La taille ne fait pas le courage !
Mon projectile ne pouvait pas s’illuminer dans le noir contrairement aux fils. Je ne pus donc voir son atterrissage, je pus tout au plus estimer l’endroit de l’impact par le petit bruit que le caillou fit en tombant sur la terre durcie.
Quelques secondes s’écoulèrent, puis une très légère vibration parcourut quelques fils de la toile. Il s’amplifia peu à peu jusqu’à ce que la toile tout entière tremble et renvoie son chatoiement sur les murs de terre. Je retins ma respiration, j’étais aux aguets, ma fronde toujours dans ma main gauche et une munition toute prête dans celle de droite. Le tremblement n’était pas anodin, elle n’annonçait rien de moins que l’arrivée du prédateur, l’artisan avant fabriqué cette immense toile aux fils si convoités : une immense araignée.
Et c’est à ce moment que je la vis. Elle se tenait là, à l’étroit dans l’entrée de l’un des deux tunnels que j’avais aperçus un peu plus tôt. Mais je ne pus la voir tout entière, seules ses deux longues pattes fines bordées de poils semblables à des branchages secs ainsi que son énorme tête étaient visibles. Je peinai à déglutir tellement j’étais impressionnée par cette multitude de petits yeux globuleux bleus ainsi que par ses appendices venimeux qui garnissaient son orifice buccal. Mais tout comme pour l’oracle, elle ne semblait pas normale, elle me paraissait étrange, pervertie, corrompue.
« La taille ne fait pas le courage ! » Me répétait ma grand-mère.
« Du haut de tes vingt centimètres, tu peux déployer plus de bravoure qu’un individu de plus de deux mètres… Le secret est ici ! » Terminait-elle tout en frappant doucement son poing fermé contre sa poitrine à l’emplacement du cœur. Mais en ce moment même, à plus de deux mètres sous le sol, sans la moindre partenaire pour me soutenir et dans cette obscurité oppressante, je n’aurais pas détesté être assez grande pour repousser l’araignée du bout du pied.
(Courage, je suis là ! ) Me souffla ma Conscience.
Malgré cette peur qui m’envahissait, je remerciai intérieurement cette petite partie de moi, cette partie consciente de mon cerveau qui me soutenait. L’araignée qui bloquait une des entrées n’avait rien à voir avec le minuscule arachnide que je laissais trottiner sur mon épaule depuis quelques jours. Elle était immense et aurait effrayé le plus gros orque.
Mais une étrange impression m’habitait, celle que cette bestiole à huit pattes était dotée de paroles. Tout en serrant fort mes poings et en me répétant les paroles de ma grand-mère, je pris une grande respiration et je m’adressai à mon adversaire:
«Serait-il possible de conclure un marché avec vous ? » Risquai-je d’une voix assez forte pour être bien entendue.
Ce fut une de mes plus grandes bêtises, due à ma trop grande imagination, à ma naïveté. La réaction du prédateur fut spontanée. Dénuée de la faculté de parler, il sortit de son trou et me fonça droit dessus, dévoilant ses six autres pattes tout aussi longues ainsi que son thorax et son abdomen qui laissait paraître sa tête miniature.
Stupéfaite, je bondis à ma droite et effectua une petite roulade pour échapper à son attaque. Je me recroquevillai ensuite sous ma cape espérant me camoufler. Je ne voulais pas l’attaquer ni la tuer. Certes, elle n’avait pas les mêmes scrupules, mais elle suivait son instinct et je m’étais aventurée dans ses quartiers. Je ne l’attaquerai qu’en dernier recours.
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((( Bénéficiant de la capacité raciale de faire des cabrioles, Guasina fit un bond de côté suivi d’une roulade. Puis s’emmitoufla dans sa cape contre la paroi rocheuse)