L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Dim 16 Fév 2014 11:21 
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À peine étaient-ils à terre, et la prêtresse tituba sur deux pas avant de retrouver le pied terrestre, plus habituée qu'elle était à la mer, que trois hommes à la mine patibulaire les abordèrent.
Ils ne dépareillaient en rien avec la triste cité, et Leyna préféra rester en arrière. Elle saluait la bonne idée d'avoir mis ses sandales ce matin, ce qui évitait de mettre les pieds directement sur le sol visqueux. Dans un petit accès de coquetterie, elle se félicita aussi d'avoir une robe qui ne se salissait pas.
Forçant son esprit à revenir à la réalité concrète, elle écouta les hommes qui affirmaient venir pour une taxe. Ils ne ressemblaient pourtant pas à des percepteurs royaux...

« Une petite obole à la fraternité, c'est moins cher que d'avoir perdu trois hommes au matin, non ? Alors ne fait pas d'histoire, cette fois-ci, Barbe-rouge, et donne nous ton or... » grogna celui qui semblait être le meneur.

Ainsi c'était donc des bandits. Ils rançonnaient les navires par la menace. Comment s'en débarrasser ? S'ils avaient déjà tué des hommes du Chasseur des brisants, ils pourraient recommencer... Saryon, la mine fermée
Valgan s'approcha pour murmurer au capitaine de ne pas chercher les ennuis. Cette 'fraternité' pouvait être vraiment dangereuse.
Finalement, le capitaine tira sa bourse... et la renversa par terre.
Il y eut un instant d'immobilité, et plusieurs passants s'éloignèrent à la hâte. Saryon sourit d'un air sinistre :

« Tu m'as demandé mon or, tu n'as pas demandé la bourse qui va avec... Alors ramasse et fil d'ici. »

Tremblant devant l'outrage, l'homme ne sut pas tout de suite quoi faire. Ses supérieurs attendaient de l'argent et il serait puni s'il n'en amenait pas. En revanche, ils ne se souciaient pas que leur sbire ait dû le ramasser dans les fientes d'oiseau et les tripes de poissons qui jonchaient les quais.
Finalement, lui et ses acolytes ramassèrent l'or en toute hâte et s'éloignèrent sous le regard des sang-pourpre.
Saryon se baissa et ramassa une pièce qui avait roulé sous une caisse.

« Comme quoi, j'ai bien fait. La taxe s'en est trouvée diminuée ! » ricana-t-il.

« Espérons qu'ils ne vont pas causer d'autres ennuis. » soupira Valgan.

« Bah ! Ces rats perdent leurs tripes dès qu'on fait mine de leur résister... Aller, tu vas nous négocier pour vendre la marchandise et acheter de la nourriture, de l'eau et du rhum, le marchand ! »

Valgan hocha la tête en souriant. Ensuite, Saryon se tourna vers Leyna :

« Et toi, gamine, tu vas chanter nos exploits à la taverne. Tâche de trouver des sangs-pourpres qui veuillent nous rejoindre. Tu as intérêt à avoir un équipage complet demain matin, ou ça va barder ! »

Elle ouvrit la bouche pour protester devant l'impossibilité de la tâche, mais le capitaine s'éloignait déjà et elle se trouva seule avec Valgan.

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Ven 16 Mai 2014 21:58 
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Les deux jeunes femmes se glissaient dans les rues encore sombres, priant pour ne tomber sur personne. Avec leurs tenues diaphanes, les habitants d'Exech pourraient leur causer des soucis.
Leyna, prêtresse de Moura, avait encore de la peine à croire qu'elle était sortie du cauchemar du harem du maléfique seigneur Rankor, et elle se demandait comment la seule survivante de ses compagnes d'évasions, Kassara, la superbe femme de Wiehl, pouvait tenir le coup. Sans elle, elle se serait déjà effondrée dans un coin de rue. Elles avaient besoin l'une de l'autre. Leyna avait besoin d'un soutien moral déterminé. Kassara avait besoin de quelqu'un qui sache où aller. Et la prêtresse de l'eau savait.

Leyna se dirigeait vers le Chasseur des brisants.

Elle avait une dernière vengeance à accomplir avant de pouvoir tourner la page... si tant est qu'elle puisse échapper un jour au traumatisme. Elle pensa un instant à changer de robe dans une ruelle pour reprendre l'ancienne, mais il lui vint à l'esprit qu'elle pourrait avoir avantage à garder cette tenue blanche et soyeuse de courtisane. Même s'il y avait quelques traces de sang dessus.

