Les préparatifs du voyage
En homme réfléchi, Frouillot s’accorda du temps avant d’apporter une réponse à ma requête. Ainsi, il demeura silencieux tant que nous fumes dans l’habitation, pour poursuivre son mutisme quelques minutes encore pendant que nous marchions dans les misérables rues de ce quartier pauvre.
Par respect, j’attendis qu’il se manifeste. Ce qu’il fit en émettant un grognement qui me semblait devenu plus une habitude que l’expression de son mécontentement. Dans son langage familier, teinté d’un accent que je commençais à apprécier, il m’expliqua que ça faisait un petit bout de temps qu’il songeait à quitter cette ville pour prendre des vacances. Il rajouta que la gardienne du temps ne pourrait pas le lui refuser et qu’il avait donc prit la décision de m’accompagner. À ces mots, je ne pus retenir un sourire sincère, succédant à un soupir de soulagement. Sa compagnie me serait agréable, utile et sécuritaire. Il connaissait des gens là-bas qui pourraient nous donner un petit coup de main et satisfaire du coup sa curiosité naissante. Cependant, il ne pouvait partir ainsi sans un minimum de préparation. Ainsi, il devait faire un petit détour par sa maison. Pour ce qui était des coûts du passage en bateau, il me rassura en me disant que les Mâchefers étaient puissants et qu’ils paieraient les frais sans souci.
Je me laissai donc mener jusqu’à sa maison réfléchissant aux informations que j’avais glanées dans la maison regroupant les êtres transformés.
Une fois chez lui, Frouillot me déposa sur sa table de bois et m’expliqua qu’il devait se rendre chez Amaryllis afin de régler quelques menus détails avant notre départ.
Comme il l’avait souligné, un tel voyage en mer demandait un minimum de préparation. Ainsi, je profitai de son départ pour faire l’inventaire de mon sac. C’est donc avec l’idée en tête de lui demander dès son retour de faire un petit détour dans les commerces que je vidai le contenu de mon sac sur sa table de travail.
(Voyons voir ce que je peux laisser ici )
Je regardai d’abord les potions que j’avais en ma possession. Je décomptai quatre grandes potions de soin ce que je jugeai en nombre suffisant pour moi et Frouillot. Je vis ensuite la potion de changement de taille que je m’étais procuré lors de mon aventure dans le bagne maudit et je la mis de côté. Et pour ce qui est des fioles fournies par Frouillot, je considérais qu’elles pourraient me servir. Je regardai un petit moment mon sac de sel et décidai de le garder. À défaut de cailloux, le sel pouvait s’avérer une bonne munition pour ma fronde. Et puis, il me restait mon arc, l’épingle à cheveu, ma fronde, ma flute à bec, des bijoux que je tenais à conserver ainsi que des vêtements de rechange, dont l’un de la taille d’un nain. Tout compte fait, je ne me débarrassai d’aucun objet et je les rangeai dans mon sac, les jugeant tous utiles à leur façon. Par contre, cet exercice ne fut aussi inutile qu’il ne parut, puisqu’il me permit de voir ce qu’il me manquait pour faire ce voyage en mer.
Au bout de quelques heures, le vieil alchimiste revint en m’expliquant qu’il avait convaincu la gardienne et que nous pourrions partir dans un bateau nommé La Voile Glacée dès le lendemain au petit matin.
(La Voile Glacée ! ) Ce nom m’intriguait. J’avais hâte de savoir à quoi ou à qui ce nom correspondait.
Avant que je n’aie le temps de lui faire la demande, il me proposa de faire mes emplettes. J’hésitai un petit moment, me sentant un peu coupable de lui laisser faire mes achats, puis je me dis que ce serait probablement plus facile et rapide pour lui s’il y allait seul.
Ce fut donc en affichant un sourire reconnaissant que je lui fis part de mes besoins.
