L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
MessagePosté: Lun 12 Fév 2018 18:01 
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La descente sur l'étroit sentier menant au temple se déroula sans encombres, laissant Kurgoth penser que les pillards ne s'y étaient pas installés très récemment et avaient pris le temps de bien reconnaître les dangers de ce chemin escarpé. Bien que les journées hivernales étaient très courtes, les garzoks arrivèrent au pied du mont suffisamment tôt pour installer leur campement avant la tombée de la nuit. Le barbare, par soucis de sécurité, répartit ensuite ses troupes en six groupes équilibrés devant se relayer pour monter la garde. Comme il ne les connaissait pas individuellement, le chef de clan les laissa choisir le groupe dont ils voulaient faire partie et l'heure de leur garde. Comme il fallut s'y attendre des garzoks, certains choix furent décidés à la force des poings et Kurgoth s’abstint d'intervenir, tant que le camp était gardé, cela lui suffisait. Afin de se faire bien voir des peaux-vertes, il ajouta la viande qui lui restait de son brok'nud au cadavre de sa victime matinale pour le repas commun. S'il savait que la plupart des guerriers lui en voulaient d'avoir refusé d'attaquer Amaranthe, cette initiative sembla le faire remonter dans leur estime et le prêtre savait que même s'il avait vaincu Olur, il n'était pas exclus que l'un de ses sous-fifres ne tente de le tuer pour prendre sa place.

Au matin, Kurgoth leur imposa à nouveau la prière à Thimoros et bien que tous s'allongèrent sur le sol dans la position qu'il leur demandait, beaucoup semblaient encore hostiles à cette pratique. La prière terminée, les pillards plièrent bagage et reprirent leur chemin à travers bois jusqu'à la mi-journée, quand leur chef leur fit signe de s'arrêter. Le barbare crut en effet entendre des voix humaines et arrêta immédiatement sa troupe pour écouter. Tous purent entendre ces voix ainsi que des bruits ressemblant à coups contre des planches de bois, résonnants entre les troncs. L'un des garzoks s'approcha alors de son meneur.

"Il doit s'agir du camp de bûcherons que nous avons attaqué il y a quelques jours. Inutile de s'attarder, il n'y a plus rien à piller ici."

"Bien sûr qu'il s'agit de ce camp, comment crois-tu que je vous ai trouvé? Ce doit être une patrouille de gardes, envoyés pour constater les dégâts. Moins nombreux que nous et possédant sûrement quelques vivres. Fait passer aux autres, c'est pas Amaranthe mais on va quand même les attaquer."

Le pillard sembla immédiatement s'enthousiasmer du combat à venir et transmit le message à son compagnon le plus proche, qui le transmit lui-même aux garzoks adjacents, le transmettant à leur tour et ainsi de suite. Kurgoth agita son bras gauche dans les airs afin que tous puissent le voir, alternativement dessinant un cercle et pointant une direction. Ses troupes semblèrent comprendre l'idée de la consigne et commencèrent à se disposer en arc de cercle autour du camp en ruines. Avançant accroupis dans la neige épaisse pour se camoufler, les peaux-vertes prirent position à l'orée de la clairière, laissant environ cinq mètres entre chaque assaillant. L'opération prit un certain temps et durant tout le trajet Kurgoth sentit la neige poudreuse qu'il déplaçait venir s'engouffrer dans les ouvertures de son équipement, fondant au contact de sa peau plus chaude et le faisant tressaillir lorsque l'eau, tout juste liquide, coulait le long des stries de ses muscles.

