chassa le froid qui engourdissait ses veines qui se mirent à bouillir d’une ardeur retrouvée.

- Ce n’est pas tout, entendit-elle percer ses pensées. Cette shaakt qui dirigeait le groupe, Shi’ryil, elle t’a réclamée comme sienne, j’ignore pourquoi. Elle a dit te vouloir dès que tu seras en mesure de marcher.

Shi’ryil, La Shaakt. Le froid fondit de nouveau sur l’elfe.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Jeu 17 Mar 2016 21:09 
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2 – Une madeleine


Le plafond était composé de petites planches d’un bois marron foncé virant légèrement sur le vert. Si elles s’imbriquaient les unes dans les autres avec une relative régularité, elles laissaient cependant çà et là quelques interstices au travers desquels filtraient quelques rais de lumière. Ils n’étaient pas bien grands, mais conjugués aux poussières qui flottaient dans la pièce, ils devenaient autant de fils tendus vers les âmes en peine qui rongeaient leur frein, avachies dans leur prison. Autant d’espoirs et de rêves déchus.

Isil, allongée dans un coin, renifla avant de reporter son attention sur le plafond. Après plusieurs heures à les regarder avec attention, elle parvenait à en distinguer chaque variation, de la petite écharde qui dépassait de la cinquième latte en partant de la droite au nœud en forme de rose formé dans la quinzième latte, indiquant qu’autrefois une branche avait poussé à cet endroit lorsque l’arbre était encore entier et vivant. Combien de personnes avant elle étaient ainsi restées allongées sur le sol à observer le plafond en attendant que le temps passe ?

Elle avait l’horrible sensation de ne plus être maîtresse de son destin, d’être impuissante alors que d’autres avaient revendiqué ce qu’elle avait de plus cher : sa liberté, et la lui avaient arrachée. Depuis, elle n’avait cessé de sasser et de ressasser chaque parcelle de bribe d’information qu’elle avait obtenu sur leur situation et les rares détails qu’elle était parvenue à glaner en tendant l’oreille aux bruits extérieurs. Elle savait pertinemment la tâche vaine, mais elle lui permettait d’occuper son esprit à autre chose que son enfermement et le manque cruel qu’elle ressentait à la perte du lien qui l’unissait à Lhyrr. Qu’était-il devenu ? Pouvait-il réellement avoir survécu au bain de sang qui s’était déchaîné autour d’eux ? Et que pouvait-il penser de leur situation, s’en irait-il au loin, ou resterait-il dans l’espoir qu’elle s’échappe ? La voilà qui songeait déjà à s’enfuir alors qu’elle ne connaissait rien de leur situation.

Une agitation se fit entendre de l’autre côté de la pièce. Deux des anciens réfugiés se disputaient autour d’un sujet trivial, une simple affaire de place prise dans un pièce trop petite pour leur nombre. Elle avait été surprise de la relative absence de disputes parmi les rescapés – si tant est qu’elle pouvait encore songer à eux en ce terme – agréablement surprise, même, jusqu’à ce qu’elle se rendre compte qu’en réalité leur mutisme n’était que le reflet de leur désespoir. Même Ölendra ne pipait mot, se contentant de soulager les blessés et les malades comme elle le pouvait. Une petite pièce adjacente faisait office de latrines de fortune, mais au moins parvenaient-ils à préserver un semblant d’intimité et d’hygiène. Leur futur serait-il semblable à leurs heures passées dans cette pièce ou serait-il pire encore ?

L’attention d’Isil fut soudain attirée par le cliquetis de la porte, s’attendant à ce qu’un esclave vétéran leur apporte leur ration quotidienne de pain et de gruau, mais au lieu de voir la petite trappe s’éclairer, ce fut la porte qui s’ouvrit. Elle plissa les yeux pour distinguer ce qu’elle pouvait du noir de la nuit et se redressa. Un shaakt pénétra dans la pièce et toisa les hères avachis. Il était grand, musclé, mâle et semblait être un guerrier vêtu d’habits de cuirs. Ce fut la première fois pour Isil l’occasion de jeter un œil à leur geôliers – qu’elle ne pouvait admettre d’appeler « maîtres » - depuis son combat qui aurait pu se solder par sa mort. Peut-être cela aurait-il été préférable au sort qui l’attendait.

