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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Ven 7 Sep 2012 18:56 
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(((Sitôt revenu, me voilà déjà revenu sur les routes... Aurais-je un jour le bonheur de revoir ma cité natale???)))

Telles sont mes pensées, alors que, marchant depuis plus d'une heure, notre groupe avance lentement dans le paysage Alpin des montagnes D'Hidirain. Je m'étais fait capturer, puis je m'étais échappé, pour finalement apprendre, au bout d'un long voyage de retour, qu'il fallait retourner dans ces égouts putrides pour empêcher le dieu du mal de ressusciter des mains d'une secte que personne ne prenait au sérieux... Franchement, depuis quelques... Mois? Jours? Je me sentais totalement dépassé par la situation.

Ce fut Shaer qui mit fin au cours de mes pensées noires, en m'interpellant.

"Alyster!!! Caladrel a à te parler!!!

"Caladrel?"

"Oui, celui qui t'as sauvé!!! Et qui as accessoirement failli te tuer..."

"Ah..."

Je presse donc le pas pour rejoindre Caladrel, qui ouvre la marche. Sitôt que je suis à côté de lui, et sans même m'accorder un regard, il lance:

"Dis-moi, où, et comment as-tu appris à manier l'épée?

"Euh... Je n'ai pas vraiment appris, j'ai quelquefois... rencontré des bêtes sauvages ou autres créatures, et j'ai appris au fur et à mesure à me défendre...."

"Je vois... Je m'en doutais... Je ne voudrais pas te vexer mais, lorsque je t'ai affronté je n'ai pas rencontré beaucoup de résistance... Il faudrait que tu travaille un peu ton maniement des armes... Viens me voir dés qu'il y a une halte. Je te ferais travailler, histoire que tu n'arrives pas sans défense à l'affrontement."

"Bien..."




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Dernière édition par Alyster le Sam 29 Sep 2012 18:34, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Mer 19 Sep 2012 19:42 
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Plus haute la garde! Tes jambes! Fléchies! Voilà, c'est ça! Maintenant défends-toi! En tierce! En quinte! En quarte!...
depuis une heure, ça n'arrête pas. Au baton, à l'èpée, puis de nouveau au baton, encore à l'épée, puis à mains nues, l'entraînement, plus qu'intensif, est une véritable séance de torture. Pendant que mon... professeur m'apprends les bases de l'escrime, les badauds du groupe, qui ont déjà fini leur repas, grouillent pour assister en gloussant au cours de "rattrapage". Au milieu du plateau où nous avons fait halte, Caladrel annonce soudain la fin de l'entrainement. Et accessoirement, la fin de la halte.

Malgré le fait qu'il va falloir marcher encore bien des heures avant la prochaine halte, je ne puis m'empêcher d'éprouver un vif soulagement en songeant, non pas à la marche qui nous attends, mais à la fin de mon entraînement. J'espère au moins qu'il va porter ses fruits...
Mon estomac me fait sortir de mes pensées, en me rappelant soudain que je n'ai rien avalé depuis hier soir. Je choisis de ne rien dire, et de continuer, me promettant un festin le soir venu. En espèrant que l'entrainement me le permette.




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Dernière édition par Alyster le Sam 29 Sep 2012 18:40, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Sam 22 Sep 2012 07:26 
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Nous marchons rapidement, d'un bon pas. Les montagnes s'applanissent, les vallées deviennent vallons, la neige disparait des sommets les plus hauts, et les villages s'étendent. Nous sortirons bientôt des montagnes.

En attendant, la nuit est en train de recouvrir le monde de son manteau noir. Les ombres reprennent leur droit, et la halte est annoncée. Ansi que le début de l'entrainement, cette fois ci commun à tous les elfes présents.

"Ah, tu es enfin prêt... Bon, cette fois, tu vas faire un entrainement réel. Je ne te donnerai pas de conseil, tu te battras juste contre moi, de la maniére que tu veux. Comme si j'étais ton ennemi."

Sitôt qu'il a fini de m'expliquer Le déroulement de cet entrainement, il sort une longue épée apparemment très lourde, qu'il manie à deux mains. Il s'approche, lentement, me tourne autour, sans me quitter des yeux, puis soudain, passe a l'attaque. J'ai à peine le temps de parer, qu'il me destabilise d'un coup d'épaule, puis se fends incroyablement vite. J'esquive, perds l'équilibre, tente de me relever, mais profitant de cet instant d'instabilité, il me met à terre d'un coup de pied. Il tente de mettre fin au duel d'une lame sous ma gorge, mais je l'évite d'une roulade, et me relèe prestement. Moment d'attention, nous nous jaugeons du regard, puis, c'est moi qui attaque. Rapidement. Précisément. Des deux côtés à la fois. Tandis que mon épée rencontre sa lame, mon baton, qu'il n'avait pas vu venir, percute durement son épaule. La surprise se lit dans ses yeux. Il faut croire que son précédent cours à porter ses fruits. J'ai réussi à porter le premier coups!!!

Après une heure de joute, les entrainements se terminent, les elfes se dirigent peu à peu vers leur tente pour se reposer et manger leur repas. À ma grande surprise, je suis autorisé à les imiter.

"Alyster, m'interpelle Caladrel avant que je ne parte.je dois t'avouer que je suis assez surpris. Agréablement surpris. Pour tout te dire, j'avais des doutes quant à ton niveau, même si je t'entrainais le plus dûrement possible. Bien sur, je n'ai pas combattu au maximum de mes capacités, mais tu m'as tout de même impressionné. Continue de t'appliquer ainsi lors des entrainements, et tu seras prêt avant la fin du voyage à t'occuper des fanatiques."

Je bredouille un remerciement, surement peu convaincant, et m'en retourne vers ma tente ému, et surtout fier comme jamais je ne l'avais été auparavant.




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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Dim 23 Sep 2012 18:17 
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Les grillons chantent doucement dans l'obscurité. Les mille et uns bruits de la nuit, le vent dans les feuilles, le souffle régulier de mes compagnons dormant près de moi, parviennent à mes oreilles. Dans la lumière douce des torches, j'attends, une couverture posée sur mes épaules, guettant les alentours. Tous les sens en alerte. Un craquement de branche me fait tourner la tête, et j'aperçois Shaer, l'elfe vert, qui vient à ma rencontre.

"Tu es déjà réveillé? Ton tour ne commence que dans une demi-heure."

"Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Toi par contre tu as les yeux exténués. Va te reposer."

"Mon tour de garde n'est pas fini... Je vais rester.

Nous restons donc assis tous les deux, sans bouger, à parler de tout et de rien. Nos voix, pourtant basses résonnent dans la nuit.
Tulorim est en vue, demain nous arriverons. À nous de repérer la tanière des fanatiques. Le groupe suivant, arrivant quelques heures plus tard, nous rejoindra puis notera avec nous les gardes, le nombre de personnes et les informations relatives à l'assaut, puis enfin, le lendemain au lever du jour, nous attaquerons, avec l'arrivée du troisième groupe. Je ressens à cette perspective, un mélange d'excitation, de peur, et de... vengeance.

Je vais rejoindre ma tente après une demi-heure à bavarder et regarder les étoiles, et m'endort, après avoir adressé une dernière prière à Gaïa et à Yuimen.




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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Dim 11 Nov 2012 18:29 
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Jour un

Cela faisait plusieurs heures déjà, qu’Adenor marchait, droit au Nord, en direction de Tulorim, grande ville d’Imiftil. Jamais avant, la jeune femme n’avait franchi les frontières d’Hidirain, et ce n’était pas sans une légère crainte qu’elle poursuivait sa route.

Bien entendu, durant sa croissance, elle avait eu maintes occasions de rencontrer les divers peuples siégeant dans le monde dans lequel elle évoluait. LesThorkins, voisins de sa contrée, entretenaient d’excellents rapports avec son peuple. Nombreux étaient les échanges, amicaux et économiques qu’entretenaient les deux races. Ensemble, ils participaient au maintien du bon équilibre de la montagne. Aussi, ils se tenaient, unis, prêts à d’éventuelles invasions de la part des autres espèces, bien que la communauté d’Adenor ait généralement été en bons termes avec ces dernières. Seuls les gobelins déclenchaient chez elle une abominable répulsion, qui, selon elle, ne serait égalée par aucune autre espèce - la belle n’ayant encore jamais rencontré d’orque. Leur couleur immonde déclenchait chez Adenor un profond dégoût et elle se demandait régulièrement comment des créatures aussi ignobles avaient pu être produites sur des terres aussi merveilleuses que celles de Yuimen. Dans ses souvenirs d’enfance, Adenor revoyait vaguement une attaque-surprise de ces bestioles sur son territoire. Les idiots pensaient pouvoir s’approprier les mines des Thorkins et les savoirs, par la contrainte, des Hiniöns. Les images qui restaient à l’esprit d’Adenor à ce propos étaient vagues. Une seule lui venait distinctement : son père, rentrant de combat et brandissant vaillamment une tête verdâtre et poilue, à bout de bras. L’affrontement était terminé, le meneur des troupes de gobelins était défunt.

La route serait longue. Tulorim était à plus de quatre jours de marche. Et le froid ralentirait certainement le rythme de progression d’Adenor, augmentant la durée du trajet à 5 jours. Ses pas étaient, pour l’instant, déterminés, et ce, malgré les quelques craintes que la jeune femme pouvait ressentir à propos d’éventuelles rencontres avec les autres peuples. Elle traversait encore l’épaisse forêt de la vallée, connue de sa personne. Enfant, elle prenait un malin plaisir à effrayer les étrangers osant s’y aventurer. Traverser cette forêt étant la seule possibilité pour arriver à Hidirain, tout peuple vivant dans ces montagnes se devait de la défendre. Il n’était donc pas rare, lorsqu’on parcourait la forêt, d’apercevoir un Hiniön perché sur une branche d’arbre, arc armé, à l’affut de quelconque intrus.

Dénuée de chemin, la forêt offrait une suite impressionnante de végétaux, face à laquelle Adenor devait prendre garde. Heureusement, elle avait toujours été très attentive aux cours de botanique dispensés par un vieil Hiniön barbu, durant ses apprentissages. Elle pouvait donc aisément reconnaitre les plantes dangereuses, telles que les selavs, ces arbustes poilus empoisonnés. Au loin, elle apercevait de longs rayons de lumière. Il s’agissait bien de l’orée de la forêt, et non d’une clairière, peu courante dans cette partie de la forêt. La vue de cette lumière motiva Adenor à progresser plus rapidement. Emmitouflée dans sa longue cape de fourrure, elle pressa un peu le pas, enjambant les Malarrhes dans lesquelles les pans de sa robe avaient tendance à s’accrocher.

Déjà, le soir tombait. Adenor le savait : l’obscurité de la forêt rendait les journées très courtes. Dans ce milieu qui lui était familier, elle n’avait pas besoin de se protéger outre mesure. Elle se contenta de grimper au sommet d’un sapin, et s’y attacha à l’aide d’une liane. Rapidement, elle sombra.

Jour deux

Le lendemain, la jeune femme quitta l’humidité et l’obscurité de la forêt. À vrai dire, la partie la plus agréable du trajet était derrière elle. Devant ses yeux, droite, abrupte et impressionnante, se dressait la montagne. Le sommet n’était pas bien élevé, quelques centaines de mètres seulement. Mais Adenor n’avait que rarement été jusqu’à cette frontière. La montagne était peuplée d’êtres étranges, ce qui avait toujours rebuté Adenor, qui préférait alors se balader vers le sud d’Hidirain.

L’Hiniönne emprunta le petit chemin rocailleux qui s’enfonçait dans les gorges de la montagne. De temps à autre, elle trébuchait sur une racine, de laquelle s’échappait un arbre, des dizaines de mètres plus loin. Le soleil pointait déjà vers l’Ouest , le jour se coucherait dans une petite paire d’heures. Il fallait qu’Adenor trouve un endroit où loger, une fois située légèrement en altitude.

Plus tard, Adenor quitta le sentier montagnard, pour s’enfoncer sur les pantes abrupts. Sa vue étant mauvaise au-delà de 5m, elle se fia au lit d’une rivière, dont elle remonterait le cours, pour dénicher une grotte qui lui servirait de toit. Elle profita de la source pour s’abreuver d’une eau pure et glacée.

Dans la grotte, la jeune femme fit quelques pas. Elle était trop sombre et Adenor n’osait pas s’y enfoncer trop profondément. Quelques chauves-souris s’envolèrent lorsqu’elle y lança une pierre. Le lieu ne semblait présenter aucun danger. C’est donc à cet endroit qu’elle passa sa première nuit, loin des siens. En s’assoupissant, Adenor pensait à ses parents et son petit frère. À cette heure-ci, ils devaient certainement se réchauffer au coin de l’âtre, partageant un bon repas. Elle ferma les yeux et s’imagina parmi eux, se laissant emporter par le sommeil.

Jour trois

Au petit matin, Adenor se réveilla avec de lourdes courbatures. Dormir sur de la roche n’était pas des plus confortable et la nuit ne fut pas des plus agréables. La jeune femme se dirigea vers la rivière remontée la veille et en profita pour effectuer un brin de toilette. L’eau lui gelait les mains et, de sa fine bouche, une épaisse buée s’échappait au rythme de sa respiration. Adenor frissonna et remonta sa cape jusqu’au creux de son cou. Elle fixa solidement sa gourde à sa ceinture, et y glissa sa précieuse dague. Elle rejoignit ensuite le sentier et poursuivit son chemin sinueux, alors que le soleil se levait à peine, baignant la montagne d’une lumière dorée intense.

La matinée passa relativement vite aux yeux d’Adenor. Selon son estimation, elle devrait encore passer toute la journée suivante dans la montagne, mais cela était loin de la décourager. Au rythme de ses pas, la petite bourse qu’elle portait au ceinturon faisait tintinnabuler les quelques yus qu’elle possédait. Haut dans le ciel, le soleil lui prodiguait une douce chaleur, réchauffant la peau blanche de la jeune femme.

Soudain, Adenor se retourna. Elle venait d’entendre un bruit étrange, un bruissement. Sa vue avait beau lui faire défaut, ses oreilles ne la trompaient jamais. Plus loin, dans le buisson, elle était certaine qu’un être vivant y était tapi. Une sueur froide l’envahit, faisant ruisseler quelques gouttes le long de son dos. Dague à la main, la jeune femme s’avança en maitrisant ses tremblements. La dague n’était malheureusement pas son arme de prédilection. Elle pensa un instant qu’une fois en ville, il lui faudrait acquérir une épée. Mais elle ne se laissa pas entrainer par ces pensées parasites et retrouve rapidement toute son attention.

Adenor expira longuement, avant de s’exclamer d’une voix claire et ferme :

- « Qui est là ? »

Personne ne répondit à son appel. Le contraire l’aurait étonnée. Elle s’approcha encore et enfonça lentement sa dague entre les feuilles du buisson, quand un long cri de frayeur retentit.

- « Ne me tuez pas ! Je ne vous veux pas de mal ! »

D’un coup, la tension d’Adenor retomba. Un humain. Il ne s’agissait que d’un abruti d’humain. Comment avait-elle pu se laisser prendre par l’angoisse de la sorte ? Les humains étaient idiots et puérils. Adenor ignorait tout de leur utilité et, il fallait l’admettre, s’en moquait éperdument. L’homme s’extirpa du buisson et, toujours apeuré, recula de quelque pas. Il répétait :

- « Ne me tuez pas ! Ne me tuez pas ! »

Adenor n’en avait nullement l’intention. Mais elle aimait plus que tout voir cette frayeur dans les yeux d’un être à la vie tellement fragile. Ce regard suppliant, à la fois vague et intense. Elle y lisait également beaucoup d’admiration. Les hommes, elle le savait, étaient souvent fascinés par la beauté elfique.

- « Qui es-tu, homme ? Et que viens-tu faire par ici ? »

L’homme, bien que se rendant peu à peu compte qu’Adenor ne lui porterait pas préjudice, tremblait toujours comme une feuille. Il n’osait pas regarder l’elfe dans les yeux et c’est d’une voix peu assurée qu’il répondit.

- « Je m’appelle Radulf. Je, je suis marchand. Marchand de tissus »

Si cet homme était marchand de tissus, son chargement était certainement important et… confortable. Adenor sourit intérieurement. Elle avait pris du retard dans son voyage à cause du froid et voyait en ce marchand une belle occasion de profiter d’une monture.

- « Et où vas-tu vendre ton tissu, Radulf le marchand ? »

- « Je me dirige vers Exech, au Nord. »

- « Bien. Où se trouve ton chargement ? »

L’homme pointa d’une main tremblante un petit bosquet non loin de là.

- « Je l’ai caché là bas, pour éviter qu’on ne me le vole pendant que je remplissais ma gourde d’eau fraiche. »

En plissant les yeux, Adenor pouvait en effet apercevoir un cheval broutant tranquillement l’herbe riche de la montagne. La charrette et les tissus étaient camouflés par les arbres.

- « Bien. Emmène-moi, et je te laisserai la vie sauve. Je ne pèse pas lourd et ne ralentirai en rien ta route. Je me rends à Tulorim et te quitterai à la bifurcation du bas de la montagne. »

Radulf hocha docilement la tête et emboita le pas à Adenor, qui se dirigeait déjà vers le bosquet. La jeune femme fut surprise par la quantité de tissus que transportait ce marchand. Ils étaient variés, offrant aux acheteurs la possibilité d’acquérir du lin, du coton et même de la soie.

L’homme se hissa aux rennes de sa charrette, tandis qu’Adenor, monta élégamment à l’arrière de celle-ci, s’installant confortablement sur les tissus. Le cheval se mit en marche et son rythme de pas balançait Adenor qui n’éprouvait aucune difficulté à maintenir son équilibre.

Le temps passait. La fatigue faisant surface, Adenor s’allongea sur les étoffes, mais s’empêchait de dormir. Elle sentait, de temps à autre, le regard de l’homme se poser sur ses formes fines et élégantes. Il ne lui en fallait pas plus pour l’empêcher de s’endormir. Jamais elle ne ferait confiance à un homme.

Quelques heures plus tard, l’homme secoua timidement Adenor. Elle s’était endormie ! Comment avait-elle pu être aussi imprudente ? Elle s’en voulait et son visage se renfrogna.

Radulf l’informa qu’ils étaient arrivés à l’embranchement. Il continuait sa route vers Exech. Adenor se dit un instant que cet homme semblait définitivement bon, il n’avait aucunement profité de la situation. Mais cela ne suffit pas à faire émerger sa bonne humeur. Elle descendit de la charrette et, sans décrocher le moindre mot ni se soucier de l’avenir proche de Radulf, s’éloigna à grandes enjambées sur le chemin de Tulorim, alors que le soir tombait. Un jour et demi de marche l’attendait encore, il ne fallait pas perdre de temps.

