L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Jeu 20 Aoû 2015 19:29 
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Eau calme

Le marais s'estompe petit à petit pour laisser place à une zone plus rocailleuse et boisée. Daemon s'engage sur une petite rivière sortant de la foret. Le niveau de l'eau semble bas, la berge est bordée de pierres vaseuses. Par moment le courant ralentit sa progression, la plate essuie plusieurs collisions avec les roches qui parsèment le lit.

Une petite cascade indique la fin des manœuvres. Il réveille le nain assoupit pour lui indiquer qu'ils vont à présent devoir marcher. La forêt se compose d'un subtil mélange d'essences, les conifères épousent les feuillus, un tapis de fougère dissimule le sol. Fougères qui semblent sérieusement agacer Korben. Hautes et abondantes, elles forment une jungle à sa dimension. Cela amuse beaucoup Daemon qui l'observe jouer de la hache pour se frayer un chemin. Korben ne bronche pas, mais il est évident que ses blessures l'indispose. A plusieurs reprises, Daemon tente d’aborder le sujet, mais ne récolte que des noms d'oiseaux.

Après une longue marche ils arrivent enfin sur une route. Un chemin de terre et de caillasses serpente entre la végétation, il ne semble pas vraiment fréquenté. Daemon est à son aise, chaque forêt dégage une atmosphère caractéristique, mais celle ci est particulière : il s'agit de sa terre natale.

Plus loin, la route contourne une colline qu'ils gravissent afin de obtenir une vue dégagée. La pente est glissante, Daemon manque de riper et glisser sur l'herbe grasse. A chaque pas la cime des arbres se distingue un peu plus, pour enfin dévoiler un océan de verdure surplombé par les imposantes et ancestrales montagnes Thorkines. La beauté du paysage les laisse pantois... Au contraire du semi-elfe appréciant sa terre natale, le nain s’angoisse dans se dédale de troncs. La vision de sa patrie l'emplit à présent d'un sentiment réciproque. Avec un petit sourire Daemon constate son enthousiasme.

« Korben ? »

« Oui ? »

« Puis je vous demander une faveur ? »

Daemon baisse les yeux en trahissant une petite gène et tripote ses doigts nerveusement. De son coté, le nain ne lâche pas ses précieuses montagnes des yeux.

« Pouvons nous faire un détour vers mon village natal ? Il est à quelques heures de marche. »

« Hey ! Ce n'était pas dans le contrat ! »

Et voilà le moustachu qui s'indigne, Daemon présentait la réponse négative, mais le désir de revoir son village l'assaille.

« Le revoir, juste une dernière fois... Cette quête sera sûrement la dernière... Aussi, nous pourrons y passer la nuit, ou bien... préférez vous dormir à la belle étoile au cœur de cette foret ? »

Korben change directement d'attitude au son de ce dernier mot.

« Dormir dans la foret à cette heure !? Quelle horreur ! Allons y elfe de malheur. »

« Semi-elfe ! »

Précise Daemon en levant le doigt, avant de dévaler la pente avec entrain. Son visage s'illumine de gaieté, embellit par les rayons traversant les feuillages. Après tant d'années, il rentre enfin chez lui. Du moins, ce qu'il en reste... Les souvenirs de cette triste nuit lui reviennent en mémoire... Dissimulé sous le planché, les cris d'agonies, les pas calmes suivant le tumulte, le bruit des gouttes, les gouttes du même sang que le sien...

« Qu'est ce que tu fais planté là !? »

Daemon s'était arrêté le regard tremblant et perdu dans le vide.

« R... Rien, j'arrive. »

Arrivé à un croisement, les compères s'engagent sur un petit chemin plus sauvage encore. A plusieurs reprises le nain doute de la présence du sentier, car il s'estompe au profit des fougères. Mais Daemon reste confiant, cette terre est la sienne ! Le paysage s'escarpe, des roches nues s'approprient les lieux et enfin s'annonce devant eux un petit plateau. Des falaises abruptes s'élèvent et laissent deviner une foret similaire à son sommet.

Daemon conduit le nain au pied des falaises. Deux statues humanoïdes et monstrueuses sont accroupies sur des rochers délimitant la fin du chemin. Les créatures dégainent une dentition aiguisée et des griffes menaçantes. L'une d'elle tire la langue de manière désinvolte et inquiétante. Un détail frappe Daemon, il ne se souvient pas du troisième œil situé au centre de leurs fronts... La découverte amuse beaucoup le nain, qui les affuble de noms outrageux. Entre les deux monstres de pierres, un escalier serpente jusqu'au sommet.

Essoufflés après avoir franchit la dernière marche, ils arrivent nez à nez avec une porte massive. De chaque cotés s'étend une imposante muraille de rondins marquées par le temps. La plate forme est relativement étroite et promet une chute vertigineuse. Le semi-elfe pousse un battant sans succès... Le nain prend donc le relais et le rabaisse au passage. Après un premier essai, il constate que la tache n'est pas aisée. Il insiste. Insiste... Le voici rouge à s’exciter contre la porte.

Daemon prend du recul et constate une béance dans la muraille, le soucis est la petite corniche y menant. Après plusieurs hésitations, il s'y engage tandis que le nain entame la porte avec sa hache. L'envi de passer cette fichue entrée lui donne des ailes. C'est qu'il risque d'en avoir besoin en cas d'échec.

(Ne pas regarder en bas...)

Évidement, il regarde en bas. La parois raide se perd dans la foret épineuse, la hauteur est vertigineuse, il distingue même des rapaces en vol. Ventousé sur la muraille, il avance à tâtons en cherchant des prises du bout des doigts. Une fois les bras fixés, il déplace doucement, doucement ses pieds latéralement.