Cependant, elle ne s’était pas attendue à ressentir ce mélange de gratitude perverse et de profonde méfiance en posant les yeux sur l’un de ces êtres qui réclamait sa liberté, mais marquait enfin une issue à ces heures infinies à songer à son propre malheur.

- Levez-vous, dit-il avec un accent prononcé, guttural et péremptoire.

Isil observa alors plusieurs réactions différentes auprès des prisonniers. La première et la plus évidente fut celle des personnes qui se levèrent précipitamment, gardant le visage baissé vers le sol et serviles avant l’heure. A la seconde catégorie appartenaient à ceux qui furent délibérément lents et rendirent au shaakt un regard égal, défiant. Dans la dernière, à laquelle appartenait Isil, se trouvaient les quelques personnes qui ignorèrent le garde pour s’occuper des malades et des blessés afin de les aider à se redresser. Aucun, au grand soulagement de la jeune elfe, n’eut l’idiotie de se rebeller trop ouvertement.

La jeune elfe souleva un Talen affaibli et le garda dans ses bras. Le petit posa sa tête sur son épaule, les bras pendants, dodelinant dans un demi-sommeil provoqué par une maladie. Ce n’est que lorsque le Petit d’Hommes fut assuré dans ses bras qu’elle consentit un regard – non dépourvu de défiance cependant – vers le garde qui les observait un à un, comme pour assurer sa domination sur eux. Comme Ölendra ou Artem, le boucher qu’elle avait rencontré quelques jours plus tôt au moment de la chute du cynore, elle fit partie ce ceux qui refusèrent de baisser les yeux et de se laisser avilir, croisant le regard narquois de leur geôlier.

- Vous allez être dispersés dans différents baraquements où des esclaves vous apprendront les rudiments de votre nouvelle vie. Prêtez grande, très grande attention à ce qu’ils vous diront.

Il se dégagea de l’entrée et les prisonniers sortirent un par un. Isil salua avec gratitude la bouffée d’air frais après l’atmosphère confiné de leur baraquement. Dans le noir de la nuit, éclairée par une pleine lune et quelques étoiles, elle put avoir un vague premier aperçu de l’endroit où ils se trouvaient. Ils avaient été enfermés dans un bâtiment qui semblait être en périphérie d’une ville ou d’un village composé de grosses maisons non mitoyennes, entourées de jardins plus ou moins luxuriants et éclairées de quelques rares braséros. Elle ne distingua rien d’autre mais à présent qu’elle était libre des relents méphitiques de la prison, elle sentit l’odeur caractéristique d’algues des embruns venus de la mer. Cette sensation si simple qu’elle avait pourtant tant de fois ressentie lui amena les larmes aux yeux ; cette douceur, cette odeur familière provoqua une réalisation plus violente encore que cette baraque délabrée dans laquelle elle avait été enfermée.

Par un lourd effort de volonté, elle refoula ses larmes. Levant le nez en battant des cils, elle reconnut quelques constellations bien qu’il s’en trouva de nouvelles ; la jeune elfe, avide de trouver quelque chose pour changer le cours de ses pensées, en conclut qu’elle se trouvait au sud d’Hidirain, mais cela ne lui apprit rien de bien nouveau. L’air ambiant lui semblait moins saturé d’humidité, mais elle sentait encore l’ambiance lourde de la forêt tropicale.

