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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 20 Juin 2015 17:34 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))


Il y avait près d'une demie journée de marche entre la ville et l'exploitation familiale ; cela ne ferait que quelques heures avec les chevaux que leur avait prêté Dimitri. Mais quelques heures en compagnie d'Anastasie pouvait sembler une éternité.

« J'espère que vous ne comptez pas m'abandonner au milieu d'un bois comme la dernière fois, » lança-t-elle d'un ton hautain et cinglant.
« Plus tu parles, plus tu m'en donnes l'envie, » répondit Fitzekiel d'un ton neutre.
« Et je vous prierais d'arrêter vos familiarités ! Il ne me semble pas que nous soyons assez intimes pour que vous me tutoyiez. »
« Ca peut s'arranger, » fit le géant en esquissant un sourire en coin.

La jeune femme s'empourpra de colère.

« Est-ce que vous m'avez prise pour une catin ?! » s'exclama-t-elle d'une voix suraiguë.
« Il ne me semble pas t'avoir proposer de te payer, » lança-t-il de son habituel ton détaché.

Anastasie tira sur les rênes de sa monture, ordonnant à son cheval de s'arrêter.

« C'en est trop ! Je refuse d'aller plus loin avant que vous ne m'ayez présenté vos excuses ! »

Le géant l'ignora parfaitement, continuant sa route comme si de rien n'était.

« Vous m'entendez ? Je reste ici ! »

Devant l'absence de réaction de la part de l'intéressé, qui s'éloignait de plus en plus, la jeune femme pesta. Mais elle restait immobile ; elle comptait bien tenir parole et attendre là jusqu'à ce qu'il finisse par s'excuser. Sa résolution vacilla toutefois bien rapidement lorsqu'un aboiement se fit entendre derrière elle. Paniquée, la petite noble talonna sa monture à répétition en hurlant des « Attendez-moi ! » d'une voix hystérique.


Après plus d'une heure de chevauchée rythmée par les incessantes plaintes de la jeune femme, les deux cavaliers arrivèrent devant le bois qu'il leur faudrait traverser pour rejoindre la route pavée qui les mènerait à la demeure familiale le plus rapidement possible.

« Tais-toi, » intima le géant à l'attention de la belle.
« Mais je n'ai rien dit ! » s'énerva celle-ci.
« Justement, continue comme ça. Ce chemin est parfait pour une embuscade, j'aurais besoin d'entendre le bruit des feuillages. Alors tant qu'on est pas sortis du bois, tais toi. »

Anastasie pesta quelques secondes, pour la forme, mais finit par se taire une fois le seuil franchi.

Le soleil avait presque disparu à l'horizon, ne laissant qu'un léger rayon éclairer leurs pas. Les feuilles, multicolores, commençaient tout juste à tomber en ce début d'automne, rythmant les pas des chevaux par quelques bruissements irréguliers. Ces bruits parasites ne semblaient pas gêner le géant, qui surveillait d'un œil attentif tous les alentours, se tournant vers le moindre bruit suspect comme un chat en pleine chasse.

Quelques minutes passèrent sans le moindre incident, jusqu'à ce que Fitzekiel arrête brusquement sa monture, intimant la jeune femme à faire de même d'un geste de la main. Il scruta l'obscurité maintenant presque totale des lieux pendant ce qui semblait être une éternité avant de prendre la parole.

« Sortez de là. »

Le silence regagna le bois pendant quelques longues secondes, si bien qu'Anastasie, qui avait malgré elle retenu sa respiration pendant trop longtemps, se demanda si le géant n'était pas simplement devenu paranoïaque. Mais au moment où elle voulu exprimer ses réserves, cinq brigands vêtus de haillons sortirent des fourrés. L'un d'eux, un petit homme dégarni avec la peau sur les os prit la parole.

« Donn' nous la fill' et ton or ! Et on t'laisse partir. »

En un coup d’œil, Anastasie les avait jaugé : ils étaient d'anciens paysans sur la paille, contraints à adopter une vie de voleurs pour survivre. Il y en avait beaucoup dans le coin, notamment à cause de son père qui monopolisait le marché Kendran grâce à son énorme main d’œuvre et taxait pourtant chaque jour un peu plus les paysans à qui il avait prêté des terres. Mais Anastasie ne se sentait nullement fautive, c'était la loi du plus fort et elle n'éprouvait que mépris pour ces péquenots qui choisissaient la facilité en se lançant dans le banditisme.

Sortie de ses pensées, la jeune femme sentit le regard brûlant d'envie des brigands sur elle. Et celui de Fitzekiel, qui semblait peser le pour et le contre. Anastasie s'empourpra, tant de peur que de colère. Il n'allait quand même pas oser accepter leurs termes ? Mais la petite noble fut bien vite rassurée – quoique également énervée – lorsque le géant se retourna vers les paysans et dit de son habituel ton neutre :

« Je serais tenté d'accepter, mais j'aurais l'impression de vous arnaquer. »

Les intéressés, ne semblant pas goûter à la plaisanterie du colosse, brandirent leurs armes de fortune.

« Dernière chance ! Donn' la ou on la prend d'force ! »

Sentant la confrontation inévitable – ou ne voulant tout simplement pas l'éviter – Fitzekiel descendit prestement de son cheval et attrapa son énorme hache attachée dans son dos. Anastasie pu voir les péquenots reculer instinctivement, visiblement peu sûrs d'eux malgré leur nombre ; ils n'avaient probablement jamais eu à utiliser leurs armes, se contentant d'effrayer les marchands peu protégés et les voyageurs solitaires.

Ne leur laissant pas l'occasion de rebrousser chemin, Fitzekiel libéra sa main droite pour attraper un tomahawk à sa ceinture qu'il envoya directement dans le crâne de l'un d'entre eux. Il récupéra ensuite sa prise sur son hache d'arme, et, profitant de sa formidable allonge, l'envoya en plein dans le cou du dégarni qui avait prit la parole. La panique gagna les survivants. L'un d'eux lâcha son arme, décampant le plus vite possible à travers les bois, tandis qu'un autre blessait le bras de son seul compagnon restant en tentant de donner un coup de lance au géant. Profitant de la confusion générale, celui-ci cassa le bout de l'arme de hast, simplement composée d'une lame et d'un bâton, et l'enfonça dans l’œil du brigand blessé, avant de défoncer la cage thoracique du dernier d'un coup de sa lourde botte.

Anastasie eut l'impression de se réveiller d'un long rêve ; elle avait été subjuguée par la démonstration de force du géant. Et à dire vrai, ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait une telle sensation : la première intervention du guerrier en sa présence avait provoqué la même exaltation. La jeune femme sentit un frisson de plaisir mêlé de dégoût de soi la parcourir alors que Fitzekiel achevait les paysans. Jamais elle n'avait été aussi attirée par un homme, pas même par Dimitri. La jeune femme chassa bien vite ses idées malsaines en voyant un sixième brigand s'approcher du géant en catimini.

« Attention ! »

Le colosse se retourna juste à temps pour dévier la trajectoire de la lance, qui vint se loger dans son mollet. Il attrapa ensuite son assaillant par la nuque et accompagna sa tête jusqu'à la pierre la plus proche, perforant son crâne si profondément que des éclats de cervelle éclaboussèrent les alentours.

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Dernière édition par Anastasie Terreblanc le Mar 7 Juil 2015 12:14, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 24 Juin 2015 23:52 
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Le sourire bienveillant d'Itsvara ne calma point la demoiselle, bien au contraire. Celle-ci explosa de rage et fulmina :

"Pas si terrible ?! PAS SI TERRIBLE ?"

Le sourire se crispa. Cette colère d'humain était démesurée et inappropriée. Tout à fait déplorable.

(Qu'elle aille amuser la galerie, elle ne me sera d'aucune utilité.)
(T'es vraiment conne… Sans déconner, je ne comprends pas comment tu as pu en arriver là. Varancka n'était pourtant pas un pudibond…)

Les paroles d'Acknarav se mêlèrent aux éclats de rire d'Andrew. Itsvara demeura imperturbable dans ce tumulte de sentiments. Les derniers rebonds d'hilarité s'éteignirent laissant au visage du Lord cette impassibilité déconcertante.

"Je te laisse lui expliquer, à cette innocente fillette de deux mètres de haut…"

Outrée, elle marmonna, incapable de totalement retenir ses mots : "Je vous en prie ! Vous n'êtes qu'un enfant dans un corps de vieillard !"

Sa remarque ne perça pas l'attention de l'homme, trop occupé à fixer Cawen qui avait levé la main dans une arabesque étrange mais familière. Un frisson parcourut l'échine d'Itsvara tandis qu'elle focalisait, à son tour, son regard sur les mouvements de Cawen.

"Allons… tu sais bien que tu n'as aucune chance. Qui est-ce qui t'a appris ce genre de petits tours, hein ? Tu n'as aucune chance contre moi…"

Le ton cinglant de l'Humain la rendit mal à l'aise, bien plus que le désespoir de Cawen qui s'effondra sur le lit, en larmes. Puis Andrew quitta la pièce, laissant la bâtarde marquer la paillasse de sa triste rage et la Sindel la scruter avec incompréhension et méfiance.
Les sanglots, étouffés par la couche et la probable retenue de la métisse, s'alliaient aux ronronnements du cynore qui entamait son rythme de croisière. L'appareil tanguait à peine, laissant le livre rivé sur le bureau de fortune et le paysage courir par les ouvertures.

Itsvara avait détourné son regard de sa compagne de chambrée et le laissait voguer au-dehors. Elle ne savait comment réagir à l'état de Cawen. Elle avait bien tenté d'obtenir conseil auprès d'Acknarav mais celle-ci ne lui accordait que le silence pour toute réponse.
Sans aucun doute, la demie-elfe craignait la compagnie des deux tas de viande, et plus encore celle de leur chef ; il était ainsi évident qu'elle s'était retrouvée enchaînée à cette équipée, sans pouvoir s'en soustraire. Et, s'il était impossible de déterminer les évènements l'ayant entraînée dans cette situation, Cawen montrait des regrets en se vitupérant. De quoi se blâmait-elle ? Itsvara l'ignorait et, sur l'instant, elle n'en avait cure.
Elle esquissa un sourire, repensant au moment passé dans la charrette. Le conseil que lui avait donné sa co-détenue était tellement congru dans les circonstances actuelles. Elles n'avaient d'autre choix que d'obéir et de réussir à satisfaire les exigences de leurs ravisseurs.

