L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
MessagePosté: Lun 12 Fév 2018 18:01 
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La descente sur l'étroit sentier menant au temple se déroula sans encombres, laissant Kurgoth penser que les pillards ne s'y étaient pas installés très récemment et avaient pris le temps de bien reconnaître les dangers de ce chemin escarpé. Bien que les journées hivernales étaient très courtes, les garzoks arrivèrent au pied du mont suffisamment tôt pour installer leur campement avant la tombée de la nuit. Le barbare, par soucis de sécurité, répartit ensuite ses troupes en six groupes équilibrés devant se relayer pour monter la garde. Comme il ne les connaissait pas individuellement, le chef de clan les laissa choisir le groupe dont ils voulaient faire partie et l'heure de leur garde. Comme il fallut s'y attendre des garzoks, certains choix furent décidés à la force des poings et Kurgoth s’abstint d'intervenir, tant que le camp était gardé, cela lui suffisait. Afin de se faire bien voir des peaux-vertes, il ajouta la viande qui lui restait de son brok'nud au cadavre de sa victime matinale pour le repas commun. S'il savait que la plupart des guerriers lui en voulaient d'avoir refusé d'attaquer Amaranthe, cette initiative sembla le faire remonter dans leur estime et le prêtre savait que même s'il avait vaincu Olur, il n'était pas exclus que l'un de ses sous-fifres ne tente de le tuer pour prendre sa place.

Au matin, Kurgoth leur imposa à nouveau la prière à Thimoros et bien que tous s'allongèrent sur le sol dans la position qu'il leur demandait, beaucoup semblaient encore hostiles à cette pratique. La prière terminée, les pillards plièrent bagage et reprirent leur chemin à travers bois jusqu'à la mi-journée, quand leur chef leur fit signe de s'arrêter. Le barbare crut en effet entendre des voix humaines et arrêta immédiatement sa troupe pour écouter. Tous purent entendre ces voix ainsi que des bruits ressemblant à coups contre des planches de bois, résonnants entre les troncs. L'un des garzoks s'approcha alors de son meneur.

"Il doit s'agir du camp de bûcherons que nous avons attaqué il y a quelques jours. Inutile de s'attarder, il n'y a plus rien à piller ici."

"Bien sûr qu'il s'agit de ce camp, comment crois-tu que je vous ai trouvé? Ce doit être une patrouille de gardes, envoyés pour constater les dégâts. Moins nombreux que nous et possédant sûrement quelques vivres. Fait passer aux autres, c'est pas Amaranthe mais on va quand même les attaquer."

Le pillard sembla immédiatement s'enthousiasmer du combat à venir et transmit le message à son compagnon le plus proche, qui le transmit lui-même aux garzoks adjacents, le transmettant à leur tour et ainsi de suite. Kurgoth agita son bras gauche dans les airs afin que tous puissent le voir, alternativement dessinant un cercle et pointant une direction. Ses troupes semblèrent comprendre l'idée de la consigne et commencèrent à se disposer en arc de cercle autour du camp en ruines. Avançant accroupis dans la neige épaisse pour se camoufler, les peaux-vertes prirent position à l'orée de la clairière, laissant environ cinq mètres entre chaque assaillant. L'opération prit un certain temps et durant tout le trajet Kurgoth sentit la neige poudreuse qu'il déplaçait venir s'engouffrer dans les ouvertures de son équipement, fondant au contact de sa peau plus chaude et le faisant tressaillir lorsque l'eau, tout juste liquide, coulait le long des stries de ses muscles.

Au centre de ce qui était, il y a encore quelques jours, un campement de bûcherons, se tenaient cinq soldats dont un monté sur un cheval, probablement leur chef. La monture était trapue, bien plus adaptée au rude climat local et aux chemins forestiers encombrés qu'aux galops épiques tels que les humains aimaient les raconter dans leurs histoires. Son cavalier, quant à lui, semblait impatient de quitter les lieux et ne cessait de resserrer autour de lui l'épaisse cape de peau dans laquelle il était emmitouflé. Ils étaient si peu nombreux, cela semblait si facile. Au moment de lancer l'assaut, Kurgoth hésita un moment alors qu'il avait déjà sa kikoup et sa kitranche en mains. Ses armes, sa kitranche particulièrement, étaient de médiocre facture, bien en deçà de l'arme à deux mains de son mentor. Il n'avait jamais manié d'armes aussi imposantes, aussi, poussé par sa curiosité et la facilité du combat à venir, il décida de ranger ses armes pour s'armer de l'énorme kitranche qui collait mieux à l'image habituelle du chef de clan de pillards que connaissait les humains et aiderait sans doute à les effrayer.

Le barbare bondit alors hors du manteau neigeux en rugissant et se précipita vers les gardes humains suivit de près par les autres garzoks, émergeant du bois à l'unisson en hurlant. Tandis que le chef humain criait des ordres et que ses gardes firent front devant lui en levant leurs boucliers, les troupes de Kurgoth avançaient dans la neige épaisse avec une vitesse étonnante, au prix d'efforts éreintants. Mais alors que le prêtre de Thimoros avait dépassé les premières ruines de bois brûlé et n'était plus qu'à une dizaine de mètres des gardes, il s'écroula sur le sol, une violente douleur traversant subitement sa jambe. Se retournant au sol pour voir l'origine de cette douleur, il vit une flèche traverser son mollet de part en part. Lorsqu'il releva sa face, ridiculement recouverte d'un masque de neige lors de sa chute, il entrevit, dans les décombres d'un bâtiment de bois, un archer ré-armant son arc. Le barbare, affrontant la douleur lancinante, se releva et hurla à ses guerriers:

"Dans les décombres! Des archers! Massacrez-les!"

Les pillards les plus avancés n'avaient alors plus d'attention que pour les gardes sur lesquels ils étaient sur le point de se jeter sauvagement, mais ceux ayant pris un léger retard durant la charge, que ce soit parce que la neige était plus épaisse ou parce qu'ils courraient simplement moins vite, changèrent sur-le-champ de trajectoire et se dirigèrent vers les constructions en ruines pour en déloger les occupants. De son côté, Kurgoth s'arracha la flèche du mollet non sans un grognement puis, après l'avoir brisée en deux en la serrant dans son poing, se rua vers le responsable de ce tir, ignorant sa blessure. L'archer tira une flèche qui siffla aux oreilles du barbare avant de toucher un autre pillard puis, constatant qu'il était repéré, recula dans les décombres hors de la vue du chef de clan. Lorsque le barbare défonça la porte noircie et branlante d'un puissant coup d'épaule, l'humain se jeta sur lui avec sa kikoup courte. Le garzok massif fit un pas de côté in extremis et la lame, plutôt que de pénétrer sa chair, entailla son gilet de cuir et entraîna son porteur la tête la première dans la neige, hors du bâtiment de bois effondré.

Profitant du temps nécessaire à l'archer pour se relever, Kurgoth examina la situation aux alentours qui semblait avoir totalement basculé en sa faveur. Le chef humain et ses gardes étaient submergés par une vague verte comportant trois à quatre fois plus de guerriers qu'eux au centre du campement et le reste des pillards commençaient à ressortir des constructions, leurs armes ensanglantées. Le massif garzok brandit alors la lourde lame dans les airs, prêt à trancher en deux l'archer inexpérimenté, quand un des siens s'interposa en se glissant entre lui et sa cible. Il s'agissait qui était déjà venu lui parler avant qu'il n'ordonne l'assaut du campement, mais cette fois-ci son impertinence ne plut pas du tout à Kurgoth qui le menaça.

"Dégage de mon chemin si tu veux pas finir tranché en deux avec la vermine humaine!"

"Attendez chef, écoutez-moi. Il faut en laisser au moins un en vie!"

"Foutaises, qu'ils meurent, ils ne te traiteraient pas autrement! Vous vouliez piller n'est-ce pas? Alors ne prenons pas le risque de garder des survivants, dégage!"