Elles arrivèrent aux quais, hélas plus peuplés. Ici, le travail ne cessait jamais vraiment.

« C'est ce navire ? » demanda Kassara, avant de laisser échapper un sifflement admiratif lorsque sa compagne hocha la tête.

« Sacré morceau... et lourdement armé ! Pourquoi a-t-i des yeux sur l'avant ? »

« Pour le peuple de Moura, les navires vivent autant que leurs marins. Les yeux leur donne leur âme... »

« Le peuple de Moura ? Tu veux dire les elfes... »

Elle s'interrompit en voyant un homme à la peau bleue et aux cheveux rouges passer derrière le bastingage.

« Les sangs-pourpres ? Ne me dit pas... il paraît qu'ils font des choses horribles aux femmes ! »

« Ils respectent la force... »

Il ne leur restait plus qu'à monter à bord. Kassara semblait inquiète, mais elles avaient trop fait ensemble pour renoncer maintenant.
La femme wiehl soupira d'un air las :

« Si tu t'interroges sur comment nous rendre sur ce navire sans nous faire agresser par tous les marins, je pense que tu n'as pas à t'en faire : Nous ne serons que deux prostituées engagées à bord pour une nuit... »

Montrant l'exemple, elle s'avança dans la rue, droite et fière. Surprise, Leyna la suivi. Elle fut encore plus surprise de constater que les seules réactions furent quelques sifflements tandis que plusieurs passants les dévisageaient. Elle entendit même un qui marmonnait que les sangs-pourpres ne se refusaient rien.
Kassara lui adressa un sourire. Leyna, moins confiante, s'engagea à sa suite sur la passerelle. Le plus dur restait à faire...

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Mar 23 Déc 2014 22:57 
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Le lieu était à l'image du reste de la ville, sale, délabré et peu fréquentable. Ce n'était nullement une surprise quand on connaissait la réputation dont jouissait ce genre d'endroit. Les ports étaient un épicentre pour toute sorte de crimes, allant du simple trafic illégal jusqu'au règlement de compte violent, mortel. Les deux n'étaient d'ailleurs pas étranger l'un de l'autre.

C'était aussi à cette heure de la journée le lieu le plus animé de la cité. On pouvait ainsi voir des ouvriers, des trimardeurs pour la plupart, charger ou décharger de petites embarcations en se hélant entre eux ainsi qu'une panoplie de types plus louches les uns que les autres et avec qui il ne valait mieux pas trop se frotter. Un malentendu était si vite arrivé...

Algernon et Orland progressèrent le long des quais sans attirer l'attention, mis à part quelques regards en direction de la charrette. Cela en disaient long sur l'aversion des habitants pour celle-ci, ou plutôt pour ce qu'elle représentait. Car les gens n'étaient pas dupe et ils connaissaient la fonction qu'exerçaient les deux acolytes et par extension ce qui les amenaient dans les parages. Mais aucun commentaire ne se fit et tout le monde détourna les yeux, niant ce qu'ils venaient de voir. Deux fantômes.

L'indifférence voir le mépris caché ne touchait pas Algernon, qui n'avait connu que cela durant sa jeune vie. Il n'y prêtait pas plus attention que le bouton manquant de sa chemise. Pour Orland c'était différent. Il avait auparavant été habitué à plus de considération de la part de ses pairs lorsqu'il exerçait dans sa forge. Il vivait ainsi plutôt mal cette situation de paria et il ne s'en priva pas pour le faire savoir.
- Regarde moi tout ces mistouflards, ces canailles, marmonna Orland, ils se permettent de nous juger comme si ils se pensaient supérieur...
Le jeune homme connaissait la rengaine de son ainé.
- T'exagère toujours, répondit Algernon laconique. Y'a personne qui s'intéresse à nous.
- T'es bien naïf pour croire ça. Tu t'es jamais rendu compte de comment ils nous reluquaient de par derrière, puis à éviter comme si on trimballait toutes les maladies contagieuses du pays.
- C'est pas à notre désavantage. On fait notre boulot tranquille sans que personne ne nous dit rien.
- Ah tu comprends pas fiston, balayant d'un geste la remarque du jeune homme. On est là à se casser l'échine pour faire en sorte que la ville ne ressemble pas à un putain de charnier à ciel ouvert, on débarrasse la populace des ordures dont personne ne veut s'occuper et la seule chose qu'on a pour nous remercier c'est le mépris d'ces gens. Certains nous accusent même d'aimer ça, les morts, et là j'te la fais douce. Parfois j'me dis que j'aurai mieux fait d'me reconvertir dans le crime, au moins ça paie. Les gens ont même l'air d'avoir plus de considération pour ces bandits.
Algernon s’esclaffa, ce qui n'était pas chose courante.
- Orland le terrible assassin d'Exech, prêt à étriper quiconque pour un peu de considération ! (Algernon mima une scène de meurtre, poignardant l'air avec son couteau invisible). La ville tremble déjà, se moqua Algernon aux dépens de son ainé.
Orland capitula.
- Oubli ça va, t'es sans doute trop jeune pour comprendre. J'ai jamais dis que j'voulais tuer des gens, c'est pas où je voulais en venir. Et je vois bien assez de cadavres comme ça.

