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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Lun 12 Déc 2011 09:47 
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La matinée était très rapidement passée tant le paysage s'était transformé et avait captivé la Taurion.

« Pour moi aussi, ce voyage aura été plein de découvertes et d'une richesse inespérée. La première étape de ma mission s'est déroulée à merveille, j'avais pour mission de te trouver et tu es venue à moi... Dans un sale état, mais il n'empêche ! »

Le sourire avait rarement quitté son visage aux nuances émeraude, néanmoins, ce dernier s'était mué en un petit rire coquin. Lilie se révélait de plus en plus sociable, à mesure qu'elle apprenait à vivre avec autrui.

Alors qu’en plaine, à mi-chemin entre la Sororité et Eniod, il avait fait relativement bon et agréable du fait de l’air marin, Lilie commençait à ressentir ici la lourdeur de l’atmosphère. La végétation redevenait bien plus dense, en souvenir de la forêt d’Eniod qui devait peut-être s’étendre jusqu’en ces terres. La jeune elfe commençait à réaliser que ce territoire était peut-être lui aussi menacé par les Shaakts de Khonfas.

Rapidement, la Shaman due ralentir l’allure pour imiter Elliana. Cette dernière avait adopté un trot silencieux et observait de façon accrue son environnement. Elle semblait chercher quelque chose, mais Lilie n’osa briser le silence auquel toutes les deux s’étaient contraintes. La Taurion se montra alors nerveuse, oscillant de droite à gauche sur sa selle, avant de repérer, dans le paysage, des bruissements de feuilles trahissant une présence bien dissimulée.

Lorsqu’Elliana rompit le silence pesant qui s’était déposé sur elles comme un voile de ténèbres menaçant, l’elfe verte poussa un profond soupir de soulagement. Elle se ravisa pourtant, constatant qu’elle était la cible d’un arc fermement tenu par une Sœur. Visiblement, toutes deux se connaissaient, si bien que la Shaman lança un regard empli d’incompréhension.

« Pourquoi est-ce que je semble une menace alors que je t’accompagne ? », lui avait-elle demandé alors que la dénommée Pancratis avait reporté son attention sur Elliana pour échanger quelques paroles pacifistes et des regards qui voulaient probablement en dire long.

« Je ne suis pas un homme ! », avait-elle conclu, prouvant ainsi l’incompréhension la plus totale dans laquelle elle se trouvait en cet instant. Elle attendit des précisions tout en suivant cette nouvelle personne rencontrée. Cet accueil l’avait un peu bousculée, si bien qu’elle craignait à présent d’être mal accueillie par une certaine ‘doyenne’. Lilie n’avait pas connaissance de ce mot, mais ne voulut pas exprimer son ignorance.

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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Mer 14 Déc 2011 14:29 
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Elliana comprenait ton trouble et se rapprochant de toi te donna une rapide explication.

- « Pancratis est plutôt du genre à suspecter toutes les personnes qui entre ici. Elle ne fait confiance qu’à peu de femmes ici, d’où son arc pointé sur toi. Ne t’inquiètes pas, elle me fait la même scène à chaque fois. La doyenne a beau lui dire qu’elle en fait trop, elle est notre rempart le plus sûre contre les inconnues qui arrivent sur nos terres. »

Ce disant elle te montra d’un signe de tête le paysage qui venait radicalement de changer.


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Dim 7 Avr 2013 20:42 
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< (Réfectoire du monastère)

Je dû marcher ainsi, pendant quelques minutes, avant d’apercevoir enfin une lumière autre que celle produite par ma torche. Le long couloir débouchait sur une grotte, qui elle-même débouchait sur l’extérieur.
J’étais dehors. De là où je me trouvais, je pouvais voir le monastère à plusieurs centaines de mètres. Qui se doutait que cette simple grotte pouvait cacher un passage secret menant au monastère ? Pourtant, quelque chose clochait. Beaucoup de choses même.

(Pourquoi… ? Quelque chose ne va pas. Ce passage secret n’est pas récent, et pourtant, il est clairement construit par l’homme. Il est tellement bien placé que je ne peux que croire qu’il a été construit après le monastère. Je me demande si la Sœur Aristée est au courant…
Non. Elle semblait persuadée que la voleuse venait du monastère en lui-même.
Mais plus important, comment retrouver quelqu’un qui se trouve à l’extérieur… ?
Cela peut-être n’importe qui, n’importe où…)


Hochant la tête, tentant de reprenant confiance, et comptant bien mener à bien la première mission qui m’avait été confiée, je déposai la torche à l’entrée du passage secret, avant de partir à la recherche d’indice, d’emprunte, ou d’une piste.

Il ne fallut pas longtemps avant que je ne trouve des empreintes de pas, partant de la grotte, et se dirigeant plus loin vers un petit bois dense. La végétation était épaisse, et ne laissant pas, ou peu passer la lumière du jour. Il était dur dans une telle situation de retrouver la trace de quelqu’un.
Mais… A ma plus grande surprise, ce n’est pas moi qui trouva celle que je cherchais, mais bien elle qui me trouva.

Des bruits de branches qui se brisent.
Quelqu’un qui pousse un cri.
Une jeune enfant me bondissant dessus, un couteau à la main.

Fort heureusement pour moi, j’avais bien pensé ce matin à amener avec moi ma lame et mon bouclier d’entrainement. Levant ce dernier tout juste au dernier moment, je pu me protéger de la lame qui fondait sur moi, évitant une blessure grave au prix d’une éraflure sur mon bras qui le brandissait.

Vive comme l’éclair, l’enfant qui ne devait pas avoir plus de douze ans s’apprêtait à m’attaquer à nouveau. Elle était paniquée. Elle savait pour quelle raison j’étais là. Peut-être même m’avait-elle vue arriver depuis la grotte. Mais ce qui me tracassais réellement était le pourquoi j’étais attaqué, et surtout, pourquoi elle était aussi habile et vive avec un couteau…

L’effet de surprise estompé, l’enfant continuait pourtant ses assaut incessants, ne me laissant pas le temps de réagir autrement qu’en levant mon bouclier à chaque coup pour me protéger.
Pendant une courte pause qu’elle du marquer pour récupérer son souffle, je pu enfin prendre la parole :

« Je ne te veux aucun mal !
Pourquoi m’attaques-tu ainsi… ? »


Essoufflé, la jeune humaine répondit d’une petite voix :

« Vous êtes là pour me tuer…
Je ne veux pas mourir ! »


De nouveau, elle brandissait sa lame dans ma direction, mais elle commençait à trembler…

« Je ne te veux réellement aucun mal ! » répliquais-je en levant les bras.
L’enfant ne répondit qu’avec son regard, et son doigt, qui pointait la lame accrochée à ma ceinture.
« Regarde, je pose par terre mon épée, et mon bouclier.
Je peux parler avec toi maintenant… ? »


La petite fille ne lâcha pas son arme, mais montrait de plus en plus de signe d’hésitation.

« Que fais-tu seule dans la forêt, et armée de ce couteau… ?
Pourquoi as-tu ainsi peur que quelqu’un ne veuille te tuer… ? »


L’enfant baissa le regard, avant de répondre.

« Parce que je suis une voleuse… Les adultes tuent les voleurs… »
La peur se lisait dans les yeux. Elle avait dû assister à une exécution publique d’un bandit, pour ainsi être aussi terrifiée…

M’asseyant au sol, comme pour montrer que je détendais et que je ne voulais absolument rien lui faire, je continuais alors de poser mes questions :

« C’est toi qui a volé la nourriture au monastère… ? »
Elle fit un signe de oui, sans pour autant baisser sa garde, les yeux toujours fixant le sol.
« Mais pourquoi ? Tu aurais pu simplement réclamer de la nourriture, tu n’avais pas à la voler… »

Abandonnant finalement toute hostilité, la petite fille m’imita, et s’assis sur le sol couvert de feuillage et de branches.

« Parce que les gens de la ville me recherchent eux aussi… Je suis une voleuse, je n’ai pas de parents, pas de maison… »

Je lui souris, alors qu’elle relevait les yeux, à la recherche des miens…

« Je vois, ça n’a pas dû être facile tous les jours…
Mais tu n’as plus besoin de voler. Viens avec moi au monastère, tu pourras avoir un lit au sec, et de la nourriture. »


D’un bond, elle fut de nouveau sur ses pieds, sa lame de nouveau pointée vers moi, son hostilité revenue.

« Non !
Vous essayez de me piéger ! »


Hochant la tête sur le côté, je ne m’étais toujours pas relevée. Je lui répondis :

« Pourquoi le ferais-je… ?
Je te comprends. Moi non plus je n’ai pas de parents, j’ai été élevée ici, au monastère depuis que je suis tout bébé. »

La jeune fille avait relâché sa garde, écoutant mes propos avec intérêt, comme si j’avais touché la corde sensible.
« Le passé importe peu ici, ce qui importe, c’est ce que tu vas faire, et comment tu vas te comporter dès à présent…
Bien sûr, il reste le problème du vol que tu as fait dans la réserve… »

Les yeux de l’enfant se baissèrent de nouveau. Elle regrettait, c’était évident. Mais je ne cherchais pas à l’enfoncer, le fait qu’elle se sente coupable était déjà une punition suffisante.
« Mais je suis persuadée que si tu fais tes excuses, ce sera immédiatement oublié, et tu pourras vivre parmi nous ! »

Les yeux de l’enfant se levèrent, contenant une lueur d’espoir.
Elle réplica :

« C’est… C’est vrai… ? »

Je me relevais, dépoussiérant rapidement mes cuisses couvertes de brindilles, avant de tendre la main vers la jeune fille, et de lui répondre :

« Je te le promet. »

Elle se sait finalement de ma main, affichant un sourire innocent pour la première fois depuis le début de notre conversation. Récupérant mon matériel éparpillé sur le sol, je me mis finalement en route en direction des portes du monastère en tenant toujours les mains de l’enfant. Il fallait que je fasse mon rapport à Aristée, avant même toute autre chose.

(Le Réfectoire du monastère) >

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Mélina, Guerrière Humaine de niveau 1


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Ven 24 Mai 2013 10:24 
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INTERLUDE : EN TERRITOIRE HOSTILE


38. La folle à flèches.


Sump marchait depuis le matin, le soleil ne manquant pas de frapper son crâne de de ces puissants rayons. Les deux ou trois derniers jours, il n'avait pas fait grand-chose à part cela.

Voulant s'éloigner à tout prix de la Ferme Abandonnée de Jarvron et de la ville de Dehant, il avait foncé vers le Nord puis avait bifurqué vers l'Ouest dans l'espoir de brouiller les pistes des possibles personnes qui s'étaient mises ou qui se mettraient à sa recherche. Il n'avait pas la moindre idée d'où il allait mais il était conscient qu'il était à présent un criminel recherché et que dorénavant, il devra bien faire attention, les menaces pouvant surgir de n'importe où et devait éviter le plus possible les endroits fréquentés comme les routes.

De toute façon, il était habitué à ça, ayant toute sa vie vécut caché. Aussi, il ne regrettait rien. Pour rien au monde il ne changerait quoique ce soit sur les récents évènements. Il avait sa relique, un tas de nouvelles possessions et trois fois plus d'argent qu'il n'en avait jamais eu et en seule contre-partie, il devait quitter son lieu d'habitation et fuir la milice du Comté.

Il restait persuadé que cela en valait largement la chandelle.

Il avait l'intention de partir loin du Comté de Nelys... de sillonner tout le continent jusqu'à qu'il trouve une forêt sympathique dans laquelle il pourrait continuer sa vie, ce qui lui permettra de voir du pays en attendant de la trouver...

En vérité, il n'avait pas vraiment de projet mais pour éviter de se heurter à sa désorientation totale et à sa peur de l'inconnu, il marchait. Et marchait encore.

Il épongea son front luisant de sueur. Il faisait de plus en plus chaud à mesure qu'il progressait et le paysage s'en ressentait.
L'herbe, haute, était sèche et arborait une couleur vert pâle, parfois jaune et la végétation, abondante, même si elle n'était pas aussi verdoyante que celle qu'il y avait plus au Sud, était composée de bosquets épineux, de petites forêts de broussailles assez vertes et d'arbres solitaires au tronc lisse et au feuillage haut. La région semblait déserte de toute civilisation.

Pour le Gobelin, c'était simple : il progressait en pleines terres inconnues des Hommes et des autres races ce qui expliquait l'absence d'habitations ou de fermes. Dans le comté de Nelys, les terres étaient bien plus vivantes et il y avait des routes très souvent empruntées et il était rare de faire cent mètres sans tomber sur une ferme ou un hameau, ici cependant, il n'y avait rien de tout cela...Juste la nature dans toutes sa splendeur.
Sump en conclut donc qu'il était sorti du Comté de Nelys et même si cette végétation était différente de son domaine de prédilection qu'était les forêt de touffus humides où il avait vécut toute sa vie, il était toutefois content d'observer un nouvel écosystème, ayant, ces derniers temps, développer une passion pour le voyage et les découvertes.

Le Sekteg s'arrêta et, tous ses sens en action, attendit quelques secondes sans rien faire avant de reprendre sa marche à travers les brousses, l'air satisfait.

Durant ce bref arrêt, il avait entendu, en plus des piaillements d'oiseaux, divers cris de grillons et de sauterelles et avait même cru percevoir le bruit d'un gros rongeur s’enfuyant dans les brousses.