« Tombe pas hein !? »

Il ne prend pas la peine de lui répondre, le corps raide, dos au mur et l'esprit concentré. Le trou est à un petit mètre, mais la corniche rétrécit.

Il réalise que la roche s’effrite et commence à s'affaisser... Un éclair de terreur le frappe. Il pivote et élance son bras à travers la brèche tandis que le sol se dérobe sous ses pieds ! Il pendouille misérablement à la recherche d'appuis.

Le nain hypnotisé, assiste à la scène en silence.

Daemon arrive au bout de ses forces, il perd petit à petit sa prise, descendant inexorablement vers l'abîme... Une peur inextricable l'envahit, son thorax implose et ses pensés illisibles se déchaînent. Alors qu'il s’apprête à lâcher prise, une main sortie du trou le saisit et le tracte avec force hors du vide.

« Toujours à grimper où il ne faut pas... Mon petit Daemon. »

Daemon tombe au sol, les membres tremblent, incapables soutenir son poids. Quelqu'un vient de lui sauver la vie et connait son prénom. Son égarement sature quand l'individu l'enlace avec tendresse. Une chevelure abondante recouvre son visage, mais une senteur stimule un pan oublié de sa mémoire... Il se souvient, cette odeur, ses cheveux bruns grisonnants.

« Olwë... »

L'effroi s'évapore pour introduire un intense sentiment de surprise et de bonheur. Il se figurait depuis tant d'années déjà être le seul rescapé de son Clan. Les larmes aux yeux, il s'abandonne dans ses bras.

« Vous allez m'ouvrir un jour !? »

Korben commence à s'impatienter dehors, Olwë sèche les larmes de Daemon et retire la planche qui entrave les grandes portes.

« C'est pas trop tôt ! Qui êtes-vous ? La maman du pleurnichard ? »

Aucunement outrée, la semi-shaakt s'amuse du comportement de Korben pour lui répondre :

« Olwë, la grande tante du pleurnichard. Enchanter. »

« De même madame. » Répond le nain en mimant une révérence.

Daemon se perd dans la contemplation de sa parente, vivant un rêve éveillé. La semi-elfe arbore une magnifique tunique violette aux broderies blanches. Fine et élancée, sa peau est grisonnante à l'inverse de Daemon, leur ressemblance réside dans leurs iris pourpres.

« Venez, ne perdons pas de temps, allons nous installer. Nous avons tant de choses à nous dire. »

Ils entrent ainsi dans le village composé d'une vingtaine de masures en bois. Les toits peu communs sont en pierre mauve. Des buissons poussent partout comme des mauvaises herbes, les plantes grimpante couvrent des maisons entières. La végétation semble s'être installée dans les moindre recoins. Un village fantôme et sublime les accueille. Un détail amuse Korben, il semble qu'Olwë a installé un potager au milieu de la rue. Il lui demande où elle loge, elle indique le temple situé en retrait du village.

Le plateau n'est pas très large, une fois les maisons dépassées, le temple s'affiche comme dans ses souvenirs. Construit de matériaux similaires, il se distingue par sa taille démesurée et la richesse de ses ornements, l'entrée est gardée par deux statues identiques à celles des marches. Derrière se dessine les sommets Thorkins enneigés

Olwë les introduit aimablement dans le hall principal, une grande salle où s'alignent des piliers soutenant un haut plafond. Des tapis s'additionnent sur le sol, mais aucune effigie religieuse n'est présente.

« Je vais vous servir un thé. »

Elle s'éloigne tandis que Korben inspecte la pièce et visite le temple en détails. Un déluge de souvenirs assaille Daemon, qui redécouvre les lieux avec un air ébêté.

« Voici ton thé mon petit ! »

Elle s’émut et l’étreint à nouveau.

« Vous avez de la bière ? Et de la viande ? » réclame Korben de retour.

« Navré maître nain, je n'ai que des plantes et des infusions à vous offrir. Mais fouillez dans la cuisine, derrière vous. »

Le trapu grogne et marmonne avant de s'éclipser. Daemon goûte le thé brûlant et s'assit sur les tapis.

« Je croyais être le dernier tante Olwë... Je croyais... »

Elle s'assied face à lui.

« Tout comme moi. La découverte de cette... du massacre de notre Clan m'a plongé dans la plus grande des solitude. Cette ville, notre famille... » Elle s'arrête, déversant de tristes larmes de bonheur en contemplant son neveu. « Tes parents sont enterrés derrière le temple, face aux montagnes. »

« Je vois, merci... Mais tante, comment as-tu survécu ? »

Olwë s’embrume et pose sa tasse. Rassembler ses souvenirs semble la décontenancer, après un petit temps elle raconte :

« Tu étais jeune et pas au fait de tout ce qu'il se passait. Plusieurs mois avant cette tragédie, Shiva fut enlevée, plongeant le clan dans une période trouble. Sans notre matriarche nous perdions tout repaire, la peur s'installait... »

Shiva, la fondatrice du Clan était une shaakt de pure sang et de noble lignée. Exilée de sa patrie natale, Caix Imoros, afin d'échapper à une coalition de maisons rivales. Elle rencontra un homme de ces contrés. De cet amour naquirent plusieurs enfants, au fil des générations le Clan prit forme.

« La communauté m'envoya à sa recherche dans les villages voisins. Sans succès... Après une absence de plusieurs jours, je retrouvais notre village décimée... »

Daemon comprend, il a fuit ses lieux une fois le drame achevé. S'il avait attendu quelques jours... Il expose ensuite son histoire, le vagabondage dans les campagnes, son travail de docker à Dahràm, les embrouilles avec les pirates suivit de la fuite par dessous les murailles et son aventure naissante : la recherche du gantelet d'Obscurité. Ils conversèrent longtemps et sans interruption, pour enfin s'endormir à même le sol sous les reflets de la lune.