Elle soupira et se retourna, visiblement exaspérée par l'attitude de Cawen, pour l'invectiver :

"Vous morfondre ou lamenter ne changera pas grand-chose pour le moment. Contentez-vous d'analyser vos erreurs afin de les amenuiser et ne plus les reproduire…
Et mettons-nous au travail."



Elle ouvrit le livre à la page conseillée et survola la page avant de plonger dans le détail.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 25 Juin 2015 18:24 
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Cawen secoue la tête d'un ai dépassé, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles, mais elle répond, plus calmement :

« Puisque je n'ai pas le choix... Je ne vais pas tomber dans leur piège et vous brutaliser pour vous presser... travaillons ensemble... »

Quand tu arrives sur la page, tu te trouve face à ce texte :

Citation:
Mais pour vraiment comprendre, il faut essayer de saisir le fond de l'histoire, car la vérité se trouve toujours au commencement.

Tout au début de Yuimen, il n'y avait pas d'elfe gris, d'où leur rancœur. Rancœur qui s'exprima pleinement par un rejet de l'humanité. En temps que race plus avancé technologiquement, ils se considéraient comme supérieur, mais qu'en est-il vraiment ? Soyons clair : la technologie seule ne saurait être un justificatif, car la vrai intelligence dépasse la notion d'outil. Or, les elfes gris s'y accrochent désespérément, pourquoi ? Restons donc sur une base solide...

Tout elfe est par définition particulièrement vieux. À cela, ajouter une maturation du corps particulièrement lente, et vous comprenez qu'ils ne sont finalement que de grands enfants. La particularité des enfants est qu'ils s'attachent à des idées simples et refusent d'en détourner leur esprit. Raisonnant comme des enfants, les elfes gris ont acquis la conviction que la technologie était signe de grandeur, et depuis, ils n'en démordent pas. À fortiori, la maîtrise apparente du ciel leur donne une impression de liberté et de domination par rapport à ceux qui restent cloués au sol. Baliverne ! Aynore et cynores peuvent être maniés par des humains autant que par des elfes, et si on excepte leur vitesse, ne présentent que peu d'intérêt de part leur coût prohibitifs. Non, la maîtrise du ciel n'a rien apporté que ne permette déjà toutes les inventions humaines...


Ne reste plus qu'à comprendre comment donner un sens à cela...

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Chibi-Gm, à votre service !


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 6 Juil 2015 08:57 
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« Tu te prends pour une guérisseuse ? » se moqua Fitzekiel.
« C'est ma femme de chambre qui m'a appris ça ! » s'énerva la petite noble. « Si on laisse ça comme ça vous allez continuer à saigner, et puis ça peut s'infecter. Donc il faut cautériser. »
« Tu m'excuseras mais je crois que je risque moins avec une gangrène qu'avec toi qui joue avec le feu à côté de ma jambe. »

Anastasie ignora la remarque du géant et examina la plaie avec attention. Bien sûr, elle ne savait pas du tout ce qu'elle était censé faire, ni même regarder, mais elle voulait avoir l'air le plus professionnelle possible pour lui rabattre le caquet. Après près d'une minute de silence et d'inaction totale, sentant que sa crédibilité s'effritait – si tant est qu'elle ai jamais existé – la jeune femme prit son courage à deux mains et fit ce qui lui semblait être le plus judicieux. Elle attrapa la lance de fortune le plus près possible de la plaie et tira d'un coup sec, arrachant au colosse un rictus de douleur.

« Si c'était pour faire ça j'avais pas besoin de ton aide, » articula-t-il péniblement. « Et est-ce que tu n'aurais pas dû faire le feu avant de retirer la lance ? »

La jeune femme leva vers lui des yeux ronds, consciente de la bêtise qu'elle venait de faire.

« Je savais que c'était une mauvaise idée, » ronchonna-t-il en s'affalant complètement sur le sol.

Légèrement paniquée, Anastasie tripota la plaie, qui saignait maintenant abondamment, comme pour la faire cicatriser par magie.

« Si tu trouves pas une solution pour arrêter le saignement d'ici deux minutes je prends ta robe pour en faire un bandage, » prévint Fitzekiel, paniquant encore plus la petite noble.
« Heu, je, heu... je vais faire un feu ! »
« Est-ce que tu sais au moins comment on fait ? »
« Bah on met des branches par terre et on... »
« C'est bien ce qu'il me semblait. Passe moi ta robe. »
« Non ! »

Anastasie posa ses mains sur la plaie, cherchant vainement une solution pour la faire disparaître.

( Merde, guéris, guéris ! )

Et contre toute attente, sa prière fut entendue. La jeune femme sentit une formidable énergie se concentrer dans son corps, venant de partout et nulle part à la fois ; c'était comme si elle avait toujours été là, à simplement attendre, sans que la petite noble ne s'en rende compte. Ses mains se mirent à rayonner, illuminant non seulement la blessure mais également les alentours. L'énergie la quitta d'un seul coup, semblant s'échapper de ses mains ; la seconde d'après, la plaie était entièrement guérie, et Anastasie était prise de vertiges terrifiants.

« Bah merde alors, » fit sobrement Fitzekiel. « Une magicienne de lumière. »
« Une... une quoi ? » demanda la jeune femme, hébétée.
« T'as l'air plus surprise que moi. Je suppose que c'est la première fois que tu fais ça ? »

Anastasie regarda ses mains, sous le choc, avant de répondre au géant par un simple hochement de tête. Elle ignorait complètement ce qui venait de se passer, mais elle se sentait soudainement complètement vidée de la moindre force. Elle était épuisée à la fois physiquement et psychologiquement, se sentant doucement glisser vers une torpeur qui lui semblait parfaitement inéluctable ; elle regarda de nouveau Fitzekiel avec la même expression de surprise que quelques secondes auparavant et, sans crier gare, tomba sur le côté, s'aplatissant de tout son long, inconsciente.

Elle se réveilla quelques temps plus tard près d'un feu de camp dans une petite grotte ; il faisait encore nuit et il s'était mis à pleuvoir.

« Ca tombe bien que tu te réveilles, il faut que j'aille nous chercher à manger, » fit Fitzekiel qui ne portait plus que deux tomahawks.
« Que s'est-il passé ? »
« Tu t'es endormie, puis il a commencé à pleuvoir, j'ai dû nous trouver un abri pour la nuit. »
« Pour la nuit ?! » s'exclama Anastasie, au bord de l'hystérie. « Je refuse de dormir ici ! »
« Tu viens de le faire, » répondit calmement le géant en ponctuant sa phrase d'un petit haussement d'épaule.
« Je ne dormais pas, j'étais évanouie ! » s'indigna la petite noble.
« Blanc bonnet, bonnet blanc... » se moqua le colosse de son éternel ton détaché, provoquant une expression outrée de la part de son interlocutrice. « De toute façon on a pas le choix. J'ai été surpris par la vitesse du vent, je ne m'attendais pas à voir cette intempérie avant deux heures, mais on ne peut pas continuer avec ce torrent. Je vais déjà avoir du mal à nous trouver de quoi manger. »

Anastasie, qui avait visiblement, au grand dam du guerrier, retrouvé sa mauvaise humeur en même temps que ses forces, afficha une moue boudeuse, mais ne pipa plus un mot... avant de se rendre compte qu'elle n'était plus vêtue de sa robe à dentelles mais d'une armure de cuir.

« Que... comment est-ce que je me suis retrouvée là dedans ? » demanda-t-elle en écarquillant les yeux d'avantage chaque seconde.
« Ta robe était trempée, » répondit simplement l'autre, attendant la tornade d'injures qui ne tarderait pas à arriver.

Mais la jeune femme ne s'énerva pas ; au contraire, elle perdit soudain tous ses moyens et détourna le regard pour cacher ses joues rosissantes à vue d’œil.

« C'était l'armure du gars à qui tu as ouvert le crâne. Je me suis dit qu'elle pourrait être utile. »

Anastasie ne répondit pas, toujours trop gênée pour esquisser le moindre mouvement ; le silence continua quelques longues secondes.

« Je te laisse une épée courte, au cas où, » lâcha finalement Fitzekiel avant de quitter la grotte.

A peine fut-il dehors que la jeune femme soupira de soulagement. Elle ne savait plus où se mettre en sa présence.

( J'ai toujours cru que le premier homme à me voir nue serait mon prince charmant, ) pensa-t-elle.

Elle ne savait pas trop comment elle se sentait, elle était gênée mais elle n'aurait su dire si l'idée que le géant l'ai vu nue lui déplaisait. La première question qui lui traversa d'ailleurs l'esprit était de savoir s'il avait apprécié ce qu'il avait vu ; si elle n'était plus aussi émoustillée par sa présence que lorsqu'elle l'avait vu exécuter tous ces paysans, elle n'en restait pas moins très attirée par le colosse, bien plus qu'elle ne l'avait jamais été par qui que ce soit.

« Mais qu'est-ce qui cloche chez moi, c'est un rustre ! » s'énerva-t-elle.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 6 Juil 2015 08:57 
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Fitzekiel revint rapidement, tenant une paire de lapins dans la main. Quand il commença à les dépecer, Anastasie détourna vivement le regard pour échapper au spectacle.

« Ca t’écœure ? » s'enquit le géant, visiblement surpris.
« Bien sûr ! » pesta-t-elle en réponse. « Ce sont des pauvres petits lapins ! »

Le colosse laissa un silence planer dans la petite caverne tandis qu'il commençait maintenant à vider ses proies avant de reprendre.

« Tu n'as pas détourné le regard quand je tuais ces bandits. Sinon tu ne m'aurais pas averti de l'arrivée de l'autre. »

La jeune femme resta muette, ne comprenant pas le rapport entre ces deux faits.

« Tu ne crois pas que leur vie valait quelque chose ? » se hasarda-t-il.
« Ce sont des bandits, » fit-elle d'un ton méprisant, comme si ce simple état de fait suffisait comme explication.
« Et donc ? » continua l'autre.
« Heu... » Anastasie était confuse. « Ils tuent des gens ! Ce sont des méchants ! »

Fitzekiel ricana doucement.

