L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuse autour d'Exech
MessagePosté: Mer 27 Juil 2016 01:47 
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Découvrir du pays… Et bien, je ne m’attendais pas tout de suite avoir tant de déconvenues. Les plaines dans lesquelles je me trouve sont tout sauf appréciables et agréables. Moites, boueuses et brumeuses, ce ne sont en réalité que des marécages. J’ai l’impression que l’air et l’ambiance de ces lieux me colle aux poils, me les englue comme une chape de plomb collée au corps. Mon avancée et pénible, mais je m’avance avec détermination. Plus vite j’avancerai, plus vite que quitterai ce cloaque. Me voilà qui songe aux belles contrées d’Hidirain et du Rock Amrath. Elles me manquent déjà tant et je me demande quand est-ce que je pourrais avoir le plaisir de les retrouver. Il me serait pourtant possible de faire demi-tour dès maintenant et de m’en aller les rejoindre. Mais je refuse de le faire. Ce serait abandonner, bafouer la volonté de Chilali et une regrettable erreur, je pense. Peut-être se trouve-t-il d’autres lieux, par-delà les terres et les océans, que j’apprécierais.

Finalement, au bout de quelques jours, j’aperçois les murailles sordides d’Exech. Je décide de passer une nuit de plus dans ce bourbier, préférant les moustiques aux personnes que je pourrais croiser dans cette cité. En vérité, il s’agit là surtout de jugements hâtifs car je n’ai pas la moindre idée de qui ils sont et de ce qu’ils font, mais je n’ai pas envie d’échanger des contacts sociaux. Pas maintenant, pas après tout ceci.

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Je pleure, parce que leur mort est mon fait.
Je pleure. Parce qu’elle était la vie, parce qu’elle était la fougue et la fureur d’aimer.


Thème de Sha'ale


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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Dim 4 Mar 2018 11:45 
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EN PLEINE FANGE



82. Le prix du sang.


Sump marchait le long d'une vaste étendue d'eau salée bleu turquoise. Il ne savait pas où il allait ni depuis combien de temps il foulait ce sable chauffé à blanc par le soleil mais il savait pourquoi. À quelques pas d'un relais pittoresque traversé par la piste pavée, le gobelin avait aperçu un étendard en parti de lumière et d'ombre avec une étoile à sept branches en son centre. Et il savait que ces couleurs appartenaient à Tulorim et dans ce cas-ci, à la milice de Tulorim. Étant recherché, le gobelin ne mit pas longtemps à disparaître et il était inutile de dire qu'il ne traversa jamais cet hameau, bien qu'il en eût besoin pour refaire ses réserves, et qu'il ne marcha plus jamais sur cette piste. Ce fut ainsi qu'il se retrouva les pieds dans le sable à savourer les rafales de vent littorales si satisfaisantes par cette chaleur. Il collecta une foule de bidules qu'il trouva sur la plage et qu'il n'avait jamais vu : Du bois flotté, de drôles de petites noix de différentes couleurs, des algues séchées et même une saloperie de méduse bleue fluorescente qui lui irrita les doigts. Mais bientôt ce joli paysage changea, d'abord en mangrove puis en zone marécageuse dégageant une odeur putride. Le vent avait quant à lui, complètement disparu. Alors qu'il se débattait avec les moustiques, Sump crut avec angoisse être revenu sur ses pas et plongeait à nouveau dans les marais du nord qu'il avait traversé avec le thorkin à barbe rouge ce qui lui semblait être une éternité plus tôt. Mais son sens de l'orientation n'était pas si mauvais que ça du moins l'espérait-il. Le doute s'insinuant dans son esprit, Sump s'éloigna de l'eau salée tant pour essayer de retrouver son chemin que pour échapper aux moustiques mais ce fut peine perdue. Le sol était gorgé d'eau et les mares stagnantes leur servaient de gîtes paradisiaques. Il s'enduisit de boue pour échapper à leurs piqûres et continua son chemin vers nulle part. Il n'avait pas vraiment de but dans la vie hormis celui de trouver une forêt où vivre et encore, il s'était bien débrouillé jusque-là, pourquoi retournerait-il se cacher et vivre de rien et tout seul, à dormir en haut d'un arbre s'il pouvait continuer à se régaler chez les humains ? Si on lui eût dit qu'il aurait ce genre de pensées un jour, jamais il ne l'aurait cru... Il regarda autour de lui. Pas d'humains. Aucune trace de rien hormis roseaux, plantes hydrophytes et grands arbres au tronc sombre. Il poussa un petit soupir en se demandant ce qu'il fallait faire. Il était exclu de rebrousser chemin. Kronh le milicien fou de Dehant et la milice de Tulorim pouvaient lui tomber sur le poil et le tuer sinon l'enfermer dans une geôle. Fait surprenant, la mort n'était pas le pire des deux pour lui. Il s'assit sur une souche pourrie et s'accorda un temps de repos pour engloutir sa dernière lamelle de bœuf salé. Cet endroit était-il dangereux ? Certes il était sinistre mais il semblait déserté de toutes présences humaines, ce qui voulait dire deux choses. La première était que Sump avait peu de chance de croiser ses poursuivants et cela le réconfortait, lui allégeant l'esprit. La deuxième pouvait être tournée sous la forme d'une interrogation. Pourquoi n'y avait-il personne ? Aucune ressource nutritive ne poussait donc dans la boue ? Il y'avait des plantes partout pourtant. Sump ne voyait qu'une raison à l'absence d'humains par ici : c'était dangereux. Il se leva et reprit son pataugeage, les sens plus en alerte que jamais.

Pour son plus grand bonheur il ne lui fallut pas longtemps pour finalement tomber sur un humain. Décidément aucun endroit ne leur échappait en ce bas monde. Ce dernier tournait d'ailleurs à l'envers en ce moment. Si autrefois il se cachait des humains, maintenant Sump les cherchait car il avait découvert qu'ils aimaient en fait autant l'argent que lui et en cela, ils arrivaient à s'entendre. Il était donc ravi de pouvoir de nouveau commercer avec l'un d'eux. Avant l'humain, Sump avait aperçu sa cabane au loin et s'était approché. Montée sur pilotis grâce à de longs pieux en bois plantés profondément dans le sol spongieux, elle était faite de chaume, de torchis, de bois et était miteuse et brinquebalante. Elle faisait face à la grande étendue d'eau salée et baignait littéralement parmi les nénuphars. Sump remarqua la présence d'une pirogue artisanale attachée à un des pieux soutenant la maison mais l'eau n'était pas assez profonde autour de l'habitation pour l'utiliser... Peut-être lors d'inondations se dit le gobelin et il fut fier et agréablement surpris de cet éclair de génie. Après quelques menues hésitations dues à sa nature sauvage, le gobelin commença sa traversée. Il sauta d'abord de rochers à bois morts avant de ne plus avoir le choix et de devoir trempé ses bas. De toute façon, ses bottes étaient déjà depuis longtemps remplies d'eau. Celle-ci atteint une profondeur insoupçonnée à cause de ce sol boueux et Sump se fit quelques frayeurs puisqu'il ne savait pas nager et la boue avait une fâcheuse tendance à aspirer ses jambes vers le bas, mais il finit par atteindre la passerelle en bois délabrée et instable au possible menant au plancher sur lequel reposait la bicoque. Accrochés au toit, des amulettes et des ossements pendouillaient mollement mais ne produisaient aucun cliquetis de part l'absence totale de vent. Sump alla toquer quand sa bonne vieille méfiance reprit le dessus. Il préféra jeter un coup d'œil aux petites fenêtres pour voir à quoi il devait s'attendre. Malheureusement on avait étendu un pan de lin devant.

"Qui qu'est là ?" Grinça soudain une voix de crécelle le faisant légèrement sursauter.

Les craquements du plancher avaient dû trahir sa présence. Paniqué et ne sachant que faire dans l'immédiat, Sump se baissa en s'adossant contre le mur et réfléchit un instant alors que la personne dans la cabane répétait sur le même ton :

"Qui qu'est là j'ai dit !"

Rassuré par l'angoisse qu'il décelait dans cette voix colérique, Sump se redressa et alla frapper à la porte.

"Pas la peine d'frapper, j'sais qu'il y'a quelqu'un ! J'demande qui c'est qu'est là !"

Sump pinça les lèvres en retenant sa main à quelques millimètres de la porte. Il essaya ensuite de l'ouvrir.

"Évidemment que j'ferme la porte, voyou ! C'est qui' s'rait rentré sinon c'bougre de con ! Qu'est-ce tu veux ?"

Sump rabaissa les oreilles vers l'arrière et grimaça. Cette voix était la voix la plus désagréable qu'il ait eut à entendre.

"Nourriture." Répondit-il laconiquement.

Rien ne lui fut répondu. Il ajouta :

"J'ai faim...

-Et quoi ? T'as pris ma cabane pour une tab' d'hôte ? J'ai à peine assez pour moi alors fous l'camp !

-J'ai beaucoup de pièces d'or..."

Cela marchait à tous les coups.

"Qu'est-ce que j'peux en avoir à braire d'tes pièces à la mord-moi-l'nœud, cracha contre toute attente la voix de l'autre côté de la porte, et qu'est-ce que tu crois qu'je f'rai avec de l'or ? J'ai tout c'qui'm'faut ici ! Alors ? T'vas foutre le camp oui ?"

Dérouté, Sump resta sans voix un instant, à court d'argument. C'était bien la première personne à refuser son or ! Mais il était encore jeune dans les affaires. Tout comme il n'était intéressé que par la richesse, il était bien naturel qu'un jour, il finisse par tomber sur quelqu'un de totalement désintéressé par ceci. Il fallait de tout pour faire un monde et cela l'arrangeait, ça en faisait plus pour lui. Il devait maintenant trouver autre chose et choisit de procéder de manière large.

"Je peux rendre service..." Dit-il en essayant d'adoucir sa voix rappeuse, ce qui n'était pas aisé.

Un silence lui répondit ce que Sump estima comme étant une bonne chose. Le quelqu'un derrière la planche en bois servant de porte réfléchissait. Ça s'entendait. Il finit par être demandé à Sump de quelle race il était. Une fois que la réponse fut donnée, la personne de l'autre côté poussa une exclamation mais nul n'aurait su dire s'il s'agissait là d'une exclamation surprise, outrée, satisfaite ou quoi que ce soit d'autre. Cela ressemblait juste au petit cri que poussait mollement et de manière spasmodique le cacatoès de Sump pendant les derniers jours de sa vie. Il avait été le seul compagnon de Sump. Une fois mort, Sump l'avait dévoré.

"J'me doutais bien que j'avais un sekteg d'vant mon entrée, s'anima l'humain dans sa coquille, 'doit être la voix, ou la façon d'parler ou les deux."

Un moment de flottement survint. Le ventre de Sump poussa un grondement sonore dans le silence des lieux. Peut-être même que l'autre dans sa bicoque l'avait entendu.

"Bon je vais te laisser entrer, gob'lin. Mais attention ! Au moindre machin qu'tu fais qui m'plaît pas, j'te paralyse à vie ! J'ai des yeux de gorgones et j'hésiterai pas à les utiliser c'est compris ?"

Sump répondit par l'affirmative bien que ne sachant pas ce que voulait dire le terme "paralyser" ni ce que pouvait bien être une gorgone. Il entendit un bruit sec puis la voix grinçante lui dire qu'il pouvait entrer. Une seule poussée contre la porte du bout de son moignon suffit à l'ouvrir. Sump se retrouva devant une pièce remplie de bric-à-brac. Bocaux emplis de différents liquides et appendices, cannes à pêche, ossements, nasse en jacinthe d'eau et autres ustensiles bizarres. Fort de son expérience, le gobelin sut immédiatement sur quoi il était tombé : Une sorcière ou une sorte de chaman. Déjà méfiant, Sump qui avait déjà eu fort à faire avec la magie, se tendit un peu plus, sa main ne quittant pas le manche délicat de sa dague d'or. La sorcière le vit et s'alarma :

"N'y pense même pas ou j'te transforme en statue avec mes yeux de gorgone !"

La "sorcière" était petite, recourbée, froissée et tannée par les années. Un de ses yeux était fermé et entre eux, une espèce de groin lui servait de nez. Il nota qu'il ne lui restait plus que quelques dents et qu'elle tenait quelque chose dans une de ses mains noueuses. Sump n'eut pas le temps de dire quoique ce soit qu'un discret ricanement de crécelle s'éleva d'une des étagères bancales :

"Les yeux de gorgone sont bien incapable d'un tel pouvoir, ronronna la créature ailée de sa cage à oiseau en bois, tu peux l'attaquer sans crainte gobelin, gnihihihi !"

La sorcière poussa un grognement :

"Voici Coquelicot, mon Elyd. Ne l'écoute jamais.

-Arrête avec ce nom ridicule, bourrique ! Gobelin, tue-là par pitié et sauve-moi ! Ça fait des lunes qu'elle me garde prisonnière !" Trépigna l'Elyd en s'acharnant soudainement contre les brindilles qui servaient de barreaux à sa cage.

Sump fixa quelques instants cette petite créature ayant réussi l'exploit d'être aussi moche que lui avant de reporter son attention sur la maîtresse de maison. À vue d'œil, il doutait qu'elle possédât quoi que ce soit pouvant l'intéresser et il avait pour une fois envie de tester l'approche diplomatique, qu'il devrait apprendre à développer de toute façon, les gens sur qui il tomberait ne seront pour sûr pas tous aussi démunis que cette vieille peau :

"Nourriture ?" Lui demanda-t-il à nouveau.

La sorcière poussa une exclamation exaspérée :

"Par Bek'Mor le roi des marais, t'es du genre dure d'la feuille l'sekteg ? J't'ai dit qu'il n'y avait même pas assez pour moi !

-Endroit où manger ?" Tenta le gobelin en se demandant s'il ne ferait pas mieux de tuer la vieille et de dévorer son Elyd... Où l'inverse...

Mais la vieille sembla réfléchir :

"Néanmoins, j'pourrais t'offrir les deux contre un service que tu m'rendrait... Peu d'personne accepterait mais toi, t'es pas une personne..."

Voyant que Sump avait légèrement incliné la tête sur le côté pour l'écouter mais qu'il n'allait rien faire d'autre, elle continua :

"J'suis en train d'expérimenter une nouvelle potion depuis quelques semaines...pour faire disparaître cette énorme saloperie de bubon qui me pousse sous l'œil, tu vois ? Et j'aurais besoin de certaines vertus curatives que possèdent les sangsues qu'on trouve par ici... Tu m'suis ?"

Voyant que non, elle continua avec une patience qu'on ne lui soupçonnait pas vraiment au premier abord :

"C'que tu devras faire : Barboter une petite heure juste là, dans l'eau devant ma cabane pour que quelques voleuses de sang s'accrochent à toi. Une fois que tu en auras assez, tu r'viens ici et j'te les enlève avant d'te préparer quelque chose à grignoter pour t'requinquer et te donner...Une carte de ces maudits marais !"

Souriant hideusement de toutes ses gencives vides, elle parut déçue du manque d'enthousiasme du sekteg :

"Alors, qu'est-c'qu'il en pense le peau-verte ?" Demanda-t-elle en grognant.

Ce à quoi Sump répondit, grognant également :

" 'Sais pas nager.

-Et ben j'suis bien tombée ! Râla la sorcière, C'est pas encore la marée haute ça ira !

-N'oublie pas de lui dire que se faire sucer la peau par ses mignonnes créatures trop longtemps pourrait le tuer ou lui faire attraper une maladie, au choix gnhihihi !

-La ferme Coquelicot."



⌂⌂⌂



Une ou deux heures plus tard, attablé devant une écuelle en bois remplie d'une bouillie de lentilles bleuâtres, Sump se remplissait tant bien que mal l'estomac même si la nourriture ne lui convenait pas.

"On appelle ça de la foune. C'est dégueulasse mais on trouve qu'ça ici." Lui avait appris la sorcière qui lui avait dit s'appeler Vinegarde même si le gobelin n'en avait cure. Pendant la préparation du repas, elle n'avait d'ailleurs pas arrêté de l'abrutir de radotages et de ronchonnades à propos de ses conditions de vie exécrables, le tout entrecoupé par les interruptions ironiques ou hystériques de l'Elyd.

"Tous les jours qu'Gaïa fait, j'suis dans les marais en train d'cueillir. Après je prépare des potions que je pars vendre ci et là... Si un d'ces abrutis d'marchands daignent passer par ma cabane pour m'emmener ! Oh y'a toujours des gus comme toi à qui j'peux d'mander un service ou deux en échange d'une ou deux babioles mais grosso merdo j'suis pas indépendante !"

Elle remuait la bouillie de foune dans une marmite en fonte alors qu'elle jacassait, l'odeur qui s'élevait était difficilement descriptible... Fade et salée à la fois...Gluante. Et après quelques cuillerées, le goûts s'avérait encore pire.

"J'avais mon fils aut'fois mais cet idiot est parti je n'sais où vénérer je n'sais quel dieu du mal...J'me r'trouve toute seule désormais... Avec ma fidèle Coquelicot pour m'tenir compagnie.

-Y' a qu'dans tes rêves que j'suis fidèle guenon décrépie !"

Sump n'écoutait pas. Il essayait à tout prix d'avaler sa bouillie sans tout dégobiller, ne sachant pas quand il pourrait prendre un autre repas par la suite. De plus il avait désespérément besoin d'énergie, les sangsues l'ayant laissé sur les rotules. C'était des espèces de larves d'un noir luisant, pouvant être plus petites qu'une phalange ou aussi longue qu'un avant-bras. Celles de cette taille, Sump ne leur avait pas permis de se délecter de son nectar de vie, elles l'auraient tué.

