L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 16 Jan 2017 02:16 
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J'ai la surprise, alors que je me faufile dans le conduit glacé, de voir l'Ithilarthëa m’emboîter le pas, sans doute par curiosité car il flaire avec assiduité les traces laissées au sol par le Thorkin. Le sol est glissant mais la pente est faible, si bien que je me laisse doucement glisser vers le bas en position accroupie, conservant mon équilibre à l'aide mes mains posées par terre, non sans avoir demandé à ma Faëra de m'éclairer au préalable. Au bout d'une quinzaine de mètres, le conduit devient à peu près plat et serpente vaguement sur une trentaine de mètres supplémentaires avant de parvenir à une petite salle en demi sphère d'une douzaine de pas de diamètre. Je soupire doucement en apercevant le cadavre du Thorkin adossé à la paroi, il est donc bel et bien mort ici comme je le supposais. Un regard circulaire m'apprend que le conduit se poursuit, aux trois quarts obstrué par des coulées de glace, mais je me dirige tout d'abord vers le corps raidi pour l'examiner plus en détail et le fouiller.

Le nain n'était vêtu que de fourrures sommairement assemblées qui ne l'ont pas protégé de la force redoutable du Béhémoth, mais c'est sans doute la faim et le froid qui l'ont tué car je ne trouve pas la moindre provision sur lui. Ses deux jambes brisées l'auront certainement empêché de se déplacer plus loin, je n'ose imaginer la lente agonie solitaire qui a dû être la sienne, que faisait-il donc ici et, plus intriguant encore, par où est-il arrivé? Si un Thorkin était passé chez Alayä, la prêtresse de Moura m'en aurait certainement parlé. Sa mort ne date certainement pas d'hier mais les traces encore visibles à l'entrée laissent supposer que cela ne date pas de plusieurs années. Contrairement à ce que je craignais nul prédateur ne semble avoir tenté de dévorer le nain, je suppose qu'un bloc de viande congelée ne constituait pas un repas bien attrayant et que le froid aura empêché les odeurs d'attirer d'éventuels charognards. Si je ne trouve aucune nourriture en le fouillant, je découvre en revanche quelques étranges petites pépites de métal d'un surprenant bleu irisé dans sa hotte. En les observant attentivement je me souviens en avoir déjà vu voilà bien des années dans un temple de Yuia que j'avais visité. Les yeux de la statue de la Déesse en étaient constitués, je me remémore d'ailleurs les avoir admirés un long moment car leur teinte profonde me rappelait bien tristement ceux de Jaëlle, mon premier amour. J'ignore en revanche le nom de ce précieux métal, du moins jusqu'à ce que Syndalywë me renseigne obligeamment:

(C'est de l'Hélcéa, du métal élémentaire de glace. Il contient du fluide de cet élément et reste toujours très froid.)

Songeur, j'observe l'Ithilartëa qui, après avoir humé longuement le Thorkin, s'est assis pour m'observer d'un air indifférent. Un métal qui reste toujours froid...un fauve doté d'un épais pelage plus adapté aux rigueurs de l'hiver qu'au climat tempéré des plaines...

(Mmm...si je parvenais à en récolter assez pour lui faire une espèce d'armure, cela pourrait le protéger de la chaleur en même temps que des coups, non?)

(Si, probablement, cela me semble une bonne idée.)

Je récupère donc les quelques pépites du nain, mais cela représente une quantité bien insuffisante pour une armure même partielle, Sinwaë n'ayant pas précisément la taille d'un écureuil. Il faut donc que j'en récolte davantage, mais où et comment? Mon regard se pose alors sur les outils du Thorkin, puis sur la suite de la cavité, il n'en faut pas davantage pour que la réponse à ma question m'apparaisse. Je glisse le burin et le marteau dans mon sac, puis je récupère la pioche que j'utilise pour dégager le passage menant plus loin sous le glacier. Le manche est un peu court pour moi mais il ne me faut que quelques instants pour fracasser la glace qui me fait obstacle, ce qui me permet de m'engager bien vite dans le conduit qui ne tarde pas à plonger dans les profondeurs. Le Thorkin avait visiblement taillé des marches sommaires pour grimper, je n'ai donc pas la moindre difficulté à descendre, me contentant de les approfondir quelque peu à coups de pioche lorsqu'elles me semblent trop glissantes.

Une vingtaine de mètres plus bas, le conduit rejoint une galerie plus vaste qui s'est creusée entre la roche et la glace, large mais basse un petit ruisselet en parcourt le fond en produisant un léger murmure agréable. Alors que je m'étonne qu'il y ait de l'eau liquide par ces températures et que Sinwaë en profite pour s'abreuver, ma Faëra m'explique doctement:

(Le glacier bouge, ce faisant il frotte contre la roche de tout son poids et cela produit assez de chaleur pour faire fondre la glace, d'où ce ruisseau.)

(Ah...eh bien, je suis enchanté de l'apprendre), lui rétorqué-je avec une discrète ironie.

(Peuh! Tu te coucheras moins ignorant ce soir, ce qui ne sera pas un luxe), riposte ma Faëra d'un ton faussement outré.

(Aide-moi plutôt à trouver de ce métal, au lieu de dire des sottises! Tiens, au fait...il a atteint sa taille adulte, Sinwaë?)

(Oui, c'est un jeune mâle têtu qui a fini de grandir, comme toi. Et débrouille-toi pour le métal, ça t'apprendra peut-être la patience.)

(Tu rêves ma belle!)

J'entreprends d'examiner le sol en riant, jusqu'à ce qu'un sinistre craquement se fasse subitement entendre! Inquiet, je brandis ma pioche à tout hasard, réalisant bien vite l'inanité de mon geste. Par Sithi, j'espère que la masse inimaginable de glace se trouvant au dessus de ma tête tiendra encore quelques jours avant de s'effondrer! C'est en étant légèrement plus nerveux qu'avant que je reprends ma prospection, l'oreille tendue vers les bruits suspects du colosse gelé qui me fait sursauter chaque fois qu'il grince ou craque, ce qui s'avère en fait assez fréquent. Au bout d'un long moment d'exploration vers l'aval du ruisseau, je finis par découvrir une fine veine de ce métal bleuté que je suis venu chercher, il ne me reste plus qu'à l'extraire! Oui, seulement je réalise vite que je ne suis pas né mineur. Mes coups sont précis, après tout une pioche est une arme comme une autre, mais la roche rebelle n'éclate absolument pas comme je le souhaite! Je parviens à en détacher de bons morceaux à force d'acharnement, mais à moins de trouver deux ou trois mulets je ne parviendrai jamais à transporter la masse inutile de caillou qui entoure les petites parties qui m'intéressent...

Il me faut des heures de burinage pour extraire quelques fragments d'Hélcéa à peu près détachés de leur gangue, je soupire profondément en songeant qu'à ce rythme, il me faudra des semaines de minage pour récolter assez de métal. Je n'en récupère pas moins religieusement mon maigre butin et le range soigneusement avant de me préparer un morceau de viande que je cuis sur la flamme de mon ardente. Sinwaë s'approche immédiatement pour obtenir sa part que je lui donne par petits bouts en le caressant et en lui parlant. Je m'efforce de lui apprendre à attendre que je lui tende sa viande plutôt que de le laisser s'en emparer à son gré, avec un succès assez mitigé à vrai dire, mais c'est un début. Il faut que j'arrive à m'en faire obéir avant de me risquer dans un lieu civilisé avec lui, j'imagine en riant la tête d'un aubergiste qui le verrait débouler dans ses cuisines...Je me demande d'ailleurs comment il réagira lorsqu'il rencontrera d'autres personnes, la plupart auront sans doute peur de lui et il le sentira. S'il avait senti de la crainte en moi lors de notre premier face à face, je ne doute pas un instant qu'il m'aurait attaqué avec toute la sauvagerie du dangereux prédateur qu'il est. Je n'imagine pas le tenir en laisse, d'une part cela serait un véritable sacrilège à mes yeux, d'autre part il me semble assez probable qu'il soit capable de me traîner derrière lui sans grande difficulté, étant bien plus lourd que moi. Il aurait certainement été bien plus aisé de dresser un Ithilartëa plus jeune, mais il aurait fallu des années avant que je puisse l'emmener au combat avec moi et il me tarde déjà d'intervenir contre l'ennemie mortelle de mon peuple. Quant à trouver un dresseur capable de m'enseigner la manière appropriée de gérer mon nouveau compagnon, je doute qu'il en existe encore ailleurs qu'au Naora et je ne tiens pas à gagner un aller simple pour Raynna dans l'immédiat. Il va falloir que je me débrouille et que je sois particulièrement vigilant les premiers temps, reste à espérer que cela suffise à éviter un drame.


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 16 Jan 2017 04:27 
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Quelques heures de repos plus tard, je reprends ma quête tout en réfléchissant à un problème pratique qui ne tardera pas à se poser si je m'engage plus avant sous le glacier: la nourriture. Sinwaë a clairement besoin d'une quantité de viande conséquente, les deux lièvres chassés la veille ne le nourriront pas longtemps et il me faudra certainement plusieurs jours avant d'avoir extrait assez de minerai. Quese passera-t'il quand il sera affamé? S'en prendra-t'il à moi? J'en doute, mais de là à en être certain il y a un pas que je ne suis pas prêt à franchir. Et, en supposant qu'il préfère sortir chercher de quoi se nourrir, reviendra-t'il? Rien ne me semble moins sûr. Il faudra donc que je ressorte chasser d'ici quelques heures mais, d'ici là, autant en profiter pour tenter de repérer un autre filon d'Hélcéa!

Je finis par en dénicher un, plus important que le précédent, dans une anfractuosité du sol. Mettant en pratique ma maigre expérience de mineur, je tente cette fois de comprendre la structure de la roche avant de l'attaquer à la pioche, ce qui s'avère payant car elle se casse un peu moins aléatoirement que la veille. Cela reste néanmoins un travail long et fastidieux qui doit être achevé précautionneusement au burin afin d'enlever le plus gros du rocher qui entoure le métal. Lorsque la faim et la fatigue me font interrompre ma tâche de longues heures plus tard, j'ai la satisfaction d'avoir extrait quelques jolies pépites presque pures, que je tourne et retourne fièrement entre mes mains pour les contempler sous le regard curieux de Sinwaë. Je n'ai pas encore de quoi faire forger une armure à mon fauve, loin s'en faut, mais je me prends à penser que c'est un bon début!

Le lendemain, nous ressortons pour nous approvisionner en viande fraîche et je découvre avec plaisir les talents de chasseur de l'Ithilarthëa. Il débusque rapidement un petit troupeau de mouflons et, avant que je n'aie eu le temps d'encocher une flèche, brise la nuque de l'un d'eux au terme d'un bond impressionnant. Quant à l'obliger à partager sa proie, c'est une autre affaire et je me fais accueillir par un grondement menaçant lorsque je tente de m'approcher. Je le sermonne durement et m'impose malgré ses crocs découverts en un rictus inquiétant, mon coeur bat précipitamment dans ma poitrine mais je refuse catégoriquement de céder à la peur, certain que je ne pourrais jamais faire façon de mon fauve si je la lui montre. Il me happe l'avant-bras d'un geste brusque lorsque je m'empare de sa pitance, pas dans l'intention de m'arracher le bras mais plutôt de m'avertir qu'il n'acceptera pas que je me serve avant qu'il ait fini de manger. Je lui assène une tape sèche sur la truffe en haussant la voix pour l'enguirlander copieusement, si bien qu'il lâche mon bras en feulant pour se mettre en posture d'attaque. Je lui fais face sans fléchir et avance d'un pas vers le mouflon tout en continuant à parler sévèrement au fauve qui se ramasse sur lui-même pour bondir. Au pas suivant que je fais, il réagit de manière foudroyante et saute sur moi, mais je l'attends de pied ferme! Je me décale vivement d'un pas de côté et pivote sèchement pour le bousculer d'une rude poussée sur l'échine ce qui, à mon plus grand dépit, ne le fait qu'à peine dévier de sa trajectoire. Il se retourne agilement et tente de me porter un coup au visage de ses puissantes griffes, ce qui me contraint à une retraite hâtive pour ne pas finir défiguré! Mais le bougre est salement rapide, plus que je ne m'y attendais à vrai dire, et je ne dois mon salut qu'à mon bras bardé de mithril instinctivement levé en protection! Je grogne entre mes dents serrées:

"Ah tu veux te la jouer comme ça? D'accord mon grand, on va danser un peu, toi et moi..."

J'ai une pensée pour mes fouets, je pourrais probablement le mâter en m'en servant et en utilisant mon Ki mais je chasse cette idée aussitôt, ce n'est pas par la crainte et la douleur que je veux m'attacher cet animal légendaire. Je me décale une nouvelle fois lorsqu'il bondit mais, plutôt que de tenter de le bousculer, je fonds sur lui et m'agrippe à son encolure que j'entoure de mes bras en serrant de toutes mes forces! Surpris, il tente de se dégager au moyen de contorsions sauvages, mais ma prise est bonne et mes bras rompus au maniement des armes ne sont pas dépourvus d'une certaine puissance. Voyant qu'il n'arrive pas à se dégager ainsi il roule furieusement au sol et tente de m'écraser sous son poids, mais mon armure de plates est robuste et la neige est meuble, si bien qu'il ne parvient guère qu'à m'enfoncer dans la couche blanche. Je profite d'un bref répit pour entourer son corps de mes jambes et me river à son dos, ce qui a pour effet de le rendre plus hargneux encore! Il se redresse brutalement et bondit sèchement de droite à gauche pour me déloger, mettant mes muscles à rude épreuve dans cet exercice de rodéo sauvage! Je tiens bon mais cela ne durera sans doute plus très longtemps s'il s'acharne, il faut que je le calme et vite! J'attrape mon poignet gauche avec ma main droite et resserre vicieusement mon étreinte autour de son cou pour l'étrangler, le manque d'air devrait l'affaiblir rapidement si je parviens à serrer assez fort, du moins je l'espère...