« Qui te dit qu'ils ont déjà tué qui que ce soit ? »
« Ca n'a pas d'importance, ils voulaient nous tuer nous !  Et me violer ! »
« Peut-être, » rétorqua le géant en haussant les épaules. « Ou peut-être qu'ils t'ont reconnu et voulaient t'échanger contre une rançon. Et peut être que si je ne les avais pas attaqué ils auraient fini par abandonner. »

Anastasie bégaya quelques paroles, ne sachant soudain plus très bien ce qu'elle devait penser, avant de lancer un ultime argument désespéré.

« Alors pourquoi vous les avez tué ?! »
« J'ai dit peut-être. Il restait une large possibilité qu'ils tentent de me tuer si je leur barrait la route. Et j'ai préféré avoir l'avantage. »
« Si vous avez tué des gens sur une simple hypothèse comment pouvez-vous me reprocher de ne pas pleurer leur mort ! » s'indigna la petite noble.

Le géant éclata d'un rire franc ; c'était la première fois qu'elle l'entendait rire sans retenu, et le fait d'être la cible de cette première la vexa profondément – mais on ne pouvait pas dire qu'elle était difficile à offusquer.

« Votre vision manichéenne des choses, à vous les riches, me fera toujours marrer. » Anastasie fronça les sourcils, plus ennuyée encore. « Vous voyez des ''gentils'' et des ''méchants'' partout, persuadés que votre mode de vie est normal et que vous avez mérité votre place de privilégiés dans la vie. J'ai tué ces hommes sur une hypothèse parce qu'en dehors des murs protecteurs de ton manoir familial tout ce qui importe c'est ''survivre''. Il n'y a pas de gentil ou de méchant, il n'y a que des gens qui sont nés avec de la chance et des gens qui sont nés dans de la bouse. Ceux que tu as vu ce soir sont nés dans de la bouse, et le banditisme a sûrement prolongé leur vie de quelques jours, peut-être semaines. Tu es née avec des langes qui coûtent plus chère que leur maison, alors tu serais bien avisée de leur montrer au moins autant de respect qu'à ces animaux, car c'est à cause des gens comme tes parents, et comme toi tu le seras un jour, que ces personnes n'ont d'autre choix que de tuer pour survivre. Vous n'avez peut-être jamais touché d'arme mais vous avez bien plus de sang sur les mains. »

A mesure que le géant avait avancé dans sa tirade, son ton s'était durci, jusqu'à finalement terminé le monologue par des reproches cinglants. Anastasie resta coite de stupeur, à la fois choquée d'avoir vu le colosse s'emporter que par le contenu du discours. Blessée de ce jugement sur les nobles, elle fut d'abord tentée de rejeter catégoriquement les accusations de Fitzekiel, mais certains arguments commencèrent bien vite à résonner dans son crâne, la laissant perplexe. Qu'avait-elle fait pour mériter ses privilèges ? Elle n'avait jamais tenu une bêche de sa vie et ne savait absolument pas comment gérer une plantation, ni même comment négocier des prix, et pourtant lorsqu'elle trouverait un mari – très certainement dans la même situation qu'elle – elle se retrouverait à la tête de dizaines d'employés et recevrait directement le fruit de leurs labeurs.

( Mais ça a toujours fonctionné comme cela, c'est l'ordre naturel des choses ! ) essaya-t-elle de se convaincre, sans succès.

Soudain très affectée par ces récentes révélations, Anastasie s'allongea en boule sur le sol, déboussolée.

Le reste de la nuit se déroula sans un mot ; lorsque les lapins furent préparés et cuits, Anastasie se redressa brièvement et ils mangèrent en silence, après quoi elle se rallongea et s'endormit très rapidement.

Au matin, alors que la pluie s'était calmée, ils continuèrent leur route jusqu'au manoir Terreblanc, où Fitzekiel déposa une Anastasie pensive. Alors qu'il s'apprêtait à repartir, la jeune femme l’interpella une dernière fois.

« Attendez ! Apprenez moi à me battre, » demanda-t-elle.

Le géant ricana et s'en alla sans un mot.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 6 Juil 2015 09:00 
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Les jours suivants furent bien curieux pour les habitants du manoir Terreblanc. Anastasie, avide d'en apprendre plus sur ses nouveaux pouvoirs, s'était mise à les utiliser autant que possible, d'abord par curiosité et désir de les maîtriser, mais bien vite par simple satisfaction devant les regards plein de gratitude que ses dons lui procuraient. La jeune femme avait vécu toute sa vie en étant crainte pour ses crises de colère, son tempérament fougueux et son irritabilité extraordinaire, aussi était-ce la première fois que les employés du domaine exprimaient une franche reconnaissance à son égard.

La jeune femme avait beaucoup changé en très peu de temps ; ses récentes – et premières – expériences avec la mort et le pamphlet que lui avait adressé Fitzekiel avaient eu une grande importance dans cette transformation, mais la principale raison restait la découverte de ses fluides de lumière. Pour la première fois de sa vie, Anastasie avait expérimenté la joie de rendre service à quelqu'un d'autre que sa propre personne, et elle s'était trouvé un goût exceptionnel pour la chose. La transformation était d'autant plus efficace que son attitude nouvellement altruiste évoquait maintenant beaucoup de sympathie de la part du petit personnel, sympathie qu'elle avait appris à apprécier et qu'elle préférait entretenir plutôt que détruire par un coup de colère futile.

Ses parents semblaient particulièrement surpris par le changement si soudain de leur fille, et si sa mère le voyait d'un bon œil, son père, lui, était inquiet que son enfant préféré ne se soit pris d'affection pour les pauvres par amour de l'un d'entre eux.

En plus d'apprendre à maîtriser ses pouvoirs, la jeune femme passa les quelques semaines suivantes à acquérir des compétences en médecine en tout genre auprès du docteur du domaine ; bandages, médication, diagnostiques et même quelques rudiments de chirurgie, Anastasie avait prouvé être une élève brillante et assidue.

Les habitants du domaine s'habituèrent très vite à la nouvelle personnalité de la jeune femme, et si son père était toujours aussi inquiet et suspicieux à son égard il arrêta finalement de le lui montrer ; la nouvelle ambiance du manoir devint routine et pendant quelques temps aucun incident ne vint perturber le domaine et ses habitants.

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« Mademoiselle ! » s'écria une voix en bas des escaliers. « Mademoiselle Anastasie ! »

La jeune femme la reconnut rapidement, c'était la première femme de chambre. Sentant un sentiment de panique venir de ces appels inhabituels, elle sortit en hâte de sa chambre et descendit les marches quatre à quatre pour rejoindre l'employée. C'était une femme de l'âge de sa mère environ, bien que largement plus mal en point et moins attirante.

« Mademoiselle, ma fille est blessée ! » lui fit-elle en la voyant, presque hystérique et au bord des larmes.

Anastasie lui adressa un signe de tête pour lui faire comprendre qu'elle la suivait et emboîta son pas jusqu'à l'aile des employés de maison. La petite noble était consciente de ne pas être une experte en magie blanche et de ne pas connaître ses pouvoirs depuis très longtemps, mais elle avait néanmoins appris à leur faire confiance. Cependant, le spectacle auquel elle assista en arrivant dans la chambre de son ancienne camarade de jeu sapa immédiatement son assurance. La jeune Marielle était dans un état critique ; son ventre avait été perforé sur un diamètre de près de quinze centimètres près de son nombril, le sang coulait abondamment et la jeune femme semblait avoir perdu connaissance. Soudain paniquée, Anastasie se tourna vers la femme de chambre.

« Allez chercher le docteur Etienne ! »
« Il n'est pas là, il a accompagné votre père en ville ce matin, » répondit l'intéressée, ayant de plus en plus de mal à contenir ses larmes.
« Alors allez me chercher sa seconde trousse, il la garde sous son bureau. »

Alors que l'employée s’exécutait, Anastasie ferma exagérément les yeux pendant quelques secondes, cherchant à regagner en lucidité. Elle s'agenouilla alors près de son ancienne camarade et entreprit de retirer sa chemise pour dégager la zone touchée, après quoi elle examina la plaie béante. La blessure n'était pas très profonde, mais assez pour que sa magie ne fasse pas effet et que le sang s'écoule dangereusement. Anastasie remarqua également que les bords de la blessure étaient brûlés et noirs, et pour une raison qui échappa complètement à la jeune femme, elle identifia automatiquement la plaie comme ayant été causée par une créature empreinte de magie noire.

« Tenez, » fit la mère de la victime derrière elle en lui tendant la trousse médicale du médecin du domaine.

Mais la jeune femme posa aussitôt la sacoche au sol, impuissante : elle avait demandé la trousse sur une impulsion, mais à bien y regarder, la peau et la chair avaient été complètement arrachés à l'endroit de la blessure, elle ne pourrait donc pas recoudre la blessure.

« Je... je ne sais pas quoi faire, » s'exclama-t-elle, atterrée. « C'est au dessus de mes compétences... »
« Non ! NOOON ! » s'écria la servante derrière elle, explosant en sanglots.

La scène déchira le cœur de la jeune femme, mais elle n'avait aucune idée de comment sauver la vie de sa fille, dont le sang se répandait toujours plus dangereusement sur les draps maintenant écarlates du lit. Anastasie, dans un élan de désespoir, tenta vainement de faire appel à ses fluides sur la plaie de Marielle, encore et encore, mais même le plus petit début de cicatrisation ne semblait vouloir émerger. Après plusieurs minutes d'opération visiblement inutile avec des pleurs déchirants en fond, Anastasie s'énerva à voix haute en tendant ses mains au dessus de la plaie :

« Par Gaïa, TU VAS TE REFERMER, OUI ?! »

Une lumière blanche fugace vint éclairer le ventre meurtri de Marielle, reconstruisant légèrement quelques millimètres de peau devant une Anastasie soudain fatiguée. C'était la même fatigue que lorsqu'elle avait utilisé ses pouvoirs pour la première fois, accompagnée des mêmes vertiges, simplement moins virulents. La jeune femme haussa les sourcils de surprise, n'ayant pas éprouvé de fatigue en guérissant qui que ce soit depuis plusieurs semaines. Elle entrevoyait cependant un espoir de sauver son ancienne camarade, ce qui la gonfla d'énergie positive.