Son dernier repas datait de neuf ou dix heure du matin et la faim commençait légèrement à poindre le bout de son nez. Ce repas avait été composé de quelques baies et des restes d'une poule qu'il avait volé à un fermier au début de son voyage vers le Nord de Nelys.
Il se rappelait que c'était aussi ce jour-là qu'il avait peiné à comprendre le mécanisme de la ceinture qu'il avait trouvé à côté de la dague dorée. En une vingtaine de minutes, il l'avait enfin autour de sa taille tandis que les bottes de l'aventurier de la Ferme Abandonnée avaient pris place à ses pieds. La cape, Sump ne l'avait pas mise, ne sachant pas faire de nœuds et n'ayant rien pour l'attacher et il l'avait donc laissé dans son sac.

De toute façon, avec cette chaleur, qui porterait une cape ?

C'est en pensant à cela qu'il se mit en quête d'un bon arbre pour la nuit. Bien que cette dernière ne tombât que dans une demi-dizaine d'heures, il avait l'intention de se chasser un bon repas pour ce soir...

Il regarda autour de lui pour trouver son lit de cette nuit lorsqu'une flèche vint se planter dans un tronc à un mètre de lui avec un bruit mât.
Ébahi et incrédule, le Sekteg fixa un instant le projectile, pétrifié puis recula de quelques pas en cherchant des yeux le tireur lorsqu'une deuxième se planta dans le sol à ses pieds, le faisant sursauter.

(Qu'est-ce que...?)

Il recula encore et leva la tête. À l'ombre d'un arbre, sur une colline le dominant a une vingtaine de mètres, il aperçut une petite silhouette au longs cheveux bouclés.
Alors qu'il devina qu'une autre flèche allait être tirée, il détala dans le sens inverse de son assaillante sans demander son reste, son cœur battant la chamade et son esprit se posant des tonnes de questions :

Pourquoi ? Qui ? Était-ce la milice de Dehant qui l'avait traquée puis retrouvée ?

Alors qu'il se mit à courir, il entendit un sifflement sûrement émis par cette femme mais il ne se retourna pas pour vérifier.
Le bout de sa botte percuta alors un caillou dissimulé sous les herbes hautes et après un court vol plané, il s'affala de tout son long.

Grognant de douleur, il se releva rapidement, et il se remit à courir.
Il perçut alors le galop d'un cheval qui se rapprochait, encouragé par les exclamations de sa maîtresse.

Il poussa un couinement désespéré entre deux halètements. Ça n'allait pas se finir comme ça tout de même ? Alors qu'il venait juste d'acquérir un objet que personne d'autre ne possédait ? Tué bêtement pour une raison encore inconnue ?

Alors qu'il perdait espoir et qu'il commençait à songer à se retourner pour tenter de défendre chèrement sa peau, il vit un petit arbre perdu au milieu des hautes herbes sèches. Son épais feuillage cachait son tronc si bien qu'on aurait dit un gros buisson.

Au comble du désespoir, il se jeta à travers les feuilles et s'écrasa dans les herbes hautes.
La feuillée de l'arbre créait comme une bulle autour de ce dernier et Sump eut bientôt une idée.

Il sortit précipitamment sa cape dans son sac, se cacha en dessous et s'enfonça autant que possible dans les herbes.

Il avait découvert que le tissu dans lequel avait été faites cette pièce d'équipement fournissait un assez bon camouflage pour peu qu'on se cachait en dessous et qu'on ne bougeait pas.

Il se mit à attendre. Il n'avait que ça comme solution. S'il avait continué à courir, il n'aurait jamais distancé le cheval qui l'aurait très rapidement rattrapé.

Il entendit ce dernier passé devant l'arbre et continuer sa route. N'osant tout de même pas faire le moindre geste, le Gobelin retint son souffle en observant le petit papillon grisâtre qui voletait énergiquement juste au-dessus de son nez, sous la cape, le chatouillant.
Cette soudaine immobilité en plus de la chaleur le fit suer abondamment.

Alors, il entendit le cheval revenir et s'arrêter devant l'arbre avec un soufflement. Il devina que sa cavalière en descendit et bientôt le il comprit que le visage de cette dernière venait de percer le feuillage de l'arbre pour observer l’intérieur de cette bulle de feuille sans piper mot.
Pendant quelques secondes qui parurent durer une éternité au Gobelin planqué il ne se passa rien. Ce dernier déglutit avec difficulté, tous les muscles tendus, tous ses sens en action, près à bondir sur sa traqueuse pour l'égorger si jamais elle le découvrait. Puis il entendit la femme souffler d'agacement :

"Saloperie de Sekteg."

Et elle remonta sur son destrier pour repartir au galop dans la direction qu'elle avait prise plus tôt, sans doute croyant que sa proie avait continué sa course.

Sump poussa un soupir de soulagement. Elle ne l'avait pas vu, enfoncé dans les herbes et sous sa cape, derrière le tronc du petit arbre.
Il se releva et essuya son visage luisant de sueur avec la pièce de tissu qui venait de lui sauver la vie.

Maintenant il fallait qu'il s'en aille. Qu'il parte dans une autre direction afin qu'elle ne le retrouve jamais. Mais qui était-elle ? Pourquoi voulait-elle sa mort ? Était-elle une voleuse qui détroussait le premier venu ? Ou faisait-elle partie d'une sorte de milice amie avec celle de Dehant ?

Il était impossible qu'elle fasse partie de cette dernière puisqu'elle n'en portait pas les couleurs et que s'il réfléchissait un peu, Wace devait à peine être arrivé à la ville maintenant. Les renforts arriveraient donc dans encore deux jours pour qu'ils commencent à rechercher Kronh.
Donc ils ne pouvait pas encore être au courant pour ses mauvaises actions. À moins qu'ils connaissent un moyen de faire les voyages plus vite ? Où encore qu'ils possèdent un moyen de communication qui leur permettrait de prévenir les miliciens des environs qu'un dangereux Gobelin était en fuite ?

Ce dernier était tellement ignorant ! Il pouvait y avoir des tas de moyens pour le retrouver qu'il ne soupçonnait même pas ou qui pourrait au moins fausser ses faibles estimations de Sekteg...

Ne laissant pas le doute, la peur et le désespoir le faire s'effondrer, il décida de se remettre en route afin de s'éloigner le plus possible de cette folle à flèches...

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Sump


Dernière édition par BreadOOney le Ven 26 Aoû 2016 08:35, édité 13 fois.

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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Dim 26 Mai 2013 04:10 
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39. Décidément hostile.


Les eaux du fleuve étaient déchaînées et faisaient un boucan de tous les diables. Même avec son ouïe aiguisée, Sump ne percevait rien d'autre que ce grondement sourd qui lui secouait le cerveau. Ses berges étaient très rocheuses et infestées de plantes sèches diverses et variées et c'est sur une de ces berges au milieu des plantes que le Sekteg était en train de se désaltérer goulûment, la tête plongée en avant dans l'eau fraîche.

Il se releva et s'essuya la bouche avec son poignet en observant le bâtiment qu'il voyait plus loin à quelques heures de marche. Il ressemblait à un grand château mais il avait du mal à le distinguer à cause de toutes les plantes autour de lui. Cet édifice était au sommet d'une colline et en face de lui, sur une autre saillie presque identique, le fleuve les séparant, plusieurs petits lotissements étaient là mais le Sekteg était trop loin pour qu'il puisse discerner quoi que ce soit d'autre.

Entre les deux collines, le fleuve semblait se jeter dans une sorte de grand lac qui était en vérité la mer mais ça, l'ignorant Gobelin n'avait aucun moyen de le savoir.
Jusque-là il avait cru que la région était déserte mais apparemment c'était loin d'être le cas et si les habitants étaient aussi amicaux que celle qui l'avait pris en chasse en manquant de le tuer plus tôt dans l'après-midi, il n'avait aucune envie d'aller à leur rencontre.

De toute façon, il ne serait pas aller à leur rencontre... Il avait autre chose en tête.

Il avait décidé de remonter le fleuve jusqu'à la grande forêt qu'il distinguait au loin, à l'opposé de la forteresse. Mais tout cela ce serait pour demain matin. Pour l'heure, il était grand temps d'aller se coucher.

En effet, les heures qui avaient suivi la course-poursuite avec la folle furent plutôt pénibles. Le Gobelin avait marché sous le soleil de plomb jusqu'au crépuscule, se jetant par terre au moindre bruit, la fatigue accumulée au cours de ces derniers jours pesant sur lui comme un lourd fardeau et la faim tenaillant son estomac.

Ce ne fut donc que lorsque la nuit tomba qu'il trouva un arbre à sa convenance dans lequel il pourrait faire sa nuit. Il avait le tronc lisse et était assez haut tout en conservant un épais feuillage. Il se trouvait au milieu d'une plaine d'herbe jaune grâce à laquelle le Sekteg pourrait voir arriver les menaces de loin.

Il fallut au jeune Gobelin trois essais et trois chutes pour parvenir à y grimper et s'était alors ensuivi un combat aussi court que sauvage contre un oiseau qui prit finalement la fuite, non sans laisser une petite égratignure sur une des arcades sourcilière de son assaillant mais aussi ses trois œufs bien ronds.

Ce qui réglait le problème du repas...

Sump s'installa sur la fourche qu'il avait choisie. Il s'empara d'un des œufs et le cogna faiblement mais fermement contre une branche à côté de lui puis renversa la tête en arrière avant de séparer la coquille en deux et de laisser tomber la nourriture dans sa gueule munie de canines pointues et affutées comme des rasoirs mais aussi sales qu'une poubelle.

L'oisillon était déjà bien formé à l'intérieur ce qui donnait presque l'impression au Gobelin de manger de la "vraie" volaille et non pas un petit tas de chair à peine formé.

Il lécha et suçota avidement l'intérieur des deux parties de la coquille et recommença la même chose avec les deux autres œufs en jetant négligemment les coquilles vides en bas de son arbre.
La volaille ne faisait pas partie de ses aliments favoris. Où en tout cas quand elle n'était pas cuite. Les œufs, c'était pire...il n'en mangeait que lorsqu'il avait très faim et qu'il n'y avait rien d'autre.

Le ventre plein et alors que le soleil finissait de disparaître derrière l'horizon, il étouffa un rôt et prépara son lit. Son sac sous sa tête et sa cape sur lui, comme une couverture.
Il ne tarda pas à s'endormir, bercé par le bruit des nombreux insectes nocturnes et par le grondement lointain du fleuve en colère.

***

À l'aube, le Gobelin sortit du lourd sommeil sans rêves dans lequel il était profondément enfoncé à cause de bruits de pas dans l'herbe sèche. Un de ces yeux s'ouvrit avec difficulté et alors qu'il allait s'étirer, il se rendit compte à quel point la situation était alarmante.
Quelqu'un se dirigeait vers lui et ce pouvait très bien être la femme d'hier. Ou quelque chose du même genre.
Se figeant, il écouta sans oser se retourner pour voir quelque chose. L'inconnu sembla s’arrêter de marcher puis le Gobelin perçut un léger bruit métallique suivi d'une sorte de bruissement et enfin un autre son, continu, qu'il n'arriva pas à identifier.

Il se tourna finalement pour regarder vers le bas et tout ce qu'il vit fut une masse de cheveux gris bouclés sur ce qui semblait être une femme accroupie au pied de l'arbre.

(Qu'est-ce qu’elle fout ?)

L'inconnue finit par se relever en poussant une sorte de soupir, remonta son pantalon et rattacha sa ceinture.
Le Gobelin se détendit un peu. Elle était juste en train de faire ses besoins et elle ne l'avait pas vue... Comment aurait-elle pu d'ailleurs ? Caché sous sa cape, parmi les feuilles et les branches de l'arbre, Sump était invisible.

Elle s'éloigna ensuite doucement, trop au goût de Sump, vers un feu encore fumant, en dessous d'un gros rocher incliné, à une dizaine de mètres de là où deux chevaux étaient en train de brouter paisiblement. Ils avaient dû s'installer ici pendant la nuit. Sump s'en voulait de ne pas les avoir entendus.

Arrivée près du restant de feu, Cheveux-gris donna un rapide coup de pied dans la personne qui dormait encore, emmitouflée dans son sac de couchage.

Avec un gémissement, la tête d'une jeune femme apparut de dessous le bivouac. Elle semblait jeune et avait des cheveux raides, longs et bruns, presque rouges qui étaient ébouriffés sur sa tête.

Le cou tendu à l'extrême, La Sekteg vit la jeune femme lever les yeux vers l'autre qui sembla lui dire quelque chose à voix basse.
Cheveux bruns se leva alors, prit son arc, une pièce de bois clair assez simple, encocha une flèche...et visa l'arbre dans lequel était le Gobelin !

Les yeux écarquillés, ce dernier attendit en retenant son souffle, n'y croyant pas. C'était impossible qu'elles l'aient repéré !

La flèche vint pourtant bel et bien se planter dans le tronc à un mètre au-dessus de lui, traversant les feuilles et les fragiles branches hautes. Fixant pendant un instant le projectile, le Gobelin sut maintenant avec certitude qu'il était découvert.
Sans essayer de comprendre comment, le Gobelin rangea sa cape dans son sac à la hâte et glissa précipitamment le long du tronc. Malheureusement, il glissa et tomba sur les fesses dans l'herbe. Aussitôt, la femme aux cheveux gris s'esclaffa puis s'écria avec un ton triomphal en s'emparant de son sabre qui était posé terre dans son fourreau :

"Ah, ah ! J'en étais sûr ! Regarde ce qui tombe des arbres !"

Puis elle se rua sur lui.
Sump, avec une agilité qui surprit son assaillante, se releva avant de se mettre à détaler.
Décidément... Pourquoi lui en voulait-on tant ? Le Gobelin commençait à penser qu'il s'agissait d'un pays entièrement composé de voleurs, de malfrats et de bandits qui vivaient juste des richesses des autres, ceci expliquant ainsi l'absence de fermes ou autres habitations...

