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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 29 Aoû 2015 14:24 
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Chaque seconde perdue est une chance en moins pour retrouver les malfrats. Les deux femmes en ont bien conscience.
Gezabelle se rue vers l'extérieur, Inès sur ses talons, les quelques soldats rencontrés dans les couloirs se font bousculer s'ils ne pensent pas à s'écarter du passage. Ça maugrée mais les deux jeunes femmes n'y accordent aucune attention, bien trop concentrées sur leur objectif.
Sitôt dehors, la rouquine se dirige sans hésiter vers les quelques chevaux attachés le long du mur, elle saisit les rênes de l'un d'eux et grimpe dessus, entraînant Inès par le bras. Cette dernière a à peine le temps de réaliser ce qui se passe que le cheval traverse déjà le porche, laissant derrière eux les cris et claquements de bottes des miliciens.
L'hinïonne se cramponne à la cavalière, crispe ses orteils pensant perdre ses bottes à chaque instant, sa tête sur le côté elle regarde le décors de la ville blanche défiler au galop. Les passants sont courroucés d'être ainsi balayés du chemin, certains semblent affolés et plus encore quand ils voient le binôme pourchassé par des miliciens qui abandonnent vite ; Après tout, la garde aux portes de la ville les arrêtera.

Les portes, justement, se dessinent non loin. Inès jette un coup d'œil par-dessus l'épaule de Gezabelle et un détail l'intrigue. En travers de la porte, des piquets semblent avoir été placés. Plus elles s'approchent, plus la vision se fait nette et surprend l'elfe blanche. Ce ne sont pas des piquets qui barrent la voie, mais un cordon de gardes qui tente de bloquer le passage aux deux jeunes femmes.
La sauvageonne prévient Inès de se tenir prête et incite la monture à redoubler d'effort. L'hiniönne ne se fait pas prier et serre un peu plus ses bras autour de la rouquine et ses cuisses contre les flancs de la bête. La mâchoire contractée, les yeux plissés, elle appréhende l'impact qui s'annonce comme inévitable. Mais la cavalière n'en est, visiblement, pas à son galop d'essai et force le cheval, marqué au fer de la milice, a louvoyer, semant le chaos dans ce cordon et le déliant. Les soldats se jettent sur les côtés et les demoiselles laissent derrière elles la cité kendrane et les quelques flèches désespérées de miliciens l'étant tout autant. Les cris s'estompent, remplacés par le halètement de la monture, que Gezabelle ne dételle pas.

Les voilà seules sur la longue route pavée qui se perd au loin. Inès s'inquiète. Auraient-elles tant de retard sur leur cible ? Se pourrait-il qu'ils se soient engagés hors de la voie principale ? Le coffre, son grand-père, le temple, l'aile secrète, les morts suspectes, ces voleurs… Tout se bouscule mais un point commun les réunis, le besoin, la rage même, d'accomplir la dernière volonté de son aieül.

"Là."

Ce seul mot la sort de son inquiétude et dynamise sa hargne. Oui, les voilà, droit devant. On n'aperçoit que de simples silhouettes, mais ce sont eux. C'est obligé. Rapidement, les détails s'accentuent. Trois hommes. Trois, alors qu'elles ne sont que deux.

(Foutue dague !)

Ils font volte-face et sont prêts à en découdre. Inès reconnaît immédiatement le balafré. Sa stature, son équipement et, surtout, le coffre ! Les deux autres s'écartent et semblent tout aussi armés et dangereux que le meneur.
Combattre à trois contre deux, sans même avoir son épée. Inès peste et propose à demi-mots à Gezabelle de charger sur l'un des sbires. Il faut les séparer, les surprendre, les écraser, prendre l'avantage d'une manière ou d'une autre.

La main sur la dague elle se prépare comme elle peut à l'affrontement.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 29 Aoû 2015 17:47 
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Cawen accorda un sourire légèrement crispé puis haussa les épaules.

"Non, je ne vois rien de réalisable pour le moment. S'en prendre à l'appareil pourrait causer notre perte et les affronter, comme je te l'ai dit, n'est pas possible en direct."

Itsvara ne put retenir un soupir. La fatigue se faisait de plus en plus présente et la patience diminuait d'autant dans cette situation verrouillée. Elle regardait avec lassitude autour d'elle, cherchant désespérément une solution. La pièce était vide, à l'instar de ses pensées. Rien n'y faisait, il était temps de dormir.


Elle s'installa sur la couchette de fortune, elle sentit les boulons et autres rivets marquer peu à peu sa chair. Elle cherchait une position pour en faire le plus possible abstraction, tourna le dos à Cawen et s'assoupit, épuisée.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 29 Aoû 2015 20:56 
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Au matin, il fait plein soleil, et vous êtes déjà réveillés quand Andrew vient vous réveiller, l'air ravi :

"Si vous voulez sortir, mes chéries, vous pouvez. Ce n'est pas comme si vous pouviez aller bien loin..."

Vous êtes en effet à cinquante mètres d'altitude. Le temps est claire et de hautes montagnes se dressent à l'est, mais vous allez bientôt les dépasser. Droit devant, vous commencez à apercevoir les étendues mornes et brunes de l'Omyrie...

"Nous approchons rapidement de la destination. Je vais retourner pour garder le cap."

Cawen grogne de son côté sur ses doutes de voir cet homme capable de garder un cap, mais seulement une fois qu'il est parti. Une nouvelle journée se lève, et vous semblez relativement libre de vos mouvements... mais si vous sortez, vous remarquerez bien vite qu'un des sbires d'Andrew n'est jamais loin...