Au centre de ce qui était, il y a encore quelques jours, un campement de bûcherons, se tenaient cinq soldats dont un monté sur un cheval, probablement leur chef. La monture était trapue, bien plus adaptée au rude climat local et aux chemins forestiers encombrés qu'aux galops épiques tels que les humains aimaient les raconter dans leurs histoires. Son cavalier, quant à lui, semblait impatient de quitter les lieux et ne cessait de resserrer autour de lui l'épaisse cape de peau dans laquelle il était emmitouflé. Ils étaient si peu nombreux, cela semblait si facile. Au moment de lancer l'assaut, Kurgoth hésita un moment alors qu'il avait déjà sa kikoup et sa kitranche en mains. Ses armes, sa kitranche particulièrement, étaient de médiocre facture, bien en deçà de l'arme à deux mains de son mentor. Il n'avait jamais manié d'armes aussi imposantes, aussi, poussé par sa curiosité et la facilité du combat à venir, il décida de ranger ses armes pour s'armer de l'énorme kitranche qui collait mieux à l'image habituelle du chef de clan de pillards que connaissait les humains et aiderait sans doute à les effrayer.

Le barbare bondit alors hors du manteau neigeux en rugissant et se précipita vers les gardes humains suivit de près par les autres garzoks, émergeant du bois à l'unisson en hurlant. Tandis que le chef humain criait des ordres et que ses gardes firent front devant lui en levant leurs boucliers, les troupes de Kurgoth avançaient dans la neige épaisse avec une vitesse étonnante, au prix d'efforts éreintants. Mais alors que le prêtre de Thimoros avait dépassé les premières ruines de bois brûlé et n'était plus qu'à une dizaine de mètres des gardes, il s'écroula sur le sol, une violente douleur traversant subitement sa jambe. Se retournant au sol pour voir l'origine de cette douleur, il vit une flèche traverser son mollet de part en part. Lorsqu'il releva sa face, ridiculement recouverte d'un masque de neige lors de sa chute, il entrevit, dans les décombres d'un bâtiment de bois, un archer ré-armant son arc. Le barbare, affrontant la douleur lancinante, se releva et hurla à ses guerriers:

"Dans les décombres! Des archers! Massacrez-les!"

Les pillards les plus avancés n'avaient alors plus d'attention que pour les gardes sur lesquels ils étaient sur le point de se jeter sauvagement, mais ceux ayant pris un léger retard durant la charge, que ce soit parce que la neige était plus épaisse ou parce qu'ils courraient simplement moins vite, changèrent sur-le-champ de trajectoire et se dirigèrent vers les constructions en ruines pour en déloger les occupants. De son côté, Kurgoth s'arracha la flèche du mollet non sans un grognement puis, après l'avoir brisée en deux en la serrant dans son poing, se rua vers le responsable de ce tir, ignorant sa blessure. L'archer tira une flèche qui siffla aux oreilles du barbare avant de toucher un autre pillard puis, constatant qu'il était repéré, recula dans les décombres hors de la vue du chef de clan. Lorsque le barbare défonça la porte noircie et branlante d'un puissant coup d'épaule, l'humain se jeta sur lui avec sa kikoup courte. Le garzok massif fit un pas de côté in extremis et la lame, plutôt que de pénétrer sa chair, entailla son gilet de cuir et entraîna son porteur la tête la première dans la neige, hors du bâtiment de bois effondré.

Profitant du temps nécessaire à l'archer pour se relever, Kurgoth examina la situation aux alentours qui semblait avoir totalement basculé en sa faveur. Le chef humain et ses gardes étaient submergés par une vague verte comportant trois à quatre fois plus de guerriers qu'eux au centre du campement et le reste des pillards commençaient à ressortir des constructions, leurs armes ensanglantées. Le massif garzok brandit alors la lourde lame dans les airs, prêt à trancher en deux l'archer inexpérimenté, quand un des siens s'interposa en se glissant entre lui et sa cible. Il s'agissait qui était déjà venu lui parler avant qu'il n'ordonne l'assaut du campement, mais cette fois-ci son impertinence ne plut pas du tout à Kurgoth qui le menaça.

"Dégage de mon chemin si tu veux pas finir tranché en deux avec la vermine humaine!"