L'expérience avait en tout cas été plus que désagréable dans la globalité mais la sorcière lui avait appris qu'il s'agissait là d'un moyen facile et relativement sans danger pour se faire un peu d'argent dans cette tourbe. Pour cette demi-heure de calvaire à se faire vider de son sang, Sump n'avait pourtant gagné aucune piécette mais une collation dégoûtante et lourde sur l'estomac ainsi qu'un pan de peau provenant d'un énorme rongeur que la sorcière étala sur la table à manger rongée aux mites au centre de la cabane.

"Tout dépends de c'que tu cherches, dit-elle avant de lui jeter un coup d'œil perçant, tu m'as l'air d'un citadin avec tes fringues de marque et ton matos reluisants alors voici la seule ville du royaume, Exech elle apposa un doigt épais et griffu sur le cuir où avait été dessiné un carré, tu dois marcher au sud d'ici jusqu'à r'trouver la piste, elle tapota la fine ligne traversant de part en part la carte, la suivre par l'ouest, eh tu m'suis toujours ? J'me tue à être claire alors réveil gob'lin ! Bon ensuite tu vas tomber sur l'domaine du cocher, il t'laissera pt'être coucher et manger dans son auberge à la mord-moi l'noeud si tu lui montre la couleur de ton or. Après ça tu suis toujours la piste. Tu tomberas sur quelques hameaux ridicules et..."

La cuillère en bois dans la gueule comme une sucette, la tête verte de Sump dodelinait dangereusement alors que ses paupières se fermaient toutes seules. Il entendit la voix grinçante de la sorcière pester ainsi que le ricanement aigu de Coquelicot puis ce fut le néant. Il se réveilla en sursaut les dents contre le bois de la table dans une flaque de salive. En se redressant il vit par une des lucarnes de la cabane que le jour était bien tombé et sauta sur ses pieds, pris de panique par ce qui aurait pu se produire pendant cette sieste imprévue. Il vérifia que toutes ses affaires étaient toujours là où elles devaient être avant de porter son attention sur la vieille qui était assise sur sa fragile terrasse, contemplant la vaste étendue de nuages rendus beiges par le soleil couchant derrière eux, Coquelicot à ses pieds.

"Enfin réveillé gob'lin ? Grincha-t-elle en se levant avec un ahanement, j'déteste parler dans l'vide mais tu as de la chance je suis de bonne humeur. Les sangsues ont fonctionnées à merveille sur mon bubon, je peux presque voir à nouveau. Alors maint'nant la seule chose que t'as à faire c'est de prendre ta carte et de foutre le camp de chez moi."

Coquelicot se jeta sur les barreaux de sa prison :

"Emmène moi avec toi ! Pitié emmène-moi ! J'te suivrai où qu'tu iras !"

Sump rassembla ses affaires, balança son baluchon sur son épaule, s'empara de la peau de rongeur sur laquelle était inscrite sa carte et prit congé, les jérémiades de plus en plus lointaines de l'Elyd lui tenant compagnie un moment.



Suite

_________________
Sump


Dernière édition par BreadOOney le Ven 9 Mar 2018 22:21, édité 12 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Dim 4 Mar 2018 16:33 
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[:attention:] Ce rp contient des scènes violentes et à nature sexuelles pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes et des plus sensibles, aussi recommanderais-je d'être particulièrement méfiant avant d'en entamer la lecture. [:attention:]


83. La nuit du cocher.



La nuit tombait et les ténèbres s’épaississaient, rendant les alentours encore plus sinistres. Des chouettes et des hiboux hululaient, des bestioles s'agitaient dans les diverses mares autour de la route aux pavés inégaux que Sump suivait depuis une éternité. Et la lune, énorme, restait néanmoins cachée par le tenace bloc de nuage de plus en plus grondant qui s'obstinait à boucher la voûte céleste. Dans cette atmosphère le gobelin était peu rassuré c'était le moins que l'on puisse dire. Ce n'est que lorsque la pénombre s'était installée qu'il avait daigné fouler pour de bon les pavés défoncés de la piste. Avant, il suivait celle-ci de loin, pataugeant dans la mélasse et se mêlant à la végétation. Néanmoins il dut admettre que l'utiliser dès le début aurait rendu sa progression beaucoup plus facile. Le grognement de son estomac fit écho à celui des lourds nuages au-dessus de lui. De nouveau il avait une dalle immense. Il ne s'était nourri que de baies aujourd'hui, mais uniquement parce qu'il avait vu quelques oiseaux le faire avant. En ces lieux, il n'osait plonger ses dents dans n'importe quoi. Le lutin des marais du nord, Pily, l'avait bien mis en garde quant à la toxicité de ce genre d'écosystème aussi Sump préférait-il s'affamer que de se remettre à chasser. À ses pensées, il jeta un coup d'œil hostile à son moignon. De toute façon avec ça il était amputé d'un tiers de ses capacités... Au bas mot. Il avait recouvert son bras fraîchement raccourcis d'un des rouleaux de bandage imprégnés de baume magique qu'on lui avait donné à Jarvron pour calmer la douleur lancinante qui le tiraillait et pour éviter une infection en ces lieux sales et malades.

Et le voilà à marcher, seul dans la nuit, ses pieds lui faisant un mal de chien et tout son être le priant de s'arrêter mais il devait continuer pour trouver le fameux cocher. Il ne se rappelait que vaguement les paroles de la sorcière Vinegarde quelques jours plus tôt mais se souvenait de manière assez limpide d'une chose : Le cocher pourrait lui offrir le gîte et le couvert. Et le paysage ayant radicalement changé, devenant plat, infesté de végétation basse à l’exception de quelques arbres, le gobelin ne pouvait même plus prétendre grimper en hauteur se cacher et passer la nuit. Aussi Sump continuait inlassablement sa progression. Bientôt, parmi la brume puante qui s'était levée, il aperçut une habitation au loin. La fatigue et la lassitude le rendant moins prudent, il accéléra le pas, boitillant plus que marchant. Arrivé devant une petite clôture rabougrie et pas bien intimidante, Sump lut grâce à ses yeux gobelinesque ce qui était écrit sur l'enseigne dans la pénombre : "Auberge du Cocher, passez une nuit dans le domaine de Marta, la plus belle coche de tout le royaume." Perplexe mais salivant à l'idée d'une bonne côtelette de porc, Sump actionna plusieurs fois la cloche prévu pour prévenir le maître des lieux de la présence d'un client. Presque aussitôt la porte de la bâtisse en vieux bois s'ouvrit à la volée sur un vieil homme sec comme du fil de fer tenant une serpe rouillée dans une main et une lanterne dans l'autre.

"Qui va là à c't'heure-ci founedieu ?"

La voix était rauque et usée mais l'individu à qui elle appartenait semblait on ne peut plus alerte et énergique. Les os de ses mâchoires tressaillaient distinctement alors qu'il mâchonnait frénétiquement quelque chose.

"Manger, s'il vous plaît." Dit simplement le sekteg, utilisant une forme de politesse et le vouvoiement en même temps dans une même phrase ce qui était une première.

L'humain mit quelques secondes à trouver le sekteg parmi les ombres et la purée de pois mais quand enfin il baissa les yeux sur la trogne verte et sale éclairée par la flamme de la lanterne, une expression de surprise mécontente se dessina sur ses traits burinés et ridés :

"C't un établissement fait pour les humains, pas pour les raclures, aller ouste !" Cracha-t-il, de la salive fusant de ses fines lèvres gercées.

Mais Sump avait un argument imparable pour ce type de réaction. Il balança quelques pièces d'or qui tombèrent parmi la terre battue et l'herbe drue. Comme aimantés, les yeux du vieux suivirent la chute de la ferraille et s'y attardèrent quelques instants, seuls les bruits de mastication et les stridulations des criquets troublèrent le silence. Il finit par s'approcher à petit pas des pièces tout en faisant reculer Sump avec sa serpe tendue. Après quoi il mit celle-ci à sa ceinture au niveau du bas du dos et se baissa pour ramasser l'argent tout en gardant un œil sur le gobelin :

"J'viens d'm'ouvrir sur l'monde, t'as d'la chance."

Une fois que plus aucun gramme d'or ne traînait par terre, l'homme se redressa et invita grossièrement Sump à le suivre.

" 'voudra dormir ?" Demanda-t-il abruptement sans se retourner.

-Oui.

-Alors c'est plus cher."

Le vieux, qui devait être celui qu'on appelait le cocher, ouvrit la porte et Sump le suivit à l'intérieur. C'était très rudimentaire là-dedans. Pour commencer il n'y'avait pas de parquet mais de la terre. Une table, une cheminée des plus simples, des placards, une planche de bois sur trépieds en guise de plan de travail et c'était tout pour le coin cuisine et salle à manger. Une jeune femme aux cheveux comme de la paille de part leur couleur et leur aspect broyait quelque chose dans un mortier en bois alors qu'une marmite chauffait sur le feu. À l'odeur, il s'agissait de la fameuse foune que Sump avait déjà eu le bonheur de déguster chez la sorcière. L'idée d'un juteux quartier de cochon était déjà loin dans l'esprit de Sump mais s'accrochait toujours une bribe d'espoir, tenace.

"Alors c'est pas encore prêt bordel ? Râla le cocher en prenant place à la table faisant craquer la chaise, bouge toi l'cul fille, on a un client respectable ce soir !"

Et sur ce il partit d'un rire tonitruant qui fit presque trembler la maisonnée. Sump fit mine de s'approcher de la table :

"Ola, non, toi c'est par terre, sur la couche du chien." Lui fut-il dit non sans un certain mépris hargneux.

Cela ne le dérangea pas outre mesure, manger en face de cet individu n'étant pas quelque chose qu'il désirait spécialement. Sump prit place dans son coin et attendit sa pitance avec une relative impatience. Après que le maître des lieux ait encore poussé quelques gueulantes sur sa fille sans qu'elle ne lui porte d'attention, celle-ci apporta enfin la soupe sur la table. Elle remplit les trois écuelles à la propreté douteuse de la bouillie bleuâtre que Sump pouvait reconnaître entre mille alors qu'il n'y avait touché qu'une fois et les distribua. La part de Sump semblait consistante et celui-ci avait tellement faim qu'il en salivait... Alors que c'était tout sauf bon. Pendant quelques minutes on n'entendit rien d'autre que des bruits de déglutitions, des reniflements et les assauts inlassables des insectes volants contre la lanterne trônant au milieu de la table.

"Hm, eh, Finit par s'écrier le fermier-aubergiste la bouche pleine, du bleu dégoulinant sur son menton très mal rasé, t'sais pourquoi qu'on appelle ça la foune comme la foune qu'elles ont entre les jambes ? Hein, tu sais ?"

Sump n'avait même pas compris la question avec cet accent à couper à la serpe. Il se contenta d'avaler difficilement cet aliment exécrable.

"Parc'qu'ça a le même goût et la même odeur !"

Et il fut parti pour presque une minute de fou rire, mettant à mal les tympans de son invité. Le rigolard finit par se rendre compte qu'il était tout seul :

"Eh ben, rigole !" S'esclaffa-t-il bruyamment en saisissant la cuisse de sa fille avant de la secouer brutalement. Celle-ci ne put qu'esquisser une vague d'ombre de sourire forcé. À la fin du repas lorsque la jeune blonde le débarrassa de son auge, Sump put voir à quel point son visage était dénué de toute expression si ce n'était une intense tristesse. Lui qui n'était pas non-plus un grand démonstratif, il avait toujours remarqué que la palette d'expression du visage chez les humains était incroyablement élevée mais pas ici. On aurait dit un arbre, ou une pierre. Mais triste à un point.

Ils ne tardèrent pas à éteindre et Sump dormit sur la couche du chien de la famille qui s'était enfui il y'a peu alors que père et fille se dirigeait vers la même pièce. Sump était sûr que jamais il ne parviendrait à dormir en ce lieu. Non pas parce qu'il dormait sur une vulgaire couverture crasseuse posée à même le sol, ni même à cause de l'insalubrité des lieux, il avait vécut bien pire, mais bien à cause du cocher lui-même. Il ne lui faisait pas du tout confiance. Pour ne rien arranger, quelque chose commença doucement à grincer depuis la pièce où s'était enfermés les deux habitants de ce coin paumé et bientôt le gobelin put percevoir des sortes de ahanements poussés vraisemblablement par le cocher lui-même. Ignorant à quoi cela était dû, il eut l'idée de se lever et de poursuivre sa nuit ailleurs, dans la grange peut-être mais soudain, une soudaine agitation survint. Des ahanements de plaisir, le cocher était maintenant passé aux exclamations de surprise puis de douleur.

"Qu'est-ce que tu... AAH !"

Sump se redressa sur sa couche, tendu comme une crampe et sa main valide vissée au manche de sa dague dorée pendant que le père et la fille semblaient se battre dans la pièce qui lui faisait face de l'autre côté de la salle à manger. Des craquements écœurants, des bruits étranges d'éclaboussure et des cris étranglés se firent entendre ainsi que quelques discrets sanglots puis la porte de la chambre s'ouvrit doucement, laissant apparaître la jeune femme. Dans une robe de chambre millénaire, elle était barbouillée de sang et haletante. Sump la regarda traverser le salon à la faible lueur des braises, le tenir en joue avec son grossier épieu de bois dégoulinant et fouiller dans le plus haut des placards pour en sortir une maigre bourse usée jusqu'à la corde. Après quoi, le visage lui aussi humide de rouge et les yeux fous, elle s'empara de la lanterne de son père accrochée à la porte et sortit à l'air libre.
Sump resta quelques secondes figé comme une statue avant d'entendre des bruits de sabots. Là, il se leva et vit la jeune femme, à dos d'âne, s'éloigner à bride abattue. Sump ne fit rien pendant encore quelques secondes, écoutant le soudain silence dans la maison qui craquait toute seule. Puis il tourna lentement la tête vers la chambre où s'était produit le carnage. La porte était entrouverte. Le gobelin s'approcha et jeta un coup d'œil. Il ne restait plus grand-chose du visage du cocher. Le gobelin fouilla la pièce, n'y décelant rien de probant tout comme dans toutes les autres pièces de la maison. Résigné, il alla tout de même faire un tour dans la grange. Peut-être le cocher avait-il plus d'un âne dans sa ferme. Sump ouvrit les portes déjà entrouvertes et y vit quelque chose qui fit briller ses yeux.

Marta, la plus belle coche du royaume, allongée sur un flanc et le ventre gonflée par tous les cochonnets qu'elle était sur le point de mettre bas, ronflait paisiblement devant ce nouveau visiteur affamé.


Suite

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Sump


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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
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84. Le monde des affaires.


Sump ne pouvait pas rester ici indéfiniment. Certes il avait le lit douillet de la seconde chambre de l'Auberge du cocher pour lui mais l'odeur de ce dernier se décomposant dans la première rendait l'atmosphère insoutenable. Sans parler du grabuge que faisaient les mouches et les asticots. De plus le gobelin arrivait petit à petit à la limite des stocks de nourriture de l'auberge et de toute façon, ces satanées lentilles bleues l'écœuraient un peu plus à chaque repas. Il avait pourtant découvert où elles poussaient et comment les récolter. En effet dans le terrain vague derrière l'auberge avaient été creusés des fosses assez profondes pour atteindre l'eau en-dessous. Et ces lentilles poussaient là, en gousse, entre les parois molles et vaseuses et en pleine eau stagnante. Sump aurait pu s'improviser fermier s'il l'avait voulu, survivant de ses récoltes, mais qui voudrait d'une vie ici, comme ça à bouffer des graines grasses à l'odeur révoltantes ? Pas lui en tout cas ce qui était assez révélateur de la misère des habitants de cette région. Même les orphelins de Tulorim ne vivait pas aussi mal mais qui était-il pour juger ? Lui-même n'avait pas un toit vraiment à lui pour passer la nuit...

Une autre raison de ne pas s'attarder était la fille du cocher. Peut-être allait-elle revenir... Avec de la compagnie qui sait ? Pourquoi pas Kronh le milicien fou ? Le gobelin pouvait presque imaginer la scène : Le colosse croisant la route de cette jeune femme éplorée, celle-ci finissant inévitablement par lui parler de ce sekteg, l'ultime client de son père avant qu'elle ne lui défonce le crâne à coup d’épieu, Kronh additionnant deux et deux et se ruant tel un taureau en rage vers sa proie... Sump en avait fait des cauchemars. Il devait partir certes mais pas sans quelques provisions. Et ces provisions, elles se trouvaient dans la grange. Des centaines de kilos de viande comme il l'aimait. Il se rappelait les rares fois où il était parvenu à ramener un cochon sauvage de sa chasse. C'était jour de fête au dîner... Mais il n'avait pas le temps pour la nostalgie. Sump avait continué à nourrir Marta à outrance, dilapidant sans hésiter les graines de foune que l'énorme truie avalait sans se lasser en grognant de manière complaisante. Tout ce que le gobelin attendait c'était qu'elle mette bas. Il s'attendait à quelques petits cochonnets tout frais à se mettre sous la dent mais lorsqu'arriva enfin le jour de la ponte elle lui en offrit plus d'une douzaine ! Qu'il put sans soucis emporter loin de leur mère pour les saigner. Il en mangea un ou deux puis commença à réfléchir à un moyen pour emporter autant de nourriture. Il dénicha des sacs de toile dans l'auberge et bricola un système afin que la mère puisse porter les cadavres de ses enfants sur les flancs. Avec la corde qu'on tirait pour actionner la clochette à l'entrée de l'auberge, Sump improvisa une laisse et quelques minutes plus tard, il quitta ce sanctuaire du glauque qu'était devenue l'Auberge du Cocher. Cependant, voyager avec Marta la truie se révéla fastidieux. Elle devait très fréquemment se reposer et le gobelin se rendit vite compte qu'il ne pourrait subvenir à ses besoins nutritionnels colossaux très longtemps bien qu'elle eut l'air de se contenter de tout. Il fit donc un détour, une idée faisant place dans son esprit. Pas loin du portique à clochette de l'Auberge du Cocher, un panneau indicateur montrait la direction de la ferme des Sombrevase. Sump venait de trouver, en ces plaines marécageuses désolées, d'excellents partenaires d'entraînement pour l’apprentissage des affaires.