Alors qu'il courait aussi vite que possible, il entendit un ricanement puis le bruit d'un cheval au galop. Sump ne put s'empêcher de grogner de peur et de désespoir.

Alors là, c'était la fin. Elles étaient deux, il n'y avait pas la moindre cachette et de toute façon, elles étaient trop proches de lui pour qu'il espère leur échapper...

Pourtant il ne s'arrêta pas de courir. Il vit du coin de l’œil les pattes puissantes et musclées du cheval couleur chocolat qui courait maintenant à ses côtés.
Alors Sump freina brutalement et repartit dans une autre direction sans savoir que cette feinte ne lui avait pas seulement fait gagner du temps. Elle lui avait aussi sauvé la vie...

En effet, Cheveux gris, qui à ce moment-là avait levée son sabre pour trancher en deux le fuyard, ne réussit qu'à lui ouvrir légèrement une plaie au-dessus d'une de ses omoplates.

"Saloperie !" jura-t-elle en faisant décrire une volte-face à sa monture. Elle était tellement sûre d'elle qu'elle prit même le temps de s'arrêter pour hurler à sa coéquipière qui était encore au campement, comme figée : "Oh, Lisa, bouge-toi un peu bordel !"

Sump lui, ignorant la douleur qui fusait d'en dessous de son épaule droite ainsi que le liquide chaud et poisseux qui coulait le long de son dos, arriva devant les berges rocailleuses et abondantes en végétation du fleuve qui déversait toujours sa rage en grondant.

Il sauta de pierres en pierres en évitant les minces troncs de quelques arbustes puis regarda furtivement derrière lui. Il vit la femme au sabre, maintenant à pied, sa monture ne pouvant pas progresser dans ce genre de terrain, le suivre de près en tranchant tout obstacle avec son lourd sabre à la lame noire.

Elle était fichtrement rapide !

Malgré toute sa dextérité de Sekteg, elle gagnait progressivement du terrain et bientôt, il entendit le bruit de ses bottes sur les pierres et le bruissement des différentes plantes qu'elle écartait brutalement, à quelques mètres derrière lui ainsi que sa voix rapeuse :

"Ah, ah, désolé mais c'est terminé, mon gars !"

Alors qu'elle disait cela, une flèche frôla le Gobelin alors qu'il avait bondi pour atteindre une autre pierre. Le perturbant, il se réceptionna mal et tomba dans un des rares trous de terre humide sans présence de roches.
Cheveux gris surgit, un sourire diabolique et cruel sur ses lèvres charnues. Elle était plus âgée que ce que laissait penser sa prestance et son agilité tandis qu'une lueur de démence brillait dans ses yeux bleus aciers... Le Gobelin remarqua alors qu'elle avait une petite cicatrice verticale sous l’œil gauche...

Elle brandit son sabre mais les doigts de Sump trouvèrent alors une petite pierre de la taille d'une prune et ni une, ni deux, il la lança en direction du visage de son assaillante qui se la prit entre les deux yeux. En poussant un cri, elle recula et faillit trébucher sur les pierres derrière elle.
Assez fier de lui, le Gobelin se redressa rapidement et continua sa course en l'entendant pousser un cri de rage derrière lui.
Il s'agissait d'une nerveuse apparemment.

Sump savait qu'il ne lui restait qu'une seule solution pour lui échapper et espérer s'en sortir vivant : Sauter dans les eaux tumultueuses du fleuve.

"Je vais te tuer, mon petit !" susurra la femme à sabre tout de même proche de lui d'un ton doucereux qui cachait mal sa rage.

Mais avant qu'elle n'ait pu mettre sa menace à exécution, le Gobelin, en dérapant légèrement, gravit un gros caillou en forme de pointe qui montrait le ciel et qui sortait de la végétation et sauta.

Le Gobelin vit furtivement la femme aux cheveux gris le regarder tomber, une lueur de frustration dans les yeux puis il plongea la tête la première dans le chaos des eaux.

... Il ne savait pas nager.

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Sam 20 Juil 2013 09:28 
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40. La fin de l'aventure ?

Il plongea la tête la première dans l'eau et fut entraîné comme un fétus de paille, balloté par les remous du fleuve déchaîné. Il heurta de plein fouet un rocher qui se tenait là, au milieu de l'eau, luttant contre cette force qui voulait l'entraîner. Le Sekteg resta collé sur cette roche un petit moment avant de passer par-dessus. Il tenta désespérément de s'y accrocher mais il ne pouvait lutter contre cette puissance. Il en profita toutefois pour prendre une bouffée d'air précipitée avant de continuer sa route vers le cauchemar.
Ce ne fut plus alors que des flashs de lumières vives à mesure que les remous le remontaient à la surface juste avant de l'envoyer à nouveau vers le fond, le faisant effectuer des roulés-boulés dans l'eau.
Il n'avait plus aucune orientation mais continuait à essayer de lutter.

Pendant les quelques secondes que dura cet enfer, que Sump aurait plutôt pris pour des minutes, de drôles d'images firent irruption dans son esprit et firent le tour de sa vie.
Ses nuits dans les différents arbres de Nélys, ce fabuleux moment où il avait enfin réussit à tuer un daim, son arrivée à Jarvron, ses récentes aventures avec Luda, Wace et Kronh...tout y passa.

Alors qu'il fut projeté une fois de plus vers le fond, son frêle mollet se coupa sur une pierre tranchante qui se trouvait là puis l'instant d'après, il tomba.

Où, le Sekteg l'ignorait. Il était encore conscient mais semblait progresser dans un rêve. Le temps était comme ralenti.
Il chuta donc dans de l'eau, encore... Puis ce fut le néant.

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Sam 20 Juil 2013 09:30 
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41. La petite Fouly.


"Eh ho, toi !"

Sump était bien actuellement. Il était allongé sur quelque chose de très confortable. Il grogna.

Il avait mal à la tête, à la clavicule droite ainsi qu'au poignet droit.

"Réveilles-toi ! C'est pas l'heure de faire dodo !"

Le Gobelin grogna de nouveau. C'était quoi encore ça ? Qu'est-ce que c'était que cette voix fluette et agaçante ?
Il ouvrit enfin les yeux. Il était sous des arbres dont le feuillage occupait la moitié de son champ de vision actuel. L'autre moitié était occupée par un ciel bleu parsemé de petits nuages tandis qu'un grondement sourd persistait, faisant vibrer ses tympans.

C'est ce dernier qui remit les idées en place dans la tête du Seketg. Il était vivant ! Il avait survécu à la chute dans le fleuve déchaîné !

Aussitôt, il se redressa. Il était sur une sorte de berge sablonneuse très humide et pour cause, il se trouvait à quelques centimètres d'un trou d'eau qui était abreuvé par une petite chute d'à peine une demi-dizaine de mètres elle-même entourée d'une végétation abondante. C'était de là-haut qu'il venait.

Le Sekteg se leva et se retourna. Il avait complètement oublié la voix, étant encore dans le cirage lorsqu'il l'avait entendu.
Il vit alors une sorte de petite forêt humide assez dense comme il avait l'habitude d'en voir et la température était fraîche. Il contempla ensuite la chute. Il se trouvait dans une sorte de trou cerné de falaises.
Le fleuve l'avait entraîné jusqu'à cette chute puis le courant, alors beaucoup plus faible l'avait emporté paisiblement sur cette berge sablonneuse.

Mais comment avait-il fait pour se hisser à cette distance ? Le courant n'était pas assez puissant pour l'avoir emporté jusqu'ici. Là, on aurait dit qu'il avait littéralement jailli de l'eau...

Sur sa droite, le fleuve continuait à couler paisiblement vers un autre lac qui semblait sans fin et ou les parois des collines s'élargissaient. Il vit avec surprise une sorte de plate-forme traversée le fleuve pour rejoindre l'autre côté. Il avait dû se rapprocher du bâtiment qu'il avait vu la veille...Ce qui n'était pas forcément une bonne chose même s'il ignorait encore s'il serait bien reçu.

"Bonjour." fit la voix fluette derrière lui.

"Ah !"

Sursautant, Sump dégaina sa dague dorée et fit volte-face prêt à éliminer toute menace où au moins à défendre chèrement sa peau.
Il ne vit tout d'abord personne puis quelqu'un sortit de derrière l'enchevêtrement de lianes et de plantes derrière lequel il était jusque-là caché.

"Eh, t'énerve pas voyons !" s'écria l'inconnu l'air effrayé en présentant ses paumes.

Sump baissa son arme et pencha la tête sur le côté, intrigué.

(Qu'est que c'est que ça ?) se demanda-t-il.

La créature qui lui faisait face était plus petite que lui et était habillée de vêtements simples et clairs assez sales et humides. Son visage était celui d'un chat noir tandis qu'une petite queue flottait derrière elle.

Sump avait déjà rencontré un chat étant plus jeune et il avait réussi à le tuer, sauf que celui qui se trouvait devant ses yeux était presque aussi grand que lui, parlait, se tenait debout et était habillé !

"Tu...?" commença le Gobelin.

"Mon nom à moi c'est Fouly et toi ?" l'interrompit la drôle de chose d'un ton confiant et en se rapprochant un peu.

"Recule !" beugla le Sekteg apeuré et méfiant en brandissant sa lame de plus belle.

La dénommée Fouly leva une nouvelle fois les mains en l'air et cria, un air mi-agacé mi- affolé sur son visage félin :

"Ça va, ça va ! Je veut pas te faire de mal ! C'est moi qui t'aie hissé hors de l'eau ! Je t'ai sauvé la vie !"

Sump plissa les yeux et baissa un peu son arme en réfléchissant à la question qu'il pourrait poser :

"T'es quoi ?" finit-il par demander.

Fouly parut décontenancée par la question mais elle répondit tout de même :

"Et bien...euh... je suis une Woran." dit-elle, calmement comme si elle s'adressait à un enfant un peu lent. "Et j'ai, proportionnellement à toi, neuf ou dix ans."

Sump ne savait pas ce qu'était qu'une Woran mais il devait s'agir du même principe que les habitants du village de Jarvron qui eux étaient des loups qui se tenaient debout. Les Worans étaient donc des chats qui se tenaient debout. Telle fut la conclusion du Gobelin, qui toujours soupçonneux, grogna à son interlocutrice :

"On est où ?"

La petite Woran sourit poliment et tendrement :

"Oh, tu t'es perdu, n'est-ce pas ?" dit-elle. "Nous sommes dans le territoire de la Sororité de Selinhae."

Devant la mine interloquée du Sekteg à qui le nom du territoire n'avait provoqué aucune réactions, elle ajouta à voix basse :

"Tu sais, l'endroit interdit aux garçons."

À partir de là, tout se mit en place dans l'esprit de Sump. Ainsi, c'était pour cela qu'il se faisait attaquer et chasser depuis deux jours. Si l'endroit était interdit aux mâles, il n'avait pas le droit d'être là.

"Tu es la bienvenue ici en tout cas." ajouta la Woran.

À ce moment-là, un ange sembla passer tandis que les deux personnages se regardèrent silencieusement, lui la mine soupçonneuse, elle, un grand sourire sur les lèvres.
Puis ce sourire s’effaça soudain et elle recula, l'air complètement affolé avant de s'écrier :

"AH ! Mais tu es un garçon !"

Remarquant l'incompréhension croissante du Gobelin, elle s'avança toutefois vers lui assez timidement et murmura :

"J'en avais jamais vu avant, c'est pour ça."

Puis elle l’attrapa par le bras, l'air soudain très attentionnée :

"Aller, viens, je vais te soigner."

Elle le conduisit dans la petite forêt puis se positionna derrière le Gobelin pour lui enlever sa tunique sans manche.

"Pouha, elle pue !" commenta-t-elle en riant.

Elle s'arrêta toutefois de rire quand elle découvrit la plaie au-dessus de l'omoplate du Sekteg, une œuvre de cheveux-gris.

"Ça doit faire mal..." couina-t-elle en jetant le vêtement de Sump par terre.

Celui-ci, qui en avait vu d'autres, grogna un "Mouais" sans savoir que cette réponse allait rendre la petite Woran totalement admirative de son "courage".
Après quoi, il se mit à fouiller dans son sac.

Il ne se rendait pas compte que si pour lui, ces blessures ne semblaient pas inquiétantes, le principal pour lui étant qu'il soit encore en vie et capable de fuir, le reste importait peu, nombreux auraient été beaucoup plus préoccupé.

La nuit après avoir quitté le village de Jarvron, Sump avait découvert dans son sac trois bandes de bandages blancs imprégnés de baume à l'odeur agréable dans son sac. Apparemment, l'Ancien lui avait laissé ce cadeau en prévision de ces futures blessures et il avait à priori bien fait.
Le Gobelin les sortit donc et les donna à sa petite compagnonne du jour. Celle-ci eut l'air ravie et commença à soigner le Sekteg en lui racontant beaucoup de choses sur sa vie à la Sororité. Et ce sans s'arrêter une seule seconde.

Elle lui apprit ainsi qu'ils se trouvaient non loin du château, qu'elle appelait monastère. C'était l'endroit où toutes les sœurs de la Sororité vivaient. Elle lui apprit aussi qu'elle avait toujours voulu rencontrer un garçon pour voir à quoi cela ressemblait et que depuis toute petite, elle désirait s'enfuir de la Sororité. C'était la raison pour laquelle elle se trouvait dans cet endroit au moment où Sump était tombé de la chute d'eau : elle était en fuite.
Sa mère étant une Woran également, elle envoyait souvent sa fille faire des séjours dans la nature seule mais ces deniers ne devait pas durer plus de deux jours, or, cela faisait quatre jour maintenant que la petite Fouly se nourrissait de fruit et de rongeurs qu'elle attrapait.