Le lendemain matin le soleil pénètre la pièces aux innombrables tapis. Korben réveille Daemon à grand coup de pompes, lui indiquant qu'il souhaite reprendre la route.

« Patiente encore un peu Korben... Je dois profiter encore un peu de mon village. »

Comme d'habitude le nain grogne et s'éloigne. Sa grande tante n'est plus là. Il doute un instant mais oui, il est chez lui. Il se frotte les yeux et se lève pour sortir. Le ciel semble maussade, alors que le soleil s'étire timidement de l'est, il s'agenouille longtemps au bord de la falaise, devant les tombes rudimentaires de ses proches. La forêt au-dessous n'est pas visible, un épais brouillard l'enveloppe transformant le petit plateau en île nébuleuse.

Ce petit village isolé et autarcique l'a vu naître et grandir. Dans ce temple il passait des journées entières avec sa mère à maîtriser les fluides d'Ombre. Ici même au bord du précipice, les éclats de rire ponctuaient les battements du fer lors des sessions d’entraînement avec son défunt père. L’écho de sa mémoire s'estompe doucement, pour ne léguer que ce présent fait de silence et de poussière.

De retour sur les tapis, il voit Olwë et plusieurs plats disposés à même le sol.

« Tante Olwë, je vais devoir... »

« Oui je sais Daemon. » Répond elle sans le laisser finir, elle attrape ses mains et poursuit. « Tu vas reprendre ta route. Tu es jeune, tu dois tracer ton chemin et non vivre en ermite avec moi, accroché à son passé et à cette inextricable douleur. Libère nous, venge nous au nom de Phaïtos et Thimoros ! »

Tandis que ses mains étreignent les siennes, la haine se distingue au fond de ses pupilles. Olwë semble hantée par ce même désir de vengeance... Partir est difficile, il mange le ventre noué et observe sa semblable.

« Daemon... Quand tu auras acquis assez de force, quand enfin tu seras puissant, reviens ici. »

« Oui, je reviendrai ! » répond-il avec conviction.

(Le gantelet m'apportera cette puissance nécessaire.)

Elle se détourne et indique le centre de la pièce.

« Sous ces tapis se terre le secret de notre famille, la Vérité. Seul les puissants peuvent se targuer de la contempler. Cet héritage te permettra de venger notre famille. »

Son air est grave et solennel. Bien que piqué par la curiosité, Daemon n'ose demander des détails sur cette « Vérité ». Mais cela accompagne son but, quérir cette force lui permettra d'imposer la justice.

Daemon empoigne son baluchon et se lève, il embrasse Olwë sur le front avant de déclarer en guise d'au revoir :

« Je reviendrai ! »


Cité secrète.

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Dernière édition par Daemon le Dim 27 Sep 2015 17:42, édité 11 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Ven 21 Aoû 2015 10:43 
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Île nébuleuse

La route jusqu'au pied des montagnes est escarpée et rocailleuse. Néanmoins les deux aventuriers ne rencontrent pas de difficultés sur le trajet. Aucun bandit de grand chemin malgré la mauvaise réputation de cette contré.

Le temps est clair et les nuages glissent paisiblement, Daemon et Korben se faufilent entre deux pans de montagne, la forêt les abandonne pour laisser place à de la caillasse et quelques pins. Ils s'enfoncent dans un goulot entre deux falaises, toujours plus étroit, pour enfin déboucher sur une impasse. Les parois sont raides, l'escalade risque d'être difficile. Daemon commence à douter du sens de l'orientation du nain.

« Mais, vous vous êtes trompé ! C'est un cul de sac. »

Il s'arrête et essuie la sueur perlant sur son front.

« Non ce n'est pas un cul de sac, tu pense que je ne connais pas mes montagnes ? »

Comme d'habitude le nain grogne et peste, il examine en détail la pierre et ordonne en agitant les bras de manière menaçante :

« Retourne toi ! Si je te vois bouger je te crève les yeux. Ce secret est un secret nain et il le restera. »

« Roh »

Sans trop comprendre, Daemon s'éloigne et lui tourne le dos. Il entend brièvement le borgne bidouiller quelque chose et hésite à se retourner. Des craquements s’enclenchent, puis déclenchent un grondement sourd et minéral.

« Bon tu ramènes ton cul ? On a pas toute la journée ! »

Le fanatique se frotte les yeux, une imposante béance s'est ouverte, comme une porte dans la paroi rocheuse.

(Voila pourquoi Mertar est considéré comme une cité secrète...)

Une silhouette se dessine entre les battants, un garde vient les accueillir. Un nain sensiblement plus grand que Korben et vêtu d'une lourde armure de plaque, une hache dépasse de son dos.

« Ah Korben, quel bon vent t'amènes ? »

Après un bref coup d’œil dans la direction de Daemon, un sourire se devine sous la moustache noisette de Korben.

« J'ai un petit boulot, j’dois aider cet homme à traverser les montagnes. »

Korben, qui évoque son ascendance elfique à toute les sauces, ne semble pas souligner ce détail à son compatriote.

(Aurait-il honte d’amener un semi-elfe en ces lieux?)

Après quelques courtoisies, les deux compères s'introduisent dans la montagne. L'entrée débouche sur un long tunnel creusé à même la roche, les virages, les escaliers en colimaçons et les intersections étourdissent Daemon dans une sensation de perdition. Les boyaux de cette montagne sont un vrai labyrinthe à ses yeux.

Il débouchent au bord d'un immense gouffre souterrain, de rares lumières des deux cotés indiquent sa largueur, tandis que les ténèbres entre ceux ci indiquent une profondeur abyssale. Un pont de pierre surplombe cette rivière de vide, pour mener jusqu'à une fortification taillée d'un seul bloc. Alors que Korben ne s'affecte nullement à traverser le pont étroit, Daemon s’angoisse. Arrivé de l'autre coté, une herse de métal bloque leur passage. Un garde les interpelle d'une meurtrière, il demande de montrer patte blanche.