"Attendez chef, écoutez-moi. Il faut en laisser au moins un en vie!"

"Foutaises, qu'ils meurent, ils ne te traiteraient pas autrement! Vous vouliez piller n'est-ce pas? Alors ne prenons pas le risque de garder des survivants, dégage!"

"Chef Kurgoth, tous les pillards laissent des survivants! Sinon comment les humains sauront-ils qui est responsable? Votre nom sera ainsi connu et craint, comme celui de Thimoros."

La mention de son dieu sembla calmer le prêtre qui abaissa son arme, réfléchissant pour savoir ce qu'aurait fait le dieu de la guerre. Le prêtre n'avait jamais entendu, lui sembla-t-il, que Thimoros fut de ceux laissant derrière lui des survivants du temps où il parcourait Yuimen. Mais être craint au même titre que son dieu, savoir que son nom pouvait terrifier les alentours, cela plaisait au barbare. Si cela pouvait l'exposer au risque d'être chassé par le seigneur local, cela ne le mettrait guère plus en danger qu'il ne l'était déjà, les humains tuant à vue tout ce qui pouvait se rapprocher d'un garzok ou d'un sekteg. En outre, il rentrait dans les terres omyrhiennes et serait déjà loin le temps que le messager retourne vers son maître pour lui annoncer la nouvelle. Tandis qu'il réfléchissait, les combats se terminaient autour de lui et les troupes commencèrent à se rassembler.

"Très bien humain, tu vivras, le temps de porter un message à ton seigneur. Et toi guerrier, comment t'appelles-tu?"

"Lurbuk."

"Dans ce cas allume un feu et fais-y chauffer la lame de ma kikoup. Les autres, rassemblez les corps, partagez-vous les armes et entassez la viande sur le cheval! Il nous aidera à tout transporter."

Le butin fut maigre, il n'y avait qu'une dizaine de soldats et quelques querelles éclatèrent lorsqu'il fallut s'attribuer les meilleures pièces d'équipement. Deux guerriers vinrent également arracher brutalement l'armure du soldat épargné dont l'arme fut également volée. Après que le partage fut effectué et puisqu'il n'y avait pas participé, il ne resta à Kurgoth que quelques objets en piteux état. Il y avait également quelques provisions, mais les corps des vaincus constitueraient la principale source de nourriture pour le voyage à venir. De son côté, Lurbuk pris l'arme que Kurgoth lui tendait et s'attela à rassembler quelques morceaux de bois que la neige n'avait pas détrempé pour allumer un feu de camp fébrile avant d'y plonger la lame comme lui avait ordonné son chef. Lorsque l'arme fut chauffée, le prêtre traina sa victime jusqu'au foyer autour duquel ses pillards s'étaient rassemblés. Le jeune humain tremblait à la fois de peur et de froid, son manteau ayant été arraché en même temps que son armure et n'ayant nulle part où fuir puisqu'il se retrouvait encerclé.

Le barbare ne cacha pas sa déception lorsqu'il posa le doigt sur sa kikoup pour évaluer sa température, mais il savait qu'il serait compliqué d'obtenir un meilleur résultat avec ce qu'ils avaient à leur disposition. Il dégaina alors sa kitranche à deux mains et, sans prévenir, trancha net un bras de l'humain. Ce dernier hurla à la fois de surprise, de douleur et de terreur. Il pensait qu'il serait renvoyé dans le froid hivernal jusqu'à Amaranthe, mais ne s'attendait pas à être ainsi mutilé. Tandis qu'il se recroquevillait dans la neige, sanglotant en tenant son moignon d'où le sang coulait à gros bouillons, un nouveau hurlement lui fut arraché lorsque Kurgoth utilisa sa kikoup pour cautériser la plaie béante.