Repositionnant ses mains au-dessus du corps de Marielle, elle alla puiser non seulement dans ses fluides mais également dans ses propres ressources physique pour multiplier les effets de sa magie blanche, et, dans un nouvel élan de dévotion à la déesse, s'exclama « Par Gaïa, guéris ! ». Une énorme fatigue s'empara alors d'elle alors qu'elle sentait la magie qui était en elle se coupler avec sa propre énergie vitale. Elle maintint la connexion entre ces deux sources pendant quelques secondes alors qu'une aura lumineuse reprenait place entre ses mains, et, se concentrant, envoya toute la puissance ainsi recueillie vers la blessure de Marielle. Sous les yeux ébahis de la femme de chambre et des quelques curieux qui s'étaient arrêtés au seuil de la porte en entendant le cri de colère de la petite noble, la plaie béante se referma à vu d’œil jusqu'à ce qu'aucune trace d'elle ne reste sur le ventre nu de la jeune femme.

Rassurée et fière d'elle-même, Anastasie entreprit de se redresser, mais aussitôt sur ses pieds, la vague de fatigue s'intensifia, la faisant tomber à la renverse dans les bras du plus proche paysan, qui s'était rapidement avancé pour la réceptionner avant qu'elle ne touche le sol.


(((Tentative d'apprentissage du sort évolutif : Guérison Harassante)))

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Dernière édition par Anastasie Terreblanc le Mar 7 Juil 2015 13:47, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 6 Juil 2015 09:01 
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Fitzekiel attendait appuyé contre son cheval devant la grande demeure, tenant une lettre de sa main droite et un sourire narquois aux lèvres.

« Que puis-je pour vous Monseigneur ? » demanda Grégoire Terreblanc.

Le père d'Anastasie était rentré un peu plus tôt dans la matinée. C'était un homme petit et quelque peu enrobé. Il était toujours accoutré de ses habituels vêtements de la haute société kendranne, même lorsqu'il voyageait, ce qui accentuait un peu plus le côté parodie de noble qu'il inspirait, et sa petite moustache et son visage rondouillard n'atténuaient pas ce trait.

« Vous êtes le Comte Terreblanc? » demanda simplement le géant.
« Celui-là même, » rétorqua l'intéressé d'un air légèrement agacé. Il n'aimait pas particulièrement les guerriers.
« J'ai une lettre du Duc Dimitri. Je dois entraîner votre fille à l'épée. »

Le père d'Anastasie écarquilla les yeux exagérément, soudain outré.

« Mais pour qui se prend-il ?! » s'exclama le noble. « Apprendre à ma petite Ana à se battre ? C'est hors de question ! »

Fitzekiel sauta sur l'occasion, il haussa les épaules, lâcha un « Tant pis » particulièrement peu convainquant et remonta sur son cheval.

Anastasie avait observé la scène, un sourire satisfait aux lèvres, cachée derrière un mur du manoir. Voyant que le guerrier s'apprêtait à partir, elle sortit de sa cachette et accouru jusqu'aux deux hommes.

« Stop ! » fit-elle une fois à leur niveau. « Je vais prendre ces cours, » ajouta-t-elle sans donner d'importance au rictus paniqué de son père à côté d'elle.
« Mais enfin Ana ! L'épée, c'est un truc de garçon, tu n'as pas besoin de ça ! »

Le géant leva les yeux au ciel, exaspéré d'avoir été coupé dans son élan ; il ne désirait clairement pas se retrouver professeur d'escrime.

« C'est juste un passe-temps, père ! C'est pour m'amuser, rien de plus, ce ne sera pas dangereux. »

Fitzekiel, heureux d'avoir une nouvelle occasion de se défaire de ses obligations, ouvrit la lettre qu'il tenait encore et prit la parole.

« Ce n'est pas ce que dit la lettre que vous avez envoyé au Duc. Je cite : « sachant pertinemment que je suis incapable de me mettre à l'abri du danger, je vous demanderais donc de me prêter Monsieur Jordsank pour apprendre à me défendre. Avec ou sans cours d'escrime, ma grande insouciance me mettra en danger, je vous prie donc de considérer ma requête avec sérieux... » blablabla. »

La jeune femme lui adressa un regard assassin.

« Anastasie ! » s'emporta son père, scandalisé. « On ne fait pas du chantage à un Duc ! Encore moins pour apprendre l'escrime ! »
« Père ! » s'énerva la petite noble. « J'apprendrais à me battre, c'est mon dernier mot, je ne reviendrais pas là-dessus ! »

L'intéressé ouvrit de nouveau des yeux ronds comme des billes, avant de se résigner sous le regard médusé du géant et de s'en aller en marmonnant quelques mots incompréhensibles.

« Vous croyiez pouvoir y échapper, » railla la jeune femme, triomphante.
« Honnêtement, oui, » rétorqua le géant d'un ton blasé en entreprenant de descendre de sa monture. « Je te préviens, je vais pas te ménager. »
« Je n'y comptais pas. »

Anastasie lui fit signe de le suivre et contourna la maison en direction de l'une des énormes granges qui leur servaient à entreposer les récoltes. En dehors du raisin, tout avait déjà été vendu, ce qui leur laisserait un espace d’entraînement à la fois grand et à l'abri des regards.

« J'ai croisé une certaine Marielle près des plantations, » fit le géant pendant le trajet. « Elle m'a dit qu'elle avait été attaquée par un mort-vivant la semaine dernière, mais que tu lui avais sauvé la vie. »
« Le Docteur Etienne appelle ça un traqueur obscur. Il dit qu'il attend le bon moment pour réessayer de la tuer. »
« Il a raison. Une fois qu'ils ont une proie, ils ne la lâchent pas avant de l'avoir eue. Ou avant de mourir. »
« Père refuse de détacher des hommes pour la chasser, il dit qu'il ne peut pas prendre ce risque pour une servante. »

Le silence reprit jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'intérieur d'une grange. Anastasie alluma quelques chandeliers et ferma la porte derrière eux.

« Si je compte bien, tu as envoyé la lettre au Duc le lendemain de cette attaque, » fit le géant, pensif.
« Est-ce qu'une attaque de traqueur obscur peut changer la personnalité de quelqu'un ? » demanda la jeune femme sans prêter attention à ce que disait son professeur.
« Pas que je sache. Pourquoi ? »
« Pour rien, » mentit-elle.

Cela faisait déjà quelques années que Marielle et elle n'étaient plus en très bons termes. En grandissant, la fille de la servante avait fini par se rebeller contre le caractère despotique de la petite noble, et elles ne s'adressaient plus la parole depuis qu'elles étaient adultes. Seulement depuis qu'elle lui avait sauvé la vie, la jeune Marielle semblait particulièrement attachée à Anastasie. Non pas qu'il soit curieux qu'elle se montre reconnaissante envers celle qui l'avait soigné, d'autant plus que la noble s'était largement adoucie depuis leurs dernières querelles, mais les rapprochements de son ancienne camarade de jeu se faisaient de plus en plus tactiles et chaleureux, rendant Anastasie particulièrement mal à l'aise. Mais ce qui l'effrayait le plus était sans aucun doute l'attitude suspicieuse, pour ne pas dire hostile, de son père concernant les homosexuels ; elle craignait qu'il ne se débarrasse de la jeune femme s'il s'apercevait qu'elle semblait éprouver un intérêt plus qu'amical envers sa fille.

« Donc, » reprit Fitzekiel comme si de rien n'était, « tu envoies une lettre au Duc Dimitri demandant un professeur d'escrime le lendemain de l'attaque de ton amie. Tu n'aurais pas une idée complètement stupide derrière la tête, n'est-ce pas ? »
« Je voulais déjà que vous m'entraîniez avant qu'elle ne se fasse attaquer je vous rappelle, » contourna-t-elle.
« Mais pourquoi insister à ce moment-là ? »
« Une créature dangereuse se balade en liberté dans nos terres, je risque ma vie à chaque fois que je m'éloigne ! »

Le géant esquissa une moue douteuse, peu convaincu, mais décida de laisser tomber l'interrogatoire. Il sortit deux épées courtes et en tendit une à sa nouvelle élève.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 6 Juil 2015 17:33 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation violente/gore/sexuelle, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))


« J'ai dit fermement, » fit sobrement le géant en désarmant Anastasie d'un petit coup de poignet nonchalant.

La jeune femme ramassa l'arme et se remit en position, maintenant son épée en main de toutes ses forces.

« J'ai dit fermement, je t'ai pas dit de te casser les os dessus. Tu dois pouvoir la garder en main en cas de choc mais si tu la tiens comme ça tu ne dévieras jamais l'arme de l'autre. »

Et comme pour illustrer ses propos, il flanqua un énorme coup d'épée dans la lame de son élève qui sentit le choc se répercuter tout le long de son corps.

« Le but pour une fille de ta carrure va être de laisser les attaques de ton adversaire glisser le long de ton arme pour les dévier sans prendre le choc de plein fouet. T'as pas les épaules pour un simple rapport de force. »

Anastasie sentait des fourmis parcourir ses membres suite à la démonstration de son professeur. C'était le cinquième jour d’entraînement, et tout ce qu'ils avaient fait était de revoir inlassablement les différentes postures de combat et positionnement de l'épée et de donner des coups dans le vide. Aussi, lassée de ne faire rien d'autre que de brasser du vent, la jeune femme avait demandé à Fitzekiel de passer aux choses sérieuses ce jour là ; elle le regrettait presque.

« Ne baisse pas ta garde. Si j'étais un ennemi tu n'aurais pas le temps de te remettre de ton choc ; après chaque coup tu dois te remettre en position. »

La petite noble s'exécuta immédiatement, repositionnant son épée face à elle.

« Bien, attaque moi maintenant. »

Appliquant les conseils qu'il lui avait donné les jours précédents, la jeune femme asséna plusieurs coups vifs en direction de son professeur, tâchant de le toucher aux jambes. Voyant tous ses assauts déviés, elle attrapa son arme un peu plus fermement et donna un virulent coup vers les hanches de son adversaire, qui para sans problème, déversant un nouveau choc dans le corps de la frêle noble.

« N'essaie pas de prendre l'ascendant physique sur quelqu'un qui fait deux fois ton poids, tu dois essayer de me prendre de vitesse et ne frapper fort que lorsque je suis incapable de parer. »

Se remettant automatiquement en position pour faire face au géant, Anastasie hocha la tête en signe de compréhension avant de revenir à la charge. Coup à la jambe gauche, à la jambe droite, estocade au bas du ventre, elle essayait d'utiliser sa petite stature pour donner des coups vifs à des endroits difficiles à défendre pour un colosse de la taille de Fitzekiel.

« Bien, » fit celui-ci, visiblement satisfait.