Adenor parcourut rapidement la distance séparant la montagne des bois du sud de Tulorim. La route était devenue étroite et s’enfonçait dans la pénombre de la forêt, accentuée par la nuit largement entamée. Adenor frissonna. Ces bois étaient terrifiants. Des bruits inconnus à l’ouïe de la jeune femme se faisaient entendre. Généralement, elle était totalement contre, mais ce soir, Adenor allumerait un feu. Cela éloignerait les créatures les plus étranges dont Adenor redoutait de faire la rencontre. Certes, un feu de camp donnerait se position à de quelconques malfrats. Mais peu lui important, elle ne connaissait de toute façon pas suffisamment les lieux que pour profiter d’une réelle discrétion. Le moindre de ses pas faisait craquer brindilles et feuilles mortes, elle était déjà une proie facile.

Quelques mètres plus loin, une petite clairière laissait apparaitre une lumière pâle et envoûtante, celle de la lune. Le ciel était dégagé et les étoiles brillaient poétiquement au-dessus de la tête d’Adenor. Aucun arbre ne lui gâchait cette vue magnifique. L’Hiniönne huma l’air glacial. Elle eut l’impression que des dizaines de lames s’enfonçaient dans ses poumons, tant il était froid. Le feu lui ferait du bien, et l’endroit s’y prêtait à merveille. Elle s’attela à la tâche et bientôt, de belles flammes orangées illuminaient la clairière silencieuse. Silencieuse ? Pas vraiment. Allongée sur l’herbe humide, Adenor tendait l’oreille. De nombreux bruits envahissaient l’espace, tels des murmures qui se propagent dans une foule abondante. Le vent dans les feuilles, un ruissellement au loin, un bruissement d’aile de rapace, un cri étrange d’animal non identifié. Ce bois ne plaisait décidément pas à Adenor. Somnolente, elle savait qu’elle ne dormirait pas profondément cette nuit. Finalement, il était heureux qu’elle se soit assoupie sur la charrue du marchand. Aux aguets, elle gardait une main sur le manche de sa dague, prête à se défendre si le besoin en était.

Elle n’eut pas à attendre longtemps. Un craquement de branche plus sonore se fit entendre, suivi de ricanements infâmes, venant dans sa direction. Adenor bondit. Elle distinguait deux voix criardes, mais le feu ne jouait pas en sa faveur. Il permettait aux individus de la voir distinctement et de constater qu’elle n’était que peu armée. Sa vue lui faisant défaut, elle ne distinguait que deux petites silhouettes, sans pouvoir en déterminer la race.

- « Une elfe… Une elfe blanche. C’est notre jour de chance, Falk ! Regarde, elle ne porte qu’une dague ! »

Et l’autre ricana bruyamment.

Ils étaient suffisamment proches à présent, et Adenor pouvait les voir distinctement. Des gobelins ! Elle ne put dissimuler une grimace de dégoût. Les deux se ressemblaient énormément. Ils semblaient être jumeaux. Leurs têtes en forme d’œuf et leurs longues oreilles légèrement rabattues leur donnaient un air idiot. Adenor distinguait de longs poils, sortant de leurs oreilles tels des bouquets de fleurs dans un vase. Elle grimaça à nouveau. Il se dégageait des deux individus une odeur infecte, semblable à ce qu’on pouvait imaginer être l’haleine d’un mort-vivant malade. C’était insupportable, il fallait qu’elle en finisse au plus vite. À en juger de leur taille, ces gobelins n’étaient pas âgés. Il était en plus rare de les voir se déplacer par deux, à moins qu’il ne s’agisse d’adolescent en conflit récent avec leurs géniteurs (pouvait-on réellement parler de famille pour les gobelins ? Adenor ne le concevait pas une seconde). L’anxiété d’Adenor s’estompa un peu, de jeunes gobelins étaient souvent vaniteux et trop sûrs d’eux, bien que totalement inexpérimentés. Elle espérait vivement qu’il ne s’agissait pas là d’exceptions…
L’elfe empoigna sa dague, la tenant fermement de sa main droite. Les deux autres étaient moins armés que ce qu’Adenor s’imaginait. L’un était flanqué d’une branche d’arbre de taille moyenne et d’épaisseur non négligeable. La jeune femme s’étonna de ce que les gobelins étaient capables de manipuler. Quant à l’autre, il tenait en main un petit objet légèrement brillant dont la jeune femme ne pouvait déterminer la nature. Adenor examina la situation.

Les gobelins semblaient manquer de stratégie. Chacun faisait le tour du feu dans des sens opposés. Adenor y voyait une opportunité de s’attaquer aux deux petits êtres verdâtres. Elle courut vers le premier, à l’arme suspecte, espérant l’asséner de coups avant que le second n’ait pu les rejoindre. Elle ne semblait pas longue et, par sa petite taille, si le gobelin devait toucher Adenor, il ne pourrait viser beaucoup plus haut que ses hanches. En approchant, elle distingua enfin l’arme de l’assaillant. Il s’agissait d’une sorte de couteau, à peine aiguisé. Il ne pouvait procurer beaucoup de dégâts. Sans doute un vieil opinel qu’on lui a donné étant enfant pour tailler les arbres. Donné ? Adenor se rendit compte de la stupidité de sa pensée et sourit légèrement. On ne donne jamais rien à un gobelin, il se l’approprie lui-même !
Lorsqu’elle arriva à sa hauteur, Adenor dut retenir sa respiration, tant l’odeur était abominable. Un gobelin se lavait-il une seule fois tout au long de sa vie ? Et il ne s’agissait que d’adolescents ! Qu’en était-il des vieillards ? Elle ne préfèrera même pas essayer de se l’imaginer.

Le gobelin tenta d’envoyer un coup de couteau dans le genou d’Adenor. Celle-ci ne put l’esquiver à temps, et reçut le coup violemment. Elle retint un cri, il ne fallait pas qu’elle montre la moindre faille. Ce coup ralentit fortement Adenor dans la tactique qu’elle avait mise en place. L’autre gobelin était déjà à ses trousses. Une seconde fois, le premier tenta de cogner le genou d’Adenor. Comment peut-on être assez idiot que pour utiliser deux fois la même technique d’approche ? Cette fois, Adenor para le coup sans grande difficulté. Sa dague cogna fortement contre le petit couteau, que le gobelin tenait trop fermement que pour s’en trouver désarmer. Adenor profita de cette petite confrontation pour asséner un puissant coup de pied sur ce gobelin ignoble. Celui-ci s’étala sur le sol humide, ses cheveux atterrissant droit dans les flammes, sans que le gobelin ne s’en rende compte.

Adenor se retourna vivement. L’autre gobelin arrivait droit sur elle, hurlant un cri d’attaque strident, sa lourde branche armée devant lui, telle une perche avant un saut en hauteur. Le gobelin semblait y mettre toute sa force. La branche étant d’une longueur considérable, il pourrait aisément atteindre l’estomac d’Adenor. L’équilibre du gobelin était instable. Un simple changement de trajectoire pourrait certainement rompre cet équilibre et mener le gobelin dans une chute, ventre contre terre. Mais Adenor, peu habituée au combat, sous-estima la vitesse de son ennemi. Elle n’eut pas le temps de modifier la trajectoire du gobelin. Sa seule solution était désormais le combat au corps à corps. D’un point de vue technique, il était nécessaire que l’Hiniönne réduise la distance de combat, afin d’atteindre aisément le gobelin avec sa dague.

Lorsque la branche arriva à sa hauteur, Adenor para le coup du gobelin à l’aide de sa dague. Le morceau de bois s’envola en diagonale, mais le gobelin faisait preuve de force et ne le lâcha pas. Cependant, son équilibre était perdu et le monstrueux perdit de sa vitesse et de son agilité. Adenor réduisit la distance de combat à une cinquantaine de centimètres, laissant une marge de manœuvre très réduite au gobelin et sa longue arme.

Derrière eux, un long cri de douleur se fit entendre. Le premier gobelin venait se réaliser que son immonde tignasse était en feu. Il courait en tous sens, hurlant à la mort. Adenor devrait prendre garde à ne pas se heurter à lui.

La jeune femme profita de la lenteur momentanée de son assaillant pour y planter sa dague. La petite taille du gobelin désarma Adenor dans la portée de son coup, d’autant plus que l’elfe n’était pas habituée à la dague, l’épée étant son arme de prédilection. L’arme offerte par son père vint se planter dans l’épaule gauche du gobelin. Il aurait désormais plus de difficultés à se battre avec sa lourde branche, dont la manipulation nécessite l’intégrité des deux mains.

C’était la première fois qu’Adenor pénétrait de la chair vivante avec un couteau et son geste avait été impulsif. Jusque-là, elle avait toujours cru que la sensation procurerait en elle un sentiment désagréable. Mais ce ne fut pas le cas. Elle récupéra rapidement son arme, laissant place à des giclures épaisses et odorantes. Adenor fut prise de nausée et dût retenir un vomissement imminent. Le gobelin rugit. L’adrénaline envoyée dans son organisme par cette douleur provoqua chez le gobelin un regain d’énergie. Il lâcha son bâton dont il ne pouvait plus se servir et s’agrippa aux jambes d’Adenor, enfonçant ses ongles crochus et noirs de saleté dans la peau blanche et fraîche d’Adenor. Elle frémit de douleur, serrant les dents pour empêcher le moindre cri d’être émis. Surprise par la douleur, elle n’eut pas le temps de réagir avant que l’infâme ne plantât ses dents pointues dans la cuisse de l’elfe.

Enragée, elle ne rechigna pas à transpercer à nouveau l’épaisse peau de la brute de petite taille. Sa dague se planta vivement, et dans de longs cris, tant ceux d’Adenor pour se donner de la force, que ceux de douleur du gobelin, dans le dos de l’adversaire. Adenor sentait la lame fine de son arme passer au travers des côtes du gobelin, et, par chance, elle atteignit le cœur de l’être. Lentement, ses doigts se décrispèrent. Mais les dents restaient plantées dans la chair de la jeune femme, et elle n’eût d’autre choix que de tirer sur le corps hideux pour se défaire de lui. Adenor sentait le sang chaud couler finement sur sa peau. Mais avait de s’occuper de ses blessures, elle devait s’assurer de la fin de l’autre gobelin. Ce dernier gisait sur le sol, non loin du premier, les cheveux presque inexistants. Son ventre dodu se soulevait lentement, il n’était pas mort. Adenor était penchée au-dessus de lui, lorsque ses yeux s’ouvrirent lentement. Il revenait à lui. L’elfe s’empara alors de l’arme de bois laissée à l’abandon, et puisa dans ses dernières ressources pour asséner un coup douloureux sur le crâne de cette boule puante cramée. Son souffle fut coupé et sa tête, qu’il avait légèrement redressée, retomba lourdement sur le sol. Était-il mort ? Certainement, mais Adenor ne chercha pas à le savoir. La nuit était fortement avancée, il était temps qu’elle se repose.

Jour 4

Péniblement, Adenor ouvrit les yeux. Sur elle, était penchée une petite tête joufflue, à la peau rosée par le froid. Ses grands yeux bleus, intrigués, clignaient au même rythme que ceux d’Adenor. Un large sourire s’afficha sur le visage rond. D’habitude méfiante, Adenor n’eut pas la force de se mettre en garde. De toute façon, ce petit être ne dépassait pas 30 centimètres et ne semblait pas présenter un potentiel danger.

L’elfe se redressa légèrement, tandis que ce qu’elle constatait être un lutin, recula de quelques pas, toujours aussi souriant, faisant tinter de petites clochettes fixées sur ses souliers. Adenor suspectait le malicieux d’une farce peu risible. Mais ses craintes n’étaient pas fondées. La jeune femme soupira. Elle peinait à recouvrer ses esprits, son état était confus. Elle repensa vaguement à la nuit précédente, aux gobelins… Elle n’eut pas le temps d’y songer plus longuement, le lutin se mit à parler.

- « Bien le bonjour, jeune elfe blanche ! Ou devrais-je dire, charmante Hiniönne ! Je sais ô combien vous, les elfes, êtes susceptibles sur la vulgarisation langagière de vos races respectables. J’ose espérer que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette petite inattention de ma part. Voyez-vous, nous les lutins, sommes souvent distraits. Et quand nous ne le sommes pas, nous faisons en sorte de laisser croire, ce qui, vous vous en doutez, nous donne de belles opportunités pour infliger à nos interlocuteurs d’irrésistibles farces. Vous ai-je dit que j’étais un lutin ? Pas encore. Mais voilà qui est fait. D’ailleurs, je suis confus, jolie dame, je ne me suis pas encore présenté ! Soit dit en passant, je ne sais pas trop comment m’y prendre… Dois-je vous épargner mon appellation complète ? Parce que mon nom est… Comment dire ? Légèrement… long. Non, ce n’est pas le mot que je cherche… Quel est-il déjà ? »

Adenor écoutait le lutin d’un air amusé, la tête légèrement penchée sur le côté. Elle se perdait quelque peu dans ses paraphrases interminables. Le lutin avait cette manie de poser des questions et d’y répondre lui-même, sans qu’Adenor ne puisse intervenir. Elle profita de la pause que faisait le lutin pour interrompre ce monologue.

- « Je m’appelle… »

Mais elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase, que le lutin, prolixe, poursuivit :

- « Sans doute n’y a-t-il pas de mot plus juste pour exprimer la longueur de mon nom. Mais avez-vous remarqué ? Long, exprime la longueur, la durée, parfois même l’infini. Et pourtant, il s’agit d’un mot extrêmement court. Quatre lettres seulement le composent. Tout de même, c’est étrange, n’est-il pas ? »

Adenor hocha cordialement la tête, prenant son inspiration plus ample pour répondre de vive voix. Mais un unique phonème eut le temps de franchir ses lèvres, que déjà, le lutin poursuivait.

- « C’est comme le mot air. L’air est constitué de milliers de particules, et pourtant, c’est un mot unisyllabique. Et la poussière, qui est dans l’air, avez-vous déjà compté le nombre de lettres que contient ce mot ? Moi pas. Mais je vais le faire immédiatement ! »

Et le lutin se mit à épeler tout bas le mot poussière, comptant le nombre de lettres sur le bout de ses fins doigts. Cette fois, Adenor réagit promptement.

- « Neuf ! Il y a neuf lettres dans ce mot. »

Le lutin redressa vivement la tête. Il semblait avoir totalement oublié la présence de la jeune personne qui, pourtant, ne se trouvait qu’à quelques dizaines de centimètres de lui. Il perdit le fil de sa pensée, et se rappela les règles de bienséances. Dans une large révérence, ôtant son chapeau de paille, il dit simplement :

- « Salawik, gente demoiselle, pour vous servir. »

Ouf. Son débit incessant de parole semblait interrompu, du moins pour l’instant. Adenor eut l’opportunité de se présenter. Tout en se nommant, elle eut un flashback. La morsure, les griffes, le gobelin. Il fallait qu’elle se soigne au plus vite, sans quoi la plaie s’infecterait. Mais à y faire plus attention, elle ne constata aucune douleur. Étrange. Elle souleva légèrement sa jupe et constata que les blessures étaient presque guéries.

- « Je vous ai administré quelques plantes curatives de ma propre réserve. Votre jambe enflait à vue d’œil, seule une morsure de gobelin pouvait provoquer cela ! Et les ennemis des gobelins, sont mes amis ! »

- « Je ne peux que t’en être reconnaissante, Salawik. Tu m’épargnes là un retard non négligeable sur mon voyage. Si je pouvais te remercier d’une quelconque manière, je serais heureuse de le faire. Mais ma route est encore longue. Je n’ai pas le temps. Adieu. »

En se levant, Adenor vacilla légèrement. Une fois son équilibre retrouvé, elle se remit en route, cueillant dans son baluchon un fruit juteux et revigorant.

Le lutin hésita. Il savait que les elfes étaient des êtres souvent admirés, et que ces derniers en profitaient pour être dédaigneux vis-à-vis d’autrui. Il n’allait pas se laisser faire ! D’un pas certain, il emboita le pas d’Adenor, en parlant d’une voix audible. A l’entendre, Adenor soupira. Manifestement, elle ne se débarrasserait pas de lui si facilement.

- « À vrai dire, chère Adenor, je crois que vous pourriez aisément me rendre service. »

Adenor ne se retourna pas encore. Elle savait que, de toute façon, le lutin continuerait à la poursuivre. Le pauvre devait courir pour parvenir à suivre les grandes enjambées de l’elfe.

- « Vu la direction que vous prenez, je déduis que vous vous rendez à Tulorim. C’est également là que je me rends. Mais, voyez-vous, si le chemin à parcourir à compter de ce point, est pour vous d’un jour et demi, ma petite taille double le temps du trajet. Ne pourrais-je pas profiter de vos épaules jusqu’à la ville ? »

Adenor s’arrêta. Le lutin, toujours plus concentré sur ses paroles que sur son entourage, fonça droit dans les jambes d’Adenor, qui, d’exaspération, leva les yeux au ciel. Elle commençait à flancher, et le lutin ne manqua pas de le regarder.

- « Après tout, nos services seront équivalents. Je vous ai fait gagner du temps de voyage en vous soignant, et vous m’en ferez gagner en me permettant de vous accompagner. »

Il avait raison. Adenor se baissa.

- « Allez, grimpe là. Mais je te préviens : pas d’interminable soliloque durant la route ! Sans quoi, je t’expulse de mon épaule d’un coup de main, et je m’enfouis en courant pour ne plus jamais te revoir »

Salawik se fondit en remerciements. Il n’avait jamais réellement pensé qu’Adenor accepterait.

- « Chut ! »

Et cet ainsi que le duo poursuivit sa route. A plusieurs reprises, Adenir dut rappeler le lutin à l’ordre, qui, prit de soudaines inspirations, dissertait sur la forme d’un nuage qu’il trouvait semblable à son vieil oncle borgne, le parfum d’une fleur insuffisamment sucré à son goût ou la couleur trop grise, mais pas assez noire d’une pierre.

Lorsque la nuit les rattrapa, elfe et lutin formèrent une couche de feuilles mortes, dans le creux d’une souche vieille de plusieurs millénaires, qui avait cet avantage de couper le vent glacial qui s’était levé. L’humidité trop présente dans ce bois les empêchait d’allumer un feu. Paradoxe incompréhensible puisque le bois était parsemé de nombreuses Malarrhes.

Jour 5

- « Dis-moi Adenor, que vas-tu faire à Tulorim ? »

La complicité avait grandi entre Adenor et Salawik. Ce dernier se permettait donc quelques familiarités, notamment en tutoyant l’elfe. Cette dernière n’avait pas relevé le fait, évitant par là un long discours supplémentaire. Et puis, elle devait l’admettre, Salawik était attachant autant qu’il était agaçant.

À l’aurore, ils avaient repris leur route. Le vent était tombé. Il ne leur restait que 4 heures de marche, tout au plus. Au loin, un loup hurla, Adenor frémit autant que Salawik. Pour ne pas y penser, de toute façon, ils étaient vraiment hors de portée pour l’animal, Adenor se concentra sur la question de Salawik.