Soit je n'ai pas assez de force soit c'est lui qui en a trop, il manque bien d'air car je le sens haleter péniblement sous moi, mais cela ne l'empêche pas de se livrer à une nouvelle valse démente de bonds et de contorsions fébriles! Mon endurance et ma résistance se consument à une allure inquiétante, je vois approcher à grands pas l'instant où je vais lâcher. En désespoir de cause, poussé par mon seul instinct de survie, je plante mes dents dans sa nuque comme la bête sauvage que je suis à cet instant, de toute ma hargne! Un geste bien éloigné de la technique subtile et complexe du maniement des armes que j'ai apprise mais qu'importe! Sinwaë rugit d'indignation à ce traitement déshonorant et moi je manque m'étouffer à cause des poils qui m'emplissent la bouche, agrémentés d'un léger goût de sang. Mon tumultueux compagnon change alors subitement de stratégie et m'emporte dans une cavalcade échevelée, sautant sans ralentir rochers et monticules de neige au risque de se rompre le cou! Je ne tiens sur son dos que parce que mes membres sont tétanisés, verrouillés autour de lui comme des étaux grippés. Mes poumons me brûlent par manque d'air, ma bouche désormais pleine de sang et mon nez sont enfouis dans l'épaisse toison de l'Ithilartëa et je ne parviens à respirer que par trop brèves saccades, mais une sauvagerie primitive enflamme mon corps et ma volonté et je ne lâche pas!

La folle chevauchée ne dure sans doute pas plus d'une minute ou deux mais mon impression est toute autre et j'ai le sentiment que des heures s'écoulent avant que le prédateur ne s'arrête enfin, épuisé et suffocant! Je voudrais relâcher ma prise et me laisser glisser au sol pour récupérer mais je n'y arrive pas, mes muscles ne répondent simplement plus. Pour finir, c'est Sinwaë qui se couche lentement en gémissant piteusement, d'abord sur le ventre puis sur le côté, ce qui me permet de détacher mes membres soudés à lui et de m'affaler à quatre pattes à ses côtés, tremblant de tout mon corps. Le fauve se met alors sur le dos en poussant de petits cris plaintifs, un comportement que j'ai déjà observé chez les loups: il admet sa défaite! Je puise dans mes dernières forces pour poser une main sur sa poitrine et lui mordiller le cou, puis je me recule un peu en le fixant au fond des yeux. Il redresse alors un peu la tête et me gratifie d'un râpeux coup de langue sur le visage, geste auquel je réponds par quelques petites tapes amicales sur sa tête avant de me relever laborieusement, un sourire radieux aux lèvres malgré mon épuisement.

Un peu plus tard, nous rejoignons la carcasse de mouflon ensemble et, cette fois, il attend sagement que j'aie découpé la bête et que je lui donne sa part. Sans réfléchir, je dévore un morceau de viande crue et encore chaude, le sang ruisselle sur mon menton et je dois avoir l'air d'un vrai sauvage mais je n'en ai cure. Un rire un peu fou me secoue soudain, je suis revenu à l'état le plus primitif qui soit durant ces quelques minutes et j'ai aimé ça! Je sais que Sinwaë m'obéira désormais, nous formons maintenant une meute et chacun connait sa place. Je sais aussi qu'il ne manquera pas de m'éprouver encore à la moindre faiblesse mais cela me semble juste et naturel, c'est dans l'ordre des choses.


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 16 Jan 2017 14:33 
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Une fois achevé notre festin sanglant et le reste de viande découpé en lanières et emballé dans la peau de l'animal tué pour former un pesant baluchon, je me mets en demeure de récupérer le matériel que j'ai semé lors de notre lutte. Mes flèches se sont éparpillées un peu partout et mon sac s'est déchiré, une partie de son contenu s'est déversée par terre et nous avons si bien roulé dessus que certains objets sont à moitié enterrés. Pensant sans doute que c'est un jeu, mon fauve se met à creuser la neige comme un dératé, projetant au loin mes possessions qui se trouvent sous lui. Voilà bien une aide dont je me passerais, mais je ris en le voyant s'acharner puis me scruter de l'air inquiet de celui qui se demande s'il a bien fait ce qu'il fallait. Je lui fait humer l'un de mes vêtements, propre mais néanmoins porteur de mon odeur, puis je tente de l'inciter à chercher d'autres objets ayant le même fumet. Le fauve m'observe d'un air dubitatif, il ne comprend pas ce que je lui demande et gémit doucement de désarroi. Je lui montre ce que j'attends de lui en extirpant une flèche de la neige et en la lui faisant à nouveau sentir, puis une autre et une autre encore, l'incitant chaque fois à chercher d'un ton pressant. Hésitant, il finit pourtant par s'éloigner un peu et, quelques instants plus tard, me rapporte la bande de cuir qui me sert à peaufiner l'affûtage de mes lames! Je le félicite chaleureusement et lui donne une petite lanière de viande pour le récompenser avant de l'engager à chercher encore, ce qu'il fait cette fois en jappant comme un chiot content de lui!

Il me faut jusqu'au coucher du soleil pour récupérer mes affaires, certaines flèches sont brisées et je ne parviens pas à retrouver ma pierre à affûter, mais je retrouve le reste de mes maigres possessions à force de persévérance. J'entreprends alors de recoudre mon sac du mieux que je peux au son des os de mouflon qui se brisent sous les crocs de l'Ithilartëa, puis je range soigneusement mon barda et me charge du ballot de viande maintenant congelée avant de replonger sous le glacier. Nous avons dorénavant de la nourriture pour plusieurs jours, cette fois plus rien n'interrompra mon apprentissage improvisé de mineur!

Le temps passe, j'en perds un peu la notion car la lumière du jour ne pénètre évidemment pas jusqu'à la galerie souterraine. Nous nous enfonçons de plus en plus profondément sous le glacier, notre marche est rythmée par les filons plus ou moins importants d'Hélcéa que je déniche et extrait de mon mieux. Il n'y en a jamais de grandes quantités, parfois je ne récolte que quelques petites paillettes, d'autres fois je parviens à extirper du roc de petites pépites de la taille d'un dé à coudre mais, peu à peu, mon stock s'accroît. Nous avons parcouru plusieurs centaines de mètres sous le mastodonte bleuté lorsque la voûte s'abaisse brusquement, ne laissant qu'un étroit passage en forme d'oeil d'Ynorien pure souche entre le rocher et la glace. L'idée de m'engager dans cet étroit conduit ne me plait guère mais, après avoir soupesé une fois encore ma récolte, je décide quand même de tenter ma chance, je n'ai toujours pas une quantité suffisante de métal pour faire forger une armure à Sinwaë. Je me faufile à plat ventre dans l'interstice et parcourt quelques mètres avant d'appeler mon fauve, en vain cette fois car il refuse obstinément de ramper sous la masse gelée et se contente de tourner en rond devant le passage bas. Je ne peux que le comprendre, j'ai franchi des galeries mois hautes encore dans les tréfonds du Rock Armath mais elles étaient faites de roc inébranlable, pas d'eau congelée craquant régulièrement de manière inquiétante juste au-dessus de ma tête. Je ne peux nier qu'une sourde anxiété m'habite en ces lieux inhospitaliers, mon imagination galopante me joue des tours en me donnant des visions d'effondrement colossal chaque fois que le glacier gémit, comment pourrais-je en vouloir à l'Ithilartëa de refuser d'aller plus avant dans ces conditions? Néanmoins, une fois totalement engagé dans le conduit, je remarque qu'il y a un net courant d'air qui le parcourt, signe qu'il pourrait y avoir une sortie au terme de cette galerie. D'autre part, je suis raisonnablement certain que le Thorkin est passé par là pour accéder à la vallée cachée, esquiver ainsi la descente glissante de la faille qui m'a permis de rejoindre la combe ne serait pas pour me déplaire...

J'insiste donc en avançant à la manière d'un ver de terre dans l'étroiture dont le plafond se relève soudainement au bout d'une douzaine de mètres, assez pour me permettre de me tenir à nouveau debout. Je tente encore de convaincre Sinwaë de me rejoindre, mais bernique, il ne veut rien entendre! Je soupèse pensivement ma pioche en examinant la glace, combien de temps me faudrait-il pour creuser un tunnel suffisant au passage de mon fauve? De nombreuses heures sans doute mais, à moins de revenir sur mes pas, je n'ai guère le choix. Et puis, j'ai une petite idée pour me faciliter la tâche...je m'insinue à reculons dans le laminoir et pose mon épée ardente au sol, à un mètre environ de l'endroit où la voûte se relève. La chaleur qu'elle dégage devrait faire fondre le plafond, à force, ce sera toujours ça de moins à creuser. Je rejoins ensuite l'Ithilarthëa et entreprends d'attaquer la masse gelée à grands coups de pioche. L'air ne tarde pas à être saturé d'esquilles de givre mais l'outil s'avère efficace et, en l'utilisant comme levier, je parviens à faire tomber au sol de lourdes plaques de glace qui dégagent rapidement un passage acceptable. Au bout d'un bon moment, je retourne voir si mon ardente a accompli son rôle, ce qui est bien le cas mais dans une mesure moindre que je ne l'espérais. Il s'est formé une sorte de cloche au-dessus d'elle mais, passé une certaine hauteur, la chaleur semble insuffisante pour être vraiment efficace et l'obstacle ne fond plus qu'avec lenteur. Je la déplace donc de façon à ce qu'elle creuse une partie plus basse du passage et retourner piocher de mon côté. J'estime à près de deux jours le temps écoulé lorsque je parviens au terme de mon forage, l'ouvrage est irrégulier et ferait sans doute tousser un Thorkin, mais je n'en suis pas moins fier pour autant quand, à mon plus grand soulagement, Sinwaë accepte enfin de passer au travers!

Notre équipée souterraine se poursuit donc et, bien des heures plus tard, nous découvrons un affluent relativement important sur la gauche, ce qui a pour effet d'agrandir nettement la galerie dans laquelle nous nous trouvons. La petite rivière qui se jette dans celle que nous suivons a creusé une espèce de défilé dans le roc, profond de près d'un mètre, et je découvre à cet endroit des traces de minage dues sans aucun doute au nain! Il ne reste que quelques maigres paillettes d'Hélcéa à cet endroit, trop minimes pour valoir un coup de pioche, mais je décide tout de même d'aller examiner d'un peu plus près cette autre conduit. Mon cheminement est bientôt interrompu par un ressaut rocheux d'environ trois mètres, une petite mare s'est formée à son pied et j'aperçois dans les sédiments qui en constituent le fond quelques empreintes de bottes que j'examine de plus près. Le nain semble avoir fait demi-tour à cet endroit après y avoir piétiné un moment, du moins est-ce ce que les traces me font supposer, sans doute l'obstacle l'a-t'il rebuté étant donné sa taille modeste. Pour ma part, il me suffit de tendre les bras et de sauter un peu pour m'agripper au rebord supérieur, ce qui me vaut une douche froide des plus désagréables! Je me hâte de me hisser et de m'extraire du flot glacial, frissonnant et jurant en sentant l'eau me ruisseler dans le dos...il va falloir que je me sèche sans tarder si je ne veux pas attraper la mort, mais avant cela je veux explorer un peu cette galerie qui se prolonge aussi loin que je puisse voir. Quelques minutes plus tard, je pousse un hurlement de victoire retentissant! Un magnifique filon d'un beau bleu irisé pourfend le rocher de haut en bas!

Attiré par mon cri sans doute, Sinwaë ne tarde pas à me rejoindre et se met à fouiner dans le petit canyon avant de laisser échapper un profond soupir désappointé et de s'asseoir en me scrutant d'un air implorant. Rien à manger, que faisons-nous ici, semble-t'il me demander? Je lui offre un peu de viande pour le faire patienter et, après avoir activé ma sphère d'intimité, je me sèche et me change rapidement avant d'attaquer le roc avec une frénésie inaccoutumée. Bien des heures s'écoulent avant que je ne renonce à m'acharner pour extraire le précieux minerai, le filon est important et semble se poursuivre profondément dans le rocher mais l'atteindre devient de plus en plus difficile car il faudrait que je fore une véritable tranchée pour avoir la place de creuser davantage. J'ai récolté quelques beaux morceaux de métal cette fois, avec ce que je possédais déjà cela commence à faire une belle quantité de minerais. Je ne suis pas vraiment certain d'en avoir suffisamment pour faire une armure complète, mais je commence à éprouver une solide envie de ressortir à l'air libre. Au pire, je suppose qu'il sera toujours possible d'incruster des veines d'Hélcéa dans une armure plus conventionnelle, cela devrait suffire à préserver l'Ithilartëa des chaleurs trop importantes pour lui.

Nous revenons donc en arrière et rejoignons la galerie principale que nous suivons longuement alors qu'elle serpente sans fin sous le glacier. D'autres petits ruisselets se joignent à ce qui forme désormais une rivière respectable, je me vois bientôt contraint de patauger dedans pour avancer mais l'eau ne monte jamais plus haut que mes genoux, ce qui reste acceptable à mes yeux bien que mes pieds soient gelés et de plus en plus insensibles. Après une longue marche entrecoupée de petits ressauts aisément franchissables, nous finissons par parvenir dans une salle assez grande où s'est formé un petit lac souterrain peu profond. J'en comprends vite la raison en avisant que la galerie bute sur une muraille rocheuse contre laquelle le glacier parait s'appuyer. Il y a bien un passage de taille modeste en forme de trou de serrure qui continue, mais il est empli d'eau sur toute sa largeur et j'ignore quelle profondeur fait la rivière qui s'y jette paresseusement...Je me gratte pensivement le crâne en me demandant comment diable le Thorkin a franchi cet obstacle, doutant fort qu'il ait été un nageur émérite, jusqu'à ce que j'aperçoive une étroite margelle à moins d'un mètre sous la surface de l'eau cristalline. Je pourrais sans aucun doute y poser les pieds et avancer sans trop me tremper m'appuyant des mains contre la paroi opposée, mais Sinwaë en sera incapable et se verra donc contraint de nager pour me suivre. Reste à voir s'il acceptera de le faire et ça...je ne vois qu'une manière de le découvrir.