Entourée des autres prisonniers, elle suivit le garde, Talen toujours somnolant dans ses bras. Le gamin ouvrit faiblement les yeux pour les fermer aussitôt, accompagnant cet effort d’une petite quinte de toux. La jeune femme ferma un instant les yeux, repoussant l’inquiétude que son état lui procurait, elle s’en occuperait lorsqu’elle le pourrait. Son petit corps était chaud, trop chaud même pour un Petit d’Hommes. Les larmes ravalées, son inquiétude pour ce pauvre enfant étaient autant de faiblesses qui pouvaient et seraient sans nul doute utilisées contre elle par les esclavagistes. Elle ne pouvait se permettre d’en montrer ouvertement les signes, tant pour ne pas donner des cartes à leurs geôliers que pour sa propre fierté. Et elle devait rester forte pour ce gamin assoupi entre ses bras, inconscient au brouhaha environnant. Il n’avait déjà que trop vécu et pourtant pires étaient les choses qui l’attendaient.

Ils n’eurent que quelques pas à faire pour se trouver face à une série de baraquements identiques les uns aux autres. Il y en avait peut-être une vingtaine, pour autant qu’elle puisse en juger sous l’éclat de la lune, fait de bois mal dégrossit mais néanmoins de fabrique plus durable que la baraque dans laquelle ils s’étaient retrouvés. Quel avait été le but de les y laisser si longtemps ? Leur faire subir la solitude, le désespoir pour mieux les mater ? Pour qu’ils éprouvent ce même soulagement pervers qu’elle ressentait à voir enfin les étoiles ? Peut-être avaient-ils simplement été oubliés dans un coin comme du bétail.

Comme du bétail ils furent disséminés dans les différents baraquements. Isil tenta de rester proche d’Ölendra, mais les deux femmes furent séparées quoi que demeurant dans deux maisons proches. On lui demanda si elle avait un mari qui allait avec l'enfant, elle secoua la tête et on lui indiqua où elle devrait aller.

Lorsqu’elle pénétra dans le bâtiment, elle vit une pièce principale constituée d’une cuisine rudimentaire avec un âtre et quelques plans de travail sur lequel traînaient des ustensiles. Un espace adjacent représentait la salle à manger avec une table de fortune et six chaises tandis que de part et d’autre des murs se trouvaient des portes. Ainsi Isil embrassa du regard ce qui était supposé devenir son quotidien pour les moins et les années à venir.

Au milieu de la pièce, à côté de la table se trouvaient trois femmes, trois humaines. L’une était âgée, la peau ridée et le regard larmoyant, une seconde était entre deux âges, les cheveux blond retenus en arrière par une queue de cheval rudimentaire et les yeux d’un bleu glacé, la dernière avait les cheveux châtains et des yeux verts, curieux, et une peau mate. Elle était à peine sortie de l’adolescence. Toutes les trois avaient les yeux braqués sur la jeune elfe qui se tenait, incertaine, dans l’encadrement de la porte.

- On m’a dit de venir ici, finit-elle par dire.

Elle n’avait pas le cœur aux politesses et aux paroles vaines. La vieille femme hocha la tête tandis que la seconde ne bougeait pas d’une once, son regard froid et scrutateur posé sur elle. La plus jeune s’approcha avec un petit sourire.

- Entre, on ne va pas te manger. Je m’appelle Taïna et voici ma mère, Azéline. Grand-mère s’appelle Doléa. Et vous ?

Le regard d’Isil passa de la mère à la fille. Elles possédaient toutes deux des traits communs, des pommettes hautes, un petit nez et un front haut, une bouche délicatement dessinée. Mais là s’arrêtait les similitudes car leurs couleurs différaient drastiquement. Si Azéline avait une peau pâle rehaussée par la blondeur de ses cheveux, Taïna était toute de nuances de bruns. S’il était clair qu’elles étaient mère et fille, Isil ne s’attarda pas sur les raisons de ce métissage car elle se sentait enserrée dans une sensation apathique où plus rien n’avait d’intérêt à ses yeux. Elle était devenue esclave.

