L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Ven 5 Avr 2013 18:17 
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Je me suis enfoncée sans tarder dans la forêt. La rivière n’est plus lointaine. Heureusement, parce que ma jambe est affreusement douloureuse et j’ai besoin d’eau pour me soigner. Il ne faut pas que je traîne, sans quoi l’infection se propagera rapidement.

J’entends les clapotements de l’eau et bientôt, le lit calme de la rivière se dévoile à moi. Je m’assieds sur la rive ensoleillée, et, une fois mes pieds dénudés, je les immerge délicatement dans l’eau glacée. La tête légèrement rejetée en arrière, je profite de ce bref moment de répit. J’ai hérité de ma mère l’insensibilité aux variations de température, mais cela ne m’empêche pas de savourer la douceur d’un rayon de soleil sur ma peau dorée.

Après un petit soupir de contentement, je sors de ma poche la petite fiole contenant les fleurs de curchran. Elles sont magnifiques et je ne peux m’empêcher de les contempler avec admiration. Malheureusement, il va falloir que je les réduise en bouillie pour profiter de leurs bénéfices curatifs.

Issues de petits buissons aux feuilles jaunes, la fleur violette du curchran permet de soigner les plaies causées par des armes tranchantes. Je sais par expérience qu’elle est également efficace contre les morsures comme celle que je viens de subir.

Armée d’une pierre faisant la taille de la paume de ma main, j’écrase délicatement les fleurs contre un grand galet bien plat. J’y ajoute quelques gouttes d’eau pour constituer un mélange homogène. Le parfum qui se dégage des fleurs n’est pas désagréable, un peu sucré selon moi.

Avant d’apposer les fleurs, je prends soin de laver la plaie. Du sans séché colle sur mon mollet et la coagulation m’empêche de constater l’ampleur de la blessure. Finalement, je ne m’inquiète pas tellement : la morsure n’est pas si profonde. Minutieusement, j’y applique tout de même une épaisse couche de bouille florale, que je maintiens en place quelques instants. L’effet est immédiat, la douleur se dissipe rapidement. Le sang, lui, continue de couler en fines gouttelettes.

Ma mère me parlait souvent d’une autre plante présente dans cette forêt qui favorise et accélère la cicatrisation. Il faudrait que je la trouve. Je ne me souviens plus exactement de son nom. La snaria je pense, sans certitude. Par contre, je sais pertinemment à quoi elle ressemble. C’est un petit arbre dont les feuilles sont aussi pourpres que les fleurs. Je pourrais la reconnaitre très aisément.

Ma jambe se portant mieux, mais la plaie ne se cicatrisant pas, je me lève, prête à me mettre en quête de ce que je pense être la snaria. La plante se trouve facilement, en basse altitude. Il ne devrait pas y en avoir bien loin…

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Ven 5 Avr 2013 22:25 
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Je marche depuis un long moment déjà. Le soleil est passé derrière la forêt, irisant d’or et d’argent les plus hautes ramures. La nuit ne tardera pas à tomber. Et je suis perdue.

J’ai été complètement idiote, oubliant les règles fondamentales d’une progression en forêt. Combien de fois mes parents ne m’ont-ils pas répété de ne jamais m’enfoncer en regardant uniquement le sol ? Des dizaines de fois ! C’est pourtant ce que j’ai fait aujourd’hui, trop prise par la recherche de la plante qui guérira définitivement ma morsure de rat.

Je n’ai pas analysé le paysage lorsque j’avançais. Et maintenant, je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où je me trouve. Je rage contre moi-même ! J’ai été aussi stupide et naïve qu’une fillette de 25 ans. Je ferais honte à ma famille…

La nuit tombe bien plus vite que ce que j’avais pensé. Heureusement que ma vue est affutée dans la pénombre, parce que seule une pâle lune éclaire la forêt dense. Néanmoins, si en territoire connu je peux me déplacer sans aucune difficulté, je ne connais pas la terre que mes pieds foulent, ni les mille pièges dont elle regorge. Racines, trous, déclivités et j’en passe. Je me vois dans l’obligation de m’arrêter pour la nuit.

(J’ai déjà une morsure de rat, je ne voudrais pas en plus avoir un bras cassé ou une côte fêlée !)

Sur ma droite, je perçois un battement d’ailes lointain et caverneux. Une chauve-souris certainement. En plissant les yeux, je distingue vaguement une grotte. Elle sera parfaite pour passer la nuit. J’escalade quelques rochers pour y parvenir. J’aurais aimé avoir une torche pour connaître la profondeur de ce trou creusé dans la roche. Mais je n’ai pas envie d’effectuer le nécessaire pour avoir du feu. L’air est tiède et la nuit calme, je n’ai ni besoin de chaleur, ni de lumière. D’autres mammifères volants sont certainement dans le fond de la grotte, mais je ne tiens pas à les déranger.

D’un arbre surplombant la caverne, je parviens à arracher quelques longues feuilles qui me serviront de couche. Il vaut mieux que je dorme bien. La journée de demain sera rude, parce qu’en plus d’être perdue, je n’ai toujours pas trouvé de snaria, et ma plaie ne se soigne pas aussi vite que prévu. En plus, ce serait sympa que je me réentraine un peu à ce tir multiple que j’ai testé ce matin. Je ne le maitrise pas encore totalement et il pourrait m’être fort utile à l’avenir…

Je dors mal. Les allers-retours incessants des chauves-souris en chasse me réveillent sans cesse. J’attends l’aube avec impatience pour pouvoir me remettre en route. J’ai hâte de rentrer chez moi.

C’est donc aux premières lueurs du soleil que je sors de mon nid plus qu’inconfortable. J’ai des courbatures partout, la pierre n’est franchement pas confortable pour dormir, même avec quelques feuilles pour l’amortir.

À l’entrée de la grotte, je m’étire. Un peu surélevée, j’ai une vue assez jolie sur la forêt. Soudain, mon regard s’arrête. Là ! J’en vois une ! Aucun doute, un peu plus bas, j’aperçois une snaria. J’en suis certaine. Plaine de vigueur, je descends prudemment les rochers escaladés la veille. Je dois effectuer quelques pas vers l’est et… les voilà enfin ! Ma jambe est nettement moins douloureuse que la veille. Mais par précaution, je préfère appliquer la feuille pourpre sur la morsure. Je connais bien cette plante, ma mère me l’appliquait souvent lorsque j’étais gamine pour soigner les écorchures. Le côté rugueux de la feuille aide à la cicatrisation, tandis qu’il faut prendre garde au côté doux qui, lui, ralentit la reformation de la peau.

Normalement, d’ici demain, la morsure devrait avoir totalement disparu. Avec de longues et fines feuilles d’arbre, je crée un petit bandage qui enserre mon mollet, permettant aux feuilles de snaria de rester en place contre la blessure.

(Bonne chose de faite. Il ne me reste plus qu’à retrouver mon chemin.)

Je lève les yeux au ciel à cette pensée. Comme si ça allait être facile et immédiat. La seule chose que j’espère, c’est de m’être perdue du côté d’Eniod, et non du côté sombre de la forêt. Je ne sais pas dans quelle mesure ces propos sont véridiques ou non, mais mon père me répétait sans cesse de ne jamais aller vers l’ouest, vers Khonfas. Il disait que ces êtres maléfiques, avec tout le respect qu’il avait pour ma mère, semaient dans la forêt des créatures étranges, immondes et cruelles, dans le simple but de gagner du terrain sur les humains d’Eniod. Et franchement, je ne voudrais pas tomber sur l’une d’elle si tel est réellement le cas !

J’ai l’impression de tourner en rond depuis de lustres. Moi qui connaissais si bien la partie de forêt dans laquelle j’ai habité, et celle où j’ai construit mon abri, je suis totalement dépourvue, découragée. Je suis harassée de fatigue, trébuchant bien plus que la normale. Je pense ne pas avoir le choix. Je vais devoir me construire un autre foyer. Jamais je ne retomberai sur le premier. De toute façon, je n’y avais rien de valeur… Et les hauts arbres de cette partie du bois me semblent parfaits pour y bâtir un logement.

Je profite donc de la demi-journée qu’il me reste pour construire une seconde cabane. Étant bien plus habituée à la grimpette que la première fois, je me hisse aisément au sommet des arbres, hauts de plus de cinquante mètres.

À l’aide de pierres aiguisées par l’érosion trouvées au bord de la rivière, je taille de grandes branches, maintenues entre elles par des feuilles filandreuses d’un arbre dont j’ignore le nom et les vertus.

Bientôt, je peux jouir d’un nid douillet, confortable et à la taille raisonnable. Non peu fière de moi, je m’allonge quelques instants sur ma couche, les bras repliés sous la tête, portée par le sifflement entêtant du vent dans les branches.

(Allez, on s’bouge encore un peu ! Pas d’arbre à fruit dans le coin, tu dois chasser si tu ne veux pas dormir le ventre vide ! Fallait pas faire la goinfre hier soir en engloutissant toutes tes réserves de viande.)

Forte de cette nouvelle habitation qui me contente parfaitement, je me hisse sur les pieds, constatant que la morsure de rat est déjà de l’histoire ancienne, bien que la snaria n’ait été appliquée que le matin même.

Armée de mon arc, j’effectue quelques sauts gracieux et me trouve les pieds au sol, la mollesse du terreau formé par les feuilles mortes en décomposition amortissant agréablement ma chute. La chasse est l’occasion rêvée d’améliorer mon tir multiple.

Une petite heure plus tard, je reviens au foyer, tenant par la queue deux bouloums dodus. Je ne les ai pas percés dès la première tentative. Après mon repas, je m’entrainerai contre des souches et troncs d’arbre. Décidément, ma vigueur semble inébranlable aujourd’hui. Au moins, je m’assure une bonne nuit, contrairement à la précédente !

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Mer 17 Avr 2013 23:54 
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Cela faisait deux ans que l'aldryde sauvage était revenue dans le droit chemin. Elle avait beaucoup de mal dans sa nouvelle vie. Ses sœurs étaient si volages, dans une sorte de folie du bonheur en continu. Tout était prétexte aux jeux, musique et chant, à chaque moment, comme si cela devait être le dernier. Quant à Belwind, elle était toujours ou presque muette comme une tombe. Elle fuyait tout rapport avec ses sœurs, qui la poursuivait dans tous les couloirs de la ruche. Elles voulaient toutes savoir plein de chose sur cette sœur sauvage, qui avait vécu à l'extérieur presque toute sa vie. Notre héroïne ne voulait certainement pas parler d'elle, mais elle était poursuivie depuis des semaines. C'était devenu le sujet de plaisanterie, qui allait avoir une information sur elle. Le concourt était lancée, la chasse également.

"Allez dit nous ! D'où vient ton tatouage ! ce n'est pas un secret ça !"

"Dis nous comment c'est dehors ! tu as été plus loin que nous toutes réunie !"

"Et puis tu connais bien la nature ! Presque mieux que nos professeurs ! Allez ! Raconte !"

Belwind s'arrêta dans sa marche rapide dans les couloirs avec un soupir profond. Elle se retourna avec un regard plissé de ses yeux vers ses sœurs. Elle espérait se faire détester, les faire fuir, elle voulait être seule. L'aldryde sauvage ne souhaitait la compagnie de personne de cet endroit, à part peut-être de ses parents. Ce genre de chose fonctionnait au début, mais ses sœurs avaient rapidement appris qu'elles ne craignaient pas grand-chose d'elle. Belwind suivait les préceptes de Yuimen, l'un disait de ne pas tuer sans raison. Quelque chose fonctionnait encore parfaitement cependant, pour combien de temps par contre, rien n'était moins certain. Elle se concentra alors un bref instant en levant sa main paume ouverte. L'aldryde sauvage sortie 3 petits cailloux d'un petit sac afin de leur montrer. Puis, comme un exercice de magie de base, elle les fit tournoyer dans sa main de plus en plus rapidement. Ses sœurs s'enfuyèrent alors toutes rapidement dans des éclats de rire. Cela aussi, c'était devenu un jeu.