⌂⌂⌂


Le gobelin et sa truie tombèrent sur l’entrée de la ferme des Sombrevase, un portail et un panneau envahis par les hautes herbes, en fin de matinée du deuxième jour de marche depuis l’Auberge du Cocher. Le terrain était devenu beaucoup plus sec à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les terres et s’éloignaient de la mer et il faisait de plus en plus chaud. Sump n’avait plus d’eau dans sa gourde mais il reviendrait vers plus d’humidité une fois son affaire terminée… si elle se terminait bien…
Pendant le court voyage en compagnie de sa truie, le gobelin avait beaucoup travaillé sur sa petite affaire, la première qu'il allait mener. Il avait parlé à l’animal comme s’il pouvait le comprendre et cela l’avait beaucoup aidé. Avec Marta la coche, il n’avait pas besoin d’un phrasé exact et irréprochable et pouvait parler avec sa voix comme avec ses pensées et passer de l’un à l’autre comme il lui plaisait. Foulant la terre battue qui pour une fois n’était pas une sorte de boue collante, Sump se rapprocha d’une bâtisse en bois plus grande que celle du Cocher mais en tout aussi piteux état. Il ne l’a discernait pas encore très bien derrière le boisé qui le séparait d’elle mais il pouvait déjà entendre des voix, des bruits mâts, bref, les signes d’une activité humaine.

Pour le plus grand bonheur de celle-ci, Sump arrêta la truie pour l’attacher à un frêle arbre rabougri et la délesta avec difficulté de ses enfants pour les cacher sous de la terre, des branchages et quelques pierres. Une fois ceci fait il fit une pause, réfléchit et sortit lentement sa dague dorée de son fourreau. Elle lui avait souvent posé problème cette coquine, sa beauté incroyable attirant la convoitise de bien des gens… Il avait dans l’idée de, pour la première fois, se séparer d’elle de lui-même… temporairement seulement ! Il pensait que l’emmener avec lui ternirait le personnage qu’il s’était créé pendant l’élaboration de son stratagème et, au vu de la pauvreté des locaux, risquerait de déchaîner les passions et de le mettre en danger pour rien. C’est donc avec résignation qu’il ôta sa ceinture et qu’il mêla cuir et relique aux cochonnets morts dans son camouflage. Il fit de même avec son sac remplis de yus. Sump n’était pas serein et hésita encore beaucoup avant d’avancer. Il changea de vêtements pour remettre ses anciennes frusques, les nouvelles qu’il avait acheté à Yarthiss étant elle aussi de trop bonne facture pour les vaseux d’ici. Une fois prêt, il inspira profondément, mit Marta en mouvement qui poussa un grognement de mécontentement, et se remit en marche dans la direction des bruits d’humains.
Les Sombrevase les virent arriver de loin, un gros chien brun attaché à un des pilotis de la maison avait annoncé leur arrivée à grand renforts d'aboiement rauques et difficiles. Sump, lui, fut ravi de discerner une sorte d'écurie un peu plus loin. À défaut de pouvoir emporter autant de nourriture avec lui, il souhaitait arrêter d'errer à pieds dans cette tourbe...C'était là tout l'enjeu du jour.

"V’la donc pou’quoi qu’il aboyait c’con d’clébard !" retentit une voix haut perchée appartenant à un homme attablé sur la terrasse, une outre et un gobelet en bois devant lui.

De part ses courts pilotis et le fait qu’elle avait été bâtie sur une petite colline, la maison était en hauteur par rapport au reste du terrain, et le gobelin se retrouvait donc légèrement en contrebas par rapport à elle. Les Sombrevase purent alors analyser à loisir ce visiteur pour le moins insolite et celui-ci put faire de même, ayant un visuel sur beaucoup de monde… et c’était là encore un dépaysant spectacle : l’homme qui avait parlé de sa voix de crécelle était vieux, un peu plus que le cocher et contrairement à celui-ci, avait une bonne tignasse de cheveux gris sur le crâne bien que ceux-ci aient désertés la zone au-dessus du front. Il avait un cou aussi fin, fripé et rougi que celui d’un dindon et un nez encore plus long et plus épais que celui d’un gobelin. Sur ses épaules étroites et tombantes, il portait une vieille et décousue chemise à carreau décolorée. À quelques mètres de lui, par la fenêtre de la cuisine vraisemblablement, deux mamies dévisageaient le gobelin avec des yeux ronds. Toutes deux rondelettes d’ailleurs, l’une avait les cheveux coupés très courts d’un blond presque blanc avec beaucoup d’épis, une absence totale de cou et des yeux de travers. L’autre semblait un peu plus humaine avec sa touffe de laine nacrée mais toutes deux semblaient avoir trop de dents pour que leur bouche ne se ferme. Enfin, à l’origine des bruits mâts, un homme aux bras d'une longueur démesurée. Il était peut-être jeune mais si laid qu’il était difficile de lui donner un âge. Il tenait dans une de ses grosses mains le manche d’une hachette qui lui servait à fendre des bûches sur une souche. Son cou était si large qu’il avait presque la largeur de ses épaules et le forçait à grimacer comme si du menton à la poitrine, sa peau était plus tendue qu’une voile les jours de grand vent. Ses grosses lèvres rouge foncée brillait de bave et sous ses épais sourcils broussailleux, ses gros yeux exorbités ne quittait pas l’étranger une seule seconde.

En fin de compte, attaché à son pilotis, l’espèce de gros chien d’eau aux poils frisés si denses qu’on ne voyait pas ses yeux restait le moins moche de tous.

Sump alla prendre l'initiative de la parole mais Machette afficha subitement un air abasourdi et leva la tête vers le vieux qui était en train de remplir son godet :

"Eh papy...C'est pas M...M...Marta ?" Articula-t-il non sans mal.

Papy humait ce qu'il venait de se servir alors qu'il répondit :

"T'as ben raison m'chéri, prépare-toi à détacher l'chien, il a dû arriver quequ'chose à not' ami l'cocher...

-Non !"

La panique avait fait crié Sump. Suffisamment pour que les deux merluches à la fenêtre s'exclament de surprise avant de partir en messes basses et pour que Machette se fige. Le gobelin quant à lui sentait ses jambes trembler. Cela n'allait pas déjà se finir comme ça ! S'il était sûr de parvenir à semer toute la petite famille, c'était autre chose pour le chien. Désarmé comme il l'était, le molosse ne ferait qu'une bouchée de lui. Mais Sump ne put que bredouiller :

"Je...j'ai..."

Il fallait à tout prix qu'il se reprenne s'il ne voulait pas finir en pâtée pour chien. Il ne pouvait pas ne savoir quoi dire, il avait répété toute la journée d'hier ! Mais il lui semblait impossible pour le moment de se souvenir de quoi que ce soit …

"J'ai travaillé avec le cocher, Lâcha-t-il, mais il est mort alors je suis ici."

Improvisation totale. Il espérait de toute son âme que cela mènerait à quelque chose de positif. Les Sombrevase ne pipèrent mot pendant quelques secondes de traitement d'information.

"Lui est arrivé quoi, hm?" Demanda papy en posant son verre en bois sur la table, son"hm" étant particulièrement haut dans les aigus.

Sump choisit à l'arrache de déballer la vérité :

"Sa fille. Avec un bois."

Nouveau silence.

"Mais qu'est-ce qui nous chante ? intervint une des vieilles, Ray ne laisse pas Tiray aussi prêt de c'te chose par pitié !"

Papy Ray s'empara de nouveau de son verre et l'agita mollement pour aérer son contenu :

"M'chéri, r'cule toi un peu."

Puis il darda ses yeux injectés de sang sur le sekteg :

"Toi, essplique-toi."

Sump se racla la gorge et chercha ses mots à la hâte. Il ne fallait pas qu'il se trompe alors qu'il avait l'impression que sa vie en dépendait. Il jeta un coup d'œil vers le chien qui poussa un grondement sourd.

Et sa vie en dépendait. Il fallait coûte que coûte les empêcher de lâcher ce monstre à ses trousses et pour ce faire, il devait les faire saliver :

"J'aidais à l'auberge, commença-t-il, mais une nuit, la fille à tué le cocher. Je sais pas pourquoi !" Haussa-t-il la voix pour couvrir les exclamations choquées et indignées des deux vieilles. Il reprit ensuite, essayant de se rappeler que pour l'instant il ne disait que la vérité : "Après, elle est partie. Sur cheval aux longues oreilles." Il secoua la tête, comme pour montrer à ses interlocuteurs qu'il n'approuvait pas. "Moi j'étais tout seul alors je suis venu ici pour donner l'auberge et la cochonne aux Sombrevase, amis de mon maître."

Il se rendit compte qu'il n'avait pas arrêté de fixer son moignon qu'il avait tripoté tout le long de son discours. Il leva précipitamment les yeux pour conclure son récit avec un :

"Voilà."

À son grand soulagement, le dénommé Ray eut l'air touché par l'histoire, prouvant qu'il avait été au moins écouté. Hochant la tête d'un air choqué, le vieux se leva lentement, découvrant un ventre rebondi malgré son apparente maigreur et s'approcha de la balustrade de sa terrasse, verre à la main :

"T'as entendu ça, Tiray mon p'tit chéri ?" Dit-il avec une moue admirative sur son visage mou, Ça, ajouta-t-il en pointant le sekteg d'un index crasseux, ça, c't'un beau paquet de connerie dis donc !

-B...Bah oui pôpy, moi je sa...savais hein !"

Sump perdit pieds :

"Je veux un cheval ! Dit-il, désespéré, je donne la cochonne et l'auberge contre cheval ! C'est tout !

-T'as tué l'cocher pour lui piquer sa coche voilà l'vraie histoire !" Répliqua le vieux et aussitôt il fut appuyé par les deux vieilles à la fenêtre.

Sump fit frénétiquement non de la tête. Il n'allait certainement pas les laisser lui mettre ça sur le dos alors que pour une fois il n'y était pour rien ! Ces abrutis de paysans n'allaient pas réussir à l'embrouiller ! Il avait une occasion en or de battre des humains par l'esprit et il n'allait pas la laisser passer !

"J'aurais pu garder cochonne pour moi, Dit-il, et auberge aussi, mais je viens vous voir pour échanger."

Ray alla dire quelque chose, se ravisa, puis réfléchit un moment en sirotant une gorgée de son godet avant de s'exclamer, projetant un nuage de postillons devant lui :

"T'as volé l'coche du cocher et tu viens l'échanger contre not' mulet alors que l'cocher est toujours vivant et qu'il va revenir la chercher !"

Les deux vieilles acclamèrent leur champion bruyamment. Celui-ci, fiérot, but une gorgée pour se récompenser. Du haut de son perchoir il regardait Sump comme un juge devant un futur condamné.

"Il y'avait un mulet à l'auberge, Rétorqua Sump qui avait un coup d'avance, j'aurais pu le voler."

Nouveau silence, perturbé par le vieux qui buvait bruyamment son alcool alors qu'il réfléchissait de nouveau à la faille de toute cette affaire. La plus moche des deux vieilles finit par s'exprimer seule pour la première fois :

"T'être i ' dit la vérité, dit-elle d'une voix de corbeau enroué, l'cocher aurait pas pu s'faire voler Marta, il y tenait trop."

La seconde vieille l'approuva mais cela sembla agacer Ray :

"Pourquoi la p'tite Mimine aurait tuyé son père founedieu ? Rouspéta-t-il, fermez-là les bonnes femmes bordel... Non c'est c'verdâtre-ci qu'à tuyé l'père et sa fille, v'là qu'est-ce que j'dis moi !"

Sump alla fermement démentir et à la rigueur s'enfuir au besoin mais la conversation prit une tournure inattendue :

"T'façon il s'faisait trop d'pognon 'vec son auberge c'ui-là... grommela Ray en terminant son verre, Et 'vec sa "plus belle truie d'tout le royaume" tssk ! C'crâneur m'ritait qu'la mort..."

Les deux vieilles se regardèrent, abasourdies, puis tombèrent d'accord avec lui à grand renfort de caquètements. Ray repartit vers la table et remplit à nouveau son verre d'un liquide bleuâtre fumant et essuya son front luisant de transpiration. Sump fit de même alors que la truie s'allongea lourdement. Il faisait une chaleur étouffante.

"La Marta vaut bien not' mulet hein ? Elle fait quinze p'tits tous les trois mois alors si on a l'auberge en plus, c't'une founerie de bonne affaire ça !"

Ray descendit lentement les marches brinquebalantes de son perron et s'approcha d'un pas titubant. Sump recula un peu.

"Marché conclu mon p'tit ! J'espère pour toi qu'ce salaud d'cocher est bien crevé et sa file aussi !"

Sump s'empressa d'hocher la tête, essayant d'ignorer la piquante odeur de son interlocuteur. Ray et Tiray conduisirent ensuite le gobelin vers ce qui leur servait d'écurie. Celle-ci contenait trois box grossiers dont deux habités par une bête.

"C'ui-là, fit le vieux Ray en tapotant le cul de ce qui avait l'air d'être un cheval maigrelet au poil de couleur quelconque, c'est pour m'chéri là, quand i 's'ra grand."

Ray et Tiray échangèrent des bousculades et des gloussements débiles alors que Sump lorgna du côté des bras veineux et musculeux de celui qui n'était pas encore "grand". Ce petit chéri pourrait sûrement l'étrangler avec un doigt...

"Mais c'ui-ci, Bouquenot qui s'appelle, ben c'est possib' qu'on t'le laisse. C'est le père de Liquenot, l'mulet qu'y'a chez l'cocher en plus."

Le gobelin contempla Bouquenot. Courtaud, crasseux et gris, il semblait en petite forme et il était aveugle d'un œil. Mais s'il n'y avait que ça... Sump n'allait pas faire la fine bouche et perdre de temps ici, déjà qu'il ne se sentait que très moyennement en sécurité avec ces deux énergumènes à côté de lui...



⌂⌂⌂



C'est juché sur Bouquenot, sans selle ni rien, que Sump fit le chemin inverse pour retourner à l'endroit où il avait caché son butin. Il mit pieds à terre et attacha la corde qu'il avait prit à Marta pour attacher à Bouquenot à l'arbre au pieds duquel il s'agenouilla pour récupérer ses biens. Il plaça les sacs contenant la viande sur le dos de son âne de sorte à ce que les cadavres ballotent contre les flancs de l'animal puis remit sa ceinture avec Grifoniss dans son fourreau autour de sa taille. Quel bonheur de la sentir à nouveau contre lui, son poids, son...

Un picotement dans sa nuque le fit se retourner. Tiray et sa machette se tenait là, immobile. Tout à ses effusions de joie d'avoir réussi son plan et d'avoir retrouvé son arme adorée, Sump ne l'avait même pas entendu approcher.

"C...C'est quôa tout...Tout ça ?" Demanda le jeune homme de sa voix lente et baveuse, ses gros sourcils noirs froncés.

En réponse, Sump lui jeta un regard glacial. Il avait retrouvé l'amour de sa vie et avait atteint son objectif, il n'avait plus de temps à accorder à un être aussi pathétique. Voyant que celui-ci n'allait pas partir, il dégaina sa lame d'or avec un mouvement sec. Le chuintement que produisit le métal en sortant de son fourreau avait de quoi impressionner. Les sourcils de Tiray se levèrent dans une mimique apeurée et le grand dadais prit ses jambes à son cou. Sump conserva la pose quelques instants puis fila sans demander son reste sur son frêle destrier.


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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Mer 7 Mar 2018 23:47 
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85. Le vagabond de la tourbe.


Errant sans but dans les plaines vaseuses et brumeuses du royaume d'Exech, Sump regardait les journées passer d'un œil morne, reproduisant les mêmes gestes tous les jours. Il ne dormait pas beaucoup mais ne faisait pas grand-chose de ses journées non-plus à part marcher. Des fois sur le dos de son mulet et d'autres fois à côté pour économiser les forces se faisant rares de la bourrique. Ils ne s'entendaient pas très bien, l'animal étant capricieux et volontiers mordant. Mais le pire de ses défauts pour son nouveau propriétaire était qu'il se faisait vieux. Il marchait lentement et il était impensable pour Sump de le faire progresser autre part que sur la piste pavée. Il avait déjà essayé et cela avait été un long cauchemar. Les lieux puaient toujours dans le royaume d'Exech mais cette fois-là, gobelin et âne avaient approchés un endroit où la puanteur atteignait des records et Sump avait dû faire demi-tour sous peine de perdre connaissance, son bourriquot dans le même état. Avancer sur la piste officielle mettait Sump plus mal à l'aise que jamais et son mulet le ralentissait bien mais il avait besoin de lui. Il portait son maigre stock de nourriture et quelques babioles que le gobelin estimait rares et gardait dans l'espoir de se faire quelques yus en les revendant. En effet le sekteg avait tenté de s'adonner au troc, comme à l'époque de Jarvron mais les rares et miséreux habitants des quelques patelins qu'il avait croisé n'étaient pas vraiment emballés à l'idée de faire du commerce avec un gobelin. De plus la plupart n'avaient rien à échanger. Pas de yus, rien. Sump n'avait pas encore croisé un riche depuis qu'il pataugeait dans les marais du royaume d'Exech. Il s'agissait vraiment d'une région merdique à la population revêche, méfiante et parfois fatiguée. Elle était loin des humains que Sump avaient l'habitude de croiser qui pour la plupart lui donnaient l'impression d'être supérieur à lui par les moyens mais également par l'esprit. Ici ce n'était pas le cas. Il était mille fois plus riche que le moins pauvre de tous ces vaseux - comme ils s'appelaient eux-mêmes - qu'il rencontrait. Quant à la richesse de l'esprit, Sump en avait rencontré qui ne savaient même pas parler.