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 17 Jan 2017 21:25 
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Des deux jeunes femmes en présence, il était difficile de dire qui était la plus perdue ; la jeune humaine qui était probablement en voyage et s'était laissée surprendre par la brusque tempête de neige ? Ou la demi-elfe qui n'avait même pas essayé de prêter suffisamment attention à son environnement pour être certaine d'être à même de se repérer, plus tard ? Mais Kay se sentait en devoir d'aider du maximum de ses capacités. Dans ce monde devenu blanc, assourdi, transfiguré, elle avait repéré une masse sombre qui ne pouvait qu'être une montagne. Elle l'estimait droit devant, à même pas un quart d'heure de marche. Elle l'indiqua à l'autre voyageuse qui se contenta de hocher la tête, certainement trop transie de froid pour parler. Kay prit alors la tête de la marche d'un pas décidé.

(Puisse Sithi faire que nous trouvions un refuge !)

La guerrière avait invoqué le nom de la Déesse sans même y penser. Pour une descendante de Sindel, cela n'était que logique, demander la protection de leur Mère, mais Kay n'en avait justement pas l'habitude. À dire vrai, il y avait quelques mois encore, elle aurait plutôt opté pour les injures et un blasphème bien senti. Serait-elle devenue enfin respectueuse ? Comme une véritable enfant de Sithi ? Alors qu'elle en était là dans ses pensées, souriant devant un tel changement, qu'elle devait, au passage, beaucoup à un certain maître d'arme, un jeune homme la dépassa brusquement.

(Qu'est-ce que...)

Kay écarquilla les yeux de surprise. Sortant de nulle part, quelqu'un était apparu à ses côtés et avait, tout aussi vite, disparu par devant en courant. Le froid ne semblait pas le gêner ce qui était pour le moins aussi incongru que son existence soudaine. Cependant, bien que cette apparition fut brève, la Danseuse eut le temps de le détailler quelque peu et quelle ne fut sa deuxième surprise en se rendant compte par ses traits mélangés, qu'il était aussi bâtardé qu'elle-même ! Il portait aussi une armure qui lui couvrait tout le corps, rouge et grise, à laquelle la semi-elfe ne prêta que peu d'attention - elle en déduisit juste qu'il n'était pas un paysan, trop choquée par les oreilles pointues. Elle resta plusieurs minute, éberluée, la bouche grande ouverte, continuant sa marche par réflexe, avant, finalement, de se tourner vers la jeune femme qu'elle avait rencontrée, mais incapable de parler, lui adressa un geste d'incompréhension. Néanmoins, avant que cette dernière ne pût avoir le loisir de lui répondre, le semi-elfe source de tant d'étonnement, était déjà de retour.

"Oui ! Il y a une caverne ici !"

Un vif soulagement se fit sentir dans sa poitrine, mais son cerveau restait focalisé sur le nouveau venu. Comment même, avait-elle fait pour ne le voir point, tantôt ? Quoiqu'il en fût, il les conduisit, après à peine quelques minutes, à une grotte, à flanc de montagne. De près, la masse entrevue entre l'air blanc était encore plus impressionnante, encore plus imposante, comme un géant de pierre penché vers eux. La grotte en elle-même était plus vaste et en s'avançant vers le fond, ils trouvèrent les traces noires et les restes calcinés de plusieurs feux de camps, plus ou moins superposés. Aucune bûche en vue. Kay grimaça et se frotta énergiquement les bras. Il n'y avait plus qu'à attendre la fin de la tempête. Elle s'assit, dos contre la pierre froide, tout au fond. Avec un peu de chance, cet aléa climatique cesserait aussi vite qu'il avait commencé. La jeune femme s'éclaircit maladroitement la gorge, avant de prendre la parole.

"Il semble qu'on en aie pour un petit moment. Alors autant faire connaissance. Je me nomme Kay de Kallah, je viens d'Imiftil. Je suis là parce que mon... ami voulait donner la chasse à une bestiole en particulier. Et vous ?"

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MessagePosté: Mar 17 Jan 2017 22:06 
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La jeune femme que Kay venait de rencontrer se mit elle aussi à se frictionner. Elles étaient frigorifiées, l'une autant que l'autre et cela fit sourire la semi-elfe qui, pour sa part, en s'asseyant et bien que la pierre fût froide, essayait de réduire la surface de sa peau exposée et de garder sa chaleur comme une boule autour d'elle. Cependant, à peine s'était-elle installée que le demi-elfe repartit, lâchant quelque chose d'assez vague. Apparemment, il allait cherchait de quoi faire du feu. En plein hiver, le bois sec se cueillait littéralement et si ce n'était que de cela dont il avait besoin, il serait vite de retour. Cela n'empêcha pas Kay de bondir sur ses pieds, pour proposer son aide, mais ses mots n'avaient pas encore franchi la barrière de ses lèvres que la silhouette de l'homme avait déjà été effacée par l'ouragan blanc. Haussant les épaules, elle se rassit donc.

Kay se tourna vers la deuxième personne présente dans cette grotte à qui, par conséquent, s'adressait sa question. Elle prit le temps de répondre, la gratifiant d'abord d'un long regard pénétrant qui fit frissonner la semi-elfe. Pour avoir croisé, discuté, connu de nombreux elfes, elle la trouva soudainement semblable à eux, à leur yeux centenaires parfois millénaires, qui avaient tant vécu qu'ils ne voyaient plus comme les autres. C'était absurde : une humaine était si éphémère par rapport à eux ! Même par rapport à elle, Kay : seule la moitié de son sang était elfique et pourtant, en termes humains, elle était plus qu'une grande-mère. (Et pour les elfes, elle n'était encore qu'une enfant. Dur de savoir naviguer entre ces deux bords.) En tout cas, Zéphanie - puisque c'est sous ce nom qu'elle finit par se présenter - était étrange et certainement pas une humaine comme les autres. Vu sous cet angle, son histoire ne semblait plus très crédible. Selon ses dires, son métier était fermière, sur une des frontières ynoriennes. Cette dernière ayant été détruites par des Liykors - Kay ne les pensaient pas excessivement agressifs pourtant - et par conséquent, elle s'était mise en route pour trouver un nouvel endroit où la reconstruire.

"Je vois... Je suis désolée pour votre ferme."

Kay se tut, réfléchissant, se demandant ce qu'elle devait en penser. Sa connaissance géographique de Nirtim était plus que limitée, mais suffisante pour qu'elle visualisât assez bien l'Ynorie et le duché de Luminion. Il y a avait en effet une frontière commune, mais venait-elle de celle-ci ? Et en premier lieu, pourquoi venir aussi loin, dans des montagnes pas forcément hospitalières, alors que le climat vers le sud (en direction de Bouhen ou de Kendra Kâr) était beaucoup plus appréciable ? Pourquoi même vouloir partir aussi loin ? Peut-être que Zéphanie voulait oublier et changer totalement de vie ? Cela était une raison. Mais n'expliquait pas son choix de se rapprocher encore plus des territoires contrôlés par Oaxaca. En fait, Kay était indécise : pouvait-elle faire confiance à cette jeune femme ? Quelque chose la retenait de croire son histoire. Cependant, quel intérêt aurait-elle à lui mentir sur ce sujet ? Lorsque la tempête serait passée, lorsqu'elles pourraient reprendre leur route, elles se sépareraient et ne se reverraient sans doute jamais. Ne trouvant aucune réponse, la semi-elfe préféra détourner la conversation.

"Et votre ami ?" dit-elle d'un geste du menton indiquant l'extérieur.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 02:46 
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Si les passages bas ne plaisent pas à mon fauve, l'eau, en revanche, ne lui pose guère problème et il s'y engage sans vraiment hésiter lorsque je l'appelle, pataugeant comme le ferait un chien, à grand renfort d'éclaboussures. La galerie à moitié inondée ne fait qu'une cinquantaine de mètres de long, elle débouche ensuite dans une impressionnante salle d'éboulement au plafond si plat que c'en est surréaliste. Le sol, lui, est jonché de dalles de tailles diverses qui forment un chaos d'aspect instable au milieu duquel serpente paisiblement la rivière, plus ou moins profonde selon la largeur des passages qu'elle est contrainte d'emprunter. Nous traversons la salle en la suivant, au sec lorsque c'est possible, les pieds voire davantage dans l'eau quand ça ne l'est pas. A condition de bien regarder où l'on marche, traverser ce lieu ne pose aucune difficulté et nous arrivons quelques minutes plus tard devant le terminus, un effondrement massif dans lequel la rivière parvient à s'infiltrer, mais que nul Elfe sain d'esprit ne se risquerait à traverser. L'amas de blocs, allant de la taille d'une bille à celle d'un boeuf, sont empilés aléatoirement et de la manière la plus précaire qui soit. Je sens une sourde angoisse monter en moi à ce spectacle, pas question de tailler un tunnel cette fois, et pas davantage question que l'Ithilartëa se faufile entre les rochers qui semblent prêts à s'effondrer une nouvelle fois au moindre frôlement. Je doute fort que le passage le plus conséquent me permette de passer avec mon équipement et le Silnogure est largement plus volumineux que moi...Dieux, par où est passé ce téméraire Thorkin?!

Anxieux, je parcours les côtés de la salle en quête d'un autre passage, mais n'en découvre aucun. Les parois ne comportent pas la moindre ouverture, le plafond non plus, alors où? Au sol, quelque part au milieu de ce chaos dantesque? Il y a des milliers d'interstices entre les blocs, comment trouver le bon si tant est qu'il y ait vraiment un échappatoire à ce cul-de sac?! J'ai appris que suivre le courant d'air était souvent une bonne solution, mais dans le cas présent il file nettement dans l'éboulement où disparaît la rivière. Je pourrais utiliser une fois encore mon pouvoir de Vision mais j'ai le sentiment qu'il doit être utilisé avec parcimonie et pour de bonnes raisons, mieux vaut que je cherche d'abord un autre moyen de sortir de ce trou mais comment? Syndalywë soupire dans mon esprit et, sans prévenir, cesse de faire luire mon pendentif. Je peste aussitôt:

(Tu joues à quoi là? Il fait nuit noire, et alors?)

(Tsssk! Ouvre les yeux, ça ira mieux), ironise ma Faëra.

(Que je...bon sang! C'est vrai que je distingue vaguement un coin de la salle...)

(Et donc?)

(Il y a une source de lumière par là-bas...mais tu aurais simplement pu le dire, hein!)

(Non, ça aurait été beaucoup moins drôle, si tu avais vu ta tête quand j'ai éteint tu comprendrais!)

Je lève les yeux au plafond, ne sachant pas trop si je suis agacé ou amusé par les facéties de ma petite compagne fluidique, puis je dégaine ma lame flamboyante afin de voir où je marche pour me rapprocher de la zone d'où émane la très légère lueur que j'ai aperçue. Une fois sur place, je range mon arme et laisse passer quelques instants afin que mes yeux s'adaptent, ce qui me permet de repérer que la faible lumière provient d'une faille oblique entre deux grosses dalles. Je m'y faufile fébrilement, priant mentalement Sithi pour qu'il y ait là une sortie praticable et à haute voix mon fauve pour qu'il me suive, j'ai vraiment hâte de me retrouver dehors et l'idée de devoir refaire tout le chemin en sens inverse est profondément décourageante...Mais Sithi est avec moi car, après quelques mètres de progression, je débouche soudain à l'air libre, redécouvrant avec joie le panorama splendide de forêts et de montagnes de la région! Sinwaë grogne bien un peu lorsqu'il doit se contorsionner pour me rejoindre mais lui aussi semble heureux de ressortir car il pousse un interminable soupir avant de se rouler par terre comme un jeune chiot!

Nous nous trouvons au milieu d'une immense falaise, l'ouverture par laquelle nous venons de sortir n'est qu'une petite faille d'aspect insignifiant qui débouche sur une terrasse herbeuse très inclinée. Près de cent mètres plus bas, j'aperçois le torrent que nous avons si longuement suivi qui jaillit de la montagne et cascade sur les rochers jusqu'à s'enfoncer dans une forêt. Un peu plus de la moitié de la journée doit avoir passé, le ciel est nuageux mais la vue porte loin depuis la hauteur où nous nous trouvons si bien que je peux sans mal me repérer en apercevant la sombre Omyre au loin. Elle se situe en face de nous, à peine décalée sur la gauche, ce qui signifie que nous avons littéralement traversé la montagne puisque je l'ai gravie par sa face sud! Je dois me trouver à une centaine de kilomètres à l'ouest de Luminion et approximativement à la même altitude, à vue de nez, trois ou quatre jours de marche me suffiront donc pour la rejoindre. Descendre par la corniche n'est qu'un jeu d'enfant, mais je souris sans nostalgie en pensant que, quelques années plus tôt, j'aurais probablement rampé de peur de chuter dans le vide. Aujourd'hui ce passage me semble aussi sûr qu'une grand route, ou peu s'en faut, et je parviens sans encombres au pied de la falaise. Je discerne à cet instant des fumées qui s'élèvent de la forêt se trouvant en contrebas, probablement un village comme celui dans lequel je me suis approvisionné avant de grimper vers les neiges éternelles. Comme il me semble distant d'une dizaine de kilomètres environ et que le régime purement carnassier que j'ai été contraint d'adopter depuis plusieurs jours commence à me peser, je décide d'y faire un crochet afin d'y acheter quelques provisions fraîches. Ce sera aussi l'occasion de tester le comportement de Sinwaë face à d'autres gens, ils seront moins nombreux dans ce patelin qu'à Luminion et je pense sage d'habituer progressivement mon fauve plutôt que de le plonger directement au milieu d'une foule.

L'après-midi touche à son terme lorsque nous parvenons aux abords de la bourgade repérée. Ses habitants ont défriché une grande zone pour y construire leurs cabanes et je suppose, en voyant les piles de troncs entassées non loin de la solide palissade qui entoure le village, qu'il s'agit d'un regroupement de forestiers. Pourtant, lorsque je m'approche de la porte close surmontée d'une modeste barbacane en bois, ce sont deux soldats en armure lourde et munis d'arcs de guerre qui se penchent aux créneaux pour me détailler! Leur vue soutire un sourd et profond grondement à Sinwaë, soudain nerveux. Je pose une main sur son encolure et l'agrippe par la crinière à tout hasard, lui parlant d'un ton apaisant qui finit par le calmer un peu. Ce bref intermède a suffit aux deux humains pour donner l'alerte et j'aperçois maintenant un troisième personnage à leurs côtés, nettement plus âgé, plus grand et plus richement équipé. Lorsque je parviens à une vingtaine de mètres de la porte, c'est lui qui me hèle d'un ton dur et autoritaire:

"Ton nom et la raison de ta présence ici, guerrier! Et sois convainquant, par Gaïa!"