"Chef Kurgoth, tous les pillards laissent des survivants! Sinon comment les humains sauront-ils qui est responsable? Votre nom sera ainsi connu et craint, comme celui de Thimoros."

La mention de son dieu sembla calmer le prêtre qui abaissa son arme, réfléchissant pour savoir ce qu'aurait fait le dieu de la guerre. Le prêtre n'avait jamais entendu, lui sembla-t-il, que Thimoros fut de ceux laissant derrière lui des survivants du temps où il parcourait Yuimen. Mais être craint au même titre que son dieu, savoir que son nom pouvait terrifier les alentours, cela plaisait au barbare. Si cela pouvait l'exposer au risque d'être chassé par le seigneur local, cela ne le mettrait guère plus en danger qu'il ne l'était déjà, les humains tuant à vue tout ce qui pouvait se rapprocher d'un garzok ou d'un sekteg. En outre, il rentrait dans les terres omyrhiennes et serait déjà loin le temps que le messager retourne vers son maître pour lui annoncer la nouvelle. Tandis qu'il réfléchissait, les combats se terminaient autour de lui et les troupes commencèrent à se rassembler.

"Très bien humain, tu vivras, le temps de porter un message à ton seigneur. Et toi guerrier, comment t'appelles-tu?"

"Lurbuk."

"Dans ce cas allume un feu et fais-y chauffer la lame de ma kikoup. Les autres, rassemblez les corps, partagez-vous les armes et entassez la viande sur le cheval! Il nous aidera à tout transporter."

Le butin fut maigre, il n'y avait qu'une dizaine de soldats et quelques querelles éclatèrent lorsqu'il fallut s'attribuer les meilleures pièces d'équipement. Deux guerriers vinrent également arracher brutalement l'armure du soldat épargné dont l'arme fut également volée. Après que le partage fut effectué et puisqu'il n'y avait pas participé, il ne resta à Kurgoth que quelques objets en piteux état. Il y avait également quelques provisions, mais les corps des vaincus constitueraient la principale source de nourriture pour le voyage à venir. De son côté, Lurbuk pris l'arme que Kurgoth lui tendait et s'attela à rassembler quelques morceaux de bois que la neige n'avait pas détrempé pour allumer un feu de camp fébrile avant d'y plonger la lame comme lui avait ordonné son chef. Lorsque l'arme fut chauffée, le prêtre traina sa victime jusqu'au foyer autour duquel ses pillards s'étaient rassemblés. Le jeune humain tremblait à la fois de peur et de froid, son manteau ayant été arraché en même temps que son armure et n'ayant nulle part où fuir puisqu'il se retrouvait encerclé.

Le barbare ne cacha pas sa déception lorsqu'il posa le doigt sur sa kikoup pour évaluer sa température, mais il savait qu'il serait compliqué d'obtenir un meilleur résultat avec ce qu'ils avaient à leur disposition. Il dégaina alors sa kitranche à deux mains et, sans prévenir, trancha net un bras de l'humain. Ce dernier hurla à la fois de surprise, de douleur et de terreur. Il pensait qu'il serait renvoyé dans le froid hivernal jusqu'à Amaranthe, mais ne s'attendait pas à être ainsi mutilé. Tandis qu'il se recroquevillait dans la neige, sanglotant en tenant son moignon d'où le sang coulait à gros bouillons, un nouveau hurlement lui fut arraché lorsque Kurgoth utilisa sa kikoup pour cautériser la plaie béante.

"Ceci n'est rien pour notre dieu Thimoros! Quiconque d'entre vous défiant mon autorité ferait mieux de prier tous les dieux qu'il connaisse afin d'être traité comme cet humain, car je lui réserve bien pire. Quand à toi, dont les semblables nous chassent comme des animaux, tu diras à ton seigneur que son armée ne fait pas le poids face à la reine noire, et qu'il devrait se soumettre s'il ne veut pas risquer la vie de son peuple."

Tout en parlant, Kurgoth maintenait sa lame sur la plaie et la jeta à nouveau dans les flammes à la fin de sa déclaration. En un sens, il n'avait pas tort, comment un petit duc pouvait-il espérer contrer l'armée oaxienne s'il ne pouvait empêcher un groupe de pillards de ravager ses terres? Il se gardait bien en revanche de parler du fait que l'armée entière aurait bien du mal à parvenir si loin de la frontière sans rencontrer l'armée impériale en chemin. Le barbare avait par ailleurs bien écouté son guerrier et comptait terrifier l'humain afin de bâtir sa réputation tout comme il avait vu les chefs de clans le faire dans sa jeunesse. S'il venait à être capturé, il ne serait pas plus mal traité que s'il était inconnu, mais la peur chez ses ennemis pourrait sans doute l'aider dans un futur combat, du moins, c'était ce que répétait Romthaars’t aux fanatiques du temple d'Omyre. Le prêtre leva à nouveau sa kitranche à deux mains et trancha l'autre bras de sa victime avant d'y appliquer à nouveau la lame brûlante de sa kikoup.

"Raconte bien à ton maître ce qui s'est passé ici. Décris-lui toute la sauvagerie avec laquelle nous avons mis en pièce tes compagnons et comment nous les dévoreront comme du vulgaire gibier. N'omets aucun détail de la terreur qui t'habite et n'oublie pas de lui dire qui a dirigé tout cela. Kurgoth. Retiens bien ce nom comme celui du monstre qui a ruiné ta vie et viendra dévorer les tiens s'ils résistent à la reine noire, Kurgoth."

"Le Cruel! Kurgoth le Cruel!"

Le garzok qui avait ainsi pris la parole n'était autre que Lurbuk. Son intervention ne manqua pas de faire se serrer les poings du barbare, mais celui-ci réalisa que contrairement aux autres meneurs garzoks qu'il avait côtoyé, il n'avait pas de titre descriptif associé à son nom. "Le Cruel", Kurgoth le Cruel, dans le fond pourquoi pas? Sans être original, cela pouvait effrayer et il serait difficile de trouver un être à qui un tel titre conviendrait mieux qu'à un prêtre de Thimoros.

Le chef de clan n'avait plus rien à faire dans ce camp dévasté. Ses troupes avaient réunies les provisions, y compris les bras nouvellement tranchés qui furent bien vite récupérés, et son messager connaissait à présent sa mission. Kurgoth rangea alors ses armes et tourna les talons. Suivit par ses semblables, certains blessés, aucun n'ayant succombé, mais surtout tous satisfaits d'avoir pu combattre, il s'enfonça dans les bois enneigés, reprenant son chemin vers le col de Lebennon et la cité noire en laissant derrière lui un humain mutilé, terrorisé et à moitié nu avec un message à délivrer.

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Dernière édition par TheGentleMad le Mar 3 Juil 2018 11:21, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
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Si le parcours religieux de Kurgoth semblait discutable, puisqu'il aavait rejoint le temple d'Omyre afin d'expier un blasphème et n'avait cherché qu'à quitter ce temple pour assouvir sa vengeance depuis qu'il y fut admis, sa dévotion à Thimoros était bien réelle. Le prêtre considèrait en effet le dieu de la guerre comme la divinité protectrice de son peuple et que sa fille, la reine noire, représentait, bien qu'elle fût une divinité distincte à part entière, une incarnation du dieu de la souffrance et fut envoyée sur Yuimen pour guider ce peuple méprisé vers son destin. Ce retour à la cité noire représente donc pour Kurgoth un acte de foi. Il se sentit investi de la mission de ramener auprès d'Oaxaca, et donc de Thimoros, les âmes de ces pillards qu'Olur le Traître avait dupé et détourné de leur dieu. Ainsi, durant le voyage, le chef de clan s'efforça d'instaurer la prière au dieu sombre comme rituel quotidien à effectuer avant de lever le camp. Si ces troupes furent hostiles à ce changement de religion, par rapport à Meno qu'ils vénéraient avec Olur, ils semblèrent de mieux en mieux accepter ce rituel à mesure que le voyage avançait. Si l'on put croire, a l'instar de ces garzoks, que cela améliorerait l'humeur de leur chef au fil du temps, celle-ci ne fit que se dégrader à chaque nouveau jour de voyage.