« Et bien pendant votre absence, j’ai fait l’inventaire de mes biens afin de voir ce j’aurais besoin. Tout d’abord, bien entendu, il nous faudra de l’eau potable et des aliments pour la durée de notre séjour. Des aliments séchés se conserveront plus longtemps. Mais je suppose que vous y avez déjà pensé… Donc, j’aimerais que vous me ramassiez une grosse poignée de petits cailloux, ce n’est pas en mer que je trouverai des munitions pour ma fronde, et je veux être préparé à toute éventualité. »
Je m’arrêtai quelques secondes le jaugeant du regard avant de poursuivre :
« Ma prochaine demande vous semblera plutôt singulière, mais j’y tiens assez. J’aimerais que vous me trouviez quelques petits contenants vides confectionné dans un matériau qui flotte sur l’eau. Le verre ne serait pas un bon choix, car il risque de se casser. J’aurais besoin aussi de quelques solides lacets de cuir. En fait, avec ces matériaux, j’aimerais me confectionner une sorte de ceinture flottante. Je ne sais pas beaucoup nager, enfin un peu, mais pas suffisamment pour tenir une longue période de temps si jamais il nous arrivait un pépin… mais si vous avez une idée plus brillante, je suis ouverte à vos suggestions. En fait, il me faut quelque chose qui flotte et qui idéalement me tiendrait hors de l’eau, tout en me permettant de nager. »Puis tout en pointant la petite bouteille que j’avais mise de côté, je rajoutai :
« À votre retour, j’aimerais que vous jetiez un petit coup d’œil au contenu de cette petite fiole. Il s’agit d’une potion que je me suis procurée lors de l’une de mes précédentes aventures et qui me permet de changer de taille. Malheureusement, à chaque fois, je ne sais pas si elle me fera grandir ou rapetisser. Et comme vous êtes un alchimiste de métier, vous accepterez peut-être de l’analyser afin de me dire ce qu’il en est ? »Frouillot repartit avec ma petite commande après m’avoir proposé de ne pas l’attendre pour m’installer dans le petit panier rempli de tissu qu’il avait préparé pour moi pendant ma convalescence.
Fatiguée de ma longue journée, j’acceptai son offre, m’installai dans mon petit lit et m’endormis aussitôt.
Frouillot arriva sûrement une heure ou deux plus tard, mais il choisit aimablement de ne pas interrompre mon sommeil. Ce fut donc à mon réveil le lendemain qu'il me montra les achats qu'il avait fait pour moi. Tout en m'étirant, je le vis sortir ses achats de son sac à provision. Il avait pris la nourriture nécessaire, puis il me présenta une belle poignée de petits cailloux telles que je lui avais demandé. Au lieu de me donner des contenants vides, il me présenta une jolie ceinture de noix qu'il avait fait confectionné par des gamins. En plus, de me permettre de flotter, ce flotteur fait main dégageait une agréable fragrance.
Ma seule et brève déception résida au fait qu'il ne pouvait deviner l'effet de ma potion de changement de taille. En fait, il ne semblait pas croire de l'existence d'une telle potion depuis le crépuscule des dieux.
Nos préparatifs enfin terminés, je grimpai une fois de plus sur son épaule, et nous nous rendîmes au port. Tout en marchant, je regardais à gauche et à droite, cherchant du regard mon choucas. À mon soulagement, je le vis rapidement qui nous suivait tout en gardant une distance et surtout une hauteur sécuritaire. Une fois à destination, nous embarquâmes dans un grand et solide navire à voile dont le nom était inscris sur le devant de sa coque, tout juste sous la figure de proue: La voile glacée. Une fois sur le quai, Frouillot me présenta au capitaine, un grand homme à la voix grave qui me salua brièvement, occupé à diriger ses hommes afin de lever l'ancre. Jetant un coup d'oeil en hauteur, j'aperçus le choucas perché... il serait donc du voyage à mon grand plaisir.
Frouillot me conduisit ensuite à la cabine que nous allions nous partager. À l'intérieur de celle-ci se trouvait un lit et une commode de taille humaine, puis une grosse caisse munie d'une porte et dans laquelle était aménagé un petit panier garni de tissu, un petit tabouret et une mini table. Ma visite terminée, je sortis de ma cabine et aussi celle de Frouillot afin de me rendre sur le quai. Je me trouvai un endroit un peu plus surélevé afin que je puisse observer la mer.
Les jours qui suivirent furent calme et se passèrent sans incident majeure. J'aimais bien me poster à la proue du navire afin de voir celui-ci fendre l'eau. Et chaque soir, j'observais le soleil se coucher sur la mer calme. J'aimais bien discuter avec le capitaine. Ce dernier me révéla qu'à mon premier voyage en mer, j'étais chanceuse de ne souffrir d'aucun maux. Il parait qu'à peu près le quart des gens sont pris de malaise durant tout leur séjour en mer.
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