« Un fils de la terre ! »

Daemon pouffe discrètement à l'évocation du mot de passe. Dans un bruit métallique la herse s'ouvre doucement, l’écho répercute les cliquetis qui prennent de l'ampleur. Au delà de cette porte s'étend la fière cité Naine de Nirtim.


Ascension au cœur de la cité

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Dernière édition par Daemon le Dim 27 Sep 2015 17:50, édité 7 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Dim 23 Aoû 2015 22:56 
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La route se révèle abrupte et sauvage, les arbres forment une haie d’honneur tandis que je marche en compagnie de Daemon. Quand les montagnes se sont dessinées dans le ciel bleu, j’ai aussitôt ressenti une pointe d’émerveillement et d’excitation. Comment rester de marbre devant ces colosses impavides, figures paternelles pour les fils de la Terre et de la Pierre. Mon sang boue, remue dans mes veines. Je presse le pas, invectivant Daemon en raison de sa lenteur. Je vois devant moi se profiler la faille dans la montagne qui marque l’entrée de Mertar.
On avance pour tomber face à un pan de la montagne. Daemon me regarde et me lance d’un ton irrité :

« Mais, vous vous êtes trompé ! C’est un cul de sac. »

Je lui rétorque : « Non ce n'est pas un cul de sac, tu penses que je ne connais pas mes montagnes ? »

Je le vois me fixer d’un air bête, ça m’énerve…

« Retourne-toi ! Si je te vois bouger je te crève les yeux. Ce secret est un secret nain et il le restera. »

Il lâche un soupir de dépit en réponse à mon avertissement, levant les yeux au ciel.

Je m’approche de la paroi, l’effleure délicatement, hume son odeur, la mousse recouvre par endroit la falaise. Je me sens connecté à ce lieu, un lien inextinguible nous lie. Je palpe la roche à la recherche du mécanisme, le trouve rapidement et l’actionne aussitôt d’une impulsion de la main. Un cliquetis résonne à mes oreilles, un bloc de pierre se soulève graduellement vers le haut, l’entrée se dévoile.

« Bon tu ramènes ton cul ? On n’a pas toute la journée ! »

Un garde s’approche, sa silhouette se découpe dans l’ombre. Je le reconnais avec sa moustache couleur noisette dont il est si fier, Gurdil. Il est affublé de son armure de plaque, sur l’épaule est gravée la pioche, symbole de sa famille. Des broches retiennent sa cape tandis que le manche de sa hache dépasse de son dos.

« Ah Korben ! Quel bon vent t'amènes ? » me demande-t-il

(Impossible que j’lui dise la stricte vérité.)

« J'ai un petit boulot. J'dois aider cet homme à traverser les montagnes. » répondis-je en désignant Daemon du doigt

Gurdil m’adresse un signe de la tête et retourne à son poste, je fais signe à Daemon d’me suivre. L’entrée donne sur le gouffre protégeant Mertar, un pont le surplombe mais gare aux malavisés… Une chute est vite arrivée. Nul besoin de préciser qu’elle est mortelle et sans appel. J’emprunte sereinement le pont et une fois arrivé de l’autre côté jette un coup d’œil en arrière pour voir un spectacle délicieux. Daemon, nerveux, si ce n’est anxieux à l’idée de traverser. Il prend sur lui et avance d’un pas prudent, il évite de regarder en bas et se concentre sur la lumière émise par la torche accrochée au rempart derrière moi. Ce bastion est la seconde protection, des meurtrières parsèment les murs composés des métaux parmi les plus résistants que comporte le monde.

« Qui va là ?! »

Je regarde devant moi et crie en réponse : « Un fils de la terre ! »

J’entends Daemon ricaner dans mon dos mais n’en prends pas ombrage, ce n’est pas l’moment. Les mécanismes de la porte s’actionne et nous laisse entrevoir une partie de Mertar.

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J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Jeu 15 Oct 2015 04:30 
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Le ciel était clair, faiblement voilé, les mouettes volaient bas et poussaient ensemble un cri plaintif sous le vent du large.

Dàrham était à quelques lieux mais Fiori avait estimé qu'il ne fallait pas s'y rendre malgré l'insistance de la femme à acheter quelques produits frais.

" Mais on a encore combien de temps de voyage ?! Une semaine. Je vais pas avaler tes saloperies de ration salée parce que tu veux pas que je me fasse voir. " Piailla-t-elle.
" Mais on ne PEUT PAS s'arrêter ! Votre face est placardée dans toutes les milices du monde connu ! J'ai des rations, un abri, un chariot, je vais pas tout foutre en l'air pour du chou ! '' Répondit Fiori au bord de l'exaspération.

Hrist bouda et envoya un coup de botte sur un caillou pour l'envoyer rebondir au loin sur le sentir poussiéreux. " Au mieux... " Ajouta-t-il. " On peut trouver quelques buissons avec des baies. Ou des champignons ! Vous aimez ça les champignons ? "

Hrist savait bien qu'il essayait de contenir ses caprices, aussi, elle se tourna vers lui et adressa à l'homme un regard dépité.
" Des buissons avec des baies... En automne ? "
" Bon... Et les champignons ? "
" Tu sais reconnaître les champignons mortels ? Moi non. "

Fiori essaya de maintenir le regard de la femme un court instant puis regarda le sol en mâchant sans mot dire un bout de viande séchée. Hrist soupira, une fois de plus. Bien qu'elle se plaignait régulièrement, c'était surtout pour tromper l'ennui. Son périple était long et elle se languissait d'enfin pouvoir passer à l'action et remplir son devoir envers Omyre. Cette mission complexe et ses objectifs stricts ne laissait pas de place au hasard, elle tuait le temps comme elle le pouvait parce qu'elle savait qu'une fois sur place, elle n'aurait pas le moindre répit tant que les deux cibles seront mortes et que la troisième sera accusée de ce crime qu'elle prévoyait déjà être odieux.