Taïna l’observait en inclinant la tête sur le côté, comme si elle attendait quelque chose et la jeune elfe finit par répondre :

- Isil. Lui c’est Talen, un Petit d’Hommes.

- Un Petit d’Ho… Ce n’est pas… Oh, je vois. Il a l’air malade. Vous venez d’arriver, c’est ça ?

- Il l’est. Nous venons d’être capturés, oui, et réduits en esclavage.

Taïna eut une moue légèrement gênée tandis que les deux autres femmes ne bougèrent pas ni ne pipèrent le moindre mot. Si elles n’étaient pas bien en chairs, elles n’étaient pas non plus maigrelettes et semblaient bien mieux nourries qu’Isil ne s’y serait attendue. Elle ne voyait aucun visage émacié, aucune marque d’abus quelconque. L’esclavage avait peut-être laissé rides plus profondes sur le visage des deux femmes et le regard de la fille était peut-être moins insouciant qu’il n’aurait dû être mais Isil avait du mal à juger selon des critères humains.

- Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

Cette question lui valut un reniflement d’Azéline qui se détourna pour s’occuper d’une marmite brûlant au-dessus d’un petit feu, tournant le dos à l’entrée. Taïna lui lança un regard avant de soupirer et de reporter ses yeux sur Isil.

- Doléa a été capturée lorsqu’elle était jeune femme, de même pour mère. Quant à moi, je suis née ici.

Le regard d’Isil jusqu’alors posé sur le dos courbé d’Azéline sauta sur la jeune adolescente. Née en captivité ? N’avoir jamais connu la liberté ? Etait-ce là vraiment une vie ? Allait-elle elle-même rester ici aussi longtemps, voir les mois et les années défiler sous ses yeux, attendant la mort avec autant d’aigreur qu’Azéline ? Ses mains, posée de part et d’autre du corps fiévreux de Talen, se mirent à trembler.

- Où puis-je le déposer ? demanda-t-elle en indiquant le Petit d’Hommes, autant par nécessité que pour concentrer son esprit sur un autre sujet.

- Oh, venez ! votre chambre est de ce côté.

Taïna l’invita à la suivre dans une petite pièce composée en tout et pour tout de deux lits de part et d’autre de la porte sur lesquels reposaient une simple couverture.

- Laisse l’enfant puis reviens nous voir, nous avons beaucoup de choses à nous dire, prononça la voix parcheminée de Doléa, ouvrant la bouche pour la première fois.

Isil ferma les yeux. Oui, elles avaient beaucoup à se dire.



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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Jeu 24 Mar 2016 23:30 
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Vendu ?

[ [:attention:] Passage de la narration au passé. [:attention:] ]


Un soleil de feu ondulait sur l'horizon. Les ombres du soir s’allongeaient sur la plaine séparant Khonfas de l'immense jungle à l'est, une immense étendue où se mêlaient le sable du désert et la terre rouge du sud. La rare végétation était grillée ou déployait des couronnes de pics acérés, seuls quelques arbres rachitiques aux troncs tortueux survivaient çà et là, ponctuant l'étendue de silhouettes sombres.

Une colonne composée d'esclaves enchaînées évoluaient d'un pas trainant, poignets joints, en loques. Ils étaient escortés par leurs gardes Shaakts montant des équicéros, des bestiaux robustes familiers de ses contrées, lointains cousins des chevaux mais avec une tête rouge virant vers les ocres et dotée d'une longue corne sur le museau.

La chaleur étouffante ne tarissait guère, les pieds écorchés s'enfonçaient dans le sable, foulaient les épines, les poignets rouges étaient sans cesse sollicités par la traction forcée des deux montures en tête de la marche. Plusieurs s'étaient déjà écroulés et ralentissaient le groupe en se laissant trainer. Mais les elfes noirs en profitaient pour faire un écrémage parmi leurs possessions, matraquant sans pitié ceux qui perdaient le rythme, tranchant les mains des plus faibles pour les abandonner sur place.