Ils continuèrent jusqu'à la limite ouest du port, se retrouvant bientôt seuls. La succession de pontons flottants avait laissée place à présent à une petite berge ou seule la coque d'une barque au bois pourri gisait renversée sur le sable.
- Le corps devrait pas être loin, déclara Orland. Y'a pas encore eu le reflux de la marée on devrait pas avoir trop de mal à le choper. On a qu'à continuer vers le temple on finira par le croiser. Ouvre bien tes mirettes sur la mer, j'ai pas envie d'faire des centaines d'aller-retour pour rien.

On voyait se dessiner un peu loin le temple de Moura et théoriquement le cadavre ne devait pas être aller jusque là. C'était ce qu'espérait Algernon en tout cas. Il n'avait jamais été très à l'aise avec le concept de religion et de dieux et évitait autant que faire se peut les temples et autres lieux de culte. Il détourna son regard de l'édifice pour se concentrer sur l'eau. Ce n'était pas chose aisée de repérer un objet précis dans ces eaux sombres, sur laquelle une légère écume provoquée par un rideau de pluie fine semblait danser.

Pour augmenter leurs chances les deux ramasseurs se séparèrent. Algernon prit les devants alors qu' Orland, en charge de la charrette, avança plus lentement. Le véhicule se manoeuvrait difficilement dans le sable. La visibilité n'était pas optimale mais ils avaient une certaine expérience quand il s'agissait de trouver un cadavre. Algernon repéra après quelques minutes seulement de recherches une forme indistincte non loin du rivage qui flottait parmi quelques débris.
- Oi ! Cria-t-il, là-bas !
Son compagnon le rejoignit et ils s'approchèrent ensemble du corps. L'eau froide montait jusqu'à la taille d'Algernon, et à ce moment il envia son compère qui était bien plus grand que lui. Fort heureusement, ils avaient apportés avec eux deux grandes cannes qui devaient leur permettre de rapprocher le corps jusqu'à eux sans avoir à s'aventurer trop loin dans ces eaux peu avenantes. Non sans mal, ils parvinrent ainsi à ramener le corps sur la plage.

Là ils purent voir à quoi, ou plutôt à qui, ils avaient à faire. Ils découvrirent que le corps appartenait à un vieil homme décharné, totalement dépourvu de cheveux. La peau des parties visibles de son corps était grêlée, en plus d'être parcourue de tâches sombres. Il était vêtu simplement d'une longue robe noire en lambeaux et sans aucune fioriture. Aucun signe extérieur ne pouvait renseigner sur son origine, de même qu'aucune blessure n'était visible. Un simple vieillard étendu, le teint livide de la mort.

Pourtant, quelque chose mit mal à l'aise Algernon, mais il n'osa en faire part de son impression à Orland car il n'aurait su dire d'ou venait son impression. Il essaya de se persuader qu'il fantasmait sans doute et voulu chasser le malaise de son esprit mais il n'y arriva qu'à moitié. Etait-ce encore ce sentiment inhabituel ressenti un peu plus tôt qui revenait à l'assaut ? Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Un sentiment de danger imminent ? C'était ridicule. Mais qu'importe sa signification il se faisait plus tenace cette fois-ci.
- Tu compte rêvasser encore longtemps gamin ? S'exaspéra Orland
Algernon secoua la tête et s'accroupit prêt du corps, en évitant soigneusement de porter son regard sur le visage inanimé. Il porta son regard sur la main du vieil homme et remarqua la bague à son l'annulaire, tellement énorme qu'elle paraissait ridicule sur ce doigt long et décharné. Par réflexe le jeune homme sorti son couteau fixé à sa ceinture. Il y avait une pratique dont on parlait peu au sein de la profession, et encore moins en dehors, mais qui existait bel et bien. Il n'était pas rare, comme il se disait, de se payer sur le mort, c'est à dire de dérober un défunt lors de sa collecte. Ce n'était pas d'ailleurs pas l'étique du métier qui allait empêcher un tel acte. C'était disons un complément du maigre salaire que ces gens percevaient.