Sump n'en avait rien à faire de tout cela, mais sa descente du fleuve l'ayant un peu épuisé, il se laissa soigner par la petite Woran sans discuter ni sans lui dire de se taire, surtout que les bandages le soulageaient immédiatement. Cela lui rappelait la fois où Locka, la Louve brune de Jarvron, l'avait soigné tant bien que mal alors qu'il avait essayé de chasser un sanglier quand il avait dix ans. Une des défenses de l'animal l'avait profondément ouvert derrière le genou, abîmant grièvement les ligaments et créant un trou d'où le sang s'échappait à flot. Ce jour-là, l'Ancien, le seul pouvant soigner une blessure d'un tel acabit avec de la magie, était parti quelque part pour de quelconque affaires.
La petite javronnaise, alors âgée de neuf ans à l'époque avait donc suée sang et eaux pour guérir son ami vert alors que Lerno lui avait dit de ne pas s'en occuper.

C'est assis contre un arbre, le mollet et le torse bandé que Sump commença à se sentir bien. Jusqu'à que Fouly lui lèche son oreille sectionnée et croûtée tranchée par Kronh.

Il se releva en repoussant la Woran :

"Eh !"

Pour Sump qui avait toujours vécu tout seul ou presque, ce genre de marque d'affection le mettait très mal à l'aise, surtout que c'était assez étrange.

"Ma maman est très séverte avec moi et m'entraîne toujours très durement. C'est la plus forte et elle veut que je devienne comme elle." dit-elle, en ignorant la réaction du Gobelin. "Mais moi, ce que je veut c'est faire comme les princesses dans les livres...trouver un prince et fonder une famille..." ajouta-t-elle avec une sorte de regard enjôleur.

Ne comprenant pas le rapport alors qu'il était pourtant clair, Sump remit sa tunique en grommelant sous le regard déçu, presque implorant de Fouly qui semblait vouloir ajouter quelque chose.
Le Gobelin, lui, finit par se tourner vers elle pour lui demander comment sortir de la Sororité mais alors, il perçut un bruissement et un son de voix que Fouly entendit une fraction de seconde après.

Tous deux les oreilles dressées, ils purent entendre :

"Il est peut-être encore vivant...il faut aller voir sur la berge du trou d'eau qui est en bas." dit une voix de femme assez grave.

"Ellindra, s'il est encore vivant, qu'on le laisse tranquille... ce n'est qu'un Gobelin après tout." sembla soupirer celle qui l'accompagnait, qui avait une voix plus aiguë.

Fouly plaqua alors ses mains sur ses joues et murmura, les yeux agrandis par la peur :

"Ellindra est à ta recherche ? On est foutus !"

La réaction de la Woran finit de convaincre Sump de la gravité de la situation. Sur le coup il n'avait pas reconnu la voix de Cheveux-gris mais maintenant, il était clair que c'était la même qui avait essayé de le tuer une heure plus tôt.
Ni une ni deux, le Gobelin prit son sac et attrapa Fouly par le bras. S'il la trouvait aussi, il serait alors tout seul pour sortir de ce territoire interdit aux mâles et n'aurait aucune idée de la direction à prendre et ne pourrait éviter tous les pièges que réservait ce maudit territoire dans lequel il avait mis les pieds...Sachant qu'en à peine deux jours il avait failli se faire tuer trois fois, le Gobelin savait qu'il aurait besoin d'aide pour s'en sortir...

"Tss, c'est avec ce genre de comportement que les femmes se font toujours dominer..." poursuivit Ellindra avec un ton dédaigneux. "Il faut que l'on soit sans pitié et qu'on ne fasse aucune exception si on veut que ce territoire reste exclusivement féminin."

Le Gobelin se mit à quatre pattes non sans réveiller ses nombreuses douleurs osseuses et pénétra dans un trou que laissait un arbre, à moitié déraciné par l'éboulement de la falaise, juste au-dessus du trou d'eau. Après une petite seconde d'hésitation devant la saleté de la cachette, notamment des multiples iules et autres insectes, elle le rejoignit et se blottit contre lui.

Sump tiqua devant ce rapprochement mais étant dans une situation critique, il ne fit rien à part afficher une mine aussi nerveuse qu'agacée.

"Il n'était pas banal ce Gobelin..." poursuivit Ellindra en passant par l'endroit où les deux fuyards s'étaient tenus quelques secondes plus tôt. "Il m'a semblé vif et il était plutôt bien équipé..."

Après quelques secondes qui leur parurent être une éternité, Gobelin et petite Woran entendirent les deux femmes revenir de la berge.

"On perd notre temps ici, Ellindra. On a la petite à retrouver, rappelle-toi."

Ellindra lui répondit par un grommellement incompréhensible.
"La petite" qu'elles devaient retrouver n'était évidemment autre que Fouly. Sump lui lança un regard oblique et elle tenta de lui sourire timidement lorsqu'un énorme iule d'une dizaine de centimètres de long tomba sur sa tête poilue la faisant émettre un couinement aigu et apeuré.

Aussitôt, des bruits de pas précipités qui se rapprochaient de leur direction démontraient qu'Ellindra avait entendu ce couinement malgré sa faiblesse et donc qu'elle avait assurément une excellente ouïe ou qu'elle était très concentrée.

Ils étaient mal.

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Dim 21 Juil 2013 02:09 
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42. Obtenir par la force.


Sous la peur du monstrueux insecte qui était maintenant sur son ventre et sûrement d'Ellindra, la petite Woran enfonça sa tête dans l’aisselle puante de Sump. Celui-ci fit une moue agacée avant de saisir le mille-pattes et de le balancer sur le côté.

Alors, il aperçut les grosses chaussures de Cheveux-gris devant l'entrée de leur cachette. Retenant son souffle, et un cri de douleur car Fouly venait de lui planter ses petites griffes dans le bras en le serrant un peu plus contre elle, il dégaina lentement sa dague dorée, encore une fois prêt à défendre chèrement sa peau.

Après quelques horribles secondes, au grand soulagement des deux fuyards, Ellindra continua à marcher un peu plus loin puis revint sur ses pas avant de dire à sa collègue que lui, Sump, était finalement peut-être mort.

Les deux femmes remontèrent alors par là où elles étaient descendues et la dernière phrase que le Gobelin entendit d'Ellindra fut :

"Ce petit enfoiré m'a quand même fait mal avec son caillou..."

Sump et Fouly attendirent ainsi quelques minutes sans bouger, l'un contre l'autre avant que le Gobelin ne repousse sèchement l'enfant avant de s'extirper de la cachette en grognant. C'était moins une.

Celle-ci le suivit rapidement :

"On a eu chaud hein ?" dit-elle, trop fort au goût de Sump et en souriant de toutes ses dents.

Le Sekteg se retourna vers elle, et en essayant de garder son calme, il lui demanda :

"Tu sais comment sortir de la Sonorité ?"

Fouly ne releva pas l'erreur du Gobelin et lui répondit :

"Oui, mais ce n'est pas facile... J'essaye de le faire depuis un mois et j'ai jamais réussi...Il y a plein de patrouilles partout...à toutes les heures..."

"C'est où la sortie ?" la coupa Sump, peu porté sur les discours inutiles.

"On a deux choix...soit on part vers le Nord pour arriver au Comté de Wiehl, je crois, soit on va vers l'Est pour rejoindre le comté de Nelys."

Sump fut déçu de ses réponses :

"Et la grande forêt en suivant l'eau ?" demanda-t-il en espérant qu'elle comprenne qu'il voulait parler de la grande forêt qu'il avait aperçue la veille.

"Oh, on ne peut pas aller par la-bas... Cette forêt est très dangereuse à cause des Elfes noirs...et elle fait peur..." frissonna la petite Woran."Le plus simple, c'est d'aller vers le comté de Nelys et..."

"Tais-toi ! On ira pas la-bas !" s’énerva aussitôt le Gobelin, les oreilles plaquées en arrière. L'idée de se faire attraper par les miliciens de ce Comté l'effrayait tellement que son rythme cardiaque s'accéléra.

"D'accord mais..." bredouilla Fouly, un peu surprise de la réaction du Sekteg qui n'avait pas idée de son passé. "Mais pour aller vers Wiehl c'est plus loin et..."

"On va aller à la forêt." trancha Sump en jetant un coup d’œil à son mollet coupé, recouvert de bandages teinté d'un peu de son sang.

Car même si elle était "dangereuse" et "effrayante", le Gobelin était persuadé qu'elle l'était moins que celle dans laquelle il avait vécu deux ans, au nord de Dehant.

Mais Fouly ne semblait pas d'accord.

"Non...on va se faire attaquer par des bêtes si on y arrive, ça servira à rien..."

Alors Sump redressa sèchement la tête et fixa la Woran dans les yeux. Pour la première fois de sa vie, il ressentit qu'il lui était possible d'obtenir quelque chose par la force.
L'acquisition de sa relique ayant fortement augmenté sa confiance en lui, il s'en sentait à présent capable. Il n'était plus un pauvre Gobelin sans aucune possession...il avait vécu et fait des choses horribles et maintenant, il se sentait capable de prendre par la force ce qu'il voulait obtenir.

Sans doute aurait-il pu convaincre la naïve Fouly en lui promettant de belles choses sur leur future vie dans la forêt mais non seulement le Gobelin n'était pas non plus très futé, mais en plus il voulait voir ce que ça faisait d'écraser les autres au lieu de se faire écraser pour une fois.

"C'est comme ça et c'est tout."

"Mais...non je..."

"C'est comme ça et c'est tout !" répéta-t-il en s'avançant brusquement vers Fouly en essayant de reproduire l'air menaçant de Kronh. "Sinon, je te tranche la gorge !"

Le Gobelin, qui avait entendu cette dernière phrase de la bouche de Sammy alors que le petit garçon racontait une de ces histoires imaginaire, eut le plaisir de pouvoir enfin la sortir.
Fouly eut immédiatement un mouvement de recul avant de froncer les sourcils.
D'une main tremblante, elle dégaina un petit poignard.

À ce moment-là, Sump se demanda avec inquiétude s'il n'avait pas fait une grosse erreur. D'après elle, Fouly était entraînée... Et si c'était elle qui lui tranchait la gorge, finalement ?

"J'ai... je n'ai pas peur... Je veux sortir de ce territoire autant que toi mais je veux aller à Nelys." dit-elle d'un ton tremblant, au bord des larmes. Elle était apparemment très émotive.

Sump serra les mâchoires pendant que sa lèvre supérieure se retroussait dévoilant une rangée de canines effilées. Il ne retournerait pas dans le Comté de Nelys. Jamais.

Comprenant qu'elle était effrayé, il se jeta sur Fouly qui poussa un petit cri devant la vitesse du Sekteg. Elle essaya de lui donner un coup avec son arme, mais celui-ci manquait de conviction, comme-ci elle savait qu'elle ne l'aurait pas touchée de toute façon. Ou comme-ci elle ne voulait pas le toucher.

Le Gobelin lui saisit le poignet qui tenait l'arme avec sa main gauche noircie et le lui tordit.
Malgré sa faible force physique, il arriva à la faire gémir et à lui faire lâcher son poignard.
Elle tenta ensuite de le griffer à la pommette droite mais il lui saisit son deuxième poignet juste à temps, ignorant la douleur que cela provoquait dans le sien ainsi qu'à sa clavicule, et lui envoya un coup de pied dans l'abdomen.

Alors qu'elle se penchait en avant pour reprendre un peu son souffle suite à ce dernier coup, le Gobelin luttant contre son instinct qui lui dictait d'arracher une des oreilles pointues de sa victime avec ses dents, se glissa derrière elle et la força à se coucher par terre. Il ne fallait pas qu'il la blesse de trop s'il voulait qu'elle puisse le conduire jusqu'à la forêt.
Il dégaina ensuite sa dague et plaça la lame sous sa gorge, s'appuyant de tout son maigre poids sur son dos.

Fouly se mit à hoqueter de sanglots :

"Aïe, tu me fait mal..." gémit-elle.

Ignorant ses jérémiades, le Gobelin rapprocha son hideuse tête verte des oreilles de la pauvre enfant, une veine barrant son front et un filet de bave coulant lentement par terre, pour lui dire sèchement :

"On va à la forêt."

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Mer 31 Juil 2013 06:19 
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43. Si près du but.


Sump était installé par terre, adossé à un tronc d'arbre. Il avait décidé qu'ils partiraient lorsqu'il ferait nuit et d'ici-là, il se devait de surveiller la petite Woran.

Assise à une dizaine de mètres de lui, cette dernière n'arrêtait pas de lui lancer des regards noirs remplis de haine en lui envoyant parfois des piques de gamine de neuf ans tel : "C'est pas juste." ou "T'es même pas beau."
Le Gobelin n'y prêtait pas attention. La tête basse, il tripotait le poignard de la Woran qu'il avait ramassé par terre après leur bagarre. Il était perdu dans ces pensées.

Il se demandait comment, même avec l'aide de Fouly il allait parvenir jusqu'à la forêt. Lui-même un habitué de la cachette et de la fuite, il avait tout de même failli plusieurs fois y rester. Et maintenant avec tous ces petits bobos accumulés...

Mais il ne pouvait pas prendre le risque de retourner dans le Comté de Nelys, qui était pourtant plus proche. La milice de Dehant était sûrement à sa recherche à présent et passait, pour sûr, la région au peigne fin.