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 3 Sep 2015 06:28 
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Gezabelle répond favorablement à la demande de l'elfe et la monture fonce rapidement sur le balafré qui surpris tombe au sol, laissant tomber le fameux coffre qui roule chaotiquement en dehors de la route pavé. Il se relève pourtant avec aisance, un rictus de rage déchirant son visage, il lève alors la main et une ombre fuligineuse attaque le cheval et le fait se cabrer faisant tomber les deux femmes. Quand elle se relève les deux sbires ont déjà comblé une partie du trajet et se prépare à les attaquer et la monture s'est éloigné. Ines étant retombé sur le postérieur ne souffre pas trop et son amie semble avoir eu tout autant de chance.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 11 Sep 2015 19:56 
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Gezabelle porte son choix sur le porteur du coffre qui, surpris, se retrouve au sol et laisse s'échapper son précieux reliquaire en dehors de la route. Inès a à peine le temps de s'inquiéter des dommages subis par son précieux trésor que le balafré se relève sans attendre et inflige à la monture une vague de peur qui la fait se cabrer et expulser ses deux passagères.
Dans un réflexe, Inès tente de s'accrocher à Gezabelle, comme si cela pouvait la retenir de se retrouver au sol… Les pensées s'emballent comme le cheval qui est désormais loin. La tentative est un échec. Les trois hommes sont toujours là, déterminés à descendre les deux femmes six pieds sous terre.
Déjà, ils s'approchent et s'apprêtent à bondir sur leurs deux proies qui se sont relevées et placées, instinctivement, dos à dos, les armes sorties.

"On utilise leur assaut ?" chuchote Inès à sa dyade.

Inès espère pouvoir esquiver pour planter sa dague dans un des assaillants, accordant une totale confiance aux capacités de la rouquine.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 12 Sep 2015 05:06 
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Soldat Gris 1 : Attaque réussite
Ines : Attaque réussite
Soldat Gris 2 : Attaque réussite critique
Gezabelle : Attaque echec

Le vélite s’engouffre dans la brèche laissé par Ines et il ne manque pas sa cible. La lance aiguisée taille l'épaule de la jeune guerrière. Mais sa ruse n'est pas vaine, car hargneuse la jeune fille arrive à donner un coup de dague dans l'abdomen de son adversaire qui reprend une distance raisonnable. Son ventre saigne mais l'homme ne laisse rien transparaître sur son visage froid.

Gezabel à moins de chance, son opposant semble être aussi rapide qu'elle et il lui assène un coup puissant qui fait tombé la rouquine. Celle-ci se relève grimaçante les dents serrées, elle est touché à la cuisse, le sang jaillit largement d'une entaille bien fraîche et commence à rougir ses bottes.

Le chauve regarde satisfait.

Vous ne pouvez aller contre l'ordre en marche, nous allons vous délivrer de vos tourments. Elle sera votre bienfaitrice, votre diapason, rendez-vous et rejoignez-nous. Votre lutte est inutile.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 18 Sep 2015 12:11 
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Les assaillants se savent en position de force et n'hésitent pas une seconde pour se ruer sur leurs cibles. Leurs lances fendent l'air et fondent sur leurs proies.
Inès voit l'arme foncer sur elle mais la vitesse de l'attaquant la surprend et elle esquive à peine la charge, si bien que la pointe vient entailler son épaule. Surprise et agacée par son manque de réflexe, elle sent la rage monter et par instinct ou par vengeance, elle enfonce sa dague dans l'homme qui se recule rapidement. Son ventre saigne mais il reste stoïque. Cette victoire en demi-teinte s'assombrit sitôt l'hinïonne réalise que sa compagne est agenouillée. Son adversaire, lui, est toujours aussi vaillant ce qui ne manque pas de réjouir le chef du groupe. Il leur déclare alors :

"Vous ne pouvez aller contre l'ordre en marche, nous allons vous délivrer de vos tourments. Elle sera votre bienfaitrice, votre diapason, rendez-vous et rejoignez-nous. Votre lutte est inutile."

Se rendre ? Arrêter de lutter ? Face à de vulgaires, mais doués, voleurs ? Cela dépasse l'entendement d'Inès et lorsque Gezabelle se redresse, sa volonté se fait plus forte. Elle lui lance un regard interrogatif qu'elle laisse ensuite glisser sur sa blessure. Le sang coule. Il coule bien trop, bien trop vite. L'hésitation monte. Si , en pleine possession de leurs moyens, Gezabelle et elle n'ont su contenir les attaques des deux sbires, qu'en serait-il avec de telles blessures ? Et l'homme en gris n'est toujours pas intervenu.
Le doute se fait plus profond. Elle pose son regard sur le coffre et revient à Gezabelle. En bougeant à peine ses lèvres elle murmure à la rouquine :

"Ta blessure est grave. Et ils sont rapides… Penses-tu qu'on puisse retourner la situation à notre avantage si on les suit ?"


Les trois hommes sont impassibles, bien qu'une lueur fanatique brille au fond de leurs regards.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 27 Sep 2015 09:55 
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Soldat Gris 1 : attaque réussite
Ines : esquive échec
Soldat Gris 2 : attaque échec
Gezabelle : attaque réussite

Alors que Ines parle, elle prend un violent coup de poing dans le nez de la part de son adversaire qui n'est pas si impassible qu'elle l'aurait espéré. Elle recule de plusieurs pas. Son nez est en sang et une vive douleur lui irradie le visage. Le deuxième soldat veut en finir mais son coup sur une Gezabelle censé être moribonde échoue, la rouquine frappe alors fort, et blesse son ennemi qui devra faire avec une entaille relativement large à l'épaule.
Visiblement les trois hommes ne lâcheront rien. Le chauve s'écarte pour aller chercher le coffre.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 11 Oct 2015 19:14 
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Phyress se redressait doucement. Elle avait passé la nuit à se tourner dans sa paillasse et était encore abrutie des heures restées à fixer le noir de sa chaumière. Trop de pensées et de rêves pour trouver le sommeil.