Orland fit la moue en voyant le gamin dégainer mais ne dit rien. Il était conscient d'être l'un des rares à ne pas recourir à de telles pratiques. Il regarda Algernon saisir le doigt du vieil homme, rigide et froid comme on pouvait s'y attendre. Maintenant le membre entre son pouce et son index, le garçon déposa sa lame sur la première phalange puis commença à découper la chair dans un geste presque anodin. Mais alors qu'il s'exécutait, le garçon sentit un tressaillement parcourir la main. Non pas la sienne, mais celle du mort. Ce n'était pas une juste une vague impression. Il avait réellement sentit le mort frémir lorsqu'il avait commencé à découper le doigt.
Plus agité qu'il ne le voudrait, il se retourna vivement vers Orland qui l'observait toujours avec un air désapprobateur.
- Dit Orland t'as pas vu le vieux bouger là ? Sa voix était un peu trop rapide et trahissait son stress.
- Bouger ? Tu veux dire comme si quelqu'un lui prenait son doigt pour lui voler sa bague ? Ironisa l'homme.
- Non non non. L'agitation du jeune homme était palpable. J'ai senti un drôle de truc à l'instant, c'était pas quelque chose de normal. On aurait dit qu'il avait bougé j'sais pas. T'es sûr que t'as rien vu ?
- Moi le seul truc bizarre que je vois ici c'est un gamin bien vivant répondant au nom d'Algernon. Le macchabée là, c'est juste un vieux ordinaire. Il a rien de différent des autres. J'sais pas ce que t'imagine mais j'tiens pas à passer la matinée ici. Alors on l'embarque fissa et on décampe.
Ce fut au tour d'Algernon de capituler devant l'incompréhension de son partenaire. Il garda cependant la certitude d'avoir senti quelque chose d'anormal, même si cela s'était déroulé pendant une fraction de seconde. Il en avait presque oublié le doigt qu'il tenait dans le creux de sa main. Quand il s'en rendit compte, il le lança dans les eaux sans même prendre la peine d'en retirer le bijou. Devenait-il superstitieux ? Lui pour qui tout cela semblait si étranger. Et pourtant...
- Aide moi à le trimballer dans la charrette, qu'on se tire d'ici.
Algernon s’exécuta promptement, replongé dans son mutisme. Il n'avait qu'une hâte, quitter cet endroit et se débarrasser du corps le plus vite possible.

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Sam 9 Mai 2015 18:50 
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« Alors Beorth. Paraît qu’t’as laissé sur l’carreau un aut’ maître ? Qu’t’as r’tourné ta veste ? »

La voix suave de margoulin tire l’homme du sommeil à demi éthylique dans lequel il s’est plongé quelques heures plus tôt ; ses premières pensées sont pour sa hache et sa bourse : l’une est encore entre ses doigts épais, l’autre un poids confortable contre son cœur. Levant une paupière, agressé par la lumière du petit matin blème, il identifie son interlocuteur, et grogne son mécontentement.

« Par la peste. Qu’est-c’que j’t’ai fait pour voir ta sale gueule dès l’matin ? »

« Ben alors Beorth ? T’as pas l’air frais ? T’as encore cuvé comme un ivrogne ? Tout l’magot qu’t’as palpé pour trahir j’parie ! »

« Oh, ferme ton claquemerde ! » aboie Beorth au gringalet qui lui fait fasse. Non sans s’aider de sa hache pour tenir bon, il se redresse, prenant la mesure des courbatures infligées par sa mauvaise nuit contre deux caisses, dans l’humidité du port. « Quand tu causes, ça sent l’purin à dix pieds, reste pas sous l’vent, j’vais gerber. »

« Dis donc, t’as pas compris mon gros. T’es fini, t’es plus rien. T’as trahi ton maître, alors p’têt’ ben qu’tu t’en es mis plein les fouilles, mais maint’nant, t’es tout seul, t’es plus rien. » Le coquelet, petit receleur, informateur, balance trempant dans toutes les combines jugées juteuses, s’emporte et se gonfle, sachant pertinemment que seul il ne fait pas le poids, mais les deux costauds qu’il a amené avec lui suffisent à le rendre bouffi d’assurance.