Belwind soupira longuement, mais elle était enfin seule. son stratagème n'avait pas fonctionné comme elle avait espéré, mais peu lui importait. Elle s'envola tout en haut de la souche, qui leur servait de maison afin de s'asseoir. Elle voulait s'isoler. L'adolescente était plutôt surveillée par les gardes, on se méfiait d'elle. Elle n'avait pas eu une enfance normale, voilà pourquoi elle était si étrange, anormale. Elle entendit des battements d'ailes se rapprocher dangereusement. Son isolement avait été vraiment de courte durée. Elle était encore poursuivie par une de ses sœurs légèrement plus jeune qu'elle. Saya, une toute timide petite blonde, assez mignonne et introvertie se présentait à elle. Elle l'avait connue dès son arrivée. C'était grâce à cette petite aldryde, que Belwind avait connu ses premières relations sociale en dehors du cercle familial. Pour elle, il était tout à fait normal qu'un père et une mère vivaient ensemble avec leur enfant. Ici tout était différent, il n'y avait jamais de parents, seulement des guides et des professeurs. On ne voyait jamais aucun mâle adulte ou presque. Peut-être que ce mur de silence qu'offrait à tout le monde Belwind avait rassuré Saya, lui offrant la possibilité de s'exprimer comme elle le voulait. Depuis que la sauvage aldryde la connaît, Saya avait toujours été timide, mais beaucoup plus à mordre la vie à pleine dent que Belwind. À son arrivée dans la ruche, Belwind avait rejeté tout le monde en bloque. Son univers s'était effondré, elle avait soudainement perdu tous ses repères, toutes ses règles de vie qui s'étaient établies avec le temps. Elle se retrouvait dans un monde qu'elle ne comprenait pas. Un monde qu'elle ne voulait pas, et jamais elle ne devrait l'apprécier. C'était ainsi que l'adolescente, c'était muré dans le silence le plus complet. Personne ne savait trop comment, mais à force de patience Saya avait réussit à amadouer cet animal sauvage qui montrait ses crocs.

Sa sœur vola à sa hauteur sans oser se poser à côté d'elle. C'était presque une des seules avec qui Belwind parlait, mais ce n'était guère le bon jour, si tant soit peu il pouvait en avoir un. L'aldryde sauvage croisa ses bras contre sa poitrine. Puis lui adressa la parole avant même que sa sœur n'ouvre la bouche. Sa voix était ferme, directe sans ambiguïté, d'un volume plutôt bas.

"Qu'est-ce que tu veux ?"


"Bonjour Saya, comment vas-tu ? Quelle belle journée aujourd'hui n'est-ce pas ? Ca me fait plaisir de te voir ! Veux-tu parler un peu avec moi ? On a plein de choses à se dire !

Répondit alors très ironiquement la petite qui osait lui parler comme cela en privé seulement. Belwind haussa le regard d'un air blasé. Elle fit signe qu'elle allait partir si c'était cela. Saya montra alors patte blanche immédiatement en ouvrant ses deux mains paumes ouvertes vers la sauvage. Elle changea de ton cependant, afin de faire mea-culpa.


"Très bien pardon ... je m'excuse ... j'ai été beaucoup trop loin. Mais il faut dire que comme tu n'es pas très causante, il faut bien que je fasse la conversation pour deux ! "

Belwind se décida à rester alors en lâchant un autre soupire. Elle lui fit signe alors de poursuivre sur cette voie en s'allongeant contre le bois de la ruche.

"Tu n'as qu'à faire ça alors, continue, tu te débrouilles très bien."

Affichant un large sourire, elle savait que Saya détesterait cette réaction. Elle ne savait pas pourquoi sa soeur la suivait tout le temps, malgré les traitements qu'elle pouvait lui faire subir. L'aldryde sauvage était dure, lui parlait sans concession, ne lui épargnait jamais rien. Dans la nature, il n'y avait pas de pitié, pas de seconde chance et certainement pas d'excuse. Saya savait qu'il était inutile de lui faire reproche de sa façon de discuter. C'était déjà un gros progrès qu'elle lui parlait aussi ouvertement, si on pouvait dire.

[color= #FF40FF]"Ton géniteur et ta mère ont vraiment vécu ensemble toutes ces années comme ça ? Avec toi hors d'une couveuse en plus ? Tu ne trouves pas ça bizarre un peu ? "[/color]

"Je n'ai pas envie de parler de ça, et je n'ai pas envie de parler tout court."

"Il faudra bien un jour que tu parles de tout ce qui c'est passé ! Tout le monde se pose des questions tu sais ? On se demande même si ton père t'a pas fait des trucs étranges. On me questionne même moi ! Et des adultes hein ! Mais même, je ne sais rien du tout sur toi à part ton nom."

Pour toute réaction Belwind tourna son visage vers l'autre direction. elle ferma les yeux en soupirant. Elle appréciait simplement le soleil sur son visage, qui passait à travers les ramures des arbres. Saya remarqua aisément la réaction de son amie, car oui malgré tout cela, elle considérait cette sœur sauvage comme son amie. Elle poursuivit alors la conversation en solitaire, ne perdant pas espoir bien au contraire.

"Elles sauront un jour ou l'autre. Alors autant que ça soit toi qui leur dit tout. Et puis comme ça, elles te ficheront la paix aussi. La plupart ne font que ça pour t'embêter ! Et toi tu marches dans leur jeu ! "

Belwind rouvrit un œil en regardant Saya comme si elle venait d'apprendre quelque chose. Puis elle tourna le dos complètement à sa sœur. Elle lui répondit comme si sa gorge lui faisait souffrir le martyre à chaque mot.

"Je me fiche bien complètement de comment les gens peuvent me voir. "

Saya fut attristé de la réaction. Au moins, elle avait parlé mais quand même. Elle se rapprocha en posant ses mains sur ses épaules, afin de lui répondre. Mais la réaction de Belwind fut immédiate, comme un instinct. Elle fit un mouvement rapide pour se dégager. Elle ne supportait pas que l'on la touche, c'était maladif. Saya avait déjà omit ce détail. Elle montra à nouveau ses mains pour la rassurer en s'éloignant. Elle reprit tout de même la parole sur un ton plus léger et sans aucun reproche.

"C'est important que tu dis tout ce que tu as sur le cœur. Je suis certaine qu'elles comprendront ce que tu as vécue. Et puis on a eu des histoires contées bien pires que la tienne ! Et moi je veux tout savoir de toi ! Allez quoi .... ça te coûte pas grand chose."

La sauvage aldryde réfléchit longuement. Elle restait allonger contre le tronc sous les regards des gardes qui la surveillaient. Elle soupira longuement et hocha la tête. Elle savait bien qu'un jour, elle devrait tout raconter. Belwind avait pris sa décision, Saya avait raison.

"Très bien, je dirais tout demain après midi. Préviens tout le monde du spectacle, je sais que tu en meurs d'envie ! Maintenant laisse-moi tranquille ..."

Une abeille dans le baim

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Dernière édition par belwind le Jeu 18 Avr 2013 18:41, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Jeu 18 Avr 2013 18:39 
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Le début d'une grande aventure

Belwind avait envoyé paître un peu durement Saya, alors qu’elle avait été gentille avec elle. L’aldryde sauvage se leva après un court moment à profiter du soleil, elle n’était pas du genre à rester oisive. Elle lança un regard biaiseux aux gardes qui la surveillaient de manières peu subtiles. Elles ne firent aucune réaction particulière. D'ailleurs, Belwind ne fit plus attention à eux, mais elle savait qu'elles allaient la suivre jusqu'au bout de la forêt s'il le fallait. L'aldryde sauvage s'en fichait pas mal d'avoir des paires d'yeux qui restaient dans son dos en permanence. Elle avait décidé d'aller se baigner dans une rivière proche, la nature était le meilleur endroit pour cela. Elle connaissait cette partie de la forêt par cœur, elle trouva facilement. Belwind commença à se déshabiller pour aller se laver. Elle se savait regardée, mais elle n'était pas pudique pour un sou. Elle était nue, et elle n'avait rien de son corps à cacher. Si elle portait quelques vêtements, c'était pour le côté pratique de la chose, plus que pour maintenir une chaleur corporelle. Dans cette forêt, il faisait plutôt chaud tout le printemps et l'été sans problème. Elle se pencha afin de prendre de l'eau dans ses mains, puis s'aspergea sans hésitation. L'eau était froide, elle courait entre des rochers recouverts de mousse. La vie était présente partout dans cette forêt, quoiqu'elle était sur le territoire de shaakts sans scrupules.

Un bruit puissant d'ailes se rapprochait dans sa direction. Belwind eut à peine le temps de lever son visage, qu'elle essayait de nettoyer, qu'une abeille folle furieuse de la moitié de sa taille fonça droit sur elle. La gardienne de la forêt autoproclamée eut à peine le temps de pousser sur ses jambes et de battre un peu des ailes pour l'esquiver. Quelque chose n'allait pas, les abeilles n'étaient pas autant en furie pour rien. Elle tenta de la calmer, mais elle ne semblait pas vouloir rien n'entendre. il était certain que cette abeille tenterait d'attaquer tout ce qui vivait en face d'elle. C'était un monstre terrifiant pour elle, très rapide, une bonne combattante, et volant comme elle. Belwind savait que ces insectes communiquaient par signe, mais elle ne les connaissait pas. Elle tenta de l'apaiser, mais rien n'y faisait. L'abeille lui fonça dessus à nouveau en sortant son dard battant des ailes à tout rompre. L'aldryde sauvage n'était pas une combattante physique hors pair. Elle connaissait la magie, mais cela n'aurait que pour seul résultat de l'énerver encore davantage. Tout ce qu'elle put faire, c'était de se laisser tomber à terre afin d'esquiver cette nouvelle attaque, qui frôla de très peu sa cuisse droite. Elle retomba un peu lourdement contre le sol, la tête lui tourna légèrement. Elle ne pourrait pas continuer ce jeu la très longtemps, à ce rythme, elle pourrait bien y perdre la vie. Elle gardait son calme, essayant toujours en vain de calmer l'insecte en furie. Belwind entendit les battements d'ailes des gardes qui la surveillaient. Elles avaient des armures faites en carapace d'insectes, et des lances puissantes taillées dans les arbres aux bois les plus durs. La garde de la ruche était tout à fait capable d'abattre un adversaire comme celui-là. tout de fois, Belwind ne voulait pas cela. Elle ne voulait pas la mort de l'insecte, sinon elle aurait usé de sa magie. Elle aurait eu tout le temps de partir le temps qu'elle s'en dépêtre.

L'insecte, légèrement fatigué par tous ses efforts, n'était certainement pas encore calmé. La garde était encore trop loin pour intervenir. La jeune aldryde était encore à moitié au sol, et ne pouvait plus guère se défendre de manière correcte. L'abeille fonça droit sur elle avec son dard en avant. Ce monstre était bien au-dessus d'elle. Belwind eut à peine le temps de se relever un peu et reçut le coup de plein fouet. Elle poussa un cri de douleur, qui la fit trembler de tout son corps. Le dard avait transpercé son bras droit de part en part en diagonal vers le bas. Par chance, le venin lâché par réflexe gicla dans le vide dans la rivière. Du sang s'écoula contre le dard et le long de son bras, elle commençait à pâlir. Grâce à l'adrénaline relâchée dans son corps, Belwind put attraper l'abeille comme elle pouvait, et lui parla d'une voix toujours calme malgré la douleur.

"Calme toi maintenant .... tout va bien .... le danger est passé ... "

L'abeille semblait revenir à elle. Elle venait de se rendre compte de ce qu'elle venait de faire sous l'emprise de la colère. Elle venait de blesser quelqu'un, qui semblait de plus en plus faible. Elle retira le dard rapidement, mais le mal était déjà fait. Belwind chancela, en répétant que tout allait bien. Elle pressa sa main contre un côté de la blessure. Elle ne voyait plus très clair maintenant. Elle sentait son corps devenir froid. Elle allait tomber en arrière, lorsque la garde aldryde vint la soutenir au dernier moment. Les deux autres s'apprêtaient à frapper ce monstre des lances. En bonne gardienne de la forêt, et fidèle de yuimen, elle ne pouvait tolérer cela. Elle tendit son bras dans le vague en direction de l'insecte et des deux gardes. Elle parla d'une voix faible et tremblante.

"Non ! Ne la tuez pas ! Tout va bien maintenant .... tout va bien ... "

Puis sans se rendre compte, Belwind sombra dans le sommeil d'épuisement. Elle avait perdu pas mal de sang, et elle devait être soignée par ses sœurs de toute urgence.

Reveille douloureux

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Dernière édition par belwind le Dim 19 Mai 2013 20:43, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Lun 22 Avr 2013 08:59 
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Intervention GMnique pour Belwind :

Le réveil estlong. Long et douloureux. Dans tout ton corps tu as l'impression que des aiguilles ont été plantées. Tu mets plusieurs minutes à émerger de la brume qui envahit tu esprit. Tu as l'impression d'être lourde, de ne pas être dans ton propre corps.