L'humeur du barbare se dégradant de jour en jour avait une cause très simple. Le chef de clan savait qu'à chaque pas le rapprochant du col de Lebennon, ce même pas le rapprochait d'autant de Kardân et de l'Aube Radieuse. Le prêtre se souvenait de l'état dans lequel il avait croisé Baronk et son détachement après leur défaite et jugeait qu'il ne possédait ni assez de guerriers, ni les compétences tactiques requises pour avoir la moindre de chance de l'emporter face à un tel ennemi. Sa crainte ne fit que croître durant le voyage, le rendant toujours plus irritable. La plus légère objection au moindre de ses ordres assurait ainsi à la victime de l'injustice provoquée par son humeur détestable une nuit entière à monter la garde du camp qui devait être chaque jour un peu mieux protégé que la veille. Loin d'être satisfait de priver ainsi de sommeil ses troupes, Kurgoth fut toujours le premier à s'endormir et en profita chaque nuit pour vérifier au milieu de celle-ci et juste avant l'aube qu'aucun garde en poste ne s'était assoupi. Ceux qui se faisaient prendre se faisaient lacérer les chairs lors de la prière matinale quotidienne à Thimoros. Le mécontentement couvait sous les tentes en peaux de bêtes et lorsque les garzoks firent part de leurs griefs, le barbare les condamna tous à monter la garde toute la nuit. Devant la stupidité d'une telle mesure, aucun ne bougea, mais le prêtre refusa d'admettre que son ordre était insensé.

"Par Thimoros débrouillez-vous donc! Que je surprenne un seul moment de la nuit où nul ne monte la garde et je vous montrerai ce que l'on apprend au temple d'Omyre en choisissant ma victime au hazard parmi vous! Qu'on nous attaque sans que vous l'ayez vu venir et je vous laisserai mourir comme des chiens!"

Si certains évoquaient à demi-mots la possibilité de tuer ce chef tyrannique pour en choisir un moins stupide et instable, la plupart des pillards reconnaissait qu'ils erraient depuis si longtemps dans les duchés qu'il leur serait difficile de retrouver le chemin de leur patrie et que cela était d'autant plus dangereux qu'ils étaient sur les terres où patrouillait l'Aube Radieuse. Loin de Kurgoth, les pillards mirent eux-mêmes en place un ordre de ronde afin que leur camp soit constamment surveillé. Bien que monter la garde inclue le fait de perdre quelques heures de sommeil, tous le firent de bon gré car ils savaient que le barbare ne pourrait résister au fait d'inspecter le campement au milieu de la nuit dans le but de tenir parole et violenter ses troupes pour rétablir son autorité bousculée. Évidemment, à chaque ronde du prêtre, les gardes en poste ne se privaient pas de le saluer d'un ton railleur et de le moquer, ce à quoi il se contentait de répondre par un grognement animal.

(Rigolez mes salauds, rigolez. Une fois que la menace de l'Aube Radieuse sera passée et que je n'aurai plus besoin de vous, par Thimoros, je me vengerai.)

Le voyage, bien qu'accompagné de ces tensions au sein du clan, se passa sans encombres notable jusqu'à un certain soir. Ils n'étaient plus qu'à un jour de marche du col de Lebennon et les garzoks se réjouissaient déjà d'avoir traversé les duchés sans croiser le moindre paladin et arguaient de leur voyage que l'on exagérait le danger représenté par les hommes de Kardân. Kurgoth, frustré de devoir s'arrêter si près de la frontière assurant sa sécurité, n'arrivait pas à fermer l’œil en entendant ces billevesées et, au bout de quelques heures à se retourner sous sa tente en peau, décida d'aller se promener dans la fraîcheur nocturne du camp pour calmer son stress afin de prendre un peu de repos en vue du voyage du lendemain. Il ne lui fallut pas longtemps, en faisant le tour du campement, pour tomber sur deux pillards qui adoptèrent, comme à l'habitude des dernières nuits, un ton railleur à son égard.

""Alors, toujours peur du noir?"

""Pas du noir, mais sans doute de ça. Préparez tout le monde à se battre et lever le camp, en silence."

Tout en répondant, Kurgoth désignait quelques lueurs vacillantes entre les troncs semblant imperceptiblement se rapprocher. Les trois garzoks fixèrent quelques instants le phénomène inattendu, mais remarquèrent rapidement les multiples silhouettes entourant les sources lumineuses. Le chef de clan n'eut dès lors pas à répéter son ordre, tandis qu'il retournait rassembler ses affaires, laissant derrière lui les armes en piteux état du dernier pillage qui ne feraient que le ralentir, le camp s'anima autour de lui. Les peaux vertes se passaient l'alerte en chuchotant puis rassemblèrent eux aussi leurs biens dans des paquetages légers afin de combattre sans être gênés, ils auraient bien le temps de récupérer le reste de leurs affaires et bien plus encore s'ils triomphaient de cette menace dont la nature fortement suspectée n'était pas encore confirmée.

Les pillards s’alignèrent derrière les rangées de pieux éparses formant la fortification, somme tout sommaire, de leur campement. Scrutant la forêt nocturne de leur vue perçante, ils remarquèrent que les lueurs, mais aussi de façon plus inquiétante les silhouettes, se répartirent autour d'eux. Les armes au clair, certains chuchotaient qu'il fallait attaquer les premiers, d'autres, également prêts à combattre, préféraient rester à l'abri de leurs maigres fortifications. Kurgoth, lui, restait silencieux et tentait de jauger les forces en présence. Une puissante lumière inonda soudainement la clairière occupée par les garzoks. Ceux qui, comme Kurgoth, levèrent les yeux, furent éblouis par une sphère lumineuse à l'intensité presque aveuglante. Au même instant, une clameur s'éleva du sous-bois et tous les assiégés virent cette vague d'humains en armure se ruer sur eux. Le prêtre hurla plusieurs fois l'ordre de rester en position, sa grande kitranche en mains, afin qu'aucun ne rompe le rang. Si un garzok était plus fort physique qu'un humain, leur présente infériorité numérique leur imposait d'adopter un minimum de discipline pour s'en tirer. Tous attendaient l'impact entre les deux forces armées, mais aucune peau-verte ne s'attendit à ce qu'il eut lieu ainsi. Juste avant de traverser les pieux, les serviteurs de Gaïa émirent à l'unisson une explosion lumineuse aveuglante au dessus de leur tête. Tous les assiégés en perdirent leurs moyens, leur rétine sensible si furieusement agressée. Certains comme Kurgoth eurent le réflexe de faire quelques pas en arrière, tandis que d'autres se recroquevillaient sur eux-mêmes, à la merci de leurs assaillants, alors que d'autres enfin brassaient l'air de leurs armes pour tuer quiconque serait trop proche d'eux.

Le fracas de l'acier fut bien moindre que ce à quoi le chef de clan s'attendait et il lui fallut attendre de retrouver la vue pour en comprendre la raison. Il n'en croyait pas ses yeux, une terrible malédiction semblait avoir été lancée sur ses troupes. A chaque fois qu'un garzok dirigeait son arme vers un humain, celle-ci perdait toute célérité juste avant l'impact, et ce phénomène se produisait également lorsqu'ils essayaient de se battre à mains nues. Le barbare resta au sol, bouchée bée, devant un tel spectacle. Soudain, Lurbuk surgit devant lui, le visage ensanglanté.

"Chef! C'est terrible! On ne peut pas les blesser! Nos bras s'immobilisent comme ensorcelés! On fait quoi?"