« T’as pas digéré la dernière fois qu’j’tai sorti, hein ? Qu’tu battes une femme, j’m’en cogne comme d’ma première pognée, mais quand c’est une pute, et celle d’mon patron… Bah faut m’comprendre, c’est d’l’investiss’ment, ça fait pas rentrer les ronds, une édentée avec le visage comme une citrouille bleue. Et pis c’était quand même pas sa faute si t’as pas la trique. L’était bien gironde la gamine, pas vérolée pour un sou. Fallait pas t’forcer tu sais, j’suis sûr qu’un d’ces deux gaillards, pour trois yus d’plus que c’que tu leur donne, y t’aurais arrangé l’oignon bien comme y faut. »

La provocation, et le sourire en coin de Beorth suffisent à pousser le coquelet, peu connu pour sa patience, à bout, si bien qu’il beugle comme un cochon qu’on égorge :

« J’vais t’faire passer l’goût du sarcasme, j’vais t’trancher les roustons, t’les faire bouffer, et ensuite… »

Mais le guerrier ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase. Causer avec cette petite frappe ne l’intéressait guère, la provocation gratuite ne lui accordait aucun plaisir, elle lui avait juste permis de gagner un peu de temps pour retrouver ses esprits, et dissiper le léger sentiment de vertige qui l’a pris lorsqu’il s’est levé. A peu près d’aplomb, il ne compte pas laisser trainer l’affaire plus longtemps, bien conscient que prendre l’initiative lui permettra de réduire considérablement le nombre d’ennemis sur pied. Joël – le receleur – en a gros sur la patate, mais est con comme ses pieds.

(Les deux autres… Y’en a un, jamais vu. S’il est pas con, y va se tirer quand y sentira le vent tourner. L’autre… Je me souviens de sa trogne. Ce nez de traviole, je crois que c’est moi. Une bagarre de taverne, ou quelque chose comme ça. Lui, il a le regard mauvais d’un type qu’aime voir souffrir. Je suis sûr qu’il jute dans son falzar à la seule idée de me travailler au surin…)

Passant à l’action avec une vivacité que ne laisse pas présager sa masse, Beorth commence par neutraliser le « combattant » le moins redoutable. Dague en main, Joël n’a même pas le réflexe de parer la hache qui fonce à hauteur de son crâne ; l’alcool qu’il a ingurgité pour se donner du cœur au ventre a aussi largement émoussé ses réflexes. Fort heureusement pour la poursuite de son existence, c’est du plat de la lame que frappe son adversaire : sonné, il s’effondre sur le pavé inégal du port.

Balancer la hache, l’air méchant. Beorth sait que la moitié du temps, il n’y a pas besoin de plus pour en mettre plein la vue des barboteurs plus habitués à régler leurs comptes à coup de poing, de gourdin, de surin. Comme prévu, il s’en trouve un pour se débiner. (Le plus futé des trois). Reste donc le mauvais. Celui-là savait à qui il aurait affaire. Ceux qui connaissent Beorth connaissent sa hache, les deux font la paire. Le coutelas qu’il secoue à hauteur de nez a l’air vicieux : une lame de bon acier, solide, passée à la suie, bonne pour tous les coups de main, pas jolie pour un sou, un outil de sale type.

