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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 30 Oct 2013 04:26 
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<-- Route entre en Kendra Kâr et les duchés des montagnes

C’est avec une fierté non dissimulée et le sourire facile que Sibelle accepta les compliments de Zniitch.

« Tu te débrouilles très bien en combat à l’épée, tu es très agile et tu as de très bon réflexes » Félicita t-elle le petit gobelin à son tour.

Bien installé dans la charrette, son petit compagnon de voyage qui ressentait encore la faim sortit de sa besace des pièces de viande provenant du lièvre qu’il avait dépecé alors que la guerrière s’entraînait au lancer du couteau. Aimablement, il en offrit une part à la rouquine en lui tendant sa petite main griffée.

Elle la refusa aimablement prétextant qu’elle n’avait plus faim. Ce qui n’était pas nécessairement faux, sauf que la viande crue ne la mettait pas en appétit.
Le reste du voyage se passa sans anicroche et après quelques heures de route, ils aboutirent dans les alentours de Kendra Kâr

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Sibelle, Maître d'armes


Dernière édition par Sibelle le Sam 2 Nov 2013 13:16, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 30 Oct 2013 09:19 
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Les compliments de Zniitch firent sourire la grande guerrière elfique, qui complimenta également le petit gobelin sur son habileté à l'épée, notamment sur ses réflexes et son agilité. De telles paroles venant de Sibelle le remplirent de fierté et lui redonnèrent un peu confiance en lui et en ses capacité, lui arrachant un mince sourire du coin de ces lèvres déformées.

Cependant, quand il proposa à Sibelle de partager sa proie avec lui, elle refusa poliment. Zniitch se contenta alors de hausser les épaules et de devorer à pleines dents l'une des pattes arrière de son lièvre, recrachant les os par dessus le rebord du chariot. Pour lui, manger de la viande crue tout à fait naturel, autant que de manger de la viande cuite. Il ne se doutait pas que cela pouvait déranger - voire dégouter - la majorité des personnes civilisées.

Pendant le reste du trajet, Zniitch s'affaira à aiguiser tous les couteaux dont il s'était servit au cours de son entrainement matinal. Mais il s'interrompit dans son travail quand, débuchant sur le sommet d'une colline, le petit convoi arriva en vue de l'immense capitale humaine. Kendra Kâr. Ce n'était pas la première fois que Zniitch voyait cette cité, mais elle provoquait toujours chez lui cette sensation d’admiration mêlée de crainte.
Suivant un petit sentier qui zigzaguait entre les champs et les fermes qui entouraient ce côté là de la ville, le chariot arriverait probablement à destination dans une poignée d'heures ...

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 30 Oct 2013 20:20 
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Intervention PNJ pour Sibelle et Zniitch


Alors que vous avancez tranquillement vers votre destination, un groupe de kendrans passe à côté de vous à pied tout en discutant.

- "Dites les amis, vous connaissez le manoir à l'extérieur des murs ?"

- "Bien sur ! Rien que d'en parler j'ai des frissons dans le dos."

- "Pourquoi tu en parles Artie ?"

- "Vous connaissez les rumeurs qui circulent à ce sujet ?"

- "Oui. Les plus folles rumeurs circulent au sujet de cette ancienne demeure. Un manoir qui ferait perdre la tête et la vie à ses occupants ! Un maître d'armes a vécu là-bas me semble-t-il ! Pourquoi tu en parles aujourd'hui ?"

- "Il paraîtrait que de nombreuses personnes s'y sont rendues pour comprendre ce qu'il s'y passe. Le manoir a rouvert ses portes."

- "Je souhaite bien du plaisir à ceux qui s'y rendent. Ce domaine à à peine une heure à pied en direction de l'ouest après être sorti de la ville fait froid dans le dos. Je pense qu'une ou deux lames supplémentaires ne seraient pas de trop pour les aider."

Ils jetèrent un regard vers vous et continuèrent leur route.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 2 Nov 2013 14:05 
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Les montagnes avaient enfin cédé leur place aux champs qui s’avéraient beaucoup plus colorés offrant par le fait même une température plus clémente. Kendra Kâr apparaîtrait bientôt à l’horizon et Sibelle retrouverait sa bonne et seule amie Azalée.
Alors que la charrette avançait lentement, mais à rythme régulier, un groupe de citoyens arrivant vraisemblablement de la cité blanche croisa leur chemin. Au nombre de trois, les hommes discutaient à voix haute sans apparemment se soucier s’ils étaient écoutés ou non. Notre guerrière plus portée sur le combat que sur le potinage ne se serait normalement pas intéressée à leur conversation. Or, le mot maître d’armes fut prononcé. Dès ce moment, les oreilles pointues de Sibelle ne perdirent plus aucun mot de la conversation. Le plus grand de ces hommes d’âge moyen expliqua de sa voix grave agréable à l’oreille qu’un manoir appartenant jadis à un maître d’armes se trouvait seulement à quelques lieux de là. Dans cet endroit mystérieux, les gens perdaient la raison lorsque ce n’était pas la vie. Son compagnon, un rouquin arborant fièrement une magnifique barbe rousse leur apprit que ce manoir jadis abandonné venait d’ouvrir ses portes. Le dénommé Artie, bien en chair, prétendit que quelques bons guerriers ne seraient pas de trop pour venir en aide aux habitants du manoir. Selon ses dires, cette résidence se trouvait à peine à une heure de marche direction ouest. Ces hommes poursuivirent leur route et laissèrent une guerrière quelque peu songeuse.