La jeune fille resta assise un long moment à scruter ses alentours comme si elle cherchait à retrouver ses repères. Pourtant, cette maisonnée, elle la connaissait depuis toujours. Rien n'avait réellement changé. Le foyer crépitait toujours au petit matin et faisait bouillir une soupe d'algues Kendrannes. Toujours la même soupe. Elle et sa mère n'avaient pas le luxe de pouvoir s'offrir mieux. Les paysans travaillaient dur pour remuer la terre et en faire jaillir des champs dorés de blés et de maïs, mais eux non plus, en ces temps difficiles, n'avaient pas de meilleurs mets sur la table.

Phyress massait ses côtes douloureuses et ses articulations apparentes. Sa minceur était de plus en plus flagrante, la jeune femme s'y faisait mais derrière cette routine et cet éternel sentiment de déjà-vu, elle brûlait d'une envie nouvelle. Rapporter du gibier au village. N'importe quoi, un petit faon, une belle prise d'oiseaux aux jolies plumes, quelques lièvres ou de petits lapins qui, même maigres, apporteraient une saveur nouvelle à cette éternelle soupe douce et iodée.

Sa mère était assise, toujours à la même place, sous l'embrasure de la porte à demi-ouverte et tissait. La vieille femme tirait le fil et l'aiguille du matin au couchant, tant que le ciel avait de la lumière à offrir à ses yeux fatigués, elle travaillait de l'aiguille de bois et de la dextérité acquise par ses vieux doigts au fil du temps et réalisait des chemises de chanvre que le forgeron utilisait pour rembourrer ses armures et les tanner. Ce petit travail remplissait à peine leurs estomacs et le regard accusateur de la mère renvoyait à Phyress se plus lourdes désillusions.

La jeune femme ne rêvait pas de devenir tisseuse, même si sa mère ne voyait pas en elle autre chose qu'une héritière du métier, la jeune Phyress refusait tout en bloc. Elle se leva maladroitement comme un petit cerf essayant de se dresser sur ses pattes et avança jusqu'à la marmite où elle se rempli une petite écuelle de terre cuite qu'elle mangea en silence.

De l'embrasure de la porte venait à elle un petit courant d'air frais chargé d'odeurs herbacées. Le froid et l'automne venaient de poser leur nid et la nuit froide desserrait ses bras de ce petit village éloigné de Kendra Kâr.

La nature reprenait son souffle avant de mourir le temps d'un hiver. Phyress, elle, se sentait comme le monde de l'extérieur. Peu à peu en train de perdre vie.

" Ma vie est un hiver... " Souffla-t-elle.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 12 Oct 2015 04:36 
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De longues minutes passèrent. Phyress frottait ses mains tendues devant le foyer pour se les réchauffer et reposa sur le coin de l'âtre son écuelle luisante des restes de soupe. Encore embrumée par ses rêveries, elle se leva et enfila par dessus sa tunique de chanvre sale les vêtements qu'elle avait tissé de ses doigts ainsi qu'une houppelande à moitié achevée faute de ressources. Sa mère leva un regard sur sa fille, la voyant se vêtir en silence et ramasser l'arc qu'elle conservait soigneusement.

" Tu ne comptes pas sortir, tout de même ? " Demanda sa mère d'une voix calme et tempérée.

Phyress ne répondit pas tout de suite, à vrai dire, elle cherchait ses flèches éparpillées dans la poussière faute de carquois pour les conserver. Elle en ramassa cinq et répondit en tournant le visage vers sa mère.

" J'ai juste besoin de m'aérer un peu. "
" Tu pourrais venir m'aider à terminer ces chemises. Et puis... Il y a les loups. Ne compte pas aller bien loin, jeune fille. " Acheva la femme d'un ton plus pinçant.

Phyress passa une main dans ses cheveux pour les dégager de devant son visage et répondit, un semblant d'insolence dans la voix.
" On ne les entends même pas... Et puis, j'ai mon arc. "

Sa mère ne répondit rien. Phyress rassurée, quitta la maisonnée. Elle craignit que sa mère ne réponde quelque chose de vexant tel que " Mais tu ne sais pas tirer. " . Elle avait craint cette parole, cette vérité. Car si Phyress était agile de ses doigts, elle restait une bien piètre archère, à peine capable d'atteindre le centre de sa cible, alors de là à tuer un loup, même solitaire.

La chaumière était juste en face d'une petite ferme, elle même à côté du forgeron dont on entendait déjà les martellements dans le petit matin frigorifié. Un lac offrait les algues tant utilisées pour les repas et parfois, un pêcheur amateur parvenait à y arracher quelques poissons argentés. Les bois alentours offraient quelques gibiers mais le froid arrivant, ils étaient de plus en plus rares et l'arrivée des loups n'était pas un bon présage. Ils étaient venus trop tôt dans la saison et les derniers jours où l'on pouvait tuer un gibier pour le saler, le fumer et le conserver pour les froides nuits d'hiver s'étaient écoulés.

Phyress respirait le bon air pur. A part le bruit du marteau qui tabassait l'acier, il n'y avait que le bruissement du vent dans les arbres et ses cheveux et les dernières mouches qui avaient survécu au froid.
Phyress méprisait les mouches, toute son enfance elle avait supporté le bruit incessant de ces insectes volants, du soir au matin et du matin au soir qui infestaient sa paillasse, ses sorties, ses repas...
En effet, le village dans lequel elle vivait était fort petit, une vingtaine d'habitants pour des milliers de mouches à la belle saison. L'hiver arrivait et chassait les insectes mais laissait place à un danger plus grand : les loups.

Un drôle de sentiment affectait les gens du village, les chasseurs ne s'aventuraient plus dans les bois et les plus courageux n'osaient presque pas en approcher la lisière. Les fermiers cachaient les bêtes au sein même de leur chaumière. Phyress entendait des ragots comme quoi ils faisaient ça pour se réchauffer sans avoir à brûler les précieuses bûches qu'ils conservaient pour l'hiver, mais la jeune femme était assez maligne pour savoir qu'ils mentaient. Ils craignaient qu'une meute ne vienne la nuit égorger les cochons et les brebis sans que quiconque ait le courage de repousser les bêtes.

