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L’ogre avançait à grands pas, sans se soucier de qui lui suivait ou non. Il avait pris une décision, outrepassant la perte de temps d’une réflexion ou de discussions qui n’auraient été que trop longues. Et il n’était pas homme à ergoter longtemps. Foncer dans le tas, voilà comment il avait toujours fonctionné, pour le meilleur comme pour le pire. Assez rapidement, la brume qui cernait le chemin qu’il suivait s’était renforcée, alors qu’il avait cru la voir se raréfier après son choix opportun, alors que l’autre chemin disparaissait totalement sous une épaisse purée de pois. Mais sans doute n’était-ce qu’une illusion d’optique, puisque cette fois, c’était sa voie qui se couvrait d’un brouillard dense.
Et au loin, la seule chose encore visible dans cette vapeur opaque : une porte. Une simple porte, sortie de nulle part, formant une barrière sur la voie qu’ils suivaient. Une porte cernée de brume, ne tenant à rien d’autre qu’au sol, apparemment. Mais ce n’était bien sûr qu’une apparence, car une fois que ses pas de géant l’eurent amené à proximité, il remarqua sans mal que la brume alentour se dressait comme un mur, et était fondamentalement impénétrable. Une main posée sur elle le lui confirma sans peine, et il jura dans sa barbe, alors que ses yeux pâles se posaient sur une inscription gravée dans le bois de la porte…. Une énigme.
Arrivée elle aussi à sa hauteur, l’orque crut bon de la lire tout haut, sans doute pour les demeurés qui ne connaissaient pas un traitre mot de la langue écrite. Comme Ybeild le paysan, très certainement. Encore que les capacités mentales de celui-ci ne seraient de toute façon d’aucune utilité dans la situation présente, puisqu’inexistantes. La garzok non plus n’aurait pas mérité la palme de l’esprit le plus brillant. Pourtant, souriante, ce fut la première à proposer une solution à l’énigme. Sous le regard hagard de toute la troupe, elle se dirigea vers la porte en vue de foncer dedans pour la traverser. Ne souhaitant visiblement pas être seule dans son entreprise ridicule, elle entraîna la voleuse avec elle.
L’Ogre, lui, se retint bien de les suivre avant d’avoir vu si ce plan fonctionnait. Et puis, il avait eu une toute autre idée, qu’il clama tout haut à qui voudrait bien l’entendre.
« Si rien de ce que nous pourrions faire n’ouvrira cette porte, la solution réside alors dans l’inaction. Il ne faut RIEN faire, et elle s’ouvrira d’elle-même. »
Ainsi, il croisa ses bras robustes sur son torse non moins chétif, totalement immobile, le regard posé sur la porte… Et tout de même sur Virina et Miha. On ne savait jamais.
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Gurth Von Lasch - l'Ogre de TulorimJe hais les testaments et je hais les tombeaux ; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde. (Baudelaire - Le mort joyeux)
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