"Ceci n'est rien pour notre dieu Thimoros! Quiconque d'entre vous défiant mon autorité ferait mieux de prier tous les dieux qu'il connaisse afin d'être traité comme cet humain, car je lui réserve bien pire. Quand à toi, dont les semblables nous chassent comme des animaux, tu diras à ton seigneur que son armée ne fait pas le poids face à la reine noire, et qu'il devrait se soumettre s'il ne veut pas risquer la vie de son peuple."

Tout en parlant, Kurgoth maintenait sa lame sur la plaie et la jeta à nouveau dans les flammes à la fin de sa déclaration. En un sens, il n'avait pas tort, comment un petit duc pouvait-il espérer contrer l'armée oaxienne s'il ne pouvait empêcher un groupe de pillards de ravager ses terres? Il se gardait bien en revanche de parler du fait que l'armée entière aurait bien du mal à parvenir si loin de la frontière sans rencontrer l'armée impériale en chemin. Le barbare avait par ailleurs bien écouté son guerrier et comptait terrifier l'humain afin de bâtir sa réputation tout comme il avait vu les chefs de clans le faire dans sa jeunesse. S'il venait à être capturé, il ne serait pas plus mal traité que s'il était inconnu, mais la peur chez ses ennemis pourrait sans doute l'aider dans un futur combat, du moins, c'était ce que répétait Romthaars’t aux fanatiques du temple d'Omyre. Le prêtre leva à nouveau sa kitranche à deux mains et trancha l'autre bras de sa victime avant d'y appliquer à nouveau la lame brûlante de sa kikoup.

"Raconte bien à ton maître ce qui s'est passé ici. Décris-lui toute la sauvagerie avec laquelle nous avons mis en pièce tes compagnons et comment nous les dévoreront comme du vulgaire gibier. N'omets aucun détail de la terreur qui t'habite et n'oublie pas de lui dire qui a dirigé tout cela. Kurgoth. Retiens bien ce nom comme celui du monstre qui a ruiné ta vie et viendra dévorer les tiens s'ils résistent à la reine noire, Kurgoth."

"Le Cruel! Kurgoth le Cruel!"

Le garzok qui avait ainsi pris la parole n'était autre que Lurbuk. Son intervention ne manqua pas de faire se serrer les poings du barbare, mais celui-ci réalisa que contrairement aux autres meneurs garzoks qu'il avait côtoyé, il n'avait pas de titre descriptif associé à son nom. "Le Cruel", Kurgoth le Cruel, dans le fond pourquoi pas? Sans être original, cela pouvait effrayer et il serait difficile de trouver un être à qui un tel titre conviendrait mieux qu'à un prêtre de Thimoros.

Le chef de clan n'avait plus rien à faire dans ce camp dévasté. Ses troupes avaient réunies les provisions, y compris les bras nouvellement tranchés qui furent bien vite récupérés, et son messager connaissait à présent sa mission. Kurgoth rangea alors ses armes et tourna les talons. Suivit par ses semblables, certains blessés, aucun n'ayant succombé, mais surtout tous satisfaits d'avoir pu combattre, il s'enfonça dans les bois enneigés, reprenant son chemin vers le col de Lebennon et la cité noire en laissant derrière lui un humain mutilé, terrorisé et à moitié nu avec un message à délivrer.