« Toi t’as des couilles au cul on dirait. »

« T’as ruiné mon pif… »

« J’te rassure, t’es presque mieux comme ça. »

« Ouais, p’têt’ bien… D’toute façon, quand y s’dira que j’t’aurai r’froidi, plus personne s’intéress’ra à mon pif. P’têt mêm’ qu’on m’paiera quelques bières pour… »

La charge de Beorth ne le prend qu’à moitié au dépourvu, il pare le coup de hache de justesse, une main sur le dos de la lame pour supporter le poids, recule de deux pas pour se dégager. Aussitôt un deuxième coup vient le cueillir, histoire de le mettre en difficulté : pas question pour le guerrier de faire dans la dentelle, il a appris à se battre sur le tas, dans des conditions moins favorables. Trancher, blesser, se dégager et laisser les mourants crever dans leurs tripes, voilà ce qui lui convient le mieux. Malheureusement, celui-là s’avère plus coriace, l’âme moins décidée à s’en aller aux Enfers. Qu’importe, Beorth y met un peu plus de vigueur. Le combat l’éveille un peu plus, ses muscles répondent à nouveau, irrigués d’un sang revigoré. Les affrontements ne suscitent pas chez l’homme un sentiment de jouissance particulier, il apprécie simplement les ruptures qu’ils constituent dans la routine, la preuve qu’ils constituent de la bonne marche de son corps et de sa tête, surtout lorsqu’il vainc, et n’est pas contraint à la retraite.

Le répit n’est que de courte durée ; à peine le temps de porter deux trois coups de hache, et déjà les excès de la veille viennent se rappeler au bon souvenir du grand brun hirsute. Un vilain mal de crâne point à sa tempe gauche, comme un gros œuf de douleur logé sous la peau, un peu au dessus de l’œil, et chaque mouvement un peu vigoureux est comme un élancement. Pas moyen de continuer dans de telles conditions, il faut en finir.

D’un large coup venu de la droite, Beorth balaie les jambes de son adversaire, qui esquive comme il peut d’un petit bond, mais se blesse tout de même le mollet gauche sur le tranchant de la lame. Le gredin recule, boitillant à demi, une nouvelle lueur dans le regard. Soudainement, il a peur. Plus pour longtemps, fort heureusement. Lorsque la hache se plante dans son épaule, non loin de la jointure du cou, il tombe à genoux, un cri étranglé comme au revoir à l’existence. Vite achevé par un second coup, pas tant par altruisme que par souci de le faire taire : le bruit n’apaise guère les élancements au crâne de Beorth.

Sur le mort, il prend le temps de récupérer le fourreau et le coutelas, qu’il passe à sa ceinture, et la maigre fortune du trépassé passe dans sa bourse.

« T’aurais dû rester couché ce matin… »

Le temps est venu de s’occuper de Joël. Beorth lui fait également les poches, et le dépouille des quelques bagues qu’il arborait toujours fièrement – de la camelote, mais peut-être avec assez de valeur pour être échangées contre une pinte, ou convaincre une fille de faire un petit extra. Pour le reste… les pelures que Joël trouve élégantes sont trop étroites pour le guerrier, qui ne compte pas se faire chiffonnier. Par contre, il a envie de mettre les points sur les i avec ce freluquet, et qu’il soit dans les vapes l’emmerde profondément. Les pintes de la veille se rappellent opportunément à lui, et délassant sa braguette, il pisse copieusement à la figure du vaincu, qui manque de s’étouffer en respirant de travers ce qui lui pleut sur la gueule.

« Mais… Mais… »

« Ca c’est pour avoir voulu me faire bouffer mes burnes. »

Avec un bon élan, Boerth lui balance un coup de pied dans les parties, assez fort pour les lui broyer. La descendance de ce crétin, il s’en balance, tout comme de sa douleur. Simplement, il faut que les choses soient claires. Maintenant sa priorité est de trouver un coin à l’ombre où récupérer, avant que les quais ne commencent à grouiller de monde et d’activité.


L'offre du capitaine

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La plupart des hommes aimaient mieux être appelés habiles en étant des canailles qu'être appelés des sots en étant honnêtes : de ceci, ils rougissent, de l'autre ils s'enorgueillissent.

Thucydide, Guerre du Péloponnèse III, 82


Beorth - Humain - Guerrier


Dernière édition par Beorth le Lun 1 Juin 2015 12:54, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Sam 9 Mai 2015 20:16 
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Un détail à régler

« Il semble que tu aies du répondant, et que tu saches te battre. »

Beorth considère le bonhomme grassouillet qui l’a interpellé, fermant à moitié les yeux pour ne pas subir l’affront des rayons du soleil montant. La présence de deux mastards, équipés de pied en cap pour la guerre sur ses talons fait passer à l’ivrogne l’envie de faire quelques mots d’esprit sur l’embonpoint de son interlocuteur.

« Ouais. »

« Je suis Ugléan, capitaine du Redoutable Jugement. Que dirais-tu de te rendre à Omyre ? Je t’offre le voyage sur mon navire. »

Malgré l’air innocent du rondouillard, Beorth flaire une possible embrouille.