Le Comté de Wiehl était un bon compromis mais c'était apparemment encore plus loin et si cela se trouvait, il n'y avait aucune forêt dans cette région or le Sekteg n'espérait pas vivre ailleurs que dans une forêt.
Il leva la tête et fronça les sourcils, déterminé.
Aller en direction de la forêt était la meilleure solution.
Il regarda sa main noircie. La "brûlure" avait progressé étrangement et s'était légèrement propagée sur le dos de sa main. Il ne savait pas comment ni pourquoi. Il s'était déjà brûlé plusieurs fois et jamais il n'avait eu telle "blessure".

Déjà, elle ne lui faisait pas mal et le noir sur sa peau était impossible à enlever. Comme si l'épiderme avait toujours été de cette couleur... C'était à ne rien y comprendre.
Mais tant que cela ne le gênait pas, le Gobelin s'en moquait, au final.

"J'ai faim." lança soudain Fouly d'un ton mauvais.

"Je m'en fiche" lui répondit le Gobelin.

Alors son propre ventre émit un grognement sourd. Il soupira.

Il devait aller chasser.

***

Le reste de la journée fut pénible. Malgré son état de fatigue, Sump ne put pas se reposer, devant garder un œil sur sa "prisonnière" qui avait d'ailleurs décidé de l'énerver jusqu'au bout.
Pendant la chasse, elle avait fait autant de bruit qu'elle le pouvait, mettant en fuite les rares proies que Sump aurait pu attraper. Ce dernier avait encore une fois dégainé sa dague et la petite Woran s'était tout de suite calmée, mais ils durent tout de même se contenter d’œufs volés dans des nids, encore, au grand dam de Sump qui n'en raffolait décidément pas.

Alors que la lune était déjà haute dans le ciel, Fouly et Sump avaient gravi la colline pour apercevoir le monastère.
Une fois au même niveau que ce dernier, à l'abri des taillis, ils se trouvaient alors à une vingtaine de mètres de la porte Est du bâtiment. C'était vraiment un grand édifice, aux murs faits de lourdes pierres blanches et aux multiples tours. Autour de lui étaient plantés d'innombrables bâtons de facilement deux mètres qui, à chaque entrée du bâtiment, faisaient comme une allée vers les terres du territoire.

"Pour aller à ta forêt nulle, bougonna Fouly. il va falloir qu'on fasse un grand détour pour éviter le Monastère et toutes les gardiennes qui le garde jour et nuit, tout le temps."

Alors qu'il grognait pour signaler à sa jeune compagnonne qu'il avait compris, quelque chose attira alors le regard de Sump. Un des bâtons venait de prendre feu.
Juste après, il aperçut une silhouette massive, tenant un bâton enflammé à la main, toutefois plus petit, qui se dirigeait vers une autre torche.

"C'est Shouba." l'informa inutilement Fouly en murmurant."Elle allume les torches elle-même car elle n'a aucune confiance en la magie et elle dit que ça lui fait faire de l'exercice."

Sump ne put se retenir d'afficher une mine exaspérée.
Cette enfant était incroyable. Elle n'avait pas aligné plus de dix mots de toute la journée, boudant Sump en le maudissant silencieusement et maintenant, elle se comportait comme un guide touristique.

Le Sekteg plissa les yeux. La dénommée Shouba n'avait pas vraiment la carrure d'une femelle et sa démarche était pesante. Si la petite Woran ne lui avait pas dit qu'il s'agissait bel et bien d(une femelle, il aurait juré qu'il s'agissait d'un homme.

Toutefois, il ne put s'en préoccuper davantage puisque Fouly lança en murmurant :

"On y va ! Fais exactement ce que je fais !"

Aussitôt, la petite Woran sortit complètement des taillis dans lesquels ils étaient cachés en faisant une roulade en avant. Elle n'arriva pas à se relever comme prévu et retomba sur les fesses.
Le Gobelin grogna d'agacement en sortant à son tour des branchages sans faire la moindre cabriole mais en restant à l'affut.
Ça s'annonçait mal mais il n'avait pas d'autre choix que de la suivre... Ou bien peut-être qu'il s'en sortirait mieux sans elle...comment savoir ?

Shouba était dos à eux, en train d'allumer le reste des torches, elle ne put donc les voir.
Ils s’élancèrent à pas de loup vers leur droite afin de s'éloigner un maximum du Monastère. Le Gobelin devina alors que Fouly essayait de le distancer en courant de plus en plus vite ce qui le fit grogner. Elle serait déçue.

Alors qu'ils descendaient la colline sur laquelle reposait le Monastère, Fouly se dirigea soudain vers une sorte de renfoncement dans la saillie comme-ci on en avait arraché un bout avec un couteau à beurre, tranchant brutalement la pente douce. La Woran sauta et retomba un mètre cinquante plus bas. Elle se réceptionna habilement sans prêter attention à ses bottes qui trempaient dans le mince filet d'eau qui s'échappait de la sombre grotte derrière elle.

Elle connaissait apparemment la région comme sa poche et semblait entraîner à ce genre de sauts.

Elle se remit à courir comme une dératée jusqu'à une petite forêt de niaoulis qu'elle traversa en vitesse en slalomant entre les troncs tel un feu follet fou.
Elle finit enfin par s'arrêter, essoufflée, se tenant au tronc d'un niaouli pour reprendre un peu son souffle. Quelques secondes après elle se retourna et sursauta légèrement.

Elle ne s’attendait visiblement pas à ce que le Gobelin soit juste derrière elle, à peine essoufflé, la fixant de son regard sombre où brillait une pointe de provocation, de défi.

En vérité, il avait eu du mal à la suivre à cause de ces nombreuses blessures mais il avait vu cette tentative de le distancer comme une sorte de test. Une test qui permettrait à la petite Woran de regonfler son égo et ainsi possiblement remettre en cause son statut de dominé, et ça, Sump ne voulait pas que cela se produise.

"Euh...bon," souffla-t-elle. "À partir de là, on a plus grand-chose à craindre puisqu'on est trop proche du Monastère pour que mes sœurs patrouillent dans ce coin mais on est assez loin pour pas que les sentinelles nous repèrent."

Sump la contempla en silence, une mine mi-interloquée, mi-soupçonneuse sur sa petite tête verte. Il n'avait pas tout enregistré. Comprenant cela, la Woran soupira bruyamment :

"Il ne nous reste plus qu'à foncer vers le Nord-Ouest...idiot."

Ils marchèrent ainsi toute la nuit, se jetant par terre au moindre bruit, au moindre craquement. Au milieu de la nuit, alors qu'ils avaient à peu près parcouru la moitié de la distance qui les séparait de la forêt, une patrouille les avait repérés dans l'ombre. Ils s’étaient cachés dans une forêt de taillis, retenant leur souffle. Malheureusement, un tigre passait justement par-là et les repéra à son tour en grondant.

Cet évènement faillit mettre fin à leur tentative de fuite ainsi qu'à leur vie. L'animal, bien que relativement petit pour un individu de son espèce, était tout de même beaucoup trop fort et beaucoup trop rapide pour eux et les auraient déchiquetés tous les deux si les trois femmes qui composaient le groupe qui avait cru apercevoir les deux fuyards n'étaient pas arrivé pile-poil au bon moment pour décocher d'un coup deux flèches dans le cou de la bête.

Cette dernière, toujours vivante, avait tenté de s'enfuir en claudiquant mais une petite femme trapue lui avait sauté dessus en beuglant, faisant preuve d'une redoutable vitesse et avait abattu sa hache dans le flanc droit du félin, lui brisant par le même temps la colonne vertébrale.

Assistant à cette boucherie sur l'animal, Fouly et Sump, toujours cachés dans leurs taillis, entendirent les trois compagnonnes se féliciter de leur exploit.

"On mange du tigre ce soir les filles !" lança la femme trapue en sortant un imposant couteau de sa ceinture.

Mais les deux autres femmes de la patrouille ne semblaient pas partager son enthousiasme.

Médusé, le Gobelin regardait la femme trapue découper la viande du prédateur qui avait plusieurs fois manqué de le tuer dans sa jeunesse et qu'il n'avait jamais réussi à blesser ne serait-ce qu'une seule fois.

Les femmes qui composaient ce territoire interdit aux mâles n'étaient décidément pas des enfants de chœur.

Toutefois, hormis cet incident, rien ne se passa cette longue nuit de marche à part peut-être les petits accrochages entre les deux fuyards ainsi que les gémissements et plaintes répétées de la petite Fouly quant à son état de fatigue.
Mais Sump ne laissa rien passer. Il n'accepta aucune pause. Il voulait sortir de cette région le plus vite possible. Aussi, malgré ces blessures, notamment celles de sa clavicule et de son poignet, et les jérémiades de sa petite compagnonne, ils continuèrent jusqu'au petit matin.

Là, éreintés et épuisés, ils se désaltérèrent dans un petit étang peu propre et entreprirent de se reposer un peu. La forêt n'étant plus qu'à quelques heures de marche, Sump se demanda s'il ne devait pas abandonner Fouly ou même la tuer. Après tout, si elle restait en vie, elle risquait de lui causer plus de soucis qu'autre chose.
De son regard sombre, il lança un coup d’œil en direction de sa future victime. Allongée sur le dos, sa petite bouche de féline grande ouverte, elle semblait s'être endormie, ne se doutant pas le moins du monde des obscurs projets du Gobelin.

Ce dernier se leva avec peine et s'approcha lentement de la Woran quand soudain, une voix à la consonance désagréable retentit derrière lui :

"Tiens, tiens, mon pote le Gobelin. Je me disais bien qu'en suivant ses traces je tomberais sur quelque chose d'intéressant...Lisa, amènes-toi !"

Ellindra. Encore elle.

Aussitôt la phrase de cette dernière terminée, Sump essaya de détaler mais il était épuisé, vidé de toutes énergie après avoir marché toute la nuit aussi, faisant preuve d'une vitesse au-delà des normes, elle réussit à l'attraper par un bras assez facilement.

"Pas deux fois, sale merde !" cracha-t-elle les dents serrées.

Sump dégaina son arme dorée et essaya de poter un coup que la panique rendit hasardeux. La femme intercepta son poignet et lui envoya un violent coup de genou dans l'estomac avant de lui faire une clé au bras afin de lui faire lâcher son arme. Elle avait une petite entaille au milieu des sourcils, souvenir de la pierre que le Gobelin lui avait jeté à la figure le matin dernier et portait une armure de cuir légère.

Le Gobelin, la main cruellement tordue derrière le dos, aperçut la dénommée Lisa qui arrivait sur son cheval et tenant la longe de celui d'Ellindra.

Fouly quant à elle restait assise, comme paralysée, les mains plaquées sur la bouche. Lorsque la femme aux cheveux gris la remarqua, un grand sourire se peignit sur son visage ridé et halé par le dure soleil du territoire de la Sororité.

"Hé, hé...c'est trop parfait ça."

Sump soupira, les oreilles pointant vers le bas. Si près du but...

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Sam 3 Aoû 2013 09:19 
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44. L'horrible Ellindra.


Après avoir admiré la dague de son prisonnier et apprécié son tranchant, Ellindra ligota le Gobelin puis le porta avec facilité sur son épaule et le plaça sur la croupe de son cheval, de sorte à ce qu'il ne puisse pas tomber.

Lisa, quant à elle, invita Fouly à monter derrière elle avec une voix douce pour rassurer l'enfant qui n'en menait pas large du tout.

Et c'est ainsi que Sump reprit malgré lui la route vers le Monastère. Souffrant à chaque secousse du galop produit par le destrier couleur chocolat d'Ellindra, il avait le moral au fond des bottes.
Alors qu'il avait réussi à échapper plus de trois fois à la mort, voila qu'il se faisait capturer stupidement à quelques heures de son but.
Il leva les yeux, pour contempler le ciel. Sûrement l'ultime lever de soleil qu'il ne verrait jamais.
Lisa chevauchait à deux mètres de lui, son arc accroché en bandoulière, à la même vitesse qu'Ellindra. Fouly, elle, les bras autour de la taille de la cavalière, lançait des regards paniqués et désolés au Gobelin, sans savoir qu'il avait eu l'intention de la tuer quelques minutes plus tôt.

Ils voyagèrent ainsi jusqu'au midi ou là, Ellindra ordonna une pause casse-croûte. Sans aucun tact, elle balança Sump à terre qui tomba dans les herbes et dans la terre sèche sous les regards désolés de Fouly et de Lisa.
Cette dernière ne semblait pas fière du comportement de sa compagnonne et semblait avoir de la peine pour le Sekteg.
Elle essaya même de lui donner un peu à manger mais Ellindra le lui interdit fermement.

Après quoi, la cruelle femme sortit une longue-vue de la besace qu'elle portait en bandoulière sur sa hanche, par dessus son armure de cuir afin d'observer le paysage et ainsi repérer quelque chose de louche sur le territoire comme la présence d'un autre Gobelin par exemple.

"Tu veux encore un peu de pain, Fouly ?" demanda Lisa.

La petite Woran hocha silencieusement la tête et la femme aux cheveux bruns, après lui avoir souri gentiment, se leva pour aller chercher l'aliment dans une sacoche de sa monture.
Alors, profitant du fait que personne ne la regardait, Fouly s'empara du petit couteau qui leur avait servi à couper le pain et le fromage pour se précipiter vers Sump.
Celui-ci, mort de faim et épuisé, était à la limite de s'endormir.

"Je suis désolé pour tout ça mais ne t'inquiètes pas, je vais te libérer, d'accord ?" lui dit-elle avec un sourire qui se voulait rassurant mais qui manquait d'entrain.

