|
La tournure des évènements n'est clairement ce que je pouvais prévoir. Mais me voilà seul, après tout, ce n'est pas pour me déplaire. Le caractère changeant et imprévisible du Sekteg, aurait pu être très dangereux pour la suite de l'enquête. On ne peut se fier à ces maudits, même s'il était très particulier celui-là, rien ne me dit que ce n'est pas un agent d'Oaxaca. Et vraiment ce n'est pas gérable de poursuivre avec un espion qui récolte les fruits de ma progression. Finalement il faut se méfier de tous, y compris ceux de Yuimen. Le jeu de cette enquête prend des tournures plus qu’inquiétantes. Et je ne peux continuer à attendre, il me faut poursuivre et accélérer pour obtenir ce que je veux et enfin rentrer sur Yuimen. Il faut à la fois ménager la chèvre et le chou comme on dit par chez nous. Dans ce cas je ne sais pas qui est la chèvre qui veut dévorer le chou.
Cette fille semble digne de confiance, mais je ne perds pas de vue qu'elle peut être une ennemie. Ce n'est pas parce que je montre mon assurance qu'elle est définitivement acquise. Je joue un jeu dangereux, mais après tout, c'est une technique comme une autre. Nous allons vers quelque chose d'intéressant. Une fois le Sekteg partie et après lui avoir octroyé un garde, Elysséa me demande de partir avec elle vers le quartier cramoisi. Restons prudent, nous ne savons pas pour combien de temps nous en avons. J'ai besoin de prendre du temps pour la connaitre, mais aussi pour manger correctement, pas des menus grignotages.
"Dame Elysséa, prenons le temps, préparons-nous avant de foncer droit sur les dangers. Prenons un vrai repas, vous savez nous fournir ça je suppose ?" Mon envie de pisser est bien plus forte que de manger, mais je n'ai jamais eu le temps depuis qu'on est arrivé. Si peu de temps, mais si loin déjà. J'admire ma capacité à résister à cette envie, mais je n'en peux clairement plus. "Je reviens, j'ai besoin de me passer un peu d'eau sur le visage." Excuse des plus nulles, mais ça reste dans les convenances. Elle me fait signe vers une porte au fond de cet étage, j'y vais et entre dans la porte qui semble indiquer les hommes. Une grande salle, avec des bacs blancs contre le mur. Je suppose que c'est là qu'on fait la chose. Il n'y a personne, tant mieux, dans cette lumière rencontrer quelqu'un serait problématique vu mon accoutrement. Je me soulage longuement et vais me rafraichir dans des bacs. Nul endroit pour avoir de l'eau, mais quand je passe mes doigts sous ce qui semble être un tuyau de métal, là le liquide coule d'une drôle de manière, comme une sorte de vapeur, mais tiède. Je me passe de l'eau sur mon visage et passe un temps à m'observer dans le grand miroir parfait qui reflète mon image en pied. Je n'ai jamais vu mon image aussi nettement, la prouesse de la perfection de cet énorme objet prouve encore leur maitrise des techniques avancées. Je ne me pensais pas si grand, si imposant, si inquiétant aussi. J'ai pris de l'âge sans m'en rendre compte, et l'image que je dégage n'est pas rassurante c'est clair.
Des petits bruits sur mon téléphone montrent que j'ai un message. En fait c'est trois messages, deux de Fenouil, le premier dit que je suis au service de Kartage et que la fille m'a séduit, avec une image d'Elysséa très bien dessinée (C'est une photographie, crétin !). Le second est un autre message vocal de Fenouil qui décrit ce qu'il a compris de la situation avec Valaï et Kartage mais avec une photographie de rez-de-chaussée il est vrai peu engageante. Je suis assez perplexe, c'est comme ça qu'il a compris la situation celui-là ? Et pourquoi m'envoyer ces messages ? (Il les a envoyés à tous ceux de Yuimen...). Bien, qu'ils pensent ce qu'ils veulent, je n'ai de compte à rendre à personne, après tout ! Un troisième message vient de la très jeune elfe, elle a des informations sur les généalogies des grandes familles et des fêtes qu'ils organisent. Très bien, je vois que certains ont du temps à perdre. Je ne prête pas plus d'attention à ces messages et range le téléphone.
Je retourne auprès de mon hôte qui a fait monter le repas pour nous deux.
(Ça fait presque dîner aux chandelles.) Ricane Aakia.
(On parle boulot ici, on roucoule pas, comme le laisse penser ce Sekteg.)
Je m’assieds en face de la femme, l'air détendu. Le repas est peu reconnaissable, sans doute de leurs spécialités. Le problème c'est qu'on ne reconnait rien, est-ce de la viande ? Des légumes ? C'est très bon par contre, très savoureux. Je prends le temps de déguster et de boire, mais pas d'alcool cette fois-ci, je veux avoir l'esprit clair. Je lui pose alors plein de questions qu'elle répond ou non suivant son humeur. "Il faut prendre le temps de se connaître, ni voyez rien d'intime, juste que nous allons au-devant de dangers et nous devons comptez l'un sur l'autre. Quel âge avez-vous et quel est votre positionnement dans votre famille ? Avez-vous un mari ou un compagnon ou même des enfants ? Quels sont vos compétences en combats ?" Je lui laisse le temps de répondre à chacune de mes questions et quand elle me demande la même chose je lui réponds honnêtement : "Je m’appelle Lelma Noteema, j'ai un grand frère qui est général de la milice du royaume qu'on a rejoint. J'ai vingt-sept ans plus ou moins, j'ai une fille adoptive d'onze ans qui s’appelle Seyra et qui me manque cruellement. Je n'ai pas de compagne et je n'ai jamais été marié. Je suis un voyageur qui viens de loin, je ne suis même pas originaire de Yuimen, mais d'un monde nommé Asfhlon qui a à peu près le même niveau technologique de Yuimen mais où nous ne sommes que des humains... Du moins le croyais-je... Quant à mon niveau militaire, j'utilise une rapière." Je lui montre alors mon arme. "Je suis très rapide et précis avec cette arme, mais avec vos armes à distances j'ai peur de ne pas être très utile... Mais au corps à corps, j'ai des capacités bien supérieures à la norme humaine."
Il est difficile de parler de ses compétences, s'il faut ici, avec leur technologie, ils sont bien supérieurs aux Yuimeniens... Mais alors auraient-t-ils fait appel à nous ? "Autre chose, je ne donne pas la mort gratuitement, alors si on peut éviter des pertes inutiles ça serait bien. Je suis un gardien, pas un attaquant." Me souvenant des dires de Valaï. "Valaï parlait d'un groupe de terroristes, le G.P.E.T un truc du genre. Savez-vous où trouver ces gens ? Sont-ils dangereux ? Peut-on en tirer quelque chose ? Je suis curieux d'en rencontrer, on a une chance au quartier cramoisi ?"
Après avoir bien discuté et mangé, l'heure du départ arrive, je la suis alors vers une nouvelle destination.
(1173 mots)
_________________
|