Je soupire doucement, les soldats et leurs manières de rustres ont une fâcheuse tendance à m'agacer mais je me force tout de même à répondre calmement:

"J'ai pour nom Tanaëth Ithil, soldat. Je suis à court de vivres et j'espérais pouvoir acheter ce qui me manque dans ce village."

"Passe ton chemin dans ce cas, nous sommes en guerre et nous avons réquisitionné les vivres disponibles. Personne n'a rien à te vendre, ici."

Je hausse un sourcil étonné et demande:

"En guerre? Je croyais que la frontière se trouvait plus au nord...qui vous menace au juste?"

"On a signalé une forte bande d'orcs en maraude non loin d'ici, tu ferais mieux de filer voyageur."

Un léger sourire orne mes lèvres à cette réponse, pour qui ce présomptueux humain me prend-il?!

"Dans ce cas, soldat, tu ferais mieux de m'inviter à me joindre à vous. Mes lames ont soif de sang Oaxien, c'est pour les combattre que je suis venu dans cette région."

"A moins que tu ne sois un de leurs espions..."

D'un ton glacial je crache en réponse:

"Je suis un Sindel, un guerrier de Sithi, combien des miens as-tu vu servir Oaxaca? Cesse de m'insulter, humain, ou aie au moins le courage de descendre de ton perchoir pour le faire!"

"Je pourrais aussi ordonner à mes archers de te larder de flèches pour ton impertinence, l'elfe."

(J'aime ton sens de la diplomatie, mon bien-aimé...) murmure moqueusement ma Faëra.

(Humpf, c'est qu'il m'agace ce troufion...je lui apprendrais volontiers les bonnes manières...)

Je me force néanmoins à me détendre et réponds calmement de mon ton le plus assuré:

"Il me semblerait plus avisé de garder vos flèches pour vos ennemis, mais libre à toi d'essayer de me transformer en porc-épic. Seulement je te préviens, si tes archers échouent tu auras un sérieux problème sur les bras parce que nul ne m'agresse sans en répondre de sa vie. Ce qui serait idiot puisque je suis tout disposé à vous prêter main-forte contre ces orcs."

"Je te trouve bien arrogant, Sindel. Tu es seul et deux flèches sont pointées sur toi, crois-tu vraiment que tu aurais la moindre chance de t'en sortir?"

Je souris froidement à l'humain, rassemblant mon Ki et posant les mains sur les gardes de mes lames à tout hasard avant de lui répondre doucereusement:

"Tente ta chance, humain? Mais avant, dis-moi ton nom, que je sache qui je vais tuer."

A ma surprise, l'homme éclate de rire et riposte d'une voix où perce l'amusement:

"Par Gaïa, je dois reconnaître que tu ne manques pas d'audace! Je me nomme Kardân, Imperator de l'Aube Radieuse et Protecteur de Luminion. Approche, que l'on discute un peu. Mais ton fauve reste dehors."

"Non."

Ma réponse a fusé du tac au tac, inflexible et aussi sèche qu'un coup de fouet.

"Ce n'était pas une question."

"En effet. C'était un ordre et la lune se lèvera au nord avant que j'accepte de me plier à un quelconque commandement. Là où je vais mon fauve va, c'est aussi simple que ça."

L'homme me dévisage longuement d'un regard dur et perçant que je soutiens sans ciller. Je le pense capable de faire plier la plupart des êtres à sa volonté, il dégage une puissante aura ferme et charismatique que beaucoup doivent juger impressionnante. Mais je suis un Sindel, Seigneur de l'Opale et Champion de Sithi, ma fierté m'interdit de plier devant un humain, si imposant soit-il. Près d'une minute s'écoule ainsi, dans un silence si pesant que je vois les gardes se dandiner d'un pied sur l'autre, fort mal à l'aise. Lentement, un sourire identique éclaire nos visages, simple et franc. Nous inclinons tous deux la tête en même temps pour interrompre ce duel de volontés sans qu'il y ait de perdant, chacun affirmant ainsi son respect pour l'autre. Kardân ordonne à ses hommes d'ouvrir la porte puis m'invite à entrer d'un geste de la main et je pénètre ainsi sans plus attendre dans le petit village, tout en maintenant prudemment ma prise sur la crinière de Sinwaë.


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 16:47 
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Si le village ne doit compter habituellement qu'une trentaine d'habitants au vu du nombre de maisons, il fourmille actuellement de combattants plus moins affairés, près d'une cinquantaine pour ce que j'en vois. Kardân est descendu pour m'accueillir mais la vue de mon fauve qui a retroussé les babines sur ses crocs et laisse échapper un sourd grondement permanent le rend visiblement prudent et il ne s'approche pas plus que nécessaire. Plusieurs soldats et quelques habitants simplement vêtus nous observent avec un mélange de curiosité et de crainte mais, à mon plus grand soulagement, nul ne fait mine de vouloir venir grattouiller Sinwaë derrière les oreilles. Il est nerveux et je le sens trembler légèrement de tout son corps appuyé contre moi, il suffirait de peu de choses pour qu'il réagisse avec violence à ces présences inhabituelles pour lui et je ne peux pas le permettre. J'entoure son encolure d'un bras et lance à Kardân:

"Il est jeune et n'a pas l'habitude de voir du monde, laissez-moi quelques instants pour le calmer..."

Il me faut un long moment et des trésors de patience pour l'apaiser au moyen d'une litanie de mots prononcés avec le plus grand calme, mais il finit par cesser de trembler et de gronder pour me dévisager d'un air qui reste inquiet. Je l'entraîne un peu à l'écart de la petite foule et lui fait sentir divers objets chargés d'odeurs humaines qu'il renifle avec une curiosité croissante. Au bout d'un temps, je fais signe à Kardân d'approcher et, tenant fermement ma bête par le cou, j'invite l'humain à lui faire sentir sa main en le prévenant de rester sur ses gardes. L'homme est indubitablement courageux car il s'exécute sans manifester la moindre crainte, bien que son geste demeure prudent et qu'il soit visiblement prêt à retirer prestement sa dextre. Sinwaë hume longuement l'humain, sans tenter de lui arracher quelques doigts fort heureusement, puis il se détourne et s'assied sur mes pieds en baillant à s'en décrocher la mâchoire. Je pousse un profond soupir de soulagement à cette vue, le pire me semble avoir été évité et je préfère ne pas me demander ce qui se serait passé s'il s'était mis à attaquer ces humains.

Le Protecteur de Luminion entreprend alors de me poser de nombreuses questions, demandant d'où je viens, ce que je fais ici, de quelle race est ce fauve qu'il n'a encore jamais vu et bien d'autres choses encore. Je lui réponds sans détour, n'omettant que l'existence d'Hidirain et l'emplacement du lieu où j'ai trouvé Sinwaë. Ma franchise s'avère payante car l'humain, une fois sa curiosité satisfaite, m'invite à le suivre dans la plus grande bâtisse du village en m'expliquant à son tour la raison de sa présence en ces lieux. Ses éclaireurs ont aperçu les orcs quelques jours plus tôt alors qu'ils saccageaient une ferme isolée, ce village étant le seul des environs Kardân a alors décidé d'y venir avec un escadron afin d'assurer sa sécurité et, si possible, d'anéantir les garzoks. Je ne tarde guère à comprendre qu'il est à la tête d'une véritable petite armée de dévots consacrés à Gaïa, lui-même ne cessant de faire référence à cette Déesse. J'apprends aussi qu'il se bat depuis pas mal de temps dans ces régions et devine à ses récits que c'est un personnage connu et respecté dans le coin, bien que certains détails de ses actions passées me fassent discrètement grimacer. Ses méthodes me semblent pour le moins expéditives, voire parfois extrémistes, mais la situation générale qu'il me décrit dans les grandes lignes n'a rien d'idyllique. Plusieurs camps militaires Oaxiens bordent les frontières du Duché et de l'Ynorie et les troupes d'Omyre exercent une pression constante en se livrant à des raids sanglants, en particulier du côté d'Oranan. Il m'explique également le rôle crucial joué par Luminion, qui verrouille seule l'accès au royaume de Kendra-Kâr. La chute de cette fortification serait catastrophique d'après ce qu'il m'en dit, raison pour laquelle il a décidé d'établir ses quartiers dans la région.

Sinwaë s'est allongé sur le sol de terre battue, près du grand âtre qui réchauffe la salle rectangulaire pauvrement meublée d'une grande table entourée de bancs, de quelques coffres rustiques et de paniers débordant de provisions. Ses oreilles se tournent sans cesse au gré des bruits assourdis qui nous parviennent de l'extérieur et de nos paroles, mais son regard d'un bleu profond ne me quitte que rarement. Sur un coin de la table, opposé à celui où nous sommes installés, reposent divers rouleaux de parchemin et de quoi écrire, une grande carte de la région est en outre déroulée et maintenue à plat par des bols de terre cuite. Sur le feu, un vaste chaudron suspendu à une potence de fer forgé et rempli d'une épaisse soupe répand un fumet alléchant bien que nul ne semble s'en occuper car, excepté Kardân et moi, la salle est déserte. Alors que je m'en étonne ouvertement, le guerrier m'explique à mots couverts qu'il s'est tout simplement approprié les lieux en arrivant voilà quelques heures et en a chassé les habituels occupants pour pouvoir y établir son quartier général et réfléchir tranquillement. Quelques autres questions posées de manière détournée finissent par me révéler qu'il s'est en réalité approprié une bonne moitié du village pour loger ses hommes et qu'il a réquisitionné une grande partie des réserves de nourriture du village, justifiant cela par la nécessité de pourvoir aux besoins de ses troupes. Lorsque je lui demande innocemment s'il a dédommagé les villageois, il se contente de hausser les épaules en me rétorquant que ces derniers sont trop heureux de lui offrir ce qu'il exige en contrepartie de sa protection. Cette réponse me fait légèrement grincer des dents mais je m'abstiens prudemment de la commenter pour l'instant, préférant le questionner sur la troupe d'orcs qui rôde dans les environs. S'il élude toutes mes interrogations sur la stratégie qu'il a mise en place, il m'informe tout de même être relativement certain que les garzoks attaqueront durant la nuit et qu'ils sont au nombre d'une petite centaine.

Je hausse un sourcil à cette affirmation, les humains seront à un contre deux et les garzoks sont de puissants guerriers mais, après tout, j'en ai vu assez dehors pour savoir que l'Imperator de l'Aube radieuse n'a pas amené des bleus, tous les soldats que j'ai vu étaient indubitablement des vétérans solidement équipés. Kardân sait sans doute ce qu'il fait et mon expérience en matière de tactique militaire est fort limitée. A vrai dire elle se résume aux lointains cours que j'ai suivi durant ma formation d'Hirdam, ce qui représente bien peu de choses, en somme. Quelques soldats entrent à cet instant dans la salle, accompagnés de deux villageoises qui se figent net en découvrant l'Ithilartëa allongé devant l'âtre. Je l'appelle aussitôt et, après plusieurs essais, il daigne enfin venir s'installer près de moi après s'être longuement étiré et avoir poussé un grognement dédaigneux. Les humaines le surveillent avec nervosité, mais elles me remercient cependant d'un signe de tête et s'activent aussitôt à remuer la soupe et à réalimenter le feu. Leurs visages sont graves et inquiets, elles ne prononcent pas un mot contrairement aux soldats qui viennent s'installer en bavardant avec animation, bien qu'à mi-voix pour ne pas perturber notre conversation. Les femmes ne tardent pas à disposer bols et cuillères de bois sur la table, quelques grosses miches de pain et des pichets de bière sont également amenés, avidement lorgnés par les soldats. Ils n'y touchent néanmoins qu'après un signe de leur chef, et encore se servent-ils avec modération, un détail qui en dit long sur la discipline que fait régner Kardân sur ses hommes.

Dehors, la nuit est tombée, d'autres combattants nous rejoignent bientôt et se sustentent rapidement, vite remplacés par d'autres. Je ne peux m'empêcher d'admirer la parfaite organisation de cette petite troupe, les hommes du Protecteur de Luminion savent visiblement ce qu'ils ont à faire sans avoir besoin d'ordres, dégageant une impression de compétence et d'efficacité indéniable. Mon interlocuteur m'abandonnant pour effectuer un tour de ses troupes, j'en profite pour me sustenter à mon tour et peaufiner le parfait affûtage de mes armes. Puis, fatigué par la longue journée que je viens de vivre, m'allonge dans un coin de la salle sur ma couverture simplement posée par terre. Mon compagnon poilu vient s'affaler à mes côtés lorsque je l'y engage et, pas vraiment décidé à courir le risque de le laisser vaquer seul parmi les humains pendant que je me repose, je passe un bras autour de lui afin d'être averti s'il venait à bouger.

Plusieurs heures passent avant qu'une voix pressante ne me tire subitement de ma léthargie:

"Réveillez-vous, les orcs approchent!"

Je me lève aussitôt et m'équipe méthodiquement avant de sortir dans la nuit. Tout semble trompeusement calme, la plupart des soldats sont déjà en place et les rares qui ne sont pas se déplacent silencieusement, quant aux villageois je suppose qu'ils sont terrés dans les maisons car je n'en vois aucun. Il n'y a d'autre lumière que celle répandue par Sithi et je réalise alors que, de l'extérieur, rien ne doit révéler la présence d'une troupe armée prête au combat. A moins qu'ils ne disposent d'espions vraiment compétents, les garzoks penseront attaquer un village endormi et sans défense, la surprise risque d'être amère. Avisant Kardân sur la barbacane surmontant la porte du village, je le rejoins rapidement pour lui demander où il souhaite que je me positionne. Il m'indique du menton un groupe d'une dizaine de soldats tapis entre les bâtisses en murmurant:

"Joignez-vous à la réserve. N'intervenez que si les assaillants font une brèche dans notre défense."