- « Eh bien… Je ne sais pas si tu le sais, mais chez nous, les Hiniöns, nous entrons à l’âge adulte par l’accomplissement d’un compagnonnage. C’est une période de 10 ans qui nous permet, auprès d’un mentor, d’apprendre la pratique du métier pour lequel nous avons étudié de nombreuses années. »

Pour une fois, Salawik écoutait Adenor sans l’interrompre. Il semblait fasciné par ce qu’elle disait. Heureux, aussi. Heureux de constater que la jeune femme lui faisait suffisamment confiance que pour se dévoiler à lui de la sorte.

- « Pour ma part, j’ai choisi le métier d’aubergiste. J’ai donc décidé de rejoindre l’un de mes oncles, aubergiste lui aussi, à Tulorim, pour qu’il m’apprenne les rudiments de sa profession. Et toi, que comptes-tu faire dans une si grande ville ? Je croyais que les lutins vivaient tous en campagne ou dans les forêts.»

- « C’est vrai oui, et je viens d’une campagne proche de l’orée du bois, en bas de la montagne. Si je viens juste Tulorim, c’est simplement pour le commerce. Nous possédons des animaux dodus, et des cultures impressionnantes, qui pourraient intéresser de nombreuses personnes. J’envisage donc de mettre en place une route de commerce et je viens chercher à Tulorim les renseignements nécessaires à cela. Et puis, je dois l’admettre, la ville est un endroit parfait pour un lutin en manque d’espièglerie tel que moi ! Car, sache le Adenor, tu as été épargnée de mon esprit farceur ! Ce n’est pas une faveur que j’offre à tout le monde. »

Et c’est en riant qu’Adenor et Salawik poursuivirent leur avancée. La jeune femme devait l’admettre, il était bien plus agréable de voyager en compagnie que seule. La conversation de Salawik lui faisait trouver le temps plus court.

Arrivée au bout de la forêt, le chemin de feuille morte laissait plate à une jolie route, bordée de fleurs résistant au froid qu’il faisait à ce moment. Au loin, on apercevait Tulorim. Il ne s’agissait pas d’une très grande ville et d’ici, elle semblait endormie. Mais sa population hétéroclite était nombreuse et, Adenor le savait, cet air endormi n’était qu’un leurre. Au plus elle se rapprocherait, au plus ses bruits se feraient intenses. Elle apercevrait les habitants grouiller, comme une colonie d’insectes à l’affut de nourriture.

Cela donna à Adenor un souffle d’énergie supplémentaire. Elle se réjouissait à l’avance de la nuit qu’elle passerait à l’auberge de son oncle le soir même. Une chambre chaleureuse, un lit confortable. Bien entendu, les draps seraient loin d’être aussi soyeux que ceux qu’elle avait chez elle. Mais il pourrait s’agir de laine piquante qu’elle passerait, elle en était certaine, une meilleure nuit que les dernières.

Il ne lui restait plus qu’une vaste plaine à franchir, dans laquelle évoluaient de braves paysans. Inspirant l’air frais, Adenor laissait derrière elle son premier voyage.

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"Il y a ce que la vie te donne, et ce que tu en fais. Ce sont les deux forces qui définissent qui tu es."


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Ven 10 Avr 2015 19:08 
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A peine sorti de Tulorim, j'adopte instinctivement la longue foulée régulière que j'utilise depuis bien des années pour parcourir de longues distances, du moins...j'essaye. La blessure de ma cuisse me force à une légère claudication et, si la première heure est supportable, je réalise vite qu'il va falloir me ménager encore un peu si je veux marcher plusieurs jours d'affilée. Je ralentis un peu le rythme, mais il n'est pas question de m'arrêter! Je ne tiens pas spécialement à me faire retrouver par ce Raf en rase campagne, n'ayant pas la moindre illusion sur l'issue d'un combat dans ces conditions. Quoi qu'il en soit, les dés sont jetés, j'espère juste atteindre les montagnes avant qu'il me retrouve, pour autant évidemment qu'il me pourchasse. Suivant comme toujours le fil de mes pensées, Syndalywë remarque d'un ton neutre:

(Il pourrait avoir une monture, et aussi ne pas venir seul. Que feras-tu s'il est accompagné de deux ou trois archers?)

Je grimace à cette évocation. Rien n'est impossible, bien sûr, mais je doute de cette éventualité. A priori il s'agit d'une bande de malfrats de Tulorim, voleurs, assassins, et l'arc n'est pas l'arme la plus usitée par ce genre de bougres. Peu discrète, elle n'est pas adaptée à des combats de rue, ce serait un peu comme d'utiliser une épée à deux mains dans un étroit couloir, mais mon argumentation est quelque peu spécieuse, je n'en ai que trop conscience. Je chasse pourtant ces pensées d'un haussement d'épaules, il ne sert à rien de se préoccuper de ce qu'on ne peut pas changer. Ma Faëra bougonne un moment en me traitant d'inconscient et de quelques autres noms d'oiseau, mais je ne lui prête pas vraiment attention, préférant apprécier le paysage qui se dévoile au fil de mes pas. Parvenu au point haut d'une colline, je distingue devant moi le véritable rempart rocheux d'Hidirain, qui s'étend loin à l'ouest en laissant deviner dans la lumière crépusculaire des sommets vertigineux couronnés de blanc. Je siffle doucement, m'arrêtant un instant:

(Dis donc, Syndalywë...tes montagnes...c'est un sacré massif. Tu veux aller à un endroit en particulier?)

(On verra, si tu arrives jusque là...) maugrée ma Faëra.

Je rétorque avec une légère acidité:

(Au lieu de faire la tête, si tu allais jeter un coup d'oeil derrière nous, histoire de voir si quelqu'un nous suit?)

(Et comment je fais pour reconnaître quelqu'un qui nous suit de quelqu'un qui ne nous suit pas?)

(Bah, des types armés, qui regardent partout en se pressant, ça doit se repérer. Oh, et laisse ta mauvaise humeur là-bas, tant qu'à faire...)


(Des gens comme ça il y en a autant dans la région que d'arbres dans une forêt...mais je vais aller voir. Ne fais pas d'autre bêtise pendant que je ne suis pas là...)

Je poursuis ma route en riant intérieurement, pensant que je vais avoir la paix un moment, mais je n'ai pas parcouru plus d'une centaine de mètres qu'elle revient en s'écriant mentalement:

(Il te suit bel et bien, le "danseur", il est à pied et accompagné d'un autre humain! Un gros costaud tout balafré.)


(Hum. Ils sont loin?)

(Ils viennent de quitter Tulorim. Tu as une demi journée d'avance, mais ils marchent vite.)

(Bon. Eh bien on va presser un peu le pas et tâcher d'atteindre les montagnes avant eux...)

Joignant le geste à la pensée, j'accélère autant que possible la cadence, à vue de nez je devrais arriver aux premiers contreforts le lendemain en fin de journée, ça devrait juste aller. La nuit est tombée depuis un bon moment lorsque je décide enfin de m'arrêter, épuisé par mes récentes blessures. Je quitte la route en prenant soin de marcher le plus possible sur du terrain pierreux, et je finis par trouver un bosquet touffu dans lequel je me faufile pour m'allonger sans demander mon reste, m'enveloppant soigneusement dans ma cape elfique.

(Syndalywë, réveille-moi une heure avant l'aube, veux-tu?)


(D'accord. Tu devrais manger quelque chose...)


Je n'ai pas faim, mais je me force à avaler un peu de viande séchée avant de m'endormir comme une masse. Le lendemain, alors que la nuit laisse à peine place aux premières vagues lueurs, je me remets en route, bien décidé à maintenir la distance avec mes adversaires. Je pénètre bientôt dans une forêt dense, non sans inquiétude car l'endroit est idéal pour abriter les méfaits des quelques brigands, mais la chance est cette fois de mon côté et la journée s'écoule sans incidents. L'exercice et le grand air me sont visiblement salutaires car ma jambe me fait moins souffrir que la veille, j'ai une petite pensée pour Maxime, il a vraiment fait des miracles avec sa magie! Le soir tombe doucement lorsque j'atteins enfin les premières pentes du massif, envahi d'une farouche exultation à l'idée d'être parvenu jusque là sans avoir été rattrapé! Rien n'est joué, mais sur ce terrain j'aurais une chance, pour autant évidemment que mes suiveurs soient bien les citadins que j'imagine...

Je renvoie ma Faëra espionner les deux gredins tout en poursuivant ma route, surmontant ma fatigue sans complaisance car je veux atteindre une zone propice à mon très vague plan. Elle m'apprend qu'ils ne sont plus qu'à deux ou trois heures derrière moi, mais qu'ils se sont arrêtés pour la nuit, nouvelles qui me procurent une satisfaction macabre.

(Ma belle, voudrais-tu aller voir un peu en avant s'il y a un coin bien chaotique dans les environs?)


Elle file à nouveau, me surprenant quelques secondes plus tard par son retour. J'ai encore du mal à me faire à la rapidité avec laquelle elle peut voyager, ces Faëras sont vraiment étonnantes!

(Il y a un endroit à environ quatre heures de marche, avec des éboulis et des failles profondes, mais il faudra que tu escalades la moindre pour l'atteindre.)


(Parfait! On va continuer jusqu'à ce qu'on y voie vraiment plus, j'aimerais avoir un peu de temps demain matin avant qu'ils arrivent...)


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Sam 11 Avr 2015 23:40 
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Après une nuit des plus inconfortables, terré entre deux rochers un peu en retrait de la route, je me remets en marche dès que la lumière est suffisante pour me permettre d'avancer. Peu d'heures plus tard, je parviens à l'endroit décrit par Syndalywë, qui s'avère être un inextricable enchevêtrement de rocs évoquant les racines noueuses d'un vieil arbre qui auraient été malmenées pendant des millénaires par les éléments. La pente générale est raide, entrecoupée aléatoirement de terrasses plus ou moins inclinées, de failles béantes et d'éboulis d'aspect instable qui semblent ruisseler entre des éperons aux allures de proues de navire. Les chutes de pierres doivent fréquemment entraver la progression des chariots sur cette portion de route, si j'en juge par les quelques blocs qui la jonchent ici et là, sans parler des avalanches qui, en hiver, doivent rendre le trajet fort périlleux dans la région. Le lieu me semble idéal pour mettre en pratique mes élucubrations stratégiques, j'espère vivement ne pas m'être trompé sur mes adversaires parce que l'épéiste seul serait déjà un ennemi au-delà de mes moyens, mais accompagné en plus d'une brute sans doute compétente, mes chances de survie avoisineraient le zéro pointé.

J'examine attentivement le relief tourmenté, cherchant une voie praticable pour grimper au moins jusqu'à un premier replat situé à une cinquantaine de mètres au-dessus de la route. Je finis par me décider pour un étroit couloir ébouleux coincé entre deux parois d'une dizaine de mètre de haut, il devrait me permettre de gagner une barre rocheuse oblique qui m'amènera au pied d'un pan presque vertical que je pense pouvoir gravir sans trop de mal. Avec prudence, je m'engage dans l'espèce de défilé, testant méthodiquement la stabilité de chaque rocher avant d'y porter mon poids. Je n'avance pas vite, mais me tordre une cheville, ou pire, n'arrangera pas mes affaires et je préfère perdre un peu de temps que la vie. Une quinzaine de minutes plus tard, je parviens au pied du pan fortement incliné repéré, légèrement inquiet de voir que les prises qui d'en bas semblaient conséquentes sont en réalité bien érodées et peu engageantes. Je cherche un chemin alternatif, mais à moins de redescendre aucun ne me semble plus aisé. Je vérifie que mon matériel est correctement attaché et positionné puis, respirant un grand coup, je me lance dans la petite escalade. M'efforçant de me souvenir de mes escapades enfantines, je me plaque le plus possible à la paroi, assurant toujours trois points d'appui stables avant de me lancer en quête d'un quatrième. Les premiers mètres sont franchis sans trop de mal, mais ma jambe blessée n'apprécie guère l'effort violent et je la sens se mettre à trembler légèrement quand j'y porte tout mon poids. Je me force à la détendre, poursuivant mon ascension en utilisant davantage mes bras, mais je réalise très vite que cette méthode sape rapidement mes forces, d'autant plus que les plaies infligées quelques jours plus tôt sont encore sensibles. Plus que quelques mètres et je pourrais me reposer, mais pour l'instant il faut que je conserve mon calme, et que je reste concentré sur mes prises, ce n'est pas le moment de paniquer! Ils sont longs pourtant, ces quelques mètres, et c'est les membres en feu et tremblants que je m'affale enfin sur le replat, le cœur battant à tout rompre. Je frémis en regardant le chemin que je viens de parcourir, j'espère que je trouverai un autre itinéraire pour rejoindre la route, parce que là...je me sens un peu dans la peau du chat perché sur son arbre et qui ne sait pas comment en redescendre!

Dès que j'ai repris mon souffle, je me relève pour chercher l'endroit adéquat, que je ne tarde guère à trouver. Je choisis avec le plus grand soin l'emplacement exact convenant à mon idée, puis j'y empile de manière précaire une dizaine de bons gros blocs aux arrêtes vives. Enfin satisfait de ma construction, je parcours le replat en quête d'un moyen de monter davantage. La terrasse est bordée d'une nouvelle paroi de cinq à six mètre de haut, rien de bien difficile pour un grimpeur chevronné mais les prises sont maigres, trop pour mes minces compétences. Je finis par repérer une étroite corniche menant à une cheminée assez resserrée pour que je m'y hisse en relative sécurité. Je retiens mon souffle alors que je m'y aventure, j'ai tout juste la place de poser les pieds, et j'adresse une petite prière à Rana pour qu'il m'épargne une soudaine bourrasque, la chute serait rude! J'atteins enfin la cheminée, m'y insérant avec soulagement et m'autorisant une ample respiration. Voilà trop d'années que je n'avais pratiqué ce genre d'exercice, plus difficile que je ne m'en souvenais. Je me hisse sans peine dans le conduit, parvenant assez vite sur un nouveau replat, à une vingtaine de mètre du précédent. Je me suis décalé par rapport à mon tas de rochers, que je vois parfaitement malgré tout, tout comme la route venant de Tulorim. Je m'assure que mon repaire n'est pas accessible trop facilement par ailleurs, comme cela ne me semble pas être le cas je m'installe pour manger un morceau et me remettre de mes émotions. Le paysage est somptueux, vu de mon perchoir, la vue vers l'est est imprenable et je distingue quelques troupeaux qui paissent dans les plaines, minuscules fourmis bien indifférentes à mes tracas. L'horizon est marqué par d'autres montagnes, certainement celles qui se trouvent au sud de Yarthiss, étrange comme elles semblent proches dans la lumière oblique du soleil matinal. J'aperçois aussi un grand lac qui m'est inconnu, je n'ai jamais eu l'occasion de visiter le centre de l'Imfitil. Il faut dire que quelques récits de voyageurs m'ont appris qu'il s'y trouvait un territoire mortel pour les mâles, domaine d'une Sororité dont je ne sais quasiment rien. Le concept me semble fortement bancal, quel avenir pour une communauté de femmes seules? Non que je doute de leur vaillance, mais comment font-elles pour perdurer si elles n'engendrent pas d'enfants, fautes d'hommes? Enfin, j'ai d'autres préoccupations pour le moment, voilà mes deux poursuivants qui approchent...

Ils s'arrêtent à l'endroit où je me suis écarté de la route pour m'engager dans le défilé, examinant visiblement le sol avant de lever les yeux vers les hauteurs où je me trouve. Je doute qu'ils me distinguent, vêtu que je suis de ma cape elfique, et je retiens mon souffle en les voyant se mettre à discuter avec animation: vont-ils poursuivre leur route en supposant que j'ai fait de même? Mais non, après quelques échanges ils se décident à s'enfiler dans l'étroit passage! Je sens mon coeur qui accélère dans ma poitrine, je savoure la peur qui envahit mes veines, l'acceptant pour mieux la dompter, ainsi que je l'ai appris tant d'années auparavant. Je force ma respiration à reprendre un rythme ample et calme, puis je m'agenouille face au vent pour murmurer avec ferveur une courte prière:

"Ô Rana, toi dont la sagesse est grande, accorde-moi les bienfaits de ton souffle purificateur, que ta colère s'abatte sur ces damnés meurtriers et les brise sur le flanc de cette montagne! Je t'en conjure, Déesse, ne m'abandonne pas maintenant!"


Je me relève et contemple le ciel pour m'adresser à Sithi, dont je sens l'éternelle présence bien que je ne puisse la distinguer:

"Mère, devant toi j'ai prêté serment, voici venue l'heure de l'épreuve, de la vengeance! Veille sur moi ô Protectrice bienveillante, donne-moi la force et le courage de vaincre, accorde-moi de te contempler encore de nombreuses nuits depuis ce monde..."

Mes adversaires atteignent le milieu du couloir rocheux, j'ai un sourire mauvais en les voyant peiner et glisser sur l'éboulis, approchez vermines, approchez encore un peu...je me concentre, allant chercher au fond de moi l'énergie qui sommeille pour la condenser, je n'aurais qu'une unique chance. Je la façonne lentement, la visualisant comme une sorte de sphère scintillante qui grandit peu à peu en moi, encore et encore, contenue, rigoureusement enchainée...les humains arrivent aux deux tiers de la faille...je dégaine lentement ma lame, vibrant et frémissant de cette énergie qui menace de me submerger. Attendre...attendre...juste quelques secondes encore...je lève mon arme d'un geste plein de retenue, calculant soigneusement mon angle de frappe, puis je l'abats soudainement en déchainant toute la force accumulée de mon Ki dans une décharge explosive! J'ai l'impression de voir un éclair pâle comme la lune jaillir de mon arme, l'onde de choc brutale percute de plein fouet l'amas de rochers que j'ai constitué, le faisant s'effondrer! La scène me semble se dérouler au ralenti, je vois tout avec une acuité incroyable: les blocs massifs qui basculent dans le vide, rebondissent sur le pierrier se trouvant juste en dessous d'eux en entraînant d'autres rochers qui commencent à dévaler la pente raide comme une véritable petite avalanche! Je vois mes deux lascars qui lèvent les yeux avec stupéfaction en entendant le fracas subit, je peux presque lire la peur qui les saisit dans leurs prunelles et je m'en délecte, crevez donc, chiens, le monde sera un peu moins putride quand vous aurez rendu vos âmes aux dieux! Je vois un gros bloc percuter de plein fouet la tête du colosse, produisant une gerbe d'ichor et de cervelle du plus bel aloi juste avant que l'avalanche ne l'emporte, mais je jure en m'apercevant que l'épéiste qui m'a si salement amoché à Tulorim a bondi avec une agilité simiesque pour s’agripper à l'une des parois, parvenant ainsi à éviter le flot rocheux! Il escalade d'ailleurs la paroi avec une aisance déconcertante, parvenant en un rien de temps au sommet! Il scrute d'un air colérique les environs, cherchant à me repérer, en vain pour l'instant, merci la cape elfique car je n'ai pas songé à me dissimuler vraiment! Je déglutis péniblement en me contraignant à rester rigoureusement immobile, il n'y a pas de quoi me cacher correctement sur le replat où je me trouve de toute manière. Il finit tout de même par me repérer et se précipite vers moi en se décalant afin que je ne puisse pas lui balancer d'autres rochers, malin le bougre! Mais c'est un sale coup pour moi...pas question de l'affronter bien gentiment arme au poing, j'ai déjà testé...vite, trouver quelque chose, n'importe quoi, pour me sortir de ce pétrin...