Anastasie avait été oisive toute sa vie, et chaque entraînement était pour elle un véritable calvaire, mais elle était remplie de fierté à chaque mot d'encouragement de son nouveau professeur. D'autant que ces quelques journées avec lui avaient amplifié ses sentiments d'admiration et de désir à son égard, éclipsant totalement ses envies passées de se retrouver en compagnie du Duc qui l'employait.

La jeune femme feinta sur la droite avant d'effectuer une pirouette dans le sens contraire et de viser les côtes droites du géant ; il para l'attaque sans grande difficulté mais esquissa un hochement de tête approbateur avant de mettre un terme aux échanges d'un signe de main.

« Tu es plus douée que tu en as l'air. »

Elle retint un sourire franc.

« Bien, les échauffements sont terminés. Tu voulais passer aux choses sérieuses ? Touche moi une fois et tu as gagné. Mais j'irais plus fort que précédemment, je te malmènerais, te giflerais, te botterais littéralement le cul s'il le faut ; si tu échoues, on repart aux bases pendant une semaine. »

Anastasie hocha la tête et se remit en garde, prête à défendre ; face au stress, elle crispa ses mains autour du manche de son épée et le géant bondit sur l'occasion. D'un revers de main il désarçonna la jeune femme en entrechoquant leurs armes, comme précédemment ; profitant de l'inattention que le choc provoqua, il la baffa très fort, la faisant tomber à genoux sur le côté. Déboussolée, elle sentit le goût du sang couler dans sa bouche. Fidèle à ses promesses, Fitzekiel lui envoya un coup de talon dans les côtes, la faisant rouler à terre, le souffle coupé, alors que son arme restait sur place. Le voyant s'approcher au pas pour continuer ses assauts, la jeune femme rassembla ses forces pour se redresser vivement en roulant vers l'arrière. Pour les entraînements, elle revêtait la cuirasse de cuir que le géant lui avait laissé lorsque sa robe s'était retrouvée trempée ; le vêtement lui permettait, en plus de se mouvoir plus facilement, d'encaisser des coups qu'elle n'aurait jamais pensé recevoir de sa vie quelques semaines plus tôt.

Maintenant debout mais toujours désarmée, la jeune femme évita les contacts avec le colosse en se déplaçant en pas chassés, comme il le lui avait appris quelques jours plus tôt. Comprenant qu'elle tentait de le contourner pour récupérer son épée, son professeur s'approcha de celle-ci pour y envoyer un coup de pied, l'envoyant au fond de la grange dans laquelle ils s’entraînaient. Anastasie tenta de continuer ses manœuvres jusqu'à lui laisser suffisamment de place pour passer derrière lui et aller jusqu'à son arme, mais Fitzekiel restait inlassablement sur son chemin. Les esquives durèrent encore un petit moment, la jeune femme étant trop vive pour le colosse mais n'osant pas s'approcher. Consciente qu'elle serait épuisée bien avant lui à ce rythme, elle tenta une ruse ; elle s'arrêta quelques instants, positionnant ses bras en direction de son adversaire, et, chargeant ses mains de lumière, envoya un rayon lumineux dans sa direction. Y voyant là une attaque magique, Fitzekiel s'écarta vivement, laissant le temps à la jeune femme de courir jusqu'au fond de la grande pour récupérer son arme. Elle s'estimait heureuse de ne pas avoir touché le géant avec cette magie, ne sachant rien faire d'autre de ses fluides que des sorts régénérateurs ; lui redonner le peu d'énergie qu'il avait consommé depuis le début de leur entraînement ne ressemblait pas à une bonne méthode pour emporter ce défi.

Maintenant de nouveau armée et bien plus préparée que précédemment, Anastasie se rapprocha de son adversaire avec précaution, gardant son épée fermement en mains, mais prête à la manier avec souplesse. Elle avait atrocement mal aux côtes et au visage et était physiquement éreintée, s'étant fatiguée un peu plus en faisant usage de la magie, aussi songea-t-elle à ruser de nouveau pour écourter le duel, mais elle savait que la feinte qu'elle venait de faire ne refonctionnerait pas – d'autant que son trait de lumière s'était arrêté sur les murs de la grange sans rien détruire, ce qui n'avait certainement pas échappé au géant, probablement conscient d'avoir été l'objet d'un coup d'esbroufe.

Ils étaient maintenant à seulement deux pas l'un de l'autre, et Anastasie, désireuse de prendre l'initiative, plongea vivement sur un flanc du guerrier pour lui donner un coup d'estoc. Ses réflexes hors du commun ne lui firent pas défaut, il s'écarta d'un simple pas en arrière et envoya son genou en direction du ventre de la jeune femme. Dans un automatisme qui la surprit elle-même, la petite noble s'écarta sur le côté, se déséquilibrant par la même occasion mais évitant l'attaque du géant. Celui-ci déplia sa jambe pour atteindre la jeune femme du bout de son pied, qui recula avec instabilité sur plusieurs mètres avant de se vautrer au sol. A peine eut-elle le temps de relever la tête que Fitzekiel était au-dessus d'elle, prête à lui flanquer un autre coup de pied, qui s'annonçait lui bien plus violent, mais la jeune femme arracha la dague que l'homme gardait à la cheville d'un coup sec, entaillant légèrement son mollet dans le même mouvement.

« Touché. »

Le colosse resta planté là pendant quelques secondes, impassible avant de lâcher un simple « Ha. La petite pute ». Anastasie afficha un sourire radieux avant de se redresser pour faire face à son professeur. Elle était pleine de sueur, et pour une raison qui lui échappait, elle était tout à coup particulièrement excitée.

( Curieux, après qu'il vienne de me frapper violemment, je ne m'arrange vraiment pas. )

Prise d'une pulsion particulièrement incontrôlable, la jeune femme se laissa tomber dans les bras du guerrier en feignant un moment de faiblesse avant de se raccrocher fermement à lui ; elle le voulait. S'apercevant du manège, le colosse se laissa aller à quelques caresses à des endroits bien ciblés avant de se reprendre et de la repousser délicatement, laissant un amère sentiment de frustration à Anastasie, qui fronça les sourcils. Il la voulait, clairement, mais il ne semblait pas vouloir entreprendre quoi que ce soit. A son interrogation muette, Fitzekiel lui répondit d'un haussement d'épaule.

« Je suis le prisonnier du Duc. Je ne suis pas certain qu'il soit très judicieux pour moi de déflorer sa future femme. »

La petite noble afficha une moue boudeuse avant de faire les cents pas devant lui.

« Je ne suis plus très sûre de vouloir de lui, vous savez. »

Le géant secoua la tête.

« Il n'y a pas que ça. Je t'ai sauvé, dans les bois. Une expérience de mort imminente rend les gens plus enclin à ressentir des sentiments imaginaires. Ce serait profiter de ta faiblesse. »
« Eh bien profitez-en ! » s'irrita-t-elle, soudain très à l'aise à l'idée de laisser paraître ses désirs au colosse.
« Tous les mercenaires ne sont pas des violeurs en puissance, » répondit-il d'un ton neutre.

Anastasie lui jeta un regard assassin avant de quitter la grange d'un pas énervé.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 7 Juil 2015 17:51 
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Était-ce la consternation face à l'indifférence apparente d'Itsvara ou la résignation du condamné face à son inéluctable sort ? Nous ne savons, toujours est-il que Cawen sortit de sa torpeur et de ses pleurs pour rejoindre la Sindel dans l'exploration du livre-clé. Les joues encore humides, bien qu'hâtivement essuyées, elle se pencha par-dessus l'épaule de l'elfe grise et indiqua d'une voix calme :

"Puisque je n'ai pas le choix… Je ne vais pas tomber dans leur piège et vous brutaliser pour vous presser… Travaillons ensemble…"

La géante ne répondit rien, cela n'en valait pas la peine. Si cette métisse avait su montrer des signes évidents d'intelligence, il n'en demeurait pas moins qu'elle était encore fort emprisonnée dans des sentiments futilement tourmentés qui brouillaient ses capacités cérébrales. L'essentiel était qu'elle était suffisamment raisonnée pour enfin se concentrer et, pourquoi pas, aider à démêler cette énigme.

Le texte se présentait ainsi :

"Mais pour vraiment comprendre, il faut essayer de saisir le fond de l'histoire, car la vérité se trouve toujours au commencement.

Tout au début de Yuimen, il n'y avait pas d'elfe gris, d'où leur rancœur. Rancœur qui s'exprima pleinement par un rejet de l'humanité. En tant que race plus avancée technologiquement, ils se considéraient comme supérieurs, mais qu'en était-il vraiment ? Soyons clair : la technologie seule ne saurait être un justificatif, car la vraie intelligence dépasse la notion d'outil. Or, les elfes gris s'y accrochent désespérément, pourquoi ? Restons donc sur une base solide...

Tout elfe est par définition particulièrement vieux. À cela, ajoutez une maturation du corps particulièrement lente, et vous comprendrez qu'ils ne sont finalement que de grands enfants. La particularité des enfants est qu'ils s'attachent à des idées simples et refusent d'en détourner leur esprit. Raisonnant comme des enfants, les elfes gris ont acquis la conviction que la technologie était signe de grandeur, et depuis, ils n'en démordent pas. À fortiori, la maîtrise apparente du ciel leur donne une impression de liberté et de domination par rapport à ceux qui restent cloués au sol. Baliverne ! Aynore et cynores peuvent être maniés par des humains autant que par des elfes, et si on excepte leur vitesse, ne présentent que peu d'intérêt de part leur coût prohibitifs. Non, la maîtrise du ciel n'a rien apporté que ne permettent déjà toutes les inventions humaines…"


Elle lut le texte une première fois mentalement, puis en reprit la lecture à voix haute, détachant chaque mot, marquant chaque ponctuation et s'efforçant de ne pas juger du contenu à proprement parlé. L'avis établi ici était clairement vicié, mais cela n'était pas le sujet de l'analyse. Ce qu'il fallait détacher de ce tas d'inepties était un schéma, une formule, un guide, une clé qui permettrait d'être guidé vers un prétendu trésor ou, du moins, un lieu.

"Savez-vous quelle direction nous prenons et pourquoi Lord Andrew se dirige par-là ?"


Il lui fallait une base solide sur les connaissances de Cawen et d'Andrew pour comprendre l'intérêt et la teneur de cette clé tant désirée.

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Dernière édition par Itsvara le Sam 25 Juil 2015 20:12, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 7 Juil 2015 18:37 
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Cawen haussa les épaules.

