Coup de pied bien placé !
Bien que ma voix fût douce, je me faisais insistante. Sans quitter mon comparse des yeux, j’attendis qu’il me donne une réponse satisfaisante. Et ce petit lutin, qui avait, jusque-là, toute ma confiance, se mit à hésiter, puis à bafouiller. Puis, après quelques longues secondes d’hésitation, il me répondit par l’affirmative. Enfin, il croyait que ce Maltar était un gobelin de parole, mais il n’en semblait pas si certain.
Je le fixai un petit moment, me demandant si je devais encore faire confiance à ce guérisseur. Quelques autres longues secondes de silence suivirent, temps pendant lequel, je fixai mon vis-à-vis à peine plus grand que moi.
Maltar, n’était qu’un rustre gobelin sans manière, comme tous les gobelins en fait. Quant à Adrayk, c’était un lutin tout comme moi, et je me devais faire confiance aux individus de ma race. Et après tout, je ne pouvais en vouloir à Adrayk de la nonchalance et l’attitude irresponsable de son compagnon. Je décidai donc de le croire.
Le garde quant à lui, avait d’autres chats à fouetter. D’une voix ferme, mais respectueuse, il nous enjoint à quitter les lieux.
"Bon allez mes p'tits lutins, jpeux rien faire pour vous. Passez vot'e chemin, y'a rien pour vous ici, seulement des brutes épaisses et des malfrats.Mon compagnon barbu obéit au milicien. Moins obéissante et avec une idée fixe en tête, je tenais à rester là un petit moment.
« Non, justement, il n’y a peut-être pas que des brutes. Y a quelques jours une femme, nommé Chimay, portant une soyeuse cape bleue, a kidnappé mon amie Hortense, sans raison valable sinon par méchanceté. »À ces mots, les yeux du nain s’agrandirent pour atteindre une taille que j’aurais cru impossible, ses épais sourcils broussaileux se froncèrent, sa peau bien blanche se mit à rougir et c’est d’une voix chargée de mépris qu’il me répondit :
« Bien sûr que je connais Dame Chimay. Elle nous a rapporté une criminelle pas plus tard que la semaine dernière. Et il n’y a pas d’erreur sur sa personne. Hortense est bien connue du milieu, elle était recherchée pour meurtre et elle va croupir ici, je vous le garantis. »Puis son mépris se métamorphosa en colère :
« Si vous êtes de ces amis, vous n’avez plus d’affaire ici. Quittez Mertar aux plus vite, vous n’êtes plus les bienvenus !»Cela dit, il nous empoigna respectivement par nos cols de tunique et nous jeta hors du bâtiment comme de vulgaires chats de gouttière.
« Ouille ! » Fis-je lorsque mon derrière rencontra le solide plancher de pierre.
J’aurais pu me débattre et me délivrer de son emprise, l'empêcher de me balancer comme un vulgaire chat de gouttières, mais je n’en fis rien. Tout d’abord, cet homme représentait la loi, puis ensuite, je ne connaissais pas suffisamment Hortense pour être garante de son honnêteté. Je ne pouvais cependant pas quitter ce lieu, sans en avoir le cœur net, sans questionner la principale intéressée.
Au sol, à mes côtés, Adrayk me regarda d’abord d'un air désolé et penaud. Puis soudain, son regard s’illumina et adopta une expression de malice propre à tout lutin qui se respecte.
Curieuse, je le questionnai après m'être assurée que le milicien était retourné à son poste:
« Vous avez une idée ? »