Bien que ce rôle de cinquième roue du carrosse ne m'enchante pas, j'opine simplement et, toujours accompagné de Sinwaë, rejoins les hommes indiqués. Cette place en retrait me permettra d'observer la stratégie déployée, je suis conscient d'avoir beaucoup à apprendre du Protecteur de Luminion à ce sujet et, finalement, j'en viens à penser que rester en retrait est plutôt une bonne chose. Les minutes s'écoulent lentement, je sens la tension croître parmi mes compagnons d'armes et en moi mais nul ne manifeste sa nervosité autrement que par des regards vifs et acérés. Ces hommes ne paniqueront pas même si la situation tourne au vinaigre, j'en ai la certitude, ils feront face et tiendront leurs positions quoi qu'il arrive, une pensée que je trouve agréablement rassurante. Mis à part l’échauffourée contre une troupe de Shaakts au coeur du Rock Armath, je n'ai jamais participé à une bataille rangée, cela ne m'inquiète pas outre mesure mais j'ai tout de même le ventre un peu noué. J'ai entendu de nombreux récits de soldats ayant vécu de véritables guerres, presque tous affirmaient que les combattants les plus courageux pouvaient soudainement sombrer dans la peur lorsqu'ils étaient soumis aux horreurs d'une sanglante boucherie de masse pour la première fois. Qu'en sera-t'il de moi, vais-je succomber à la terreur lorsque les orcs déferleront en hurlant leur rage et massacreront les défenseurs? Je voudrais être certain que ce ne sera pas le cas, que j'ai vu assez de morts pour que cela ne m'atteigne plus, mais l'heure n'est plus aux mensonges et la dure vérité est que je n'en sais strictement rien. J'essuie soigneusement mes paumes légèrement moites sur mes cuisses bardées de mithril, cette nuit sera mon baptême du feu et, demain matin, j'aurai une réponse à cette question si je suis encore en vie.

Un hurlement guttural transperce soudain le silence nocturne, aussitôt suivi de nombreux autres, les garzoks se précipitent sauvagement à la curée et, quelques secondes plus tard, des flèches tirées de part et d'autre vrombissent dans les airs comme des frelons maléfiques. La bataille commence...


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 19 Jan 2017 13:16 
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Zéphanie n'eût même pas le temps de répondre à la question de Kay : alors que cette dernière venait d'élever le sujet du compagnon qui les avait accompagnées et avait disparu à nouveau dans le froid et la neige, voilà qu'il réapparut aussi silencieusement qu'il était parti, portant, avec lui, une large brassée de bois secs, idéal pour les feux de camp si l'on cherchait à ne pas s'étouffer avec la fumée. Il la déposa sur le sol, là où de nombreux autres avant lui l'avaient fait, et, surprenant Kay qui s'attendait à ce qu'il sortît un briquet à silex ou autre chose, il tendit sa main vers le tas ainsi dressé et, subitement, une flammèche apparut au bout de ses doigts. Elle était petite, tremblotante, mais suffisante pour enflammer quelques brindilles qui, à leur tour, transmirent la belle énergie au reste du bois et sous peu, le tas crépitait et rougissait et projetait dans la grotte de belles lueurs, de belles flammes qui réchauffèrent les trois personnes en leur présence. Kay, étonnée de ce prodige, parvint difficilement à détacher son regard de l'âtre pour le reporter sur le rouge guerrier. À présent, elle y voyait mieux et pouvait discerner le lion habilement incisé sur ses épaulettes.

"Ash est un amis, et un disciple de Meno. Disons qu'il est mon... protecteur."

"Je vois..."

La semi-elfe n'aurait pas dû être aussi surprise que cela. Pour un disciple de Meno, cela n'avait pas grand chose de fantastique que de faire jaillir de maigres flammèches, mais Kay avait vécu la moitié de sa vie dans une ferme et l'autre entre trois rues excentrées d'un petit village. Elle était loin d'être familière avec la magie. Même être aux côtés de Tanaëth, finalement, ne l'avait pas mise en présence de ce genre de phénomènes. Les Danseurs d'Opale étaient plus des guerriers, des maîtres d'arme, que des magiciens.

(Comme moi.)

Elle chassa cette pensée légère qui la faisait rougir de fierté et qui n'avait certes pas sa place en cet instant. Son attention revint à Zéphanie qui était la seule à lui répondre. Kay avait bien senti l'hésitation lorsqu'elle avait prononcé le mot "protecteur". La jeune femme n'avait aucune idée sur la nature réelle de leur relation, mais aucune raison, non plus, pour douter de ce qualificatif. Après tout, même à moitié elfe seulement, Ash devait être bien plus âgé que Zéphanie et donc - son attirail parlait de lui même en fait - beaucoup plus expérimenté. La seule chose en lui qui était source d'une certaine déception était la froideur, la distance qu'il mettait. Sûrement, la conversation ne l'intéressait pas. Mais Kay aurait bien aimé lui parler. Même si la chose était courante chez les Danseurs, elle aimait toujours rencontrer un autre semi-elfe, comme elle. Cela allégeait le poids de ses années de solitude léguées par son enfance.

"J'ai... comment dire... tu sembles une guerrière. Connais-tu un peu les ordres combattants de Luminion ? Ou peut-être pourrais-tu m'aider toi-même ? Un ennemi me traque..."

La voix de Zéphanie s'étant rapprochée du feu, qui s'élevait à nouveau, la détourna de ces réflexions. Pas une seconde ne lui fut nécessaire pour réfléchir à la question que celle qui se disait fermière venait de lui poser ; des ordres combattants, elle n'en connaissait aucun, venant à peine de débarquer à Luminion. Son mentor lui avait demandé de l'attendre à l'auberge de la ville, en se renseignant, mais elle avait cru qu'il serait de retour sous peu - et ne savait de toute façon, d'où commençait. Elle supposait qu'elle avait échoué...

"Je ne peux rien te dire sur Luminion, venant à peine d'y arriver moi-même. En revanche, mes lames sont toujours à ceux qui en ont le besoin et je veux bien faire tout mon possible pour t'aider. Mais parle-moi d'abord de cet ennemi ?"

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Dernière édition par Kay de Kallah le Ven 27 Jan 2017 20:30, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 19 Jan 2017 18:54 
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La troupe de l'Aube Radieuse compte une dizaine d'archers dans ses rangs, placés sur de petites plateformes hâtivement assemblées contre la palissade ils décochent trait sur trait avec une dextérité consommée. Je ne peux voir les assaillants depuis ma place, mais, à voir les flèches qui pleuvent sur le village j'estime que les orcs ont au moins le double de tireurs. Nous avons cependant l'avantage de la position et rares sont les projectiles ennemis qui trouvent leurs cibles, protégées par la maigre fortification de bois. Des cris de douleurs à l'extérieur de l'enceinte m'apprennent que nos archers font souvent mouche mais, les hurlements sauvages se rapprochant, cela ne suffit apparemment pas à briser la charge furieuse des Garzoks qui ne va pas tarder à arriver à la muraille de troncs. Je saisis mon arc de glace et y encoche une flèche, attendant nerveusement l'instant où les premiers attaquants franchiront le maigre obstacle.

Des cris d'alarme provenant des humains placés sur la barbacane retentissent soudain, vite couverts par la voix de stentor de Kardân qui se tourne vers nous en hurlant:

"La porte! Défendez la porte!"

Je reste un peu en retrait tandis que mes compagnons se précipitent pour former un demi-cercle défensif devant les battants, je ne plongerai dans la mêlée qu'en dernier recours, d'ici là mes flèches pourront faire des ravages dans les rangs ennemis s'ils franchissent la porte. Cette dernière craque soudain de manière inquiétante sous un choc puissant dont je suppose qu'il provient d'un bélier. Nos archers se démènent pour supprimer la menace en focalisant leurs tirs dans cette direction, mais ils n'y parviennent visiblement pas car le fracas d'un deuxième choc retentit presque aussitôt, fissurant dangereusement l'assemblage de planches. De nouveaux cris s'élèvent sur ma droite, suivis du fracas d'armes qui s'entrechoquent, le corps à corps vient de débuter...

La porte cède brutalement au troisième choc, s'effondrant dans un nuage de poussière dont jaillit sauvagement une douzaine d'orcs lourdement armés! Tous portent une sombre et pesante armure d'acier plus ou moins identique, leurs armes en revanche sont très disparates, allant de la massue à la hache à deux mains en passant par de sinistres piques vicieusement dentelées. Les vétérans de la réserve dont je fais partie ne faiblissent pas devant l'assaut sauvage, ils resserrent au contraire les rangs et soutiennent calmement la charge qui se brise sur eux comme vague sur le rocher! La formation en demi-cercle des humains ne tarde cependant pas à ployer sous la fureur des orcs de plus en plus nombreux à entrer malgré les pertes qu'ils subissent. Deux hommes tombent soudain sous les coups féroces des Garzoks qui ouvrent ainsi une brèche dans la défense et s'y précipitent en beuglant! Ma première flèche interrompt brutalement le hurlement de l'orc le plus avancé en se fichant dans sa gorge, mais la deuxième ne fait que frôler l'assaillant suivant et va se planter dans le bois de la palissade. La troisième perfore la poitrine de la peau verte suivante, sa chute permet aux humains de combler méthodiquement la brèche mais ils ont de plus en plus de mal à contenir les assaillants et je commence à douter qu'ils y parviennent beaucoup plus longtemps. Kardân a néanmoins réalisé le danger car il hurle de nouveaux ordres et plusieurs soldats viennent prêter main forte à leurs collègues et, avec un bel ensemble, ils parviennent même à repousser peu à peu les orcs à l'extérieur!

La bataille fait maintenant rage à divers endroits d'après les bruits de combat qui me parviennent, je me déplace un peu afin d'avoir une meilleure vue d'ensemble et réalise que plusieurs portions de la palissade se sont effondrées! Les humains se démènent pour contenir leurs adversaires supérieurs en nombre, opposant à la furie des Oaxiens une discipline de fer qui, pour l'instant, leur permet de tenir bon. J'abats deux autres Garzoks avec ma relique de Glace au cours des minutes suivantes, c'est peu mais chacun de mes tirs est périlleux car, dans la mêlée qui se fait de plus en plus confuse et acharnée, j'ai presque autant de chances d'épingler un allié qu'un adversaire. De nombreux corps jonchent maintenant le sol, humains et orcs confondus, ces derniers ont apparemment subi de plus lourdes pertes que les hommes mais, pour chacun qui tombe deux autres surgissent, tandis que nul ne vient combler les rangs de plus en plus disparates des troupes de Kardân. La vaillance et la cohésion remarquable des défenseurs sont néanmoins telles que l'assaut semble s'épuiser petit à petit, jusqu'à ce que des hurlements paniqués du côté de la porte attirent soudainement mon attention et que je voie la défense céder brutalement! Je remise vivement mon arc et dégaine mes lames pour me précipiter vers l'entrée, mais j'interromps mon action en voyant l'Imperator sauter de son perchoir pour se jeter dans la mêlée.

Le Protecteur balaie la première rangée d'orcs comme s'ils n'étaient que de simples marionnettes, usant de redoutables techniques que je n'avais jamais vues à ce jour. Ses hommes, galvanisés par sa présence, se rallient et redoublent d'ardeur pour reprendre la haute main sur les garzoks qui refluent en désordre sous la virulence de l'attaque. Les humains sont sur le point de jeter les orcs hors du village, du moins à cet endroit, lorsqu'une monstrueuse silhouette s'encadre dans la porte, brandissant deux masses d'armes phénoménales pourvues de piques. Mon coeur manque un battement quand il entre dans la mêlée en tournoyant, explosant littéralement trois défenseurs pourtant bien entraînés en autant de secondes! Kardân se précipite pour lui faire face et une danse aussi magnifique que terrifiante débute alors tandis que les combattants des deux camps s'écartent hâtivement pour leur faire de la place et éviter d'être réduits en charpie par les deux terribles guerriers. Les attaques et les parades s'enchaînent à une allure démente, brutales et sanguinaires. L'humain est vraiment un redoutable combattant et parvient à entailler sévèrement le colosse à la jambe droite mais ce dernier, apparemment insensible à la douleur, riposte d'un vicieux revers de sa masse bardée de pointes qui cueille le commandeur de l'Aube Radieuse en pleine poitrine! L'homme est brutalement projeté à terre, sa cuirasse défoncée laisse présager le pire mais il trouve néanmoins la force de rouler au sol pour éviter le coup suivant! Ses hommes se précipitent courageusement pour le défendre et lui permettre de se replier, mais le mastodonte ravage si effroyablement la tête du premier à arriver au contact que les autres hésitent soudain.

(Bon...ben quand faut y aller...)

Je bondis en déployant mon Ki à pleine puissance, conjuguant la redoutable danse de l'éclipse avec la technique me permettant d'améliorer significativement ma maîtrise d'armes. Le terrifiant Garzok a le temps de briser les deux jambes d'un deuxième soldat avant que je n'arrive au contact en hurlant le nom de Sithi à pleins poumons, mes deux lames traçant déjà leurs mortelles arabesques célestes dans les airs! L'orc, surpris, pare fébrilement mon Ardente de l'une de ses masses, mais il n'a pas vu que ma Vorpale suivait de près ma première lame qui la dissimulait jusqu'au dernier moment! Ma lame d'adamantite trace une méchante balafre sur la cuisse déjà blessée de mon adversaire qui beugle de rage et tente de m'écraser sans la moindre subtilité de sa deuxième arme! Je pivote gracieusement pour opposer mon Ardente placée en biais à cette attaque, parvenant à la dévier fluidement plutôt qu'à la contrer de front. Je suis certain qu'une confrontation directe basée sur la force pure tournerait à mon désavantage mais, en revanche, l'orc ne possède pas mon agilité et j'entends bien en jouer au maximum! Je poursuis donc ma chorégraphie et me décale d'un entrechat sur la droite en faisant faire une ellipse remontante à ma Vorpale, utilisant cette fois mon corps pour dissimuler mon attaque. Le Garzok ne la voit pas davantage arriver que la dernière fois, ma technique lui est inconnue et il est incapable de prévoir mes coups mais, malheureusement, ma lame ripe contre sa pesante armure sans lui infliger le moindre dommage.