Tu as du mal à rouvrir les yeux, mais lorsque ce sera fait, tu comprendras que tout n'était pas qu'impression. Tu es nue, les ailes repliées de force dans ton dos à l'aide d'une ceinture de cuir. Tu es assises sur une chaise en bois matelassée, plutôt confortable si ce n'est que tes bras son attachés par de gros anneaux métalliques reliés à une chaine unique fixée au plafond par un anneau.

Tes bras et tes jambes sont percés de dizaines de petites aiguilles. Si tu les touches, cela te piqueras de manière inconfortable, mais tu peux les enlever. Mais pour l'instant, tu ne peux les atteindre.

Ta blessure est recouverte d'un bandage propre et récent, et elle ne fait pas mal. Aucune autre trace n'est visible sur ton corps. Tu n'es ni salie, ni déshonorée. Tu as été lavée, et coiffée de manière sophistiquée. Tu ne peux pas le voir mais un léger maquillage rouge a été appliqué à tes paupières.

La pièce dans laquelle tu te trouves est carrée, éclairée par une lampe au plafond, et silencieuse. Deux portes sont visibles, une à ta droite, et une devant toi.

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Quatrinette pour les intimes, n'hésitez pas à poser des questions, je suis là pour y répondre ;)
Merci à Itsvara
Et surtout, bon jeu à tous !


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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Jeu 25 Avr 2013 19:56 
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Une abeille dans le baim

La tête lui tournait gravement, comme si un buffle l'avait piétinée après une charge. chancelant de droite à gauche, l'aldryde n'arrivait même pas à ouvrir les yeux. Ses muscules refusaient de lui obéir. Avait-elle été si blessé que cela ? Elle se rappela la scène. Belwind voulait simplement se laver un peu, avant de rejoindre la ruche. Un monstre de presque sa taille lui avait foncé dessus. C'était une abeille des plus classiques, sauf qu'elle était comme enragée. Elle n'avait jamais su d'ailleurs pourquoi elle se retrouvait dans cet état-là. Elle ne saurait sans doute jamais d'autre part. La sauvage avait voulu la calmer comme elle pouvait. En récompense, elle n'avait fait que recevoir un dard dans le bras. C'était plus une lance pour elle vu la taille. Puis plus rien, le noir complet pour la suite, elle ne se souvenait de rien d'autre.

Le réveille fut bien difficile, le corps de l'aldryde refusait de répondre aux ordres du cerveau. Belwind n'arrivait même pas à réfléchir correctement, tout s'embrouillait dans sa tête. Elle essaya de toucher son propre corps, mais ne bougea pas davantage. Au bout d'un moment, son corps lui donna une précieuse information. Elle était attachée, ses poignets semblaient quelque chose de légèrement froid. L'aldryde ne se sentait vraiment pas bien, était-ce l'effet du poison ? Elle avait été certaine qu'elle avait évité par chance la majorité du poison. Peut-être qu'une infime partie avait pénétré son corps finalement. Son corps était si lourd et maladroit, il ne répondait qu'après quelques longues minutes.

N'en pouvant plus, Belwind ne put que se rendormir sans même s'en rendre compte d'ailleurs. Elle était épuisée. La seule façon à son corps de s'en remettre, c'était de se regénérer en repos hors de la conscience. Il était impossible de savoir combien de temps il c'était passé. Une minute ? Une heure ? Un jour ? un mois peut-être ? Belwind se réveilla à nouveau, elle semblait aller un petit peu mieux. Elle sentait davantage son corps encore meurtri. Après quelques minutes, elle réussit à rouvrir les yeux avec une énorme difficulté. Au début, elle ne voyait que du blanc. Puis des formes apparurent devant elle, des lignes droites, des courbes, des angles. Et enfin de la couleur à ce dessin enfantin. Sa perception semblait être au ralenti avec un léger décalage d'à peine une seconde.

Belwind pencha la tête lentement vers l'avant basculant légèrement. Elle put ainsi se regarder. Elle s'aperçut alors qu'elle était absolument toute nue. Où étaient donc passés ses vêtements ? C'était étrange, qui avait pu la mettre nue dans une pièce ainsi ? Heureusement, la sauvage n'était pas très pudique, habituée à être dans la nature presque nue. Mais c'était par principe, elle était gênée que quelqu'un avait pu en profiter d'une quelconque façon. Elle s'imaginait déjà une perverse aldryde et la corrélation avec un insecte ordinaire. Elle secoua la tête vivement afin de chasser immédiatement ses mauvaises idées de son crâne.

Belwind sentit alors que ses ailes étaient bloquées par une ceinture de cuir, qui faisait aisément le tour de sa petite personne. Avec ses capacités limitées, l'adryde se demanda, l'espace d'un instant, pourquoi la ficeler comme cela ? Après tout, c'était peut-être mieux ainsi, au moins, elles n'étaient pas abîmées dans ses mouvements. Quand elle essayait de se remettre de cette rencontre, sans doute que Belwind avait beaucoup bougé. Elle avait sans doute été au bord de la mort ou pas loin. Pour une aldryde, ses ailes étaient son bien le plus précieux. C'était irremplaçable, très fragile et surtout sa seule chance de survie dans ce monde difficile. Ce peuple était petit, intelligent et aux faites de leurs possibilités.

Belwind s'aperçut alors qu'elle se trouvait sur une magnifique chaise en bois précieux et molletonné à sa taille. Comment un meuble de cette qualité avait bien pu se retrouver sous ses petites fesses menues. Où pouvait-elle bien être ? Elle ne pouvait être retenue contre son gré, ou alors dans une prison dorée. Ce siège était le signe d'une grande richesse, rien à voir avec des conditions difficiles de vie. Elle fit de petits mouvements, elle sentit à nouveau très bien les anneaux autour de ses poignets. Une chaîne remontait bien au-dessus afin d'être sûr qu'elle ne pouvait pas s'échapper. Elle releva son regard, elle entendit un léger cliquetis. l'aldryde sauvage ne voulait pas non plus attirer pour le moment trop l'attention sur elle. S'il était question de se libérer, c'était certain que cela allait mettre un temps infini. Il fallait déjà réussir soit à briser l'anneau au plafond soit glisser la chaîne en dehors. ensuite, il restait à se libérer les poignets. Puis à réussir à se lever pour s'enfuir, sans doute que tout ceci allait être délicat. quoi qu'il en soit, c'était beaucoup de préparation pour pas grand-chose, si on voulait l'avis de l'aldryde. Quel était donc le but de tout ceci ?

Qu'était-ce que toutes ses petites pressions sur sa peau délicate. Elle se demanda, l'espace d'un instant, si c'étaient des sortes de fourmillement suite à la piqûre. Elle se regarda avec davantage d'attention. Il y avait légèrement enfoncé des centaines de petites aiguilles sur tous ses bras et ses jambes nues. était-ce pour un remède ? Un teste à chaque fois si elle était encore vivante. Et la grande question, pourquoi seulement sur ses bras et ses jambes ? La seule chose qu'elle trouva, c'était que c'était le plus accessible. Cela piquait et tendait la peau, ce n'était pas bien agréable cette situation. Ce n'était pas très douloureux, mais surtout gênant.

Belwind continua à étudier ce qu'il l'entourait. Sa vision devenait plus normale et vive, certainement la jeunesse qui jouait son rôle. Pleine de vigueur, le destin lui réservait encore beaucoup de surprise. Elle avait été soignée avec une grande précaution et précision. Le but du jeu était à coup sûr de la garder en vie. Elle était donc précieuse pour les personnes qu'ils l'avaient mis ici. Le mobilier était riche et soigné, c'était vraiment un lieu étrange.

Belwind sentit alors qu'elle était toute propre, on avait bien pris soin d'elle dans tous les endroits. Elle ne voyait plus ses fidèles dreadlocks pendouiller au hasard au gré de ses mouvements. Elle eut un mouvement de panique, peut-être lui avait-on coupé les cheveux carrement ? quelque part, elle y tenait à cette coupe improbable. C'était sa marque de fabrique, son refus de la civilisation qu'elle n'appréciait guère. Était-elle seulement un sujet d'expérience ? Qui avait bien pu lui faire tout ceci ? Pourquoi aller si loin ? Il n'était même plus question de soins cette fois-ci. Elle n'était pas au bout de ses surpris assurements.

Belwind observa alors avec soin tout ce qui l'entourait. Elle était dans une pièce carrée et éclairée de manière artificiel. Il n'y avait pas l'air d'avoir de fenêtres dans cette pièce. Que cela pouvait-il bien être cet étrange endroit ? Il n'y avait aucun meuble excepté la chaise, et seulement deux pièces fermées. Pour le moment, elle n'entendait absolument rien.

Belwind essaya alors de se libérer. Elle se secoua un peu sur la chaise qui tapotait contre le sol légèrement. Elle se mordit une lèvre de peur de se faire prendre. Elle ne devait pas être attachée ainsi pour rien. Cependant, impossible de faire quoi que se soit, elle était encore beaucoup trop faible.

L'aldryde sauvage n'avait guère le choix de la méthode maintenant. Elle dut crier de toutes ses forces d'une voix enrouée et chevrotante, signe qu'elle n'avait pas dû parler depuis un moment. Elle venait avec une légère appréhension de donner l'information qu'elle était éveillée. Peut-être que c'était une mauvaise idée. Peut-être aurait-elle pu insister davantage pour se libérer. Pendant un moment, elle se demanda ce qui avait bien pu advenir de l'abeille ? l'aldryde sauvage espérait de tout son cœur qu'elle avait survécu. Si les choses tournaient mal ici, elle aurait sacrifié bien des choses pour pas grand-chose. Et ses sœurs gardes de la ruche ? espérons que rien ne leur soit arrivé non plus, sinon elle se sentirait à coup sûr coupable. Belwind ne savait pas du tout où elle se trouvait. Elle ne pouvait donc pas utiliser sa magie de la terre sans risquer quelque chose. Elle ne savait même pas si elle pourrait faire un sort vu comment elle était attachée.

Exploration, une nouvelle robe !

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Dernière édition par belwind le Lun 20 Mai 2013 10:18, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Dim 19 Mai 2013 16:05 
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Intervention Gmique pour Belwind :

Il ne se passe rien pendant plusieurs, puis soudain, la lampe s'éteignit, comme si quelqu'un avait éteint la mèche d'une bougie.

Puis, quelques secondes seulement après, une partie du mur à ta droite s'écroula, sans raison, et dans un bruit impressionnant.

Une fois la poussière retombée au sol, tu peux voir derrière le mur un couloir, avec plein de portes.

Et tes liens se défont d'eux même, comme par magie. Cependant, les aiguilles qui percent tes jambes s'enfoncent un peu plus.

Au bout du couloir, il y a une fontaine de laquelle coule une eau rougeoyante.

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Quatrinette pour les intimes, n'hésitez pas à poser des questions, je suis là pour y répondre ;)
Merci à Itsvara
Et surtout, bon jeu à tous !


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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Lun 20 Mai 2013 10:16 
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Reveille douloureux

Belwind soupira de ses efforts discrets afin de se libérer, qui se soldaient par un échec. Elle se laissait choir dans ses liens. Elle les regardait avec soin comme avec espoir qu'ils ne s'ouvrent tout seul. La sauvage commençait à se demander, si elle n'allait pas utiliser sa magie de la terre. Le problème était qu'elle ne savait pas du tout où elle se trouvait, cela pouvait être dangereux.
Tout d'un coup, elle se vit plonger dans le noir complet. Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour pouvoir être un chat, ainsi elle verrait ou plutôt sentirait dans la nuit. Était-ce un piège pensa directement avec un grand calme l'aldryde en fronçant les sourcils.
À peine eu le temps de comprendre ce qui se passait, qu'un grand bruit sourd fit son apparition. Une partie du mur de droit s'écroula sans raison. La bonne nouvelle, c'était qu'elle voyait quelque chose maintenant. Mais que se passait-il dans cet endroit irréel ? J'étais attachée nue, puis cela, quelle puissante magie était à l'œuvre.
Totalement perdue dans ses pensées, Belwind vit la chaîne se défaire lentement de l'anneau au plafond et tomber à terre. Puis ce fut le tour des fers à ses mains de s'ouvrir de la même façon, comme si une main invisible était en pleine office. Et enfin les liens de ses ailes se défaisaient libérant ainsi ses grandes et délicates ailes blanches. Elle était libre de ses mouvements, ivre de bonheur, elle sortit rapidement de siège de peur que cela ne se referma de nouveau sur elle.
L'instant d'après comme pour la remettre sur terre, toutes les aiguilles plantées dans ses jambes et ses bras s'enfoncèrent d'elles-mêmes.