« Tu m’as pris pour un pauv’ jobard ? Ch’ui plus assez grabasse pour m’faire avoir comme ça. Un r’pas gratuit, ça existe pas. Alors dis moi pourquoi tu m’proposes ça, combien ça va m’coûter, ou laisse moi aller dégobiller en paix. »

Curieusement le capitaine sourit, et ses deux gardes du corps continuent d’afficher leur mine patibulaire.

« Pas né de la dernière pluie, hein ? Bien, très bien même. Je transporte à Omyre une troupe de mercenaire pour mes maîtres. Des gens influents qui préfèrent rester discrets. Mon navire est affrété, prêt à prendre la mer, les frais payés, j’ai de quoi sans peine nourrir une bouche de plus. (On en nourrirait quinze avec la moitié d’un de tes repas je parie) Si je ramène une bonne recrue de plus, je n’en serai que mieux considéré, et toi, tu auras une opportunité de faire fortune. Tu es sans maître si j’ai bien compris ? »

« Ouais. Et d’quel tapin tu causes ? »

« Ce qu’on peut proposer à un homme qui n’aurait pas trop de scrupules, de la suite dans les idées, et surtout qui sait se battre. »

« M’faut l’temps d’faire mon lacsé… »


« Presse toi, nous n’attendrons pas bien longtemps. »


Vers Dahràm - Premier jour

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La plupart des hommes aimaient mieux être appelés habiles en étant des canailles qu'être appelés des sots en étant honnêtes : de ceci, ils rougissent, de l'autre ils s'enorgueillissent.

Thucydide, Guerre du Péloponnèse III, 82


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Dernière édition par Beorth le Lun 1 Juin 2015 12:55, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Sam 9 Mai 2015 21:14 
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Localisation: Dahram
Et quelques secondes plus tard, c'est un décor répugnant, en accord parfait avec les relents de poisson et de moisissures qui fit sont apparition. Des filets déchirés retenant tant bien que mal des cadavres de poissons éventrés dont la fraîcheur laissait à désirer, des barques miteuses flottant – par miracle pour certaines – sur des eaux sales, polluées. Toutes ces choses, dont l'immondice n'avait d'égal que l'inhospitalité des lieux, formaient le port d'Exech. C'était là qu'Aigle Brutal avait rendez-vous, c'était là qu'il comptait obtenir plus de renseignements sur ce qu'on attendait de lui.

Ignorant les rats qui se faufilaient entre ses pieds, le mercenaire continuait d'avancer en direction du seul endroit du port où l'agitation semblait régner en cette heure de la nuit. Une foule de badauds bruyants s'était rassemblée et chacun d'entre eux avait l'air plus patibulaire que son voisin. Étaient-ils tous là pour les même raisons qu'Aigle Brutal, le guerrier l'ignorait et il n'en avait cure, car il finirait bien par savoir, peut-être même plus tôt qu'il ne le pensait. L'homme encapuchonné qui avait fait venir le mercenaire ici monta sur un vieux tonneaux, se tint face à la troupe et leva la main droite pour intimer le silence. Aussi étonnant que cela peut paraître, le bruit cessa et le seul son qui persistait était celui de l'eau, régulier, apaisant diraient certains. Mais il ne tarda pas à être interrompu par l'encapuchonné, qui s'adressa à l'assemblée. De sa position, Aigle Brutal ne parvenait toujours pas à voir le visage du héraut qui se tenait face à eux, il arrivait tout juste à discerner deux rangées de dents jaunes et mal alignées qui dessinaient un sourire. Notre mercenaire eut alors un étrange pressentiment et les propos qui furent prononcés par la suite ne firent que confirmer ses craintes. Il avait été dupé.

«  Messieurs, vous êtes maintenant nos prisonniers. De vulgaires esclaves qui vont être revendus à prix d'or. »

Alors que la plupart des gaillards présents accusaient le coup et se plongeaient dans un mutisme profond, une poignée d'entre eux observaient les alentours. Aigle Brutal était de ceux-là et ce qu'il vit ne l'enchanta guerre. Des arbalétriers avaient fait leur apparition derrière le groupe et aux fenêtres de chaque bâtisse du port, coupant ainsi leur retraite et rendant la fuite terriblement ardue.