À défaut de vendre, Sump procéda tout de même à quelques achats, améliorant son matériel de vie en pleine air avec notamment un léger duvet qui le protégeait des moustiques et lui permettait de dormir sans s'étouffer sous cette chaleur et un briquet lui permettant de faire du feu beaucoup plus facilement dans cet environnement humide. Il avait bien essayé de dormir sous un toit mais dans les auberges ou les gîtes, si on pouvait nommer ça comme cela, rien d'autre à se mettre sous la dent que de la foune et toujours de la foune. Parfois, avec beaucoup de chance, l'établissement proposait des cuisses de crapaud, filandreuses et grasse à outrance mais ce n'était même pas meilleur que les fameuses lentilles bleues. Son âne n'était même pas correctement traité et on lui avait même volé la selle qu'il avait acheté pour voyager plus confortablement ainsi que les rennes et les étriers qui allaient avec. Heureusement les sacoches de cuir toutes neuves que le mulet portait sur les flancs étaient restées avec lui dans la chambre. Tout ses achats, il les avait réalisés auprès du même vendeur ambulant. Apparemment célèbre car étant le seul à passer par les pires endroits du pire royaume de l'Imiftil, il continuait son affaire avec grand renfort de reîtres et de mercenaires pour l'escorter. Le fait qu'il ne se fasse pas accompagner par des miliciens comme la plupart de ses confrères avait séduit Sump qui avait dépensé une petite fortune dans sa caravane ambulante remplie de tout et n'importe quoi.

Mais c'était déjà loin maintenant. Son large chapeau de paille vissé sur le crâne, le gobelin n'avait plus croisé âme qui vive depuis plusieurs jours même si il avait perdu toutes notions du temps qui passait. Tout ce qu'il savait c'était que cela ne pouvait continuer comme ça. Il était dangereux pour lui d'errer de la sorte, à découvert la grande majorité du temps même si pour le moment il n'avait fait aucune vraie mauvaise rencontre. Il savait cependant que cela pouvait arriver n'importe quand et avec une monture à peine capable d'adopter un petit trot pendant plus de quelques minutes, les chances d'y échapper restaient minces. Il avait donc ressorti sa carte en peau de rongeur pour chercher une destination, un but. Contre toute attente pour un ermite comme lui, il trouvait que la cité d'Exech était une option valable. Peut-être que les citadins s'intéresseraient-ils un peu plus aux babioles de la nature qu'il avait à vendre que les paysans de la tourbe. Peut-être aussi qu'il se ferait tuer sur le champ, à peine les remparts passés. Sans compter que si dans cette tourbe il était sans nom et sans histoire, il ne fallait pas oublier que dans bien d'autres endroits, il était un fugitif recherché.

Sump tournait et retournait sa carte dans tous les sens quand un bruit sourd tout près de lui le fit violemment sursauter. C'était son âne qui venait de tomber. Après quelques secondes d'ahurissement, Sump haussa mentalement des épaules et entreprit de découper la bête histoire que pour une fois il ait accès à un repas digne de ce nom même s'il n'y avait pas grand-chose à manger là-dessus... Mais il se figea à nouveau. Il avait cru entendre quelque chose d'inhabituel pour lui qui commençait à s'habituer aux bruits de ces plaines désolées. Depuis ce fameux jour où il s'était éloigné de la piste et où il avait manqué de s'évanouir, un malaise existait en lui, le réveillant en pleine nuit, le faisant se retourner en plein jour. S'il ne se connaissait pas aussi bien, il penserait être suivi. Mais c'était sûrement sa paranoïa qui s'éveillait avec la fatigue et le moral à zéro. Cependant, il ne se rappelait pas une fois où sa paranoïa n'avait pas fini par se révéler être un sixième sens... Il rassembla le maximum de ses affaires qu'il pouvait transporter sans trop se charger et reprit sa route, laissant là la dépouille du mulet. Si on le traquait, il espérait que la chair sèche et rare de l'animal ralentirait quelque peu ses poursuivants...
Mais bientôt Sump se délesta de plus en plus de choses pour avancer plus vite. Peut-être était-ce la soudaine solitude qui lui faisait ressentir une telle insécurité mais il était maintenant sûr qu'on était derrière lui. Et que ça, quoi que ce fut, se rapprochait.


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Dernière édition par BreadOOney le Dim 18 Mar 2018 11:13, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Sam 17 Mar 2018 11:53 
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La Quête de l’Étincelle Blanche



86. Les Bons Samaritains.


Sump s’étala de tout son long sur le sol mou de mucus avant de se relever précipitamment pour reprendre sa course, non sans jeter de fréquents coups d’œil par-dessus son épaule. Ses oreilles pointues percevaient, de plus en plus proche, les aboiements furieux des chiens au loin qui le pourchassaient sans relâche. En début de journée, avant de les entendre, il les avait senti. Par-dessus la puanteur environnante coutumière de ce que l’on appelait la Tourbe, plaines marécageuse et désolées du royaume d’Exech, ses narines avaient détectées un relent plus musqué, recouvert par quelque chose de plus puant encore que tout ce qu’il y avait autour. Quelques jours plus tôt, alors que son âne était encore vivant, le gobelin avait essayé de quitter la vieille route aux pavés délogés et défoncés pour couper par la végétation et ce alors même qu’il ne savait pas où il allait. Voyager sur les routes était juste quelque chose qui n’entrait pas dans ses habitudes d’ermite vert. Toujours est-il que ce jour-là, une odeur similaire à celle de ces fameux chiens s’était emparée de son nez, puis de son cerveau, jusqu’à lui donner des vertiges et il avait du regagner la piste à la hâte, traînant son bourricot derrière lui. La similitude des deux odeurs ne pouvait être une coïncidence et il était presque sûr que s’il se retrouvait dans ce pétrin aujourd’hui, c’était parce qu’il avait quitté cette maudite route. C’est d’ailleurs depuis cette bourde qu’il s’était senti suivi...
Pourquoi la moindre erreur qu’il faisait attisait-elle de telles conséquences ? Sump pouvait échapper aux humains mais pas aux chiens. Ces derniers avaient dû le traquer sur des kilomètres et ce même alors que tout sentait la tourbe par ici. Que faisaient des chiens sauvages dans cette fange d’ailleurs ? Des loups à la limite mais comme les loups n’aboyaient pas…c’était forcément des chiens...
Le gobelin n’avait presque pas dormi depuis des jours et la fatigue se faisait sentir. Il s’appuya contre un arbre afin de reprendre un peu son souffle.

Lors de ses premiers pas dans la Tourbe, Sump se trouvait en bord de mer et nénuphars, plantes d’eau et hauts arbres touffus constituaient la végétation parmi les mares stagnantes. Lorsqu’il s’était par la suite enfoncé un peu plus dans les terres, le gobelin put observer des changements drastiques : il faisait beaucoup plus sec, la végétation se faisait plus basse et les collines plus prononcées. Mais aujourd’hui, alors qu’il se trouvait, selon ses estimations, en plein cœur des marais d’Exech, le décor avait de nouveau changé. Sombre, avec de colossaux arbres touffus emmitouflés de lianes, la température avait agréablement chuté de plusieurs degrés même s’il était complètement en nage à l’heure actuelle. Depuis quelques temps étaient apparues de nouvelles espèces de plantes que Sump n’avait jamais vu. Il n’était d’ailleurs même pas sûr qu’il s’agisse de plantes car à bien y réfléchir, on aurait surtout dit des cocons. De toutes les gammes de rouge et de violets, ces grosses boules translucides suspendues aux branches les plus élevées et enroulées dans diverses lianes palpitaient comme son propre cœur pouvait le faire. A un rythme plus faible cependant car celui de Sump lui labourait littéralement la poitrine et les tempes après cette course effrénée destinée à l’éloigner de ses prédateurs.

C’est d’ailleurs en percevant un bruit d’éclaboussure et un bref grondement rageur que Sump put voir l’un d’eux galoper vers lui à une vitesse folle à travers les gros troncs sombres de la forêt. Une centaine de mètre à peine séparait le gobelin de l’animal enragé aussi fuir était complètement inutile. Sump était du genre rapide mais il était loin du compte face aux canidés. Il était également habile avec son corps et ses mains et grimper à l’arbre sur lequel il s’appuyait aurait été dans le passé une option qu’il aurait sans doute choisi. Mais aujourd’hui, débarrassé d’une main, les choses n’étaient plus si simples...Il dégaina sa dague alors que le chien avait déjà parcouru plus de la moitié de la distance qui les séparaient permettant à Sump de l’observer davantage. Le gobelin n’aimait pas les chiens et les canidés en général d’ailleurs. Ils étaient rapide, avaient pour la plupart un odorat développée, encore meilleur que le sien, de grandes dents et en plus étaient rarement seuls. A l’époque où il vivait dans les différentes forêts d’Imiftil, les meutes de loups étaient ses principales ennemies. Cependant, le clébard qui lui fonçait dessus était bien plus effrayant que n’importe quel loup. D’un poils couleur boue, il avait d’affreuses excroissances un peu partout même si elles se regroupaient surtout autour du cou et sur le dos. Semblables à des œufs de crapauds, elles brillaient d’un vert vif et translucide et accueillaient parmi elles moult colossales verrues aux allures de carapace. Pratiquement édenté mais des flots de bave jaunâtre à la gueule, la bête bondit, les yeux brûlants de haine et de sauvagerie. Si ses rares crocs pourris n’esquintèrent que le bois du bouclier que Sump avait attaché à son bras raccourci et brandit, ses griffes quant à elles, ouvrirent de profonds sillons dans le torse du gobelin. Ce dernier chuta sous le poids et choc de la collision mais il se releva bien vite. Pas le chien. Pendant qu’il était en l’air, Sump avait réussi à planter sa dague dorée en plein sous le poitrail de l’animal et celui-ci s’agitait maintenant sur le sol en poussant des halètements rauques. Le gobelin n’eut cependant pas le temps de fêter sa victoire. D’abord parce que dans son attaque, il avait percé quelques-uns des œufs de crapaud, leur contenu giclant sur sa main qui commençait déjà à le démanger. Ensuite parce que dans la foulée, un deuxième chien signala son arrivée par des aboiements. Le sekteg récupéra sa lame en l’extirpant du cabot mourant mais celui-ci, dans une sorte de baroud d’honneur, referma ses mâchoires sur l’une de ses bottes, le faisant chuter sur les fesses. Mais alors que l’autre chien arrivait en cavalant, Sump perçut un autre bruit de course…

De derrière lui surgit un cheval. Mais pas un des canassons maigrichon, fatigué et à demi-mort qui traînaient dans les différents piètres pâturages de la région. Il s’agissait là d’un bel étalon couleur plomb tacheté de blanc aux cuissots musclés et puissants. Son cavalier le fit piler quelques pas devant le sekteg, dont la mâchoire du bas ballait, et mit prestement pieds à terre. Celui-ci n’était pas aussi reluisant que sa monture avec ses morceaux d’armures sales et disparates et la poignée de son épée rafistolée à l’aide de tissus et de ficelle mais en imposait tout de même. Il dégageait une sorte d’aura et Sump le trouva beau malgré tout dans ce sombre marais. Le fait qu’il soit entre lui et le chien y étant sans doute pour quelque chose… Le compte de ce dernier fut d’ailleurs promptement réglé d’un revers d’épée dégainée à la vitesse de l’éclair, du liquide vert et jaunâtre accompagnant le classique sang. Au moment où Sump allait se lever, d’autres bruits de chevaux au galop se firent entendre. Bientôt le gobelin se retrouva en compagnie de trois autres cavaliers.

« On va combattre au sol, leur dit le premier arrivé en secouant son arme d’un geste désinvolte, ça évitera que les chevaux soient blessés. »

Les trois autres démontèrent et ils attachèrent tous leurs montures au même arbre. Sump les regarda faire sans rien dire. Devait-il fuir ? Dans le doute il choisit la technique qu’il avait travaillé depuis quelques semaines : celle du dialogue.

« Merci de m’avoir sauvé. » articula-t-il d’un ton qu’il essaya de rendre gentil.

« Tu nous remercieras quand ce sera fini. » sourit un petit humain malingre aux longues boucles brunes en s’emparant de son arc et en encochant une flèche.

« Les voila. »

Sump se retourna et regarda dans la même direction que le gars à l’épée. Une dizaine de silhouettes à peu près humaines et vêtues de vêtements de paysans déchirés s’approchaient, titubants plus que marchants. Alors qu’ils avançaient Sump remarqua qu’ils avaient les mêmes affreuses pustules verdâtres que les chiens. L’un d’eux devait être complètement aveugle tant son visage en était couvert alors qu’un autre en avait le bras tellement alourdis que celui-ci traînait presque par terre. Derrière eux, progressant encore plus lentement, un véritable colosse traînait les pattes, son dos courbé par le poids de ces fameux œufs de crapaud qu’il avait dans le dos. Toute cette clique de monstres poussait des râles rauques ou des sortes de plaintes lancinantes.

« Voici donc les fameux errants des marais d’Exech, murmura l’homme à la vieille rapière en enfilant un vieil heaume cabossé avant de s’exprimer plus fort pour s’adresser à ses amis : N’oubliez-pas ce qu’on nous a dit sur eux, privilégiez les attaques à distance ou vous serez empoisonnés. Et laissez-moi m’occuper du gros.

-Ça va Dunleon, on est pas stupides non-plus. » répondit un blondinet au menton prognathe en faisant quelques pas pour faire mine de le rejoindre en première ligne.

Mais lorsqu’ils furent assez proches, l’un de ces errants plein de verrues se jeta soudain en avant, le faisant reculer là où le dénommé Dunleon fit un pas en avant en sabrant l’air d’est en ouest. Le cou à moitié tranché et dans une fontaine de pus fumant et de sang, l’humain contaminé chuta sur le côté, rejoignant la dépouille du chien sauvage au pieds de l’épéiste. Pendant deux longues secondes les autres véreux ne firent rien, contemplant d’un air penaud le guerrier qui leur faisait face puis ils s’élancèrent tous en même temps en gémissant et crachant. Une flèche, tirée de derrière Sump, atteignit l’aveugle en plein milieu du visage, le faisant s’effondrer comme une poupée de chiffon. Dans le même temps, Dunleon se mit à danser au milieu des monstres, faisant chanter l’acier de sa lame de tous les côtés, ouvrant des plaies dans la chair fripée et boursouflée de ses ennemis comme elle l’aurait fait avec du beurre. Sump trouvait à ses humains verdâtre une ressemblance avec de grosses bananes pourries. Mous et remplis d’une bouillie brunâtre qui s’écoulait avant le sang lui-même, ils s’effondraient les uns après les autres sans parvenir à refermer leurs griffes sur leur adversaire qui était bien plus rapide qu’eux. Armé d’une pierre, l’un d’eux parvint néanmoins à lui porter un coup dans le heaume mais l’attaque n’empêcha pas ce dernier d’enfoncer son épée dans son ventre gonflé, de la sortir dans un flot de tripes brunes puis de la faire remonter vers le ciel, tranchant tout ce qui se trouvait sur son passage. Pratiquement coupé en deux verticalement, le véreux tomba sur le dos avec un bruit sourd alors qu’une autre flèche venait se loger dans la poitrine d’un de ses compères, le faisant reculer d’un pas ce qui permit au blonds de bondir et de lui trancher la gorge avec une gigantesque dague. Au même moment Dunleon poussa un bref cri de douleur avant d’en finir avec le dernier « petit » véreux encore debout. Restait le gros.

Celui-ci avait assisté au carnage sans rien faire si ce n’est gronder continuellement à la manière d’un vieil ours. Tout son corps pâlichon semblait recouvert de sortes d’épaisses plaques fongiques entre lesquelles surgissaient les globules verts. Ses dents, trop longues et trop nombreuses, sortaient de ses énormes mâchoires aux lèvres déchirées alors que ses doigts se terminaient par de longues griffes ébréchées. Dominant d’au moins deux têtes tout le petit monde, il fixait Dunleon des ses petits yeux enfoncés dans leur orbite, l’un d’eux étant presque entièrement caché par une excroissance osseuse à la place de l’arcade sourcilière. Son regard brillait du même mélange de haine et de sauvagerie que Sump avait vu dans les yeux du chien qui l’avait attaqué quelques minutes plus tôt.

« Ça va aller Lony ? » demanda un grand type aux cheveux bruns ébouriffés, dernier membre du groupe d’humains.

« Non, je veux bien que tu m’arranges cette égratignure que j’ai sous le bras, Kuirot. »

Celui-ci se concentra aussitôt, s’enveloppant d’une aura dorée. La blessure de Dunleon ne tarda pas à briller elle-aussi et elle ne tarda pas non-plus à se refermer. L’épéiste le remercia avant de reporter complètement son attention sur le monstre qui lui faisait face à une dizaine de mètre.

« Tu as un nom ? lui demanda-t-il, avant ce qu’il semble être un important combat, il est coutume de mander le nom de son adversaire... »

Contre toute attente le gorille grogna d’une voix caverneuse :

« Les noms n'ont aucune importance ici. »

L’énorme Errants des marais d’Exech gronda ensuite de plus belle et se mit pesamment en mouvement. Dunleon haussa les épaules et se mit en garde.

« Mes flèches ne lui feront rien à lui, commenta le petit archer avec un petit rire.

-T’inquiète Melky, je me charge d’aider Lony. » dit simplement Kuirot.