" AAAAAAAAAAAAAAH ! "

Poussa alors un cri de douleur et de surprise Belwind, toute à son euphorie de sa nouvelle liberté. De petites gouttes de sang rougeoyantes apparurent à chaque aiguille. Elle resta alors prostrer dans une pseudo position fœtale, les bras croisés contre son ventre, tremblante. Elle se mordit une lèvre comme pour se retenir de pousser un nouveau cri de douleur. Qu'était-ce que ces aiguilles ? Quel intérêt de la faire souffrir comme cela ?
De rage et dans la nouvelle force naissante de sa douleur, elle retira une vingtaine d'aiguilles avant de trembler à nouveau de la souffrance. Un peu de sang perla, elle pressa sa main contre fortement. Elle était incapable de faire le moindre mouvement pour le moment. Ce n'était sûrement pas la bonne méthode, mais que pouvait-elle faire d'autre ? Il fallait absolument retirer ces aiguilles, et si elles continuaient à s'enfoncer ?!

Belwind se décida à explorer les alentours, avant de poursuivre à sa propre torture. Elle avait l'impression d'être une poupée vaudoue avec toutes ces aiguilles, quel était ce jeu ? Claudicante pendant quelques pas, elle avança tant bien que mal vers le trou dans le mur. Les briques avaient été arrachées nettement, sans qu'aucune ne soit brisée. Elle ne croyait guère que l'esprit de la forêt aiderait une jeune aldryde comme elle. Elle n'avait rien fait de spécial pour la forêt. Du moins, elle espérait faire tant plus pour la nature.
La sauvage avança dans le couloir, il y avait de multiples portes, elle en ouvrit une. Derrière, elle découvrit une chambre luxueuse de celle que l'on pouvait rêver dans les comptes les plus fous. Il y avait un lit à baldaquin recouvert de draps de soie, une petite coiffeuse charmante avec tout pour se refaire une beauté. Tout d'un coup, elle se vit avec cette coupe de cheveux parfaite et improbable pour elle.

"Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends rien à la situation ... "

ses dreadlocks lui manquaient déjà, elle aurait bien eu envie de se les refaire la maintenant tout de suite, mais cela prendrait beaucoup trop de temps. Elle ne pouvait pas traîner chaque moment comptait pour sa liberté. Si on avait pris soin de faire tout cela, ce n'était pas pour rien assurément. Elle fouilla rapidement la chambre afin de trouver de quoi se vêtir. Elle trouva seulement de belles robes ouvertes dans le dos afin de ne pas être gêné avec les ailes. Ce n'était pas tout à fait le style de Belwind de porter des choses si sophistiquées. Une robe dans une forêt ce n'était guère très utile de toute façon. Elle passa alors une belle robe blanche assez encombrante, qui s'attache toute seule derrière elle en faisant attention à ses ailes. À nouveau surprise l'aldryde eut peur pendant un moment de s'être mis de nouveaux liens magiques, sous forme d'une robe.
Elle sortit de la pièce puis ouvrit celle qui suivait. C'était une salle d'eau très cossue et agréable avec une baignoire, un petit meuble en bois avec encore des produits divers en flacon de verre. La sauvage chercha rapidement afin de trouver des bandages, elle en trouva et se décida à retirer un maximum d'aiguilles dans une bassine d'eau en face d'elle. Petit à petit l'eau rougeoyait à force qu'elle fît flotter à l'intérieur les aiguilles arrachées à son corps. Elle se banda les jambes partiellement libérées de cette torture. Ses cuisses lui brûlaient, c'était presque pire qu'avant, mais elle savait qu'après un peu de repos cela irait mieux.

Ce fut légèrement essoufflé, que Belwind quitta la salle d'eau, tremblante. Comme à bout de forces, elle se tenait au mur pour avancer. Ses jambes la tenaient à peine debout pour le moment, elle devait avancer encore et encore.
Elle ignora plusieurs portes, elle n'avait pas le cœur de savoir ce qui s'y trouverait derrière. L'aldryde arriva alors près d'une magnifique fontaine en pierre d'où s'écoulait de l'eau. Elle avait si soif, elle se pencha et en prit entre ses mains.

"haaaaa ! Mais quelle horreur ! "

Fit alors l'aldryde en lâchant le liquide entre ses petites mains. En effet, elle ne savait pas trop ce que c'était, cette eau avait la couleur du sang mais pas l'odeur. Quel était cet endroit à la fin ?
Il y avait une large porte après la fontaine, Belwind s'y dirigea lentement dans sa direction sans faire de bruit. Elle colla son oreille contre la porte, mais n'entendit que des bruits de liquides et d'autres totalement inconnus.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Dim 16 Juin 2013 21:03 
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Ce matin, je me questionne. Au-dessus de ma tête, alors que je suis encore allongée sur ma couche de feuilles et d’herbes, perchée au sommet d’un arbre au large tronc, j’entrevois les rayons du soleil, perçant joliment les ramures de mon arbre. Les bras repliés sous ma tête, j’essaye de me souvenir depuis combien de temps je vis ici. A en compter les saisons, je dirais que ça fait environ un an. Un an que je vis seule, recluse dans la forêt dense. Bien entendu, j’ai croisé quelques personnes durant cette longue période. Mais il faut dire ce qui est : je suis une solitaire. Un an aussi, que mes nuits se ponctuent régulièrement de souvenirs atroces, de cauchemars tirés tels quels de mon vécu. La mort de mes parents et ce Shaakt me hantent encore souvent…

J’ai vécu jusqu’ici comme une sauvage, loin de tous, et faisant de la nature luxuriante qui m’entoure, le sein qui me nourrit. Mes vêtements, que je me souviens avoir été cherché dans mon ancienne maison, ne sont plus que lambeaux. Le haut ne couvre plus que ma poitrine, tandis que mes braies se sont transformées en un pagne de piteux état. Je prends toujours soin, par contre, d’attacher l’une ou l’autre plume dans mes cheveux. J’admire les oiseaux et la liberté qu’ils ont de survoler le monde. J’aimerais avoir ce don…

Je soupire longuement. La forêt ne me convient plus. Si j’aime la solitude, je commence à rudement m’ennuyer ici. J’ai bien entendu déménagé ma cabane plusieurs fois, la reconstruisant toujours plus belle et plus solide. Mais il me manque le contact avec les êtres vivants. Autre que les animaux, bien entendu. Ceux-là, je suis bien trop tentée d’en faire mon dîner que pour m’attacher à eux.

Je soupire longuement, les yeux perdus dans la verdure de l’arbre qui me surplombe. L’idée de rejoindre la ville a germé dans mon esprit il y a déjà quelques jours. Et lorsqu’une idée apparaît, il est souvent bien complexe de s’en défaire, même si l’ont sait pertinemment qu’elle n’est pas forcément positive pour nous. Parce que c’est vrai, non ? Qu’irais-je faire, en ville ? Je n’ai jamais quitté cette forêt ! Je serai un vrai danger pour moi-même ! Ce n’est pas que l’inconnu me fasse peur, au contraire. Je pense être courageuse. Mais, si en allant là-bas, je reniais mes racines ? Si je devenais une autre personne ? Je dois à mes parents de rester celle qu’ils ont fait de moi ! En toutes circonstances, il faudra que je garde mes valeurs, mes origines, que jamais je n’oublie mon passé et ce qui m’a construit.

Un grognement sourd et profond me sort de mes pensées un peu nostalgiques. Je me demande toujours comment mon estomac est capable de produire de tels bruits ! Un gargouillement long et rauque qui n’est autre que le témoignage de ma faim.

(Allez, à table ma grande ! Tu vas pouvoir te régaler du lièvre chassé hier !)

Je me tourne vers le coin où j’entrepose la nourriture, salivant déjà à l’idée de manger de la viande tendre chassée et cuite la veille. Je soulève les quelques feuilles. Rien.

(Naaan ! Je déteste chasser le ventre vide !! )

Le lièvre a disparu. Un autre être de la forêt en a fait son repas. A en juger les indices laisses par la bête étourdie, il doit s’agir d’un quelconque volatile carnivore.

En quelques sauts, je me retrouve les pieds au sol, arc à la main, carquois à la cuisse. Un court laps de temps m’est nécessaire pour repérer un autre rongeur, que j’imagine déjà rôtissant sur le feu. Le lapin est plus petit que le lièvre de la veille, mais gras, pour son espèce.

(Mhhmmm… viens là mon petit…)

Cette année en forêt m’a enseigné silence et discrétion. À pas feutrés, je m’approche doucement, tandis qu’il mâchouille quelques fleurs de trèfle. Tapie derrière un buisson, je vise aisément la bête. Dans un petit bruit sec, ma flèche part, à toute vitesse… et se plante dans un tronc d’arbre, faisant retentir un « Aïe » lent pour la douleur vive qu’est censée engendrer une flèche.

Je me redresse rapidement, ne pouvait qu’être spectatrice de la fuite de mon repas, tandis que l’arbre se met à pivoter sur lui-même, lentement, déclenchant une multitude de sinistres craquements. D’accord, finalement, je ne suis peut-être pas si courageuse que ça. Je recule de quelques pas. Jamais encore je n’avais vu pareille créature. Mais, dans les souvenirs d’histoires que me racontait mon père, un nom me vient directement à l’esprit. Un Oudios.

(Vu sa taille, il doit être multi centenaire !)

C’est la première fois que j’en vois un. Jusque-là, je pensais que ces créatures relevaient plutôt d’histoires et légendes contées par mon père. Je ne peux décrocher mon regard de lui, ébahie par sa taille et sa prestance. L’arbre a presque terminé son demi-tour. Ses mouvements sont extrêmement lents et me laissent le temps de m’habituer à sa présence. Je reste néanmoins sur mes gardes, je ne sais pas de quoi un Oudios est capable.

De sa haute taille, il m’observe. Il semble vouloir dire quelque chose, mais les mots me donnent l’impression de mettre une éternité à sortir de sa bouche. J’en profite pour le dévisager, en restant persuadée que sa haute taille l’empêche de distinguer clairement la direction de mon regard. Ses écorces sont profondes, creusant le bois de sillons creux, telles les rides qui sillonnent la peau d’un vieillard. De larges branches sombres encadrent son visage. En l’observant, je me demande depuis combien de temps il est là. Ses déplacements ne passent pas inaperçus, il fait tout trembler autour de lui ! Et je n’ai pas bâti mon abri si loin de lui…

Perdue dans mes brèves pensées, je sursaute lorsque sa voix retentit enfin, aussi lente et molle et qu’une limace.

- « Deuuux… rennnn…cooontres… »

(Allez mon gros, accouche !)

Il parle si lentement qu’à mon sens, son rythme de déplacement doit être encore plus lent. Aucune crainte à avoir de lui, c’est certain !

- « …suuuur… une mêêêême…. Jouuuur… née ! »

(Tiens, il parle lentement, mais parvient à y mettre de l’intonation !)

- « Caaaa neee…. M’arriiiiive….pas…. Souuuu… vennnnt »

(Deux rencontres ? Sur une même journée ?)

Mon rythme cardiaque s’accélère. Du monde dans la forêt, je n'aime pas ça. J'ai toujours l'impression que je revivrai un jour cette mauvaise rencontre avec les Shaakts. Je sens qu’il veut encore parler donc je ne me permets pas de l’interrompre. Mais ma patience commence lentement à atteindre ses limites…

( Il y a quelqu’un d’autre dans le coin où il parle d’un écureuil qui a voulu établir son logement dans ses branches ? Cheveux ? Il faut vraiment je que m’informe sur l’anatomie des Oudios !)

Plus attentive à sa reprise de parole que précédemment, je perçois maintenant cette intense vibration qui jaillit du sol lorsqu’il émet quelques mots.

- « Maiiiiis… le Tauuuuuriooooonnn …. Seeeemmble… eeeeen moiiiiiins… boooon étaaaaaat…. Que…. Toiiii »


- Un Taurion ? En mauvais état ? Comment ça, en mauvais état ? Et où se trouve-t-il ?