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Dim 12 Avr 2015 04:07 
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[:attention:] Ce texte contient des scènes violentes pouvant heurter certaines sensibilités!

Bon sang, il grimpe comme une araignée ce maudit bâtard! Ne pas l'affronter de face, facile à dire, mais vais-je vraiment avoir le choix? Je pourrais continuer à monter, la partie qui surplombe la corniche où je me trouve est raide mais sans difficulté notoire, seulement au final ça ne changera pas grand chose, l'humain est clairement plus rapide que moi en matière d'escalade, sans doute un habitué des escapades nocturnes malveillantes...mais par Sithi que faire?

(Souviens-toi qui tu es?)

(Je sais qui je suis, merci! Pas ça qui va m'aider...)

(Pffff...et il dirait quoi ton maître d'armes en te voyant maintenant?)

Je grimace à l'évocation de ma Faëra. Un Sindel pure souche que mon maître...raciste à mort, convaincu de l'absolue supériorité de notre race en tous les domaines. Il m'aurait certainement toisé avec mépris et traité d'indigne petite crevure tout juste bonne à m'agenouiller devant les vrais Sindeldi. Seulement, certaines expériences rendent un peu plus humble, et je n'ai jamais partagé cette vision extrême, même si je suis convaincu que nous sommes capables de surpasser n'importe quel autre peuple dans l'absolu. Mais voilà, mon esprit suit une logique bien à moi, et je suis persuadé qu'il faut se donner le temps de devenir meilleur, quitte à accepter la supériorité provisoire d'un être moins évolué. Mais je suis en train de perdre un temps précieux, le dénommé Raf ne tardera plus à me rejoindre, et je n'ai pas d'idée lumineuse pour lui échapper...je me déplace rapidement pour conserver au moins l'avantage de la position et rester du bon côté de la pente, examinant avec attention le sol pour en mémoriser le relief de mon mieux. Je raffermis ma prise sur mon épée et dégaine une dague de la main gauche, me préparant à vendre chèrement ma vie. Je plisse soudain les yeux en me souvenant de la dernière épreuve subie, à la fin des cinq années de passage rituelles. Épreuve qui m'a valu mon prénom d'ailleurs. Cette réminiscence me soutire un sourire narquois, un improbable coup de chance qui, au final, me suivra ma vie durant. Durée qui pourrait fort bien s'avérer plus brève que prévu si je ne trouve pas le moyen de venir à bout de mon redoutable adversaire. Je me souviens assez bien de ces instants passés, de ce que j'avais éprouvé et de la manière dont j'étais parvenu à mes fins, mais de là à le reproduire il y a une marge tout à fait dérangeante. Enfin, quitte à devoir mener un combat plus ou moins désespéré, autant tenter le tout pour le tout...je me concentre donc pour rappeler ce souvenir le plus précisément possible en moi, commençant déjà à rassembler mon énergie interne en prévision de cette tentative, priant Sithi pour avoir l'occasion de la placer à bon escient. Mon ennemi parvient au terme de son escalade, son talent de grimpeur remarquable lui permettant d'avoir sa rapière déjà en main, l'heure de vérité a sonné...

Je me précipite sur lui, bien déterminé à ne pas lui laisser le temps de se rétablir sur le replat, et je tente de lui porter un coup de pointe en direction du visage, de toute ma vivacité. Mais il est vraiment rapide et parvient à lever son arme en parade, déviant ma lame de façon à ouvrir ma garde. Je recule d'un bond, juste à temps pour esquiver une riposte foudroyante, mais ce geste de recul lui permet de se redresser sur la corniche. Il me dévisage avec un petit sourire en coin, sardonique:

"Alors, crevure d'elfe, on se retrouve? T'en as pas eu assez à Tulorim? ça tombe bien, moi non plus. Y'a pas de milice pour te sauver, ici, je sens qu'on va bien s'amuser, toi et moi. Allez, viens..."

Je ne réponds pas à sa provocation, concentré à l'extrême sur ma technique, les yeux rivés aux siens ainsi que je l'ai appris. Mon maître disait que pour celui qui sait voir, le regard indique toujours l'imminence d'une attaque une fraction de seconde avant qu'elle ne se produise, j'espère qu'il avait raison...et que je serai assez vif. Raf plisse imperceptiblement les paupières, ses prunelles s'orientent pendant un infime instant vers mon épaule gauche, je pare à l'instinct de ce côté tout en pivotant légèrement pour lui offrir une cible plus réduite. Sa lame grince contre la mienne, ma parade est à peine trop lente mais mon mouvement d'esquive suffit tout juste, l'acier me frôle sans trouver ma chair. Il sourit plus largement en se remettant aussitôt en garde, visiblement pas pressé d'en finir, se moquant:

"Pas mal pour une elfette! Et celui-là..."

J'abaisse à toute allure mon épée d'un mouvement circulaire, averti une nouvelle fois par ses yeux de l'attaque visant ma cuisse déjà blessée, le saligaud semble vouloir rouvrir les plaies qu'il m'a déjà infligées! Mais la pente joue en sa défaveur et ralentit son attaque, le métal résonne contre le métal et je m'en tire pour cette fois sans dommage. Je profite de son extension pour lancer une attaque basse vicieuse, tentant d'atteindre son mollet exposé, mais le sifflement de sa rapière remontant en direction de ma gorge m'incite à transformer mon assaut en une contorsion du buste hâtive et peu gracieuse! J'évite le pire d'un cheveu, sentant le mouvement de l'air contre ma peau, et j'enchaîne par une volte pour tenter d'écarter sa fine mais mortelle rapière de ma dague, espérant avoir l'opportunité ensuite de lui asséner un coup de taille de mon épée longue, qui me confère un léger avantage au niveau de l'allonge. Mais, en escrimeur averti, il se recule d'un entrechat parfaitement exécuté et ma dague ne trouve que le vide. Je poursuis malgré tout mon geste avec force, non plus pour le toucher mais pour le forcer à reculer davantage, il serait fou de tenter de parer ma lourde lame lancée à toute volée de son arme trop fine pour supporter un tel choc! Il esquive sans mal mon attaque en se reculant comme prévu, se gaussant alors que ma lame fend l'air:

"Hé, mais on dirait presque que t'as suivi un cours d'escrime pour débutant! Personne t'a expliqué que le vent ça se coupait pas?"

Ne pas me laisser distraire, même si mon sang bout dans mes veines et que j'ai quelques insultes bien senties sur le bout de la langue! C'est exactement ce qu'il cherche, et je suis douloureusement conscient que la moindre erreur de ma part scellera ma perte! Il éclate de rire, sans doute amusé par mon air sérieux, et lance un nouvel assaut foudroyant et complexe qui m'oblige à effectuer une série de parades et d'esquives en catastrophe. Je sens une brûlure à l'avant-bras gauche, puis une autre sur le même bras juste au-dessus du coude, mais je n'ai vraiment pas le temps de constater les dégâts, le maudit me harcèle et me pousse dans mes derniers retranchements tout en se moquant de plus belle:

"Ha ça, mais tu saignes? Pauvre petit gris, t'aurais dû devenir couturier, m'est avis! Oh, une autre? Va t'en falloir du fil, quand j'en aurai fini avec toi, pâlichon!"

Je sens que ma prise sur la dague faiblit, les coupures ne doivent pas être vraiment profondes, sans quoi je l'aurais lâchée, mais quand même assez pour m'affaiblir, je ne peux pas continuer ce petit jeu mortel beaucoup plus longtemps, la perte de sang finira très vite par m'étourdir...je commence pourtant à voir une logique dans ses mouvements, les bretteurs sont presque tous formés à une école plus ou moins précise d'escrime, qui définit leur style, et je suis quasiment certain d'avoir déjà vu celui-là ailleurs. Je n'ai pas le loisir de fouiller ma mémoire plus avant, il pointe à nouveau son arme vers mon visage avec une dextérité consommée, je n'ai que le temps de tourner la tête en me pliant en arrière au risque de perdre l'équilibre! Je sens la froide morsure de l'acier sur ma joue, ce qui m'embrase d'une colère profonde et tempétueuse totalement ridicule: qu'importe d'être défiguré à un cadavre?! Sur cette pensée farfelue qui colle comme une soeur à l'origine de mon nom, alors que déjà la lame de mon adversaire regagne une position de garde, je laisse toute l'énergie intérieure que j'ai accumulée depuis le début du combat déferler dans mes membres et mon esprit, pour un quitte ou double dont l'enjeu est ma vie. J'adopte instinctivement une position très ouverte, à la surprise manifeste de mon ennemi qui perd une seconde à tenter d'analyser ce changement de technique. S'il savait...je souris intérieurement, avec l'impression étrange d'être soudain en partie détaché de ce combat, comme si le temps s'écoulait...différemment, une sensation que je ne cherche pas à m'expliquer sur le moment, totalement focalisé sur l'exécution hasardeuse de cette tentative désespérée.

Le visage de Raf se modèle en une petite moue méprisante, et avec une espèce de nonchalance affectée il me dit:

"Je dois reconnaître que t'as des tripes, l'elfe, de m'avoir défié. Mais assez joué, tes tripes, j'veux en voir la couleur..."

La pointe de sa rapière fuse en direction de mon abdomen, aussi vive qu'un serpent. Je pivote sur la gauche en lâchant ma dague, sans chercher le moins du monde à esquiver son coup, mon but est tout autre. Je sens sa lame qui pénètre dans ma chair, mais son coup manque un peu de force. De ma main désormais libre je lui saisis son poignet d'arme, pour l'empêcher de la retirer plus qu'autre chose, et de la main droite, j'insuffle à mon épée un effroyable mouvement circulaire vertical remontant, en grande partie dissimulé par mon propre corps. Je lis dans ses yeux bleu-gris une profonde stupeur, puis une douleur massive alors que ma lame le percute à l'entre-jambes avec un bruit de succion et de bris d'os proprement écœurant. Il hurle comme un dément, trébuchant en arrière alors qu'un flot de sang jaillit par saccades de la plaie atroce, et je sens avec détachement sa propre lame qui ressort de mon ventre. Je vacille, mais je trouve en moi la force de supporter la douleur qui afflue comme une marée pressée, et je le contemple froidement, yeux dans les yeux. Je me force à lui sourire, mauvais, et lui dis avec une ironie mordante:

"Qu'est-ce qui t'arrive, Raf, tu es devenu plus pâle que moi? M'est avis que tu aurais dû apprendre le tissage, la couture risque de ne pas suffire, là."

Il tente de bredouiller quelque chose, mais ses paroles sont rendues incompréhensibles par la mousse sanglante qui s'échappe de ses lèvres. Son agonie est terrible, pour ce que j'en vois dans ses prunelles qui se voilent, mais au moins elle est rapide. Son regard s'éteint comme une chandelle soufflée, son corps s'affaisse lentement alors que les jets de sang issus de son aine se tarissent peu à peu. Je respire un grand coup en murmurant doucement:

"C'est fini...c'est fini et je suis encore debout...merci Moraen de m'avoir réappris à vivre...merci Sithi, et toi Rana, de m'avoir exaucé..."

(Hey! C'est pas le moment de prier, tu pisses le sang du ventre Tanaëth! Hop hop, bande-moi cette plaie en vitesse et bien serré avant de tomber dans les pommes!)

Je baisse les yeux et écarte mes vêtements à cette injonction des plus pertinentes, soudain inquiet pour ma propre existence. Je grimace en voyant la blessure, saleté, j'en ai marre d'être percé sans arrêt! Je me contrains à l'examiner calmement, histoire de déterminer sa réelle gravité. Il semblerait que j'aie eu de la chance, je ne crois pas que des organes vitaux aient été touchés, mais ça n'en reste pas moins une sale coupure. Un peu tremblant, je sors maladroitement de mon sac pansements et matériel de soin, et je m'efforce de confectionner rapidement un bandage assez serré pour juguler l’hémorragie après avoir appliqué sur la plaie une bonne rasade d'alcool et mes dernières feuilles de Snaria. Reste à espérer que ça suffira parce que je sens que je ne vais pas tarder à avoir une absence, je me sens faible et vaseux à souhait. Je m'assieds avec précautions et m'adosse au rocher, parvenant encore à examiner les deux coupures infligées à mon bras gauche. Je pousse un soupir de soulagement, rien de très inquiétant de ce côté là, mais les bander aussi ne serait pas un luxe malgré tout. Luttant de toute ma volonté contre la tentation puissante de me laisser aller à une bienfaisante inconscience, j'enroule comme je peux deux bandes de lin autour des coupures, ce qui achève d'épuiser mes dernières forces.

Je ferme les yeux et, accompagné par la voix apaisante de ma Faëra qui me dit que tout ira bien maintenant, qu'elle est fière de moi, je me laisse plonger lentement dans les ténèbres avec un pauvre sourire flottant sur mes lèvres qui se transforme en rire croassant à ces dernières pensées: Tanaëth, en langage commun, cela signifie L’Éclipse. Un foutu jeu de mots, en Sindel, qui ramène aussi bien à mon état d'esprit après la mort de Jaëlle qu'à ce fameux coup infligé à mon maître contre toute attente lors du passage. Coup qui lui a valu une belle cicatrice en travers du museau d'ailleurs, mais je doute fort qu'il donne la véritable explication à ceux qui l'interrogeraient sur sa provenance. Défiguré par un apprenti hirdam, tu parles d'une gloire. Et moi, quand on me demandera qui m'a balafré, je répondrai quoi au juste?


(Tentative d'apprentissage de la CCAA: "différence d'un pas")


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Dim 12 Avr 2015 16:07 
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Je sors péniblement de ma léthargie, ouvrant les yeux pour m'apercevoir qu'un nouveau jour s'est levé. La tête me tourne, la douleur, vicieuse, me taraude de ses tentacules écarlates et je n'en mène pas large. Je tâtonne pour trouver ma gourde, j'ai une soif infernale, ma bouche est aussi sèche que le désert entourant Raynna! Je m'abreuve à longues gorgées, grimaçant à la sensation déplaisante qui nait lorsque le liquide atteint mon ventre blessé. Je me redresse avec prudence, jetant un oeil circonspect à ma plaie abdominale. Le bandage fait la veille, mais était-ce vraiment la veille, est approximatif, et largement teinté de rouge sombre. Les vertiges m'obligent à fermer un moment les yeux, et à m'adosser au rocher dont les arêtes me rentrent désagréablement dans la chair. Je m'oblige à respirer le plus calmement et amplement possible, longuement, puis quand je me sens un peu mieux, j'entreprends de trouver dans mon barda de quoi refaire mes pansements. Je n'ai plus de Snaria, ces feuilles presque miraculeuses pour refermer rapidement des plaies mêmes importantes, mais j'ai encore du fil et des aiguilles. Cette constatation me fait penser à mon adversaire trépassé, finalement, je vais bel et bien devoir m'improviser couturier. Je tourne la tête en direction de l'endroit où il est tombé, le spectacle répugnant me donne un haut le cœur, et rétrospectivement, je frémis à l'idée que tout ce sang aurait fort bien pu attirer quelque prédateur en maraude. Par chance, seules les mouches se régalent pour l'heure, mais j'ai tout intérêt à ne pas m'attarder dans le coin. Mais un pas après l'autre, je retourne à mes préoccupations les plus urgentes, et je défais le bandage autour de mon ventre, d'une main un peu tremblante. Je ne suis pas vraiment pressé de voir l'état de la plaie, vu la quantité de sang qui a rougi les bandes de lin...

De fait, ce n'est pas beau à voir, mais la Snaria disposée hâtivement a tout de même fait son effet, empêchant en bonne partie une hémorragie qui m'aurait certainement été fatale. Je nettoie la blessure de mon mieux, y verse une nouvelle dose d'alcool avant de m'emparer du fil et de l'aiguille. Hum, je sens que ça va être jouissif...je ne bois pour ainsi dire jamais d'alcool, mais là, je m'en accorde quand même une bonne lampée avant de me mettre à l'ouvrage. La présence silencieuse mais bien perceptible de Syndalywë me donne du courage, assez pour commencer mes travaux d'aiguille. Et je confirme immédiatement ma supposition: c'est jouissif, et pas du genre plaisant. Je sens les gouttes de sueur rouler sur mon visage, et je crois bien que je n'ai jamais autant mérité l’appellation "elfe gris" qu'aujourd'hui. Je perds brièvement connaissance une ou deux fois, mais finalement je parviens à un résultat acceptable, par bonheur la lame de mon ennemi était bien affutée et les bords de la plaie sont nets, ce qui me facilite passablement la tâche. Il me faut une bonne heure, après cela, pour reprendre un peu mes esprits, encouragé par ma Faëra qui s'inquiète comme moi précédemment de la prochaine venue d'un prédateur. Il faut que je bouge de là sans plus attendre, mais là encore ça va être une partie de plaisir. Je contemple le chemin par lequel je suis arrivé, dubitatif. Pas question de redescendre par là dans mon état, je ne me sens pas l'âme d'un apprenti volatile. Levant les yeux j'examine les pentes qui me dominent, je ne sais pas où cela me mènera, mais peu importe tant que c'est loin de ce cadavre! Je me redresse en réprimant un gémissement, titubant alors que de nouveaux vertiges m'assaillent. Je m'apprête à me mettre en piste lorsque Syndalywë, toujours pragmatique, me rappelle à l'ordre:

(Ton épée! Ta dague! Récupère tes affaires et fouille le mort, il n'a plus besoin de son matériel! Encore quelques-uns comme ça et tu pourras peut-être t'acheter une armure, ce ne sera pas du luxe!)

(Hum. Oui...merci...mais je ne suis pas pressé d'en recroiser d'autres comme lui...)

Je m'exécute, le souffle court de ces gestes pourtant si simples, et récupère mes armes, mon bagage et tout ce que je trouve d'utile sur le corps. Puis, utilisant mon épée comme une canne, tant pis pour l'affutage, je me mets en route d'un pas chancelant, ahanant comme un obèse en gravissant pas après pas la montagne, zigzaguant pour atténuer la rudesse de la montée. Les heures s'écoulent, interminables, entrecoupées de nombreuses haltes forcées et de conseils plus nombreux encore de ma Faëra qui me guide de son mieux. J'ai l'esprit si embrumé que je ne me demande même pas où elle me dirige, mettre un pied devant l'autre sans tomber requiert toute ma concentration, et malgré ça quelques chutes heureusement sans gravité parsèment mon avance à intervalles trop réguliers à mon goût. J'en suis à me demander si je ne vais pas simplement m'écrouler sur place comme une poupée de chiffon lorsque Syndalywë s'exclame:

(Un dernier effort, on y est presque! Il y a une grotte à moins de cent mètres, tu pourras t'y abriter le temps de récupérer un peu!)