Au loin, brillait Kendra Kâr. Phyress n'y était jamais allée bien qu'elle en rêvait jour et nuit. La jeune femme fantasmait cette ville, elle l'idéalisait mais jamais n'avait entreprit de s'y rendre et elle ne le ferait pas maintenant que les loups s'approchaient de son village, elle se devait moralement de rester avec sa vieille mère.

La jeune femme, arc à la main, avança quelques pas vers le terrain d'entrainement qu'elle s'était improvisé à l'aide de quelques chasseurs. Ensemble, ils avaient récupéré des bûches dans la forêt et amassé le foin inutilisable. Un fermier le lui avait cédé avec joie, trop content de se débarrasser de ce foin grouillant de parasites et d'excréments qu'il n'osait pas donner même à ses pourceaux.
Grâce à ça, Phyress avait fait de ses mains deux épouvantails grossiers et manchots qu'il fallait adosser à de nombreuses bûches pour qu'ils tiennent debout. Elle avait même gribouillé au charbon des expressions vilaines sur leurs visages pour avoir moins de remords à tirer sur quelque chose qui avait une forme humaine.

Elle encocha une flèche et respira longuement alors qu'elle bandait son arc. Essayant d'imaginer la trajectoire de son projectile avant de relâcher ses doigts, elle maintenait la pointe de la flèche entre son oeil et sa cible et tira.

La flèche manqua et alla se ficher dans une souche située à quelques pas derrière son épouvantail.

"... "

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Dernière édition par Phyress le Mar 13 Oct 2015 04:16, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 12 Oct 2015 20:55 
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Les rejoindre ?! Mais même si les deux femmes le voulaient, ces sales petites frappes, elles, ont le goût du sang qui les anime, si bien qu'Inès a à peine le temps de finir cette phrase qu'elle se retrouve avec le nez écrasé par le poing de son opposant.
Elle ne l'a pas vu venir celui-là… Ce n'est pas faute d'avoir entendu si souvent de ne jamais baisser sa garde. Le choc est violent, la douleur est vive, la honte est cuisante. Elle recule par surprise, par faiblesse, par souffrance. Sa main se porte sous son nez et se teinte de rouge sang. L'élancement se propage sur tout son visage, dans un engourdissement lancinant et pénétrant. Ses dents se serrent et la rage se mêle à la douleur, elle sent les palpitations de son cœur appuyer plus encore le mal qui l'envahit.
D'une voix nasillarde elle marmonne :

"Sales bâtards, je vais vous occire, quitte à en crever..."

Elle redresse légèrement le visage et se crispe en voyant la charge du deuxième type. Elle se cramponne à sa dague mais n'a pas le temps de réagir, la frénésie s'empare de Gezabelle qui esquive avec souplesse, surtout si on prend en compte son état, et assène un coup lourd et brutal à l'épaule de son assaillant qui se retrouve blessé, profondément.
Inès jubile, pour un temps relativement court… son sourire relance plus encore la souffrance qui lui tambourine le visage. Elle s'affaisse et jette un coup d'œil à son sac.

(L'hydromel… ça va peut-être endormir cette foutue douleur… J'suis plus à ça près.)

Elle glisse sa main et en sort la fiole triple et en boit une partie.

(Merde ! Pas l'hydromel ! C'est dégueu' !)

Le gars en noir se rapproche du coffre. De son coffre. Elle hésite. Prendre l'épée de Gezabelle ? Fracasser l'un des types avec la targe ? Égorger à la prochaine attaque subie ?
Elles sont blessées, mais les deux affreux le sont aussi, et puis, Inès a l'impression que ça va mieux. Peut-être n'est-ce qu'une impression, ou peut-être est-ce le liquide infecte qui vient lui porter assistance. Toujours est-il que sa force et sa rage, surtout après avoir reçu un vulgaire coup de poing comme un pochtron de bar, l'envahissent à nouveau. L'envie de leur faire manger leurs dents, de les écraser comme la vermine qu'ils sont, de prouver sa bravoure et sa maîtrise aussi... Enfin, un tout qui lui donne la folie d'engager plutôt que d'attendre.
De toute façon, pas le temps de réfléchir plus que ça. Elle n'a pas d'arme ? Qu'à cela ne tienne ! Elle le frappera si fort de sa targe que le type se retrouvera avec l’échine enfoncée dans le colon.
Elle se rue telle une sauvageonne sur son adversaire direct et tente le tout pour le tout.


(((Utilisation d'une dose de : Potion de Pv +10Pv/dose (3 doses))))

(((Tentative de : Coup de bouclier : Peu distinguée bien que parfois utile contre un ennemi coriace, cette capacité consiste à tenter d'assommer son adversaire d'un coup de bouclier dans le visage. La force éventuelle d'une arme tenue en main n'entre pas dans le calcul, l'attaque se faisant sans cette arme. L'attaque du bouclier fait for+1/lvl. 20+[lvl]% de chance d'assommer son adversaire. S'il est assommé, il a initiative-1/lvl, esquives et maîtrises-2/lvl, minimum 0, durant [lvl/4] tours, minimum 1).
Condition : être équipé d'un bouclier)))

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Dernière édition par Inès Sannon le Mar 3 Nov 2015 21:41, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 13 Oct 2015 04:31 
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La démarche agile, Phyress courait sans répit après les flèches qu'elle égarait dans l'herbe humide et froide de la nuit passée. Elle avait trouvé des plumes blanches pour les retrouver plus facilement lorsqu'elles se fichaient dans le sol. Autrefois, ses flèches étaient dotées de plumes brunes ou verdâtre venant de la robe des canards du lac mais elle égarait trop ses précieuses flèches.