" Et une fois que ça sera terminé, je me charge des corbeaux... " Souffla d'un air mauvais la tueuse.

Hrist assise sur une souche observait au large les navires aux pavillons déchirés qui fendaient les flots et s'éloignaient petit à petit pour affronter le large. Le vent portait même à ses oreilles quelques chants de marin qui se mêlaient au murmure de la nature et au piaillement des mouettes qui planaient au dessus d'elle.

La femme croqua un morceau de poisson sec et mâcha en rêvant. Fiori quant à lui avait terminé sa courte halte et préparait déjà les montures pour la suite du voyage.
'' Allez, on fait route pour Mertar, avec un peu de chance, on y sera demain au couchant !"

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La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Ven 16 Oct 2015 04:48 
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La mer avait de nouveau laissé place aux vallons et après avoir pendant des heures longé une forêt verdoyante par laquelle s'échappaient autant de cris d'animaux que de créatures inconnues, le chariot de Fiori s'engageait sur des routes plus accidentées, empruntant des virages étroits qui surplombaient un vide sinistre.

De kilomètres en kilomètres, la montagne se déclinait. De temps à autre, ils croisaient quelques traces trahissant l'existence d'habitants, Hrist remarqua des restes de feu de camps, des pierres aménagées en petit muret pour épargner à un dormeur la froideur des courants d'air nocturnes ou encore, plus sinistre, le vol lent et circulaire des oiseaux charognards qui planaient au dessus des vestiges d'un bivouac quitté à la hâte, parfois trop tard...

" Il y a des dangers particuliers, ici ? Je ne suis jamais allée en montagne jusqu'à ce jour. " Dit elle, un soupçon d'émerveillement dans la voix.

En effet, Hrist observait presque bouche bée la gigantesque nature autour d'elle, d'immenses monticules de roc taillés par le vent et les âges, les arbres millénaires qui parvenaient à grandir le long des murs escarpés et qui faisaient danser leurs feuilles et leurs aiguilles à chaque caresse que le vent envoyait dans leurs branches.

Fiori quant à lui, ne répondit pas tout de suite, pleinement concentré sur la route qui devenait de plus en plus sinueuse. Il gravissait la montagne et ses hauteurs avec une dextérité qui découlait d'une longue habitude mais ses sourcils froncés au dessus de ses yeux indiquait qu'il gardait une attention particulière à ce qui se dressait devant lui.
Les montures, c'était le plus grand danger, si elles s'emballaient ou essayaient de s'arrêter au mauvais moment ou pire, de reculer, pourraient mettre en péril cette expédition.
Hrist, curieuse jeta un regard par dessus le chariot et vit que la petite bande de chemin qui la séparait du vide était franchissable en deux pas mais que le précipice et sa profondeur n'avait rien à envier à la plus haute des tours d'Omyre.
Soudainement plus soucieuse, la femme déglutit maladroitement et s'enfonça dans un coin du chariot, se jurant de ne plus observer le contrebas jusqu'à ce qu'ils soient enfin arrivés à destination.

"Pas d'danger particulier. P'être quelques brigands mais ça reste rare qu'ils sévissent dans ces eaux là. "
" Drôle de choix de mot... " Bouda Hrist en se recroquevillant sur elle même et enfonça son menton entre ses genoux.

Le paysage défilait et le vent qui lui arrivait en pleine face était de plus en plus froid, le paysage se découpait alors dans des tons soyeux, blancs et brillants sous un soleil froid qui reflétait sa lumière sur chacune des pierres et des sculptures naturelles recouvertes d'une fine pellicule de glace. La femme crachait de la buée et se frottait les mains, regrettant de n'avoir rien de plus chaud que sa cape et sa robe pour la protéger du froid. Fiori avait bien apporté quelques fourrures mais elles grouillaient de vermine morte et d'oeufs de mouches séchés, sans mentionner l'odeur qui relevait plus de la charogne, même diluée dans le grand air montagnard.

" Hé. Hé. Elle dort ou quoi ? " Râla Fiori en se retournant, quittant la route après avoir freiné ses deux bourrins.
Hrist ne dormait pas mais elle soufflait dans ses doigts pour se les réchauffer, ils se fixèrent un instant en silence.
" Il va falloir se séparer le temps de quelques heures, je dois entrer dans Mertar et les portes sont à quelques lieux d'ici. "
Hrist se releva brutalement, faisant choir les couvertures moisies qu'elle avait finalement décidé d'utiliser faute de mieux.

" Comment ça ?! Je dois rester ici à geler ? Sans même pouvoir faire un feu ? Et ta barrique, elle sert à quoi ? "

Fiori fit un geste de la main pour l'inviter à baisser le ton. L'écho de la femme résonnait maintenant dans les flancs de la montagne.
" Tu vas aller voir quelqu'un... Une personne que je connais depuis quelques temps. Une forgeronne de talent qui pourrait.. Et bien qui devrait s'avérer très utile pour une femme telle que toi. "
Il désigna un petit sentier enneigé qui se perdait entre deux flancs de montagne et qui menait encore dans les hauteurs.

Hrist leva son regard aussi loin que pouvait mener le chemin mais le souffle du vent et la neige lui venant de face, ce fut en vain. Rien d'autre ne parvenait à ses oreilles et Fiori, elle le savait, ne lui laisserait aucun autre indice quant à sa surprise.
Hrist un brin contrariée descendit du chariot et s'approcha du sentier concerné. Derrière elle, Fiori lui cria :
" Je vous attends ici dans un jour. Ca sera bien suffisant. Bon courage !"