Une grotte? Bon. Là ou ailleurs, de toute manière...C'est dans un état second que je franchis les derniers mètres, franchissant le porche ogival de la grotte sans même m'en rendre compte. J'y pénètre d'une dizaine de mètres puis je m'effondre lamentablement au sol à plat ventre, heurtant rudement la terre dans ma chute. La souffrance brutale qui irradie de mon abdomen à ce contact me tire un cri douloureux, je me retourne frénétiquement sur le dos en gémissant et...

"Merde..."

Une énorme gueule surréaliste, allongée et ornée de plumes et d'écailles me surplombe. De près. La créature, dont je n'ai même jamais entendu parler, me hume, je sens son souffle puissant sur ma peau, qui se hérisse d'une bonne vieille chair de poule qui ne doit rien au froid. Je rassemble mes maigres forces pour lui donner un coup de poing sur le museau, je ne veux pas crever là, bouffé par une bestiole inconnue, après ce que je viens d'endurer!

(NON!)

Le cri autoritaire de ma Faëra m'interrompt juste à temps. Je me fige, incrédule.

(Quoi non? Elle va me croquer par Sithi!)

(NON! Ne bouge surtout pas! Fais-moi confiance Tanaëth!)

Mouais. Lui faire confiance, qu'elle dit. D'un côté, en admettant que je parvienne à donner un coup sur le mufle, ça la mettra en rogne et vu la taille de sa gueule, sans parler de mon état de faiblesse avancé...il ne lui faudra pas trente secondes pour me mettre en pièces. Luttant contre mon instinct, je me force donc à demeurer rigoureusement immobile. Mais je ne peux réprimer un brusque sursaut lorsque la langue rapeuse de la créature humidifie ma joue entaillée! Mon geste la fait reculer vivement, et la voilà qui montre les dents, méfiante et prête à se défendre! Bons dieux, c'est une foutue bestiole! Elle doit être aussi haute que moi debout, et m'évoque un surprenant mélange de fauve et de reptile, sa silhouette est d'un bleu-gris vif, féline mais recouverte d'écailles, et de...plumes. Je remarque deux grandes ailes dans son dos, une longue queue écailleuse, par Sithi c'est quoi?!

(Un Lokyarme) me répond obligeamment Syndalywë.

Ah ouais. Voilà qui éclaire joliment ma lanterne...jamais entendu ce nom là.

Rassuré sans doute par mon immobilité retrouvée, le Lokyarme puisque c'est son petit nom, se rapproche à nouveau. Ma Faëra s'empresse de me renseigner:

(Il n'est pas méchant. Juste curieux. Il en reste très peu, tiens-toi tranquille et tout ira bien! Il te protégera des prédateurs vraiment dangereux.)

Trop c'est trop. Je grommelle indistinctement quelques jurons décousus, puis je m'évanouis proprement, vidé, épuisé au delà de toute mesure.


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Lun 13 Avr 2015 22:28 
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Il s'ensuit une période floue, détachée du temps, subtil mélange de rêve et de réalité impalpable qui s'enlacent si étroitement que je ne parviens plus vraiment à les distinguer l'une de l'autre. Je reprends conscience par intermittences, d'abord très brèves, fiévreuses, douloureuses. Puis, petit à petit, je reste éveillé plus longtemps, et je commence à analyser ce qui m'entoure, plein d'incompréhension tant la situation me semble surnaturelle. Je réalise que des tréfonds de mes brumes, je me suis nourri chichement de fruits, dont je me demande bien d'où ils proviennent. L'explication m'est révélée le même soir, lorsque la créature, le Lokyarme, revient dans sa tanière, tenant soigneusement entre ses crocs une espèce de grappe de gros fruits violacés qu'il dépose juste devant moi. Je n'en reviens pas. Je l'observe plus attentivement, réalisant qu'il me scrute en retour avec une curiosité teintée de...bienveillance? Ses grands yeux brillent d'intelligence, renforçant encore mon impression de me trouver face à un être qui est bien davantage qu'un simple animal. Je lève très lentement une main pour ne pas l'effrayer, et j'ose une légère caresse sur son museau, tout en le remerciant d'une voix douce. J'ignore s'il me comprend, mais en tout cas il ne bronche pas, fermant même brièvement les yeux à ce contact avant de s'allonger tranquillement contre moi, comme pour me réchauffer! Je reste statufié un bon moment, n'osant faire le moindre geste de peur de briser la magie de cet instant. Il émet un léger grondement au bout de quelques minutes, puis du bout du museau, pousse les fruits vers moi. Cela peut sembler idiot, ridicule ou je ne sais quoi, mais j'en ai les larmes aux yeux. Je mange une dizaine de fruits juteux, comprenant instinctivement que cette nourriture a empêché que je me déshydrate malgré ma fièvre. Puis je me blottis contre le Lokyarme, plein de gratitude pour sa chaleur, et je me rendors, d'un vrai sommeil cette fois.

Le lendemain, je parviens à me lever dans la grotte pour le moment déserte, et à faire quelques pas hésitants. A ma grande surprise, je découvre que la cavité n'est pas naturelle, ou pas seulement, car la pierre porte presque partout des marques de ciseau. Elle se prolonge dans les entrailles de la montagne, grimpant en une pente douce trop régulière et, malgré la pénombre, je distingue d'étranges fresques gravées sur les parois. Le dessin est très simple, les formes plus esquissées que vraiment manifestées, mais je devine tout de même que les silhouettes représentées doivent être des Elfes, grandes et fines, dégageant une impression de souplesse et de noblesse. Il y a des scènes qui m'évoquent des batailles, d'autres qui doivent représenter des chasses, d'autres encore qui paraissent décrire la vie de tous les jours, mais cela me reste assez obscur, j'ignore tout du peuple qui a bien pu décorer ainsi cette caverne. J'ai bien envie d'explorer plus avant, mais je ne tiens pas encore la grande forme et, surtout, je n'ai pas la moindre source de lumière à disposition. Je remets à plus tard mon exploration, et je sors de la grotte histoire de respirer l'air pur et vivifiant des montagnes. Le panorama est grandiose, je me suis élevé plus que je ne l'avais pensé et je discerne, à peine, le bleu de l'océan au loin. Plus proche, un peu en contrebas vers l'ouest, une forêt épaisse que je n'avais pas remarquée lors de ma venue attire mon attention. Je commence à mieux comprendre d'où proviennent les fruits rapportés par le Lokyarme, m'étant demandé où il pouvait bien les dénicher dans ces montagnes plutôt arides pour ce que j'en ai vu.

Tout à mes découvertes, je ne réalise pas immédiatement un fait étrange: je n'ai plus aucun bandage. Mieux, ou pire, selon le point de vue, ma chemise a été...déchiquetée. Et si mes plaies ne sont pas encore totalement guéries, elles sont du moins en bonne voie pour l'être, bien plus qu'elles ne le devraient à mon sens!

(Syndalywë? Que s'est-il passé? Depuis combien de temps suis-je là?)

(Quand même! Je me demandais si tu m'avais oubliée!)

(Aucun risque, pardonne-moi, je suis un peu...perplexe.)


(Bon, ça ira pour cette fois. Tu es là depuis cinq jours. Le Lokyarme a arraché tes pansements et tes vêtements pour lécher tes blessures, et visiblement ce traitement est efficace.)

J'en reste coi. Pourquoi cette créature se donne-t'elle autant de mal pour un être probablement inconnu, et comment sait-elle ce dont ce même être a besoin?! Cela dépasse mon entendement, mais je ne vais pas m'en plaindre! Laissant là ces questions sans réponses, je retourne vers mes affaires, y cherchant vainement de quoi confectionner une torche pour aller examiner plus en détail les sculptures aperçues plus tôt. Je soupire de désappointement lorsque je remarque un phénomène tout à fait imprévu: mon épée luit légèrement, d'une lueur pâle, crépusculaire! Je commence à adresser une prière de remerciement à Sithi pour ses bienfaits lorsque une petite voix indignée résonne dans la grotte:

"C'est moi que tu dois remercier, bougre de dévot!"

"Toi..? Syndalywë?! Comment fais-tu ça?!"

"Je vais dans ton arme et je laisse mon intelligence supérieure se révéler!"

Le ton est moqueur, elle se fiche de moi la petite peste! Je ne peux m'empêcher de lui rétorquer:

"Oui, eh bien ce n'est pas encore un feu de joie..."

Elle bougonne, trop bas pour que je comprenne, mais à vrai dire je n'en ai que faire, j'ai ma lumière et je n'en demande pas davantage! Je la remercie tout de même d'une pensée, elle serait bien capable de me laisser planté dans le noir au moment opportun si je ne la ménage pas la moindre, puis je me saisis de mon arme et me dirige vers les bas-reliefs d'un pas joyeux, oubliant mes blessures dans cet élan de curiosité.

Je passe assez rapidement sur les premières scènes que j'ai déjà observées pour me concentrer sur les suivantes qui ne diffèrent guère des précédentes à vrai dire. Poursuivant mon exploration, je m'enfonce de plus en plus loin dans la montagne, montant toujours légèrement en suivant une ligne plus ou moins droite. Les dimensions du couloir ne varient guère, quelques quatre mètres de large pour six de haut, le plafond est plus ou moins ogival, et le sol a probablement été terrassé car il comporte peu d'irrégularités. J'ai dû parcourir environ deux cents mètres lorsque la galerie débouche soudain dans une salle approximativement circulaire, dont je ne fais que deviner vaguement les parois à la maigre lueur dispensée par mon arme. Remarquant que des gravures légèrement différentes de celles qui ornent le couloir décorent les murs de cette nef, je décide d'en faire le tour, de plus en plus intrigué. Quel peuple a bien pu accomplir ce travail minutieux, de quand cela date-t'il, pourquoi ont-ils fait ces dessins, autant d'interrogations auxquelles je ne puis répondre, n'ayant quasiment aucune connaissance de l'histoire de cette région.

Les gravures de la salle comportent beaucoup moins de personnages, laissant place à des paysages symbolisés au moyens de traits presque abstraits mais pourtant étonnamment évocateurs. Je réalise au bout d'un moment que les tableaux, loin d'être disposés au hasard, suivent une logique indiscutablement liée à la contrée dans laquelle je me trouve, et plus précisément, aux différentes altitudes! Les premiers représentent des forêts, ou une forêt je n'en sais rien, d'immenses arbres feuillus, puis au fil des dessins, les arbres se font plus petits, laissant place à des épineux, puis à de simples buissons. Suivent des paysages de roches nues, puis enneigés, et enfin recouverts de glaces épaisses. En poursuivant mon chemin, l'ordre s'inverse, les gravures ramènent peu à peu en plaine et je réalise vite qu'il y a une symétrie parfaite entre les gravures des deux côtés de la salle, mais une seule et unique représentation des sommets gelés qui se trouve exactement face à la galerie par laquelle je suis arrivé.

"Tu as vu ça Syndalywë?! J'aimerais bien savoir ce que ça signifie...mais...hé! Que fais-tu?!"

La lumière émanant de mon épée vient soudainement de cesser, je me retrouve plongé dans une obscurité totale, absolue!

"Regarde, idiot!" s'exclame ma Faëra d'une voix où perce une légère excitation.

"Que je regarde...quoi? Tu es drôle, toi! Je n'y vois rien du tout!"

"Attends! Laisse tes yeux s'habituer..."

Je plisse les paupières pour tenter de discerner quelque chose, mais à part un noir d'encre...quoique...il y a bien quelque chose, mais...je tente de m'approcher pour mieux voir, tâtonnant prudemment pour ne pas trébucher, et je comprends assez rapidement que la très faible lueur repérée se trouve au-dessus de la gravure unique, celle représentant les glaces éternelles qui doivent se trouver aux sommets des montagnes d'Hidirain si mes suppositions sont exactes. Ces quelques instants ont permis à mon regard de s'adapter à l'obscurité, et je distingue maintenant parfaitement la faible source lumineuse, qui s'avère être bleutée, comme si de la glace était incrustée dans la roche. La forme d'un bon mètre de haut évoque un croissant de lune irrégulier et...

(Un arc. ça représente un arc.)

(Ah? Attends un peu...oui...tu as raison! Mais pourquoi avoir gravé un arc ici...?!)

(Je pense que c'est...que c'était une sorte de temple...la suite des gravures me fait songer à une sorte de chemin initiatique, j'ai déjà vu des trucs du genre à plusieurs endroits...)

(Un temple...pourquoi pas, mais un temple de qui?)

(Probablement de Yuia, la déesse des glaces.)


(Hum...oui, ça semblerait logique...mais quel rapport avec l'arc?)


(Sans aucun doute une relique liée à cette divinité.)

Une relique...j'en ai déjà entendu parler, mais je n'ai jamais eu la chance d'en voir une. Leur existence semble pourtant avérée, d'après ce que j'en ai entendu lors de ma formation, mais de tels artefacts sont plus rares qu'un Sindel humble! Se pourrait-il que l'une d'elles soit dissimulée dans les environs? Voilà une idée exaltante! Mais comment en être sûr? Et si vraiment il y a une relique dans le coin, un arc de glace d'après la gravure phosphorescente, comment la trouver?!


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Mer 15 Avr 2015 13:03 
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Après avoir demandé à ma Faëra de me redonner un peu de lumière, je reprends mon examen des bas-reliefs, espérant y trouver un indice quelconque sur cette relique. Les différentes scènes pourraient représenter une forme de carte, mais à moins de trouver un guide connaissant parfaitement la région, j'ai peu de chances de parvenir à en tirer quoi que ce soit, d'autant plus que les traits sont vagues et ne paraissent pas définir de repères évidents. L'esprit en ébullition, je ressors de la salle et regagne l'entrée de la caverne, où j'ai la surprise de trouver le Lokyarme couché devant le cadavre d'un herbivore semblable à une petite biche. Il me dévisage d'un air fier, et moi je salive à la vue de la viande fraîche, réalisant soudain que je suis affamé! Je m'approche de lui avec une certaine prudence, pas vraiment certain qu'il compte partager sa proie, mais comme il ne réagit pas, je m'enhardis et après l'avoir félicité par quelques caresses, je m'empare de la bête. Je la traîne à l'extérieur de la grotte sous le regard dubitatif de mon hôte ailé, assez loin pour pouvoir la dépecer sans attirer dans notre repère des prédateurs moins conciliants, et je la débite rapidement en plusieurs morceaux grossiers. Ceci fait, j'entreprends de ramasser un peu de bois mort issu des buissons environnants, j'allume un petit feu hors de la cavité et je me mets en demeure de préparer un gigot digne de ce nom! Le Lokyarme, lui, dévore sa part de viande crue sans faire de manières, je serais presque tenté de l'imiter tant mon estomac hurle famine après ce long régime uniquement constitué de fruits!

Deux bonnes heures plus tard, repu et confortablement assis le dos contre le flanc du fauve emplumé à l'entrée de notre antre, je contemple le ciel qui s'assombrit lentement avec la venue de la nuit, songeur quant à cet étrange lieu, et à cette gravure d'arc. Rien ne dit que cette relique soit encore dans les parages, après tout, ces bas-reliefs pourraient dater de plusieurs millénaires. Pour ce que j'en sais, en admettant déjà qu'elle existe bel et bien, elle pourrait aussi bien ne jamais avoir été ici, et les sculpteurs avoir simplement laissé courir leur imagination, ou retranscrit quelque chose qu'ils avaient vu ailleurs. Cet arc pourrait être n'importe où en réalité, porté par quelqu'un, perdu voire détruit, comment savoir? Je pourrais peut-être trouver des écrits dans l'une ou l'autre bibliothèque, ce genre d'artefact doit bien avoir laissé quelques traces, s'il a bien existé. Mais l'idée d'aller me cloîtrer pendant des semaines à fouiller de vieux livres poussiéreux ne m'attire pas vraiment. Profondément pensif, je me décide à m'occuper de mes armes, elles méritent un bon affûtage et ces gestes répétitifs si fréquemment effectués qu'ils ne me demandent qu'une attention minime m'aident bien souvent à réfléchir. Une fois ma tâche accomplie, je me lève et m'écarte de mon compagnon pour effectuer quelques mouvements d'entraînement, prudemment pour ne pas risquer de rouvrir mes blessures. Il m'observe d'un air curieux et grogne si comiquement que je ne peux m'empêcher de rire:

"D'accord, ce n'est pas terrible, ces fichues plaies me tirent de partout et je bouge comme un vieillard, mais ce n'est pas une raison pour te moquer! Ha, si tu pouvais parler, tu pourrais peut-être m'en apprendre plus sur ce "temple de Yuia" et cet arc, hein?"

J'ai négligemment désigné l'entrée de sa grotte de la pointe de mon épée en parlant, et j'ai la surprise de voir le Lokyarme suivre des yeux mon geste et observer, intrigué, le porche de son repaire. Alors ça...d'habitude les animaux sont attentifs aux gestes, mais quant à leur montrer une direction où regarder, bernicle! Cette créature m'intrigue de plus en plus, avec son intelligence affûtée et sa bienveillance troublante. Perplexe, je me décide à tenter une petite expérience et je rentre dans l'abri rocheux, le regardant avec intensité et l'appelant avec conviction. Il se lève, s'étire avec nonchalance, puis me rejoint et me pousse délicatement du museau comme pour me demander ce que je lui veux!

(Syndalywë, tu veux bien refaire le coup de l'épée lumineuse s'il te plaît?)

Elle ronchonne un peu pour la forme, mais bien vite je dispose à nouveau d'un éclairage et je m'enfonce dans le couloir en continuant à appeler le Lokyarme qui me suit lentement jusqu'à la salle visitée un peu plus tôt. Je l'attire jusqu'à la gravure de l'arc et la lui désigne d'une main en lui parlant sur un ton pressant et interrogatif, riant intérieurement à l'idée que si quelqu'un me voyait, il me prendrait sans doute pour un fou! La créature émet un profond grondement, qui a quelque chose de...menaçant, bien que cela ne soit pas dirigé contre moi visiblement car il ne me regarde pas, mais observe bel et bien la représentation de l'arme! N'osant y croire, j'insiste, m'approchant de lui pour entourer son encolure d'un bras en désignant l'incrustation bleutée de l'autre:

"Où se trouve cet arc? Où se trouve-t'il? Cherche-le! Montre-moi! Allez!"