La terreur qui se lisait dans ses yeux imprégna immédiatement Kurgoth, comment pourraient-ils vaincre des ennemis qu'ils ne pouvaient blessés? Il devait fuir. Il devait fuir pour sauver sa peau. Cette solution martelait son esprit comme étant la seule vérité en cet instant de débâcle. Alors qu'il s'apprêtait à ordonner la retraite, un rayon de lumière traversa le crâne de son subalterne qui tomba au sol, mort. A Phaïtos l'ordre de retraite, les garzoks se faisaient déjà tailler en pièces et il devait profiter de cette diversion pour fuir. Le barbare se releva alors, les jambes tremblantes et s'élança vers sa survie. Celle-ci avait la forme d'un équidé, le cheval de bât des gardes massacrés quelques jours plus tôt. D'un geste il envoya s'écraser au sol l'équipement chargé sur son dos et grimpa sur l'animal en hurlant. C'était la première fois qu'il utilisait une monture et celle-ci, paniquée, était déjà lancée dans un galop effréné. Le prêtre agrippa à la crinière de l'animal de ses épaisses mains brunes, mais restait dangereusement balloté sur son dos, constamment au bord de la chute. Fermant les yeux tout en essayant de se stabilisant en resserrant ses jambes autour de la bête en pleine course, Kurgoth ne put assister à la charge de l'équidé qui traversa les rangs des humains se jetant sur le côté pour ne pas être piétinés avant d'enjamber, d'un élégant saut, ce qui restait de pieux disposés autour du camp ravagé.

Quelques instants plus tard, Kurgoth ré-ouvrit ses yeux et remarqua qu'il s'enfonçait dans la forêt avec sa monture. Jetant un regard en arrière vers le combat se finissant, un rayon de lumière frôla son visage avant de pénétrer la chair du cheval. Ce dernier s'effondra alors au sol en envoya rouler dans la neige son cavalier. Sitôt ses esprits revenus, le barbare se remit debout et se dirigea vers sa monture. L'attaque magique avait traversé la jugulaire de la bête ainsi qu'une partie de son crâne. Voyant la scène de l'animal se vidant de son sang en agonisant de douleur, le barbare resserra ses doigts sur son arme. Il hésita quelques instants entre sa gratitude, sa survie et sa foi. Certes l'équidé lui avait la vie et il pouvait en remerciements abréger ses souffrances, mais il devait continuer à fuir et soulager un être de la douleur était le contraire de la manière dont il vénérait son dieu, Thimoros, qui se nourrissait des souffrances de toute chose.

"Puisse Ter Zignok venger ta mort, destrier. Ces serviteurs de Gaïa seront bientôt vaincus par ma reine, sois-en certain."

Ses mots furent d'avantages prononcés afin que Kurgoth se rassure lui-même que pour soulager l'animal qui n'avait sans doute jamais compris le langage des hommes. Le garzok brandit ensuite sa grande kitranche afin de récupérer une cuisse de l'animal pour la fin de son voyage, sa monture mourrait également plus vite, mais puisque qu'il la laissait agoniser, le prêtre ne se sentit pas en contradiction avec sa foi tandis qu'il s'éloignait dans la montagne avec sa cuisse de cheval sur le dos, laissant aux paladins approchant l'animal mourant.

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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
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Et qu'ça grimpe encore ! Et encore ! Et vlan une aut' pierre qui roule dans la boue et s'dérobe sous sa botte ! Et *splotch splotch* fait l'cuir dans la mélasse. Y'a pas à dire... Bordel, qu'ça fait du bien ce p'tit bout d'marais sous les guiboles ! Bon, d'accord, c'pas exactement ça. D'abord elle est trop en hauteur donc l'air est vach'ment plus froid, y'a pas d'charogne ou d'tronc d'arbre en train d'moisir pour embaumer l'coin, et surtout y'a pas les gueulantes de Luriol ou d'son ancien chef histoire d'rythmer la marche. C'con, mais s'déplacer dans un groupe aussi calme, ça vous dérange sa peau-verte. M'enfin, juste quelques minutes, le temps qu'elle s'rappelle de leur destination et qu'ça lui donne les crocs. Les yeux rouges se rivent au piaf noir qui vole en les guidant sur un sentier qui s'voit plus sous la bouillasse causée par la flotte d'la veille.

"Et là, on y est ?"

"Non.", croasse Aroroa.

"Pfff."

Et un, et deux, et trois pas d'plus.

"Et là ?"

"Non."

Et quatre, et cinq.

"Et maint'nant ?"

"Na-on..."

"Non !"

"Non."

Font les trois femelles en chœur, même si l'ton est différent pour les trois. Et ça continue comme ça encore et encore. Elle sait pas compter la piaf ! Elle avait dit qu'y'en aurait pour une grosse heure ! C'est l'temps qu'elle a mis ! Mais ça en fait trois qu'la p'tite meute se traine à pattes, là ! C'chiant ! Et y'a pas un animal sauvage à tabasser pour s'changer les idées ! Donc pour s'distraire, Zu'Gash crée l'jeu l'plus facile qui soit ! Elle compte ses pas.

À voix haute.

"Et de quiiinze... Et de seiiiize..."

C'marrant l'motif qu'la flotte marron fait sur sa pointe d'pied.

"Et de dix-seeept... Et de dix-huiiiit..."

On dirait un garzok penché qui éjecte un truc... Ou qui s'prend un truc ?

"Et de dix-neuf... Et de... Merde, euh... Et de... Ah oais, ça m'revient ! Et de double-diiiix, et double-dix uuun..."

"On dit vingt, abrutie !", finit par éclater porte-bouclier en f'sant de grands pas qui la font cliqu'ter d'partout.

"Qu'est-ce t'as dit Ju..."

*Pof, zip zip ziiip, splotch !*

Ou en gros : une peau-verte qui s'stoppe d'un coup, une morte en armure qu'arrive pas à l'faire, lui rentre dans l'lard, dérape, s'rattrape -ou pas- glisse et...

"C't'encore une coutume humaine, ça ?", fait la peau-verte en avisant Maya tout en pointant la greluche en armure qu'arrive pas à extraire son fond'ment d'métal d'la mélasse. La gamine la fixe avec un air blasé. "Y'a pas à tortiller, z'êtes pareilles !"

"Je crois qu'on a compris.", tente d'couper la gosse.

"Comme quand tu m'suivais dans l'marais ! Y'a rien pour vous faire tomber et..."

"C'est bon, je te dis..."

Marrante cette petiote à serrer le poing d'un côté et ramener une mèche derrière son oreille avec un air de tueuse. Sourire de chieuse d'la peau-verte qui lève l'index, imitant les couillons donneurs d'leçon et s'apprête à l'ouvrir encore. Et vlan la paume d'la p'tite qui s'cale sous l'menton d'la garzoke, r'fermant sa gueule d'un coup sec. Merde alors ! L'a failli s'mordre la langue, là ! Ah ? Ah ben nan, pas failli. Ça saigne. Et l'pire c'est qu'ça a goût d'sang en plus ! Oh putain ! Ça lui donne encore plus la dalle !

Zu'Gash se marre, bascule la tête en arrière pour pouvoir causer quand même. Sauf que c'est sa mâchoire du haut qui bouge, donc ses yeux aussi. Marrant, elle voit Aro' qui entre et sort d'son champ d'vision comme ça.

"Et elle s'vautrait quand même, à quat' pattes ! Les deux pieds, les deux mains dans la... Hein Aro' ?"

Silence d'la corbac.

"Ah merde ! C'est vrai, t'étais pas encore là, toi. Faut que j'te la raconte ! Alors tu vois, quand j'ai hérité d'la gosse..."

"Zu'Gash !", fait la nécoro... Récoco... Putain d'mot... La gosse qui relève les morts, sauf qu'elle lui enfonce le talon dans les orteils c'te fois.

"Oailleuuh ! Maiiis ! J'avais prévu d'lui faire sa fête moi-même à cui-là !", chouine la peau-verte quand la petite relâche sa mâchoire. "T'fais chier, Maya. Rrrh... Attends deux s'condes."