Au centre de la file, entravée par la longue chaîne, un jeune homme aux cheveux châtains ponctués de reflets cuivrés avançait d'un pas mécanique, dénué de vie. Son souffle irrégulier s'échappait de ses lèvres gercées par l’aridité et la soif. Dissimulées par sa mèche, son regard grenat et sombre dissimulaient une incommensurable rage. Car ce jeune homme connut une autre vie que le servage. Une vie qui à présent lui paraissait irréelle. Alors que ses forces s'amenuisaient, quelques images erratiques de son enfance émergeaient : un vaste palais Tulorien et ses rideaux albâtres ondulant entre les colonnes ; de magnifiques navires au mouillage dans le port, d'autres attendant au large ; le goût des oranges méridionales dans les jardins aquatiques...

Puis vint la déchéance, la ruine et la solitude.

Un misérable vol dans les rues de Tulorim l'avait conduit dans les cachots agités de la milice, puis dans une cale humide et sombre.

(Je vaux mieux que ça !)

Au plus profond de la forêt d'Eniod, il avait sué nuit et jour dans une mine d'or. Refusant cette condition, il échafauda une évasion nocturne à l'aide de ses compagnons, qu'ils réussirent avec succès si l'on omet plusieurs pertes. Les évadés s'étaient enfoncés profondément dans la jungle afin d'y semer leurs poursuivants, mais il s'y étaient engouffrés trop profondément... Car au centre de cette jungle, là où l'air était vicié par de sombres malédictions, là où la lumière ne traversait plus la canopée, les elfes noirs régnaient.

Fuyant les mines d'Eniod en quête de liberté, Junas ne trouva qu'une nouvelle aliénation, et peut-être bien pire encore.


Les paupières tremblantes

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Mer 30 Mar 2016 15:43 
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Une madeleine


3 – Première confrontation


Au cours des deux heures qui suivirent Taïna et Doléa lui apprirent sous le regard sévère d’Azéline ce qu’allaient dorénavant être ses obligations. Elles lui expliquèrent comment devait se comporter tout bon esclave, quelles étaient les différentes façons de s’adresser à leurs maîtres, leurs horaires nocturnes ou diurnes de travail et les tâches qui pouvaient lui être dévolues. Isil, assise sur une chaise en face d’elles, les mains posées sur un bol de gruau à peine picoré, écoutait chacune de leurs paroles sans mot dire. Elle se sentait littéralement vidée. Vidée de son essence, de sa force, de sa volonté. Elle avait connu quelques brefs espoirs de parvenir, une fois sortie du baraquement, à s’enfuir et à emmener avec elle les autres rescapés, mais ses espoirs déclinaient au rythme des mots jusqu’à n’être plus que des braises suffocantes. La tâche lui paraissait si grande à présent, inachevable. Elle allait devoir courber les épaules, accepter de nommer un être « maître » et exécuter chaque commande avec une promptitude toute servile. C’était ceci ou mourir, emportant avec elle d’autres esclaves qui serviraient d’exemples pour sa rébellion. Ainsi réprimaient-ils toute velléité de rebuffade, par la menace de s’en prendre autant au récalcitrant qu’à ses pairs. Mieux valait pour eux une vie de sévices que pas de vie du tout.

***


Ses premiers jours de servitude furent un amoncellement de frustrations et de larmes ravalées avec peine, libérées la nuit venue sur son oreiller. La tâche imposée était éreintante sans être harassante. Le dos courbé, les pieds nus glissants dans la boue, elle poussait avec autant de force que sa blessure lui permettait une charrue qui, au lieu d’être attelée de bœufs, était tirée par trois autres esclaves qu’elle ne connaissait pas. La terre, mêlée de fumier, était ainsi labourée sous le regard circonspect d’un shaakt à la mine revêche. La jeune elfe avait rapidement compris que la vie dans ce village se faisait en deux rythmes distincts. La nuit était le domaine de shaakts, les matrones s’y déplaçaient, les échanges y étaient conclus, les enfants apprenaient leur place ; toute la vie de la tribu s’organisait sous l’astre nocturne. Le jour était aux esclaves qui ne venaient pas en aide directe aux activités des différentes Maisons, donc aux prisonniers en charge des champs, du port, du nettoyage, des bêtes. Ils étaient surveillés par quelques rares shaakts mâles en disgrâce auprès de leur Maison qui déléguaient parfois leur tâche à quelque esclave opportuniste ou bénéficiant de leur relative confiance.

