Gardienne des plaisirs 4eme partie
J’en étais à ma première utilisation de ce pendentif en tant qu’objet de communication, bien que je ne doutais pas son efficacité, j’observais attentivement le « bel oiseau » afin de discerner le moindre indice m’indiquant qu’elle avait bien reçu mon message. Cette dernière me regarda intensément avant de porter sa main sur son pendentif d’Uraj. Quelques secondes s’écoulèrent, mais elle ne répondit pas à ma missive orale et se retourna vers la séduisante gardienne des plaisirs. Puis sans tenir compte de mon conseil, elle lui dévoila l’origine du pendentif, et son pouvoir de téléportation, ainsi que des gens qui lui en avaient fait cadeau. Je retins mon souffle craignant qu’elle parle aussi du message télépathique qu’il permettait d’envoyer et du message que je venais de lui transmettre.
A mon grand soulagement, elle n’en fit rien… pour le moment. Elle avoua par contre avoir accompli une certaine tâche en tuant un dénommé Leodos. Cette information me surpris et me choqua à la fois. Ce qui me dérangeait dans ce propos, ce n’était pas que le meurtre en soi, mais aussi qu’elle en parle ainsi dans la conversation comme d’une action banale. Et en plus, devant des gens qui lui étaient étrangers, en l’occurrence, moi et Frouillot. Cette jeune assassine demanda qui serait le prochain souverain, et commenta que s’il s’agissait qu’un pro-élémentaire, elle imaginait que sa tâche était terminée.
(Il s’agit donc de politique, de concurrence entre les élémentaires et les autres…)Mais je n’avais reçu qu’une bride d’information, je ne connaissais pas tout le contexte, je me devais d’être prudente afin de ne pas faire des déductions trop hâtives qui risqueraient de s’avérer fausses ultérieurement.
Ce fut la maîtresse des lieux qui me sortit de ma réflexion, commentant avec surprise ma dernière déclaration. Elle n’avait jamais rencontré une araignée aussi immense que celle que je décrivis, mais elle dit me croire sur parole. Était-elle sincère ou voulait-elle seulement gagner ma confiance ? Il était trop tôt pour le savoir et je devais donc rester prudente en ne lui dévoilant que le strict nécessaire. Elle ne voyait pas d’objection à ce que j’enquête dans les quartiers pauvres et elle m’offrit même de me fournir Frouillot comme accompagnateur. Je fronçai légèrement les sourcils, puisque le principal intéressé n’avait pas été consulté. Ce dernier, qui n’avait pas la langue dans sa poche, lui fit part de son désaccord. Il fit remarquer à sa jolie vis-à-vis qu’il n’était pas son coursier. J’étais entièrement de son avis, et je commençais à trouver que cette dame agissait un peu comme une reine, ou encore pire, comme une régente qui tiraient sur les ficelles, à l’insu des habitants d’Illyria.
D’un ton mielleux et agréable à l’oreille, mais usant de paroles ne laissant aucune marge de manœuvre, elle lui répliqua qu’il était un alchimiste au chômage. Elle rajouta qu’elle était celle qui donnait des ordres dans ces lieux et qu’elle avait pris la décision qu’il m’accompagnerait. Choquée par ce comportement, j’ouvris la bouche pour protester, mais je vis à temps le regard de Frouillot à mon endroit et surtout le petit clin d’œil qu’il me servit. Je refermai donc ma bouche sans y laisser échapper le moindre mot. Pour sa part, il feint un mécontentement, et tout en grommelant, il accepta son ordre. J’attendis que la maîtresse des lieux porta son attention sur son bel oiseau assassin avant de rendre discrètement son clin d’œil à mon compagnon.
Comme je le craignais, cette dangereuse femme s’intéressait au pendentif, et malgré les menaces formulées par la jeune femme qui en était la porteuse, elle s’informa du fonctionnement du bijou et montra son intérêt pour en posséder plusieurs exemplaires. J’espérais que la jeune femme ferait preuve de plus de prudence cette fois et qu’elle ne donnerait pas d’informations supplémentaires. Pour ma part, puisqu’elle ne m’avait pas répondu, j’espérais qu’elle m’oublierait et qu’elle ne me dénoncerait pas.
Mais la trop jolie maîtresse des plaisirs semblait sur sa lancée et pas prête à lâcher le morceau, elle avait sûrement d’autres requêtes en tête, mais elle fut interrompu par l’arrivée fortuite d’une ravissante femme de plusieurs années mon aînée, mais sûrement plus jeune que ma mère. Son accoutrement trop voyant et mettant grandement en valeur certains de ses attributs ne laissaient planer aucun doute sur sa profession, elle œuvrait elle aussi dans le domaine du plaisir et ce depuis nombre d’années. Cette femme, qui semblait aussi servir d’informateur, s’approcha de la maitresse et lui chuchota à l’oreille. La gardienne, surprise, lui posa à son tour des questions. Mais puisque tout se passait à voix basse, je ne pus savoir de quoi elles conversaient jusqu’à ce que la prostituée repartit. La gardienne s’adressa alors à l’assassine de Leodos. Apparemment, le roi, avant son décès, était revenu sur sa décision et il avait choisi une quatrième prétendante au trône : sa fille légitime, une princesse dénommée Insilbêth. Jugeant que j’en avais assez entendu, je décidai qu’il était temps pour moi de quitter ces lieux.
Je regardai donc la gardienne et la salua avant de partir.
« Je vous remercie de votre accueil. Je vais donc me mettre immédiatement à enquêter dans ces lieux dont vous m’avez parlé. » Ce disant, je lui fis une petite révérence puis me tournai vers Frouillot.
« Je suis prête à partir, si vous n’en voyez pas d’inconvénients. »J’attendis donc que le vieil homme me présente sa main avant d’accepter son offre et de grimper sur son épaule afin de m’y asseoir.
Une fois en place, discrètement, et une fois tournée dos à la maitresse et face à la porte de sortie, je mis ma main sur mon pendant et je formulai un dernier message au bel oiseau.
(Si vous avez besoin de mon aide, vous pourrez faire appel à moi, puisque nous sommes apparemment dans le même camp. Par contre, je ne tuerai point si ce n’est pour défendre une vie.)Cela dit, c’est avec impatience de commencer mon enquête dans les milieux défavorisés que je quittai cette pièce et cette femme influente.
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-Message pour Leykhsa : Si vous avez besoin de mon aide, vous pourrez faire appel à moi, puisque nous sommes apparemment dans le même camp. Par contre, je ne tuerai point si ce n’est pour défendre une vie. )))