Ma curiosité l’emporte sur ma patience qui n’est désormais plus qu’un lointain souvenir. À ma connaissance, les Taurions sont inoffensifs. Et si en plus celui-ci est en mauvais état… Sans attendre les réponses de l’Oudios, je pars à sa recherche, avide d’en apprendre plus sur cette étrange situation dans cette partie calme de la forêt. Mais il faut que je reste prudente. On ne sait jamais…

En grandes enjambées, j’avance dans la direction de laquelle venait le vieil arbre qui parle. Du moins est-ce le souvenir qu’il me laissera à jamais, même si je sais pertinemment que les Oudios sont bien plus que des arbres bavards. J’écarte de hautes feuilles, j’évite de lourdes branches, je sautille par-dessus des racines et bientôt, je perçois une odeur qui ne m’est pas familière. Celle du Taurion, certainement. Je trouve cela étrange, car les elfes verts vivent dans la forêt. Je ne devrais pas percevoir cette odeur de cuir, mêlée à celle de la sueur et une troisième que je ne parviens pas à identifier.

Je ralentis mon pas et me fais plus discrète. J’ai appris à le devenir, à être plus silencieuse qu’un félin qui progresse vers sa proie. Mon regard scrute la verdure qui m’entoure, je ne vois aucune trace de cet étranger et pourtant, je le sais proche de moi. J’ose à peine respirer, par crainte qu’il ne me repère et ne fonde sur moi. Courbée, j’avance lentement, sursautant à moitié à chaque fois que le vent fait bouger une feuille d’arbre. Tous mes sens sont à l’affut et la rivière qui coule à quelques dizaines de mètres perturbe mon ouïe.

Soudain, un gémissement. Un râle plutôt. Tellement proche que j’en suis surprise. Mes yeux se dirigent instantanément vers le sol. Derrière cette touffe de hautes herbes, je perçois une silhouette allongée sur le sol. Prudente, j’avance de quelques pas encore, apercevant enfin distinctement le Taurion. Il a les yeux fermés et ne m’a pas encore repérée.

Sans un mot, je l’observe. Après tout, il pourrait très bien se relever d’un bon et me courser. Mais après réflexion, cela semble impossible. Une longue flèche est plantée entre ses côtes basses, faisant naître une large tache rougeâtre circulaire. Il semble en mauvais état, tel que me l’avait dit l’Oudios.

Je pensais que les elfes verts vivaient en communion avec la nature, dénudés, ou presque. Ici, il est vêtu de jambières, de cuissardes, d’une ceinture et de vêtements solides, flairant le cuir à des dizaines de mètres à la ronde, tant ces habits ont été peu portés. Un Taurion en voyage, peut-être ?

Je n’ai pas le temps de poursuivre mes questionnements internes. Il a ouvert les yeux. Je n’avais pas prêté attention à son visage jusque-là. Un tatouage noir, en spirale, marque le côté de son œil droit. Ses longs cheveux châtains sont attachés en une queue de cheval tenue sur le haut de son crâne. Je sens de la peur et de l’étonnement dans son regard, ce qui me rend plus confiante par rapport à son éventuelle agressivité. Même si ma conscience me hurle de rester prudente, je sens qu’il a besoin d’aide et abandonne peu à peu mes barrières protectrices habituelles.

Un sourire s’empare de son visage lorsque j’effectue un pas de plus dans sa direction, ne nous séparant plus que de quelques centimètres. Ce sourire me raidit, me crispe. Est-ce un sourire de victoire ? À mon arrêt soudain, il émet quelques mots, d’une voix affaiblie, mais chaude et cuivrée. Tout en prononçant ces mots, une grimace défigure son visage fin et anguleux.

- « N’aie… crainte. »

(Décidément, je ne tombe que sur des mous de la prose aujourd’hui !)

Tout en accueillant ces mots de mes fines oreilles, mon regard tombe sur les dagues qu’il porte à la ceinture et… m’empêchent d’approcher davantage. Percevant ce regard douteux, le jeune homme, du moins sa physionomie le laissait-elle penser, les ôta de sa ceinture, d’un geste lent et douloureux, pour les lancer derrière lui, en signe de paix. Plus rien ne pouvait me faire hésiter, à présent.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Dim 16 Juin 2013 22:46 
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Avec toute la grâce dont je fais souvent preuve, je me baisse vers le Taurion. Nos regards se scrutent, se questionnent mutuellement. Les traits de son visage sont durs, très masculins. J’ai toujours déploré ces elfes aux allures de fillette.

Mon regard parcourt son corps affaibli et s’arrête sur la flèche. Délicatement, je pose une main sur son torse, comme si cela allait m’aider à mieux voir la blessure. L’inconnu laisse échapper un gémissement de douleur et j’enlève vivement ma main, par crainte de provoquer de nouvelles lancinations.

- « Qui vous a fait ça ? »

L’homme veut paraitre fort, certainement, et se redresse légèrement pour appuyer son dos à un arbre proche. Les grimaces qu’il produit trahissent son ressenti, mais je ne relève pas, attendant sa réponse avec une certaine avidité.

- « Votre peuple, d’après votre couleur de peau ! Des Shaakts ! »

Je perçois une certaine haine dans sa voix, tandis qu’un léger frisson me parcourt lorsque le mot Shaakt est prononcé. Le fait que l’inconnu pense que je fasse partie de cette vermine m’insulte ! Je me relève, le toisant de ma hauteur et lui crachant des mots au visage comme un serpent enverrait son venin:

- « Je ne suis PAS une Shaakt !! »


- « Désolée que vous le preniez si mal, mais votre peau n’est pas claire comme celle des autres elfes… »

Je m’adoucis. Il a raison. Dans un sens, je suis Shaakt. À moitié. Il ne pouvait pas savoir… je baisse la tête et émets un soupir discret à la prise de conscience de cette réalité. Mais présenter des excuses et m’avouer vaincue devant autrui n’est pas chose aisée pour moi. Aussi, je choisis le silence et reviens vers le jeune homme.

- « Il faut soigner votre blessure… Et ôter la flèche au plus vite. Sans quoi vous ne guérirez jamais. »

Directement, je pense à la fiole de fleurs de curchran que je possède et m’ont déjà soignée des morsures de rats. Elles sont également efficaces contre les blessures occasionnées par des armes. Je tourne la tête en direction de mon abri, me refaisant mentalement le chemin parcouru jusqu’ici pour en évaluer la distance. Ce n’est pas proche. Jamais l’elfe ne pourra se déplacer jusque-là. Sans un mot, je me lève, et me mets en route vers ma cabane. Derrière moi, j’entends le Taurion s’affoler, et hurler un « Reviens !! » alors que mon pas s’accélère. Je ne peux m’empêcher de sourire largement à cette petite panique que je provoque en lui.

Au pas de course, j’effectue le trajet, recroisant l’Oudios désormais endormi. Sans doute que toutes ses péripéties de la matinée l’ont fatigué. À y bien penser, elles m’ont perturbée aussi ! J’ai totalement oublié mon petit déjeuner. Ce sont de longs gargouillis de famine qui me le rappelle et je profite de mon passage dans ma maison de fortune pour croquer dans un fruit bien mûr. Il fera l’affaire pour l’instant, calmant l’alarme qui résonne dans mon estomac.

Lorsque le Taurion me voit à nouveau apparaitre, écartant les hautes herbes pour le rejoindre, je perçois distinctement son soulagement. Il s’empresse d’ailleurs de m’en faire part.

- « J’ai bien cru que vous alliez me laisser là ! »

(Tiens, tiens… Il ne semble plus avoir tant de difficultés à parler celui-là ! )

- « Vous vous portez mieux, on dirait… »


- « J’imagine que l’idée de me faire sauver par une demoiselle de la forêt a dû me redonner vigueur ».

(Pitié… Qu’il évite ses clichés idiots où je le laisse là à se faire bouffer par les vers !)

Je joue la carte de l’ignorance afin de lui faire comprendre que ses propos m’agacent.

- « Bien. Il va falloir s’occuper de cette flèche maintenant, vraiment. J’ai apporté des fleurs de curchran broyées pour soigner la plaie. Elles sont efficaces contre… »

- « … contre les blessures provoquées par les armes tranchantes. Je sais, merci. Je ne suis pas idiot, voyez-vous ! »

Son arrogance m’agace. Il oublie qu’il est en position de faiblesse ! Sur un ton faussement complice, accompagnant mes paroles d’un clin d’œil, je lui dis, avant de me relever :

- « D’accord. Si vous savez, je vous laisse vous débrouiller seul ! »


En signe de résignation, il lève les mains, paumes vers moi.

- « Bien, bien, je vous laisse faire comme bon vous semble ! Mais je vous rappelle quand même que je suis un Taurion, je vis dans la forêt ! Et j’en connais tous ses secrets ! »

Lui comme moi, savons que je ne partirai pas. Ces railleries font lentement naître une connivence. Je m’approche de sa plaie. La flèche est profondément enfoncée.

- « Bon, vous êtes prêt maintenant ? Ça va être douloureux… Mais ne faites pas la fillette ! N’oubliez pas que vous êtes un homme ! »

J’enjambe le corps de l’elfe, un pied placé de chaque côté de son bassin. J’empoigne la flèche à deux mains, et dans un hurlement déchirant poussé par le Tourion, arrache la flèche de son buste dans un geste vif et précis. Le sang se met à couler de plus belle.

Promptement, j’ouvre sa chemise et applique sur la plaie quelques feuilles de curchran. Je scrute ensuite les plantes autour de moi, à la recherche de larges feuilles qui pourront enserrer l’abdomen de l’elfe et maintenir les fleurs en place. L’elfe, dont j’ignore toujours le prénom, sait ce que je cherche en m’en indique du doigt. Je lui réalise un bandage, le serrant au maximum afin de stopper l’hémorragie.

L’elfe ne dit pas un mot. Il serre les dents pour ne pas crier sa douleur. Les fleurs de curchran sont efficaces, mais leur application n’est pas agréable.

Je le laisse quelques instants à son arbre pour me rendre à la rivière qui coule quelques mètres plus bas. Dans une large feuille, solide et courbée, je m’approvisionne d’un peu d’eau afin de nettoyer le sang séché sur le torse légèrement vert de l’elfe. Lorsque je reviens à lui, il est endormi. Ces épreuves matinales l’ont certainement épuisé. En prenant garde de ne pas le réveiller, je le lave délicatement, attendant ensuite qu’il revienne à lui et qu’il m’en dise plus sur sa présence de la forêt. Mais avant cela, je prends soin de m’emparer de ses dagues. On n’est jamais trop prudent.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Dim 23 Juin 2013 15:16 
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Ylias a encore des difficultés pour se déplacer et c’est clopin-clopant que nous arrivons à mon abri. Non sans quelques difficultés, nous nous hissons dans l’arbre.

- « Et voilà. Bienvenue chez moi ! Vu que tu t’invites ! »

(Mince! Voilà que je le tutoie! Il ne semble pas mal le prendre... )

J’ai cette mauvaise impression de ne rien pouvoir contrôler concernant cet intrus. Il s’est invité dans mon quotidien sans que je ne puisse réellement réagir. Pourtant, j’aime avoir le contrôle sur les choses, sur ce qui m’entoure. J’aime décider de ce qui m’arrivera, d’autant plus depuis cette horrible nuit. Et j’ai ce sentiment désagréable, avec Ylias, que c’est lui qui mène la barque, et que je ne peux rien faire d’autre que de suivre le courant. Bien sûr, je pourrais lui ordonner de quitter les lieux, de trouver logis ailleurs et de se soigner par ses propres moyens. Surtout que, soit dit en passant, sa blessure n’est pas si terrible que ça, finalement. Les fleurs de curchran semblent très efficaces. Mais quelque chose chez cet inconnu m’empêche d’agir comme à l’accoutumée. Je sens que cette rencontre modifiera mon avenir et que nous resterons liés.

Assises en tailleur, j’observe mon invité forcé, qui lui-même parcourt mon habitat du regard, confortablement installé sur un tas de feuilles.

- « Tu vis toute seule ici ? C’est toi qui as construit ça ? »

Je hoche poliment la tête, sans trop savoir ce qu’il pense de mon abri. Je sais que les elfes verts ont beaucoup d’expérience dans la cohabitation avec la nature et, sans doute trouve-t-il cette construction fort rudimentaire et insuffisamment intégrée aux éléments qui m’entourent, trop voyante.

- « C’est pas si mal… Pour une elfe comme toi ! »

Je daigne ignorer sa petite pique. Son heure de vérité approche et il ferait bien de se calmer un peu.