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 Sujet du message: Re: Route entre les Duchés des Montagnes et Omyre
MessagePosté: Lun 5 Mar 2018 15:41 
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Si le parcours religieux de Kurgoth semblait discutable, puisqu'il aavait rejoint le temple d'Omyre afin d'expier un blasphème et n'avait cherché qu'à quitter ce temple pour assouvir sa vengeance depuis qu'il y fut admis, sa dévotion à Thimoros était bien réelle. Le prêtre considèrait en effet le dieu de la guerre comme la divinité protectrice de son peuple et que sa fille, la reine noire, représentait, bien qu'elle fût une divinité distincte à part entière, une incarnation du dieu de la souffrance et fut envoyée sur Yuimen pour guider ce peuple méprisé vers son destin. Ce retour à la cité noire représente donc pour Kurgoth un acte de foi. Il se sentit investi de la mission de ramener auprès d'Oaxaca, et donc de Thimoros, les âmes de ces pillards qu'Olur le Traître avait dupé et détourné de leur dieu. Ainsi, durant le voyage, le chef de clan s'efforça d'instaurer la prière au dieu sombre comme rituel quotidien à effectuer avant de lever le camp. Si ces troupes furent hostiles à ce changement de religion, par rapport à Meno qu'ils vénéraient avec Olur, ils semblèrent de mieux en mieux accepter ce rituel à mesure que le voyage avançait. Si l'on put croire, a l'instar de ces garzoks, que cela améliorerait l'humeur de leur chef au fil du temps, celle-ci ne fit que se dégrader à chaque nouveau jour de voyage.

L'humeur du barbare se dégradant de jour en jour avait une cause très simple. Le chef de clan savait qu'à chaque pas le rapprochant du col de Lebennon, ce même pas le rapprochait d'autant de Kardân et de l'Aube Radieuse. Le prêtre se souvenait de l'état dans lequel il avait croisé Baronk et son détachement après leur défaite et jugeait qu'il ne possédait ni assez de guerriers, ni les compétences tactiques requises pour avoir la moindre de chance de l'emporter face à un tel ennemi. Sa crainte ne fit que croître durant le voyage, le rendant toujours plus irritable. La plus légère objection au moindre de ses ordres assurait ainsi à la victime de l'injustice provoquée par son humeur détestable une nuit entière à monter la garde du camp qui devait être chaque jour un peu mieux protégé que la veille. Loin d'être satisfait de priver ainsi de sommeil ses troupes, Kurgoth fut toujours le premier à s'endormir et en profita chaque nuit pour vérifier au milieu de celle-ci et juste avant l'aube qu'aucun garde en poste ne s'était assoupi. Ceux qui se faisaient prendre se faisaient lacérer les chairs lors de la prière matinale quotidienne à Thimoros. Le mécontentement couvait sous les tentes en peaux de bêtes et lorsque les garzoks firent part de leurs griefs, le barbare les condamna tous à monter la garde toute la nuit. Devant la stupidité d'une telle mesure, aucun ne bougea, mais le prêtre refusa d'admettre que son ordre était insensé.

"Par Thimoros débrouillez-vous donc! Que je surprenne un seul moment de la nuit où nul ne monte la garde et je vous montrerai ce que l'on apprend au temple d'Omyre en choisissant ma victime au hazard parmi vous! Qu'on nous attaque sans que vous l'ayez vu venir et je vous laisserai mourir comme des chiens!"

Si certains évoquaient à demi-mots la possibilité de tuer ce chef tyrannique pour en choisir un moins stupide et instable, la plupart des pillards reconnaissait qu'ils erraient depuis si longtemps dans les duchés qu'il leur serait difficile de retrouver le chemin de leur patrie et que cela était d'autant plus dangereux qu'ils étaient sur les terres où patrouillait l'Aube Radieuse. Loin de Kurgoth, les pillards mirent eux-mêmes en place un ordre de ronde afin que leur camp soit constamment surveillé. Bien que monter la garde inclue le fait de perdre quelques heures de sommeil, tous le firent de bon gré car ils savaient que le barbare ne pourrait résister au fait d'inspecter le campement au milieu de la nuit dans le but de tenir parole et violenter ses troupes pour rétablir son autorité bousculée. Évidemment, à chaque ronde du prêtre, les gardes en poste ne se privaient pas de le saluer d'un ton railleur et de le moquer, ce à quoi il se contentait de répondre par un grognement animal.

(Rigolez mes salauds, rigolez. Une fois que la menace de l'Aube Radieuse sera passée et que je n'aurai plus besoin de vous, par Thimoros, je me vengerai.)