Celui-ci fit différents mouvements avec ses doigts, ses bras et son bâton blonds. Bientôt le guerrier fut entouré d’une aura lumineuse et ses morceaux d’armures scintillèrent soudain comme des sous neuf alors que la lame de son épée atteignit une blancheur de nacre. Ayant l’air plus puissant que jamais et tel le combattant doré de la lumière elle-même, il s’élança contre le mal avec un long cri guerrier.

♦♦♦


Sump n’en croyait pas ses yeux. Dunleon ne devait même pas atteindre les six pieds de haut mais revenait vers eux d’un pas nonchalant en essuyant son acier avec un bout de tissu après avoir liquidé un mastodonte de plus de deux cent kilos de pus, de matières organiques parasites et de muscles atrophiés. Malgré l’armure naturelle du monstre, son épée lumineuse avait littéralement découpé en morceaux le purulent colosse en quelques secondes. La bouche ouverte, Sump recula un peu alors que le guerrier s’approchait de lui :

« Le code de la chevalerie m’oblige à venir en aide aux faibles, mais je me demande si j’ai bien fait aujourd’hui ... » dit-il en rengainant son épée et en ôtant son heaume pour libérer sa chevelure..

Le gobelin l’observa plus en détail. Il était beaucoup plus jeune que sa tignasse bistre grasse et humide de sueur laissait penser au premier abord.

« Après tout c’est un gobelin...

-On l’a sauvé, c’est pas pour le tuer ensuite. » rigola l’archer derrière le sekteg.

Le chevalier lui lança un regard :

« C’est vrai mais peut-être est-il pire que les monstres que nous venons d’éliminer… Et le mal qu’il causera à autrui plus tard sera de mon fait si je choisis de le laisser en vie...» 

Instinctivement, Sump sut ce qu’il devait faire.

« Merci ! Glapit-il en se mettant à genoux et en balançant une poignée de pièce d’or par terre, merci pour m’avoir sauvé ! Prenez, c’est tout ce que j’ai ! »

En disant cela, il espérait qu’on ne fouillerait pas dans son baluchon qui contenait une véritable fortune. Heureusement Dunleon se contenta de lui jeter un regard méprisant avant de s’éloigner vers sa monture pour la détacher de l’arbre alors que les autres l’avaient déjà fait. Tenant son cheval blanc par sa longe, le magicien de lumière s’approcha de Sump et s’agenouilla :

« T’inquiète, le rassura-t-il d’une voix apaisante et un sourire tranquille, je neutralise juste le poison que t’as sur la patte. »

Il attrapa la main de Sump qui se laissa faire. Dans une douce lumière, la brûlure cessa presque aussitôt et un bien-être se répandit dans tout son corps, la blessure qu’il avait à la poitrine se refermant pour ne devenir qu’un vague trait rosé sur sa peau verte. Avec un sourire satisfait à présent, le mage se leva, fit un petit salut au sekteg et monta sur son cheval.

« On est bons ? Demanda joyeusement le dénommé Melky du haut de son poney, alors allons-y, on a un trésor à trouver ! Adieu gobelin, et fais gaffe à l’avenir !»

Celui-ci les regarda s’éloigner un instant, l’admiration et la surprise laissant peu à peu place à une expression plus sombre. Un trésor, vraiment ?

Suite

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Sump


Dernière édition par BreadOOney le Ven 23 Mar 2018 23:03, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Sam 17 Mar 2018 12:04 
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87. Ce pourquoi nous sommes là.


Ardice, le blonds au menton avancé, mettait du parfum. Aussi inutile que cela puisse paraître, c’est pourtant grâce à cela que Sump put le pister lui et les trois autres sur une distance très étendue, l’agréable odeur de vanille étant relativement déplacée en ces lieux purulents. Du zénith à la tombée de la nuit, le gobelin avait donc suivi cette apaisante odeur et avait réussit à les rattraper alors qu’ils installaient leur campement. À l’abri de la végétation, Sump avait ensuite choisi une position confortable avec une bonne vue sur le bivouac et les avait écouté tout le long de la soirée, récoltant des informations en pagaille. La première étant que le quatuor n’étaient guère portés sur la discrétion n’hésitant pas à faire beaucoup de bruit et ne craignant apparemment pas les possibles prédateurs des environs. Ils parlaient, riaient et faisaient tinter leur quart en fer alors qu’ils mangeaient. Cela dit, avec une machine de guerre comme Dunleon dans le groupe, peut-être n’avaient-ils rien à craindre après tout.

Sump avait ensuite crut comprendre qu’ils formaient un groupe de chasseurs de trésor créée depuis assez récemment et que contre toute attente, c’était là leur première vraie expédition. Il y avait tout d’abord le fameux Dunleon, un jeune chevalier d’une quelconque prestigieuse maison qui s’était fait condamné à l’exil pour une affaire de trahison. Un poil plus âgé que les autres, il paraissait faire figure de grand frère et semblait plus ou moins mener ses camarades. Il était un peu plus posé que ces derniers, se contentant de prendre la parole quand on le sollicitait mais de manger sa pitance en silence le reste du temps. Ardice, à contrario, était la grande gueule. Debout au milieu, il était un spécialiste des histoires salaces et héroïques et vantait les exploits qu’il faisait parfois avec son corps pourtant relativement peu impressionnant. Allongé nonchalamment au plus près du feu, Kuirot, le mage de lumière, se moquait gentiment de chaque diatribe un peu trop vantarde du fanfaron et non-loin de lui, une carte sur les genoux, il y avait le dénommé Melky. Celui-ci semblait rire joyeusement de tout mais reprenait son sérieux dès qu’il étudiait la carte avec attention. Sump admirait leur sérénité et enviait quelque peu leur joie de vivre, leur petites joutes verbales, leur rires. Le gobelin lui, n’avait pas rit depuis… Avait-il rit ne serait-ce qu’un jour dans sa vie ?

En les écoutant jusque tard dans la nuit il en apprit aussi un peu plus sur ces effrayants humains et chiens infestés de pustules qui l’avait prit en chasse. L’explication serait qu’il existait des recoins de la Tourbe à l’air si toxique que quiconque en humait un peu trop longtemps devenait complètement fou au point de ne plus vouloir partir et de trouver ces enfers géniaux, la transformation débutant peu après. On parlait notamment de mares entières de poison dont on disait qu’elles étaient des expériences ratées ou non de ce qu’on appelait les Treize. Sump n’avait jamais entendu parler de ces derniers mais apprit en revanche que ces mare toxiques éloignaient tout prédateurs et que depuis longtemps certains humains avaient choisi d’habiter ces coins puants et toxiques certes, mais dénués de tout danger. Malheureusement et comme Sump en avait pu être témoins, cela n’avait pas des répercussions très bénéfiques sur le corps et l’esprit.

À bout de force après ces journées de cavale sans presque aucun repos, Sump finit par s’endormir au moment où les humains mettaient en place les tours de garde.


♦♦♦



« C’est l’heure les mecs ! »

Sump ouvrit lentement les yeux avant de s’ébrouer. S’endormir a à peine vingt mètre d’un campement d’humain il avait encore fait fort et devait vraiment être éreinté. Il avait envie de s’étirer après cette nuit passée à même le sol et dans les buissons mais il ne bougerait pas tant que les chasseurs de trésor seront encore dans les parages. Ceux-ci se réveillèrent lentement à leur tour, Ardice pestant contre l’heure matinale et la grisaille du matin. Melky, lui, était déjà debout et saluait Kuirot, le dernier à avoir monté la garde. En silence, Dunleon se leva pour se diriger vers Sump qui se figea, tendu comme une voile. Après s’être soulagé la vessie à quelques mètres du sekteg, le jeune homme retourna prendre son petit déjeuner avec les autres. L’odeur de viande grillé parvint aux narines du sekteg dont le ventre grommela bruyamment alors que sa vessie accusait un poids désagréable. Vivement que ces campeurs de pacotille s’en aillent, que Sump puisse aller pisser à défaut de manger un bout. Et vivement qu’ils le mènent au fameux trésor. Il avait dans l’idée de les suivre discrètement et de profiter un maximum de la situation pour rafler le pactole pendant, par exemple, une faute d’inattention de leur part.

« Allez, dernier petit récapitulatif les gars, annonça Dunleon la bouche pleine, Melky, tu nous rappelles pourquoi on est là, s’il te plaît ? »

Celui-ci se leva et racla sa gorge encore enrouée :

« Bon alors nous sommes ici pour l’Étincelle Blanche, dit-il, sortant des bouts de parchemin d’un porte-document en cuir, il s’agit d’une petite pierre...blanche aux diverses vertus magiques. Par là je parle de ce qu’on a bien voulu nous dire sur elle à savoir, il énuméra rapidement avec ses doigts, pour le porteur entre autres : immunisation contre tout types de poisons, fortune, chance et gloire, elle repousserait aussi la magie noire et permettrait de parler aux animaux, bref, un truc de fou. Où se trouve-t-elle ? Dans l’ancien château du comte de Ballurne, qui fut jadis un ancien vassal d’un des premiers rois d’Exech, Elmudrich Exech II, dit l’ « Unique Bon ». Celui-ci, alors même que la ville entamait ses finitions, décida qu’il fallait chercher à s’étendre et dompter ses terres hostiles et marécageuses autour de la cité. Pour cela il envoya donc quatre de ses plus fidèles sujets, dont le comte de Ballurne, avec une centaine de paysans et une escouade de soldat chacun afin qu’ils puissent édifier leur propres cités aux quatre coins du royaume pour former des comtés.

-Idée de merde si tu veux mon avis, commenta Ardice qui entreprenait de se donner un petit coup de rasoir.

-C’est le cas de le dire puisque de nos jours et des quatre, seul ne subsiste le nom du Comte de Belmont. Bref, le roi, avant d’envoyer ses groupes de colons, avait confié à chacun de ses quatre vassaux, un objet inestimable destiné à les représenter et à les motiver. Notre pote de Ballurne à hérité de l’Etincelle Blanche qui portait autrefois le nom de « Pierre de Pureté », puisque ce gars était d’après les écrits, d’une fidélité et d’une loyauté à toutes épreuves envers son suzerain. 

-Qu’il a bien remercié de ses bons et loyaux services en l’envoyant au casse-pipe, intervint de nouveau Ardice avec un petit rire sans joie.

-En effet, peu de temps après que son château ait été édifié en plein milieu de nulle part, ses serfs, en ayant marre du train de vie pitoyable auquel on les soumettait, se révoltèrent et ne tardèrent pas à mettre à sac les appartements du comte qui, loyal de bout en bout, se fit tuer en cherchant à respecter les volontés de son roi. Triste fin pour un bon bougre qui ne cherchait qu’à être droit et loyal.

-Il ne l’était pas tant que ça, intervint Dunleon, rappelez-vous ce qu’on nous a dit sur lui. Il restait enfermé dans son donjon, ignorant les difficultés de sa peuplade… Pour moi, un bon chef doit savoir quand aider ses gens, et être aussi loyal avec ceux qui le dirige que ceux qui le serve, c’est la base d’un bon chef. 

-Ouais enfin le mec c’était un comte, il n’allait pas se mettre au même niveau que ses sujets sinon quel est l’intérêt ? » répliqua Kuirot en haussant les épaules.

« L’intérêt est qu’il aurait peut-être développé sa relation avec les paysans, qui, devenant fidèles à leur tour, ne ce seraient peut-être pas mutiner par la suite.

-Bah, c’est un débat qui n’a pas lieu d’être les gars, intervint Ardice avec un geste agacé, ça changera rien maintenant.

-Exactement, reprit Melky, on ne peut de toute façon pas juger les actions des uns et des autres puisqu’on n’y était pas. Toujours est-il que ce que l’on cherche se trouve toujours, vraisemblablement, dans les restes du château du comte de Ballurne. »

Ardice fit un bruit peu respectueux avec sa bouche :

« Mouais, ce serait bien la première fois que ça se passe comme tu le dis, dit-il d’un ton amer, t’es génialissime pour nous concocter des jolis plans théoriques et de fantastiques cours d’histoire mais à chaque fois tout ce qu’on a fait c’est visiter des ruines infestées de poussières et c’est tout... »

Melky prit la tirade avec le sourire :

« Bah c’est le jeu Ardice. Si trouver des trésors était facile, tout le monde serait riche tu penses pas ? Et puis mon dossier est plus solide que les autres cette fois. Jamais nous ne nous sommes autant préparés et impliqués que pour cette expédition. Et jamais nous ne sommes allé dans un coin aussi dangereux. Cette fois, c’est du réel et j’ai de bonnes raisons de penser que le butin ne s’arrêtera pas à l’Étincelle Blanche si tu vois ce que je veux dire. 

-Non je ne vois pas. »

Dunleon se leva pour éteindre les braises.

« Il veut dire qu’il y a de bonnes chances qu’en pénétrant dans le domaine d’un ancien comte, nous tombions sur de la belle argenterie. Les nobles adorent s’entourer de froufrou, je peux te le garantir, il écrasa les bois ardents avec le talon de ses bottes renforcées de fer et attrapa son ceinturon où était accrochée son épée, Trêve de bavardage maintenant, il est temps d’y aller. »

Les quatre chasseurs de trésor levèrent rapidement le camp, montèrent sur leur chevaux et s’en allèrent sans se retourner, laissant là un Sump ensommeillé. Qu’est-ce que les humains pouvaient être bavard… Lorsqu’il fut sûr qu’on ne pouvait plus le voir, il réalisa enfin son rêve. Il s’étira, vida sa vessie et trouva même un morceau de gras de cochon au milieu des cendres. Humant l’air à la recherche de vanille, il se mit ensuite à marcher sur les pas du groupe. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver ce qui devait être les ruines du domaine du compte de Ballurne. Des antiques restants d’habitations se trouvaient là dans une plaine d’herbe haute et lus haut, sur une butte, le château. Celui-ci semblait se faire étouffé par un gigantesque arbre derrière lui dont les branches et les lianes paraissait vouloir étouffer la pierre. Entouré d’une palissade en partie en bois et en partie en pierre trouée de toute part et infestée de mousse, le donjon semblait simple et précédé, dans la basse-cour boueuse, par les restants d’une écurie, d’une forge et d’un puits. L’entrée se situait sous un couloir d’assommoirs que Sump traversa sur la pointe des pieds. Les lieux n’étaient guère avenants, comme l’étaient toutes ruines. Les massives portes en bois du donjon étant déjà entrouvertes, Sump jeta un coup d’œil à l’intérieur avant de sursauter. Ils étaient juste là, devant un grand drap de soie mauve et déchiré accroché au mur représentant un chien blanc à l’allure de loup et aux traits et à la posture noble.

«...le fidèle de sa majesté Elmudrich II, commentait Ardice avec son ton arrogant, pas étonnant que ce soit un cabot qui représente sa... 

-Ça suffit Ardice, le sermonna Dunleon qui tenait la torche, toi qui vient des bas-quartiers de Tulorim, je te prierai de faire preuve d’un peu plus de respect quand tu parles de ceux qui avaient à bâtir une cité dans des terres aussi désolées. Et maintenant, avançons. »

Ardice, visiblement vexé, secoua lentement la tête mais garda toutefois sa bouche fermée.
Sump les regarda traverser le perron du château pour se diriger vers les escaliers plongés dans la pénombre menant vers les étages du donjon mais soudain, Kuirot, le mage de lumière, disparut avec un bref cri de surprise, comme aspiré par le sol.


Suite.

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Sump


Dernière édition par BreadOOney le Sam 31 Mar 2018 14:05, édité 9 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Sam 17 Mar 2018 12:21 
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88. Corruption.


« Kuirot ! »

Légèrement devant avec la torche, Dunleon sursauta violemment :

-Pourquoi vous gueulez comme ça bordel ? Demanda- t-il avec colère.

-T’as rien vu ? hurla Ardice en réponse, Kuirot vient de tomber dans un trou ! Dans un putain de trou juste là !

-Quoi ?! Merde ! »

Sump les regarda s’agiter dans les ténèbres du donjon, la torche secouée dans tous les sens projetant des ombres absurdes sur les hauts murs de pierres grises de la pièce.

« Là regardez ! Finit par s’écrier Melky alors que ses deux compagnons examinaient le fameux trou dans le sol, scandalisés. Il y a une trappe et un escalier qui descend ! Suivons-le et ça nous mènera sûrement vers l’étage inférieur, là où est tombé Kuirot ! »

Tous trois se hâtèrent de suivre cette idée :

« Tiens bon Kuirot, on arrive ! »

La pièce retrouva bien vite son calme et son silence une fois les trois compères disparus et Sump se glissa à son tour à l’intérieur dans le château. On pouvait dire que ça commençait bien pour eux. Un coup d’œil à un coin de la pièce permit au gobelin de remarquer les quatre chevaux, attachés à une belle statue représentant le même chien que sur l’étendard accroché au mur du fond. Ils semblaient nerveux contrairement à Sump pour qui les choses n’auraient guère pu mieux se passer. Celui-ci devait maintenant profiter de la zizanie à son avantage pour faire main basse sur le trésor. Et ce au détriment de ces humains pour qui les choses venaient de tourner au cauchemar en l’espace d’une seconde. Cependant le gobelin gardait la tête froide, Kuirot pouvant très bien être encore en vie au niveau inférieur, la cheville brisée tout au plus. Il espérait plutôt que ce mage de lumière, qui l’avait soigné gratuitement la veille, soit mort, histoire que cela mine bien le moral de ses amis. Mieux, il aimerait que tout les dangers existant dans ce sinistre et antique donjon se concentrent sur les humains et qu’ils le laisse tranquille rafler toute la mise. Ça, ce serait vraiment l’utopie. Mais il devait être sûr que le groupe de chasseur de trésor ne tombent pas sur le fameux trésor qu’ils étaient venus chercher ici avant lui. Cette fameuse Étincelle Blanche qui disposait de tant de pouvoirs, qui apportait richesse et chance à son possesseur… Rien que cela faisait saliver sa gueule puante et briller ses yeux d’onyx. Il se lança sans trop se presser à la suite de ses boucliers humains, pas spécialement hâtif de les accompagner dans la mort ni de s’enfoncer dans le sol, sa claustrophobie le faisant déjà haleter aux premières marches. Il continua néanmoins sa descente, prenant sur lui, la sueur commençant à perler partout sur son corps. Il entendait les aventuriers parler un peu plus loin mais leurs voix résonnaient trop pour qu’il puisse comprendre ce qu’ils disaient. Tout ce qu’il savait c’était qu’ils parlaient trop.