"Sans doute parce que nous serons plus en sécurité dans les montagnes... et puis, on cherche le trésor de Tal'Rabhan, donc c'est sûrement dans la région d'Omyre."

Elle ne te prête guère d'attention, concentrée sur le texte.

"Il n'y a aucun code simple. Genre changer des lettres en d'autre lettres... Si c'est un code compliqué... et bien justement il doit y avoir une clé. Cette clé qui se cache dans cette page... Bon sang, c'est là, sous nos yeux ! C'est sûr !"

Elle s'agace :

"Puisque vous êtes une experte en lecture, trouvez donc ! Il n'y a rien de mathématique dans ce charabia..."

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 9 Juil 2015 15:40 
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Anastasie secoua la tête, les yeux pleins de larmes, devant le corps inanimé de la petite fille qu'elle tenait par la main. Elle avait un énorme trou dans la poitrine, semblable à celui qu'Anastasie avait guéri sur le corps de Marielle un peu plus d'une semaine plus tôt, mais bien plus profond. Sa petite robe beige de mauvaise facture était trempée de sang sur plus de la moitié de sa surface, et le léger rictus et les yeux effrayés qui ornaient son visage d'ange encadré de mèches blondes laissaient imaginer une mort douloureuse. La jeune femme lui ferma délicatement les yeux, émue.

Le docteur Etienne dispersa la petite foule qui s'était réunie autour de la victime alors que la petite noble reposait délicatement la main inerte de la fillette près de son corps avant de se redresser et de s'éloigner quelque peu pour laisser un peu d'intimité à la mère de la défunte, pleurant à chaudes larmes sur le corps sans vie de sa gamine de même pas dix ans.

Anastasie essuya ses larmes d'un revers de manche et s'entretint avec le médecin du domaine.

« Est-ce que ça veut dire qu'il a arrêté d'attendre Marielle ? » demanda-t-elle à mi-voix.

L'intéressé secoua la tête, une expression triste sur le visage et les yeux toujours fixés vers la petite fille qu'ils venaient de trouver.

« Je ne sais pas. Je ne crois pas. Il devait être sur le point de mourir, je pense que c'était un écart nécessaire à sa survie, mais qu'il va continuer d'attendre que Marielle sorte du manoir. »

Anastasie opina du chef ; c'est ce qu'elle avait redouté. Si la créature en était encore après sa camarade, cela signifiait qu'elle resterait dans le coin encore un moment, continuant de se nourrir sur les malheureux qui s'écarteraient un peu trop de la sécurité du domaine, gardé par une dizaine de soldats bien entraînés.

« Selon mes livres ils ne lâchent jamais une proie, » continua-t-il. « Cela ne signifie pas qu'ils ne s'écartent pas de leur chemin pour reprendre des forces. »

Le docteur Etienne avait été prêtre de Gaïa autrefois. Il ne disposait aucunement de magie mais avait passé sa vie à s'occuper des autres et à étudier la magie noire et les créatures en découlant pour mieux guérir les blessures y étant liées. Son savoir s'arrêtait cependant à la seule théorie.

« Vous devez parler à mon père, » lui fit la jeune femme. « Il faut qu'il envoie des soldats à sa chasse. »

L'intéressé opina du chef.

« Je lui en ai déjà parlé mais je crains qu'il n'ai sous-estimé la dangerosité du Traqueur. Cette fois j'espère qu'il m'écoutera. »

Anastasie hocha la tête et, prenant la direction du manoir, se soustraya à la vue insoutenable d'une mère hurlant sa peine devant le corps inerte de sa fille. Elle n'était malheureusement pas certaine que son père ne prenne le risque d'amoindrir leur sécurité personnelle pour le bien des quelques culs-terreux qu'il employait. La petite noble éprouva soudain une certaine honte concernant leur mode de vie. Quelques semaines auparavant, elle ne se posait même pas de question sur leur légitimité, mais maintenant elle était consciente de l'extrême égoïsme dont ils faisaient preuve. Elle n'était plus très fière de son père, ni de sa vie en générale. Elle était perdue.

Elle s'était beaucoup interrogée sur sa vie et celle de sa famille ces derniers temps, considérant avec beaucoup d'auto-critique sa situation et sa propre dépendance aux autres. Elle n'était pas certaine de vouloir vivre la même vie que sa mère, menant une vie oisive dépourvue d'intérêt et se laissant porter par les décisions d'un mari ayant bâti sa fortune sur le dos de ses employés. Elle n'était pas certaine qu'une telle vie pourrait la rendre heureuse. A bien y réfléchir, elle n'était pas non plus certaine que sa mère le soit, heureuse. Elle n'était pas non plus certaine que sa mère aime son père, ni que celui-ci l'ait épousée pour autre chose que sa grande beauté.

Une chose avait frappé Anastasie ces derniers jours : alors que, sa chambre étant située directement à côté de celle de ses parents, elle pouvait les entendre échanger de brèves conversation ou se disputer sans problème, elle ne les avait absolument jamais entendu avoir un rapport sexuel. Elle en venait à se demander ce qui l'avait bien poussé à désirer une vie rangée avec un mari puissant et fortuné ; aussi loin qu'elle se souvenait, elle avait toujours préféré les romans d'aventures et rêvé être l'héroïne de l'un d'entre eux. Mais en grandissant, ce que sa famille – son père en particulier – attendait d'elle avait pris le pas sur ce qui était devenu de simples fantasmes de petite fille.

( Si père refuse d'envoyer des gardes à sa chasse j'irais moi-même m'en débarrasser, ) se dit-elle avec assurance.

Ce n'était pas la première fois que l'idée l'effleurait ; elle avait déjà éprouvé pareille résolution après le premier refus de son père. Elle ne pensait alors qu'à défendre son ancienne camarade, pour laquelle elle éprouvait une affection certaine. Mais les choses s'étant calmées, Anastasie avait décidé d'attendre, reportant toujours un peu plus la confrontation, persuadée que le problème finirait par se résoudre de lui-même. Elle le regrettait maintenant. Si elle ne s'était pas débinée, cette petite fille serait toujours vivante, et elle n'aurait pas eu à lui fermer les yeux elle-même.

Arrivée devant l'immense demeure de bois et de pierre luxueuse, elle serra le poing et lâcha un juron entre ses dents, les yeux de nouveau embués de larmes. Elle ne pouvait plus se permettre d'attendre. Si son père refusait de prendre les mesures nécessaires, elle irait à la recherche du Traqueur le soir même.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 10 Juil 2015 17:34 
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« J'ai envoyé une missive à Kendra Kâr, que veux-tu que je fasse d'autre ?! » s'énerva le père d'Anastasie.

La jeune femme frappa virulemment le sol de son talon sur le tapis de la salle à manger.

« Ils vous louent déjà dix gardes pour ce genre de situation ! »
« Non, ils me les louent pour assurer la sécurité de mes plantations, de ma famille et de mes livraisons, pas pour faire la chasse aux monstres. »

La petite noble étouffa un juron ; elle était sur le point d'exploser. Une petite fille était morte, et rien ne permettait d'affirmer que le Traqueur était tout à fait rassasié, mais son père se bornait à ''attendre'' et à ''demander'', laissant chaque seconde une chance supplémentaire à la créature de faire une nouvelle victime.

« Vous savez très bien comment cela va se passer, ils vont vous renvoyer une missive en vous disant de vous en occuper vous-même, vos conversations épistolaires vont durer deux semaines et pendant ce temps d'autres petites filles vont se faire charcuter ! »

Grégoire Terreblanc réfléchit quelques instants, visiblement contrarié.

« S'ils refusent, j'enverrais une requête à Dimitri, il m'écoutera, » promit-il.
« Oh, alors tout va bien, si on est chanceux on en sera débarrasser dans une semaine ! » répondit sa fille d'un ton sarcastique.

Sentant que la conversation ne la mènerait nulle part, elle tourna les talons et monta les escaliers deux à deux avant de s'engouffrer dans sa chambre, énervée. Marielle l'y attendait, assise sur son lit. Voyant ses yeux rouges et son air triste, Anastasie devina aussitôt. Elle alla s'asseoir à côté d'elle et passa un bras autour de son épaule.

« Non, arrête, ce n'est pas de ta faute. »

La servante, enfouissant sa tête dans la poitrine de sa camarade, fut prise de sanglots incontrôlables. Les pleurs durèrent quelques minutes, rythmés de quelques paroles de réconfort de la noble, avant que Marielle ne se calme et ne redresse son visage vers son amie. Lorsque sa figure n'était pas rouge des larmes de sa culpabilité, Marielle était une jeune femme de dix-neuf ans plutôt attirante. Ses traits étaient plus grossiers que ceux d'Anastasie et son nez, plutôt gros, semblait étrangement souligner sa condition de fille du bas peuple, mais l'air espiègle qu'elle avait l'habitude d'afficher lui donnait un charme qui venait contrebalancer les quelques défauts de son visage, la rendant plutôt jolie à défaut d'être aussi belle que sa camarade ; son corps, cependant, était plus généreux que celui de la petite noble, à la carrure bien frêle et presque encore adolescente.

Après quelques secondes à regarder dans le regard bleu-gris plein de compassion d'Anastasie, Marielle s'approcha rapidement et lui vola un baiser langoureux. La petite noble mit très vite fin à l'échange, déboussolée, mais retint ses reproches à la vue des larmes perlant les yeux fuyant de son amie.

« Marielle, tu as subi une expérience de mort imminente, ça rend les gens plus enclin à ressentir des sentiments imaginaires, » lui fit la noble, recyclant le discours que lui avait sorti Fitzekiel la veille.

Son interlocutrice lui lança un regard plein de défi, malgré les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

« Oh arrête, je vous regardais quand il a dit ça, tu n'es pas crédible. »

Anastasie se mordit l'intérieur de la lèvre, gênée.

« Et puis ça n'a rien à voir, je t'ai toujours voulu, » continua l'autre d'une petite voix en détournant de nouveau le visage.

La noble, à la fois embarrassée et peinée, ne savait plus quoi dire. Elle s'essaya toutefois à une consolation maladroite à base de « c'est mieux qu'on reste amies » et de « tu trouveras quelqu'un de bien pour toi », mais consciente de ne rien faire d'autre que d'aggraver la situation, s'arrêta bien vite pour simplement déposer un baiser sur le front de la jeune femme.

« Tu ne veux pas... au moins essayer ? » demanda Marielle en tournant des yeux pleins d'espoir vers elle ; mais Anastasie afficha une mine désolée et secoua la tête en signe de négation.