Le voyage, bien qu'accompagné de ces tensions au sein du clan, se passa sans encombres notable jusqu'à un certain soir. Ils n'étaient plus qu'à un jour de marche du col de Lebennon et les garzoks se réjouissaient déjà d'avoir traversé les duchés sans croiser le moindre paladin et arguaient de leur voyage que l'on exagérait le danger représenté par les hommes de Kardân. Kurgoth, frustré de devoir s'arrêter si près de la frontière assurant sa sécurité, n'arrivait pas à fermer l’œil en entendant ces billevesées et, au bout de quelques heures à se retourner sous sa tente en peau, décida d'aller se promener dans la fraîcheur nocturne du camp pour calmer son stress afin de prendre un peu de repos en vue du voyage du lendemain. Il ne lui fallut pas longtemps, en faisant le tour du campement, pour tomber sur deux pillards qui adoptèrent, comme à l'habitude des dernières nuits, un ton railleur à son égard.

"Alors, toujours peur du noir?"

"Pas du noir, mais sans doute de ça. Préparez tout le monde à se battre et lever le camp, en silence."

Tout en répondant, Kurgoth désignait quelques lueurs vacillantes entre les troncs semblant imperceptiblement se rapprocher. Les trois garzoks fixèrent quelques instants le phénomène inattendu, mais remarquèrent rapidement les multiples silhouettes entourant les sources lumineuses. Le chef de clan n'eut dès lors pas à répéter son ordre, tandis qu'il retournait rassembler ses affaires, laissant derrière lui les armes en piteux état du dernier pillage qui ne feraient que le ralentir, le camp s'anima autour de lui. Les peaux vertes se passaient l'alerte en chuchotant puis rassemblèrent eux aussi leurs biens dans des paquetages légers afin de combattre sans être gênés, ils auraient bien le temps de récupérer le reste de leurs affaires et bien plus encore s'ils triomphaient de cette menace dont la nature fortement suspectée n'était pas encore confirmée.

Les pillards s’alignèrent derrière les rangées de pieux éparses formant la fortification, somme tout sommaire, de leur campement. Scrutant la forêt nocturne de leur vue perçante, ils remarquèrent que les lueurs, mais aussi de façon plus inquiétante les silhouettes, se répartirent autour d'eux. Les armes au clair, certains chuchotaient qu'il fallait attaquer les premiers, d'autres, également prêts à combattre, préféraient rester à l'abri de leurs maigres fortifications. Kurgoth, lui, restait silencieux et tentait de jauger les forces en présence. Une puissante lumière inonda soudainement la clairière occupée par les garzoks. Ceux qui, comme Kurgoth, levèrent les yeux, furent éblouis par une sphère lumineuse à l'intensité presque aveuglante. Au même instant, une clameur s'éleva du sous-bois et tous les assiégés virent cette vague d'humains en armure se ruer sur eux. Le prêtre hurla plusieurs fois l'ordre de rester en position, sa grande kitranche en mains, afin qu'aucun ne rompe le rang. Si un garzok était plus fort physique qu'un humain, leur présente infériorité numérique leur imposait d'adopter un minimum de discipline pour s'en tirer. Tous attendaient l'impact entre les deux forces armées, mais aucune peau-verte ne s'attendit à ce qu'il eut lieu ainsi. Juste avant de traverser les pieux, les serviteurs de Gaïa émirent à l'unisson une explosion lumineuse aveuglante au dessus de leur tête. Tous les assiégés en perdirent leurs moyens, leur rétine sensible si furieusement agressée. Certains comme Kurgoth eurent le réflexe de faire quelques pas en arrière, tandis que d'autres se recroquevillaient sur eux-mêmes, à la merci de leurs assaillants, alors que d'autres enfin brassaient l'air de leurs armes pour tuer quiconque serait trop proche d'eux.