Avant que le Gobelin ne réponde quoi que ce soit, elle commença à essayer de couper les liens qui entravaient les chevilles du Sekteg. Ce dernier se demandait pourquoi elle faisait ça pour lui alors qu'il n'avait pas arrêté d'être méchant avec elle depuis qu'ils s'étaient rencontrés.
Lisa posa alors sa main sur la petite épaule de la Woran et lui dit sèchement :

"Arrêtes ça."

Sump ferma les yeux. Et voilà, il n' y avait plus aucun espoir.

***

Ils arrivèrent au Monastère en milieu d'après-midi.
Le quatuor s'arrêtèrent devant une des grandes entrées de cet énorme bâtiment après avoir suivi la petite piste en terre battue cernée par les torches éteintes que Shouba allumait le soir. Là, deux sœurs de la Sororité lourdement armées gardaient l'entrée tandis que trois autres femmes se préparaient à monter sur leurs chevaux, équipées pour au moins une nuit dehors. Sans doute allaient-elles participer à la surveillance du territoire.

Ellindra descendit de son cheval.

"Salut, les filles." dit-elle d'un ton désinvolte. "Est-ce que l'une d'entre vous peut-elle aller prévenir Kajy que sa fille est de retour à la maison ?"

"Oh, vous l'avez retrouvée cette petite peste." dit une des gardiennes avec un sourire amusé juste avant de pénétrer dans le Monastère à la recherche de la dénommée Kajy.

"Et lui ?" demanda la deuxième gardienne de l'entrée qui semblait moins sociable et dont le visage était quasiment entièrement caché par un gros casque.

"Je le soupçonne d'être un espion Shaakt." répondit Ellindra. "Regarde un peu sa dague."

Elle montra l'arme à sa consœur qui poussa un sifflement d'admiration devant la beauté de l'objet.

"Si tu veux mon avis, elle n'est pas tombé entre ses mains par magie si tu vois ce que je veux dire...Les Elfes noirs lui ont sûrement filé cet équipement afin qu'il vienne ici pour fouiner je ne sais encore quoi..."

Pendant ce temps, Lisa coupa les cordes qui attachaient les chevilles du Sekteg avant de l'aider à descendre du cheval. Ce dernier lança un regard noir à la femme qui l'avait tant traquer ces derniers jours juste avant de chanceler. Il tenait à peine debout et ses yeux se fermaient tout seul.
Pourtant, même conscient que son heure arrivait, il ne pensait qu'à sa relique. Il n'était pas certain de pouvoir partir sans elle. Elle était ce qui faisait de lui quelqu'un. Personne d'autre n'avait cet objet, et tant qu'il vivra, personne ne l'aurait jamais.

Alors plusieurs femmes arrivèrent soudain et passèrent sous l'arche. L'une d'entre elles attira particulièrement l'attention du Sekteg : une Woran au pelage noire et au regard froid et sombre, ses yeux étant identiques à ceux de Fouly : pratiquement sans blanc, l'iris brillant d'un vert émeraude. Son visage ne trahissait pas la moindre émotion. Elle dégageait une aura de puissance sauvage mais tranquille qui semblait toutefois prête à éclater à tout moment.

Dès qu'Ellindra aperçut l'aperçut, un sourire railleur se peignit sur son visage :

"Bien le bonjour, Kajy !" lança-t-elle d'un ton joyeux et moqueur. "Comme tu peux le voir, nous avons en effet retrouvé ta délicieuse fille. On a été gentille avec elle..."

Elle s'arrêta pour regarder la réaction de Kajy. Cette dernière conservait son expression froide et neutre, à croire qu'elle n'avait pas entendu la tirade de sa rivale. Fouly s'avança timidement vers sa mère, la tête et les oreilles basses.

"...Et ce même lorsqu'elle a tenté de libérer cet espion Shaakt. Elle l'a d'ailleurs aidé à échapper à la vigilance de nos sœurs." acheva-t-elle, une lueur de cruauté dans ses yeux gris.

Sump remarqua alors que le regard de la mère de Fouly avait encore durci et alors, sans un mot, elle envoya une violente taloche derrière la tête de sa fille qui bascula en avant et tomba sous le choc.
Le Gobelin vit Lisa détourner le regard et s'aperçut que quasiment toutes les autres sœurs de la Sororité présentes firent pareilles ou affichèrent au moins une mine soucieuse.
Sur son visage à lui, rien ne changea. Ça lui était bien égal que Fouly se fasse frapper... Il allait mourir !

La petite Woran, à terre, leva ses yeux embués de larmes vers sa mère qui ne la regardait déjà plus.

"Que comptes-tu faire de lui ?" demanda-t-elle à Ellindra qui regardait Fouly avec une légère expression surprise, comme-ci elle ne s'attendait pas à une telle punition de la part de Kajy et qu'elle regrettait à présent d'en avoir été la cause. Sans doute avait-elle simplement voulu blesser Kajy et uniquement Kajy.

"Je vais aller le cuisiner un peu." finit-elle par répondre."Ensuite, je le tuerais sans doute."

"Non, attends, il... !" implora Fouly en se relevant à la hâte.

Mais aussitôt sa mère l'attrapa par le bras et la poussa vers l’intérieur du Monastère.

"La ferme, Fouly. Tu n'as pas ton mot à dire dans cette histoire. File à la douche, je m'occuperais de ton cas plus tard."

Lisa, qui s'était rapprochée de sa compagnonne de patrouille, lui demanda d'un ton exaspéré :

"Arrêtes...Tu ne vas pas le tuer s'il ne sait rien ou si tu t'es trompé, tout de même ?"

Ellindra la considéra avec dédain :

"Souviens-toi de ce que je t'ai dit hier matin, près du fleuve. Pas d'exception. Surtout pas pour un vulgaire Gobelin...Pourquoi tu tiens tant que ça à sa vie ?"

"Je..." commença la jeune archère mais elle ne termina pas sa phrase et se tut, la tête basse. Elle conserva pourtant un air déterminé sur le visage.

Satisfaite, Ellindra donna un coup de pied dans le postérieur du Gobelin pour qu'il avance. Celui-ci, à demi-mort, s'affala dans la terre.
Il avait peur mais il n'avait plu d’énergie pour s'enfuir et il était conscient que de toute façon, il n'aurait pas réussi.

Ellindra le força à pénétrer dans le Monastère.
Ils entrèrent dans une grande cour aux dalles de pierres et aux multiples plantes. Il s'agissait d'un très bel endroit. Le long des murs poussaient divers plants de légumes tandis que les arbres qui étaient plantés ça et là dans la cour étaient presque tous surchargés de fruits.

Sans doute l'estomac du Sekteg aurait émit un gargouillement peu discret si ce dernier n'était pas si tendu, appréhendant le sort qu'Ellindra lui réservait.

Quelques minutes plus tard, après avoir traversé une multitude de couloirs, cette dernière l'arrêta devant une porte en bois renforcée de métal gardant l'entrée d'une salle creusée à même la pierre.
Elle le força à entrer et referma la porte derrière eux puis elle se tourna vers lui et le regarda droit dans les yeux.

Il faisait assez sombre étant donné que la seule lumière qui éclairait la scène parvenait des barreaux de la porte. Dans la salle, qui ressemblait à une geôle, il n'y avait rien à part des ossements et des vieilles traces de sang séché.

"Bon, alors, tu vas tout me dire mon gars."

Sur ce elle lui envoya un nouveau coup de genou dans l'estomac ce qui le fit s'agenouiller. Alors qu'il allait tomber en avant, le poing de la brutale femme l'atteignit en plein dans le nez.

Avant qu'il ne tombe en arrière, trop épuisé pour se défendre, Ellindra l’attrapa par sa tunique et rapprocha son visage du sien pour lui murmurer à l'oreille, une lueur démente dans les yeux :

"Tu sais quoi ? Je ne pense pas que tu sois réellement un espion Shaakt, même eux n'engageraient pas une telle merde, mais il faut bien admettre que tu m'as fait mal quand tu m'as jeté cette pierre au visage." cracha-t-elle en mettant en évidence la petite éraflure entre ces épais sourcils.

Sump émit un pauvre gargouillement et elle le repoussa sèchement en arrière.
Gobelin se laissa tomber sur le sol, les deux mains toujours liées dans le dos.
Il grogna de douleur tandis qu'il sentait le sang s'échapper de son nez.

Mais qu'est-ce qu'elle lui voulait donc ? Le tuer pour le plaisir ? Le torturer ? Le Gobelin n'y voyait aucun intérêt... Selon lui, tuer quelqu'un ne se faisait pas pour rien, il fallait que cela serve sinon, quelle serait l'utilité ? Viston Marchecompte, le gardien de sa relique dorée tuait pour protéger cette dernière, les femmes de la patrouille de la veille avaient tué ce tigre pour le manger, lui-même tuait des lapins et autres pour se nourrir. Il avait voulu tuer Luda pour avoir son collier et également pour qu'elle arrête de faire fuir son repas, il allait tuer Fouly car elle risquait de compromettre son évasion.

Mais ce qu'il comprenait encore moins, c'était la torture. Il avait beau chercher, il ne trouvait pas l’intérêt. Si on devait tuer, autant le faire rapidement, non ?

Après lui avoir administré deux violents coups de pied dans les côtes, Ellindra cracha :

"Combien de femme as-tu tabassé de cette manière avec tes saloperies de congénères ?"

Sump grogna encore, à l'agonie. Il avait du mal à respirer et ne comprenait rien à ce qu'elle racontait.

"COMBIEN EN AS-TU VIOLÉE ?" beugla sa tortionnaire, sa voix résonnant contre les parois de la salle en lui administrant un nouveau coup de pied.

"J'ai volé personne !" mentit le Sekteg sans savoir qu'il était à côté de la plaque. "C'est vrai !"

Ellindra le considéra avec un profond mépris.

"Vous êtes tous les mêmes..."

Sur ce, Ellindra dégaina alors son sabre à la lame noire comme la nuit et le brandit. Sump s’apprêtait déjà à utiliser ses dernières forces pour tenter d'esquiver le coup en roulant sur le côté mais à ce moment précis, la porte de la cellule s'ouvrit sur une femme de taille moyenne aux cheveux clairs et frisés. La lumière de l'après-midi derrière elle la rendait difficile à regarder et en outre, un voile commençait à s'abattre devant les yeux de Sump.

"Ellindra, ça suffit maintenant." dit la nouvelle venue d'une voix calme mais ferme. "Je sais que ce que tu as vécu te donne envie de faire ça aux hommes mais s'il te plaît, ne t'en prend pas aux faibles créatures comme lui."

Ellindra, le sabre toujours levé, se mit à trembler légèrement, comme-ci elle hésitait entre deux actions puis elle se tourna rageusement vers la femme à l'entrée et railla :

"Faibles créatures ? Vous n'avez jamais vu ces soi-disant faibles créatures à l’œuvre dans ce cas ! Lorsqu'ils sont en groupe, ils..."

L'inconnue soupira et lui coupa la parole :

"On en discutera plus tard, en attendant, Shouba, Kajy, pouvez-vous me faire le plaisir de la calmer ?"

"C'est sans doute un Gobelin envoyé par ces salopes de Shaakts, Doyenne, sûrement un..." insista Ellindra, en reculant devant la silhouette de l'imposante Shouba et devant celle, plus petite mais non moins effrayante, de la Woran.

Sump ne vit ni n'entendit la suite. Il s'endormit, mort de fatigue et de douleur dès que la géante pénétra dans la salle.

La suite.

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Dim 4 Aoû 2013 05:33 
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46. Retour au point de départ.


"...Et c'est à ce moment-là que j'ai repéré les coquilles d’œufs qu'il avait sans doute jeté au pied de l'arbre dans lequel il était perché..." était en train de raconter Ellindra aux deux sœurs qui avaient emmené Sump dans le bureau.

En voyant ce dernier et la Doyenne sortir de la dite pièce, elle interrompit son récit et fixa le Gobelin d'un air mauvais.

"Doyenne, me dites-pas que vous allez le laisser s'en tirer ?" lâcha-t-elle.

"Ellindra, je t'en prie, pas dès le matin..." lui répondit la Doyenne d'un ton las.

Cette dernière et le Sekteg passèrent devant l'impulsive femme qui se mit à les suivre en insistant :

"Et quand il va ramener tous ces copains Sektegs en leur disant qu'ils peuvent pénétrer dans le territoire de la Sororité de Selhinae comme dans un moulin, comment on fera ?"

"Nous ferons comme nous avons fait avec toutes les autres créatures masculine qui ont essayé, nous leur demanderons de partir et s'ils n'écoutent pas, nous les tuerons."

L'éternel calme de la Doyenne sembla énerver la bouillonnante Ellindra qui repartit à la charge avec sa théorie médiocre de l'espion Shaakt. Sump, à force d'entendre ce drôle de mot, aurait bien aimé bien savoir ce que pouvait bien être qu'un "Shaakt".

"Allons Ellindra, un peu de sérieux, tu sais comme moi que ce peuple d'Elfes considèrent les "mâles" comme inférieurs et tu sais aussi qu'ils sont une race très fière, alors explique moi pour quelle raison ils auraient envoyé un Gobelin, mâle, qui plus est, pour espionner un territoire qui se veut exclusivement féminin, hm ?"

Ellindra ne trouva rien à dire pour contrer cette argument, aussi, la Doyenne continua sur sa lancée alors qu'elle atteignait l’escalier menant à la cour principale du Monastère :

"Ce Gobelin ne savait aucunement qu'il mettait les pieds ici tout comme il n'était au courant des règles qui y ont court. Ce n'est autre qu'un voyageur qui s'est malencontreusement égaré dans nos terres, rien de plus."