Elle aurait aimé qu'elle arrête d'insister, elle ne se sentait pas très à l'aise. Cependant sa prière fut loin d'être entendue, car la servante, ragaillardit, se passa de son autorisation et lui arracha un second baiser. Anastasie la repoussa le plus délicatement qu'elle pu et afficha un air sévère, cette fois.

« Arrête ! Non c'est non ! » fit-elle. Puis, chuchotant pour ne pas attirer les oreilles indiscrètes : « Tu dois te calmer Marielle, si mon père apprend que tu es... que tu aimes les femmes, il va te mettre à la porte ! »
« Eh bien qu'il m'y mette ! » s'exclama l'intéressée à voix haute en se relevant brusquement, des larmes coulant le long de ses joues. « Si je ne peux pas t'avoir je ne veux plus rester ! »

Et, joignant le geste à la parole, la jeune servante sortit de la chambre en claquant la porte. Anastasie l'entendit descendre les escaliers et un mauvais pressentiment l'assaillit. Elle la suivit le plus rapidement possible, sautant les marches quatre à quatre pour intercepter son amie d'enfance, mais arriva au rez-de-chaussée juste à temps pour voir Marielle commettre l'irréparable.

« Monsieur, j'aime votre fille ! » fit-elle à l'attention de Grégoire Terreblanc, s'attirant les regards outrés des nobles présents et apeurés des serviteurs.

L'intéressé afficha d'abord une expression d'incompréhension, avant de virer au rouge écarlate et d'exploser.

« Et tu espères me la pervertir ? Sors de chez moi, catin ! Tout de suite ! »
« Père, non ! » intervint Anastasie. « Le traqueur, il va la tuer ! »
« Je m'en contrefous ! » balança le vieux noble, adressant un doigt furieux à la jeune servante dont les yeux trahissaient la soudaine peur.

Ne voyant qu'une chose à faire pour sauver son amie d'une mort certaine, la jeune femme se plaça devant elle et s'exclama avec virulence :

« Si vous la mettez dehors je pars avec elle ! »

Un silence de plomb tomba soudain sur la petite assemblée, tout le monde regardant tour à tour Anastasie et son père, dont le teint avait, si c'était possible, encore foncé. Celui-ci sembla réfléchir pendant ce qui sembla à une éternité à toutes les personnes présentes, en particulier sa fille, qui avait retenu sa respiration tout le long.

« Elle a un jour pour trouver une faire ses valises et trouver quelqu'un pour l'escorter, je ne lui offrirais pas mieux ! »

Consciente d'avoir gagné autant de temps qu'elle le pouvait, Anastasie hocha la tête et tira son amie, hébétée, jusqu'à l'étage.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 13 Juil 2015 09:18 
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« Je ne sais pas ce qui m'a pris, » sanglota Marielle. « Le monstre va me tuer, Ana, je veux pas partir ! »

Anastasie attrapa la main de son amie dans un geste réconfortant, évitant toutefois de se montrer trop tactile. Cela l'attristait de devoir mesurer tous ses gestes, mais elle se sentait mal à l'aise face à l'homosexualité de la servante, ou plutôt par ses sentiments à son endroit.

« Comment je vais faire ? » continua-t-elle en tournant un visage plein de larmes vers sa camarade.

La noble se mordit la lèvre, pensive. Malgré ses résolutions de l'après-midi, elle n'était pas tout à fait certaine d'être prête à se mettre à la chasse d'une créature dangereuse et terrifiante de son plein gré.

« Ecoute, mon père n'acceptera jamais de te garder ici, il faut trouver un moyen de te rendre à Kendra Kâr sans risquer de tomber sur le traqueur. »

Elle se mit à réfléchir à toute vitesse à une solution mais rien ne convenait : il n'y avait que cinq chevaux en ce moment au domaine, dont un qui était parti le jour même pour porter une missive à la milice Kendranne, et quatre qui servaient à l'attelage ; son père n'accepterait jamais de lui en prêter un.

( Mais quel connard ! ) s'emporta mentalement la jeune femme, se surprenant elle-même d'être capable de telles pensées à l'égard de son père.

Un garde veillait les écuries la nuit, les empêchant de pouvoir les emprunter sans en demander l'autorisation. Anastasie songea également à escorter elle-même son amie le lendemain, mais pour garantir sa sécurité, elle ne doutait pas que son père demanderait à ses gardes d'employer la force.

« Tu peux me parler du jour de l'attaque ? » demanda la noble à sa camarade.

Marielle leva un regard surpris vers elle, ne voyant visiblement pas en quoi ces informations l'aideraient à s'échapper sans risque, mais son amie lui adressa un geste encourageant du menton, la décidant à s'exécuter. Anastasie était maintenant certaine que sa première volonté était la seule voie possible pour une issue heureuse : elle devrait éliminer elle-même le traqueur.

« J'étais près du verger, » commença l'autre. « Je cueillais des pommes pour les employés. C'est... assez flou. »

Le traumatisme avait visiblement laissé des séquelles à la jeune femme ; elle se recroquevillait à mesure qu'elle parlait et ses mains commencèrent à trembler. La petite noble passa un bras autour de son épaule et la tira jusqu'à elle, risquant une approche un peu plus tactile pour la mettre en confiance.

« Je me souviens m'être retourné en entendant un bruit bizarre... un genre de râle sinistre. Et il était derrière moi. Ses mouvements étaient saccadés, tantôt vifs, tantôt lents... j'étais tétanisée... j'ai lâché les pommes et j'ai couru mais... au bout de quelques pas, je me suis arrêtée, sans savoir pourquoi. Je me suis tournée et il était là, derrière moi. C'est... c'est tout ce dont je me souviens... Après je me suis réveillée dans le lit de ma mère, et on m'a dit que tu m'avais sauvé. »

Anastasie hocha la tête pour lui faire comprendre que c'était suffisant, puis, réalisant que Marielle ne pouvait pas la voir, murmura un « d'accord, ça suffira, merci ».

Le récit ne lui avait pas fourni beaucoup d'informations qu'elle n'aurait pu avoir auprès du Docteur Etienne, et elle regrettait d'avoir imposé ces mauvais souvenirs à son amie, qui tremblait maintenant comme une feuille.

Elle n'avait toujours aucune idée de ce dont le traqueur était capable, ni ne savait comment le vaincre exactement, si ce n'était en lui plantant une épée en plein dans la nuque, mais il lui restait encore le médecin du domaine et les paysans qui l'avaient secourus à aller interroger. Elle redoutait cependant d'attirer l'attention avec ses questions, et si elle se pensait largement capable de berner les employés de son père, elle avait par contre peur des soupçons qu'auraient le Docteur Etienne.

« Marielle, » chuchota la jeune femme. « Tu devrais aller voir ta mère, puis prendre un peu de repos. Je te promets que tout ira mieux demain matin. »

L'intéressée leva vers elle un regard étonné, ne sachant pas très bien ce que son amie entendait par là, mais, comprenant que celle-ci la congédiait, elle n'insista pas et quitta la chambre.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 13 Juil 2015 09:23 
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C'était la fin d'après-midi lorsqu'elle s'approcha des employés de son père ; le ciel commençait à s'assombrir, ils étaient en train de ranger les outils, le moment était parfait. Elle reconnut immédiatement les deux qui avaient sauvé Marielle d'une mort certaine : ils attendaient dehors lorsqu'elle tentait de guérir la jeune femme avec sa magie blanche, l'un d'eux était même celui qui l'avait rattrapée quand elle était tombée à la renverse, vidée de son énergie.

« Bonsoir, » fit-elle au groupe en affichant son plus beau sourire.

La gentillesse qu'elle dégageait était récente au regard de toutes les années qu'elle avait passée à geindre et à traiter tout le monde en tyran, copiant maladroitement le modèle qu'était son père, mais les ouvriers étaient maintenant habitués à la voir leur adresser des sourires chaleureux, aussi lui répondirent ils tous avec la même franche bienveillance dans le regard.

« Messieurs, » appela-t-elle les deux hommes qui l'intéressait en se tournant vers eux. « Puis-je vous parler quelques minutes ? »

Les deux intéressés échangèrent un coup d’œil surpris, mais acceptèrent la requête de la fille de leur employeur et la suivirent docilement. Une fois devant la grange qui lui servait de salle d'entraînement, hors de portée d'éventuelles oreilles indiscrètes, Anastasie prit la parole. Elle avait bien choisi ses mots, ne désirant pas évoquer le moindre soupçon chez eux ; ils étaient de braves hommes, et s'ils devinaient ce qu'elle s'apprêtait à faire, nul doute qu'ils s'empresseraient d'aller le raconter à son père pour qu'il la mette hors de danger. Mais elle ne pouvait se le permettre, la vie de celle qui avait probablement été, avec Sérénité, la seule amie qu'elle ai jamais eu était en jeu.

« Comme vous pouvez vous en douter, j'aimerais vous parler du jour où vous avez secouru Marielle, » commença-t-elle prudemment. « Le Docteur Etienne voudrait retracer tout ce qu'il s'est passé, pour mieux comprendre la créature, et il se trouve que Marielle a presque tout oublié. Je me demandais si vous pouviez m'éclairer sur ce que vous avez vu. »

Ils échangèrent un regard, ne sachant pas très bien qui devrait s'exprimer, puis finalement l'un d'eux se gratta le haut du crâne et prit la parole.

« Ben... Je suis pas sûr qu'on est un truc utile à vous dire. On traversait le verger pour aller jusqu'aux champs de maïs, quand on l'a vue par terre, avec c'te chose au dessus d'elle. Tomec a appelé le garde et on a couru vers elle. Au début il nous regardait sans bouger, puis quand le garde est arrivé il est parti en courant bizarrement. Quand on est arrivé auprès d'elle elle avait un trou dans l'estomac, alors on vous l'a ramenée. »

Anastasie se mordilla la lèvre inférieure, embêtée. Ils ne semblaient pas pouvoir lui fournir d'information cruciale, et elle commençait à désespérer d'en trouver avant de partir à sa recherche ; elle appréhendait déjà beaucoup la rencontre, partir à l'aveuglette ne l'aiderait pas.

« Vous ne vous souvenez pas d'un détail qui vous aurait étonné, ou marqué ? Quoique ce soit, cela pourrait être utile, même si ça n'en a pas l'air. »

Celui qui avait prit la parole haussa les épaules en esquissant une moue désolée, mais le dénommé Tomec sembla se souvenir de quelque chose. C'était celui qui l'avait rattrapée.