Le fracas de l'acier fut bien moindre que ce à quoi le chef de clan s'attendait et il lui fallut attendre de retrouver la vue pour en comprendre la raison. Il n'en croyait pas ses yeux, une terrible malédiction semblait avoir été lancée sur ses troupes. A chaque fois qu'un garzok dirigeait son arme vers un humain, celle-ci perdait toute célérité juste avant l'impact, et ce phénomène se produisait également lorsqu'ils essayaient de se battre à mains nues. Le barbare resta au sol, bouchée bée, devant un tel spectacle. Soudain, Lurbuk surgit devant lui, le visage ensanglanté.

"Chef! C'est terrible! On ne peut pas les blesser! Nos bras s'immobilisent comme ensorcelés! On fait quoi?"

La terreur qui se lisait dans ses yeux imprégna immédiatement Kurgoth, comment pourraient-ils vaincre des ennemis qu'ils ne pouvaient blessés? Il devait fuir. Il devait fuir pour sauver sa peau. Cette solution martelait son esprit comme étant la seule vérité en cet instant de débâcle. Alors qu'il s'apprêtait à ordonner la retraite, un rayon de lumière traversa le crâne de son subalterne qui tomba au sol, mort. A Phaïtos l'ordre de retraite, les garzoks se faisaient déjà tailler en pièces et il devait profiter de cette diversion pour fuir. Le barbare se releva alors, les jambes tremblantes et s'élança vers sa survie. Celle-ci avait la forme d'un équidé, le cheval de bât des gardes massacrés quelques jours plus tôt. D'un geste il envoya s'écraser au sol l'équipement chargé sur son dos et grimpa sur l'animal en hurlant. C'était la première fois qu'il utilisait une monture et celle-ci, paniquée, était déjà lancée dans un galop effréné. Le prêtre agrippa à la crinière de l'animal de ses épaisses mains brunes, mais restait dangereusement balloté sur son dos, constamment au bord de la chute. Fermant les yeux tout en essayant de se stabilisant en resserrant ses jambes autour de la bête en pleine course, Kurgoth ne put assister à la charge de l'équidé qui traversa les rangs des humains se jetant sur le côté pour ne pas être piétinés avant d'enjamber, d'un élégant saut, ce qui restait de pieux disposés autour du camp ravagé.

Quelques instants plus tard, Kurgoth ré-ouvrit ses yeux et remarqua qu'il s'enfonçait dans la forêt avec sa monture. Jetant un regard en arrière vers le combat se finissant, un rayon de lumière frôla son visage avant de pénétrer la chair du cheval. Ce dernier s'effondra alors au sol en envoya rouler dans la neige son cavalier. Sitôt ses esprits revenus, le barbare se remit debout et se dirigea vers sa monture. L'attaque magique avait traversé la jugulaire de la bête ainsi qu'une partie de son crâne. Voyant la scène de l'animal se vidant de son sang en agonisant de douleur, le barbare resserra ses doigts sur son arme. Il hésita quelques instants entre sa gratitude, sa survie et sa foi. Certes l'équidé lui avait la vie et il pouvait en remerciements abréger ses souffrances, mais il devait continuer à fuir et soulager un être de la douleur était le contraire de la manière dont il vénérait son dieu, Thimoros, qui se nourrissait des souffrances de toute chose.

"Puisse Ter Zignok venger ta mort, destrier. Ces serviteurs de Gaïa seront bientôt vaincus par ma reine, sois-en certain."

Ses mots furent d'avantages prononcés afin que Kurgoth se rassure lui-même que pour soulager l'animal qui n'avait sans doute jamais compris le langage des hommes. Le garzok brandit ensuite sa grande kitranche afin de récupérer une cuisse de l'animal pour la fin de son voyage, sa monture mourrait également plus vite, mais puisque qu'il la laissait agoniser, le prêtre ne se sentit pas en contradiction avec sa foi tandis qu'il s'éloignait dans la montagne avec sa cuisse de cheval sur le dos, laissant aux paladins approchant l'animal mourant.

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