Ellindra, qui s'était arrêtée, les regarda disparaître dans l'escalier. Sans le faire exprès, Sump lui lança un dernier regard ce qui provoqua un ultime élan de colère qui la fit se ruer dans l'entrée des escalier lançer au Sekteg :

"Tu t'en sors pour cette fois, Gobelin, mais veilles bien à ne pas recroiser mon chemin un jour, car je n'hésiterais pas à couper ta petite tête de rat afin l'accrocher dans ma cellule ! Foi de Selhinae !"

(Quelle rage.) pensa Sump en accélérant le pas dans les escaliers.

***

Lorsque Sump sortit du Monastère, un poney l'attendait déjà ainsi que Lisa, juchée sur sa propre monture. Ce sera elle qui l'accompagnera jusqu'à la frontière et qui gardera ses affaires le temps du voyage afin d'éviter tout incident.

Quelques femmes se tenaient là, jeunes pour la plupart. Elles n'avaient sans doute pas l'habitude de ce genre d'évènements et leur curiosité les avaient poussée à venir voir de plus près cet étonnant Gobelin mâle qui avait réussi l'exploit de s'infiltrer dans le territoire de la redoutable Sororité sans y avoir laissé au moins quelques plumes.

Agacé et gêné par tous ces regards posés sur lui, le Gobelin se dépêcha de mettre un pied dans l'étrier afin de se hisser sur sa monture quand un cri aigu se fit entendre. C'était Fouly qui arrivait en courant.

Elle sortit du Monastère et cria de sa voix fluette :

"Au revoir, Sump !"

Un lourd silence s'ensuivit durant lequel Sump lui lança un long regard scrutateur teinté d'un certain mépris. Il découvrit avec incompréhension qu'elle avait le même air triste que Luda quand il était parti de chez elle. Il se demanda alors ce qu'elle pouvait bien avoir dans la tête ? Il n'avait montré aucune marque de sympathie à son égard, bien au contraire et l'avait même menacé de la tuer pour la forcer à faire ce dont elle n'avait pas envie.
Il ne connaissait pas le terme mais il l'a trouvait pathétique... idiote. Il découvrit que ce genre de comportement l'énervait...non, le dédaignait.
Sans un mot, il se jucha sur sa selle et sans faire plus attention à la pauvre Fouly, envoya de légers coup de talons dans les flancs de sa monture pour la faire avancer derrière celle de Lisa entre les torches de bois éteintes sur le petit sentier de terre battue qui menait aux terres vierges de la Sororité.

***

Le voyage fut silencieux et court. Ils ne s'arrêtèrent pas un instant et mangèrent sur leurs selles. Sump, qui n'avait rien mangé depuis pas loin de vingt-quatre heures, était si affamé qu'il avait englouti sans broncher la chose immonde que les Humains appelaient "pain".

Lorsqu'en milieu d'après midi, ils atteignirent ce qui semblait être la frontière invisible qui séparait la terrible Sororité de Selhinae du tranquille Comté de Nélys, Lisa adressa un signe de la main en direction d'un arbre douloureusement tordu à l'énorme tronc noueux.

Le Gobelin ne comprit d'abord pas mais il distingua ensuite une sorte de cabane en bois bien dissimulée dans le compact feuillage, reposant sur les épaisses branches qui devait servir de poste d'avant-garde.

"Tu vois, si tu étais arrivé par là, lui dit-elle avec un ton partagé entre l'amusement et la réprimande,"Tu serais sans doute déjà mort ou au moins, tu te serais fait chasser..."

Sump ne prit pas la peine de lui répondre. Il contemplait les grandes plaines d'herbe bien verte qui s'étendaient au loin. Des plaines qui lui était bien familières.

En y repensant bien, le Gobelin découvrit qu'il avait risqué sa vie un nombre de fois record ces derniers temps. C'est pourquoi même si on le reconduisait à son point de départ, là où il était recherché, il était tout de même heureux de retrouver la sérénité de Nélys.

Il descendit du poney de la Sororité et Lisa lui lança son sac contenant toutes ces richesses.
Puis, sans un mot et sans un regard pour son accompagnatrice, il avança droit devant lui, sur le petit chemin attaqué par les mauvaises herbes qui filaient entre les plaines non sans lancer des regards noirs aux panneaux qui étaient là et qui indiquaient clairement que tous ne pouvait aller plus loin.

Lui qui savait lire assez raisonnablement, il aurait pu tout de suite comprendre et ainsi s'épargner toutes ces péripéties qui ont failli plusieurs lui coûter la vie.

"EH !" l'appela Lisa.

Il s'arrêta sans se retourner, la mine agacée.

"Ne t'avises plus de remettre les pieds ici..." lui dit-elle dans son dos."Je ne pourrais pas te sauver la mise une deuxième fois."

Le Gobelin fit alors volte-face pour plonger ses yeux noirs dans ce marron noisette de la jeune femme.
C'était en effet grâce à elle notamment et à sa bonté s'il avait actuellement encore la vie sauve.
Dans un élan de gratitude et sans doute dans cette quasi-euphorie qui l'habitait présentement, il prononça un mot auquel la femme aux cheveux de feu répondit par un lent hochement de tête, consciente de sa valeur lorsqu'il était émit par un être comme celui qu'elle avait en face d'elle :

"Merci."

Fin de l'interlude.

La suite.

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Sump


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Mer 7 Sep 2016 01:08 
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J'arriva assez vite dans le territoire de la sororité. Il y avait de grandes plaines qui s'étendaient à perte de vue, et plus je m'avançais, plus je pouvais distinguer au loin ce qui devait être le monastère. Cela va sans dire mais, avec une telle géographie, je fus repéré assez vite par des gardes au loin qui semblaient vouloir venir à ma rencontre. Je m'empressa d'aller jusqu'aux deux femmes que se rapprochaient de moi en face, avec mon plus beau sourire. J'étais si enthousiaste à l'idée de rencontrer d'autres adeptes de Selhinae comme moi. Mais l'accueil ne fut pas des plus chaleureux :

"Halte ! Que fait un homme ici ?", dit-elle en me stoppant d'un geste de la main

"Bien le bonjour ! Tel que vous me voyez là, je me rendais à la sororité pour prier la Déesse Selhinae et pour partager l'amour que je lui porte !"

"Serais-ce une plaisanterie ?"

"C'est un blasphémateur, il se moque de notre culte", ajouta une autre qui était arrivé par derrière

"Oui, je pense que celui-ci mériterait d'être sévèrement puni", rajouta une autre

"Attendez, il y a un malentendu à l'évidence !"

D'autres gardes c'étaient rajoutés pendant la conversation, si bien qu'à présent j'étais entouré de cinq gardes. Je ne comprenais vraiment pas le problème mais elles étaient clairement hostiles. Malheureusement, mon entrain m'avais fait baisser ma garde et je me retrouvais piégé, sans échappe possible. Je n'avais pas d'autres choix que de les raisonner :

"Pourquoi tant d'agressivité ? Nous servons tous la même Déesse pourtant"

"Quelle audace, je ne peux plus le supporter !"

A ces mots, ma vision se troubla et je tomba à terre. La garde dans mon dos venait de m'asséner un violent coup avec le pommeau de son épée à l'arrière du crane. Deux d'entre elles me prirent par les pieds et me traînèrent vers une destination inconnue, avant que quelques mètres plus loin, je tombe inconscient.

[Les Cellules du Monastère]

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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Mer 23 Aoû 2017 15:53 
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Ce n'est pas une unique robe qu'Isil et le vieillard ramènent quelques instants plus tard, mais une brassée. Si l'Elfe m'observe avec un petit sourire en coin le vieil homme, lui, est ouvertement hilare. Même Lhyrr semble se ficher de moi alors que j'essaye la première robe, bien trop échancrée au demeurant pour ce que j'ai l'intention d'en faire. La deuxième est trop courte et me donne une allure outrageusement ridicule, mais la troisième s'avère correspondre à peu près à ce que je cherche. De la simple toile de lin écrue, assez longue pour frôler le sol et montant jusqu'au col, ce qui est indispensable parce que ce n'est pas avec la poitrine que j'ai que je pourrais faire illusion en portant un profond décolleté. Je prends encore un grand foulard gris dans les affaires apportées par le sympathique bonhomme et m'entoure le visage avec, à la façon des femmes du désert, ce qui ne laisse finalement que mes yeux et mes mains visibles. Evidemment je manque un peu de formes pour que le déguisement soit parfait, mais quelques chiffons roulés en boules et une bande de tissu pour les maintenir ont tôt fait de résoudre le problème. Je pirouette devant mes admirateurs en riant et demande d'une voix de fausset:

"Alors? Qu'en pensez-vous?"

Si ma silhouette fait peut-être l'affaire, ma voix en revanche me trahirait assurément, mieux vaudrait que je ne prononce pas un mot si nous croisons ces Sororités. Ouvertement amusée, Isil observe mon improbable dégaine avant de répondre:

"Ça fera l’affaire. Laisse-moi voir quelque chose avant."

S'emparant d'un large ruban, elle le noue autour de ma taille pour l'accentuer, si serré que je dois rentrer mon ventre pourtant dépourvu de toute proéminence pour parvenir à respirer. Avant que j'aie le loisir de récriminer, l'Elfe esquisse un sourire en déclarant:

"Tu serais presque prêt pour une soirée chez la Dame d’Escalie."

Je hausse un sourcil perplexe, ne sachant qui est cette dame ni à quoi peuvent bien ressembler les soirées chez elle, mais la présence du passeur me fait renoncer à poser ces questions, partie remise. Je remercie l'humain en lui glissant une poignée de yus dans la main, puis ôte et replie mon déguisement que je glisse dans mes fontes le moment est venu pour nous de repartir. C'est en remontant en selle que je réalise une chose: ce sera beaucoup, beaucoup moins facile avec une robe m'arrivant aux chevilles. Quant à monter en amazone, la selle ne s'y prête guère mais, faute de mieux, il faudra bien que je m'en accommode, pourvu que ce soit bref!

Nous reprenons notre route sans plus traîner, la fin de la journée s'écoule paisiblement, tout comme la nuit et la journée qui suivent. Au soir de cette dernière, tandis qu'Isil vaque un peu puls loin, je me décide à retirer les fils qui referment depuis déjà plusieurs jours ma coupure, ils tirent dorénavant trop sur ma peau à mon goût et je ne tiens pas à ce qu'ils restent bloqués dans ma chair. Un petit couteau de cuisine bien affûté me permet de faire sauter aisément les points, retirer les fils s'avère une toute autre affaire car, comme je le craignais, la chair s'est refermée dessus et a commencé à y coller. Après bien des efforts et quelques grimaces, je parviens néanmoins à extraire les récalcitrants et ressert un bandage sommaire sur la plaie, ne tenant pas à ce qu'elle se rouvre. Un peu plus tard, après que nous ayons mangé, je m'approche d'Isil, le petit couteau bien affûté en main, et lui dit calmement:

"Enlève ta chemise."

Lhyrr grogne aussitôt, menaçant, mais Isil se contente de hausser un sourcil, impassible:

"Et pourquoi donc ?"

Hum, peut-être aurais-je dû commencer par ça:

"Les sutures. Il faut les enlever avant que la chair ne se colle dessus. J'ai enlevé les miennes et...ça commençait à être difficile."

Son sourcil se hausse plus encore:

"Avec un couteau ? Alors qu'il y a une pince dans mes affaires?"

Elle lève les yeux au ciel et déboutonne le haut de sa chemise pour découvrir les différentes plaies tandis que je hausse à mon tour un sourcil interloqué pour remarquer d'un ton franchement amusé:

"Alors comme ça tu n'as pas une seule robe dans tes affaires mais tu transportes une...pince? Sais-tu que tu fais une drôle de dame?"

Par Zewen, elle n'est pourtant pas forgeronne, alors que fait-elle avec une pince dans son sac?! La réponse ne tarde pas car elle secoue la tête d'un air amusé en me répondant:

"La pince, c'est pour soigner les plaies, avec quoi crois-tu que j'ai nettoyé la tienne ?"

Je hausse le deuxième sourcil, perplexe, voire incrédule:

"Eh bien...je regardais ailleurs...tu as utilisé une...pince pour nettoyer ma blessure? Vous êtes vraiment étranges, comme Elfes."

Ma compagne se borne à sourire et hausse les épaules mais, lorsque je m'approche avec le couteau, elle me tend la plus petite et fine pince que j'aie jamais vu:

"Prends en soin, elle m'a coûté cher."

J'observe un instant Isil de manière pensive et remarque doucement:

"J'ai appris à être soigneux avec les choses avant de savoir marcher, Isil. Je ferai attention."

Après m'être assuré d'un regard interrogateur qu'elle m'autorise à approcher davantage, je me mets aussitôt à l'ouvrage et découvre avec surprise que l'outil qu'elle vient de me prêter est autrement plus efficace que le système que j'ai employé sur moi-même. Il ne me faut que quelques instants pour retirer en douceur les points, sous le regard toujours vigilant de Lhyrr qui suit aussi attentivement le moindre de mes gestes que si je risquais de mettre la vie de sa maîtresse en danger. Une fois ma tâche achevée, je me redresse face à lui et le fixe au fond des yeux avant de lui dire paisiblement:

"Il va falloir que tu arrêtes de me prendre pour un assassin en puissance, un de ces jour, Lhyrr, cela devient...offensant."