Elle arracha de la terre une fois encore un de ses projectiles et observa les bois. Quelques ombres fantomatiques engendrées par les branches dansantes sous la pâle lueur d'un soleil timide enchantaient le sol et les feuilles mortes. Dans ce tableau, cette nature morte, Phyress ressentait une envie extrême de s'y aventurer, ne serait-ce que pour quelques pas. Elle ressentait une attirance folle comme si elle était déjà éperdument amoureuse d'une aventure qui n'attendait qu'elle et qui ne commencerait jamais sans qu'elle ne fasse le premier pas.

Sans s'en rendre compte, elle faisait quelques pas, hypnotisée par les pluies de feuilles mortes et l'odeur du bois humide, ces tapis de velours sentant la flore, ces petits lapins timides qui se terraient sous les grosses racines que les arbres creusaient, ces champignons dodus qui sortaient de terre du jour au lendemain. Tout lui tendait une main éthérée, comme un envoutement nouveau et irrésistible.

Une branche craqua et tomba à quelques pas d'elle, assez grosse pour étourdir un homme de bonne constitution. Phyress recula de quelques pas, légèrement apeurée, comme si elle prenait conscience que le danger pouvait revêtir bien des formes.

Serrant sa flèche dans sa main, elle retourna un brin boudeuse sur le terrain d'entrainement où elle continua à décocher ses flèches qui allaient pour la plupart, se ficher dans des bûches ou loin derrière les cibles.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 19 Oct 2015 03:33 
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Phyress essuya de nombreux échecs avant de parvenir à un tir plutôt réussi. La flèche était en plein cœur de la cible, droite et parfaitement centrée. Satisfaite, elle s'approcha de l'épouvantail et observa un peu son tir avant de retirer la flèche.

Un nouveau sourire aux lèvres, la jeune femme s'installa sur une souche et nettoya avec quelques touffes d'herbe les pointes et les plumes de ses projectiles. Le temps était de plus en plus frais et quelques frissons parcouraient sa colonne et le bout de ses doigts et de son nez commençaient à rougir de froid. Plus bas, dans le village, un chahut soudain attira son attention. Quelques hommes s'étaient rassemblés sur la petite place au centre du village, là où un lavoir de pierre avait été érigé afin que les femmes puissent nettoyer le linge sans avoir à quitter le village. Sous le petit porche de pierre verdit de mousse, quelques ombres clamaient un mécontentement manifeste. Des éclats de voix, de la colère et des pleurs. De tous ces hommes, il n'y en avait aucun qu'elle ne connaissait pas. Paysans, meuniers et le berger.

C'était Wil, le berger qui criait sa colère. Bien qu'il ne s'agisse nullement d'une dispute ou d'un règlement de compte, les autres hommes lui donnaient de chaleureuses tapes sur l'épaule et d'autres, la mine basse, fixaient le sol l'air grave.

" Trois moutons qu'il m'a tué c'te nuit ! Trois. V'indnon, mais qu'est que j'vais y faire moi c't'hiver. Y'a djà pas d'quoi se remplir la panse, vl'à que l'vieux Wil y dormira dans l'froid. "

Phyress arriva à entendre la conversation, les femmes curieuses observaient le manège par la porte mais n'approchaient guère davantage.

" Allons, où qu'ça c'est passé Wil ? Dans ton enclos ? "
" Vindnon, du tout ! C'te monstre il a tué à l'extérieur. Comme si qu'z'avez voulu quitter la bergerie. C'que j'ai rien entendu moi. "

Le ton montait. Quelques hommes se dirigeaient vers leurs fermes et leurs granges afin de se munir de fourche et de bêche et rejoignaient le lavoir où le vieux Wil buvait un gobelet de vin tiède offert par un paysan compatissant.

Phyress était fascinée, il devait s'agir là d'un loup. On disait que les bêtes tuaient le bétail et retournaient dans la forêt pour se reposer avant de retourner à la chasse quelques jours plus tard. La jeune femme s'éloigna à son tour et se rendit discrètement chez elle avant de se diriger jusqu'à la vieille bergerie de Wil située quelques pas plus loin derrière un petit bosquet boisé. D'ordinaire, Wil gardait ses bêtes non loin des bois car c'était là qu'elles se nourrissaient le mieux et lorsque, au milieu de l'hiver, les vivres vinrent à manquer, il conduisait alors son troupeau jusqu'aux abords du lac où là, elles se gavaient de mousse et d'herbes folles bien qu'elles soient rares.

Phyress portait dans ses mains un bol encore fumant d'algues Kendranne. Elle voulait réconforter le vieux Wil qui avait toujours été bon à son égard et avec sa mère. Voir ce vieil homme triste lui faisait de la peine et un repas chaud offert lui mettrait peu être du baume à l'âme.

Elle arriva assez vite jusqu'au petit bosquet et vit un vol d'oiseau de proie, des corbeaux et des choucas qui sautillaient d'un pas lourd et déglingué à côté d'une forme grise et sale. Les mouches s'étaient également invitées à ce triste festin. Phyress détourna le regard et se dirigea plus rapidement alors jusqu'à la porte de la bergerie où elle frappa plusieurs fois.
" Wil ? Wil ? Vous êtes là ? C'est Phyress, j'ai de la bonne soupe pour vous. Wil ? "

Il ne semblait pas être à l'intérieur, la lourde porte de bois était close et aucun bruit ne sortait de la maisonnée. Phyress recula doucement et contourna pour aller vérifier que le vieil homme ne s'occupait pas des bêtes restantes qu'il gardait groupées à l'aide d'un petit portail de bois. Mais il n'était pas là et en prêtant l'oreille, Phyress se rendit compte qu'elle n'entendait aucun bruit, pas même une chèvre ou un mouton. En plus, la porte était fermée, elle le constata en secouant un peu le panneau de bois qui ne bougea pas d'un pouce.

