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Le chaos avançait sur la ville et détruisait tout sur son passage. Gurth, pris dans le combat, n’était pas sans l’ignorer, même s’il n’admirait pas encore l’étendue de la pagaille qui s’amoncelait autour de lui. Un sourire sadique et plein de mauvaises intentions brillait sur son visage horrible et bouffi de haine. La peau pâle de son crâne, rougie et meurtrie par l’acide de ces insectes, lui donnait un air encore plus patibulaire, et un instant, alors qu’il regardait les exploits de ses congénères autour de lui, il eut une pensée pour Thimoros, dieu de la guerre, de la violence, et ses yeux blanchâtre se révulsèrent un instant, alors qu’il voyait le sang de ses compagnons, et l’intérieur jaunâtre de ces fourmis immenses. C’était un carnage, et rien ne pouvait plus lui faire plaisir.
Il regretta juste de ne pas apercevoir l’un de ces gnomes ridicule la tête fendue par l’une de ces terreurs à six pattes, et la cervelle dégoulinant sur l’ignoble feuille qu’ils portaient tous comme signe de distinction.
Mais il n’eut guère le temps de s’appesantir sur sa position. Le combat se poursuivait, et en tant que masse noirâtre imposante, il faisait une cible toute indiquée pour ces ennemies chitineuses. En effet, même si un cadavre décapité stagnait à ses côtés, la seconde fourmi était toujours là, prête à intervenir. Et pourtant, ce ne fut pas elle qui menaça le plus l’Ogre pour le moment. Un vif mouvement lui fit tourner la tête sur la droite, et il vit en l’espace d’une seconde le moine précieux juché sur l’insecte comme sur un destrier, et ce couple étrange se jeter vers lui avec toute la puissance d’une course sextupédique. Au dernier moment, Ringo bondit de son canasson improvisé dans une culbute qui frisait le ridicule, laissant la fourmi poursuivre sa course avec virulence.
L’Ogre se tint prêt à recevoir dignement cette ennemie, dague à la main, et lèvres retroussées dans un grognement effroyable, mais ce fut sans compter l’intervention du paysan, qui envoya sa fourche habilement dans la carcasse de l’animal, qui sans mourir, se vit nettement ralenti, voire même stoppé dans sa course, à l’instant où il allait percuter l’obèse sanguinaire. Il n’en fallut pas plus à Gurth pour achever cet animal ridicule, d’un coup de poing désarmé sur le sommet de sa tête triangulaire, d’une telle puissance qu’il fit exploser sa mince carapace crânienne, répandant une fois de plus cet infâme liquide jaune et visqueux. La fourmi qui lui faisait toujours face, depuis maintenant deux morts, fut à nouveau coupée dans son élan par cette intervention, et elle recula à nouveau de deux pas, se retrouvant dos à l’orque, qui venait elle-même d’achever l’une de ses ennemies, la démembrant vivement. Gurth en fit d’ailleurs les frais, lorsqu’il fut percuté par deux pattes de l’animal, qui rebondirent lamentablement sur sa bedaine gonflée de graisse. Une fois de plus, il grogna, regardant d’un œil mauvais la guerrière à la peau verte. Mais il n’allait pas arrêter là son carnage : il devait rendre la pareille à Ybeild. Non pour aider celui-ci, mais juste parce que ça l’amusait, de tuer ainsi sans vergogne toutes ces choses informes.
Il se saisit donc de la fourche du kendran, pour l’envoyer à son tour de toute sa force vers la grosse fourmi qui écrasait le fermier. La précision du lancé de l’Ogre était douteuse, mais la fourmi était tellement grosse qu’il ne pouvait pas la manquer. Aussi, si son tir ne tua pas la bête, il lui percuta néanmoins trois de ses six pattes, les brisant sous le choc. Et la fourmi s’étala de tout son long sur l’humain, pour l’écraser encore davantage qu’il ne se faisait déjà. Pour le plus grand plaisir de l’Ogre, qui ricana sombrement de la déveine de son partenaire improvisé.
Mais très vite, son regard se tourna à nouveau vers la fourmi qui lui faisait face, et qui était toujours dos à l’orque, dans une position de sandwich un peu suicidaire…
((( Il y avait 15 fourmis: 6 fourmis vivantes | 2 engagées (dont une qui écrase ybeild de son poids, les pattes brisées) | 1 fourmi cuite, 2 tranchée en deux, 1 décapitée, 1 le crâne fendu, 1 morte décapité par une fourche dans sa colonne, 1 démembrée, 1 aux yeux crevés, 1 au crâne explosé)))
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Gurth Von Lasch - l'Ogre de TulorimJe hais les testaments et je hais les tombeaux ; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde. (Baudelaire - Le mort joyeux)
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