Après quelques secondes passées dans cet étouffant escalier en colimaçon, Sump déboucha à l’entrée d’une pièce aussi vaste que celle au-dessus mais bien plus basse de plafond. L’odeur était insupportable. Des os de jambon de cent fois son âge pendaient du plafond par des crochets et des rats gros comme des lapins rôdaient dans les recoins de la pièce, derrière d’antiques tonneaux et sacs de graines. Les trois aventuriers se chamaillant sur le fait que Kuirot ne se trouvait pas ici ne pouvaient les voir, n’ayant pas la vue nocturne dont disposait Sump. Celui-ci se boucha le nez afin d’essayer d’écouter ce qu’ils disaient sans se laisser déconcentrer par ses sinus envahis de pisse de rat et de vieux renfermé parsemé d’un parfum de viande faisandée depuis peut-être des centaines d’années.

« Il est où par tous les Dieux de la terre, il devrait se trouver là merde ! »

C’était Ardice qui geignait ainsi, quasi hystérique et les mains dans les cheveux. Dunleon l’attrapa brutalement par l’épaule et le somma de se calmer :

« Si on commence à se laisser envahir par la panique, on est foutus alors calme-toi ! Je ne sais pas où il a bien pu passer mais ce que je sais c’est que Kuirot est un puissant mage de lumière, le meilleur que j’ai jamais connu, et que se débrouiller tout seul, il connaît. Alors on garde notre calme et on continue à le chercher, c’est compris ? »

Les deux autres opinèrent en silence. Le chevalier déchu hocha la tête de façon appuyée avant de regarder autour de lui :

« Bien ! Bon, on doit être dans le garde-manger du château et… Putain de merde on voit que dalle... »

Il fit quelques pas en avant, suivit des deux autres qui regardaient nerveusement autour, collant aux basques de leur meneur, visiblement terrorisés. Mais aucun de trois ne virent la créature qui les observait de l’autre bout de la pièce, dans l’encadrement d’un gros trou creusé à même les pierres du mur. Sump, lui, la voyait très bien et les battements de son cœur s’en virent accélérer. C’était un vraie monstre. Hirsute, grand, avec un bec et des griffes crochus, il avait cependant une attitude méfiante et reculait dès que le petit groupe d’humain faisait mine d’approcher. Le gobelin comprit qu’il ne devait pas aimer la lueur des flammes de la torche de Dunleon, ce qui l’empêchait sûrement de leur sauter dessus et de tous les tuer. Vu la carrure de la bestiole, Sump l’en estimait complètement capable, d’autant qu’elle avait l’air d’également très bien voir dans le noir ce qui le mettait lui-même en danger. Et cela le contrariait fortement. Cela pourrait l’obliger à prévenir ses boucliers humains de la présence de cette créature afin qu’ils ne meurent pas tous bêtement. Cette dernière semblait hésiter à les attaquer, avançant, reculant, mais Dunleon la surprit en marchant subitement vers elle :

« Il y a un courant d’air par-là... »

Le monstre-oiseau se précipita vers l’arrière en déployant, Sump en écarquilla les yeux, de gigantesques ailes, provoquant vent et bruit, ce qui fit aussitôt dégainer Dunleon.

« Attention, on est pas seuls !

-C’est peut-être Kuirot ?

-J’en doute fort, restez derrière moi. »

Ils n’avaient même pas pu voir la créature. Celle-ci avait prit la fuite dans le souterrain, vers lequel Dunleon menait son groupe à présent quand un atroce cris de douleur brisa le silence et sembla faire trembler les murs. Les humains semblèrent décider que c’était leur ami qui avait pousser ce rugissement déchirant et se lancèrent vers l’avant, Sump sur les talons, qui dut dégainer sa dague et grogner pour éloigner les rats géants qui se rapprochaient de lui.

« Tiens bon Kuirot on arrive ! »

Le trio s’engouffra dans le trou dans le mur, suivit de loin par Sump, le gobelin opportuniste. S’ensuivit une petite course à pieds dans des dédales souterrain soutenus par des poutres ou des piliers de pierre. Les trois humains faisaient beaucoup de bruit et paniquaient énormément à chaque hurlement que poussait leur ami, qui résonnaient à travers les longs corridors de terre humide. Pour sa part, c’était justement ces dits tunnels qui faisaient paniquer le gobelin. Sombre, étroits, il en avait du mal à respirer tandis que les battements de son cœur lui parvenaient jusque dans les tempes. Cela faisait un bout de temps que sa claustrophobie ne s’était pas réveillée et il avait oublié à quel point cela pouvait se révéler handicapant.

« Les Viciateurs des Dieux Obscurs ? Qu’est-ce que c’est que cette saloperie encore ? »

Le trio s’était subitement arrêté au milieu d’un carrefour, devant ce qui semblait être un pan de peau tannée maintenus par des branches réunies par de la ficelle. Un nouveau hurlement, encore plus long et encore plus horrible que les précédents détournèrent toutefois bien vite leur attention et ils se lancèrent à nouveau dans la course, en direction du cri, permettant à Sump de jeter un coup d’œil aux griffonnages inscrits sur le bout de peau.

 Nous Viciateurs des Dieux Obscurs, Faibles de par notre nombres mais Forts de par la dévotion que nous portons envers nos Dieux, avons été créées afin de convertir les ennemis des ténèbres à la cause des Dieux Obscurs et de leur grande œuvre. Souffrances attendent l’ennemi des ténèbres, mais renaissance il obtiendra à terme avec la bénédiction des forces obscures elles-mêmes. 

Sump n’avait rien compris à ce qu’il venait de lire, aussi partit-il donc vers la gauche là où le trio d’humain s’était dirigé au galop. Le gobelin déboucha bientôt devant une grande salle boueuse, soutenu par des piliers en pierre sombres avec en son centre une dalle complexe de briques couleur grenat. Dunleon, Ardice et Melky étaient immobiles à quelques mètres de cette dalle et contemplaient en silence le corps mutilé au possible de leur ami Kuirot, maintenu debout par une croix de bois, sa robe blanche cernée de dorée en lambeaux et maculée de sang. Difficile de garder espoir quant à sa survie...

« Détachons-le et ramenons-le à la surface. » lâcha Dunleon dont la voix souffrait d’un imperceptible tremblement.

Il donna la torche à Ardice qui tremblait tant qu’il dut la tenir à deux mains. Melky, non moins tremblotant, alla donner un coup de main au chevalier. Sump ne desserrait pas les dents. Ils ne s’en doutaient pas mais tout autour d’eux, en dehors du cercle de lumière que produisait la torche, une dizaine de créatures-oiseaux se trouvaient là, immobiles, en posture de combat, semblant attendre la moindre faille pour fondre sur les trois aventuriers dont la tristesse d’avoir perdu un compagnon et de l’avoir devant les yeux rendaient encore plus imprudent. Mais Kuirot semblait ne pas avoir dit son dernier mot en ce bas monde puisqu’il redressa soudainement la tête découvrant des yeux injectés de sang et dénués d’iris. Melky poussa un cri et Dunleon un juron mais tous deux reculèrent lorsque ce qu’il restait du corps de Kuirot se mit en mouvement. Celui-ci arracha ce qui subsistait de ses liens et de ses lèvres gonflées et étirées, grimaça une espèce de sourire affreux, affichant une dentition désormais bien hétéroclites.

« K...Kuirot, tu vas bien ? »

L’ancien guérisseur du groupe écarta les bras et une explosion d’énergie obscure teintée de crépitements violets envoya bouler ses trois compagnons dans la bouillasse, la torche chutant elle aussi, la flamme menaçant de s’éteindre. Lorsque le sekteg vit cela, son cœur manqua un battement. Les créatures ailées se rapprochaient du centre de la salle. Dunleon fut le premier à se relever :

« Qu’est-ce qui te prends Kuirot ? »

Aussitôt, celui-ci repassa à l’attaque, tendant sa main soulagée de plusieurs doigts et couvertes de moult plaies, il envoya une autre onde de choc qui percuta le chevalier. Ou plutôt le traversa. Celui-ci, le souffle coupé, tomba à genoux.

« Kuirot, arrête, je t’en prie ! » geignit Melky, à genoux, son arc dans les mains et une flèche bandée, ne m’oblige pas à faire une chose qui me répugne par pitié ! »

Lentement la tête du cadavre ambulant pivota vers le petit humain puis se pencha brièvement sur le côté, à la manière d’un chien interloqué.

« Je t’en supplie... » Supplia Melky, les yeux baignés de larmes et son arc tremblant entre ses mains.

Kuirot fit quelques pas titubants dans sa direction, ses deux mains crépitants d’éclair violets et baignant dans une aura obscure.

« Melky, intervint Dunleon, ce n’est plus Kuirot ! Kuirot est mort et cette chose maléfique l’a remplacé ! Il ne faut pas... »

Mais Melky se prit le courant d’obscurité de plein fouet et avec un hoquet roula une nouvelle fois dans la boue, son arc lui échappant des mains. A la faible lumière de la torche mourante laissée sur le sol humide, une ombre se rapprocha ensuite du corps hoquetant de Melky. Elle avait les mêmes épis que Kuirot et brandissait un poignard d’ombre.

« Ardice fais quelque chose bordel ! » rugit Dunleon en courant vers Kuirot.

Mais Ardice restait assis par terre, en boule, les doigts dans la bouche et se contentait de gémir et de pousser des couinements de peur incontrôlables. Une odeur d’urine emplissait soudain l’air déjà souillé de sang et de terre mouillée.

À côté de ça, la torche faiblissait de plus en plus, réduisant le cercle de lumière orangé qu'elle émettait faisant se rapprocher les dizaines d'Homme-Oiseaux autour d'eux. Ces derniers ne se souciaient plus d'être silencieux, ils poussaient des cris aigus semblables à des sifflements et des croassements rauques en plus d'agiter leurs ailes. Leur présence n'était plus un secret pour personne maintenant. L’ombre leva sa lame noire et alla l’abattre sur Melky mais disparut soudain. Dunleon avait, au moment crucial, plongé son épée dans le dos de Kuirot, le transperçant de part en part. Ne montrant aucun signe de douleur, celui-ci fit tourner son cou de façon inhumaine pour regarder son ancien compagnon dans les yeux. Ceux du chevalier se remplirent de terreur puis il se mit à suffoquer, comme si on l’étranglait. Il essaya de se servir de son arme mais Kuirot la gardait emprisonnée en lui, s’abîmant encore davantage les mains sur la lame.
Le visage du chevalier prit rapidement une couleur inquiétante alors qu’il essayait de dire à Ardice d’intervenir mais celui-ci ne semblait pas décidé à arrêter de tanguer sur le sol comme un enfant attardé. La torche s'éteignit sans crier gare et il n’y eut plus rien pendant une seconde si ce n’est un concert de croassements aigus et de bruit d’ailes déployées. Mais la pièce s’éclaira soudain. Sump, briquet dans la main, n’arrivait pas à croire qu’il sauvait des humains en plus de dévoiler sa présence à tous. La torche, plus grande que lui et maintenu sous son bras gauche, brillait à nouveau de belles flambées et cela fit reculer les monstres ailés qui piaillèrent de rage. Profitant du désarroi de tous les ennemis, Dunleon puisa dans ses dernières forces pour extraire son épée des tripes de Kuirot pour ensuite lui trancher violemment la tête d’un formidable coup latéral à deux mains. La tête du mage s’envola et retomba aux pieds d’Ardice qui se mit à beugler, à se lever et à courir, s’enfonçant dans l’obscurité comme un possédé. Reprenant son souffle avec difficulté, Dunleon soupira en tombant à genoux alors que Pury se redressait en gémissant de douleur. Sump, lui, choisit de ne plus lâcher la torche tant qu’il serait dans cet endroit de malheur.


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Sump


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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Dim 18 Mar 2018 10:39 
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89. Mort de trouille.




Dunleon s’approcha de Sump qui recula, un tantinet méfiant.

« Je suis bien content de t’avoir laissé en vie en fin de compte, sourit douloureusement le chevalier en se massant la gorge où de méchantes traces noires telles des doigts semblaient avoir brûler la peau, tu nous à sauvé la vie. »

Sump ne sut que répondre. Derrière lui et dans un gémissement, Melky se redressait. Dunleon se dirigea vers lui afin de l’aider.

« J’ai senti toutes mes forces m’abandonner...Je...Comment...? » souffla le petit humain d’une voix tremblante.

«Au lieu de la lumière, Kuirot faisait de la magie noire, oui… lui répondit Dunleon en le soutenant, et ce n’est même pas le premier de nos soucis. »

Melky leva les yeux vers lui, la bouche entrouverte. Avant qu’il ne pose la question, le chevalier s’expliqua :

« Nous sommes cernés de créatures nocturnes qui étaient prêtes à nous déchiqueter quand la torche s’est éteinte. Heureusement pour nous, elle suffit à les repousser...Quand elle est allumée. »

Après s’être assuré que son ami tenait debout tout seul, Dunleon sortit deux autres torches de son sac et les alluma.

« Une chacun… De quoi aller chercher cet abruti d’Ardice. Oui, Melky, Ardice s’est enfui par-là. 

-Mais...Mais...Mais pourquoi ? Il est dingue ? » s’écria l’archer, sa voix rendue aiguë par l’incompréhension.

Dunleon hocha gravement la tête.

« Il semblerait que oui...Maintenant, allons-y...Gobelin, je te conseille de nous accompagner. Traîner tout seul dans ces dédales est une mauvaise idée au vue de ce qui y vit. »

Ce dernier même si seul dans le noir à la merci des monstre-oiseaux depuis le début, décida que le chevalier avait raison. Mieux valait ne pas risquer sa vie auprès de ces créatures sauvages et rester près de ce redoutable manieur d’épée.
Avec prudence, ce dernier fit quelques pas en avant, pour être sûr que la flamme de sa torche le gardait en sécurité puis prit un rythme de marche soutenu que ses deux plus petits compagnons eurent du mal à suivre. Néanmoins il n’y avait pas de temps à perdre.
Ils pénétrèrent dans un tunnel encore plus étroit et encore rétréci par la présence de racines appartenant aux arbres de la surface. Dunleon devait progresser courbé et tous devaient se contorsionner pour passer malgré la présence des racines qui bouchaient parfois presque entièrement l’accès.

« Ardice ! Où tu es bon sang ? »

Dunleon semblait de plus en plus nerveux à mesure qu’ils progressaient. Et ce n’était rien à côté de ce que ressentait le sekteg sur ses talons. Mais qu’est-ce qu’il faisait encore ici avec ces idiots d’humains ? Il était clair qu’il n’y aurait pas de trésor ni de pierre blanche au terme de cette expédition alors quoi ? Pourquoi n’avait-il pas fait demi-tour avec sa torche et déguerpis au plus vite de ces souterrains qui lui donnaient des malaises et une respiration aussi haletante que s'il avait couru une heure entière ? Il se sentait étouffé, comme si l’oxygène se faisait de plus en plus rare, le faisant haleter de plus en plus. Derrière lui, Melky s’enquit de sa santé mais le gobelin ne répondit pas. Il fallait qu’il s’arrête. Il n’irait pas plus loin dans ces fichus terriers de lapin. Alors une voix résonna au loin :

« Restez loin de moi, monstres ! 

-Ardice ? C’est nous, Dunleon et Melky ! Où es-tu ?

-N’avancez surtout pas merde ! Restez loin de moi !! »

La voix d’Ardice était déformée par la peur, plus aiguë. Une voix de femme hystérique. En dépit des souhaits de son ami, Dunleon se remit à avancer d’un pas déterminé.

« Je ne pensais pas qu’on allait pouvoir le retrouver vivant, grogna-t-il, il est hors de question qu'on l'abandonne ici sous prétexte que ce crétin à perdu les pédales. »

Melky se pressa à sa suite, bousculant le sekteg qui prit appui contre une des parois du tunnel, sa précieuse torche tombant sur le sol. Il devait quitter ces souterrains au plus vite. Une douleur intenable lui frappa alors l’intérieur du cerveau, comme si on y enfonçait un couteau et un flash rouge éblouit ses yeux pendant une fraction de seconde. Le gobelin posa un genou à terre en se tenant la tête avec son unique main. Il sentit le coude de son autre bras glisser contre la terre mouillée de la paroi et bientôt se poser abruptement sur le sol humide. Quasi-allongé au milieu de la vase et des racines, une autre vague de douleur lui perça le crâne, suivit du même éclat rouge. Cette fois cependant, il dura un peu plus et il put voir qu’il s’agissait d’un gros œil traversé en son centre par une fente d’un noir pétillant d'étoiles dorées.

« Ne t’en fais pas, parla une voix traînante et profonde, la soudaine douleur que tu viens de ressentir c’est parce que je viens de pénétrer dans ton esprit. »

Affolé, Sump se redressa, faisant fi de la douleur et regarda tout autour.

« Ne me cherche pas, des kilomètres de souterrains boueux nous séparent. »

Haletant de plus belle, le gobelin sentit la douleur se calmer par vagues décroissantes. Il ressentait toutefois une gêne en lui. Alors qu’il allait se remettre debout, une nouvelle migraine le prit et le gigantesque œil rouge s’imposa de nouveau. Sump poussa un grognement de douleur avant de plaquer son crâne contre la boue fraîche du sol.