Raclement de gorge, crachat sanguin dans la paume que la tanneuse examine. Y'a pas d'morceau d'quenotte dedans, mais y'a un bout d'viande là, nan ? C'est p't'êt' son morceau d'langue ? C'est vrai qu'ça pique bien, quand même. Elle renifle le glaviot, par habitude. Sauf qu'l'air est froid donc elle éternue dessus, ajoutant un filet d'morve gluant à la mixture. Sa main s'retourne et s'agite, sauf qu'y'a pas une goutte du liquide dégueulasse qui s'décolle. Bah, après tout, faut pas gaspiller ! Alors d'une traite, elle lèche le tout et l'mâchouille. Bof. Ça remplit toujours pas sa panse, ça. Quoiqu'la morve rend l'tout un peu collant. Elle va pouvoir chiquer ça un moment, en fait.

Elle croise le regard d'Julianna qui fronce le pif comme si elle venait d'voir l'vieux croulant du groupe qu'on l'a chargée d'récurer, parce que personne voulait s'y coller d'puis qu'il avait buté celui d'avant. Genre six mois avant. Mais par Phaïtos, c'te tête de conne ! Même mort on peut être aussi marrant ?

Et paf ! Un coup d'bec d'Aroroa, qui coupe la peau-verte juste avant qu'elle s'marre. Ben putain, elle commence aussi à avoir des réflexes, la piaf.

"Bien-tôt ! Bien-tôt !", croasse le corbeau à trois mirettes en pointant le haut d'la butte du bec.

"Ah mais oais ! S'cuse Aro', j'avais totalement viré c't'histoire d'ma caboche !", s'esclaffe la garzoke en choppant puis agitant l'bec d'l'oiseau.

Si tout l'groupe bouge par là, c'quand même parce que l'oiseau a r'péré un village d'montagne où y'a sans doute d'la bouffe pour l'trajet ! Et p't'êt' même des gens ! L'genre de ceux qui peuvent pas piffer les garzoks, donc... De belles grosses bagarres à coup d'fourches, d'tabourets, d'tonneaux qu'on s'envoie joyeus'ment à la gueule ! Les yeux de la peau-verte brillent à c't'idée. Putain c'que ça va être bon !

"Mais bordel, on attend quoi ?", gueule-t-elle en matant l'aut'là tirer sur l'bras sans bouclier d'l'embourbée.

Mais qui c'est qui lui a foutu d'si p'tites brindilles à la place des bras ? Ca tire dans un sens pour rien, ça pousse sans parvenir à rien et... Et zouh ! Un deuxième couillon avec les g'noux dans l'bouillon ! Mais l'est assez léger pour s'sortir d'ce merdier tout seul. La Juju', par contre... Il f'ra nuit deux ou trois fois avant qu'elle s'relève. Si elle s'remet d'bout avant qu'les charognards viennent la becqueter...

Mais au fait, est-ce que les bestiaux d'ce genre s'attaqueraient à des morts qui marchent ? Ce s'rait bizarre nan ? Quand t'es mort, t'es par terre ou dans un arbre ou sous l'fion d'un garzok plus gros qu'toi ou sous l'mur branlant d'une ruine qu'ta cousine t'a fait tomber sur l'coin d'la gueule -sans l'faire exprès pour une fois- pendant qu'tu t'soulageais dans un buisson ou encore noyé dans une barrique au moins. En gros, quand t'es clamsé, tu t'balades pas. Mais pourtant les squelettes du château l'font bien eux, nan ? La garzoke se racle la raie un moment à cause d'ces idées qui s'percutent dans sa caboche. Elle le sent. Ça chauffe en-dedans. Ça bouge. Ça vient. Oui, ça monte, ça arrive ! Ça y est !

"Buuuurp ! Ah ! Ben bordel, ça soulage quand ça dégage ! Tu d'vrais essayer, l'poids mort !"

Ni une ni deux, sans lui laisser l'temps d'gueuler ou même d'ouvrir la tronche, la tanneuse ceinture la boîte de métal et tire d'ssus. Et elle s'marre. Ben oais, plus elle tire, plus ça fait l'bruit d'un garzok qui aspire un nonos parce qu'il reste un bout d'moëlle collé dans l'fond !

*Sluuurp ! Sluuuuurp ! Sluuuur-pop !*

Comme un bouchon ! Même bruit, même mouv'ment ! Rire porcin d'Zu'Gash qui s'retourne pour suivre l'piaf.

"Bon, z'êtes drôles, mais moi j'ai toujours la dalle ! Allez Aro' ! Vers l'bivouac ou toute barbaque !"

"Rah !"

Et la messagère lève haut les genoux et les coudes, sautillant au milieu du sentier délavé. Elle sent d'ici l'odeur du feu d'bois où un bon gros porcelet n'attend plus qu'ses quenottes couvertes d'bave ! Et d'sang aussi. Faudra qu'elle s'penche sur la question plus tard quand même. Ce s'rait con d'pas pouvoir sentir l'goût d'son repas après avoir accumulé toute c'te bave !



(Après)

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Dernière édition par Zu'Gash le Mar 17 Juil 2018 15:25, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
MessagePosté: Mar 17 Juil 2018 15:23 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore/malsaine, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))


(Avant)

(3)



Accroupie, la gueule en appui sur une main pendant que ses yeux scrutent le tas de cendres et d'débris qu'elle a d'vant les pieds, la peau-verte fait quelque chose d'encore plus extraordinaire que de réfléchir : elle la boucle. Faut dire qu'elle a de quoi faire la gueule. Son pif lui avait amené des relents de cochon grillé, de bois d'montagne servant à un bon feu et d'entrailles fraiches tout juste sorties d'une carcasse chaude. Enfin, un peu. Une vague odeur qu'aurait été lavée par la flotte du ciel, en gros. Eh ben couillon, elle s'attendait à bien des trucs, mais pas à voir tout un village décanillé et dans cet état. Des baraques d'pierres blanches, y'a plus qu'des murs noircis par l'feu qui a été foutu d'dans. Y'a plus un toit d'bout. Soit ça a été bouffé par les flammes, soit ça s'est effondré sur l'étage qui s'est cassé la gueule sur l'reste. Et les cinq baraques sont dans l'même état. Et y reste rien non plus d'c'qui servait à ranger des volailles ou des p'tits bestiaux. C'est dégueulasse ! Fout' le feu à autant d'ptites bêtes parquées au même endroit... Sans les plumer ou les écorcher d'abord ! Et en les laissant dans l'brasier qu'en fait du charbon ! Zu'Gash n'est pas r'gardante côté état d'sa bouffe, mais là, y'a même plus d'quoi faire une bouchée d'l'ensemble !

La peau-verte se redresse, faisant pas gaffe à son piaf noir qui la survolait, et qu'elle ramasse au passage. Du bout d'la botte, elle pousse des débris dans la cendre collante à cause d'la flotte et tourne la tête quand Maya interpelle sa frangine.

"Julianna ! Ici aussi. Sous les débris."

Zu'Gash joue avec l'monticule. Elle n'en a pas vu beaucoup, parce que c'était pas vraiment dans les habitudes d'son clan et qu'ça prenait un temps d'malade pour un résultat pas très amusant quand l'gus arrêtait d'bouger, mais c'qu'elle farfouille là, c'sont les restes d'un bûcher. La preuve ? À part l'bout d'bois façon pilier à moitié bouffé par le feu ? L'crâne qu'elle vient d'retourner et qui lui fait un joli sourire. Pis vu qu'y'a pas d'offrandes et qu'le feu est allé s'foutre partout dans l'voisinage, faut pas êt' bien con pour piger qu'c'pas juste un accident d'cérémonie pour un mort.