- « Bien. Maintenant que tu as finement observé les lieux, que tu es à l’abri et confortablement installé, dis-moi. Dis-moi ce qui t’as amené ici et où tu comptais te rendre initialement. »

Il n’a plus le choix, il doit parler. Et j’ai hâte d’écouter son récit. Sur ma peau nue par endroits, un petit vent frais me fait frissonner. Le temps change peu à peu et le beau soleil de la matinée laisse place à une météo plus agitée. Mon interlocuteur profite de cet instant jouissif où quelqu’un attend que vous parliez, suspendu à vos lèvres. Et c’est réellement comme ça que je suis. Les secondes qui s’écoulent avant que les mots ne quittent ses lèvres me semblent interminables. Je le vois chercher ses mots, comme s’il ne savait pas par quel morceau entamer son histoire.

- « D'accord. Comme je te l’ai dit, je me nomme Ylias. Je suis un Taurion, un elfe vert, et je viens de Cuilnen, sur le continent de Nirtim, au nord. »

(Ah bon ? Tu es un elfe vert ? Tiens, tiens, j’avais pas remarqué… )

Médisant sur ses propos, je l’écoute néanmoins attentivement.

- « Je suis issu d’une noble famille, pas réellement fortunée, mais qui possède un certain patrimoine, dont une splendide bibliothèque. J’ai passé d’innombrables heures à fouiller les écrits familiaux, à lire de vieux récits, à fouiner les bouquins. Je n’étais pas à la recherche de quelque chose, non. J’étais juste désireux d’en apprendre davantage sur mes ancêtres et sur l’histoire de mon peuple en général. Il n’y a pas si longtemps, je suis tombé par hasard sur un vieux livre, une sorte de grimoire, qui relatait l’histoire de l’arc aérien. »

Ylias est totalement plongé dans ce qu’il raconte. Moi-même, je perds peu à peu la notion du temps. Seul le vent, de plus en plus violent, me relie au moment présent. À l’évocation de l’arc aérien, je fronce les sourcils. Je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit. Il poursuit.

- « L’arc aérien est une arme extraordinaire. Imagine ! Un arc taillé dans un bois blanc, pur, aussi léger que l’air ! Et pourtant, il est aussi puissant qu’une tornade et ses flèches sont meurtrières ! On dit qu’il serait même capable de créer le vent ! »

Ylias doit parler plus fort, pour couvrir le bruit des branches qui craquent sous la puissance du vent qui souffle au-dessus de nous. Je voudrais me lever pour m’assurer de la solidité de ma cabane face à de telles rafales, mais me récit d’Ylias me subjugue. Je veux savoir la suite ! Je le questionne.

- « Et cet arc ? Tu l’as vu ? »

- « Malheureusement non. Et là est l’objectif de mon voyage. Je suis en quête de l’arc aérien, disparu depuis plusieurs générations. Pendant des centaines d’années, l’arc est passé de mains en mains parmi les plus grands guerriers Taurions. Tu imagines ? Mes ancêtres ont la chance de se battre avec un tel objet ! Mais mon peuple a perdu l’un de ses plus précieux biens lors d’une bataille contre les Garzoks, pour finalement être oublié et n’en trouver que quelques traces dans de vieux écrits. »


Le vent cesse peu à peu et un fin rayon de soleil parvient à percer la couche de nuages qui s’affine petit à petit. Le calme semble se rétablir.

- « Donc, tu cherches à retrouver cet arc ? Et tu as des pistes ? Pourquoi être venu dans cette forêt ? Et les Shaakts qui t’ont blessé, dans tout ça ? »

- « Le continent d’Imiftil est évoqué plusieurs fois dans les récits que j’ai trouvés au sujet de l’arc aérien. C’est pour cette raison que j’y suis venu. Je t’avoue cependant qu’actuellement, je suis un peu coincé, je ne sais plus trop où me diriger, où chercher. J’ai longtemps marché dans cette forêt où tu habites et je me suis perdu. C’est un comble, de se perdre dans une forêt lorsqu’on est Taurion, n’est-ce pas ? Mais ces vêtements de cuir que je porte perturbent mes sens. Je n’ai pas l’habitude de les avoir sur le dos, leur odeur interfère mon odorat et leur poids limite mes mouvements. J’ai tout de même bien fait de les porter : ils m’ont sauvé des flèches shaakts. Ils me sont tombés dessus par hasard, ce matin, alors que je m’approchais de la rivière pour m’abreuver et faire le point sur mon itinéraire. Ils en voulaient à mon argent. Ces lavettes étaient à trois contre moi ! Ils ne m’ont pas tués parce qu’un Oudios aussi inoffensif qu’une mouche les a effrayés. Bande de mauviettes ! Et puis tu es arrivée. Et j’espère réellement pouvoir compter sur ton aide pour me sortir de cette fichue forêt dans laquelle je tourne en rond depuis trois jours ! »

J’ai désormais réponse à tout ce que je désirais savoir. Son récit est palpitant, même si trouver l’arc aérien me semble totalement utopique. Je pourrais profiter de l’aide que je lui apporte pour tirer profit de sa présence masculine… Parce qu’évidemment, je peux le sortir de la forêt. Je commence à sacrément bien la connaître, vu le nombre d’heures passées à l’arpenter.

- « Tu voudrais donc que je t’aide à retrouver ton chemin en forêt. Je pourrais même faire mieux que cela, et te conduire à Piong, le maître magicien de l’air, qui ne vit pas si loin d’ici… »

Son regard s’illumine. Il semblerait prêt à faire n’importe quoi pour que je m’exécute. Parfait.

- « … À une condition. Que tu m’aides à venger ma famille des Shaakts. »

Avec un regard on ne peut plus interrogateur, Ylias attend que je lui en dise plus. À mon tour de lui conter mon histoire.

- « Je suis née d’une union méprisée. Ma mère était Shaakt et mon père humain. Nous avons toujours vécu dans cette forêt, dans une belle maison dissimulée sous terre, à l’abri des regards indiscrets. Nous menions une vie paisible… Jusqu’au jour où des Shaakts nous ont découverts. Ils ont attaqué en pleine nuit et ont assassiné mes parents. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de mon frère. Quant à moi… »

Les images des attouchements me reviennent très nettement à l’esprit. Le regard rouge su Shaakt également. Je ferme les yeux, ne supportant pas ces souvenirs.

- « … Je me suis échappée. Et j’ai refait ma vie comme une vagabonde. »

Il est hors de question que je parle à Ylias de ce que m’a fait l’ordure noire. Il n’a pas à savoir. Et de toute façon, je serais incapable de mettre des mots sur cet évènement. Il semble compatissant et empathique face à mon récit. Perdue dans mes souvenirs cauchemardesques, je sursaute lorsque sa main touche mon bras en signe de réconfort. Je l’enlève vivement, regrettant immédiatement ce geste brusque à son égard. Mais il semble comprendre.

- « Quand cela s’est-il passé ? »

J’ai fait le calcul ce matin même, je peux lui répondre aisément.

- « Un an. Plus ou moins. Enfin, je crois. J’ai un peu perdu la notion du temps, en vivant seule. »

Ylias semble considérer le poids de tout ce que je viens de lui déclarer. L’avoir à mes côtés pour venger mes parents serait un atout considérable. Il laisse passer quelques secondes, avant de me rendre sa décision.

- « Alors, c’est d’accord. Je t’aiderai contre les Shaakts. Mais cela me semble bien plus risqué qu’une petite sortie en forêt. C’est pourquoi je te propose de m’accompagner, tout au long de ma quête. Une fois que l’arc aérien sera en ma possession, nous nous occuperons de tes ennemis. »

Je souris. Je ne pouvais espérer mieux ! Me voilà désormais embarquée dans une aventure ! Moi qui, ce matin même, me lamentais de n’avoir un peu plus d’action dans mon quotidien.

- « Entendu ! »

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Mer 26 Juin 2013 17:17 
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Voilà cinq jours qu’Ylias a élu domicile chez moi. Chaque matin, je l’ai harcelé pour que nous partions en quête de l’arc aérien. Chaque matin, il m’a répondu qu’il était encore trop tôt, qu’il était préférable d’attendre que sa blessure guérisse complètement avant de se lancer dans cette folle aventure. Je n’en peux plus d’attendre ! Certes, sa compagnie m’occupe beaucoup et ce ne sont pas les choses à faire qui manquent : la chasse, la pêche, les réparations à la cabane depuis les fortes bourrasques de vent… Mais l’idée de partir à la découverte du monde me prend aux tripes, éveille dans mon ventre des petits papillons impossible à maintenir en place. J’ai tellement hâte !

Le soleil se lève sur le sixième jour. Je m’étire longuement, tandis qu’Ylias ronfle encore. Je le laisse dormir, profitant de cette absence pour me rendre à la rivière et faire une brève toilette. Un peu plus tard, lorsque, ramenant avec moi trois beaux poissons, je rejoins notre habitation, Ylias est éveillé, prêt, debout au pied de notre arbre. Il semble m’attendre.

- « Alor, t’es prête ? On y va ? »

- « Hey, fais pas comme si c’était moi qu’on attendait ! »


Je joue les renfrognées, mais intérieurement, je pousse un cri de joie, que mon large sourire trahit sans hésitation. Enfin ! À nous l’aventure, la vie, la vraie ! Promptement, je file chercher des affaires. J’attrape mon arc et mon carquois, j’enfile mes cuissardes de cuir souple, usées, mais tellement efficaces et, bien entendu, je noue à ma ceinture la besace créée il y a quelques jours, dans laquelle se trouve toujours ma fiole contenant les fleurs de curchran. Je n’en ai plus beaucoup, mais on ne sait jamais qu’elles nous servent.

Avant de descendre, je jette un regard circulaire dans la pièce afin de m’assurer de n’avoir rien oublié. Je ne sais pas pour combien de temps je pars, mais il est fort probable qu’à mon retour, la nature ait pris le dessus sur cet endroit que j’ai fait mien. Ylias m’appelle. Il faut que j’y aille… sans manquer une occasion de le taquiner un peu.

- « Cesse d’être impatient mon petit, je te rappelle que ça fait cinq jours que je t’attends ! »

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Mar 6 Aoû 2013 21:10 
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Les feuilles mortes, tombées des arbres multi centenaires qui peuplent cette immense forêt, crissent sous mes pas, me procurant une agréable sensation, un peu semblable que celle ressentie lorsqu’on piétine la neige immaculée. Je soupire d’envie. Ah, la neige ! Que j’aimerais m’y rouler, à cet instant précis ! Mon corps est collant, poussiéreux, sale, humide. J’ai chaud. Atrocement chaud. Manifestement, je ne suis pas la seule. Ylias, d’habitude bavard, n’a pratiquement pas décroché un mot de la matinée. La chaleur nous assomme et nous préférons économiser notre énergie à la marche plutôt qu’aux bavardages.

Durant tout le léger repas que nous venons de prendre, la bestiole livrée par Piong le maître magicien de l’air, n’a cessé de virevolter autour de nous. Ce sphinx m’agace. Je ne comprends absolument pas à quoi il peut bien nous servir… Heureusement, lui aussi semble touché par la lourdeur de l’atmosphère. Il s’est plongé dans le petit sac que porte Ylias, contenant une bourache d’eau fraiche, source certaine de rafraichissement pour l’insecte.

Cela fait trois jours que nous marchons. Je connais la zone approximative dans laquelle se trouve l’arbre creux, mais j’ignore sa position exacte. Je sais cet endroit dangereux, peuplé de bêtes plus ignobles les unes que les autres. Je me suis toujours bien gardée de m’y rendre… D’un revers de bras, j’essuie la sueur qui coule le long de mon front. J’ai hâte que nous trouvions cet arbre maudit pour pouvoir nous reposer un peu par la suite. J’accélère le pas. À chaque enjambée, des branches épineuses me lacèrent les jambes, des feuilles d’arbres me fouettent le visage. Et comme si mes vêtements n’étaient pas assez maigres, une plante a eu raison d’un morceau des lambeaux qui me couvrent le haut des guibolles. Je peste intérieurement. Ils ont beau être horribles et ne pas fleurer la rose, ces restes d’habit me protègent des insectes et… des regards d’Ylias.

Le soleil, toujours plus haut dans le ciel, m’indique que nous sommes maintenant dans le milieu de l’après-midi. Ylias décroche enfin une parole.

- « J’croyais que l’arbre n’était pas loin de chez le magicien. T’es sûre de connaitre le chemin ? »

Je lève les yeux ciel avant de répondre d’une voix provocante.