« Ah, y avait des traces noires sur le sol, là où la bestiole était. »

La jeune femme fronça les sourcils, intriguée.

( Des traces noires ? Je ne sais peut être pas comment le tuer, mais j'ai au moins une piste sur comment le trouver. )

Elle leur afficha alors un sourire angélique et les congédia d'un « merci » sincère avant de prendre le chemin du manoir.

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La chambre du Docteur Etienne était aussi bien rangé que la chambre d'Anastasie était bordélique. Un lit tout à fait sommaire, séquelle de ses années passées à servir Gaïa sur une couche à même le sol, occupait un coin de la pièce, alors que les trois autres servaient d'emplacement à de grandes bibliothèques pleines de livres en tout genre, triés par auteur.

Le médecin du domaine était un employé privilégié. Si les gardes, prêtés par la milice Kendranne, étaient également traités convenablement, il était lui le seul à disposer d'une chambre digne de ce nom et à résider dans l'aile principale du manoir, où vivaient la famille Terreblanc et les invités de marque. De plus, chacune de ses requêtes en livre et en papier était financée par Grégoire lui-même, et lorsqu'ils ne recevaient pas, il était admis à leur table.

Lorsqu'Anastasie entra dans sa chambre, il était assis devant son bureau, sous la seule fenêtre de la pièce. Il se tourna vers elle, et, l'apercevant, haussa un épais sourcil poivre et sel.

« Mademoiselle ? »

Très à l'aise, l'intéressée alla s'installer sur le lit du Docteur pour entamer une discussion qu'elle voulait anodine.

« Je me demandais, une bestiole comme le traqueur, ça devrait pas avoir peur de la lumière ? »
« Si vous parlez de n'importe quel source de lumière, pas à ma connaissance. Il n'y a guère que dans les livres où les créatures de l'ombre sont sensibles à ce genre de choses. Si vous parlez de la magie de lumière, telle que vous savez l'utiliser, c'est différent. »

Anastasie afficha un air surpris, comme si elle ne comprenait pas comment la conversation en était arrivé là, alors même que c'était l'effet escompté de sa question.

« La magie de lumière ? Elle n'est guère que curative, » répondit-elle, feignant la naïveté.
« Oh, détrompez-vous. Si vous avez, pour le moment, seulement appris à guérir, c'est parce que c'est la seule utilité que vous en ayez eu jusqu'à présent. Mais la magie de lumière peut également se montrer destructrice, en particulier devant les créatures de Thimoros et d'Oaxaca. »

La jeune femme ne se défit pas de son splendide faux air d'étonnement.

« Et ça, ça fait peur à un traqueur obscur ? »

Le vieux quinquagénaire hocha la tête.

« Cela fait même plus que lui faire peur, il y est particulièrement sensible. Les fluides d'ombres et de lumières sont complètement opposés, lorsqu'ils entrent en contact, ils s'annulent. Mais lorsqu'une magie de lumière touche une créature presque entièrement faite d'ombre, les résultats sont ravageurs. C'est pour cela que les nécromanciens n'apprécient pas les mages de lumière, ils viennent facilement à bout de leurs revenants. »

Anastasie hocha la tête, satisfaite. Elle savait maintenant comment en venir à bout, et très probablement comment le retrouver. Elle s'enquit cependant d'un dernier détail qui fut fatal à sa couverture.

« Et a-t-il d'autres points faibles ? »

Le médecin fronça les sourcils.

« Pourquoi cela ? »
« Oh, par simple curiosité, »mentit la jeune femme, mais elle pouvait sentir sa crédibilité s'effriter de seconde en seconde.
« Vous n'auriez pas une idée stupide derrière la tête n'est-ce pas ? »

La petite noble se mordit l'intérieur de la joue. Si elle continuait sur son mensonge, elle prenait le risque que le docteur prévienne son père par acquis de conscience. Si elle lui dévoilait la vérité, elle prenait le risque de ne pas le convaincre de la laisser faire. Après quelques secondes d'intense réflexion, elle finit par craquer, jouant carte sur table.

« De stupide, non. C'est la seule chose intelligente qu'il y ait à faire, à vrai dire. »
« Anastasie c'est de la folie voyons ! Tu vas te faire tuer, » fit-il en oubliant soudain le protocole.

Elle secoua la tête, désemparée, ne trouvant pas les mots pour le convaincre. Soudain elle se releva et s'approcha de lui tendant la paume de sa main vers le ciel. Une petite boule lumineuse en jaillit et resta là, immobile.

« Regardez ! Cette petite chose pourrait vous refermer une entaille de vingt centimètres de long en une poignée de secondes. Et si je veux j'en fais une bien plus efficace, une qui guérirait – et qui a guéri – une blessure de vingt centimètres de diamètre plus facilement encore. Docteur Etienne, est-ce que vous pensez que la Déesse distribue ses dons au hasard, sans raison ? »

La question était rhétorique, mais elle attendit tout de même un mouvement de tête négatif de la part de son interlocuteur avant de continuer.

« Je ne pense pas non plus. Et je pense qu'il est en mon pouvoir d'arrêter cette créature. Mieux encore, je pense que c'est mon devoir. Je pense que Gaïa m'a confié ce don pour ce genre de choses, et je ne compte pas rester assise ici alors que si je ne fais rien mon amie se fera dévorer demain. Docteur Etienne, s'il vous plait... a-t-il d'autres points faibles ? »

Le médecin détourna le regard, comme ayant honte de ce qu'il s'apprêtait à faire. Ou à dire.

« Ses mains. Il y a des yeux dans ses mains, c'est une des sources de son pouvoir. »

La jeune femme lui adressa un signe de tête en plein de reconnaissance et quitta la pièce.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 13 Juil 2015 09:25 
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Le début de soirée avait semblé une éternité à Anastasie. Son père avait éternisé le repas en lui posant des questions embarrassantes devant toute la famille, inquisiteur ; il semblait soudain s'inquiéter que sa fille ait pu partager les sentiments de Marielle. De rage, elle faillit lui dire qu'elles étaient amantes depuis plusieurs mois, mais elle décida de serrer les dents et de simplement le rassurer à chaque nouvelle interrogation.

Lorsque le repas fut terminé, se fut au tour de sa mère de lui faire perdre du temps en la prenant à part. Une part d'elle était contente de retarder l'échéance toujours un peu plus, mais une autre partie, infime mais bien présente, avait hâte de se retrouver face au traqueur. C'était la même qui semblait éprouver un sentiment d'excitation lorsqu'elle avait vu Fitzekiel tuer les bandits quelques semaines plus tôt.

« Ana, on peut parler ? » lui murmura-t-elle.

La petite noble hocha la tête. Il était curieux de voir les différences de ses relations avec son père et avec sa mère. Si son paternel était généralement le plus laxiste des deux, cédant au moindre de ses caprices, et si elle avait, avant les récents événements, tendance à se comporter de la même manière que lui, elle n'en restait pas moins bien plus proche de sa mère, qu'elle appelait maman et tutoyait sans gêne.

Elles montèrent toutes deux dans la chambre de la jeune femme et s'assirent sur le lit. Caroline Terreblanc était une très belle femme, du haut de ses quarante et quelques années, et ce malgré les quelques rides qui parcouraient son visage et ses cheveux déjà presque tous blancs. Elles se ressemblaient d'ailleurs beaucoup.

« Tu sais, si il s'est passé quelque chose avec Marielle, tu peux me le dire... » commença prudemment Caroline.
« Non, rassure-toi, il ne s'est rien passé, » répondit la jeune femme, lasse.

Sa mère lui caressa distraitement la joue, un sourire au visage.

« Ca ne me rassure pas, Ana, je m'en fiche. Je voulais juste savoir. »

Sa fille lui rendit son sourire. Elle avait toujours été bien plus humaine et attentionnée que son père.

« C'était tout ? » demanda-t-elle à sa mère.

Celle-ci secoua la tête et sortit une bourse de son corset.

« Non. Je voulais que tu donnes cela à Marielle. Pour quand elle sera en ville. »
« Merci, maman, » répondit la jeune femme en prenant l'argent.
« Je ne peux rien te promettre, mais j'essaierais de détacher discrètement un garde, » ajouta l'autre en se levant. « Oh et... Ana... Je suis fière de toi. Je savais que tu deviendrais une femme pleine de bonté. »

Elle déposa un baiser sur le front de sa fille et quitta la pièce.

---------------


C'était le milieu de la nuit lorsqu'Anastasie termina de se préparer. Elle avait d'abord dû attendre que tout le monde aille se coucher, ce qui lui avait fait perdre un temps considérable, après quoi elle avait enfilé l'armure de cuir que Fitzekiel lui avait donné, avait fabriqué un fourreau à base de liens de cuir, était allée discrètement chercher des bottes de pluies au rez-de-chaussée pour éviter d'avoir à se battre en escarpins et avait finalement attendu plusieurs minutes supplémentaires dans sa chambre pour être certaine que ses pas n'avaient réveillés personne. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, elle ne voulait surtout pas tout gâcher en se faisant repérer à à peine trois pas de la maison.

Quand elle fut fin prête, elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et s'assit sur l'embrasure, les deux pieds dehors, hésitante ; l'étage ne semblait pas si haut vu du bas. Se faisant violence, elle se retourna, se laissa glisser en attrapant le rebord des deux mains et, n'ayant plus vraiment le choix, lâcha prise, se réceptionnant tant bien que mal deux bons mètres plus bas.

( Bien, le plus simple est fait, ) pensa-t-elle avec ironie.

Elle se dirigea vers la grange qui lui servait de lieu d'entraînement, quelques mètres plus loin, et y pénétra en tâchant de faire le moins de bruit possible. Il n'y avait que deux gardes éveillés, la nuit, l'un devant la porte du manoir et l'autre devant l'écurie, mais celle-ci était relativement proche des quelques entrepôts, et leurs portes avaient pour habitude de grincer bruyamment. Une fois à l'intérieur, elle attrapa l'épée courte qui était restée au sol depuis sa dernière rencontre avec le géant, la ceint à son fourreau de fortune et resortit tout aussi discrètement. C'était maintenant que les choses se corsaient.

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Dernière édition par Anastasie Terreblanc le Jeu 30 Juil 2015 11:05, édité 1 fois.

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