Tout en s'curant l'pif du p'tit doigt, la peau-verte vient voir c'que foutent la gosse et sa sœur. Maya pointe du doigt un mort, à moitié boulotté par l'feu aussi, bloqué sous un morceau d'toit. Les yeux rouges s'posent sur la ligne pas droite qu'les filles ont fait en mettant les cadavres, pas toujours entiers, sur la p'tite place du village. Que des humains, mais ça c'normal vu l'coin. La peau-verte s'dit quand même que celui ou ceux qu'ont fait ça devaient vraiment avoir eu une journée d'merde. Z'ont quand même égorgé, éventré, empalé et crâmé au moins une vingtaine d'pécores. Et pis pas qu'les mâles, en plus. Des femelles d'différents âges et même des mouflets. Ceux-là, les filles les ont trouvé entassés et ficelés comme des fétus d'paille et balancé dans l'puits. Et comme ils leur avaient coupé l'cou avant, l'sang s'est répandu partout là-d'dans. Là ça va encore, mais si l'p'tit groupe n'était pas passé dans l'coin, les corps auraient moisi et salopé la flotte. Entre l'feu d'joie et ça, ceux qui l'ont fait auraient voulu qu'l'coin soit plus habitable du tout qu'ils z'auraient pas agi autrement !

Zu'Gash s'gratte la raie du haut en matant tout l'monde tirer des gueules de trois pieds d'long. Y'a d'quoi ! Par l'plus puissant des dieux, y'a quand même eu un putain d'carnarge ! Et elle n'était même pas là pour y participer ! C'pas juste !

"Phaïtos tout-Puissant...", chuchote Maya en arrangeant la frange d'une gamine égorgée. "Qu'a-t-il pu se passer ici ?"

"Un raid garzok ?", lâche l'armurée en matant la peau-verte méchamment.

"Moais, c'possible que c'soit d'not' faute. J'suis désolée...", dit la tanneuse en baissant les yeux et chouinant comme un tire-laine pris sur l'fait. Ses épaules gigotent puis tremblent d'plus en plus fort. Ses poings s'serrent jusqu'à...

"Bwahaha ! Nan mais t'as entendu ? J'le fais bien, hein ? T'm'as pas cru, hein, Juju' ?", s'moque Zu'Gash en pointant un clapier cramé. "Juste un truc. Faut pas déconner, quand même. J'vais t'dire, y'a juste à savoir faire la différence ent' le bon garzok et l'mauvais garzok ! Attends, j't'explique !", annonce la peau-verte en tendant le doigt bien en l'air et en s'tenant toute droite.

"D'un côté, t'as l'mauvais garzok. Lui il pille, tue et s'barre. Et pis t'as l'bon garzok ! C'est c'lui qui pille, qui tue et qui s'barre. Mais c'est un bon garzok ! Parce que lui y pense à embarquer des esclaves vivants ou d'la bouffe pour la route. C'con d'venir s'paumer jusque-là, tout raser et rien ram'ner pour l'clan. Autant pas tracer la route si t'y gagnes que pouic !"

Silence et billes rondes posées sur la tanneuse immobile avec son index tendu. Jusqu'à c'qu'Aroroa se racle la gorge. Genre graaaa graaa, quoi.

"Euh... J'ai eu une absence... Pendant un instant, j'ai cru qu'elle avait sorti quelque chose de... Censé.", lâche une porte-bouclier blasée.

"Aro' ? Nan !"

Coup de bec moralisateur.

"Oailleuh ! Mais quoi ? J'voulais dire qu'd'habitude oais, tu dis des trucs pas cons, mais qu'là tu t'étais juste..."

Et re-coup d'bec pile sur une bosse. Sauf que cette fois, le piaf à trois mirettes tire la tignasse sur le côté. Donc la peau-verte suit l'mouv'ment en sautillant sur une patte et voit que l'aut' là tiens un tonnelet ouvert contre lui. Ou elle. Faudra vraiment vérifier un jour. Et on dirait qu'ça chiale en plus ! Comme si l'truc n'était pas déjà assez rempli d'flotte ! N’empêche, à l'voir tenir c'truc trop large pour lui, la garzoke sourit d'toutes ses quenottes.

"Eh, l'gringalet, t'es sûr d'vouloir t'enfiler c'te barrique en solo ? Pas qu'voir une brindille marcher d'traviole m'dérange, remarque. Sauf qu'y'a plus d'chance que l'tonn'let t'avale que l'contraire !", s'esclaffe la peau-verte tellement fort qu'elle se penche en avant pour s'tenir le bide.

Et comme d'habitude, personne n'enchaine sur sa vanne. 'Sont tous chiants à s'prendre au sérieux tout l'temps. À croire qu'z'ont jamais foutu les pieds dans un charnier. Z'ont toujours vécu tranquilles et en sécurité ou quoi ? Un jour, faudra qu'elle prenne le temps d'leur apprendre à rigoler un bon coup !

Zu'Gash se cale les poings sur les hanches, souriant d'son projet d'faire la pereuc... Précti... Récept... Peurécep... Encore un mot d'merde. Bref, d'faire la leçon aux autres, quoi ! Elle acquiesce pour elle-même, emplie du sentiment d'accomplissement, sans cacher sa boite à crocs. Après s'être donnée une tape approbatrice sur l'sommet du crâne, elle baisse le pif et mate l'muet poser l'cont'nant doucement par terre. P'tit regard sur un truc coincé dans l'fond, qui fait des r'flets et qu'elle n'avait pas r'marqué.

"Ah oais, quand même."

"Douce Gaïa...", fait la morte en cliqu'tant d'partout pour s'mettre à g'noux dans la boue et chopper l'truc dans la barrique.

Là, la peau-verte ne pige plus rien. 'Fin, encore moins qu'd'habitude.

D'accord, fout' le feu à tout un village c'est drôle. Faire la chasse à des paysans qui courent partout et s'assomment seuls en s'rentrant d'dans aussi. Compter l'nombre d'gars qu'tu fous par terre et t'faire payer ta gnôle en gagnant l'concours, ça c'est génial ! Mais là, même la tanneuse ne voit pas en quoi c'est drôle d'noyer un mouflet qu'a à peine trois poils sur l'caillou dans un p'tit tonneau. 'Fin si, au début, ça doit gigoter pas mal. Mais y'a rien d'amusant une fois qu'c'est mort. C'était un p'tit garçon ça, qui fait même pas la taille d'un demi sekteg rabougri. L'aurait pas vécu longtemps c'sûr. Quoique ? Y'en a qui y arrivent. Chez les humains. 'Sont bizarres, les humains. Comme les elfes, mais en plus teigneux. Et plus poilus, aussi.

Zu'Gash se sent bien conne subitement, quand tout c'petit monde s'met à chialer sur l'bambin clamsé. Pourquoi les grandes eaux d'un coup ? Z'ont aligné une vingtaine d'morts sans broncher, et là ça éclate à cause d'une larve qui d'vait même pas savoir ramper ? Ça, ça la dépasse. Surtout qu'c'est pas comme si y'avait des gens connus dans l'lot. M'enfin, p't'êt' qu'c'est parce qu'il n'était pas assez vieux pour avoir une âme. Donc c't'une perte pour l'Grand Patron, mais sinon, elle ne voit pas l'problème. C'pas comme si tous les morveux d'Yuimen dépassaient c't'âge-là d'toute façon, ou étaient l'unique survivant d'un massacre et destiné à savoir qui l'a fait pour lui péter la tronche dix ans après, ou qu'avaient pu s'planquer à temps pour tout raconter plus tard à des chasseurs d'prime d'passage. Les histoires d'rescapés ça existe, c'sûr, mais faut pas s'leurrer, hein ? Quand un gus veut ta carcasse, il veut pas aut' chose ! Elle le sait, elle fait pareil ! N'empêche, elle voudrait bien savoir pourquoi quelqu'un s'ferait chier à dresser un bûcher quand l'reste du village est passé par les armes. Avant ou après, d'ailleurs ?