Ses pensées s'égarèrent alors, car si aucun bétail ne bêlait, les corbeaux eux coassaient sans arrêt. En retournant sur le petit chemin qui reliait la demeure de Wil et le village, Phyress tourna son regard vers la charogne dévorée de toute part et, timidement, senti en elle une irrépressible envie de s'approcher et d'observer comment un loup pouvait tuer sa proie. Les oiseaux reculèrent mais n'abandonnèrent pas pour autant la carcasse déjà grouillante d'insectes en tout genre qui remplissaient les plaies de la bête.

Phyress se senti mal. La fourrure douce et blanche de l'animal si docile qu'était ce petit mouton était sale, couverte de feuilles mortes, de brindilles et de terre et sa toison resplendissante avait viré au brun boueux. Le sang faisait de grosses taches noires sur la gorge de la bête et sur les pattes avant, le loup avait égorgé sa victime sur place. Phyress sentait de la transpiration sur son front et le long de sa nuque, son petit coeur battait à tout rompre et sa nervosité était telle que lorsqu'elle entendit un bruit derrière elle, la jeune femme sursauta et fit tomber l'écuelle pleine de soupe devenue tiède et se brisa sur la terre froide.

" Phyress ..? Qu'esc'quelle fait donc ici. T'es donc pas avec ta mère ? " Lança le vieux Wil d'un ton presque paternel.
La peur et la honte au ventre, Phyress regrettait d'avoir été prise à observer pareil spectacle. Elle tortillait ses petits doigts et balbutiait les excuses qui lui venaient à l'esprit.
" Wil... J'ai. Je voulais vous apporter un peu de soupe pour vous réconforter et j'ai vu.. Ce que le loup a fait à vos bêtes. " Dit-elle en baissant la tête, navrée de ne rien pouvoir faire pour aider le vieil homme à mieux supporter sa misère soudaine.

" Allons.. " Dit-il après s'être raclé la gorge. " T'devrai pas rester ici seule, surtout après c'tenuit. Le bête, elle a p'êtr' encore faim. Il devait être énooorme. Pouvant avaler un ch'val en... Une bouchée ! " Dit-il en écartant les bras et en souriant, plein de philosophie. Ce fut lui qui arracha un sourire à Phyress, enchantée et rassurée de voir que Wil n'était pas abattu par l'événement. Ce qu'elle croyait être de la force n'était en réalité que de la pudeur.

" J'vin donc d'y mettre mes bestiaux ailleurs, y'a l'autr' con de berger là bas, y lui est arrivé la même chose mais l'a pas avalé sa misère l'pauvr' vieux. Y s'est pendu alors j'peux emprunter un bout d'son pâturage." Sa voix se montra plus triste bien que ferme. Phyress senti alors un nouveau frisson caresser son échine. Sa journée avait son lot de mort pour aujourd'hui.
" Allez, va donc y'r'joindre ta mère ou t'entrainer à tirer avec ton machin. Rest' donc pas là. C'dangereux fillette. "

Phyress jeta un regard morne à son bol fendu à terre et aux algues d'un vert bleuté qui luisaient dans la triste couleur de l'herbe des champs devenue vieille et froide avant de reprendre son sourire. Elle adressa un sourire radieux au vieux Wil et lui dit d'une voix chantante :
" Merci Wil ! Promis quand je serai chasseuse, je vous apporterai de belles prises !"

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Dernière édition par Phyress le Ven 23 Oct 2015 05:11, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 20 Oct 2015 11:28 
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Il s'était déroulé neuf jours depuis qu'Anastasie avait elle-même tué son père. Ils avaient été les plus longs de sa vie. Sa mère était rentrée en compagnie de son frère quelques minutes après le drame ; ils étaient partis chercher le long de la route de Kendra Kâr, mais avaient croisé une patrouille de miliciens qui affirmaient n'avoir vu personne d'autre que des marchands sur la route de toute la matinée, ils avaient donc rebroussé chemin. Les gardes étaient eux arrivés un par un dans les quelques heures qui avaient suivis ; ils avaient également été chargés de retrouver Anastasie, envoyés aux quatre coins du domaine. Quand la jeune femme eut, tant bien que mal, raconté à sa mère les événements du matin, celle-ci prit les choses en main. Elle avait envoyé les miliciens attraper le garde qui avait enlevé son jeune collègue, prévenu les connaissances de son défunt mari de l'enterrement qui aurait lieu le lendemain et rédigé une lettre pour expliquer les événements à la milice de Kendra Kâr, tout en indiquant, avec son accord, que c'était le chef des soldats du domaine qui s'était débarrassé du milicien véreux que la petite noble avait tué.

« Ils peuvent difficilement faire arrêter une membre de la noblesse pour avoir tué un garde corrompu qui allait laisser une jeune femme se faire tuer, mais cela évitera des enquêtes qu'elle pourrait avoir du mal à encaisser dans son état, » avait-elle entendu sa mère dire au vétéran.

Car évidemment, la jeune femme était dévastée. Elle avait pris un bain pour se laver de tout le sang qu'elle avait sur le corps, qui était à la fois le sien, celui du traqueur, du milicien et même de son père, après quoi elle s'était allongée sur son lit et n'en avait pas bougé de la journée, sanglotant à chaudes larmes quand son épuisement à la fois physique et émotionnel ne prenait pas le dessus, la plongeant dans un sommeil secoué de rêves aussi désagréables qu'étranges.

Le lendemain avait été aussi difficile à vivre pour la jeune femme. Elle avait dû se mêler au regroupement de nobles hypocrites venus rendre hommage à son père alors qu'ils étaient sûrement plus occupés à penser à comment récupérer ses parts du marché Kendran qu'à réellement pleurer la mort de quelqu'un qu'ils considéraient tout au plus comme une plaisante connaissance.La présumée faiblesse de Caroline Terreblanc était une aubaine pour eux, c'était l'occasion idéale pour passer des accords tout à fait honteux.