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Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Mer 17 Fév 2016 20:26 
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Ainsi perché sur le destrier de Sieur Gaudium, j’ai l’opportunité d’admirer le paysage défiler. Les monts sertissent l’horizon et quelques nuages parsèment le firmament. Le ciel uniformément teinté d’un bleu azur s’étend à l’infini, sans début ni fin, il recouvre le monde d’une chape protectrice qui nous épargne bien des maux. Une immense chaîne de montagnes se précise au loin, je décide afin d’écourter le voyage de converser avec le chevalier.

« Par quel chemin allons-nous passer Gaudium ? »

Mais la réponse qu’il me donne est rendue inaudible à cause de sa voix étouffée par le casque qu’il porte et le sifflement du vent à mes oreilles. Malheureusement, mes lacunes géographiques m’empêchent de me repérer, m’obligeant à me fier au preux chevalier.

Ne sachant que faire, je décide de m’expérimenter au fluide de glace. Depuis son absorption je n’ai pas essayé de l’invoquer, sans doute par peur. Le marchand m’a bien prévenu que l’effet pouvait se révéler imprévisible mais… J’ai cru mourir, ce n’est pas très engageant, pourtant je me dois d’apprivoiser ce pouvoir, de le dompter afin qu’il réponde à ma volonté.

Je campe fermement mes jambes autour du cheval, mes mains s’accrochent au bord de la selle et je me laisse aller. Mes yeux sont clos tandis que mon esprit s’ouvre. Je laisse mon corps s’habituer aux cahotements de la route, renforce ma concentration afin qu’elle ne se brise plus.

Le fluide commence d'irriguer mes veines, se répand comme un feu glacé à travers mon corps. Je me sens investi d'une puissance étrangère et bien que ce ne soit qu'éphémère, savoure cet instant béni d'entre tous. Ce sentiment de puissance qui s'empare de moi est exaltant, grisant...

Ce simple mot, pouvoir, revêt tant d'importance. Le monde dans lequel j'évolue ne jure que par lui. Pour s'imposer, survivre, il est salutaire d'être jugé puissant par ses pairs. L'exemple le plus parlant pour moi est celui d'Edward Tatch. Cet homme, ce vieillard croulant sous le poids des âges joui d'une puissance qui lui confère l'ascendant sur ses hommes. Je sais maintenant à quel point cette amulette magique va m'être utile. Elle qui va me permettre de devenir plus fort tout en m'ouvrant bien des portes qui seraient sinon restées closes.

Le fluide de glace devient de plus en plus vivace, envahissant... Je me sens dépossédé de mes émotions, n'étant plus habité que par une sérénité certaine.

J'ouvre enfin les yeux mais ne parvient plus à m'extasier devant ces montagnes, ce ne sont que de simples grosses roches. Je n'arrive plus d'ailleurs à ressentir quoi que ce soit. Ni crainte pour mon avenir, ni regret pour mon passé. J'en viens à penser à Meretricem, sa mort, son supplice. Pourtant, contrairement à la veille, je sais que c'était nécessaire, que c'était ma seule option viable. Bien entendu ça ne me transporte pas de joie mais il fallait le faire, je l'ai donc exécutée. Lui crever les yeux était en revanche une pure perte de temps en plus d'être un acte de barbarie pur, du sadisme dont je dois me passer.

Quant à mon avenir, mon actuelle condition, je sais ce qu'il me reste à faire. Avec l'aide de Gaudium je vais vite arriver à Kendra Kâr. La suite à donner je l'ai déjà imaginé, réfléchir est bien plus aisé quand les émotions parasites ne viennent plus interférer. La peur, l'angoisse, les remords, ce ne sont là que de mauvais conseillers dont il faut se débarrasser.

Je vais donc procéder avec logique, partir en quête d'informations, d'abord auprès des boutiques magiques, puis, j'irais en élargissant mon champ de recherche. La suite dépendra des réponses obtenues.

Un brusque cahotement me ramène à la réalité, manque même de me faire chuter du cheval. Mes jambes glissent, mes mains raclent la selle tandis que le poids de mon corps bascule vers l'arrière.

Gaudium, par instinct, ou chance, me rattrape au dernier moment et s'arrête le temps d'un bref instant. Voyant se poser sur moi son regard scrutateur, je le rassure, apaise ses peurs. C'est toujours le fluide de glace qui me domine et d'un ton sec lui dis :

"Pas de temps à perdre Ser Gaudium. Je suis intact, vous pouvez continuer sans crainte."

Il me sourit et hoche de la tête avant de faire repartir son cheval.

Je me sens tout d'un coup las, l'impression de revenir d'un long voyage. Je regarde vers le ciel et sourit en voyant une flopée d'oiseaux parcourir le firmament. Ils représentent un idéal pour moi, celui de vivre sans dépendre de personne, de pouvoir voguer à sa guise à travers le monde...

J'essaie de me caler, attache des sangles que je viens de remarquer à mes pieds et en posant ma tête sur le dos de Gaudium, essaie de trouver le sommeil.

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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Jeu 18 Fév 2016 00:00 
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Je m’éveille à la faveur de l’aube. Un feu de camp éteint git devant moi, quelques braises luttent encore vaillamment mais la fin est proche, inexorable. Des grondements sourds me parviennent et au moment de tourner la tête, aperçois un spectacle captivant. Gaudium est accroché à une épaisse branche, c’est en rythme qu’il soulève, à la seule force de ses vigoureux bras, son corps musculeux. Son dos baigne dans la lumière matinale, luisant de sueur à force d’effort.