Et aussi vite qu'elle lui était venue, cette réflexion s'échappe de la caboche verdâtre. Oaip, y'a plus pressant ! Avec tout ça, elle a toujours faim ! Et c'est p't'êt' pour ça qu'ses oreilles pointues r'pèrent un bruit pas courant mais r'connaissable ent' milles : le meeeh d'une bestiole laineuse. Oh, ça c'est intéressant ! Si y'a un seul mouton dans l'coin qui s'morfond d'plus avoir d'foyer, il n'aura pas à s'inquiéter davantage, foi d'peau-verte ! Un petit câlin entre son gourdin fétiche et l'front d'la bête, et tous les soucis se carapateront !

Faut qu'elle fasse vite avant qu'les aut' s'rappellent aussi qu'ils ont la dalle et essaient d'lui piquer sa boustifaille !


(Après)

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Dernière édition par Zu'Gash le Sam 21 Juil 2018 18:05, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
MessagePosté: Sam 21 Juil 2018 18:04 
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(Avant)

(4)



"Hmm..."

Accroupie, presque pif à pif avec la bête, Zu'Gash observe de ses yeux rouges. Ce truc sent le mouton, est blanc comme un mouton, est entouré d'moutons, mais c'est pas un mouton. C'est assis sur ses pattes de derrière, ça a des oreilles pointues, un pif tout noir et une grande queue. Pis ça a une lanière de cuir autour d'la gorge avec des pointes en métal d'ssus. Pis surtout, dès qu'elle fait mine d's'avancer vers sa boustifaille sous laine, ça grogne. Pareil quand elle veut faire les poches d'son voisin, là. L'cadavre d'pécore assis contre un arbre, avec un bon gros carreau d'arbalète qui lui épingle la gorge dans l'tronc. Et deux autres qui font pareil dans son torse.

Il bronche pas. Pas l'cadavre, hein ? L'a encore trop d'chair sur les os pour danser comme ceux du château. Nan, c'lui qui bronche pas, c'est c'te créature couleur os délavé qui la mate d'ses yeux marrons. Un gros loup blanc, mais pas assez sale pour faire loup, et pas assez baveux ou nombreux. Et quel con d'loup s'retiendrait d'mordre dans les bestiaux bêlant bêt'ment juste derrière ?

La peau-verte se lève. L'clébard fait pareil. Elle s'accroupit. L'clébard aussi. Elle tend l'gourdin vers l'mort. Et Gnap, ça mord !

"Eh ! Il s'bouffe pas, lui !", beugle la peau-verte en secouant la main.

Sauf que l'chien tient. Alors elle s'lève d'un bond et campe sur ses guiboles en tirant l'nonos encordé. L'canidé s'acharne d'son côté en grondant comme si elle voulait lui chourer sa barbaque ! L'est con c'te bestiole ! Y'a belle lurette qu'y'a plus rien à bouffer sur c't'os là ! Et c'est pas un en-cas, c't'un gourdin, d'abord ! La garzoke fait trois pas en arrière, enfonçant les pattes blanches dans l'sol boueux. L'chien s'coue la caboche, lève le fion plus haut qu'la gueule et tire dans l'aut' sens. Ben putain ! Pour un truc qui lui arrive à peine au milieu d'la cuisse, l'a une sacrée force c'te bête !

"T'crois pouvoir jouer à ça, hein ? T'es con ou quoi ? T'as pas d'bras !", s'moque la peau-verte.

L'clébard s'en fout, il tire et s'fout d'la gadoue partout. Zu'Gash fait pareil dans l'aut' sens. Et ça s'en va, et ça r'vient, avec le cadavre d'berger comme r'père pour savoir qui gagne. Sauf que quand les quenottes d'la bête s'mettent à mâchouiller l'nonos, la peau-verte n'l'entend pas d'c'toreille ! Elle s'redresse d'un coup, soul'vant l'bestiau un peu. C'est qu'en plus d'avoir d'la force, elle pèse son poids c'te chose ! Il faut qu'la garzoke s'y mette à deux mains pour tout soul'ver d'terre. Parce que l'toutou n'veut rien savoir, il vient avec !

"Lâche.", dit la tanneuse en secouant une fois. "Lâche !" Deuxième fois. Y'a des poils qui s'barrent sous l'vent. "Lâcheuuuuh !"

*Zouh zouh zouh* la boule de poils !

"Mais lâaa... Ah... Aaah... Waaah !", commence la garzoke alors qu'sa gueule se tort d'un côté et son nez d'l'autre. Y'a un truc... Là, dedans. Et ça pique ! Et ça... "Tchaaa !"

Pouah ! Ça lui est r'monté d'puis la panse vide jusque dans l'pif ! Ça crame l'intérieur ! Et pas comme la gnôle te l'fait dans les boyaux, nan ! Dans l'arrière du nez ! Comme si tout était lié ! Zu'gash se cure une narine d'un index mais change pour le p'tit doigt quand elle pige qu'ça rentre pas, s'foutant d'la morve partout au passage. Et ça pique toujours ! Ah ben merde, c'était d'l'aut' côté en fait. Alors elle s'fout l'autre rikiki dans l'aut' trou et gratte. Et gratte encore. Bordel, c'est collé cont' le bord. Ou pas ? C'est à elle ça ? Y'a autant d'trucs dans un nez ? Faudra qu'elle en ouvre un ou deux pour vérifier.

Ah ? Son ongle a quelque chose ! Ah ? Ah ! Ayé, elle l'a choppé c'foutu truc piquant ! Qu'était en fait juste un poil tout blanc ! Elle le mate dans sa flaque visqueuse. C'pas à elle ça. Les siens sont marrons ou noirs. Même ceux qu'ont r'poussé sous son aisselle rasée pour la soigner. C'dommage, ça cache la cicatrice, ça.

*Scrap.*

Maint'nant qu'elle y pense, c'beaucoup plus facile d's'faire marquer d'cicatrices sur une peau sans poils. Y'a moins d'trucs pour emmerder la lame ou la pointe ou tout c'qui peut tailler une peau sans protection. Faudrait qu'elle s'rase alors ? Pour ressembler à ces fillettes d'elfettes mâles ? C't'idée d'con. Pis faudrait aussi qu'elle s'foute à poil là où elle veut une marque. Donc faudrait prévoir l'bousin, donc cogiter. C'chiant d'cogiter.

*Scronch scronch.*

Pis ça t'oblige à faire qu'ça, et comme un gus qui s'est pris un coup d'trop sur l'crâne, t'en oublie tout l'reste.

*Gnap gnap gnap.*

D'ailleurs, qu'est-ce qu'elle foutait avant d's'mettre à penser ?

"Eeeeeeeh !", beugle-t-elle en notant enfin l'corniaud en train d's'faire les crocs sur son arme, qui s'fige comme un con au coup d'tonnerre vocal. "C'est mon gourdin !", s'écrie la peau-verte en s'jetant vers la bête qui recule encore et encore. Donc pour l'rattraper, la peau-verte s'lance à quatre pattes et choppe l'autre bout du nonos entre ses crocs. C'pas d'main la veille qu'on la sépar'ra d'son arme fétiche ! Surtout si ce on est un loulou ou toutou qui fait l'fou !

"Grrr !"

"Grrrr..."

"Grrr !"

"Grrr !"

"Grrrrrouuu !"

"Raaah !"

"Grouh ?"

*Paf ! Mmh ! Pif ! Kaaaï ! Kyuuuu...*

Soit un coup d'bec d'Aro' en pleine raie, qui fait japper la garzoke, qui lâche prise et envoye l'os percuter l'pif du chien, qui couine, le lâche et r'cule la queue ent' les pattes !

"Grrrr ! Ha !", gronde la tanneuse en choppant l'gourdin dans la gueule, levant la tête et la queue bien haut sur ses quatre pattes. C'est son gourdin ! Personne peut l'ronger sauf elle, d'abord !

*Re-paf.*

"Oailleuh ! Maiiis ! Laisse-moi déguster ma récompense, Aro' !"