Le loykarme me jauge un instant, puis il s'approche et me gratifie d'un vaste coup de langue sur le museau! Une chance que je n'aie pas poussé le vice jusqu'à me maquiller. Ceci fait, il me dévoile alors ses rangées de crocs acérés, une vue qui me fait quelque peu tiquer, à quoi joue-t'il? Enfin, je suppose que c'est sa manière de me dire que ce n'est pas gagné. Il se détourne ensuite et s'éloigne en trottinant, quelle étrange créature...Je hausse les épaules en me détournant pour nettoyer la pince des quelques gouttes de sang qui s'y sont déposées, puis je la rends à sa propriétaire avec un discret sourire:

"Je n'avais jamais vu un outil si fin et précis. C'est très pratique."

Le lendemain, je m'affuble de la robe et du voile avant de partir, nous sommes trop proches du territoire de cette Sororité pour que je prenne le moindre risque. Comme prévu, monter à cheval ainsi accoutré n'a rien d'une partie de plaisir, mais je m'en accommode tant bien que mal en m'agrippant fermement au pommeau de la selle. En milieu de journée, il commence à pleuvoir, pas une petite pluie fine et agréable, non, ce sont de véritables cordes qui tombent du ciel et ma veste de cuir utilisée comme capuche ne me protège que fort imparfaitement; Et d'autant moins lorsque le vent se met à souffler rageusement. Mais pas une plainte ne franchit mes lèvres, ce spectacle me laisse sans voix durant un bon moment, jamais je n'ai rien vu de pareil dans mon pays natal et, si j'ai déjà vu la pluie, c'était des tréfonds obscurs d'une galère. La découvrir en plain air est tout autre chose et c'est avec incrédulité que je vois partout de petites ruisseaux et de petites mares qui se forment. Jamais l'expression "pays humides" ne m'a semblé si appropriée, à tel point que j'en viens à demander à Isil d'un ton un peu inquiet:

"Dis-moi...on ne risque pas de moisir avec toute cette eau?"

L'Hinïonne semble sur le point d'éclater de rire à ma question mais elle se retient et me réponds sobrement que non, nous ne risquons pas de nous couvrir de moisissures. Je pousse un léger soupir de soulagement tout en regrettant qu'elle ne se soit pas accordée le droit de rire, depuis le temps que j'ai envie de l'entendre!

Bivouaquer dans ces conditions s'avère plus compliqué que de coutume, mais nous trouvons finalement un petit abri sous roche qui nous épargne le gros des précipitations. Quant à allumer un feu, c'est peine perdue, ce soir-là nous mangeons froid. C'est en milieu de journée, le lendemain, que nous arrivons en vue d'un large fleuve tumultueux aux eaux brunes chargées de branches et de feuilles arrachées par le mauvais temps. Avisant une petite masure en bordure du fleuve, munie d'un solide ponton auquel est accroché un assez grand bateau à fond plat, je l'indique à Isil:

"Voilà qui devrait pouvoir nous faire traverser, qu'en dis-tu? Mais il vaudrait mieux que ce soit toi qui parles..."

Je me tiens en retrait tandis qu'elle s'approche de la maison pour négocier notre traversée. Quelques instants plus tard, six femmes protégées du temps par de grands manteaux de cuir à capuches en sortent et s'emparent de longues perches posées contre la masure avant de se diriger vers le bateau. Je m'en approche enfin, hochant légèrement la tête lorsqu'Isil m'informe discrètement que je suis censé m'appeler "Ella", un prénom que je n'aurais pas de mal à retenir. Tenant Miynn par la bride et m'efforçant de prendre une démarche féminine, je me vois contraint de batailler un peu pour faire monter la jument sur le ponton, une tâche rendue plus difficile par le fait que je n'ose pas parler de crainte de me trahir. Je finis par convaincre ma monture et, aidé par deux des femmes, parviens à la faire grimper dans le bac. Les six membres d'équipage ne me prêtent qu'un regard indifférent et un peu maussade, je suppose qu'elles auraient préféré rester bien au sec dans leur maison et la pluie battante n'incite pas vraiment à lever la tête. Ce qui m'arrange bien, même si je suis plus amusé qu'inquiet, prenant tout cela comme un jeu plutôt que comme un péril réel.

Poussé vigoureusement par les six matelotes, le bateau quitte la rive d'une embardée et commence aussitôt à dériver dans le puissant courant. ces femmes doivent avoir une sacrée poigne car, même si nous atteindrons la rive opposée bien en aval, leurs efforts permettent à l'embarcation d'avancer régulièrement dans la bonne direction, bien que nous soyons durement ballottés par les remous. Nous sommes approximativement au centre du fleuve lorsque l'une d'elle crie soudain un avertissement:

"Un tronc! Attention au choc!"

Je n'ai que le temps de m'accroupir et d'agripper le rebord de bois extérieur de l'embarcation avant que l'arbre aux trois-quarts submergé ne la percute violemment par le travers. Alors que le bateau se cabre dangereusement, Miynn pousse un hennissement affolé qui couvre brièvement les jurons proférés par les navigatrices et menace de perdre l'équilibre, ses sabots glissant sur le bois mouillé! Mon premier réflexe est de bondir pour l'aider à se stabiliser mais je le dompte sévèrement en songeant que je n'ai pas la moindre chance de la retenir, son poids est beaucoup trop conséquent pour moi. Soudain, un cri paniqué détourne mon attention et mon sang se glace dans mes veines lorsque je découvre qu'une des inconnues est tombée à l'eau! Seule un main désespérément accrochée au bordage la maintient à flot, mais je vois ses doigts glisser inexorablement, deux secondes encore et c'en sera fini d'elle, qui pourrait nager dans un tel courant? Sans réfléchir, je me relève et me précipite vers elle au risque de m'affaler tant le sol glisse et bouge, mais je suis loin, trop loin. A l'instant où elle lâche prise, je tente le tout pour le tout et me jette follement à plat ventre sur le pont, arrivant juste à temps pour agripper son poignet qui seul dépasse encore de l'eau. Malheureusement elle est plus lourde que moi et, malgré mes efforts pour empêcher une glissade fatale, je me sens irrémédiablement traîné vers l'eau boueuse! Je sais que la seule solution logique est de la lâcher, à quoi servirait qu'il y ait deux morts au lieu d'un? Si je tenais un homme je pourrais peut-être m'y résoudre, sans doute même, mais c'est une femme et on m'a seriné durant presque toute mon existence à quel point celles qui donnent la vie sont précieuses. Je devrais lâcher prise si je veux avoir une chance de survie, j'en suis intimement conscient, mais je ne peux pas, pas sans perdre toute estime de moi-même. Sur le moment je ne le réalise pas, c'est le cadet de mes soucis mais mon foulard s'est envolé dans l'action et mon visage est dorénavant découvert.

Fort heureusement, Isil et l'une des femmes, une très belle rousse aux yeux verts, se précipitent à mon secours avant que je ne passe à l'eau à mon tour. Elles extirpent la malchanceuse de l'onde et nous nous retrouvons vite tous les quatre assis sur le pont, face à face. Et bien entendu, mon visage découvert ne trompe personne, un cri offusqué retentit presque aussitôt:

"Un homme !"

Un Eruïon, ai-je envie de protester, mais je tiens ma langue en entendant les autres femmes pousser des cris d'alarme et en les voyant nous encercler. La magnifique rouquine leur ordonne cependant de reprendre immédiatement leurs postes, la traversée n'étant pas achevée, ce qui me laisse un répit que je devine déjà de courte durée. Et en effet, lorsque nous débarquons enfin après que les Soeurs aient amarré le bac, nous sommes accueillis par des épées dénudées et des visages hostiles. La rousse s'exclame d'un ton profondément offensé:

"Vous nous avez menti ! Cet homme doit mourir."

Cette fois je ne peux m'empêcher de maugréer:

"Un Eruïon, un Elfe que je suis, avec des belles oreilles pointues."

Quant à me tuer, je n'ai pas l'habitude de contrarier les femmes mais je ne me laisserai pas trucider sans défendre ma vie, d'autant plus que cela me semble fort injuste, après tout je viens d'empêcher l'une des leurs de se noyer! Néanmoins je baisse vivement la tête pour dissimuler la colère et la dureté qui ont pris place sur mes traits lorsque Isil puis son Loykarme s'interposent, tentant d'éviter un combat. Ma compagne admets nos torts, les miens plutôt à mon sens, et leur explique pourquoi nous avons usé de ce stratagème en évoquant sobrement ce que nous avons tous deux vécu. Les Soeurs hésitent un instant mais elles ont accueilli certaines des esclaves fugitives et ont entendu parler d'elle et de son Loykarme. Encore que la rouquine déclare qu'elle imaginait Isil plus grande au vi des exploits qui lui ont été contés, une remarque qui me fait discrètement sourire. Cela finit heureusement par les décider et elles rengainent leurs lames. A mon plus grand soulagement, elles se contenteront de nous conduire hors de leurs terres, une issue bien plus agréable que la lutte à mort qui se dessinait.

Nous reprenons sans tarder la route, les Soeurs semblent fort pressées de m'évacuer de leur territoire et je ne le suis pas moins de me retrouver en un lieu plus sûr. Tandis que nous avançons, je profite d'un instant d'inattention des femmes pour me rapprocher d'Isil et l'observe de pied en cap avant de lui murmurer de mon air le plus pince-sans-rire:

"C'est vrai que tu n'es pas très grande."

Un infime sourire au coin des lèvres souligne ma taquinerie, puis je l'efface avant d'incliner sobrement le visage en signe de remerciement pour ce qu'elle vient de faire. Une fois encore je lui dois la vie, mais on ne remercie pas ce genre de choses par des mots, dans le Dragomélyn. Retrouvant vite mon habituelle insouciance, je demande ensuite:

"Qui est cette dame d'Escalie? Raconte-moi à quoi ressemblent ses soirées, il y a plein d'hommes déguisés en femmes?"

"Callirhoé d'Escalie est l'une de mes plus chères amies. Elle est connue pour organiser de grandes réceptions, réputées dans la noblesse cuilnenne. Des bals souvent masqués, frôlant parfois les limites de la bienséance hinïonne, mais la Dame est de ceux qui assoient leur puissance sur la connaissance, aussi tolèrent-ils ses frasques. Mieux, cela leur donne une excuse de côtoyer ces limites à leur tour."

Ignorant tout de la culture Hinïonne et peinant à me représenter les concepts impliqués dans la réponse de mon amie, mille questions se pressent à mes lèvres. Mais un bref regard du côté de notre escorte me dissuade de les poser maintenant, d'autant plus que je sais qu'Isil n'aime pas parler d'elle, tout particulièrement devant des inconnus.

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Elladyl, Eruïon errant de son état.


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 Sujet du message: Re: Le territoire autour du monastère
MessagePosté: Ven 25 Aoû 2017 17:46 
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Nous cheminons en silence jusqu'à ce que la nuit tombante nous contraigne à faire halte pour monter le camp. Ma présence ici n'est que tolérée et pas de gaieté de coeur, si bien que j'accomplis ma part du travail en me faisant le plus discret possible, les yeux rivés au sol, puis je m'installe un peu à l'écart une fois le camp monté et le feu allumé. Débarrassées de ma présence, ou du moins autant que faire se peut dans ces circonstances, les quatre femmes qui nous escortent ne tardent pas à se détendre un peu et à échanger quelques plaisanteries que j'écoute d'une oreille distraite. Isil sort bientôt sa lyre pour leur offrir quelques morceaux accompagnés de récits, dont celui de Sig et Krisafis relatant la naissance du brouillard, une belle légende que je n'avais jamais entendue. Un peu plus tard, alors que les humaines et Isil se laissent aller au sommeil, plus sereines après cette soirée paisible, je médite un moment sur ma place parmi ces peuples aux moeurs si différentes de celles des miens.

Dois-je continuer à me comporter comme je le faisais dans notre société fondamentalement matriarcale, m'en tenir à un rôle effacé aux côtés d'Isil alors que, vraisemblablement, elle ne comprend pas vraiment les raisons qui me font adopter cette attitude? Puis-je seulement remiser des décennies d'habitudes bien enracinées en moi pour endosser un rôle moins...soumis? Je ne sais, d'autant plus que je n'ai aucun repère social me permettant de définir un comportement différent. Il me faudra du temps, sans doute, mais si je suis parti du Naora c'est aussi parce que cette soumission face aux femmes de mon peuple me pesait parfois, un sentiment paradoxal puisque dans le même temps cette hiérarchie me semblait parfaitement normale et logique dans le contexte du désert de Sarnissa. Mais ici...tout est si différent que ce carcan semble incongru, déplacé, accentuant mon impression d'être un étranger ignorant de tout, naïf comme un enfançon face à un monde qu'il ne comprend pas encore. La seule idée de me considérer comme l'égal de ma compagne de voyage me met mal à l'aise, j'ai le sentiment obscur de transgresser un interdit, de bafouer l'ordre naturel des choses. Je finis par renoncer à poursuivre mon raisonnement sur ces questions et laisse mon esprit libre de rêvasser jusqu'au matin, n'ayant pas vraiment de réponses à mes questionnements.

Nous parvenons le lendemain, vers la mi-journée, aux frontières du territoire de la Sororité. Les Soeurs nous délestent là de leur présence, ce qui n'a rien pour me déplaire car leur sempiternelle méfiance à mon égard n'avait rien de bien agréable. Mais qu'importe, je les remercie d'un sobre signe de tête de m'avoir laissé la vie et nous poursuivons notre chemin dans les terres entourant Dehant, censées être un peu plus accueillantes pour le mâle que je suis.

_________________
Elladyl, Eruïon errant de son état.


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