Il grogne à nouveau, mais presque de manière plaintive cette fois, puis se dégage de mon étreinte d'un mouvement un peu brusque. Je répète mes injonctions à plusieurs reprises, non que je croie qu'il puisse vraiment m'amener quelque part, mais je n'ai rien à perdre à tenter et il semblerait qu'il ait eu un lien quelconque avec cet objet, ce lieu ou ses anciens habitants, je n'en ai aucune idée mais ses réactions disent que quelque chose a dû se produire qui l'a marqué. Il tourne un peu en rond, nerveux, me scrutant à plusieurs reprises avec une indécision un peu anxieuse tout à fait palpable. Je le presse à nouveau de mon ton le plus convainquant, lui désignant à nouveau l'arc, par Sithi comme je voudrais qu'il soit capable de parler! De plus en plus agité, il fouette l'air de sa longue queue, hume le sol en laissant échapper un sourd gémissement, puis s'approche de la paroi, la truffe toujours à ras terre, et gratte d'une patte griffue le rocher entre deux tableaux avec une espèce de rage inquiétante. De plus en plus excité, je le suis, observant la zone qui semble tant l'énerver d'un regard perçant. Je retiens mon souffle en apercevant une discrète trace rouge sombre sur la roche, à hauteur d'épaule, l'examinant de près. Du sang...du sang séché, probablement assez ancien au vu de la fine poussière qui le recouvre, qu'a-t'il bien pu se passer là?! Syndalywë me demande soudain d'une pensée un peu survoltée:

(Tu vois ce que je vois?!)

(Euh...tu parles de la trace de sang?)


(Mais oui! Regarde mieux, sa forme!)

Je scrute la tache en fronçant les sourcils d'incompréhension, secouant négativement la tête au bout de quelques instants:

(Qu'est-ce qu'elle a, sa forme? Je ne te suis pas...)

(Le bord droit est trop net, trop tranché, et la tache n'est pas uniforme, il y a des stries horizontales, comme si le blessé s'était appuyé là en plein mouvement. Seulement dans ce cas, la tache ne devrait pas être "coupée" ainsi!)

Hum, il est vrai que c'est étrange, maintenant qu'elle le dit. J'approche ma source de lumière tout près pour mieux voir, et je sens mon coeur accélérer dans ma poitrine en remarquant un détail presque invisible: il y a une très fine ligne droite verticale dans le rocher, comme une éraflure...à gauche de ce trait, du sang, mais à droite...rien. Je la suis des yeux et d'un doigt imperceptiblement tremblant d'excitation, remarquant qu'elle se prolonge jusqu'au sol sous la tache, et continue au-dessus sur une cinquantaine de centimètres avant de tourner...à angle droit sur la droite?! Je la suis encore, la partie horizontale mesure environ un mètre et...tourne à nouveau à angle droit pour se diriger à nouveau vers le bas! On dirait...un cadre...un cadre qui aurait la forme et les dimensions...

(D'une porte!)

(Moui...mais en général une porte c'est fait pour s'ouvrir et là...elle est salement close ta "porte", je crains d'avoir oublié mon marteau et mon burin pour creuser...les constructeurs de cet endroit semblent avoir oublié d'y mettre une poignée, et aussi des gonds pendant qu'on y est...)

(Rhâaa! T'es cynique quand tu t'y mets, on t'a déjà dit ça espèce de rabat-joie?!)

(Ma foi...pas depuis quelques années. Mais je ne vois pas...)


(Idiot! Idiot idiot idiot! C'est une porte CACHÉE! SECRÈTE! Les Thorkins en font des comme ça quand ils veulent dissimuler quelque chose de très précieux!)

(Ah...ces petits nabots braillards sont donc capables de faire autre chose que de se saouler? Étonnant...)

(Pffff...pas de doute, t'es bien un Sindel...) rouspète ma Faëra d'un ton peu avenant!

(Ah, enfin un compliment! Je suis ému, c'est le premier, non? En attendant, les gravures représentent assez certainement des Elfes, alors dis-moi un peu ce que des Thorkins viendraient faire dans l'histoire?)

(Mais qui est-ce qui m'a fichu un inculte pareil?! On est dans les montagnes d'Hidirain!)

Elle fulmine, Syndalywë, et moi je n'y comprends goutte! Quel rapport, je vous prie? Je m'apprête à lui répondre vertement lorsque elle interrompt mes velléités de sa voix la plus insupportablement docte:

(TOUT LE MONDE sait qu'ici, après une longue guerre, les Thorkins et les Hinïons ont fini par s'entendre, ils vivent plus ou moins ensemble, les Thorkins dans les souterrains de Rock Armath, et les Hinïons en surface, dans la ville d'Hidirain, où ils côtoient quelques Taurions qui, eux, vivent principalement dans les forêts et protègent l'accès à ces deux villes!)

(Hum. Dis, ça t'arrive parfois de reprendre ton souffle? Non ne réponds pas, je sais, tu ne respires pas comme moi. Bon, merci pour le cours magistral, j'ignorais presque tout de cette histoire. Mais pour en revenir à ce qui nous préoccupe dans l'immédiat...on l'ouvre comment, ta...porte?)


(Alors ça...il devrait y avoir un mécanisme. Dissimulé...quelque part.)


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Jeu 16 Avr 2015 00:02 
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Un mécanisme, qu'elle dit. S'il est aussi bien dissimulé que la soi-disant porte, je ne suis pas sorti des ronces. Et vu le nombre de fresques, de protubérances rocheuses et autres possibilités, je pourrais aussi bien palper au hasard toute la paroi avant de trouver quoi que ce soit. Il doit y avoir une sorte de logique, j'imagine, mais quelle est la logique d'un Thorkin, à part suivre le plus court chemin jusqu'à la prochaine cuite? Et, s'ils avaient voulu dissimuler cet arc, pourquoi en graver une représentation? Enfin, pour ce que j'en sais les nains ne prisent pas ce genre d'arme, probablement plus haute qu'eux, et vouent plus souvent un culte à Meno qu'à Yuia. Ce qui expliquerait peut-être qu'ils ne l'aient pas gardé et l'aient dissimulé. Je repense à ce que ma Faëra vient de me révéler sur l'histoire de la région, m'asseyant dos au mur pour réfléchir tranquillement.

Il y a eu une guerre, m'a-t'elle dit. Un arc serait plus aisément une arme Elfique que Naine. Supposons alors que pendant cette guerre, un Elfe ait fait des ravages chez les Thorkins avec cette relique, et qu'ils soient finalement parvenus à l'abattre. Dans ce cas, il n'est pas impossible qu'ils aient voulu empêcher les Hinïons de le récupérer. Mais pourquoi l'auraient-ils caché ici, dans une caverne qui a dû être occupée par des Elfes, plutôt que dans les profondeurs de leur cité? Et comment se fait-il qu'il y ait une porte naine dans un lieu elfique? Hum. A moins que ce ne soit l'inverse. Ce lieu aurait pu être une porte menant à la cité Thorkine, et aurait été plus ou moins conquis par les Elfes, qui en auraient fait une espèce de temple dédié à Yuia pour s'opposer philosophiquement au dieu Meno que vénéraient leurs ennemis. Dans ce deuxième cas, la porte serait antérieure aux sculptures, et par conséquent le mécanisme ne serait pas forcément lié aux bas-reliefs. Dans le cas contraire, les Nains auraient pu utiliser les dessins pour y dissimuler leur mécanisme. Comment savoir? Et lequel des deux peuples a inséré cette représentation de l'arc? D'ailleurs, en quelle matière est-ce? Je n'ai jamais rien vu de semblable.

(C'est de l'Hélcéa, le métal élémentaire de glace.)

(Ah? Et ça se trouve où, ce genre de métal?)

(Dans les montagnes enneigées, en haute altitude.)

(Je vois. Merci, mais ça ne me dit pas quel peuple aurait pu l'extraire et le travailler...)

Je me relève pour aller observer de plus près cette incrustation, me dressant sur la pointe des pieds pour parvenir à en éprouver la texture. Par Sithi, c'est froid! Lisse comme du verre, ou de la glace plutôt, le toucher serait agréable s'il n'y avait pas cette sensation réfrigérante. Réfléchissons encore un peu. La supposée porte se trouve entre deux tableaux, à gauche de l'arc, qui lui se situe exactement au milieu de la seule gravure représentant un paysage gelé. Lequel se trouve très exactement face à la galerie d'entrée. Je me dirige à l'emplacement symétriquement placé par rapport à l'huis, entre le paysage gelé et le suivant, et j'examine méticuleusement la roche. Rien, de visible du moins. Je retourne ensuite devant le rectangle, objet de toutes mes élucubrations, et j'en étudie avec le même soin les alentours directs. Rien. Désespérément rien.

Cinq jours. Cela fait cinq jours que je m'échine à tenter de trouver ce fichu mécanisme. J'en viens à me demander si, pour une fois, ma Faëra ne se trompe pas, mais elle persiste à m'inciter à chercher le moyen d'ouvrir ce passage. Pourquoi, elle refuse de me le dire, biaisant à chaque fois en prétextant une "intuition". Mais je commence à la connaître, il y a quelque chose qu'elle ne me dit pas. De guerre lasse, je me suis également occupé autrement pendant ces journées, histoire de me changer un peu les idées. J'ai accompagné mon compagnon à écailles et plumes jusque dans la forêt, ayant besoin d'eau potable et d'un bon décrassage. J'ai trouvé un ruisseau suffisant à mes besoins, ainsi que quelques provisions: des racines, des baies, et j'ai même eu la chance de tomber sur un arbuste fort utile, un Snaria, qui m'a permis de reconstituer ma provision de feuilles en prévision des prochains coups durs. Pour ce qui est de la viande, je laisse le Lokyarme s'en charger, il est meilleur chasseur que moi et ramène de temps en temps une proie à la caverne. Je l'ai aussi vu manger des fruits et divers feuillages, apparemment il a un régime alimentaire varié. A tout hasard, j'ai aussi confectionné une sorte de corde à partir de fines lianes que j'ai tressées, ça ne vaut pas celles que je pourrais trouver chez un marchand, mais c'est toujours mieux que rien. Je passe aussi deux ou trois heures par jour à m'entraîner, m'efforçant de retrouver toute ma mobilité, seule la blessure que j'ai reçue au ventre me fait encore un peu mal quand je force trop, mais dans l'ensemble j'ai retrouvé la forme et ce n'est pas pour me déplaire! Par contre il faudra que je trouve prochainement un tailleur, mes vêtements sont usés jusqu'à la trame, reprisés à outrance et pour la plupart, j'ai vraiment l'air d'un mendiant attifé ainsi! Enfin, le Lokyarme ne semble pas s'en offusquer, et pour l'instant les échoppes me paraissent presque relever d'un autre monde. Mes lames n'ont jamais été aussi bien affûtées, ni aussi inutiles à résoudre mon problème: cette damnée porte! Cet après-midi là, le temps est mitigé: un peu de pluie, un peu de soleil, et même un magnifique arc-en ciel qui...je me fige net. Un arc en ciel...bon sang...ça ne m'a pas effleuré l'esprit jusqu'à présent mais...je cours jusqu'à la salle après avoir demandé de la lumière à Syndalywë et m'être emparé d'une branche bien droite, fébrile et anxieux de vérifier mon idée!

Une fois sur place, je positionne ma branche par rapport à l'arc comme s'il s'agissait d'une flèche et je suis des yeux la direction que cela m'indique, le plus précisément possible. Cela m'amène devant une gravure qui représente un paysage montagneux assez densément boisé, et plus exactement...mais oui! Par Zewen! La flèche pointe parfaitement un rocher de forme hémisphérique situé entre deux arbres! Le coeur battant à tout rompre, je tente de presser dessus. Il me semble bien qu'il y a un infime jeu et que ce "rocher" bouge très légèrement, mais rien de plus. J'enrage! A tel point que je donne un grand coup de pied dessus!

"La porte s'ouvre! Elle s'ouvre Tanaëth!!! Bien joué!!!"

La cri de ma Faëra me fait joliment sursauter! Je me retourne, incrédule et maugréant, pour constater qu'en effet, le pan de rocher que nous cherchions à ouvrir depuis tant de jours vient de pivoter vers l'intérieur sans un bruit! Je m'approche vivement de l'ouverture, à deux doigts de danser une gigue tant je suis heureux d'avoir enfin trouvé, et je me recule aussi sec en humant l'effroyable pestilence qui sourd de l'antre ténébreuse!

"Pouah! C'est ignoble! Il y a quoi là-dedans?!"

Les remugles sont âcres, puissants, mélange de moisissures, de renfermé humide, et d'un petit je ne sais quoi qui évoque un vieux cadavre putréfié. Mais après tous ces efforts, pas question de se laisser décourager par une stupide odeur, si désagréable soit-elle! Toutefois, quelques petites précautions s'imposent, avant de s'engouffrer dans cet inconnu nauséabond. Je cours jusqu'à l'entrée de la caverne, fais une bise impulsive sur le museau du Lokyarme qui hume l'air avec un dégoût palpable, puis je récupère tout mon barda hâtivement, y joignant quelques provisions à tout hasard. Je me confectionne un masque sommaire avec une vieille chemise et, au dernier instant, je décide de me munir également d'une bonne grosse pierre que je m'empresse d'apporter près de la porte naine et dispose de manière à ce que cette dernière ne puisse pas se refermer sur moi. N'y tenant plus, je m'enfonce enfin dans l'obscurité, tenant mon épée dégainée devant moi afin de bien voir où je mets les pieds.

(Prudence, vas doucement, il pourrait y avoir des pièges!)

(Oui, mieux vaut faire attention...)

Le couloir qui suit la porte est de même taille qu'elle, un bon mètre de large pour deux de haut, juste assez pour que je puisse me tenir debout. Il est parfaitement taillé, s'enfonçant en pente douce et en ligne droite dans les profondeurs de la montagne et, contrairement à la salle et à la galerie d'entrée, le sol est de roche brute plutôt que de terre. L'odeur semble s'être atténuée un peu, probablement grâce au courant d'air sortant que je sens sur mon visage, mais j'en ai encore les yeux qui piquent tandis que j'avance avec précaution. Je parcours une bonne distance dans ce conduit immuable, plongeant de plus en plus profondément dans les entrailles de la terre et perdant peu à peu la notion du temps dans ces ombres omniprésentes. Abruptement, les parois s'écartent, le plafond s'élève, je viens d'entrer dans une nouvelle salle, à peu près de la même taille que la précédente, et ce que j'y découvre...me glace le sang dans mes veines. Je frémis, raffermissant instinctivement ma prise sur mon arme, déglutissant péniblement alors que mon regard horrifié parcourt lentement la scène.

Sur le pourtour, entourant un autel, ou un sarcophage, de pierre massive, sept cadavres d'elfes momifiés par le temps pendent par les poignets, enchaînés. Leurs chairs racornies et visiblement longuement torturées donnent à leurs visages des expressions effrayantes, révélant leurs dents en des rictus macabres qui donnent l'illusion qu'ils ricanent, démoniaques. Je frissonne en remarquant qu'ils ont tous été énucléés, et le courant d'air qui fait légèrement bouger les restes de leurs chevelures me fait reculer de quelques pas, nerveux à l'extrême, gagné d'une indicible nausée. Je n'ose imaginer leur lente agonie, la soif qui a dû les tarauder, la folie qui a dû s'emparer d'eux alors que les premiers mouraient dans les ténèbres, ont-ils tiré comme des damnés sur leurs chaînes? Oui, sans aucun doute, leurs poignets sont marqués, entaillés, tachés de leur sang, de même que les murs derrière eux...sans doute certains ont-ils tenté de mettre fin à leurs souffrances en se brisant le crâne contre la roche, ou au moins essayé de sombrer dans l'inconscience pour ne plus entendre les râles, les suppliques...je jure à mi-voix, qui serait assez cruel pour infliger un tel supplice? Question idiote, beaucoup se délecteraient d'un tel spectacle, les dépravés et autres tordus sont innombrables, tous plus vicieux et imaginatifs les uns que les autres quand il s'agit de torturer un être. Je ne suis pas un tendre, mais ce que je vois là m’écœure, profondément. Syndalywë me murmure soudain, alarmée:

(Tu as vu leurs ongles?! Et ils...ils ont des yeux...dans leurs mains!)

Son murmure se transforme soudain en cri d'alerte:

(Recule! Dans le couloir, vite!)

J'obtempère sans réfléchir, en lui demandant anxieusement:

(Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?)

(Des redoutards! Des créatures de Vallel!)

Je m'apprête à exiger qu'elle s'explique, mais un soudain concert de grincements lugubres me tétanise: les morts bougent et tirent sur leurs chaînes rongées par la rouille! Merde! Je me sens pâlir assez pour être confondu avec un Hinïon, reculant pas à pas dans la galerie qui m'a amené en ce lieu de cauchemar, mon palpitant tambourinant follement dans ma poitrine. Un claquement sec m'apprend qu'un des liens retenant les damnés vient de céder, puis un deuxième, et d'autres encore...


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Lun 11 Mai 2015 14:45 
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Le premier redoutard se découpe dans l'embrasure du couloir, maigre silhouette rendue plus blafarde encore par la lueur crépusculaire qui émane de mon arme. Il se meut avec une gauche lenteur, maladroit, mais le léger éclat meurtrier de ses griffes acérées dit assez qu'il est dangereux malgré son apparente faiblesse. Une esquive ratée, une parade trop lente, et ma chair se fendra comme un fruit trop mûr, je n'en doute pas une seconde. Néanmoins, j'ai un avantage certain du fait de l'étroitesse des lieux, un seul pourra m'attaquer à la fois, ce qui devrait me permettre de m'en sortir. Leurs gestes saccadés n'en font pas des adversaires vraiment inquiétants, je suppose que leur arme principale est la terreur qu'ils peuvent inspirer bien plus que leur art du combat, car force est d'admettre qu'il y a de quoi se sentir pétrifié de peur en se retrouvant face à de telles abominations! Pourtant, ce sont de la répugnance et de la pitié qui m'envahissent, davantage que de la crainte, répugnance pour leur aspect si éloigné de mes critères de beauté, pitié pour les indicibles cruautés qu'ils ont du subir avant de ressembler à ces cadavres ambulants.

Au fil de mes pensées et de mes pas prudents à reculons vers la sortie par trop éloignée, un deuxième redoutard a suivi le premier, puis un troisième, combien sont-ils au juste? Sept? Moins? Plus? J'ignore quelles cachettes peut receler ce lieu qui m'évoque un tombeau damné, se pourrait-il que j’aie ouvert la porte à une véritable armée de ces créatures? Je frémis en y songeant, je peux sans doute en exterminer quelques-uns, à condition qu'ils soient...mortels. Hum, voilà une idée déplaisante: et s'ils ne l'étaient pas? Si mes armes ne leur causaient que des dégâts insignifiants? Je ne vais pas tarder à le savoir, d'ailleurs, car la distance qui me sépare des trois affreux se restreint à vue d’œil...mais une armée...je plisse un sourire narquois en m'imaginant tel un preux chevalier défendant quelque pont pour prouver sa vaillance face à qui se présente, jusqu'à tomber de fatigue, jusqu'à l'erreur fatale qui permettra à leurs griffes tranchantes de se frayer un létal chemin dans mon corps! Allons, les serres du premier fendent l'air à moins d'un mètre de la pointe de ma rapière tenue en main gauche, il est temps, temps d'offrir ce que je considère comme une rédemption pour ces torturés condamnés à une parodie d'existence dans les ténèbres d'un souterrain oublié!