Mon ennemi en profite pour effectuer un large et puissant balayage de ses deux masses d'armes en tournant furieusement sur lui-même, m'obligeant à reculer précipitamment d'une glissade. Son allonge est plus grande que la mienne, il m'a contraint à quitter la zone où je pouvais l'atteindre sans m'exposer dangereusement mais, ce faisant, il a aussi ouvert bien imprudemment sa garde. Je puise une nouvelle fois dans mon Ki en invoquant modérément le pouvoir de Rana pour franchir d'un bond nerveux la distance qui me sépare de l'orc, mes deux lames pointées en avant pour lui porter un double coup d'estoc au défaut de l'armure que j'ai repéré à son aisselle. Le mastodonte recule hâtivement en se plaçant de profil, si bien que mes lames ne trouvent pas la faille visée mais crissent désagréablement en entaillant légèrement ses protections! Le Garzok rabat brutalement sa masse droite pour me défoncer le crâne alors que j'atterris juste à côté de lui, je l'esquive d'extrême justesse en ployant vivement le buste en arrière et enchaîne avec une féroce taillade latérale de mon ardente pour l'obliger à utiliser sa deuxième arme en parade plutôt que pour me porter un nouveau coup. Il pare comme prévu mon assaut mais cille en réalisant que le revers de ma lame lactée s'insinue vicieusement dans la faille de sa défense, au terme d'une ellipse basse dissimulée par l'éclat de ma flamboyante! Ma Vorpale percute durement l'arrière de son genou qui cède sous la violence du choc, faisant basculer l'orc qui s'affale lourdement à terre! Je rabats sommairement mon ardente en direction de son cou massif pour le décapiter mais le colosse roule sur lui-même et ma lame ne trouve que la terre battue. Je lui colle au train et me fends prestement pour l'empaler sur ma blanche épée, qui se plante cette fois profondément dans le bas de son ventre! La peau-verte rugit de douleur, il n'y est donc pas totalement insensible, mais cela ne l'empêche pas de balayer sauvagement mes jambes d'un coup de pied. C'est à mon tour d'être surpris, et de m'écraser fort piteusement au sol près de mon adversaire, trop près...

Le maudit m'agrippe sans douceur par le bras et m'attire à lui sans que je ne puisse rien faire, il a lâché ses armes et m'enserre dans une étreinte brutale de ses deux puissants bras, me coupant le souffle aussi sec! Je me débats comme une anguille pour lui échapper mais en vain, sa force est colossale et il me tient bien! Je suffoque alors que son visage grimaçant s'approche du mien, son haleine pestilentielle me donne la nausée et la vue de ses crocs d'un jaune malsain n'améliorent rien...je projette sèchement mon front en avant dans son odieux museau et rugis de satisfaction en entendant son nez se briser sous l'impact! L'étreinte ne se desserre pas pour autant et, ma technique lui ayant apparemment plu, l'orc me renvoie un féroce coup de boule qui, par chance, sonne bruyamment contre mon front plutôt que dans mon nez! Ma vision se brouille tout de même et je vois plus d'étoiles que n'en comportent les cieux, phénomène encore accentué par le manque d'air. Je redouble d'efforts pour me libérer, distribuant généreusement coups de coudes et de genoux, mais rien n'y fait!

Une tornade blanche s'abat soudain sur nous avec un rugissement qui me semble si puissant que je ne doute pas qu'il soit entendu jusqu'à Luminion, je suis brutalement séparé de mon tortionnaire et éjecté de côté, roulant jusque dans les jambes de quelques garzoks qui observaient le combat! Suffocant encore de l'étreinte mortelle du colosse, j'inspire de toutes mes forces avant de tenter de me relever, réalisant avec angoisse que j'ai perdu mes armes dans la tourmente! Un déluge de coups de pieds accueille ma tentative de me remettre debout, heureusement amortis par mon armure. Mais déjà les orcs brandissent leurs armes pour m'achever pendant que je suis à terre, ma posture est extrêmement fâcheuse et je vais trinquer si je ne me sors pas de là en vitesse! Par chance, je suis bien plus rapide que ces guerriers communs, ma main trouve la poignée de ma lame d'Eden avant qu'ils n'aient eu le temps de me frapper autrement que de leurs pieds et mon fauve runique apparaît à propos pour les empêcher de m'exécuter! Je lui ordonne sèchement de massacrer les orcs qui m'entourent et profite du déferlement de sauvagerie féline ainsi engendré pour me relever fébrilement, le souffle court et tout le corps douloureux.

Mon tigre déchiquette férocement les adversaires les plus proches, bien incapables de résister à la fureur du fauve dont l'apparition soudaine les a plongés dans une profonde stupéfaction affolée. J'aperçois du coin de l'oeil ce qui m'a libéré du colosse: Sinwaë s'est jeté dans la bataille lorsqu'il a vu que ma vie était en danger et se déchaîne maintenant contre mon redoutable ennemi! Il lui a lacéré le visage et arraché une paluche mais l'orc se débat toujours et le bourre de coups de poings de sa main restante! Je me dégage rageusement un passage dans la masse d'orcs qui m'entoure, maniant ma lame d'Eden à deux mains pour me frayer un sanglant chemin parmi ces adversaires peu compétents. Quelques secondes me suffisent pour rejoindre l'Ithilartëa et plonger ma lame dans la gorge du monstrueux peau-verte avec un hurlement libérateur! Ce maudit a bien failli m'avoir après avoir déjà défait Kardân, s'il y était parvenu le village aurait incontestablement été perdu et sa population massacrée, pensée qui fait naître en moi une rage si abyssale que je replante férocement ma lame dans la face du cadavre! Avisant mes deux reliques qui traînent par terre, je rengaine la lame de mon ancêtre et récupère mes armes avant de jeter un regard circulaire pour juger de la situation tout en flattant et en remerciant avec ferveur l'Ithilarthëa qui vient de me sauver la vie.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 20 Jan 2017 15:02, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 19 Jan 2017 20:34 
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La condition de mort-vivant avait indiscutablement ses avantages. Pour commencer, Azra ne craignait pas le froid. C'était fort heureux car il doutait que, dans sa condition humaine, il ait pu supporter un tel environnement longtemps.

La tempête soufflait depuis deux jours sur les pics des duchés des montagnes. Il avait du mal à déterminer la direction qu'il prenait et même Rendrak, pourtant doté d'un meilleur sens de l'orientation, se sentait perdu au milieu de cette tourmente de blancheur infinie. Le bruit du vent avait quelque chose d'abrutissant. Leurs os avaient du mal à tenir en place. En plus, la neige s'infiltrait partout, au point que lorsqu'ils trouvèrent finalement un abri, un petit surplomb orienté à l’abri du vent, il se pencha pour secouer la tête et des flocons tombèrent de ses orbites.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? » demanda Rendrak.

« On continue à chercher Zéphanie. » répondit laconiquement le jeune homme.

Il avait encore de la peine à l'admettre. Ils avaient finalement trouvé Zéphanie d'Endor, la nécromancienne qu'ils cherchaient depuis si longtemps... et elle les avait rejeté. Effrayée par la nature de mort-vivant de celui qui l'avait pourtant sauvé, elle était partie, elle qui était pourtant la clé de la grande de l'ordre des Messagers du Corbeau. Il devait la retrouver et la convaincre. Sans quoi, la « famille » qui l'attendait ne pourrait être complète et serait à la merci de tous ceux qui voudraient contester sa légitimité.

Il prit le temps de méditer pour renforcer ses os, puis, inéluctable comme la mort, il reprit son chemin. Elle devait dormir. Pas lui. Mais sa plus grande crainte était qu'elle devait manger. Il devait la retrouver avant qu'elle ne meure de faim, sinon... hé bien il devrait attendre des années et à nouveau la chercher on ne sait où... Zéphanie l'éternelle et sa malédiction d'éternité.

Ils trouvèrent finalement la cabane d'un montagnard. Il y avait toujours des gens bizarres pour vivre n'importe où tant que c'était loin des villes. Ce n'était pas Azra qui allait s'en moquer. En temps normal, il l'aurait évité, mais ce genre de lieu était le point de relais obligatoire pour tous les mortels parcourant les montagnes. C'était ici qu'il avait le plus de chance d'apprendre si une fille aux cheveux noirs était passé par ici.

« J'y vais... » annonça Rendrak en prenant les devants de ses longues jambes.

« Ouvre seulement la porte, je m'occupe d'interroger le propriétaire des lieux. »

BAM ! CRAC !

« J'avais dit « Ouvre la porte »... »

« Elle est ouverte. » gloussa le liykor.

Azra s'engagea dans l'encadrement et fouilla des yeux la petite maison. Une table, un coffre, deux lits pour pouvoir accueillir un voyageur. La pauvreté absolue. Quelle idée, aussi... quitte à vivre à l'écart, il y avait de meilleurs endroits. Le propriétaire, un montagnard barbu, avait saisi une hache mais, voyant ce qui entrait, il laissa échapper un gémissement d'effroi et se mit à reculer. Azra avança jusqu'à ce qu'il soit dos au mur puis, pour éviter un coup de hache inconsidéré qui pourrait causer une mort inopinée (celle du montagnard, bien sûr, pas la sienne).

« Salutation... j'avais une ou deux questions à poser... »

« A... Allez-vous en ! »

« C'est ce que je vais faire... quand je saurais si une jeune femme d'environ 20 ans, aux longs cheveux noirs, vêtement de paysanne, peut-être accompagnée d'un semi-elfe en armure et vêtements rouges, était passée par ici... »

« Je... oui... elle allait à Luminion ! Par la passe des bouquetins, par là... »

Il désigna une direction approximative d'un geste désespéré.

« Je vous remercie... et désolé pour la porte. »

Il ressortit dans la tempête. Rendrak lui emboîta le pas en demandant :

« Est-ce qu'une vrai liche n'aurait pas dû le tuer après avoir eu les informations, plutôt que de s'excuser ? »

« Je n'ai pas envie d'entretenir les clichés... Et puis, sa mort ne m'aurait servi à rien. »

Ils reprirent donc leur chemin, en direction de cette « passe des bouquetins ». Ils étaient toujours sur la bonne piste.

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Merci et à Inès pour la signature
et à Isil pour l'avatar!
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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 19 Jan 2017 23:43 
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Il ne s'est écoulé que quelques minutes depuis la chute de Kardân, qui gît toujours au sol à quelques mètres de moi. L'assaut que je viens de mener, soutenu par mes deux fauves, a dégagé l'entrée et les derniers attaquants reculent en désordre devant le tigre runique qui les met à mal. Partout ailleurs les humains sont inexorablement débordés, voir leur chef tomber leur a porté un coup au moral terrible et ils luttent maintenant pour sauver individuellement leurs vies plutôt que de se rallier pour repousser l'envahisseur. Je cherche des yeux un officier susceptible de remplacer Kardân mais, ne connaissant pas ces hommes, je n'en trouve pas. Je remarque à cet instant que les soldats qui m'entourent ont le regard rivé sur moi, comme s'ils attendaient que je leur dise quoi faire. Ce constat me fait adopter une mine lugubre, je n'ai jamais endossé un rôle de gradé et aucune envie de me positionner en responsable de ces humains, mais ma Faëra me fait doucement remarquer que j'ai déjà conduit des guerriers à la bataille lors de la libération des esclaves aux alentours de Khonfas. Elle me rappelle ensuite qu'il y a des villageois innocents qui tremblent dans leurs maisons en attendant l'issue du combat, qui les défendra maintenant que Kardân est tombé, si ce n'est un Danseur d'Opale?

(Tu dois endosser ce rôle, Tanaëth, regarde autour de toi. Tu es le seul à pouvoir le faire, dans quelques instants tout sera perdu.)

Je sais qu'elle a raison, mais c'est un pas que je répugne à franchir. J'ai toujours été rebelle à l'autorité, faut-il maintenant que j'en use sur ces humains? Je soupire doucement, je n'ai pas le choix si je veux que les habitants de ce village survivent...Mon regard se pose sur les hommes qui m'entourent et je lance l'une de mes gourdes au plus proche en ordonnant d'un ton calme et ferme:

"Prends deux hommes et sortez votre chef de là. Emportez-le dans la maison commune, enlève-lui son armure et fais-lui boire une potion de soin de cette gourde s'il est encore en vie, deux si besoin. Lorsque ce sera fait, tu restes avec ton chef et tu me renvoies les deux autres. Allez!"

L'homme fait signe à deux de ses comparses et ils se dépêchent d'emmener le Protecteur inconscient, je me tourne alors vers la dizaine de soldats restants et leur indique l'endroit où la situation est la plus critique:

"Six d'entre vous vont renforcer la défense là-bas, les autres vous tenez cette porte! Renvoyez ces chiens en enfer par...Gaïa!"

J'ai bien failli en référer à Sithi mais je doute que ces humains connaissent seulement son existence, mieux vaut en appeler à leur propre divinité je suppose. Les soldats s'empressent d'obéir à mes instructions, ragaillardis par le fait d'avoir des ordres à suivre, je me racle alors la gorge et joue au bon sergent-major en poussant un hurlement qui couvre le vacarme ambiant:

"TENEZ VOS POSITIONS! MASSACREZ-MOI CES ORCS!"

Plusieurs hommes, ceux qui en ont le loisir, me jettent des regards surpris, ne reconnaissant bien évidemment pas la voix qui leur donne cet ordre. Mais je dois leur offrir une vision suffisamment convaincante avec mes deux reliques dégainées, l'une ruisselant de sang et l'autre flamboyant comme une torche, car ils poussent de féroces cris de guerre et brandissent leurs armes pour retourner au combat! Je me faufile rapidement entre les maisons pour aller voir ce qui se passe plus loin, saisissant au passage le bras d'un guerrier légèrement blessé mais totalement hébété qui erre entre deux bâtisses:

"Hey! Reprends-toi! Vas voir s'il y a un guérisseur chez les villageois! Demande-leur de nous aider à évacuer les blessés, amenez-les dans la grande salle et débrouillez-vous pour les soigner! Tu m'entends? Exécution soldat!"