Les pieds dans la fange, elle observait ce qui l’entourait. Elle voyait la forêt tropicale s’étendre au loin, vers Eniod, tandis que vers l’ouest et le nord s’étendaient de vastes plaines d’herbes brûlées ponctuées çà et là de quelques arbres. Elle comprit bien vite qu’autour d’elle s’étendaient autrefois de vastes contrées boisées mais qu’elles avaient été rasées par les communautés shaakt, sans doute pour récupérer le bois, implanter des champs, des pâturages ou pouvoir voir de loin les esclaves qui tenteraient de s’échapper. Ses contacts avec les autres prisonniers étaient très limités car les discussions n’étaient pas autorisées bien qu’elle entendit parfois quelques murmures étouffés. En écoutant à la volée quelques conversations, elle apprit cependant que la saison des pluies venait de commencer. Ses journées furent en effet rythmées entre un soleil tapant et brûlant dans une atmosphère lourde et une pluie chaude et continue masquant le paysage derrière un voile gris.

Le soir venu, elle s’en retournait fourbue dans la bicoque qu’elle partageait avec les trois autres femmes, retrouvant le cœur serré un Talen dont l’état ne faisait qu’empirer. Elle s’occupait de lui, le forçait à manger et posait des compresses froides sur son front suant mais rien n’y faisait. Chaque jour son regard se faisait de plus en plus vitreux et elle ne pouvait rien de plus pour lui. Elle retournait alors dans la salle principale et s’asseyait en compagnie de Doléa et de Taïna, apprenant les quelques rudiments de ce qu’était cet affreux et guttural langage shaakt. Azéline, qui travaillait comme aide dans l’une des Maisons shaakts de nuit, était rarement visible. A un moment, un esclave venait avec les rations du soir qu’il leur convenait de préparer et de se partager.

Au matin du quatrième jour, alors que le glas sonnait pour marquer le début de leur journée de travail, Isil s’avança vers l’un des Shaakts montant la garde au lieu de se rendre directement aux champs. Elle se força à courber légèrement l’échine, à regarder le sol plutôt que devant elle et à masquer partiellement son visage derrière des mèches de cheveux noirs dans une attitude qu’elle espérait servile. L’homme tourna la tête vers elle, le regard mauvais, irrité de cette interruption bouleversant la routine établie. Aucun contact inutile n’était fait entre les deux castes et voilà qu’une esclave s’avançait effrontément vers lui.

- Rejoins les autres, Tsabrek, dit-il en shaakt sans même quitter des yeux le flot de prisonniers soumis s’en allant au travail.

Isil avait appris ce mot la veille. Tsabrek était une façon de s’adresser aux plus bas des esclaves, une insulte même pour cette caste déjà méprisée. Elle n’en voyait pas l’intérêt ni ne s’en sentait touchée, l’avilissement pur et simple dont elle était victime était déjà la pire des insultes. La jeune elfe ne se démonta pas mais s’avança jusqu’à n’être qu’à un peu plus d’un mètre du garde qui daigna poser les yeux sur elle. Elle gardait la tête baissée et c’est ainsi qu’elle dit en langue commune :

- Mon petit a besoin de soins.

Le shaakt haussa les épaules et détourna le regard pour reprendre sa garde.

- Rejoins les autres, Tsabrek, lâcha-t-il une nouvelle fois, utilisant à son tour le dialecte commun à tout Yuimen.