Je m’extrais de la couverture de laine dans laquelle je suis pelotonné et me dirige, d’un pas vacillant et le corps tiraillé par la fatigue, vers le chevalier. Ce dernier ne m’a pas entendu me lever et il me vient alors une idée. J’avance en tâchant de ne pas faire de bruit, enjambant l’éparse tapis de feuilles qui me sépare de Gaudium. Une fois parvenu derrière lui, j’hurle avec une voix éraillée :

« Du nerf soldat ! »

Le chevalier, tout surpris qu’il est, lâche son perchoir et tombe sur les fesses. Il se retourne et me regarde en posant les mains sur ses hanches.

« Petit coquin ! » s’exclame-t-il « On n’interromps pas un chevalier lors de son entrainement ! »

A peine a-t-il prononcé le dernier mot qu’il bondit vers moi, me plaquant au sol. Il me sourit comme un enfant, ravi de m’avoir attrapé sans difficulté. Ses mains puissantes sont fermement posées sur mes épaules et j’ai alors tout le temps de le contempler. Ses abdominaux sont saillants, ils paraissent être sculptés dans du marbre. Les muscles de ses bras sont bien dessinés, son torse peu poilu… Gaudium exsude la virilité, c’est un chêne, je ne suis qu’un arbuste. Il m’intrigue… Son visage ne m’attire pas, pourtant ce corps… Il est digne d’intérêt, de convoitise même. Le chevalier doit remarquer le brasier de désir qui s’allume dans mes yeux car il relâche aussitôt son étreinte et se redresse. Son visage exprime un cruel dilemme.

Il s’exprime alors d’un ton où se confondent dépit et résilience :

« Je suis promis à une autre… C’est d’ailleurs le but de mon voyage. Mon véritable amour quant à lui réside dans ma ville natale. Je suis désolé, trahir la confiance de ma future femme ne me gêne pas, en revanche… Tromper l’homme que j’aime m’est insupportable, en tout cas avec la gent masculine, qui m’attire véritablement. »

« Dommage » soupire-je, puis dans un effort pour dissiper la gêne, propose à Gaudium de l’aider à s’équiper de son armure, demande à laquelle il s’empresse de dire oui. Je me hâte alors de tout récupérer, son plastron, ses jambières et toutes les autres pièces d’équipement. Il nous faut une dizaine de minutes avant qu’il ne soit totalement équipé mais le résultat est convaincant.

Il siffle un grand coup et son destrier commence à galoper avec célérité vers nous deux avant de se cabrer en hennissant fougueusement. Gaudium me donne un coup de coude et me fait un clin d’œil :

« J’ai eu du mal à lui apprendre ça à c’bourriquot là ! Mais c’est sacrement classe. Bon aller, dernière étape avant de rejoindre Mertar ! Une fois là-bas, on pourra se réapprovisionner et partir pour Kendra Kâr. »

J’esquisse un petit sourire avant de me diriger, flanqué par le paladin, vers le cheval. Le soleil est encore bas dans le ciel quand nous entamons cette nouvelle partie du voyage à travers une plaine morte. Des vestiges de champs entiers sont visibles et semblent s’étendre sans limite. Les montagnes se rapprochent mais apparaissent encore comme lointaine. De nouveau j’essaie en vain de trouver le sommeil.

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 Sujet du message: Re: Route entre Mertar et Dàrham
MessagePosté: Jeu 18 Fév 2016 02:19 
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Cela fait maintenant plusieurs heures que nous chevauchons et les montagnes se profilent à l’horizon. Gaudium ralentit l’allure et me met en garde. Ici les gobelins et les garzoks sont nombreux, ils rodent et tue les égarés, parfois en mange un bout, s’ils sont en appétit. Je prends un air déterminé et le presse d’avancer. Il n’y a plus à tergiverser après tout, il faut foncer.

La route commence à s’élever en pente douce, un bruit résonne à ma gauche, comme de l’eau qui coule en abondance. Quelques arbres ceignent le chemin mais ils sont rachitiques, épurés de la plupart de leurs feuillages. Un autre son m’attire vers la droite. Des branches craquent, des jurons fusent. Enfin je pense comprendre qu’il s’agit là de jurons même si je n’en comprends pas le sens. Je descends du cheval alors que Gaudium me mets en garde, peut-être est-ce un piège…

Je traverse les fourrés et vois un… nain. Il est sur le dos, gesticule en tous sens et brasse l’air de ses bras. Je me précipite vers lui et l’aide à se redresser. Il s’ébroue à la manière d’un chien, ratisse sa barbe avec ses doigts et me regarde éberlué.

« Mais reste pas planté là ! Tu vois bien qu’y a urgence p’tit gars ! Une troupe de sekteg puant a pris en embuscade ma patrouille, j’dois y retourner, vont tous s’faire massacrer ! »

Il commence à courir et parvient rapidement à la hauteur de Gaudium qui a, entre-temps, mit pied à terre. Le nain percute alors avec fracas le chevalier provoquant un tintement d’acier. L’homme tombe à la renverse tandis que le nain se retrouve avec son casque bien trop enfoncé, le privant de la vue. Il grommelle, pestifère contre l'imbécillité des longues-jambes avant d’extirper sa tête du casque dans lequel il était fourré.

Gaudium se poste devant le nain et le somme de lui présenter ses excuses, sur le champ. Le nain le toise avant de rétorquer d’un ton colérique :

« Plutôt manger ma barbe ! Y’a urgence par les couilles vérolées du paternel ! Ma troupe a été prise en embuscade par des sektegs puants ! J’ai été repoussé et je m’suis trouvé à dévaler la colline… » le ton qu’il utilise pour finir me fait froid dans le dos, il est tellement impérieux, sérieux, totalement l’opposé de l’impression qu’il m’a donné juste avant « Hors de mon chemin, maintenant. »

Gaudium reconnait sans doute cette tension palpable dans la voix du nain mais ne le laisse pas passer.