Le fil de ma lame gauche entame salement les chairs racornies d'un bras qui hache les airs comme pour chasser des mouches, le repoussant brutalement sur le côté pour me créer une ouverture dans laquelle s'engage ma rapière droite, vif serpent d'acier qui se détend pour octroyer le salut sous la forme d'une mort libératrice. La pointe perfore la poitrine de la créature sans difficulté, j'ai une petite pensée pour l'humain à qui je l'ai prise, qui a su garder ses armes redoutablement affutées! J'espérais que ce coup suffirait, j'en suis pour mes frais car la blessure fatale pour un mortel le ralentit à peine, il saisit ma lame de sa main gauche en gémissant, et tend vers moi les griffes de sa main droite, visiblement déterminé à ma perte et plus ou moins insensible à la douleur! Je bondis en arrière en ramenant ma deuxième rapière en parade, mouvement qui extirpe ma première arme du torse de mon adversaire dans un jet saccadé de sang noirâtre écœurant. Ma parade est approximative, mais néanmoins suffisante au vu de la maladresse de la créature, et je lui inflige une nouvelle et profonde coupure sur l'avant-bras tout en l'empêchant de me toucher.

Une étrange sensation me gagne, assez proche de celle que me procure un usage intensif de cette force intérieure nommée Ki par certains, mais je n'y prête pas vraiment attention. J'entends une respiration sifflante derrière moi et m'accroupis vivement tout en me plaquant contre une paroi afin d'éviter un probable coup, mais un rapide coup d'oeil m'apprend qu'il n'y a rien d'autre que les ténèbres, à ma grande surprise. J'aurais pourtant juré que...malédiction! J'utilise le mur pour me propulser hâtivement en arrière, manquant d'un cheveu de me faire défigurer par les griffes de mon ennemi qui a habilement profité de ma distraction! Je me relève d'un bond, faisant à nouveau face à la créature maudite qui me parait de plus en plus vacillante sur ses jambes difformes, sans doute les blessures infligées se font-elles sentir malgré son apparente résistance à la souffrance. Je remarque que les deux redoutards qui suivaient mon agresseur ne sont plus visibles dans le couloir, mais je n'ai pas le temps de m'interroger sur la raison de leur disparition, déjà le maudit me porte un nouveau coup malhabile que je pare nerveusement de ma lame gauche qui racle la roche trop proche dans une gerbe d'étincelles avant de lui envoyer la droite en pleine gorge, transperçant ma cible de part en part. Il titube une seconde, comme hésitant, puis s'effondre enfin à mon grand soulagement!

J'avance de quelques pas, déterminé à regagner l'espace plus vaste de la salle pour en finir au plus vite avec ces créatures de cauchemar, lorsque Syndalywë me hurle mentalement un avertissement:

(A droite! Pare!)

Je réagis à l'instinct, levant mon arme en défense et pivotant pour éviter...quoi au juste? Je ne vois que de la pierre et des ombres...pourtant ma rapière rencontre bel et bien quelque chose, de la chair d'après la faible résistance et le son! Par Sithi, ces damnés sauraient-ils se rendre invisibles!? Je lacère nerveusement le "vide" devant moi de mes deux armes, mon coeur manquant un battement dans ma poitrine lorsque apparaît à moins d'un mètre de moi le deuxième redoutard qui prend mon assaut de plein fouet et en perd la moitié de son visage déjà odieusement ravagé lorsque mon acier percute de biais sa pommette gauche! La force du coup fait brutalement pivoter sa tête dans une gerbe de sang qui dessine indistinctement la silhouette de son comparse, lequel semble écarter sans ménagement le blessé à coups de griffes désordonnés pour se porter à ma rencontre! Je sens un filet glacé ruisseler le long de ma colonne vertébrale, l'idée de continuer à combattre des atrocités capables de se dissimuler assez parfaitement pour qu'on ne les distingue plus n'est pas particulièrement rassurante... Mû par la peur autant que par une sourde colère face à l'existence de telles entités, je frappe à coups redoublés devant moi, la section du couloir est trop restreinte pour que mon adversaire puisse franchir sans dommage le mur tranchant que tissent mes deux rapières et, de fait, bien que je ne distingue vraiment pas grand chose de lui, quelques-uns de mes coups portent, assez pour que la faible créature s'effondre, mortellement touchée. J'enjambe les cadavres en m'assurant de leur mort définitive par précaution, rien ne vaut une gorge tranchée pour prévenir toute surprise, et je parviens rapidement à la salle aperçue précédemment, tous mes sens aux aguets.

Deux redoutards sont encore enchaînés aux murs, se démenant pour briser leurs chaînes, mais incapables de se libérer pour l'instant, les deux derniers me font face, placés entre le sarcophage et moi. Ils n'attendent pas une seconde pour se précipiter à l'assaut, chuintant de rage et de haine tout en balayant l'espace de leurs serres malveillantes. Les ennuis n'arrivant jamais seuls, un troisième maudit choisit cet instant pour parvenir à se libérer enfin, la suite s'annonce festive! J'hésite à regagner le couloir en toute hâte, ce qui me permettrait de continuer à les affronter un par un, mais à tout prendre je préfère quand même avoir l'espace nécessaire au maniement de mes deux armes. J'esquive d'un bond de côté la première attaque du redoutard le plus proche, m'arrangeant pour qu'il bloque son comparse trop proche de lui, et je décide de tenter une technique aperçue bien des années auparavant que je n'ai jamais eu l'occasion de tenter faute d'avoir deux armes à disposition. Sans arrêter de me déplacer de façon à mettre le sarcophage entre mes assaillants et moi, je me concentre pour rassembler mon énergie, dessinant quelques arabesques avec mes deux rapières pour bien en sentir l'équilibre avant de me lancer. Je me souviens à peu près des pas complexes nécessaires à ma manoeuvre, que j'exécute une première fois sans relâcher mon Ki, juste histoire de bien me remémorer le tout et de conserver mes adversaires à distance raisonnable grâce à mon allonge nettement supérieure. Inévitablement, il arrive un moment ou les créatures parviennent à me cerner malgré leur peu d'intelligence, c'est l'instant que je choisis pour déployer mon énergie dans mes membres, me déchainant subitement pour entamer une danse vive et tourbillonnante destinée à tisser un véritable rempart d'acier autour de moi! Apparemment indifférents aux rasoirs qui fendent les airs en sifflant de manière inquiétante, les trois redoutards s'approchent pour tenter de me déchiqueter de leurs griffes. Mal leur en prend, mes lames tranchent bien et même si mes coups manquent de force, les chairs nues de leurs bras ne tardent pas à se zébrer de profondes entailles qui, si elles n'ont rien de mortel dans l'immédiat, ne manqueront pas de les affaiblir rapidement! Je me sens gagné par une certaine griserie, les pas s'enchaînent souplement et pour la première fois depuis trop longtemps j'ai le sentiment de dominer vraiment un combat, comme un digne Hirdam que je suis censé être!

Je remarque à peine que certaines de mes parades manquent leur cible alors que j'étais persuadé de toucher mes ennemis, dans mon esprit enflammé le tourbillon létal est si dense que cela n'a que peu d'importance présentement, mais ma Faëra me rappelle à l'ordre lorsque des griffes tracent des sillons dans ma nouvelle armure, manquant de très peu la traverser pour fendre ma peau! Cette distraction rompt sans douceur mon "état de grâce", et je trébuche lamentablement sur une main tranchée qui traîne au sol! Des trois créatures qui m'attaquaient, deux sont très mal en point, l'une sur le point de succomber et l'autre salement entaillée, mais la troisième est intacte et la quatrième toujours enchaînée se démène comme une furie pour se libérer! Je pare en catastrophe un coup de la blessée, qui s'il ne m'atteint pas achève de me déstabiliser et me force à rouler au sol dans l'espoir d'échapper à celle qui est encore en pleine forme. Mon geste est un peu trop lent et les griffes acérées m'entaillent salement la main gauche! Je pousse un rude juron en balayant l'air à hauteur de cheville de ma rapière droite tandis que la gauche tombe par terre, ma main blessée étant incapable de la tenir avec assez de fermeté. Le redoutard parvient à esquiver mon attaque maladroite d'un bond, et se précipite à nouveau sur moi en dévoilant ses crocs avec un grognement qui me semble affamé! Je lève mon arme en toute hâte pour tenter de l'embrocher dans sa ruée, peu soucieux d'engager une lutte à mains nues contre lui...et cet abruti exauce mon voeu, trop bête ou trop lent pour esquiver la fine pointe qui lui perfore le ventre avec une aisance dérangeante. Cela ne l'arrête pourtant pas, il me tombe dessus lourdement, geste qui me contraint à lâcher ma deuxième arme plantée dans son abdomen jusqu'à la garde! Je grogne de douleur lorsque la poignée de ma propre arme me rentre brutalement dans les côtes, cherchant désespérément à dégainer ma dague de ma main désormais libre. Loué soit mes maîtres, j'ai appris à positionner mes armes correctement, et mes doigts se referment sur le manche recherché! Je la dégaine brutalement tandis que les émanations putrides du redoutard m'assaillent les narines, manquant de me faire suffoquer sous l'atroce puanteur, ses griffes ripent sur le cuir renforcé de mon armure, achevant leur course en m'entaillant légèrement le bras, le gauche par chance. Ses crocs taillés en pointe s'approchent dangereusement de mon visage, son haleine fétide me donne une nausée si violente que je dois user de toute ma volonté pour ne pas défaillir, et c'est avec une rage abyssale que je lui plonge ma dague dans le cou sans la moindre subtilité, encore et encore, sentant dans le même temps ses griffes fouailler mon bras gauche! Une vague de douleur m'assaille, je serre les dents et la repousse de mon mieux pour plonger encore ma dague dans les côtes de la créature qui, enfin, s'affaisse dans une ultime convulsion. Je la repousse haineusement, frémissant de dégoût, et roule de côté pour me relever péniblement. J'aperçois le dernier ennemi toujours enchaîné qui me fixe et, soudain, son visage change imperceptiblement pour prendre l'aspect de celui de Moraen. Je demeure figé un instant, ne pouvant croire ce que je vois. Puis mon regard tombe sur les mains pourvues de griffes métalliques de l'ignominie. Un voile écarlate de rage me brouille brutalement la vision et les pensées, je me saisis de l'une de mes rapières et me précipite sur lui pour le hacher avec une sauvagerie démente à de nombreuses reprises! J'aurais sans doute continué encore un bon moment si Syndalywë ne s'était mise à me hurler dans le crâne:

(ASSEZ! IL EST MORT! ARRÊTE!!)

Hagard, je cesse lentement la boucherie, regardant durant d'interminables secondes le carnage sans vraiment le voir, puis je me détourne en me pliant en deux pour vomir une bile acide qui me brûle atrocement la gorge. Il me faut plusieurs minutes pour reprendre un peu mes esprits et surmonter ma profonde nausée, qui menace de me saisir une nouvelle fois lorsque je contemple à nouveau le charnier. Ma main gauche me lance sourdement, je l'examine en grimaçant, les coupures laissent entrevoir la pâleur de l'os à deux endroits, mes rapières n'étaient pas les seules à être affutées. Il me revient à l'esprit que j'ai récupéré des potions de soin sur mon dernier adversaire, le moment me semble bien choisi pour en employer une...je sors la plus grande de mon sac de ma main valide, la débouche tant bien que mal et en avale le contenu d'une longue rasade. Je ne suis pas un fervent adepte de magie, mais je dois bien admettre que cela a quelque chose de pratique en voyant mes plaies se refermer dans une effroyable démangeaison! Je sens aussi dans mon corps une sorte de fourmillement pas vraiment agréable, suivi d'une chaleur déplaisante, mais le soulagement de la douleur est largement suffisant à me faire oublier ces menus désagréments. Au bout de quelques minutes, me sentant bien mieux, je récupère mes armes et les nettoie soigneusement avant de les rengainer, puis j'observe enfin plus attentivement la salle dans laquelle je me trouve.

(Tentative d'apprentissage de la CCAA: "Lames défensives")
(Utilisation d'une potion de soin moyenne 10pv)


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Sam 16 Mai 2015 15:39 
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Nulle gravure en ce lieu, la roche est brute, seules les six paires de chaines brisées et celle qui supporte encore le cadavre du redoutard n'ayant pas réussi à se dégager ornent les murs. Au centre de la salle, l'autel, ou le sarcophage, je ne sais pas trop, que j'ai aperçu en arrivant et utilisé par la suite comme un obstacle pour empêcher mes ennemis de m'attaquer à plusieurs à la fois. Je m'en approche, le détaillant avec curiosité: il forme un parallélépipède massif d'un peu plus d'un mètre de hauteur, sa largeur est à peine plus grande que cela et sa longueur avoisine les deux mètres cinquante. Il est constitué de la même roche que le sol et les parois, vraisemblablement taillé à même la montagne tout comme la pièce. Je ne distingue aucune fissure à son pied, d'ailleurs, il est littéralement soudé au rocher. En revanche, une fine ligne fait le tour du bloc quelques dix centimètres sous sa surface supérieure, serait-ce la marque d'un couvercle? Je grimace légèrement en imaginant le poids qu'il doit peser s'il n'est pas creusé à l'intérieur, mais comme rien ne sert de se préoccuper de ce qui n'est pas éprouvé, je tente de le déplacer d'une forte poussée. Il ne bouge pas d'un cheveu, je m'y attendais la moindre, n'ayant par ailleurs pas la force outrancière d'un quelconque barbare, mais je suis tout de même un peu dépité par cet échec. Toute cette histoire m'intrigue au plus haut point, il faut dire aussi que j'ai passé plusieurs jours à me creuser la tête et à faire galoper mon imagination débordante à propos de cet arc des glaces et des événements qui auraient pu l'amener à se trouver caché en ces lieux. Je songe alors au Lokyarme, si je parvenais à l'attirer ici et à l'atteler à ce "couvercle", sa force ajoutée à la mienne suffirait sans doute. Seulement, je suppose qu'il ne va guère apprécier l'étroit couloir et, vu sa taille et son probable poids, je me vois mal le contraindre en le tirant sur quelques centaines de mètres comme une vulgaire chèvre...

J'ai le temps de cogiter, alors que je ressors du lieu pour aller quérir un tronc d'arbre du diamètre de ma cuisse dans la forêt proche de la caverne. Je me demande s'il est bien sage, ou simplement honorable, de se livrer au pillage de ce qui doit être une tombe si j'en crois mes hypothèses. Mais ma vision du "bien", du "mal", de ce qui est honorable et de ce qui l'est moins n'est plus vraiment celle qui me fut inculquée dans ma prime jeunesse. Les aléas de mon existence, et particulièrement ma longue errance en solitaire, m'ont amené à voir la vie, et la mort par conséquent, d'une manière qui choquerait probablement nombre des miens. Cette pensée me tire un maigre sourire empreint d'ironie, les "miens", qui sont-ils aujourd'hui? Les Sindeldi? J'ai été banni de ma cité natale voilà tant d'années qu'à dire vrai je peine à considérer le peuple dont je fais partie comme étant vraiment le mien. Bien sûr, j'aurais pu me rendre dans une autre ville du Naora, la sanction ne visait en réalité qu'à satisfaire l'orgueil blessé d'un membre influent de la communauté de Nessima, mais je réalise qu'elle m'a fait perdre foi en la justice des Sindeldi, et que c'est sans doute la raison qui m'a poussé à partir sur d'autres continents. Ce que j'ai pu voir et apprendre des autres peuples m'a enseigné que ce n'était pas mieux ailleurs, tout en ce bas monde est question de pouvoir, d'influence et de richesse, cette notion de justice en laquelle je croyais autrefois n'est qu'une illusion, un concept utopique qui ne trouve place que dans le coeur de quelques rares êtres souvent trop naïfs pour leur propre bien. Il n'empêche que c'est bien la première fois que j'envisage de piller une tombe, et que cela ne me laisse pas tout à fait aussi indifférent que je l'aurais cru. La vision des cadavres des créatures de Vallel chasse pourtant mes maigres hésitations comme un bon vent la brume du matin. Si ces atrocités issues d'un esprit malade et dément protégeaient quelque chose, alors s'en emparer n'a rien d'un sacrilège à mes yeux, au contraire.

Quelques rudes coups de bélier descellent le couvercle du sarcophage, et quelques chocs supplémentaires me permettent bien vite de jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Je m'attendais à trouver un squelette poussiéreux et, naïvement, j'avais secrètement espéré qu'il aurait un bel arc posé religieusement en travers de sa poitrine. Mais je ne vois qu'un inquiétant puits de ténèbres qui plonge dans les entrailles de la terre...

Je m'immobilise un moment, tendant l'oreille pour discerner un éventuel bruit provenant des profondeurs, qui sait ce qui peut jaillir d'un antre pareil? Mais rien ne trouble le pesant silence du tombeau, pas même le son de quelques gouttes d'eau comme on l'entend dans la plupart des grottes. Je soupire doucement, hésitant un peu à poursuivre mon exploration, mais ma curiosité est plus forte que ma réticence et me pousse à placer le tronc en travers du vide. Je déroule ma corde de lianes confectionnée quelques jours plus tôt et je l'attache solidement à mon amarrage improvisé avant de la laisser se dérouler dans le vide, légèrement anxieux quant à sa longueur car elle ne mesure pas plus d'une dizaine de mètres. Le bruit qu'elle fait en touchant le sol me rassure sur ce point, il ne me reste donc plus qu'à descendre voir ce qui se cache là-dessous! Je demande à Syndalywë de rendre lumineux le collier de Moraen plutôt que l'une de mes armes, ce qu'elle fait pour une fois sans rechigner, et après l'avoir passé autour du cou, je m'engage prudemment dans le puits, toujours à l'affût du moindre bruit suspect. Seuls les légers grincements de ma corde bricolée mise sous tension troublent le silence, et c'est sans mauvaise surprise que j'atteins le sol, quelques sept ou huit mètres plus bas. Je découvre alors que je me trouve sur un simple palier fermé sur trois côtés, et qu'un étroit et abrupt escalier taillé en colimaçon à même la montagne plonge plus profondément encore. Par Sithi, où cela peut-il bien mener?! Je dégaine l'une de mes rapières à tout hasard puis, pas franchement tranquille, je m'enfonce plus avant dans la montagne, scrutant sol et parois en quête d'un éventuel piège. Je descends ainsi près d'une centaine de marches avant de me trouver face à un spectacle si surprenant et impressionnant que je me statufie en sifflant légèrement entre mes dents!