Je dois le secouer rudement et répéter mes ordres d'un ton sec pour qu'enfin il retrouve ses esprits et acquiesce frénétiquement, mais il finit par courir vers l'une de demeures et je l'entends quelques secondes plus tard répéter mes consignes en beuglant. Je me presse alors de rejoindre les abords de la palissade malmenée et, avisant un petit groupe de soldats en train de se faire tailler en pièces, me jette dans la mêlée comme un ouragan déchaîné en criant aux humains de reformer les rangs! Mes lames creusent une sanglante tranchée dans le groupe compact d'assaillants, composé de vulgaire piétaille qui meure sans avoir la moindre chance de rivaliser avec mon art du combat. J'oscille entre une sordide jouissance et un profond dégoût de moi-même en dévastant ces guerriers garzoks comme s'ils n'étaient qu'épis de blé sous la faux, ce n'est pas un combat mais une boucherie ignoble...Néanmoins le moment est mal choisi pour se laisser aller à des états d'âme et je les chasse froidement de mon esprit pour rameuter les humains et leur faire reprendre une formation cohérente. Les vétérans surmontent rapidement leur abattement et se regroupent pour achever les derniers ennemis, ce qui me permet de m'extraire du combat pour prendre un peu de recul et examiner l'état de la défense. Je souris durement en voyant que l'espoir a changé de camp, les humains ont repris courage en sentant que quelqu'un tenait les rênes de la bataille, ils sont maintenant en train de repousser les orcs qui subissent de lourdes pertes pour s'être dangereusement exposés en croyant la victoire acquise!

Quelques villageois, de solides gaillards munis de haches de bûcherons pour la plupart, sont sortis de leur refuge et s'efforcent de ramener les blessés à l'abri, je les rejoins et les encourage tout en assurant leur protection lorsque je le peux, tâche que je délègue dès que possible à un trio de soldats provisoirement inoccupés. Je reprends alors ma tournée des défenses, réalisant que les combats se font de plus en plus sporadiques jusqu'à ce que, aussi subitement qu'ils ont attaqué, les orcs se replient dans un chaos qui serait indescriptible s'ils étaient plus nombreux à avoir survécu! Des cris de victoire s'élèvent d'un peu partout dans le village, l'ennemi est en fuite et j'aperçois même quelques vétérans pleurer de soulagement en hurlant leur joie d'avoir survécu au carnage! Pour ma part, je retrouve un sentiment que j'ai déjà vécu à de rares reprises, après de durs et sanglants combats: je me sens vide, vide et sale jusqu'à la moelle des os. Comme s'il sentait ma lassitude, Sinwaë choisit cet instant pour me rejoindre et me bouscule légèrement de la tête pour m'inciter à le grattouiller, ce que je fais avec plaisir, trouvant un bienfaisant apaisement à ce geste simple qui m'éloigne provisoirement du triste présent. Je me reprends sévèrement en voyant les regards se tourner peu à peu vers moi, ma tâche ici n'est pas terminée.

(Elle ne fait même que commencer), remarque doucement Syndalywë.

(J'en ai bien l'impression...mais tu sais, il y a des fois où je regrette de ne pas être devenu cultivateur, ou aubergiste...)

Je fais cependant face aux hommes et, après avoir dévisagé chacun pour me donner le temps de soupeser mes paroles, je m'adresse à eux en ces termes:

"Vous vous êtes bien battus, guerriers de Gaïa! Je suis fier d'avoir tiré l'épée à vos côtés! Mais ce n'est pas terminé, nos ennemis peuvent revenir. Nous devons consolider le mur et nous avons de nombreux blessés dont il faut nous occuper. Toi, quel est ton nom?"

Je fixe un vieux guerrier couturé de cicatrices mais apparemment indemne qui me répond fièrement:

"Bert, du village d'Alkil, seigneur."

"Parfait, alors voici ce que tu vas faire, Bert d'Alkil: prends cinq hommes et autant de forestiers que tu en trouveras, réparez-moi cette palissade et barricadez la porte. Faites vite, les orcs peuvent revenir d'une minute à l'autre. Et toi, ton nom c'est...?"

Je m'adresse à un jeune homme roux aux allures de dandy, mais je l'ai vu se battre vaillamment un peu plus tôt et protéger l'un de ses compagnons au péril de sa vie. Il me répond en souriant largement:

"Roger, bâtard d'un noble bouffon de Tulorim. Que puis-je pour vous messire?"

Je hausse un sourcil amusé à cette présentation incongrue mais me borne à lui répliquer:

"Très bien. Prends également cinq hommes et demande à tous les villageois valides qui ne seront pas occupés à relever la palissade de t'aider. Finissez de rapatrier nos blessés dans la maison commune et rassemblez nos morts quelque part, de préférence loin du mur. Achevez les orcs qui vivent encore et jetez leurs cadavres dehors. Vois aussi si certains villageois peuvent aider à soigner les blessés."

Le jeune homme s'incline et obtempère sans rechigner, je divise alors les hommes restants en deux groupes à peu près égaux et en envoie un manger et se reposer tandis que je charge l'autre de monter la garde et de donner l'alerte si les orcs reviennent. Je demande aussi à un membre de ce deuxième groupe de me fournir au plus vite un décompte des soldats encore en état de se battre, puis je me dirige vers la maison commune afin de prendre des nouvelles de Kardân, espérant qu'il est encore en vie...


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Ven 20 Jan 2017 11:28 
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Faisait-elle le bon choix ? N'était-elle pas trop prompte à faire confiance et à offrir son soutient ? Depuis le début, elle se méfiait de Zéphanie, elle ne croyait pas trop à son histoire, avait des doutes à cause du mutisme obstiné de Ash, ses compétences, le fait qu'il fût le protecteur d'une simple fermière. Pour quelle raison offrait-elle donc le secours de ses deux lames sombres ? Par principe ? Zéphanie n'était peut-être pas tout à fait honnête, mais elle était désarmée et en tant qu'humaine, plus vulnérable que ne l'aurait été dans ces circonstances une autre race. Avant de se séparer, Tanaëth l'avait faite officiellement rentrer dans l'ordre des Danseurs d'Opale, ajoutant que ce n'était pas un honneur (sur ce coup-là, il pouvait blablater autant qu'il le voulût, c'en était certes un pour la demi-elfe), mais une responsabilité. Durant tout le temps qu'ils avaient passé ensemble, son mentor n'avait eu de cesse de lui parler de droiture et d'aide. En ce jour, il n'était plus à ses côtés pour lui dire quoi faire. C'était non seulement à elle d'agir, mais à elle d'agir en tant que Danseur d'Opale (bien qu'elle n'en eût pas encore le rang, venant à peine d'intégrer l'ordre). "C'est par ma seule volonté que mes lames se meuvent" disaient-ils. Que pensait Sithi de cette situation ?

(Il est temps que mes lames servent vraiment.)

Pendant ce temps, Zéphanie et Ash échangeaient un long regard plein de sous-entendus, comme si ce dernier venait de réaliser quelque chose d'important. Évidemment, il ne prit toujours pas la parole. Serait-il muet, par Sithi ? Drôle de relation que la leur en tout cas. Mais déjà, Zéphanie reprenait la parole.

"Oui, tu peux peut-être faire quelque chose. Vois-tu, c'est un dangereux mort-vivant. Il se fait appeler Lord Azraël, mais il n'a rien d'un seigneur. Si tu lui tends un piège tu pourras sûrement en venir à bout, ou au moins le ralentir. Moi, pendant ce temps, je vais partir plein sud, vers un château nommé Endor, pour y trouver des alliés."

Un mort-vivant ? Kay en avait entendu parler parce que c'étaient des histoires qui circulaient fréquemment parmi les petites gens, mais elle n'aurait jamais envisagé en combattre un, un jour. Ce mort-vivant donc, se faisait appeler Lord Azraël et bien que Zéphanie prétendait que ce fût un titre usurpé, l'homme - si tant est qu'il pût répondre à ce qualificatif - avait une haute idée de lui-même. Soit il était outrecuidant, soit il valait mieux ne pas le sous-estimer...

(Et comment je vais faire un piège dans un endroit que je connais autant que lui ?!)

La propre histoire hésitation de la guerrière se retrouvait dans la jeune femme.

"Je ne voudrais pas te faire courir de risques inutiles. Si seulement tu avais une monture pour fuir, ce serait plus sûr... Mais lui tendre un piège dans la montagne serait plus aisé; Qu'est-ce que tu en penses ?"

Réellement, plus Zéphanie parlait, plus Kay aurait bien aimé se l'être fermée tantôt car elle était loin d'avoir foi en ses capacités - et surtout sans pouvoir même compter sur l'arrivée, plus tard, de son mentor. Déjà le fait que la femme eût l'idée d'aller chercher des alliés ailleurs, qu'elle précisât qu'une telle action ne pourrait que ralentir le mort-vivant et sa réticence, enfin, quant au fait que Kay s'apprêtant à prendre des risques peu négligeables, tout cela concourait à la rendre indécise. Quand Zéphanie finit par lui demander son avis, la demi-elfe laissa s'échapper une furtive grimace. Tendre des pièges, elle ne savait pas faire. Cette contrée, elle ne la connaissait pas. Mais, était-elle vraiment impuissante ? Quand la tempête aurait cessé, il y aurait de la neige partout, qui rendrait n'importe quelle circulation difficile. Avec un peu de feu, elle pourrait en revanche se tracer son chemin voire utiliser cette eau froide à bon usage.
De toute façon, elle avait promis son aide.

"J'en pense que c'est faisable. À quel distance est ce Lord Azraël d'ici ? Pour faire simple, de combien de temps est-ce que je dispose ? Oh et par curiosité, pourquoi en a-t-il après vous ?"

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Ven 20 Jan 2017 15:08 
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Il règne une agitation fébrile dans la maison commune du village, la grande table qui en occupait le centre a été poussée dans un coin pour accueillir les nombreux blessés qui reposent à même le sol pour la plupart. Un odeur effroyable de sang, d'excréments et de mort emplit à tel point l'atmosphère qu'elle semble presque solide. Je jure sourdement et bloque la porte en position ouverte lorsque je me résigne à pénétrer dans les lieux. Si les hommes valides de Kardân qui sont présent dans la salle agissent avec une calme efficacité pour garrotter et panser les blessures les plus dangereuses, les quelques villageoises et villageois qui s'efforcent de les aider sont blêmes et titubent plus qu'ils ne marchent, profondément choqués par le spectacle de tant de blessés. Ces derniers sont au nombre d'une quinzaine, plus ou moins gravement atteints, et il en arrive sans cesse d'autres. Nous avons remporté une victoire, mais à quel prix? Apercevant le corps massif et aisément reconnaissable de Kardân allongé sur la table, je m'en approche en prenant soin de ne pas déranger la vieille femme penchée sur lui et visiblement occupée à le soigner. Je remarque bien vite qu'elle est la seule membre de la petite communauté à avoir conservé son calme et que ses gestes sont sûrs tandis qu'elle recoud habilement le torse de l'Imperator. Elle relève ses yeux marrons de sa tâche en m'apercevant et grommelle sèchement:

"Il vivra, pour peu que vous alliez voir ailleurs si j'y suis. Faites place jeune homme, laissez-moi travailler et rendez-vous utile ailleurs, je m'occupe de votre vénéré chef!"

Je ne peux m'empêcher de sourire aux paroles de l'aïeule, elle est sans doute bien plus jeune que moi mais il serait indélicat de ma part de le signaler. Cependant, j'ai senti une discrète amertume dans ses derniers mots, quelque chose la dérange, serait-ce lié aux réquisitions intempestives effectuées par Kardân? Il faudra que je creuse la question, mais le moment est mal choisi pour l'interroger et je ferais mieux de ne pas traîner dans les pattes de la vieillarde. Je prends tout de même le temps d'examiner les blessures du Protecteur de Luminion, rassuré de voir que la ou les potions de soin lui ont bien été administrées et qu'elles ont suffit à ressouder les os cassés et à refermer en grande partie les terribles plaies infligées par les pointes de la masse d'armes de son adversaire. Ma gourde est d'ailleurs posée à côté de lui, je la récupère et la soupèse pensivement, me demandant si je dois en utiliser les dernières potions maintenant ou s'il vaut mieux les conserver pour la suite des événements. Ma réflexion est soudainement interrompue par des cris effrayés et j'en comprends la raison dès que je tourne la tête dans leur direction!

"Sinwaë! NON! Viens ici! Viens ici!"

Mon fauve sursaute en entendant son nom prononcé comme un claquement de fouet, il se détourne piteusement de l'humain ensanglanté qu'il flairait avec un intérêt bien trop gourmand à mon goût. Je le rejoins en quelques longues enjambées, me maudissant de ma stupidité, et l'entraîne prestement dehors en le tirant par la peau du cou! Un peu plus et il croquait l'humain...il va falloir que je lui apprenne la différence entre du gibier et un être pensant, ce qui risque de me poser de sérieuses difficultés dès le moment où je l'entraîne avec moi dans les combats...comment lui faire comprendre la différence entre ceux qu'il peut déchiqueter et les autres? La réponse m'apparaît aussitôt, simple comme bonjour en théorie mais probablement bien moins en pratique: il ne doit attaquer que sur mon ordre express. En même temps, s'il n'avait pas pris l'initiative d'intervenir lors de mon combat contre le monstrueux Garzok, je serais mort, à l'heure qu'il est. Mais après tout, s'il se contente de me protéger quand ma vie est menacée et qu'autrement il attend mon ordre, tout ira bien. Reste à lui enseigner l'obéissance, mais le fait qu'il se soit éloigné du blessé lorsque je le lui ai ordonné est plutôt bon signe, je devrais assez rapidement parvenir à mes fins.

L'homme que j'ai chargé d'effectuer un compte des survivants m'approche peu après et me fait son rapport:

"Il reste six archers et trente-deux hommes en état de se battre, messire. Trois archers et dix-sept combattants sont tombés, un archer et vingt et un guerriers sont gravement blessés, certains ne passeront pas la nuit. J'ai aussi estimé le nombre d'ennemis abattus, soixante orcs au moins ont péri."