La jeune elfe ne bougea pas, le regard rivé sur une pierre à quelques pouces d’une des sandales qu’on lui avait données.

- Mon petit a besoin de soins, répéta-t-elle.

Elle comprit l’erreur lorsqu’elle sentit l’impact sur sa joue, la faisant reculer de quelques pas. Par réflexe, son poing se serra et son regard s’enflamma, mais elle força son attitude à rester servile et passive. Autour d’eux quelques esclaves ralentissaient, jetant des coups d’œil inquiets au couple.

- Rejoins les tiens, Tsabrek, ou tu ne verras pas la prochaine lune !

Isil prit une inspiration, se forçant à la tempérance avant d’insister :

- Maître, mon petit a besoin de soins, il est trop faible, il va m…

Le second coup fut plus puissant encore, percutant la joue qui déjà avait commencé à rosir. Le visage toujours baissé, elle ne l’avait pas vu venir, pas plus qu’elle ne vit le troisième qui fendit sa lèvre. Son sang se mit à bouillonner de rage et elle leva les yeux sur lui, prête à bondir. C’est le regard narquois du shaakt qui l’en empêcha. Il était plein de gouaille et de satisfaction. Il n’attendait que ça, une marque de révolte, une raison pour profiter de sa dominance. Isil serra une nouvelle fois le poing et baissa la tête avec reluctance, se préparant à recevoir d’autres coups. Aucun ne vint. A la place, elle vit les deux bottes renforcées du shaakt entrer dans son champ de vision. Elle sentit sa main se poser sous son menton et forcer sa tête à se relever. Il la dominait de plus d’une tête et braquait sur elle ses iris rouges brillant sur sa peau noire, comme une lune sanglante dans la nuit. Ses membres se mirent à trembler malgré elle et elle posait les yeux partout ailleurs que sur son visage. Plusieurs esclaves s’étaient arrêtés, attendant la suite.

Tout dans l’être de cet homme exsudait la moquerie vulgaire et l’excès de confiance. Elle avait beau feindre la servilité, elle ne pouvait empêcher des larmes d’impuissance et de rage affluer et menacer de couler. Et c’est exactement ce qu’il voulait, ce dont il se délectait en la forçant ainsi à dénuder sa gorge en levant son menton vers le ciel, qu’elle sente sa propre faiblesse opposée à sa force, sa petitesse face à son pouvoir. Et elle les sentait. Par tous les Dieux, elle les sentait. Elle était humiliée, incapable d’agir et elle se méprisait. Ses genoux se mirent à trembler de plus belle alors qu’elle sentait sa lèvre fendue, sa joue se tuméfier en souvenir des coups qu’elle avait reçu et le regard brûlant qu’il posait sur elle. Sa prise se resserra sur son menton.

- T’es l’hinïonne que la Dame Shi’ryil a réclamé, finit-il par dire après un temps qui lui parut incroyablement long. Elle nous a prévu qu’on pouvait s’attendre à de l’impertinence de ta part. Y paraît que votre engeance prend mal les ordres. Ça tombe bien, la Dame nous a dit exactement ce qu’il fallait faire dans cette situation.

Il souleva encore son menton plus haut, la forçant à se cambrer et à se mettre sur la pointe des pieds avant de la pousser brusquement en arrière. Déstabilisée, elle chuta rudement sur le sol avant d’être cueillie par un coup de pied au ventre qui lui arracha un cri de douleur. Elle se recroquevilla sur elle-même en voyant l’ombre du shaakt approcher, masquant le soleil.

- Y paraît que le meilleur moyen de briser les elfes de lumière, c’est d’les envoyer dans les ombres, dit-il avec un plaisir malsain.

Il releva la tête vers les esclaves qui observaient les scène pour beugler :

- Emmenez la dans les Fosses ! Dorénavant, c’est là qu’elle travaillera.

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