Notre belle guerrière au corps de rêve n’avait rien d’un fossoyeur. Ses bras assez puissants pour bien manier une épée n’avaient pas l’habitude de pelleter la terre. Au bout de quelques minutes à creuser comme un forçat, des douleurs se firent sentir dans ses paumes et aucun doute que des ampoules apparaîtraient dans ses délicates mains si elle ne cessait cette petite corvée inhabituelle pour elle. Mais obstinée comme pas une, elle ne cessait de creuser son trou où elle s’enfonçait déjà jusqu’aux cuisses. Elle continua ainsi malgré la fatigue musculaire jusqu’à ce qu’elle sentit de la résistance sous sa pelle. À ce moment, un sourire se dessina sur sa jolie figure, elle espérait trouver des indices sur la mystérieuse et subite mort de ce milicien.
Les effluves malodorants s’échappant du cercueil de bois firent modifier rapidement la mimique de la guerrière. Le nez plissé, le rictus changé par une grimace, la belle n’abandonna pas pour autant donnant un dernier coup de pelle sur la tombe. Le bois déjà à moitié pourri céda facilement à l’assaut de la rouquine. Et une fragrance de viande pourrie mêlée à une odeur d’excrément envahit les pauvres narines de Sibelle qui ne put retenir un haut-le-cœur. En quelques secondes à peine, son estomac se contracta violemment et son contenu remonta son œsophage, expulsant brutalement et avec pression une bouillie nauséabonde qui se répandit sur le visage suintant et à moitié décomposé du cadavre. À l’odeur désagréable, s’ajouta la vue d’un corps à moitié décomposée qui servait manifestement de festin à une escouade d’insectes nécrophages.


Ne voulant abandonner après tant d’efforts, Sibelle retourna la tête du cadavre du bout de sa pelle et put observer une énorme contusion à l’arrière de sa tête où la cervelle noircie et jaunie coulait du crâne fracassé, signe que le milicien s’était fait sournoisement assommé par-derrière. Bloquant sa respiration afin de ne pas répéter sa douloureuse expérience précédente, Sibelle se pencha à l’inspection des vêtements du défunt. Du bout des doigts et avec un certain dédain, elle dut se prendre à deux reprises afin de réussir à contrôler sa répulsion et à retirer un papier plié en quatre dans le fond d’une poche.
Ne pouvant rester une minute de plus dans ce trou puant infesté de nécrophages, elle sauta à l’extérieur sans oublier d’emporter la pelle. Sans perdre une minute, elle s’empressa de recouvrir de terre les restes du milicien, ne s’arrêtant que lorsqu’il fut enseveli d’un bon mètre de terre. Une fois ceci fait, la guerrière exténuée s’assit par terre et déplia le petit papier. Le tournant de tous les côtés, elle n’y vit qu’une petite phrase inscrite :
« J’ai entendu dire que Gark n’a qu’un œil rôde dans le coin. J’ai donc décidé d’ouvrir l’œil et de surveiller la grange toutes les nuits. »Perplexe, Sibelle relut à plusieurs reprises ce petit mot, se posant des questions sur ce dénommé Gark. Fourbue, elle mit le papier dans la poche arrière de son pantalon et se releva, emportant la pelle qui pouvait sans aucun doute servir d’arme, voire même assommer un homme soul et blessé si l’occasion se présentait.
Le goût âcre de la bile toujours présent dans sa bouche, la belle sortit enfin du cimetière se dirigeant à pas rapide vers la maison du milicien espérant y trouver son compagnon gobelin.