« Tu vas nous y mener, là est mon devoir de chevalier que d’aider. »

Il se saisit de lui par les aisselles comme s’il s’agissait d’un enfant et le dépose sur le cheval. Il me fait ensuite signe de suivre et alors que j’ouvre la bouche me devance.

« Ton poids plume n’est rien pour mon cheval, maintenant dépêche-toi. »

Je me précipite vers l’étalon et monte derrière le nain qui lui-même est callé derrière Gaudium. Le hongre piaffe mais finit par galoper, et c’est avec rapidité que nous atteignons la route menant vers les montagnes. Elle est escarpée, traitresse, pourtant le chevalier semble se fier à son instinct et sa maîtrise de l’animal et ne ralentit l’allure qu’en cas de virages serrés.

Je sens le nain qui remue, il ne tient plus en place et parvenu à un carrefour menant vers plusieurs directions hurle en pointant du doigt le sentier de gauche. Ses compagnons d’armes se battent là-bas.

Il saute du cheval et recommence à courir, Gaudium attache son cheval à un arbre et cavale avec moi derrière le nain.

La scène de bataille qu’il m’est donné de voir est sanglante. Le sang macule le sol et les cadavres jonchent l’espace. Un peu plus loin s’achève un duel mortel. Un nain armé d’une masse fait face à six gobelins. Derrière lui se tient un autre nain, sans doute gravement blessé, il essaie de ramper dans la direction opposée des gobelins mais son protecteur ne risque pas de tenir très longtemps face à autant d’adversaires. Le nain que nous avons accompagné rugit et s’équipe de sa hache à deux lames avant de rejoindre ses camarades. Gaudium suit son exemple et je le flanque, plus rassuré avec lui que tout seul…

Le nain à la masse parvient à éclater le crâne d’un premier assaillant mais un deuxième en profite ! L’épée se plante dans une fente ménagée entre l’épaule et le bras. Le nain hurle de douleur mais ne s’arrête pas et d’un brusque mouvement agrippe la main du second sekteg et lui donne un magistral coup de tête. Ce dernier s’affale à terre sans demander son reste. J’en vois quatre, peut-être y’en a-t-il d’autre, impossible de le savoir…

Je vois Gaudium et les deux nains engager des combats contre les sektegs. Il en reste un, je le regarde, il me regarde puis, hausse les yeux et affiche un sourire carnassier dévoilant une dentition pointue. Il entreprend de courir vers moi tout en agitant une épée rouillée, d’une teinte cuivrée. Le danger est imminent, le fluide de l’ombre semble réagir instantanément. Je le sens se déverser dans mes veines, m’offrir sa puissance afin que l’ennemi je puisse terrasser sans aucune pitié.

Je commence à invoquer la brume devenue familière, l’être qui s’approche va être ma victime, il va périr, il… doit mourir. Mais la bête est plus rapide que prévue, elle m’attaque avec hargne et j’esquive de justesse. La pointe de l’épée effleure ma tunique qui se déchire quelque peu au niveau du bras. J’éprouve un enivrement, l’euphorie de la bataille me gagne à mon tour et c’est avec rapidité que je roule en arrière et invoque mon pouvoir. La main éthérée vient se placer au niveau du cou de ma victime, je la sens paniquer devant cette pression qui l’étouffe sans qu’elle n’en comprenne le sens. Il lacère l’air de son épée mais rien n’y fait… Un sourire lugubre orne mon visage, je relâche la pression et regarde le gobelin tomber sur les genoux. Je l’entends qui peine à respirer, encore un petit effort et il ne restera de lui qu’une dépouille inanimée. Je commence à incanter de nouveau quand je suis coupé dans mon élan… Une épée dépasse du poitrail de ma cible, creusant un trou béant et sanglant en lieu et place de son cœur.

Je me sens lésé, agacé par cet acte imprévu. Il était à moi et on m’a privé de ce plaisir… C’est moi qui devais le tuer, le faire venir à Phaïtos… Je lève les yeux mais en apercevant l’expression inquiète de Gaudium ne parvient pas à lui en vouloir. Le fluide me quitte progressivement maintenant que le danger est passé.

« Il faut se dépêcher ! Les compagnons de Nibelung sont blessés, il faut vite rejoindre Mertar ! »

« Nibelung ? »

« Le nain que l’on a sauvé. Maintenant vite aide moi à placer le plus souffrant sur le cheval. »


C’est avec le concours de Gaudium que je porte le nain inconscient sur le cheval. Celui s’étant vu infligé une blessure à l’épaule est plus facile à monter car il nous aide avec son bras encore valide. Gaudium crache ensuite dans sa main et va serrer celle de Nibelung. Quand il revient vers moi il me dit rapidement :

« Rejoins-moi à Mertar, tu vas y aller en compagnie de Nibelung, je vais quant à moi me dépêcher d’amener ces deux-là afin qu’ils reçoivent des soins au plus vite. »

J’hoche de la tête et vois le chevalier qui monte sur son destrier et s’éloigne à vive allure. Nibelung me rejoint alors et d’un ton fier me dit :

« La plus solide des amitiés se forge dans les feux de la guerre. Vous deux êtes mes amis, merci de m’avoir aidé à sauver certains de mes frères d’armes. Ce soir vous dormirez chez moi, nous boirons à la mémoire de nos morts. »

Il crache dans sa main et me la tend, je sais que c’est dans la tradition guerrière alors je m’exécute, crache dans la mienne et lui serre avec vigueur.

« Bon, en avant ! »

Nibelung, moi à sa suite, commence d’avancer vers le sentier menant à Mertar.

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