- « Si tu ne me fais pas confiance, il ne fallait pas… »

(… me demander de te guider)


Ma phrase reste suspendue. À quelques mètres de nous, j’aperçois le morceau de tissu qui, il y a une heure à peine, me couvrait les jambes.

(Merde !)

Le regard d’Ylias le détecte rapidement aussi. Je ne dois pas omettre qu’Ilias est un Taurion. Il connait bien les éléments qui constituent une forêt et repère aisément les intrus. Je l’entends soupirer bruyamment. Jamais encore nous ne nous sommes disputés et j’ignore totalement ses réactions lorsque quelque chose ne se passe pas comme il l’espérait. Je me demande un court instant s’il manifestera un simple agacement ou s’il entrera dans une colère à lui faire sortir les yeux de la tête. Je n’ai pas longtemps à me poser cette question.

- « Bon, joue franc-jeu, tu connais le coin ou tu te fiches de moi depuis le début ? »

Le ton employé était froid et j’admets qu’il a de quoi l’être. Je sens une légère colère monter en moi, parce que j’estime qu’il n’est pas simple de s’orienter dans cette partie de la forêt, et qu’un peu de compassion de sa part m’aurait fait plaisir.

(Sérieux, quelle différence y a-t-il entre un tas de fougère autour d’un arbre et un arbre au milieu d’un tas de fougère ? Tout se ressemble dans cette partie de la forêt ! )

Je soupire pour évacuer mon agressivité et ravaler la fierté qui m’habite. Exceptionnel, n’est-ce pas ? Ma vie sauvage ne m’a pas appris à enfouir mes mécontentements. Que du contraire…

Je regarde Ylias, suspendu à mes lèvres, attendant que je rétorque à sa question cinglante. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Il faut que je me reconcentre, que j’invoque l’ensemble de mes sens pour pouvoir repérer où nous sommes et tracer notre route.

Lentement, je m’abaisse au sol, posant un genou dans la masse de feuilles mortes qui jonche le sol, nous donnant cette incessante impression que nous sommes en plein mois de novembre. La chaleur nous rappelle aisément que l’été bat son plein.

Ce retour à la source, à la terre créatrice, m’aide à me concentrer, à observer et analyser tout ce qui m’entoure. Je sais que, même si l’arbre creux est un énorme feuillu, il est perdu au milieu de conifères, comme si ça place n’avait pas été un fait du hasard, de la nature. Beaucoup de légendes courent à propos de cet arbre. On dit qu’il est magique, curieux, qu’on ne sait exactement ce qu’il renferme. Certains affirment qu’en son centre, on y découvre ce que l’on cherche. Si c’est le cas, je suis certaine qu’on accèdera facilement à l’arc aérien. D’autres prétendent que des objets y ont été enfuis pour les cacher, ou encore que, lorsqu’on y pénètre, on se retrouve projeté dans des pièces variant selon la personne qui y est entrée.

Mais mon esprit s’égare à nouveau. La concentration m’est difficile pour le moment. D’autant que je sens le regard d’Ylias peser sur mes épaules. Je contemple l’horizon. Des feuilles caduques à perte de vue.

Je me concentre sur mon ouïe. J’ai l’impression que vers l’est, le silence est plus profond. Pas de bruit de feuilles qui crissent, mais plutôt une sensation de moiteur, d’humidité plus intense. Une légère brise m’apporte la confirmation de ce premier indice. Elle porte en elle une odeur palustre, tiède, humectée. Je ne sais pas quelle distance nous sépare de ce lieu, il est probable qu’il soit encore à plusieurs heures de marche. La portée de mes sens m’étonne souvent. Sans doute ai-je hérité de cela de ma mère Shaakt. Mais j’ai l’impression que depuis ma vie solitaire en forêt, mes sens se sont accrus. Ma vue est plus perçante, mes oreilles plus sensibles et mon odorat plus fin. J’ai appris à vivre en harmonie avec mon environnement, à déceler les moindres détails, à observer, à m’accommoder.

Sûre de moi, désormais, je me lève avec toute la grâce dont je suis capable. Je sens le regard d’Ylias peser sur les rondeurs de mes hanches. J’ai cherché à le faire culpabiliser du ton employé un peu plus tôt, en jouant de mes charmes, mais cela provoque en moi une sensation désagréable. Je ne suis pas encore dressée sur mes jambes que des images nettes du Shaakt de la nuit noire vécue il y a plusieurs mois maintenant, me hante l’esprit.

Je secoue rapidement la tête, comme pour chasser ces horreurs de ma tête, et lâche d’un ton neutre :

- « C’est par là. »

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Mer 7 Aoû 2013 20:38 
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Nos pas nous conduisent peu à peu vers l’arbre creux. Je sais que nous approchons du but. De l’autre côté de cette clairière que nous traversons, commence la forêt de conifères. Sa noirceur contraste énormément avec la clarté des rayons du soleil qui inondent les brins d’herbe que nous enjambons. Aussi, la chaleur est étouffante et l’air de plus en plus lourd, oppressant. La sueur dégouline le long de mon visage, me brouillant la vue par moment. Un tas d’insectes nous tournent autour, principalement des mouches agaçantes et des moustiques assoiffés, vu le nombre de piqûres présentent sur mes jambes.

Selon mon estimation, il nous reste trois heures avant que la nuit ne tombe. Cela me semble peu. Nous avons tout de même un centaure à battre avant de pouvoir accéder à l’arbre ! Sans compter que j’ignore tout des peuplades de cette partie de la forêt… Je fais part de mon inquiétude à Ylias, rompant ainsi le silence instauré depuis l’égarement dans la forêt.

- « Trois heures avant l’arrivée de la nuit… Tu le sens comment pour approcher l’arbre et vaincre un centaure ? C’est un peu court, non ? »

Ylias émit un bref sourire. Sans doute était-il content qu’un climat plus doux s’instaure à nouveau entre nous. Et avant de se mesurer à un colosse, mieux vaut-il qu’il en soit ainsi !

- « En effet, ça me parait risqué. Piong nous a dit qu’il était préférable de vaincre le centaure par la ruse plutôt que par la force. Il nous faudra dès lors un temps d’observation avant de passer à l’acte. Parce qu’en plus, je doute que sa petite bestiole nous soit d’un grand secours… »

J’opine du chef. Je suis exactement du même avis que mon compagnon de fortune. Un temps d’observation est plus que nécessaire. Et en effet, je me demande bien à quoi a pensé Maître Piong en nous refourguant un sphinx. Il est bruyant. C’est tout. Au mieux, il ne nous déconcentrera pas lorsque nous devrons intervenir auprès du centaure. Je ne vois vraiment pas comment il pourrait nous venir en aide.

- « D’accord. Alors, avançons. Prudemment. Je ne sais pas ce que dissimulent ces sapins… »

Nous franchissons le dernier pas nous séparant des résineux, nous retrouvant plongés dans l’obscurité presque totale. Il faut quelques minutes à mes yeux pour s’habituer à ce nouvel environnement visuel.

Mes oreilles s’affolent. Des bruits de pas percutent mes tympans, mais à nouveau, je ne parviens pas à évaluer la distance qui me sépare des inconnus. J’ai l’impression qu’ils viennent de plusieurs directions. Manifestement, Ylias a le même ressenti que moi : je le vois dégainer ses dagues. Il ne m’en faut pas plus pour bander mon arc et progresser flèche pointée vers le sol. En cas de besoin, je pourrai décocher plus rapidement.

À pas feutrés et côte à côte, sentant le danger approcher, nous slalomons entre les troncs gigantesques durant quelques centaines de mètres. Soudain, un craquement sinistre de branche brisée retentit derrière nous. Rapidement, nous faisons volte-face et nous retrouvons nez à nez avec deux Sektegs dépassant à peine le mètre vingt. Ils ont l’air fort jeune et, à vrai dire, pas très malin.

Le plus grand des deux flanque un coup de gourdin sur la tête de l’autre en s’exclamant :

- « Espèce d’idiot ! Si tu n’avais pas fait de bruit, j’aurais pu assommer l’homme et tu te serais occupé de la fille ! Qu’est-ce qu’on va manger, maintenant ? »

À l’entendre, on dirait que le combat est déjà terminé.

(Cette andouille ne voit donc pas la menace de mon arc pointé sur lui ?!)

J’ai l’impression que tout cela est trop facile. Ces deux Sektegs ne cessent de discuter, ils m’agacent, ils font bien trop de bruit alors que je sais que d’autres êtres dont j’ignore la race se baladent également dans le coin. Mon regard s’illumine alors. Tout cela n’est que stratégie. Je me retourne promptement, tournant le deux aux Sektegs et faisant désormais face à trois autres. Ylias n’a pas encore compris, mes les ricanements des ignobles gobelins dévoilent leur présence aux oreilles de mon ami.

(Pouah ! En tout cas, ils ne sentent pas la rose !)

Instinctivement, Ylias et moi nous plaçons dos à dos, pour faire face à tous les Sektegs qui nous encerclent. Cela me laisse le temps de les observer un peu et d’essayer de trouver une échappatoire à cette inconfortable situation. Nos ennemis sont moins armés que nous. Ils balancent de gros gourdins peu maniables au bout de leur long bras mou. Par contre, ils portent des armures qui me paraissent bien lourdes. En les voyant, j’ai l’impression que leur attirail n’est fait que de récupérations. Rien n’est à leur taille, tout est trop grand ou trop petit. Leurs déplacements doivent forcément être lents. Notre survie dépendra donc de notre fuite, leurs armures étant trop épaisses que pour être percées de dagues ou d’une flèche. À moins de bien viser…

Un Sekteg sans doute plus téméraire que les autres s’approche dangereusement d’Ylias, le menaçant de son gourdin qu’il parvient à peine à lever. Si je m’occupe du Sekteg situé juste à côté, cela créera une ouverture dans le cercle des ennemis et nous pourrons fuir.

(Allez, allez mon petit, approche encore un peu. T’as pas de chance, ton armure est trop grande ! Je vais pouvoir te planter une flèche dans l’aorte sans trop de difficulté ! Et même si je te loupe, ça fera au moins diversion !)

Le minable effectue un pas dans ma direction. Il ne m’en faut pas plus pour décocher ma flèche qui se plante dans la gorge dénudée du Sekteg. De son côté, voyant que je passais à l’action, Ylias plante une dague dans un second Sekteg. Ils ne sont pas morts, certes, mais ces deux-là ne pourront être à nos trousses. Je lui hurle, tout en me mettant à courir rapidement :

- « Couuuuuuurs ! »

Et nous voilà partis dans une course folle, les trois Sektegs sur nos pas. J’ai un peu sous estimé leur aptitude à la course. Ils sont petits et se déplacent plus rapidement que nous. Mais leurs armures les fatiguent rapidement.

Je n’ai plus couru de la sorte depuis un bail. Heureusement que la vie en forêt m’a préservé une bonne condition physique. À mes côtés, Ylias se déplace aisément, il rigole presque de la situation.

- « Arrête de rire, et cours plus vite ! J’ai pas envie de leur servir de repas ! »

Le fait de parler déclenche dans ma poitrine une vive douleur et me coupe un peu le souffle. Mais je poursuis ma route, tant bien que mal. Derrière nous, les gobelins font autant de bruit qu’une batterie de casseroles ! C’est à se demander comment ils ont pu s’approcher de nous si silencieusement.

Je lance un regard derrière mon épaule. Ils sont toujours là, on n’arrive pas à les distancer. Pourtant, après quelques mètres encore, je les vois ralentir le rythme. Ils s’arrêtent et font demi-tour. Autour de nous, tout devient silencieux.

(Bizarre… Pourquoi abandonner, finalement ?)

La situation me semble étrange, mais je ralentis également ma course effrénée. Je dois reprendre mon souffle. Je pose les mains sur mes genoux, le buste penché en avant, en respirant fortement. Lorsque je me redresse, encore essoufflée, je vous Ylias, droit comme un piquet devant moi, dague en main, menaçant un être que je ne peux voir de ma position. Pourtant, je comprends rapidement. Au milieu des sapins se dresse un arbre énorme.

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 Sujet du message: Re: La Forêt Dense
MessagePosté: Jeu 8 Aoû 2013 18:28 
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Oaxaca.

La demi-déesse du chaos, des ravages et des conquêtes s'était à nouveau réveillée, bouleversant une fois encore l'équilibre du monde de Yuimen. Son retour provoqua la remontée des fanatismes religieux, et de nouveaux conflits éclorent. La prise de la cité de Pohélis fut sa plus grande victoire. Depuis, nul ne pouvait rester indifférent à l'insurrection de la divinité à la rancœur millénaire.