L'escalier débouche dans une nef immense, éclairée par trois puits de lumière sans doute trop étroits pour laisser passer un homme. Les fins rais lumineux ainsi dispensés ne suffiraient pas à illuminer l'immensité du lieu s'ils ne se reflétaient pas sur ce qu'il convient d'appeler un glacier souterrain, mais ce dernier disperse la lumière à la manière d'un diamant, créant un kaléidoscope bleuté de toute beauté! La présence de nombreuses concrétions au plafond et au sol, stalactites et stalagmites millénaires qui se joignent ici et là pour former des colonnes évoquant quelque salle de château digne d'un conte, m'indiquent que cette salle est d'origine naturelle, et je réalise que les reflets engendrés par le glacier font scintiller les gouttes d'eau présentes sur la roche comme des milliers de gemmes précieuses, qui accentuent encore l'impression de lumière féerique émanant de cet endroit merveilleux. Je m'étais déjà vaguement demandé ce que les Thorkins pouvaient bien trouver d'attirant dans les entrailles terrestres, mis à part les richesses bien entendu, mais c'est une question que je ne me poserai plus à l'avenir, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau! Littéralement subjugué, je m'avance de quelques pas dans la salle qui doit mesurer plus d'une centaine de mètres de long pour quatre-vingts de large, son plafond voûté culmine à quelques quarante mètre pour ce que je peux en estimer et le glacier occupe une bonne moitié de la surface au sol, épais d'une quinzaine de mètres au moins dans sa plus grande hauteur. Je fais quelques pas encore, oublieux de toute prudence, lorsque je me fais soudain rudement bousculer par un...courant d'air?! Je sursaute violemment lorsque une voix tempétueuse résonne à mes oreilles comme un coup de tonnerre trop proche:

"QUI ES-TU, TOI QUI OSES PÉNÉTRER EN CE LIEU SACRÉ? FUIS MORTEL, OU JE RONGERAI TES OS!"


"Euh...bonjour...vous êtes...qui...quoi?"

Je me tourne en tous sens, tentant d'apercevoir mon "interlocuteur" tout en pointant vainement ma rapière dans la direction de mon regard, mais je ne distingue rien!

(Syndalywë, tu vois quelque chose?!)

(Mais oui, je ne suis pas aveugle, moi, répond moqueusement ma Faëra! Range ton arme, elle ne te servira à rien.)

Il y a des instants comme ça où je me dis qu'elle a de la chance d'être immatérielle, cette petite peste! Mais comme il ne servirait à rien de manifester ouvertement mon agacement, elle en est tout à fait consciente puisque elle lit mes pensées, je rengaine ma rapière d'un air sombre tout en sursautant une nouvelle fois alors qu'une deuxième bourrasque manque me faire choir.

"Hey! Par Rana ça suffit ces courants d'air! Montre-toi un peu que je sache à qui, ou à quoi, j'ai affaire!"

Je recule précipitamment lorsque apparaît devant moi, à quelques mètres à peine, une gigantesque silhouette immatérielle, mesurant au moins quatre fois ma taille! Instinctivement je porte mes mains aux poignées de mes armes, avant de songer que contre un tel adversaire elles ne me serviront probablement à rien. Je jurerai qu'il est fait de...vent! Et dans les tourbillons qui semblent le constituer, je distingue deux prunelles d'un blanc tirant sur le bleu clair qui me scrutent avec...curiosité? C'est plus fort que moi, je me frotte les yeux en me demandant si je ne suis pas en train de rêver! Mais non, l'entité est toujours là, et semble maintenant presque amusée!

"TU AS INVOQUÉ RANA, MORTEL...POURQUOI? QUI ES-TU?"


Je plisse les yeux pour mieux le distinguer, repensant à quelques lointaines légendes entendues jadis et réfléchissant à toute allure pour ne pas commettre d'impair, puis je me hasarde:

"Elle est la Déesse des vents, ça m'a semblé...de circonstance. Je me nomme Tanaëth, et toi, tu es un...Sylphe, c'est ça?"

"EXACT. QU'EST-ELLE POUR TOI, RANA? NE ME MENS PAS, SINDEL, LE SON DE TA VOIX TE TRAHIRAIT..."

"Hum...sans vouloir t'offenser en rien, si nous devons poursuivre cette conversation...pourrais-tu...parler plus doucement? J'ai les oreilles qui sifflent..."

"Je pourrais, oui. Mais prends garde à tes paroles, je pourrais aussi hurler assez fort pour te rendre sourd à jamais. Réponds, maintenant."


"Je n'en doute pas, mais merci. Rana représente pour moi la sagesse, mais aussi l'air que je respire, qui porte les sons, mes lames, qui m'entoure à chaque instant de mon existence. Je la prie régulièrement, elle me prête parfois sa force lorsque j'en ai besoin."

"Pourtant tu n'es pas l'un de ses prêtres, voilà qui me surprend. Mais je ne crois pas que tu me mentes. Que fais-tu ici?"


"Eh bien...c'est une longue histoire, mais d'une certaine façon, ce sont les vents qui m'ont guidé jusque là. Les vents de mon destin, ou du hasard selon le point de vue. Mais pour faire simple, j'ai découvert une gravure représentant un arc de glace dans la caverne qui se trouve au-dessus de celle-ci, cela m'a intrigué, et je me suis demandé si il ne s'agissait pas d'une relique perdue..."

Je scrute avec attention le Sylphe, guettant ses éventuelles réactions face à mes paroles. Mais il se contente de me dévisager durant quelques instants d'un air que je qualifierais de songeur avant de me répondre:

"Un arc...et tu espères pouvoir t'en emparer?"

"Ahem, en fait...oui. Mais si tu en es le gardien, m'en "emparer" n'est pas le terme juste. J'ignorais tout de ce que j'allais trouver et les créatures que j'ai du combattre pour arriver jusque ici étaient d'une nature pour le moins malsaine, je ne m'attendais pas à rencontrer un être comme toi dans ces souterrains. Mais...es-tu le gardien de cet arc de glace, toi qui es lié à Rana bien plus qu'à Yuia si j'en crois mes maigres connaissances? "

"Cela aussi est une longue histoire. Ton peuple est connu pour mépriser la plupart des autres races, et ne croire qu'en l'Astre de la Nuit, pourtant tu respectes visiblement Rana et tu ne m'as pas parlé avec mépris. Peut-être le temps est-il venu..."

"Venu? Venu pour quoi?"

"Peu importe. Que ferais-tu d'une telle arme, Sindel, si elle était entre tes mains?"

"Bonne question. La même chose que je ferais sans elle. Je chercherais à défendre l'équilibre naturel qui me semble juste. Une arme, si puissante soit-elle, ne sera jamais que le prolongement de ma volonté."


"Et serais-tu prêt à risquer ta vie pour l'obtenir?"

Je hausse les épaules d'un geste quelque peu fataliste:

"Sithi décidera du moment de ma mort. Je ne crains pas de la rejoindre, si tel était le sens de ta question, ce qui ne signifie pas que je ne tiens pas à ma vie."


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Hidirain
MessagePosté: Sam 16 Mai 2015 15:42 
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L'élémentaire d'air me jauge d'un regard perçant comme un blizzard glacial, puis il me fait signe de le suivre d'une main éthérée avant de contourner à vive allure toute une partie du glacier. Je m'exécute, intrigué, et l'ayant rejoint je découvre que des marches ont été taillées dans la glace, menant visiblement à une sorte de cavité creusée dans l'amas gelé. Trois statues incroyablement "vivantes" sont disposées sur les marches, aléatoirement à ce qu'il me semble, et à leur vue, une sueur froide me saisit sans que je parvienne à en déterminer immédiatement le pourquoi. La première est sur la première marche, elle représente un humain vêtu d'une toge et paraît s'apprêter à gravir l'escalier, figée en plein mouvement. La deuxième est un Thorkin en armure barbu et chevelu, il se situe à peu près à mi-chemin de la montée, accroupi sur un bord, et la troisième se trouve sur l'avant-dernière marche, une Shaakt sans aucun doute vu la teinte, les bras tendus en direction de la cavité. Il me désigne l'ensemble d'un geste fluide tout en me fixant avec une gravité palpable, puis me murmure d'un souffle:

"Écoute-moi bien, toi qui pries Rana: qui touche cette glace, subit la malédiction de Yuia. Seul l'intérieur du sanctuaire est épargné. Réfléchis bien, Sindel, tu n'as droit qu'à une unique chance. Prouve ta foi et ta sagesse, tu vivras peut-être."

J'observe avec effroi les trois êtres congelés, je me disais bien qu'ils avaient quelque chose d'anormalement parfait pour des sculptures...puis je tourne mon attention vers l'entrée de la petite grotte de glace. Elle est située à environ six mètres du sol, l'escalier y menant est vraiment très raide, ce qui signifie que la distance horizontale doit être inférieure à la hauteur, mais par Sithi ça fait un sacré bond! Un bond que je me sais parfaitement incapable de réaliser, il faudrait être une fichue sauterelle pour réussir un tel saut! Je parcours ce que je vois de la salle d'un regard un peu perplexe, en quête d'un moyen quelconque pouvant me faciliter la tâche, mais il n'y a là que de la pierre et de la glace. Hum, de la pierre...j'avise quelques blocs épars, sans doute tombés du plafond suite à un ancien séisme, je pourrais tenter de paver les marches, le Sylphe n'a pas précisé que c'était interdit. Mais si je me trompe...je finirai en glaçon, et ce destin me tente moyennement. Les êtres qui ont tenté avant moi de grimper portaient des bottes, ils n'ont visiblement pas touché la glace de leurs peaux nues, alors qu'est-ce qui me dit qu'il n'en ira pas de même pour moi si j'y dépose un rocher? D'un autre côté, la salle est en pierre, et non en glace comme ce serait le cas si la malédiction s'étendait au roc. Les bottes sont constituées de cuir, autrement dit de matériau issu d'êtres vivants, c'est peut-être l'explication...Mais risquer ma vie sur ce pari alors que mes connaissances en magie avoisinent le néant me plait moyennement. Mais faire une croix sur cette relique ne me plait pas davantage et...

(Mmm...prouver ma foi en Rana...que m'avait dit précisément mon maître lorsque il m'a appris le "tranché de Rana"? Que c'était le premier pas menant à sa croix...et qu'au lieu de projeter l'énergie intérieure il était possible de se projeter soi-même vers un adversaire éloigné, à condition d'avoir deux armes et d'y répartir également mon Ki...Je ne sais pas si c'est moins risqué que le coup des pavés, au fond, est-ce que ce sera suffisant pour atteindre cette niche? Moui, peut-être bien, en admettant que je ne me plante pas sur la manière d'exécuter cette technique...)

Décidant tout de même de mettre le maximum de chances de mon côté, j'entreprends de confectionner une espèce de tremplin devant l'escalier au moyen des rochers qui traînent par terre, m'efforçant de les positionner de manière stable et soigneusement orientée pour me permettre de sauter naturellement le plus haut et loin possible. Cela ne suffira évidemment pas si je rate totalement ma tentative, mais ce sera toujours ça de pris en cas de réussite partielle. Ceci fait, je me recule au maximum pour profiter d'un élan conséquent, puis j'adresse une fervente prière à Yuia afin qu'elle m'autorise à prendre cet arc qui lui est lié sans être congelé, puis à Sithi pour qu'elle veille sur moi et me protège. Enfin, je prie Rana afin qu'elle m'éclaire de sa sagesse et me porte sur ses ailes lors du saut que je vais tenter. Ceci accompli, je me concentre longuement pour rassembler en moi toute mon énergie interne, la condensant encore et encore jusqu'à ce qu'elle soit sur le point d'échapper à mon contrôle et d'exploser. Je dégaine lentement mes deux armes, et je fixe intensément la tête de la "statue" Shaakt qui se trouve sur l'avant dernière marche, comme si elle était l'adversaire à abattre. Et je me lance dans la brève course qui me sépare du tremplin improvisé, de toute la vélocité dont je suis capable. A l'instant où mon pied se pose sur la plus haute pierre de mon modeste édifice, je hurle le nom de Rana comme une supplique en libérant toute l'énergie accumulée, et je bondis dans les airs en tendant mes lames et ma volonté vers leur cible.

J'ai l'impression étrange de voler. Cela ne dure qu'un bref instant, juste assez long pourtant pour que je réalise que mon saut est à peine trop court! Je vais atteindre la Shaakt, mais mes pieds vont toucher la dernière marche et non le sol de la niche! Je n'ai pas le temps de réfléchir, mon instinct de survie prend le relais et m'insuffle un sursaut désespéré qui me fait me contorsionner douloureusement! Mes deux lames se fichent très légèrement de part et d'autre de la tête de la statue, et ploient à s'en rompre lorsque tout mon poids encore accru par mon élan s'y porte. Le temps semble se ralentir dans ma perception, un instant de latence comme j'en ai rarement connu se manifeste alors que je me demande futilement si mes nouvelles armes vont résister et me propulser grâce à l'effet de ressort de l'acier vers le salut, ou si elles vont se briser net et me faire percuter de plein fouet la Shaakt gelée, scène qui me soutirerait un sourire si ma vie n'était pas aussi précairement instable sur les plateaux de la balance du destin.

Les rapières résistent. Avec un manque de grâce consternant, mais honnêtement ce n'est pas ma préoccupation première, je déséquilibre la statue qui bascule sur le côté, juste suffisamment pour me permettre de passer par dessus. Et je me ramasse en beauté sur le sol de la niche, roulant jusqu'à percuter brutalement une paroi du plat du dos tandis que la statue roule bruyamment au bas des marches, se brisant dans la chute. Je suis sonné, salement, et l'épaule sur laquelle je me suis maladroitement reçu me taraude d'une pique de douleur intense, tout comme mon dos qui m'apprend qu'il n'a pas apprécié le traitement infligé. Je regarde mes mains avec inquiétude durant quelques secondes. Puis j'éclate de rire: je ne me suis pas transformé en glaçon! Je suis en vie! Je palpe prudemment les endroits douloureux de mon corps, heureusement protégé par l'armure de cuir qui a absorbé une partie des chocs. Je n'ai rien de cassé, à première vue, mais question contusions ça va être ma fête. Une fois plus ou moins rassuré sur mon état, je me redresse enfin pour observer le lieu dans lequel je suis parvenu.

La niche est en réalité un couloir irrégulier approximativement hémisphérique de trois mètres de haut pour quatre ou cinq de large, qui s'enfonce dans la masse du glacier aussi loin que je puisse voir dans la maigre lueur qui traverse la glace. Je me relève et avance lentement, mes armes toujours à la main. Je ne tarde pas à arriver dans un élargissement aux allures de petite salle qui marque la fin du passage, une vingtaine de mètres plus loin. Je retiens ma respiration en apercevant en son centre une espèce de cercueil de glace transparent comme du cristal dans lequel repose un corps lui aussi congelé, qui semble tenir entre ses mains jointes sur son torse l'objet ayant motivé ma folle aventure! Je m'approche, admirant l'arc magnifique qui me parait irradier d'un froid polaire, le coeur battant à tout rompre à l'idée que je suis sur le point d'atteindre mon but! Mon regard suit les courbes parfaites de l'arme somptueuse, puis dévie sur le corps qui la tient, indubitablement féminin, et s'attarde enfin sur le visage figé de l'être. Une Hïnione...d'une beauté à couper le souffle, si parfaitement préservée des outrages du temps qu'elle parait simplement plongée dans un profond et paisible sommeil. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi à la contempler, sans doute de longues minutes, peut-être davantage. Enfin, je secoue lentement la tête en murmurant simplement:

"Repose en paix."

Et je me détourne de la sépulture, regagnant la sortie du tombeau d'un pas lent et m'y arrêtant pour observer le Sylphe toujours présent. Il semble me dévisager avec curiosité, remarquant d'une voix neutre:

"Tu n'as pas tenté de prendre l'arc."

"Non."

"Pourquoi?"

"Parce que la beauté et la pureté ne devraient jamais être souillées. Je ne troublerai pas le dernier sommeil de celle qui repose là."

L'élémentaire tournoie follement dans la salle en laissant échapper un rire joyeux et et chaleureux comme une brise de printemps, puis il revient vers moi et me fixe avec un respect nouveau:

"Tu es un bien étrange Sindel, Tanaëth. Descends, tu n'as plus rien à craindre."

Hésitant tout de même, je mets quelques secondes à me décider, puis je pose avec tout un luxe de précautions un pied sur la première marche. Comme il ne se passe rien, je dévale rapidement l'escalier, me sentant léger et étrangement bien dans ma peau. Je sens une main venteuse frôler mon épaule, puis le Sylphe me désigne de l'autre un pan de glace situé à droite de l'escalier, qui semble être légèrement détaché de la paroi à proprement parler:

"Je crois que Galael, c'était le nom de cette Hïnione, serait heureuse que son arc te revienne. Ne change pas ton essence, Sindel, quelles que soient les épreuves que tu traverseras."

Un tourbillon puissant bouscule le pan de glace dévoilé, le faisant choir en douceur sur le sol, puis le Sylphe se précipite comme un ouragan vers l'un des puits lumineux qu'il franchit à toute allure, disparaissant de ma vue. Je reste planté là comme un idiot, les yeux fixés sur cette lueur perçant le plafond, l'esprit plein de questions qui ne trouveront sans doute jamais de réponses, puis je me décide à m'approcher du pan qui a basculé.

(Syndalywë...tu vois ce que je vois?!)

(Mais oui, combien de fois faudra-t'il que je te dise que je ne suis pas aveugle?)

Je ne prends pas la peine de lui répondre, toute mon attention étant rivée sur l'anfractuosité dévoilée par la chute du bloc de glace. Ce n'est qu'un creux dans le glacier, mais dans ce creux repose un arc en apparence identique à celui que tenait l'Hïnione dans son sarcophage. J'en reste perplexe un instant, me demandant lequel des deux est le vrai en réalité. Et puis je hausse les épaules, quelle importance? De toute manière je ne toucherai pas au cercueil, alors...j'adresse une petite prière à mes trois déesses préférées pour les remercier, puis je saisis l'arc qui m'est destiné. Vrai ou faux il est splendide et je compte bien apprendre à m'en servir dignement dans les temps à venir!

Je contemple une dernière fois le lieu, gravant ce souvenir dans ma mémoire, puis je reprends le chemin de la sortie que j'atteins une bonne heure plus tard avec, malgré tout, un certain soulagement. J'ai pris soin de refermer le couvercle de l'autel de pierre, et la porte du souterrain partant de la salle des gravures, j'espère que nul ne viendra jamais troubler la magie de cet endroit sacré. Je m'arrête à l'entrée de la grotte, vite rejoint par le Lokyarme qui renifle avec curiosité l'arc avant de me pousser amicalement du museau. Je l'observe un moment en silence, songeant qu'il est temps pour moi de me remettre en route, puis après l'avoir remercié de quelques caresses et mots qu'il ne comprend sans doute pas, je reprends mon chemin, me dirigeant d'un pas tranquille vers cette forêt qui, dit-on, cache en son sein une ville secrète et féerique.

(Tentative d'apprentissage de la CCAA "La croix de Rana")


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