« Je connais un peu plus ta situation maintenant que je suis dans ta tête, reprit calmement la voix qui semblait venir directement de son esprit, tu n’as en fait aucune attaches, quelles qu'elles soient, avec ces humains...Comment les trouves-tu en ce moment ? Je vois qu’il t’es arrivé de les envier mais maintenant, ne les trouves-tu pas pathétiques à risquer leur vie pour sauver quelqu’un qui n’en vaut pas ou qui n’en vaut plus la peine ? Ne les trouves-tu pas faibles à perdre tout sens commun pour la mort de l’un d’entre eux ? Ils ont oublié depuis longtemps ce qu’ils sont venus chercher, ils ont oublié cette fameuse pierre de nacre qu’ils sont venus dérober aux morts et qui t’as attiré ici toi aussi. Plus rien ne compte à présent que repartir d’ici le moins amoché possible... »

Le gobelin se releva doucement, s’aidant de la paroi du tunnel. Au loin, très loin, il percevait des éclats de voix. Sûrement Dunleon et Melky en train d’essayer de faire revenir Ardice à la raison. Ou peut-être étaient-ils tous en train de crever et c’était bien là le cadet des soucis de Sump qui en ce moment, se préoccupait davantage de sa santé mentale qu’autre chose.

« Tu n’as aucune raison d’avoir si peur, gobelin. Ce n’est pas toi notre cible loin de là. En vérité, seuls deux d’entre vous méritaient notre attention : Le mage de lumière et maintenant ce petit kender que vous appelez Melky...Il est rare de tomber sur un être, surtout humain, dénué de toute part sombre en lui et qui ne soit pas un enfant... Son âme ressemble à un diamant et sa candeur sera un magnifique outil pour mes travaux… Toi et les deux autres en revanche avez bien assez d’obscurité en vous...Mais revenons-en à toi, gobelin. Pourquoi cette peur parasite-t-elle encore tant tes pensées alors que je viens de t’expliquer que tu n’es pas notre ennemi. Une excellente preuve de ce fait est que tu sois encore vivant. Si nous te voulions quoi que ce soit, comment pourrais-tu être encore en vie alors que tu te tenais éloigné de toutes sources de lumière jusqu’à maintenant ? Et tu es si faible… Si fragile… Et pourtant...pourtant je détecte en toi un immense potentiel… Un potentiel dont tu n’as pas idée et qui est bien supérieur à la plupart des êtres vivants de ce monde...Le potentiel d’une âme héroïque… Un potentiel que j’aimerais utiliser afin de renforcer l’œuvre des Viciateurs des Dieux Obscurs… Oh, je vois bien que tu ne comprends rien à ce que je te raconte mais tout deviendra clair quand tu te seras décidé à nous rejoindre... »

Sump n’avait en effet rien compris. Tout ce qu’il voulait, c’était que ce satané œil rouge foute le camp de sa tête. Il commença à tituber dans le sens inverse de par où il était venu, dans l’espoir de retrouver le chemin vers la lumière du jour, sa main et son moignon contre son crâne semblant sur le point d’exploser.

« Tu te trouves dans un temple des Viciateurs des Dieux Obscurs, continuait la voix dans sa tête sans se rendre compte de l’état de son ôte,T’expliquer quel est notre but et quelle est notre histoire prendrait beaucoup de temps et je ne suis pas sûr que tu le comprendrais...même si ce n’est pas d’intelligence que tu manques mais de culture sur le monde qui t’entoure. Je vais donc me contenter de me présenter succinctement. Je suis ce qu’on appelle dans votre langue un Corrupteur. Je suis capable de vicier les partisans de Gaïa afin de les placer sous la coupe des ténèbres. L’image que tu vois à chaque fois que je prends mentalement la parole dans ton esprit et qui te donne la migraine, c’est mon œil, source de mes pouvoirs. Malheureusement ou heureusement, nos pouvoirs à nous, les Viciateurs, ont leur limite, c’est pourquoi tu nous serais d’une grande aide...»

La douleur diminuait à chaque fois que ce fameux Corrupteur prenait la parole et maintenant un étrange calme habitait le gobelin alors que c’est de stress qu’il aurait pu mourir quelques secondes plus tôt. C'était comme s'il s'habituait à cette maléfique présence dans son esprit.

« Si tu nous rejoins gobelin, je serais à même de développer le potentiel dont je te parlais tout à l’heure… Tu ne le sais pas encore mais un grand destin t’attends et ce que tu as vécu jusqu’à présent ne représente qu’un avant-goût de ce qui t’attends dans le futur. Mais nous, les Viciateurs, sommes à même d’accélérer ta montée en puissance afin de faire de toi le gobelin le plus puissant de Yuimen et peut-être même te trouver une place chez les Dieux eux-même. Je pourrais t’enseigner les arcanes de la magie noire et bien plus encore si tu le souhaites et si tu en es capable. »

Tout cela n’était que des mots pour Sump. Celui-ci n’avait pas de si grandes ambitions. Tout ce qu’il souhaitait c’était un sac remplis de choses précieuses et brillantes.

« Malheureusement, je vois maintenant que le pouvoir ne t’intéresse pas tant que ça...Tu restes encore aveuglé par l’éclat de l’or...Soit, je ne peux te faire changer d’avis et comme tu n’es pas un être de lumière loin de là, je ne peux te contraindre par la force à nous rejoindre. Je te laisse donc, gobelin, en espérant que tu trouveras une voie qui ne te mette pas en travers de la route des Viciateurs. »

Sump ne sut comment mais il sut que celui qui avait fait irruption dans son esprit était parti. Soupirant de soulagement, il retourna vers sa torche mais au moment où il la ramassait, le couteau reprit sa place au centre de sa tête et l’œil rouge s’imposa encore plus longtemps et encore plus clairement que les fois précédentes.
La voix du Corrupteur résonna alors une fois de plus dans sa tête, plus agressive, moins avenante :

« Une dernière chose : Ne reproduis pas l’erreur que tu as faites tout à l’heure en sauvant le kender, nous ne te le pardonnerions pas. »

Sump resta un instant immobile comme s’il attendait une autre irruption dans son cerveau puis sursauta violemment quand Dunleon et Melky réapparurent dans son champs de vision. Le gobelin, avec sa seule main, ne pouvait même pas dégainer sa dague dorée s’il souhaitait tenir la torche. Aussi brandit-il cette dernière avec un glapissement.
Dunleon leva les bras :

« Hola, du calme, dit-il, c’est nous. On avait même pas vu que tu ne nous suivait plus, ça va ? »

Sump devait avoir une mine à faire peur au vu du regard que portaient sur lui les deux humains.

« Oui. » se contenta de grogner le gobelin.

Mais Melky, lui, ne semblait pas aller bien du tout. Il était livide et semblait être sur le point de vomir et de s’évanouir en même temps.

« Oh par tous les dieux, qu’est-ce que j’ai fait... »

Il se laissa glisser le long de la paroi du tunnel, sa torche glissant de la paroi contre laquelle elle reposait, et se replia sur lui-même. Dunleon attrapa la torche de son petit compagnon avant qu'elle ne chute et s’accroupit pour être à son niveau :

« Eh, Melky, dit-il d’un ton ferme, ce qui arrive n’est en aucun cas de ta faute. Ils connaissaient les dangers. Et comme tu l’as dit ce matin, si trouver des trésors était facile, tout le monde serait riche non ? »

Melky répondit par un gémissement :

« Mais je ne pensais pas que ce serait comme ça… Je ne pensais pas que ce serait aussi…, il renifla et redressa la tête pour regarder le chevalier dans les yeux, les siens baignés de larmes, le visage déformé par la tristesse, je pensais qu’on allait juste devoir fouiller un peu, et que toi tu allais nous débarrasser des monstres sur notre chemin. Que Kuirot allait nous soigner au cas où on se prenne quelques mandales mais qu’à la fin on repartirait avec un beau butin, pour que toi tu puisses te refaire un honneur, que Kuirot aille dans l’école de magie qu’il voulait pour sauver sa mère-grand malade et qu’Ardice goûte enfin à l’opulence mais… mais…, le jeune archer termina dans un douloureux sanglot, Dunleon, Ardice s’est tranché la gorge et Kuirot nous a attaqué jusqu'à ce que tu lui tranche la tête ! »

Melky fondit en larme, la tête dans les bras. Dunleon prit les torches dans une seule main et entoura les épaules du kender avec son bras libre.

« Oui, c’est horrible et peut-être ne nous sommes-nous pas assez préparé pour ça, je le reconnais. »

Sump regardait le chevalier fixer le vide alors qu’il rassurait l’archer éploré. Un tic agitait un coin de sa bouche et un des muscles de son cou tressautait nerveusement.

« Mais leur mort seraient inutiles si on repartait d’ici sans ce qu’on est venu chercher tu ne pense pas, Melky redressa doucement la tête, semblant choqué par ces paroles, Tu comprends ce que je veux dire ? » Ajouta le chevalier en cherchant du regard son jeune protégé, on doit continuer. On doit retourner à la surface et fouiller ce qu’il reste de ce maudit donjon, repartir d’ici vivant et les poches pleines afin de faire honneur à nos amis et d'aider leurs proches par exemple ! N'es-tu pas d’accord avec ça ? »

Après quelques secondes de silence où le kender sembla réfléchir aux paroles du chevalier, il finit par acquiescer et se relever. Dunleon lui donna une tape encourageante sur l’épaule.

« En avant alors. »

Sump était partant lui aussi. Enfin on allait se mettre en quête de ce que tous étaient venus chercher ici et enfin on allait s’extirper hors de ces tunnels sans fin. Pas trop tôt.


Suite

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Sump


Dernière édition par BreadOOney le Ven 23 Mar 2018 23:02, édité 3 fois.

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MessagePosté: Dim 18 Mar 2018 23:40 
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90. Le meilleur et le pire.


Sump, derrière Melky et Dunleon, revint sur ses pas et atteignit la salle où ils avaient affrontés le mage des lumières déchus quelques instants plus tôt. Il n’y avait plus aucune trace de celui-ci ni plus aucune trace d’obscurité, des torches plantés partout éclairant la scène, mais autre chose les attendait. Haut d’un peu moins de deux mètres, au torse large et recouvert d’un fin duvet blanc, un homme-oiseau se tenait au milieu de la pièce, sur la dalle aux briques sombres où les avait attendu ce qu'il restait de Kuirot. Sa nudité dévoilait de robustes cuisses et mollets musclés et, au bout de ses bras non-moins dotés, dix serres noires tenaient une imposante lance dentelée. Dès qu’il les vit, le bestiau ouvrit grand son bec aussi noir que l’onyx et poussa un cri suraigu. Dans son dos des ailes battirent furieusement l’air faisant voler la couche de poussière présente sur la dalle à ses pattes.

Depuis qu’il avait foulé ces tunnels, Sump avait vu de nombreux homme-oiseaux mais tous étaient noirs. Certains étaient d’ailleurs encore plus grand que celui-ci tandis que d’autres bien plus petit. Il était donc clair que ce n’était ni la force ni la vitesse qui différenciait celui-ci des autres mais bien sa résistance à la lumière. En effet, les noirs ne pouvaient approcher dès qu’une simple torche leur faisait face. Celui-ci au contraire semblait avoir besoin de lumière pour combattre. Et quel combattant il avait l’air d’être ! Sûrement pour les impressionner, et cela marchait bien en ce qui concernait Sump, le corbeau blanc avait exécuté toute une panoplie d’enchaînement avec son arme, la faisant tournoyer dans tous les sens, faisant comprendre qu’il pouvait attaquer dans toutes les directions mais également sur une distance non-négligeable.

« Je vais le retenir, marmonna Dunleon, les dents serrées, vous, allez chercher la pierre.

-Hors de question qu'on t'abandonne ici, nous allons l'affronter ensemble ! » répliqua aussitôt Melky, choqué.

Sump le regarda et haussa les sourcils. Ce sera sans lui alors. Sans détourner les yeux de la créature dansante, le chevalier haussa légèrement le ton :

« Vous allez me déranger, c’est tout ce que vous allez faire. Foutez le camp quand je vous le dirai. Lorsque vous aurez trouvé ce que nous sommes venus chercher, vous pourrez venir me filer un coup de main si le cœur vous en dit. »

Le gobelin reporta son attention sur Dunleon. Celui-ci avait les traits durcis par la concentration et peut-être bien la peur. Néanmoins, il semblait également, à la manière qu’il eut de dégainer sa rapière, se délecter du rude combat qui l’attendait. La vraie définition d'un taré selon Sump.

« Dunleon, insista Melky, Kuirot n’est plus là pour te guérir et te rendre plus fort, tu…

-Partez maintenant ! Hurla soudainement Dunleon alors que l’homme-corbeau se jetait en avant, pointe d’abord, vers Melky.

Heureusement, la lame du chevalier dériva l’attaque dans une pluie d’étincelle et un grand bruit de ferraille. Sump attrapa le bras du kender qui avait encore la folie d’hésiter pour l’entraîner vers la sortie de ces maudits souterrains. Sump avait dans l’idée qu'il aurait peut-être besoin de lui pour trouver un quelconque trésor. De plus, seul, le kender ne représentait pas vraiment une menace, surtout en combat rapproché. Il pourrait donc l’éliminer et s’enfuir avec la pierre si jamais l’occasion se montrait.
Faisant fi des bruits de combat, des ahanements et des cris perçants qui ne tardèrent à se faire entendre, lui et son nouvel acolyte gravirent les marches quatre à quatre pour se trouver de nouveau dans la première pièce du donjon, à savoir l’entrée, où le chien de la grande tapisserie les toisait toujours de son air hautain. À travers les rayons de lumière que laissaient entrer les portes entrouvertes, Sump aperçut les chevaux s’agiter et piaffer à leur vue. Melky et lui ne s’arrêtèrent pourtant pas et continuèrent leur ascension.

« Il nous faut trouver la loggia du comte, souffla le kender, essoufflé, si la pierre est encore quelque part dans ce château, c'est dans les appartements personnel du maître des lieux. »

La loggia du comte, très bien. Sump espérait qu’il savait de quoi il parlait parce que lui non. Apparemment oui puisqu’il pila devant une belle porte en bois et argent et pénétra à l’intérieur.

« Voilà c’est ici... Voyons. »

Sump le sentait fébrile et alors que pour une raison inconnu il se mettait à feuilleter une sorte de bouquin rouge vif qu'il venait de trouver par terre, il le voyait galérer à tourner les fines pages. Sump, lui, ne souhaitait guère perdre de temps à lire, et commença ses recherches, bien décidé à trouvé le caillou blanc avant le kender. La « loggia » était une pièce relativement petite avec un bureau en forme de croissant derrière une grande fenêtre qui offrait une imprenable vue sur la tourbe et ses arbres infestés de ces sortes de gros cocons rouges. Sur les murs, foules d’étagères remplies de livres et…
Le cœur du sekteg s’arrêta de battre un court instant et ses yeux se figèrent sur un des coins supérieur de la pièce. Le fixait également de ses huit yeux rouges, une énorme araignée grisâtre, parmi son empire de toile infestant le plafond. Énorme c’était le mot puisqu’elle était plus grosse que Sump lui-même. Celui-ci n’osait faire un mouvement se sachant surveiller. Il craignait que s’il bougeait ne serait-ce qu'une oreille, la bestiole se ruerait sur lui pour l’égorger avec ses mandibules démesurés et emplis de venin. Mais la question de savoir s’il fallait dégainer ou pas ne se posa même pas. Une flèche atteignit l’horreur en plein dans la tête et c’est les pattes recroquevillées sur son abdomen qu’elle chuta lourdement sur le sol poussiéreux, un filet de toile l’accompagnant dans sa chute. Sump se retourna juste à temps pour voir Melky remettre son arc à son épaule et reprendre sa lecture, ses traits juvéniles tendus par la concentration et le stress. Le gobelin eut une petite moue admirative mais aussi un peu craintive. Mieux vaudrait ne pas le rater lorsque l’heure sera venu. Sa petite carrure, sa gentillesse et son apparente sensibilité le rendait beaucoup moins dangereux qu’il ne semblait l'être en vérité.

Gardant un œil sur l’archer plongé dans les pages du journal rouge, Sump reprit son tour de la pièce en quête d’une pierre blanche. Quelques squelettes jonchaient le sol ainsi que des détritus comme des chaises cassées, une faucille rouillée. Sump se rappela alors du dernier récapitulatif de Melky ce matin. Il n’avait pas très bien écouté, l’esprit encore embrumé de sommeil mais il se souvenait qu’une mutinerie avait éclaté chez les paysans du comte et que ce dernier ce serait fait tué, ne voulant pas leur donner ce qu’ils voulaient. Peut-être que la pierre se trouvait sur le corps du comte. Le gobelin se mit à sa recherche mais il ne savait même pas ce qui différenciait un comte d’un paysan. De plus, des ossements humains dans des armures étaient également présents ce qui signifiait qu’en plus des paysans et du comte, des gardes s’étaient joints à la bataille. Logique jusque-là mais alors pourquoi les paysans, qui avaient apparemment remporté le conflit, auraient laissé là l’Étincelle Blanche ? Melky répondit à cette question sans savoir que le sekteg se la posait. L’archer referma le journal avec un air satisfait :

« Très intéressante lecture mais on a pas le temps de s’éterniser, dit-il en fourrant le livre dans sa besace, juste avant que la mutinerie n'éclate, le comte avait eu une grande discussion avec son fils et lui aurait confié la pierre avant de le sommer de quitter les lieux avant qu’un drame ne survienne. »

Le kender sortit de la loggia pour se diriger vers un pièce à l’autre bout du couloir aux meubles moisis et sentant le renfermé. Sump le suivit, paré à dégainer et à lui trancher la gorge s’il faisait mine de trouver le trésor avant lui.