Je le remercie et l'envoie se reposer, puis je me dirige vers la palissade afin de voir où en est sa restauration. La porte a été sommairement remise en place et barrée au moyen de troncs entrecroisés, mais il reste encore trois pans de palissade effondrés à colmater. Comme les hommes s'activent pour y remédier, je me contente de les féliciter de l'ouvrage déjà accompli et les encourage à poursuivre ainsi. Je vais voir ensuite les soldats montant la garde et, tout semblant calme pour le moment, bavarde un peu avec eux. L'un d'eux m'apprend que mon tigre runique a soudainement disparu à l'orée de la forêt après avoir été touché par plusieurs flèches, un autre m'affirme avoir aperçu les orcs survivants rôder dans la sylve, ajoutant qu'il ne fait aucun doute qu'il reviendront avant l'aube. Un bref regard à la voûte céleste me renseigne sur le fait que le jour ne se lèvera pas avant quatre ou cinq heures, plus qu'il n'en faut à nos ennemis pour se regrouper et lancer un nouvel assaut. Toutefois leurs pertes ont été sévères, s'ils étaient vraiment une centaine au départ il en reste grosso modo une quarantaine, dont certains sans doute blessés. Se risqueront-ils à nous assaillir une fois de plus alors qu'ils doivent maintenant avoir une bonne idée de nos effectifs? J'en doute un peu, mais je garde cet avis pour moi et opine simplement en enjoignant aux soldats de rester vigilants et de se tenir prêts.

L'heure suivante passe sans que les orcs ne se manifestent, les humains chargés d'amener les blessés à la salle commune et d'évacuer les cadavres achèvent leur tâche sordide et je les envoie également prendre un peu de repos. Les trous de la palissade finissent par être bouchés, un bref examen me révèle que ces réparations ne résisteront pas bien longtemps à un assaut en règle mais les forestiers et les soldats ont fait de leur mieux compte tenu de l'urgence. J'envoie les guerriers rejoindre ceux qui se reposent et demande aux rudes bûcherons si certains d'entre eux souhaitent se joindre à nous pour défendre leur village. Une demi-douzaine d'entre eux se déclarant prêts à se battre, je les envoie relever les gardes légèrement blessés et ceux qui ont le plus grand besoin d'un répit après la courte mais dure bataille. Ayant le sentiment d'avoir fait tout mon possible dans l'immédiat, je retourne alors à la salle commune et y entre en ordonnant sévèrement à l'Ithilarthëa de rester près de moi. Quelques rappels s'avèrent nécessaires une fois dans la salle mais, dans l'ensemble, il se montre plutôt coopératif et parait avoir compris que les humains blessés n'étaient pas destinés à finir dans son estomac. Kardân a repris connaissance, plusieurs de ses hommes l'entourent et parlent tous en même temps, vraisemblablement pour lui narrer ce qui s'est passé. Lorsqu'il m'aperçoit, l'Imperator me fait signe d'approcher et ordonne à ses subordonnés de se taire avant de me dévisager durant de longues secondes sans prononcer un mot. Il finit par grimacer un sourire fatigué et s'adresse à moi d'une voix enrouée:

"Mes gars m'affirment que c'est toi qui a terrassé le chef garzok qui m'a balayé. Ils disent aussi que tu as pris le commandement et que sans toi nous aurions été vaincus. Est-ce vrai?"

Je hausse les épaules et lui réponds en soupesant soigneusement chacun de mes mots:

"Ce garzok m'aurait sans doute broyé si Sinwaë ne l'avait pas attaqué pour me protéger. Il était monstrueusement costaud et puis, tu l'avais déjà blessé. Quant au reste, oui, j'ai donné quelques ordres et étêté un certain nombre d'orcs, mais ce sont tes hommes qui ont remporté cette victoire. Ils se battent bien, ils sont vaillants et disciplinés."

L'humain sourit finement à mes paroles, les soldats qui les entendent se redressent et arborent un air fier mâtiné de gratitude, je viens de leur attribuer le mérite de la victoire tout en minimisant la défaite de leur chef vénéré et en reconnaissant sa valeur de guerrier et d'instructeur. Ma formation d'Hirdam date de bien des années, mais je n'ai pas tout oublié et certains enseignements resurgissent parfois sans prévenir. Cependant, l'Imperator de l'Aube radieuse me prend par surprise en demandant simplement:

"Et maintenant, que comptes-tu faire?"

Je plisse légèrement les yeux, réfléchissant rapidement au sens de cette question et à ses implications, puis je réponds prudemment:

"Je suivrai tes consignes si tu te sens assez en forme pour reprendre la place qui est tienne. Et je m'efforcerai de pallier de mon mieux à ton absence si ce n'est pas le cas."

"Quelle est la situation, dehors? Quelles dispositions as-tu prises?"

Je lui fais un rapport circonstancié, concis et aussi bref que possible, ce qui me vaut un léger sourire en coin:

"Nous savons tous les deux que je ne suis pas en état de me battre. Mes hommes ont apparemment décidé de te faire confiance, alors dirige-les et montre-toi digne de ce qu'ils t'accordent."

C'est à mon tour de laisser le coin de mes lèvres se relever, je lui demande de mon ton le plus neutre où perce pourtant une discrète ironie:

"Est-ce un ordre?"

Kardân éclate d'un rire rauque qui s'achève en quinte de toux puis, une fois qu'elle s'est apaisée, il secoue négativement la tête pour me répondre:

"Non, Tanaëth Ithil, c'est un service que je te demande."

J'incline le visage avec, cette fois, un franc sourire aux lèvres:

"Alors soit, ce sera un plaisir et un honneur, Kardân."

L'Imperator me tend alors une main que je serre bien volontiers, scellant ainsi notre amitié naissante. Je n'approuve pas forcément toutes ses méthodes, mais c'est un humain que je peux respecter et que je commence à apprécier.


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Ven 20 Jan 2017 18:26 
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"Ce n'est qu'un fou. Il me prend pour l'amour de sa vie passée. Il aurait dû quitter ce monde depuis une éternité pour que son esprit trouve enfin le repos..."

(Tiens, c'est intéressant comme raison.)

La maigre curiosité de Kay se réveilla et elle se demanda brièvement comment les deux étaient entrés en contact, depuis combien de temps cet Azraël était mort, aussi. Ou à moitié mort, en tout cas. Mais l'histoire était presque romantique - ce qui n'empêchait pas Kay de comprendre pourquoi Zéphanie cherchait à s'en débarrasser ; c'était plus une épine qu'un véritable ennemi au fond. Quelque part, cela rassurait la demi-elfe : s'il ne s'agissait que d'une histoire d'amour perdu, le mort-vivant serait peut-être moins porté sur la violence.

"Merci de ton aide. J'ai peut-être une idée : il y a une meute de woger à quelques heures d'ici. Ils sont prêt d'une passe entre deux pics qu'il n'aura pas d'autre choix que de traverser. En te hâtant, tu peux y être avant lui, je pense, et faire sortir ces créatures de leur tanière pour les diriger sur lui. Avec du feu, par exemple..."

Conséquemment, Kay trouva le plan d'attaque excessif par certains côtés, si ce n'était par tous. Pourquoi ne pas essayer, tout simplement, de raisonner Azraël ? Était-il si fou que c'en était impossible ? Zéphanie avait-elle même essayé ? En tout cas, la guerrière n'aimait pas beaucoup l'idée de se servir des wogers pour arriver à leur fin. Mais avait-elle d'autre choix ? Le plan de la jeune femme était bon et promettait la réussite ; tandis qu'elle avait beau retourner le problème dans sa tête, elle ne voyait pas d'autres solutions. La semi-elfe nota aussi que son interlocutrice ne lui avait pas donné un temps exact. Elle avait bien parlé de hâte, mais sous-entendait-elle qu'il leur faudrait retourner dans la tempête ? Azraël avait-il lui-même était arrêté par cette dernière ou, en tant que mort-vivant, en était-il immunisé en quelque sorte ? Comme Ash, en fait.

"Je peux rester un peu avec elle, pour le feu. Avec les récentes chutes de neige, je dois pouvoir déclencher une avalanche depuis les pics."

Kay acquiesça.

"Une avalanche nous permettrait de couvrir notre fuite, en effet. Quant au plan en lui-même, je suppose qu'il peut fonctionner."

Elle se leva et alla jusqu'à l'entrée de la grotte, comme pour vérifier que la tempête de neige ne se fût pas encore calmée. En même temps, elle étendit ses membres qui avaient eu le temps de s'ankyloser durant cette conversation. Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle faisait une erreur. Cependant, elle ne pouvait plus se rétracter à présent. Elle prit une profonde inspiration et se retourna vers les deux compagnons qu'elle avait rencontrés même pas une heure auparavant.

"Pour ma part, je suis prête. Mais la tempête n'a pas l'air de vouloir se calmer..."

C'était un problème car il était hors de question de s'en aller sous ce temps catastrophique qui conférait au champ de vision un flou absolu. Ils n'avaient d'autre choix que d'attendre. Kay revint donc au centre de la grotte, là où le feu allumé par Ash brûlait bien et réchauffait bien ses membres frigorifiés. Ils n'avaient d'autre choix que d'attendre et quand enfin, le vent se fit moins violent, les flocons moins agressifs, moins tournoyants, que les traces dans le sol n'étaient plus effacées en un clignement d’œil, que les nuages s'étaient écartés ou du moins, se laissaient volontiers traverser par quelques maladifs rayons de soleil, ils purent sortir et se séparer, Zéphanie partant de son côté, Kay suivant Ash.

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Dernière édition par Kay de Kallah le Ven 27 Jan 2017 20:35, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Sam 21 Jan 2017 13:08 
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La tempête de neige avait enfin cessé. Elle n'avait pas dû durer plus de trois heures, mais ce temps, pourtant court, avait paru long, cependant, à ces trois gens enfermés dans leur grotte. Au moment de sortir, Kay dispersa, d'un coup de botte, les restes couvants d'un feu presque déjà mort. L'extérieur était blanc, nouveau. La neige crissait délicatement dès qu'on y posait le pied et on s'y enfonçait comme dans le matelas le plus moelleux de Yuimen. Des restes des vents hurlants qui tantôt agitèrent cette région ne restaient qu'une légère brise qui faisaient danser avec grâce la poudreuse, entre les branches des arbres dénudés, vénérables guerriers résistant stoïquement, entre les plantes qui courageusement, ne s'étaient pas laissées ensevelir, entre les corps des deux demi-elfes qui avançaient vite, bien, sous la direction du disciple de Meno. C'était impressionnant de sa part de savoir s'orienter dans une nature si illuminée désormais (au plus fort de la tempête, c'était à peine si on réussissait à éviter un arbre) et si fondamentalement différente. Kay avait réussi à prendre plusieurs repères lorsqu'elle était partie de Luminion, mais à présent, tout était différent, c'était une nouvelle donne. Une donne magnifique. Bien que caché par de diaphanes nuages gris, le soleil envoyait ses plus brillants rayons et mordorait le sol immaculé. C'était presque pitié que de devoir y laisser leurs traces de pas.

Ash marchait dans un silence aussi mort que l'était le corps du Lord après lequel ils en avaient. Kay ne s'en formalisa pas, néanmoins - du peu qu'elle avait pu voir, c'était un être taciturne et elle n'en attendait par conséquent rien, en matière de conversation. Ils marchèrent un temps indéterminé, qui se compta tout de même en heures, mais qui ne sembla pas si long, dans cette belle nature revêtue de blancheur - bien qu'elle piquât fortement les yeux, jusqu'aux pleurs même, à cause de l'effet de réverbération. Après ce laps de temps, donc, et une pente qui s'était raidie, ils parvinrent au sommet d'une passe assez exigüe. Deux reliquats de montagne, à la roche noire, à vif, les bordaient d'un côté et de l'autre et étendaient vers le ciel leur unique dent tranchante. Entre ces deux pics, la passe et devant eux, un versant de la montagne qui s'étendaient tranquillement. Sur le pic de gauche, la neige s'y était accumulée en un tas paresseux qui ne demandait qu'à dégringoler cette pente. Sur celui de droite, un peu en retrait, une bosse rocheuse qui était en réalité la grotte abritant les wogers, ce que confirma Ash.

"C'est là. Dès qu'il apparaîtra, il faudra faire sortir les woger et les attirer vers lui. Moi, je m'occupe de l'avalanche."

Kay acquiesça. Elle rebroussa ensuite chemin et alla dénicha un vieil arbre, fort de ses souches énormes qui sortaient par endroit du sol. De son pied, elle creusa la neige pour en dénicher une et à l'aide d'une de ses deux épées, la sectionna et l'emporta. En revenant près de Ash, elle jeta un regard sur la plaine blanche où apparaitrait le seigneur mort-vivant. La jeune femme planta sa torche improvisée dans le sol et s'assit à son tour. Plusieurs minutes s'écoulèrent. Enfin, alors que Kay renonçait à laisser son regard fixé sur l'étendue aveuglante et préférait le reporter sur la garde de sa petite épée qu'elle caressait machinalement, deux figures noires, minuscules, apparurent en bas de la montagne.

(Les voilà ?)

Zéphanie avait seulement parlé d'Azraël, alors qu'il y avait là deux personnes. Cependant, comme Ash sembla reconnaitre les deux silhouettes, elle se remit aussitôt sur ses pieds et s'empara par le même mouvement de l'épais bout de bois qu'elle venait de rapporter. Après le lui avoir demandé, le demi-elfe l'enflamma comme il l'avait fait plus tôt pour le feu, lorsqu'ils s'abritaient de la tempête. Ils se séparèrent juste après. Kay s'élança sur le versant, beaucoup plus raide que celui par lequel ils étaient venus. Ses pieds dérapaient, son corps était projeté en avant et il manqua de peu qu'elle ne fût emportée dans une longue chute à de nombreuses reprises. Néanmoins, bataillant ferme dans cette mer de coton froid, elle parvint à atterrir sur la grotte par le haut et s'y reposa quelques secondes, le cœur battant, la torche allumée dans sa main gauche et loin de sa propre figure. Avec précaution pour que rien ne pût alerter la meute de wogers installés là. Elle passa un visage prudent à l'intérieur et découvrit les gros animaux - moins d'une dizaine, mais le nombre comptait peu : même en face à face avec un seul d'entre eux, la guerrière n'était pas sûre qu'elle pourrait s'en sortir. Les provoquer d'elle-même ne semblait pas une bonne idée. L'avantage qu'elle avait en cet instant, était qu'ils étaient en train de dormir. D'un geste infiniment long, elle dégaina son épée sombre et se campa entièrement à l'entrée de la grotte. Elle échangea la torche de main, prit une profonde respiration et, de toutes ses forces, en poussant un cri, elle l'envoya le plus profondément qu'elle put juste avant de se rejeter sur le côté, sortant du champ de vision possible des wogers.

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