Officiellement, Grégoire Terreblanc avait été tué par la mère de Marielle, qui aurait brandit un couteau alors qu'elle poussait son dernier soupir. C'était une légitime défense acceptable pour la femme de chambre, qui ne se verrait pas traîner dans la boue pour avoir sauvé sa fille, et cela écartait Anastasie de cette affaire également, stoppant net tous les ragots dont elle serait inévitablement la cible si la vérité avait été découverte. L'homophobie de son père étant connue de tous, il avait été décidé de garder cette explication pour justifier son acte, même si les rumeurs concernant une liaison entre Marielle et Anastasie seraient donc inéluctables.

Après l'enterrement du père de la petite noble, se fut au tour de celui de la mère de son amie. Le comité était bien plus restreint, se limitant à la famille qu'elles avaient à Kendra Kâr et aux habitants du domaine.

Après cela, Anastasie et Marielle se mirent à dormir ensemble chaque soir ; les gens commençaient à jaser, mais la petite noble s'en moquait éperdument. Rien ne se passa entre elles, et la servante ne se risqua même pas à une caresse déplacée, elles étaient juste deux amies se réconfortant mutuellement dans une épreuve particulièrement difficile à passer.

Le second soldat véreux avait été retrouvé bien rapidement, juste après avoir tué le jeune homme qui avait eu le cran de s'opposer à Grégoire Terreblanc. Après un passage à tabac bien mérité de la part de ses collègues, il fut envoyer à la capitale où il reçut une sanction exemplaire : vingt ans de cachot pour assassinat, vingt ans pour corruption et encore vingt ans supplémentaires pour trahison de la milice Kendranne. Autant dire que du haut de sa trentaine bien dépassée, il ne verrait plus le soleil avant sa mort.

---


Anastasie était maintenant en compagnie de Fitzekiel. Il venait de la part du Duc Dimitri, encore une fois. Elle l'avait entendu arriver un peu plus tôt et discuter avec sa mère à propos de quelque chose qui échappait à Anastasie.

« Vous êtes sûr que c'est le bon moment pour ça ? » avait demandé sa mère au géant.
« Madame, il y a des spécialistes partout dans la capitale. Si nous venons voir votre fille, c'est justement pour occuper son esprit à autre chose qu'à ressasser les événements récents. Elle ne sera pas mise en danger, je vous le promet. »

Caroline avait dû céder, car quelques secondes plus tard Fitzekiel montait les marches pour la rejoindre dans sa chambre. Anastasie avait demandé à Marielle de les laisser seuls quelques minutes, et le colosse s'était posé sur le lit juste à côté de la petite noble.

« Dimitri a besoin de ton aide, » lui fit-il.

La jeune femme lui adressa un haussement de sourcil interrogateur.

« Il y a des assassinats en ville, » continua-t-il. « On pense qu'ils sont liés à la magie noire, il nous faudrait ton expertise. »
« Expertise ? Depuis quand suis-je une experte ? »
« La façon dont tu as retrouvé le traqueur obscur en l'espace d'une soirée, crois-le ou non mais peu de personnes auraient pu s'en vanter. »

La jeune femme haussa les épaules, peu convaincue. Il était vrai qu'elle était plutôt fière de sa performance ce soir là, autant lors de son enquête que de l'affrontement qui avait suivi. Mais elle en était fière par rapport à ses normes à elle, elle doutait cependant d'être plus qualifiée que n'importe qui dans la capitale.

« Je vous ai entendu, je sais que vous voulez juste me remonter le moral. Je n'ai pas la tête à cela. »

La géant fronça les sourcils et croisa les bras. Anastasie devina très rapidement qu'il était sur le point de faire un de ses habituels discours.

« Mettons de côté les événements récents. Que te vois-tu faire, plus tard ? Dame de la cour ? Mère au foyer ? Paysanne ? Parce que bizarrement, tu agis comme quelqu'un qui ne veut surtout pas faire toutes ces choses. Tu as l'aventure dans le sang, et ce que tu as fait ne t'as peut être pas l'air si exceptionnel, mais de la part de quelqu'un qui vivait oisivement jusqu'à il y a quelques semaines, c'est un exploit peu commun. Tu as encore une marge de progression énorme, que ce soit dans le domaine de la magie ou de l'épée, et c'est aujourd'hui que tu décides si tu reviens à ta vie monotone et placide en attendant que le prince charmant vienne te faire une demande en mariage ou si tu choisis toi-même ton destin et embrasse la carrière que tes tripes réclament. De plus, crois-tu qu'on te demanderait à toi si on ne te croyait pas capable d'être aussi efficace que les soit disant experts de Kendra Kâr ? »

Anastasie fronça les sourcils à son tour. Elle s'était attendu à un monologue, mais sûrement pas à ça. Il fallait dire que pour un géant dont les aptitudes semblaient à première vue uniquement physiques, Fitzekiel avait un esprit acéré, et il savait se montrer brillant orateur quand il le fallait.

« Très bien, » lâcha simplement la jeune femme. « Si vous me dites ce que vous faites au service du Duc. »

Le géant sembla peser le pour et le contre.

« Je suis un pirate, » fit-il enfin, après de longues secondes de silence. « L'année dernière j'ai eu la mauvaise idée de piller un navire officiel Ynorien. Lorsque nous avons fait escale à Kendra Kâr, Dimitri avait reçu une missive pour signaler notre équipage, depuis il a fait arrêter tout le monde et a réquisitionné le bateau. Il m'a dit que si je lui rendais service assez longtemps, il me rendrait le tout en échange de la promesse de ne plus m'attaquer aux navires officiels d'Oranan et de Kendra Kâr. »
« Un capitaine pirate, j'en étais certaine ! » s'exclama la jeune femme, émerveillée. « Vous savez, je crois que ça vous rend encore plus désirable, » ajouta-t-elle en s'approchant légèrement de lui pour poser une main sur sa cuisse.