« On a plus qu’à espérer que ce fameux fils n’ait pas réussi à… Parfait ! »

Le gobelin regarda Melky s’agenouiller sur un cadavre d’ivoire enveloppé dans un manteau de velours violet déchiré et tâché d’un antique sang. Il dégaina lentement sa lame dorée prêt à l’abattre sur la nuque aux boucles brunes de l’archer quand soudain celui-ci se retourna. Le sekteg eut à peine le temps de camoufler son geste en cachant sa main derrière son dos.

« Tu dois me trouver bien dénué de tout sens moral pour être si content que le fils de ce comte ait trouvé la mort dans cette mutinerie… dit-il d’un ton contrit et avec un petit sourire coupable, mais ne m’en veut pas, cela fait si longtemps que je cours après la découverte d’un objet historique...et je l’ai enfin trouvé. »

L’archer montra ce qu’il avait trouvé dans la poche du manteau du cadavre. Une petite pierre brillante d’une blancheur douce et pure. À elle seule elle semblait éclairer la sombre pièce et dissiper toute mauvaises odeurs que les cadavres et le temps s’échinaient à dégager. Sump eut du mal à retenir un grognement de frustration. Il pouvait encore agir mais il remarqua que pour trouver la merveille, le kender avait dû sortir sa propre lame pour découper et découvrir une doublure dans le vêtement rouge du fils du comte de Ballurin, aussi les risques de se faire saigner le premier n’étaient pas négligeables.
Ignorant tout des sombres pensées qui agitaient l’esprit de son verdâtre compagnon, le kender se remit debout et sortit de la chambre.

« On doit retrouver Dunleon à présent, vite ! »

Sump le suivit avec un petit grognement. C’était là la fin de leur collaboration. Il n’allait certainement pas redescendre là-dessous tout ça pour trouver la dépouille du chevalier et se faire becter par ces corbeaux géants… Tout à ses pensées, Sump rentra dans l’archer qui s’était figé dans les escaliers. Devant lui, Kuirot, de grossiers points de suture posés là où sa tête fut tranchée. Il les regardait, la tête penchée sur le côté alors que du sang épais comme de la confiture dégoulinait de sa plaie raccommodée. Il leur refit son affreux sourire.
Retenant comme il pouvait ses tremblements, Melky encocha une flèche ;

« Va-t-en Kuirot, cette fois je n’hésiterais pas à décocher. »

Mais sa voix tremblait tellement. Kuirot leva une main ensanglantée et presque dénuée de chair, la flèche se fichant dans sa poitrine ne semblant pas le déranger le moins du monde et au moment où ses dents déchaussée se séparaient dans un simulacre d’inspiration, son visage explosa, la pointe d’une épée surgissant entre ses deux yeux vides de vie et emplis de ténèbres. Le mage déchu chuta alors comme une poupée de chiffon dévoilant un Dunleon presque dans le même état.

« Dunleon ! s’écria Melky en se jetant sur lui, c'est incroyable, comment as-tu pu t’en sortir aussi rapidement ? »

Le chevalier haussa les épaules ce qui le fit grimacer de douleur.

« Dis-moi que tu as trouvé quelque chose de ton côté. » dit-il en rengainant son épée et en portant un main à une plaie au niveau du haut de son bras.

« Oui j’ai trouvé, répondit Melky avec un ton malicieux, mais viens, sortons d'abord de cet endroit maudit si tu le veux bien. »

Dunleon sourit avec douleur et s’appuya sur le kender :

« Avec plaisir, tu viens le gobelin ? »

Tous trois foulèrent de nouveau la grande entrée, détachèrent les chevaux et sortirent enfin du donjon. Chacun prirent une grande bouffée d’air. Pour purulent qu’il était, jamais il ne serait pire que celui qu’on humait à l’intérieur du donjon du comte de Ballurne.

« Montre-moi s’il te plaît... » implora le chevalier devant les difficultés qu’il rencontrait à monter sa bête.

Tout sourire, Melky farfouilla dans une de ses poches et dévoila le trésor. Dunleon la contempla longuement :

« Ça à l’air minuscule. » dit-il d’une voix neutre.

L’archer la lança en l’air et la rattrapa :

« Oui, mais c’est bien l’Étincelle Blanche. J’ai hâte de l’étudier avec d’autres passionnés, peut-être même des spécialistes, et la voir dans un musée, vue et admirée de tous... elle possède une valeur inesti... »

Sump avait vu le changement chez le chevalier. Il avait vu son expression se figer brutalement aux paroles du kender, aussi se contenta-t-il de reculer quand celui-ci dégaina et enfonça jusqu’à la garde sa rapière dans le ventre de Melky qui hoqueta plusieurs fois avant de tomber à genoux et de s’écrouler. Sans rengainer, Dunleon s’appuya sur son cheval pour se baisser et ramasser la pierre de la main de l’archer qui bougeait encore lentement dans la boue de la basse-cour du château, des flots de sang s’échappant du trou au milieu son corps et de sa bouche grande ouverte.

« Un musée ? ricana amèrement Dunleon en serrant le petit trésor dans sa main tâchée de sang et de boue, comment tu peux parler d’études et d’histoire alors que tu sais très bien pourquoi je suis venu, pourquoi je t’ai accompagné et pourquoi c’était si important pour moi ! »

Le visage déformé par le chagrin, la douleur et la colère, le chevalier dévisagea son ami gisant sur le sol pendant quelques secondes avant de hurler :

« Inestimable, c’est ça que tu allais dire ? Tu n’aurais jamais accepté de t’en séparer même pour tous l’or du monde pas vrai ? Mais même si c’est toi qui l’a trouvée, cette pierre me revient de droit ! J'en suis le plus méritant et j’en ai davantage le besoin ! »

Des larmes coulaient à présent des yeux cernés et rougie de fatigue de Dunleon. Celui-ci sembla se rendre compte de la présence du gobelin ce qui sembla le calmer instantanément. Il eut un pauvre sourire :

« Ne me juge pas… souffla-t-il, je...j’ai besoin de ça pour redevenir celui que je dois être et...et me venger de ces ordures qui m’ont condamné depuis l’âge de seize ans à fouler les routes comme un vulgaire déchet… Mon cousin, ma belle-famille, c’est à cause d’eux que l’on m’a banni, exilé, répudié ! Ce sont eux qui ont fait croire à tout le monde que j’étais un traître jaloux de son frère aîné au point d’empoisonner sa coupe de vin ! Eux qui m’ont dépossédé de mon honneur et de mon identité, moi Dunleon de Sabre-Colline ! Mais je ne suis pas un félon, non ! Aussi ais-je besoin de ceci, il montra la pierre blanche, pour non-seulement prouver à tous que je suis quelqu’un de bon, mais surtout pour que je puisse m’offrir de l’équipement, remporté des tournois et redevenir quelqu’un, redevenir celui que je suis ! »

Il pointa son épée vers le sekteg qui recula :

« Libre à toi d’essayer de m’en empêcher, gobelin. Libre à toi de tenter de t’emparer de cette merveille, mais il faudra que tu me passes sur le corps, moi, Dunleon de Sabre-Colline... »

Il chancela, visiblement à bout de force. Un instant, Sump hésita à tenter effectivement sa chance, puis il se ravisa. Il avait assez vu cet homme à l’œuvre pour être sûr que même dans cet état et même s’il avait les mains liées et les yeux bandés, il ne ferait qu’une bouchée de lui.

« En revanche, reprit Dunleon devant les hésitations du gobelin, si jamais tu as un peu de bon sens sache que je te laisserais en vie, puisque tu as sauvé la mienne avec la torche...Que choisis-tu ? Un combat à mort ou la vie ? »

Sump choisit la vie. Il regarda Dunleon grimper sur son cheval et avec un dernier regard sur le corps de Melky, il éperonna et s’éloigna vers le lointain. Dans le silence de la basse-cour, Sump se retrouva seul avec les trois chevaux et un Melky sans vie. Il fouilla celui-ci, s’emparant de sa bourse qui représentait là une maigre consolation pour cette expédition dans un dangereux donjon, et alla également le délester de son arc et de ses flèches quand soudain un grand fracas retentit, comme si un gigantesque arbre venait de s’écrouler. Les trois chevaux se cabrèrent, hennirent et s’enfuirent au galop à divers endroits de la basse-cour alors que Sump, les oreilles basses et une grimace sur le visage ne bougeait plus. Il sursauta à nouveau quand, à ses pieds Melky prit une grande inspiration et s’agita soudainement. Médusé, le gobelin vit sa plaie se refermer lentement dans une aura verdâtre.
Une fois complètement refermé, le kender finit par s’asseoir, tâtant l’endroit où quelques minutes plus tôt, la vie s’enfuyait de son corps.

« Que…que s’est-il passé ? » demanda-t-il étourdi.

Puis il sembla se souvenir et ses traits s’assombrirent.

« Pourquoi as-t-il fait ça ? La pierre était à nous deux et... et je lui aurais laissé si jamais... » il enfouit la tête dans ses mains.

Sump le laissa là et se dirigea vers la provenance de ce grand bruit. Aux pieds des murailles, les corps éclatés de Dunleon et de son cheval gisaient là, profondément enfoncés dans la boue. Sump regarda autour et ne vit rien. Tout en se demandant ce qui pouvait bien être à l’origine de cela, il ne perdit toutefois pas le nord et s’accroupit pour fouiller la dépouille du chevalier. Serrant entre ses doigts la pierre blanche, il l’a mit dans sa poche et se releva. Il entendit ensuite des bruits de pas qui faisaient « floch floch » dans cette plaine inondée du domaine des Ballurne.

« C’est un des pouvoirs de l’Étincelle Blanche. Contrôler les choses afin que seule le plus méritant ne s’en sorte...»

Melky s’exprimait avec une tristesse lasse et semblait avoir vieilli de dix ans depuis le début de toute cette aventure. Sump, pour qui tout était égal, alla prendre la poudre d’escampette mais après quelques pas un long craquement, ressemblant à un grondement, se fit entendre faisant s’arrêter le gobelin. Une sorte d’énorme tentacule en ronces, racines et autres végétaux menaçait de s’abattre sur lui d’un moment à l’autre.

« C’est Bek’Mor, le roi des marais je crois. C'est lui qui doit m'avoir sauvé...On dit qu'ils sont capables de faire ça les Rois des marais... Commenta le jeune kender sans enthousiasme, le nez levé vers l’effrayant appendice, il doit être manipulé par la pierre ou tout bonnement vouloir que justice soit faite. »

De frustration, Sump grogna encore. Avec regret, il serra fort le petit caillou de nacre dans sa poche avant de le jeter derrière lui, aux pieds du kender. C’est bon il avait compris, c’est ce petit archer qui avait mérité la pierre de pureté, d'accord ! Melky baissa les yeux sur la merveille puis redressa la tête, les yeux brillants soudain d'une colère cinglante.

« Si tu crois que j’en veux toujours tu as tort ! » s’insurgea celui-ci.

Sump le dévisagea, ne comprenant pas sur le coup.

« Cette maudite pierre, elle m’a fait perdre tant de chose en quelques heures… Mes amis, la vision que j’avais sur eux, la vision que j’avais sur le monde, sur la chasse aux reliques, sur l’Histoire ! Je ne remettrais pas les pieds dans un donjon de sitôt tu peux me croire. J’ai été trahis trois fois en même pas une heure aujourd’hui ! Par Kuirot, par toi, et surtout par celui en qui je croyais le plus...celui qui représentait pour moi tout ce qu’il y avait de bon en ce monde...Elle se targue d’être la pierre de la pureté mais aujourd’hui, elle n’a apporté que souffrance, malheur et atrocités ! »

De rage, il donna un coup de pieds dans la pierre de pureté qui alla rouler dans l’herbe. Sump la suivit du regard, se dit qu’il s’agissait là d’un beau gâchis mais qu’il avait toujours gagné une bourse, et sans plus regarder en arrière, se mit à courir pour s’éloigner au plus vite de cet endroit. Melky ne fit rien pour l’en empêcher. Une fois qu'il fut sûr de ne plus être à portée de flèches, Sump se retourna par curiosité. Il vit le kender s’éloigner à petit pas du donjon, la tête basse, semblant porter tout le malheur du monde sur ses épaules.


Suite

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Dernière édition par BreadOOney le Ven 23 Mar 2018 22:30, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines marécageuses autour d'Exech
MessagePosté: Ven 23 Mar 2018 22:02 
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○○○ Épilogue ○○○


91. Point d'ancrage.


Qu'avait apporté toute cette aventure à Sump, le gobelin errant ? Qu'est-ce que ce séjour dans ces plaines désolées et marécageuses lui avait octroyé ? Les premiers jours une truie bien en chair et une dizaine de cochonnets certes c'était vrai... De la nourriture en quantité suffisante pour des semaines, des mois même. Mais il n'aurait jamais pu tout manger avant que la viande ne se décompose, surtout par cette chaleur, aussi avait-il mis en pratique ce qu'il essayait de développer : le dialogue, le commerce...Les affaires.
En échange d'un vieil âne, il avait légué sa truie à des fermiers. Ce fut avec le recul la pire affaire qu'il n'ait jamais mené. L'âne mourut en quelques semaines et avait à peine put le transporter sur son dos. Les bébés de la truie avaient également rapidement dégagé une odeur des plus plus néfaste pour les narines sensibles du gobelin d'ailleurs particulièrement mises à mal durant ce séjour. Après la perte de ses réserves de nourriture et de sa monture, Sump avait eu un coup de chance en se faisant secourir par une quatuor d'humains eux-mêmes à la recherche d'un trésor. En plus de lui avoir sauvé la vie, peut-être allaient-ils le mener à la fortune ? s'était dit le sekteg, alléché. Peut-être allaient-ils le conduire à un objet aussi précieux que Grifoniss, sa relique ? C'est presque la bave aux babines qu'il les avait suivis avant de les sauver et de plus ou moins les aider jusqu'à finir par les quitter. Enfin quitter celui qui restait.
Sump pouvait s'estimer heureux et dire qu'il s'en était bien sorti. Mais cela commençait à ne plus lui suffire de se contenter d'échapper à la mort sans rien gagner d'autre que le bonheur de vivre quelques jours de plus. Jamais il n'avancerait s'il continuait comme ça. Ces longues et difficiles semaines dans cette mélasse ne l'avait pas fait progresser d'un chouïa dans la vie. Il aurait pu avoir une ferme et vivre de founes, ces espèces de lentilles bleuâtres, et de ses cochons, mais cela non-plus ça ne suffisait pas au gobelin. Il lui fallait dorénavant beaucoup plus.
Il repensa à l'offre de cette effrayante voix qui avait fait irruption dans sa tête dans les souterrains du château du comte de Ballurne. La voix du Corrupteur, s'il se rappelait bien. Cette voix lui promettait du pouvoir, de la magie et bien d'autres choses que Sump n'avait pas compris. Mais tout ce que voulait ce dernier c'était la fortune, même pas la gloire, juste l'argent, l'or ! Il ne demandait tout de même pas la lune ! Et il faisait des efforts pour réaliser son rêve, il se battait bec et ongles pour saisir la moindre opportunité qui s'offrait à lui pour gagner un paquet de richesses. Mais ça ne marchait guère souvent, c'était le moins que l'on puisse dire. Les seules fois où cela avait fonctionné c'était avec la relique qu'il avait à la ceinture. Depuis, Sump enchaînait les mauvais paris et les hauts risques sans rien, ou presque, recevoir en retour. Il était frustré et en avait marre.
Heureusement il arrivait aujourd'hui à un tournant.

Abrité de la lourde et brumeuse chaleur par un arbre au tronc tordu et aux fines feuilles, Sump observait la ville qui se dressait devant lui. Munie de hautes murailles et de tours de guets, elle n'avait pas l'air beaucoup plus joyeuse que ce qu'il y'avait tout autour. Néanmoins Sump pourrait peut-être s'y payer un bon repas, si les miracles existent, et une bonne monture qui tiendrait plus de quelques jours éventuellement. Ça allait être la quatrième ville qu'il allait visiter et on pouvait presque dire qu'il était un habitué maintenant. Ses yeux s'attardèrent sur un type vêtu de bouts d'armures, un peu comme Dunleon, affublé d'une cape d'un rouge sombre et de bottes noires. Derrière lui, un étendard portant ce qui devaient être les couleurs de la ville : un écu de chaines sur fond de rouge-sang et de noir. Il semblait hurler sur chaque paysan qui rentrait dans la cité, leur balançant volontiers des taloches derrière la tête ou, lorsque leurs têtes ne lui revenaient vraiment pas, les envoyait au sol se faire fouiller par ses sbires ainsi que renfiler et mordiller par son grondant molosse sans poils et sans queue.
Et tous étaient des humains. Comment réagirait cet individu à l'approche d'un sekteg manchot, sale, exténué et affublé d'un énorme galurin de paille ? Sump avait du mal à répondre de manière positive à cette question. Et contrairement à Tulorim, il n'y avait pas foule pour pénétrer dans la ville et ce garde semblait prendre son travail très - trop - à cœur, aussi se servir de la discrétion était exclu. Mais il ne pouvait pas ne pas y entrer. Il était mort de faim, fatigué, ses pieds étaient couverts d'ampoules, jamais il n'avait autant voyager sans s'arrêter, sans se reposer. À l'approche de la ville en plus, de moins en moins d'arbres, de moins en moins de forêts et de plus en plus de plaines boueuses et désertes hormis quelques piteuses fermes et pathétiques villages. Il lui fallait ce point d'ancrage, au moins pour quelques nuits qu'il puisse se refaire. Il reprit sa marche, ses bottes se faisant sucer et aspirer par la vase.
Il trouverait un moyen d'y mettre les semelles dans cette ville de malheur.


Suite

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