"Zu'Gash...", fait la voix d'la gosse, l'incitant à l'ver son pif maculé d'morve. "Je préférerais éviter de le demander mais...", dit Maya en se massant lentement la tempe, comme c'rigolo de Shadd... Euh.. Did ? Dem ? Bref, l'garde d'la porte. "Qu'est-ce que tu es... En train de faire ?"

La peau-verte s'assoit dans la terre humide, pointant l'chien du doigt. "C'lui qu'a commencé ! On a joué, l'a perdu, donc l'nonos à ronger est à moi !"

"Le... Nonos à ronger ?", demande la gamine avant de mater la corbac à trois yeux. "Si je peux me permettre... Tu devrais éviter les coups à la tête quelques temps."

"Rhaa..."

"Allez, lève-toi.", lâche une Juju' exaspérée. "Et par Gaïa, essuie ton nez. Ta trogne est assez ignoble par elle-même !"

Du revers, la peau-verte se frotte la tronche et s'relève. C'vrai qu'elle s'en est foutu partout. Sauf qu'elle s'en fout, parce qu'elle voit un truc qui risque d'la faire bien marrer. Y'a l'aut'là qu'essaie d'approcher l'clébard. Oh, le con ! Il va s'faire boulotter la main ! Ou s'faire sauter à la gueule à force de s'pencher et d'montrer sa gorge ! Allez ! Plus vite ! Encore un peu et...

*Pfuuuuiiit !*

Beuh ? Pourquoi il imite un piaf, c'couillon ? Pis l'son fait r'dresser les oreilles du corniaud neige. L'aime la musique c'te bestiole ? V'là qu'l'basané siffle encore, mais d'une aut' façon. Ben ça ! L'canidé qui s'couche à ses pieds, maint'nant ! La peau-verte n'pige plus rien. Ça s'cause en sifflant les chiens d'habitude ? Pourtant elle a toujours entendu c'genre d'animal faire des ouafs ou des awouuuh, mais pas des pfuiiit ! On lui aurait menti ? C't'une ruse des clébards pour masquer leurs plans de conquête de Yuimen ?

"Non mais, qu'est-ce y fout ?", demande la peau-verte en s'rajustant l'autre raie.

"Chi-en ! Chi-en ! Ber-ger ! Mou-ton !", chante le piaf noir.

"Hein ?"

"Chi-en sa-voir."

"T'pourrais faire un effort pour causer mieux qu'ça Aro'. J'pige rien, là."

"Et en plus d'être folle, c'est une imbécile... Ce n'est pourtant pas compliqué !", s'agace la morte en armure. C'est un chien assistant de pâtre. Il a été entrainé pour protéger voire guider les bêtes.

"Ooooh ! Ça alors, Juju' ! Tu parles piaf ? Vous d'vez avoir l'même type d'cervelle !", s'esclaffe la garzoke avant d'recevoir un coup d'bec d'un côté et un lattage de tibia par pied sous armure de l'autre. "Maiiis ! J'étais pas prêteuuuh !", chouine Zu'Gash avant de tout foutre d'côté. "Qu'est-ce vous foutez là, au fait ? Z'aviez pas des cadavres à planquer dans l'sol ?"

P'tit silence. L'groupe s'regarde en haussant un sourcil, pendant qu'le muet grattouille le ventre rond du clébard.

"Si tu lèves ton affreux nez, tu verras que le soleil a bien décliné. Tu ne peux pas savoir comme j'ai été déçue que Maya tienne tant à ne pas partir sans toi.", déclare Julianna en balançant son regard plein de j'te déteste à la tanneuse.

Les yeux rouges se lèvent vers le haut. Ah ben oais, la journée a bien avancé. Merde alors. Est-ce que c'clébard a aussi des pouvoirs ? Comme l'ourse dont elle porte la peau ? Mais genre, un pouvoir qui accélère l'temps ? Ou l'ralentit ? Ou la transforme en statue ? Ou la fait pioncer sans qu'elle le voit ? Parce que là, à part chercher les trucs laineux et mater l'toutou dans les mirettes, elle n'a pas l'impression d'avoir passé tant d'temps qu'ça dans l'coin.

Elle y réfléchit le temps d'ranger son arme et après elle s'en cogne. Sa bedaine gargouille trop fort pour entendre autre chose. C'vrai qu'elle a toujours la dalle. Bah ! Maintenant qu'le groupe a un p'tit troupeau d'bestiaux, elle va pouvoir se faire un chouette gueuleton ! Une bonne viande rôtie encore juteuse avec d'la gnôle pour boire un coup ! Elle en salive déjà ! Ses mirettes rouges ont r'péré la bête qu'elle veut fracasser, un peu plus tôt. Une bonne brebis bien grosse, ronde, dodue et qu'est pas accompagnée d'un p'tit trop jeune.

La bave aux lèvres, elle s'avance vers sa proie, dépasse le cadavre épinglé que les filles viennent de r'marquer, s'apprête à sauter sur la bête et...

*Gnap ! Zip ! Sbaff !*

Le pif intact mais qui fait bobo dans la gadoue, la peau-verte s'appuie lent'ment sur ses mains et s'passe le revers d'sa manche pour y voir sous la couche d'terre couvrant ses paupières. Elle vient d's'casser la gueule ? Ah ben oais. Y'a un truc accroché à sa botte. C'est l'truc qu'à du la faire tomber. Pis c'pas pas n'importe quoi ! C'est le corniaud blanc qui lui r'tient l'pied, tous crocs dehors. Et qui grogne. Mais c'pas ça qui va empêcher la tanneuse d'atteindre son r'pas, foi d'Zu'Gash ! Alors elle rampe, secoue l'pied de gauche à droite et d'bas en haut. Y'a rien à faire. Aussi collante qu'une sangsue mise à la diète et qu'on plaque sur l'dos d'un malade !

À force d'secouer la guibole, la botte reste dans les crocs découverts. Pas longtemps par contre. Juste assez pour qu'le machin blanc puisse respirer l'parfum d'pied d'peau-verte et couiner sauvagement en s'couant la tête. La garzoke lâche un rire triomphant et marche rapidement à quatre pattes vers la bête laineuse.

"Attenti..."

*Pof ! Zip ! Splotch !*

Un poids s'abat sur la peau-verte, faisant riper ses mains sur la terre humide. Repas de boue pour pif, deuxième service ! Et l'muet a beau siffler, l'chien reste ent' les omoplates d'la garzoke ! À plat ventre, la tanneuse ramène ses g'noux pour arrondir son dos et éjecter l'bestiau. Sauf qu'l'est pas si con. Un appui ? Un saut d'la bête.

*Pof ! Splotch !*

Un autre essai plus vite ?

*Pof-splotch !*

Une tentative plus discrète al...

*Pof... Splotch...*

Les yeux rouges s'font frotter encore une fois par un r'vers salopé d'puis longtemps et s'tournent vers l'arrière, matant l'truc blanc s'asseoir pépère sur elle, à la fixer comme s'il avait gagné un truc. Vu d'en-d'ssous, sa gueule a l'air d'sourire.

"Si tu crois qu'j'vais t'laisser gagner aussi faci..."

*Pof !*

Et vlan la bonne bouchée d'terre ramassée par la gueule à crocs ! La verte, hein ? Parce que la poilue est bien tranquille, perchée d'ssus.

"Rhaa rhaa rhaa !", se marre la piaf bien à l'abri d'tout c'merdier.

Ben putain, ça c'est c'qui s'appelle un adversaire coriace ! Y'a plus qu'à voir l'quel s'ra l'plus endurant des deux ! Ça, c'est l'genre de jeu qu'la tanneuse n'perd jamais ! C'pas aujourd'hui ça va commencer ! Suffit d'être résistant et un peu pas trop con ! Dans c'cas précis, faut juste utiliser une astuce pour reprendre la main ! C'simple ! Y'a qu'à trouver un bon appui, juste un seul et...

*Pof !*

Juste un...

*Pof !*

Juste...

*Pof !*




(Après)

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