Le géant la repoussa d'un geste délicat, s'attirant un regard foudroyant de sa part.

« Quoi, vous les aimez plus grandes, blondes et musclées ? » s'énerva-t-elle, faisant allusion aux clichés des légendes des pirates du nord qu'elle avait pu lire durant son enfance.

Il ricana.

« Non, je les aime petites, brunes et avec de l'esprit, » rétorqua-t-il, la faisant ostensiblement rougir. « Et je te promets que je ne repousserais pas tes avances si tu insistes de nouveau lorsque tu seras moins fragile. En attendant, fais tes valises, on part dans l'après-midi. »

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 20 Oct 2015 11:48 
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« Parlez-moi de ces meurtres, » fit-elle, brisant le silence qui durait maintenant depuis de longues minutes.

Ils avaient quittés le domaine en milieu d'après-midi ; Kendra Kâr était à près d'une demi journée de marche, mais à cheval ils seraient en ville à la tombée de la nuit – qui arrivait, l'hiver approchant, de plus en plus tôt dans la journée.

« Qu'est-ce que tu veux savoir ? »

Anastasie réfléchit quelques secondes. Elle n'avait jamais participé à une enquête, ni même assisté à l'une d'elle, mais quelques questions logiques lui venaient à l'esprit.

« Il y en a eu combien ? » commença-t-elle.
« Pour l'instant, on en a répertorié quatre qui semblent connectés. »
« Par quoi sont-ils connectés ? »
« Eh bien, déjà toutes les victimes ont été retrouvées dans la même position. Allongées dans la rue, les jambes raides, le bras gauche le long du corps et le bras droit perpendiculaire à celui-ci. »

Anastasie haussa les sourcils. Pour que l'on demande son aide à une prétendue experte en magie noire, elle s'était effectivement attendue à des meurtres hors norme, mais elle n'avait rien imaginé de si... étrange.

« Ah, et toutes les victimes sont des femmes, relativement belles, brunes et plantureuses. »

( Plantureuses... au moins je ne risque rien, ) songea Anastasie en jetant un œil à ses formes presque inexistantes.

« Toutes de la basse société, aussi, et elles ont été retrouvées avec une trace noire non identifiée sur le front. Mais ça ne semble pas avoir été appliqué par dessus, c'est comme si la peau elle-même avait noircie, comme une marque de naissance, sauf que ce n'en est pas une. »
« D'où la théorie de la magie noire, » en conclut Anastasie.
« Exactement. »

Le silence regagna l'équipée, alors qu'Anastasie réfléchissait aux implications des révélations du géant. La tâche se révéla cependant plus ardue qu'elle ne l'aurait pensé, et la jeune femme eut beau chercher de toutes ses forces, rien dans sa mémoire ne coïncidait avec ces meurtres si particuliers. Elle allait, selon toutes vraisemblance, devoir passer de longues heures à la bibliothèque de Kendra Kâr.

( Toutes de la basse société... cela explique au moins pourquoi c'est l'équipe du Duc Dimitri et non la milice qui se charge de l'enquête, ) songea-t-elle avec amertume.

On pouvait difficilement reprocher à la milice Kendrâne d'être la plus corrompue de Yuimen, et la pauvreté était sans nulle doute l'une des moins alarmante du continent, mais, comme dans chaque société, la mort des pauvres était moins importante que celles des riches. Quelques mois plus tôt, Anastasie n'aurait même pas songé à cela, mais maintenant ce fait la frappait et la contrariait tout particulièrement.

( D'ailleurs, pourquoi des femmes de la basse société ? ) s'interrogea-t-elle. ( Surtout des plantureuses, elles sont plus fréquentes chez les nobles et les bourgeois que chez les pauvres. )

« Ont-elles été violées ? » demanda-t-elle au colosse.
« Il semblerait que non, mais on a retrouvé des traces de ce qui pourrait être du sperme sur leur corps. »

Fitzekiel se gratta le menton, apparemment gêné par quelque chose.

« J'ai oublié de te dire qu'elles étaient nues quand on les a retrouvées. Je te présenterais au médecin légiste, de toute façon, il pourra t'en dire plus que moi. »

Anastasie hocha la tête, replongeant dans ses pensées.

( Du sperme, donc. Il s'attaque sûrement à des femmes qu'il trouve belles. Mais pourquoi pas des nobles ? Par peur que la milice s'en mêle, peut-être ? Mais s'il veut continuer, il y a forcément un moment où il y aura trop de morts, où même la milice se mobilisera à grande échelle. Ca ne semble pas logique. )

« Et la fréquence des morts ? »
« Une toutes les trois nuits exactement. On a retrouvé la dernière hier soir. »
« On a jusqu'à demain soir avant la prochaine victime, donc. Vous pouvez m'en dire plus sur les victimes ? Âge, profession, situation maritale ? »
« Elles avaient l'air de dépasser la trentaine, j'en sais pas plus. Ce sont des détails que tu devras voir avec l'équipe d'enquête. »

Anastasie se mordit l'intérieur de la lèvre d'agacement mais ne répondit pas. Elle était contrariée de devoir attendre jusqu'à leur arrivée à Kendra Kâr avant de pouvoir en apprendre davantage, et donc de commencer son investigation. Cette irritation était tout d'abord due à la réalisation que leur temps avant de se retrouver avec une cinquième victime sur les bras étaient compté ; mais autre chose motivait l'empressement d'Anastasie, une chose qui l'avait guidée cette sombre nuit pendant laquelle elle avait poursuivi cette créature et qui commençait, à mesure qu'elle en apprenait plus sur l'affaire en cours, à l'envahir de nouveau. L'excitation.

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