« Vous avez bien plus de valeur si vous restez en vie, alors j’apprécierai fortement que vous ne tentiez pas de fuir. Et que vous grimpiez tous sagement à bord de notre navire après avoir déposé vos armes. »

Le mercenaire ne l'entendit pas de cette oreille et décida de tenter sa chance. Il préférait nettement être mort que d'être revendu au premier bourge venu. Travailler gratuitement, très peu pour lui. Il se mit alors à courir, bousculant sans vergogne ceux qui avaient été ses compagnons d'infortune pendant quelques secondes. Et il plongea dans les eaux putrides, alors qu'au même moment, l'encapuchonné vociféra un « Tuez-le ! ». Les carreaux d'arbalète fusèrent et la panique la plus totale régnait désormais sur les quais. Certains voulurent suivre l'exemple d'Aigle Brutal, d'autres prirent les armes pour mourir dans l'honneur. Les victimes furent nombreuses et le mercenaire ne fut pas épargné. Alors qu'il nageait, deux carreaux vinrent se ficher dans son épaule gauche, rendant sa progression douloureuse et compliquée. Mais il ne pouvait pas s'arrêter. Il prit une grande inspiration en grimaçant de douleur et décida de continuer d'avancer quelques secondes en apnée, pour échapper à la vision des arbalétriers.

Son plan avait-il été efficace ? Ses ennemis avaient-ils abandonnés l'idée de le transformer en gruyère ? Il n'en savait rien, mais plus aucun projectile ne le frôlait. Il remonta donc à la surface et continua de nager dans l'obscurité la plus totale, longeant la ville, jusqu'au moment où il finit par atteindre la côte, aux abords de la ville. Épuisé, il rampa tant bien que mal hors de l'eau et s'assit. Même s'il était en sécurité sur le moment, il ne pouvait pas encore se reposer, car il ne savait pas s'il était encore poursuivit. Mais la priorité allait tout d'abord à son épaule. Mordant dans le manche de son épée, il arracha l'un après l'autre les carreaux qui lui avait transpercé la chair. Ses dents s'enfoncèrent du même coup dans la poignée de son arme, la marquant définitivement. Il enleva ensuite le haut de sa tunique sale et trempée et la déchira pour bander sa plaie. Aigle Brutal avait besoin de soins de toute urgence, mais ces pansements de fortune allait devoir faire l'affaire car le jour se levait et il aperçu, un peu plus loin, deux barques...Et quatre arbalétriers. Trempé, fatigué, blessé et torse nu, il prit de nouveau la fuite.

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 Sujet du message: Re: Le Port d'Exech
MessagePosté: Mer 27 Juil 2016 02:02 
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Inscription: Mer 15 Oct 2014 19:53
Messages: 213
Localisation: Alentours de Khonfas
La ville d’Exech est bien pire que ce à quoi je m’attendais. Sale, puante, désagréable, je regarde autour de moi avec effarement. Même les quartiers des esclaves de Khonfas ne me semblaient pas aussi sordides que ces lieux… J’avance donc aussi rapidement que possible, faisant attention à garder la tête baissée et le maintien assuré, comme si je savais pertinemment où je me rends. La seule demande d’où est le port que j’ai faite à un badaud m’a valu un crachat à mes pieds et une vague indication du bras. Aussi, lorsque j’arrive finalement à destination, c’est avec un mélange de soulagement et de dégout. Le port est à l’image du reste de la ville : un rebut de civilisation. Je m’étonne, moi, de penser ainsi, mais qu’y puis-je, après tout ?

Je demande à quelques marins dans le port qui m’indiquent un bateau, l’Arnaqueur, qui ferait la liaison entre Kendra Kâr et Tulorim. Cela me semble être une bonne base. Je m’en approche et on m’y apprend d’une voix mâchée que le navire doit partir dans l’heure pour la capitale de Nirtim et que je peux monter à bord, moyennant pécule. Je sors rapidement ma bourse, craignant qu’ils ne reviennent sur leur avis et leur tend le montant demandé. Cela me paraît beaucoup, mais je n’ai guère le choix et je redoute de rester trop longtemps ici, qui sait ce qu’il pourrait arriver. Je monte finalement sur le rafiot.

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Je pleure, parce que leur mort est mon fait.
Je pleure. Parce qu’elle était la vie, parce qu’elle était la fougue et la fureur d’aimer.


Thème de Sha'ale


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