Fanatisme et idéalisme.
Foi et illusions.
Destin et ambitions.
Yuimen était entré depuis sept ans dans l'ère du doute.

Les vœux formulés par les rêveurs de cette époque semblaient condamnés à être aspirés dans cette nouvelle tornade.
C'est alors qu'un étrange météore traversa le ciel...

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Tout commença par la perte d'un souvenir.
Les larmes d'Alvin se mirent à couler lorsqu'il regarda son pendentif, le memento de sa mère, se faire emporter par le courant de la rivière. Les petites brutes autour de lui se mirent à ricaner cruellement. L'un des enfants ajouta l'empreinte de sa semelle à la fresque qui s'était déjà dessinée sur le thorax du persécuté, lui arrachant un cri de douleur.

- Va dire à ta maîtresse Oaxaca qu'c'est comme ça qu'on r'çoit les monstres dans ton genre par chez nous !

Une dernière moquerie et le groupe s'en alla, laissant derrière lui le bambin recroquevillé sur l'herbe. Après quelques gémissements, Alvin se mit sur ses genoux et mira tristement la rivière tranquille qui bordait son village. Le soleil éclaira son visage blessé et mouillé de semi-orque. Ce genre de choses arrivait à Alvin depuis sa naissance, et jamais il ne s'était montré capable de se défendre, même du haut de ses douze ans. Il était apparu neuf mois après le viol d'une paysanne lors d'un raid de Khonfas. Parmi les troupes Shaakts, il y avait parfois des mercenaires Garzoks, bien moins disciplinés que les elfes noirs. Ceux-là n'hésitaient pas à se livrer aux pires bassesses lors des batailles. La mère d'Alvin avait assumé son fardeau alors que le père était déjà loin, en train de s'adonner à d'autres meurtres gratuits. En Alvin étaient mélangés le sang des oppresseurs et celui des opprimés. Dans ce petit village, à la frontière entre Eniod et Khonfas, deux cités rivales engagées dans un conflit sans merci, il n'était pas surprenant que cet enfant reçoive un tel traitement de la part de ses camarades.

Lorsque ce genre de choses arrivait, il allait dans la hutte de la vieille Enma, une femme lunatique dont on disait qu'elle était capable de voyance. Il y accomplissait les tâches ménagères et y faisait la cuisine en échange de son hospitalité. La divinatrice le connaissait depuis l'enfance et ne lui infligeant guère de peine, sa demeure était le seul endroit où Alvin se sentait libre d'ôter son capuchon. Elle était la seule à ne montrer ni haine ni dégoût en voyant le teint glauque de sa peau, ses oreilles pointues, son nez remonté et les petits crocs qui dépassaient de sa lèvre inférieure. Ses traits n'étaient cependant pas aussi patibulaires que ceux d'un orque pur-sang, et derrière ses yeux vert-feuille se cachait une jeune âme innocente et malmenée. En un mot comme en cent, cette vieille sorcière solitaire était sa seule famille. Ce jour-là, Alvin et Enma étaient assis autour d'un thé à la menthe que le garçon avait préparé.

- Edward et les autres t'ont encore battu aujourd'hui ?

Lui demanda-t-elle avec son calme imperturbable. Le silence du semi-orque et les quelques bleus sur ses mains et son visage résonnaient comme un "Oui".

- Ces gamins s'inventent une guerre, comme si il n'y en avait pas assez de nos jours, et surtout par ici. Quand vas-tu te décider à répondre à leurs insultes ?
- ...
- Un jour, il faudra bien que tu le fasses.
- Tu l'as lu dans mon avenir ?
- Non, ça fait bien longtemps que j'ai cessé de lire dans le tien.
- Pourquoi ?
- ... Ha, j'allais oublier !


Enma eut un sursaut et sortit une lettre chiffonnée de ses vêtements.

- Qu'est-ce que c'est ?
- Une lettre de Knud, une de mes connaissances. Je lui ai demandé si il voulait bien que tu partes vivre avec lui à Kendrâ Kâr.
- C'est vrai ?!


Alvin s'était levé.

- C'est vrai, mon enfant. Kendrâ Kâr est une grande capitale, bien plus paisible que ce village forestier. Je suis sûre que tu y seras accepté. Knud est d'ailleurs lui-même un orque, et il a accepté de t'adopter.

C'était la première fois que l'enfant arborait un si grand sourire, mais il fut dissipé par une inquiétude soudaine.

- Mais... et vous ?
- Ne t'inquiète pas, ma vie est derrière moi. Et puis, je sais très bien me débrouiller seule.


Les bras du garçon entourèrent les épaules de l'ancienne, qui sentait la chaleur des larmes contre sa poitrine.

- Mamie Enma !
- Allez, allez...


....

Cependant, ce n'est pas à ce moment là que la vie de l'enfant changea.

....

Alvin était encore trop jeune pour partir du village, et il devait encore grandir un peu avant d'oser le voyage. Aussi, apprendre à monter à cheval, à se nourrir des ingrédients de la forêt... Même si la vie qu'il avait vécu jusqu'ici l'avait rendu plus mature que tout autre garçon du même âge, il n'en restait pas moins inexpérimenté et quelque peu naïf.
Alors qu'il s'entraînait avec ardeur à monter le vieux cheval que lui avait prêté Enma, que sa taille adulte rendait très difficile à monter pour un bambin de son âge, Alvin fit une chute douloureuse mais sans conséquence comparée à toutes celles qu'il avait souffert à force de tentatives.
Mais il se releva cette fois, uniquement pour regarder le détachement éniodais qui venait de pénétrer dans le modeste village. Alvin prit soin de dissimuler son visage sous son capuchon alors qu'il regardait la scène entre le chef du village et le capitaine des soldats. Enfin, il faut préciser qu'Eniod était une ville récente dépourvue d'armée attitrée. Pour lutter contre l'expansionnisme des Shaakts de Khonfas qui convoitaient ses mines d'or, Eniod était souvent contrainte de faire appel à des mercenaires. Ils arboraient tous alors les couleurs d'Eniod, mais il y avait fort à parier qu'aucun d'entre eux n'en était originaire.

- Que faites-vous ici ?! lança avec colère le chef du village.

Un homme rigide au corps mince, aux tempes grisonnantes et au menton affublé d'une cicatrice s'avança et déclara d'une voix autoritaire.

- En conséquence des mouvements récents de l'armée Khonfanne, notre unité va stationner dans ce village.
- Et si on ne veut pas que vous veniez nous occuper ?!
- C'est un ordre de la Tribune des Marchands. Si vous refusez, votre petit village ne pourra plus vendre de bois au marché d'Eniod. C'est ce que vous voulez ?


Eniod était une citée contrôlée par des familles marchandes et la proximité des mines d'or en faisait un partenaire de commerce essentiel dans les environs. Priver le village du libre échange avec les marchands d'Eniod, c'était le condamner à souffrir de la famine. Au final, les mercenaires firent de ce village une de leurs garnisons.

Une semaine passa...


Au fin fond de la Forêt Dense qui séparait Eniod de Khonfas, et qui abritait en son sein le village d'Alvin, d'étranges serpents noirs en parcouraient les artères. C'étaient une unité de l'armée Khonfanne qui se déplaçait discrètement dans la forêt. En douze ans, cela n'avait pas changé. Les elfes noirs constituaient des troupes de choc, disciplinés et discrets comme des ombres. Leurs effectifs étaient renforcés par la présence de quelques mercenaires, majoritairement orques, venus de lointaines contrées. Leur objectif, étendre la domination Khonfanne aux limites de la forêt pour pouvoir monopoliser ses ressources et appauvrir la cité ennemie. Les affrontement dans les bois entre des petites brigades ressemblaient à de la guérilla, et ces soldats fanatiques étaient des adversaires sournois et sans pitié. Eniod conservait son terrain grâce au nombre important de mercenaires qu'elle avait à sa disposition grâce au pouvoir de l'argent.

Le mutisme de cette escouade fut troublé par la colère des cieux : une énorme boule de feu traversa le ciel et s'écrasa dans un grondement terrible, à quelques kilomètres seulement de cette armée silencieuse. Suite à cet impact, de nombreux Garzoks sortirent des rangs, pensant qu'ils pourraient trouver des métaux précieux et rares dans les débris. Seulement, les Shaakts, fidèles à leur mission, ne voulaient pas les laisser quitter la formation. L'un d'eux eut la mauvaise idée de retenir Vrazög, dit "le Sanguinaire", le chef des mercenaires.

- Tu oses me manquer de respect, espèce de sale larve ?!!

C'était un barbare, auteur d'innombrables massacres, ayant la réputation de ne jamais laisser âme qui vive sur son passage lors d'un raid. Ni femmes, ni enfants ne pouvaient susciter chez lui la moindre once de pitié. C'était un géant de plus de deux mètres, à la peau verte tachetée de noir. Il avait un visage tellement brutal et effrayant qu'on le comparait maintes fois au légendaire Ter Zignok, au point que certains récits de massacres lui donnaient le sobriquet de "Ter Vrazög". Si le grade d'un Garzok se mesurait à la longueur de ses crocs, il aurait pu diriger une ville. Vrazög brandit alors son énorme hache de bourreau au dessus de la tête du soldat terrifié, avant d'être arrêté par une voix sèche et altière.

- Vrazög ! Retourne en formation ! Immédiatement !

Les soldats s'écartèrent au passage de leur commandant, un des lieutenants les plus respectés de Khonfas, le Shaakt Valas de la maison des Arkhefinn. Grand, svelte, élégant et connu pour sa sévérité, Valas était un spécialiste de ce genre d'opérations. Contrairement à Vrazög, les attaques qu'il menait étaient fulgurantes et imprévisibles, et il se moquait du destin des survivants, tant que la domination des légions Khonfannes était assurée. Il était âgé d'environ 500 ans et son expérience ainsi que sa loyauté indéfectible à sa cité en faisait un de ses plus éminents commandants. Il avait aussi pour habitude de ne montrer aucun pardon envers les elfes noirs insubordonnés. Sa barbiche blanche et sa manière de réfléchir en croisant les bras n'appuyaient que plus encore l'impression de maîtrise de soi qu'il dégageait.

En le voyant ainsi au milieu de ses hommes, affublé d'une armure plus noire encore que sa peau de jais, les mains posées sur les pommeaux de ses deux sabres en forme de croissant de lune, les orques ne pouvaient que se plier à sa volonté, Vrazög y compris, bien qu'il prit soin de se ranger après les autres. Valas Arkhefinn continua ses directives :

- Il ne reste plus qu'environ deux kilomètres avant le village-cible. Préparez le dragon.

Aussitôt, un des brigadiers arracha le camouflage de feuillages qui recouvrait l'arme de siège. Les "dragons", appelés ainsi en référence à des animaux mythiques disparus, étaient des espèces de char de fer montés sur des rondins. Sur la face de ces engins : une imposante tête de dragon sculptée dans l'acier. La raison pour laquelle un matériau aussi coûteux et lourd que l'acier était utilisé était que les dragons contenaient un réservoir contenant une mixture hautement inflammable, pouvant jaillir de la gueule grâce à un système complexe provoquant un appel d'air. Une fois rapprochée de sa cible, cette arme était une véritable machine de terreur ambulante, capable de provoquer en un clin d’œil des incendies ciblés et dévastateurs.

- Dragon paré !
- En avant, marche !


Sur ces mots, la brigade noire avança... en direction du village d'Alvin.


Au même moment, à quelques kilomètres de là, Alvin, attiré par l'explosion, pénétra dans le cratère laissé par la météorite. Il évitait avec précaution d'enflammer son long manteau marron et son capuchon alors qu'il progressait vers le centre de l'impact. Quand il y parvint, il découvrit un objet luisant recouvert par la terre. C'était une lampe aux reflets argentés. Alvin, intrigué, voulut s'en saisir à mains nues mais il se brûla les doigts. Ce fut à ce moment là qu'il entendit une autre grande déflagration, suivie de faibles hurlements perdus dans le lointain...

Hanté par un funeste pressentiment, le garçon emmitoufla la lampe dans son manteau et se mit à courir à travers les bois, jusqu'à son village...


Et ce fut à ce moment précis,
que sa vie changea.




ÉPISODE I
LE GARDIEN

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Dernière édition par Seth le Mer 16 Oct 2013 18:47, édité 11 fois.

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