Au bout de quelques minutes d’apparente réflexion, la rouquine arguant un fier sourire héla le marchand. Ce dernier arrêta sa chansonnette, et sans lâcher les rênes de sa grosse jument, se tourna la tête vers Sibelle.

« C’est ici que nos routes vont se séparer, je vous remercie de nous avoir conduits jusqu’ici ! » Annonça fièrement la guerrière.

« Ce fut un plaisir pour moi et surtout une sécurité de vous savoir à mes côtés. »
ce disant, il avait arrêté sa charrette et attendait que ses deux voyageurs en descendent avant de reprendre sa route.

La rouquine stimulée par l’idée de vivre une nouvelle aventure fit un signe de tête à Zniitch, lui signifiant son désir qu’il l’accompagne. Lorsque le petit gobelin l’eut rejoint, la guerrière fit un signe de la main au conducteur de la charrette et commença immédiatement à marcher vers l’ouest tout en discutant avec son petit compagnon.

« Des gens ont besoin de nous Zniitch, c’est notre devoir de les aider. »

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Sibelle, Maître d'armes


Dernière édition par Sibelle le Mer 6 Nov 2013 04:18, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 6 Nov 2013 00:05 
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Les heures passèrent et le chariot se rapprocha considérablement de la resplendissante cité de pierre blanches. Ses hautes murailles barraient maintenant l'horizon tandis que le ciel se parait de nuages roses et orangés, marquant la fin de la journée et le coucher imminent du soleil.
Mis à part le chaos de la route inégale qui ébranlait la charrette dans tous les sens, le trajet fut relativement calme et sans encombre. La seule rencontre qu'ils firent fut de croiser le chemin d'un petit groupe d'humains qui discutaient à haute voix.
De nature curieux - et paranoïaque - Zniitch ne put s'empêcher de tendre l'oreille pour essayer d'entendre l'échange. Ils parlaient d'un manoir, à l'Ouest de la capitale, dont les habitants devenaient fous ou perdaient la vie ... Depuis peu, de nombreuses personnes se seraient mises à enquêter dessus et s'y seraient rendus.

( Ouf, Zniitch est bien content que le but de cette expédition soit de retrouver l'amie de Sibelle ! ) Se dit le petit gobelin en reprenant place, au milieu des marchandises. Sibelle, elle, paraissait songeuse.

Mais soudain, alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres des portes de la ville, la guerrière elfique se leva et demanda au marchand de s'arrêter. Tout en descendant du chariot - suivie par Zniitch qui ne comprenait pas bien ce qui se passait - elle annonça à l'homme bedonnant que leur chemin se séparait et le remercia de les avoir amené jusqu'ici.

« Euh ... Au revoir, oui. Et ... euh, merci ! » Lâcha le gobelin à son tour, vérifiant qu'il n'avait rien oublier à bord et qu'il avait bien tout son équipement sur lui.

Puis le marchand les remercia à son tour, d'avoir assuré sa sécurité, et reprit la route en sifflotant.
A cet instant, Sibelle se tourna vers le petit être verdâtre déboussolé et lui indiqua la direction de l'Ouest. Selon elle, des gens avaient besoin d'eux, et c'était leur devoir que de les aider. Après quoi elle se mit en marche d'un pas déterminé.

« Si Sibelle le dit ... » Lâcha-t-il en lui emboitant le pas, déglutissant avec difficulté et essayant de réaliser ce qu'il s'apprêtait à faire. Mais il se rappela une fois de plus ce que lui avait souvent répété la guerrière - Fier et digne ! - et il respira profondément, bomba le torse et entreprit de se convaincre que ces personnes avaient effectivement besoin de leur aide.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 27 Jan 2014 02:00 
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Mon rapide tour des boutiques effectué, j'emploie la même technique pour franchir les portes de la cité que la première fois. Volant dans l'ombre d'un lourd chariot grinçant, je ne suis plus aussi en proie à la tension qu'auparavant. Certes, je regarde toujours autour de moi, à l'affût d'un regard un peu trop curieux, mais les récents événements m'ont endurci. Un bref instant, le visage d'Arkalan traverse mes pensées, mais il n'y reste pas. De toute façon, j'ignore maintenant où il est et m'inquiéter pour lui ne ferait que me distraire de ma propre situation.

Je quitte l'abri procuré par le véhicule de bois tracté par un bovidé au moment où le champ de hautes cultures vertes apparait sur ma droite. Le soleil a beau être haut, l'ombre qui plane entre les plants est toujours identique, rendant difficile le discernement de formes précises. Ailes déployées, je glisse entre différents brins d'herbe jusqu'à ce couvert végétal. Là, sarbacane en main, je tends mes spirales auditives et décide de marcher le long d'un rang. Tous se ressemblent et il me faut une poignée de minutes pour retrouver la dépression de terre ayant servi de nid à ma monture.

Lorsque j'en approche, aucune créature vivante ne s'y trouve. D'ailleurs, les oeufs brisés par l'oiseau reptilien et le corps du harney femelle ont disparu. Ce n'est qu'en me faisant la remarque que je note une petite motte de terre sur laquelle sèche un bouquet de fleurs des champs. J'en plisse les yeux et scrute les environs autour de moi. Je peux sentir d'ici l'odeur de la coupe fraiche. Cette gerbe est récente.

( Prudence. C'est peut-être ce traître de lutin ou cet abruti d'humain. )

À couvert, je patiente, laissant mes sens faire le point sur la situation. Seuls de lointains échos de voix me parviennent, et un bruit régulier qui augmente en volume. Et qui vient d'au-dessus de moi. Je sens mon coeur accélérer en reconnaissant ce battement si particulier et lève le nez vers le sommet des cultures. Lentement, un oiseau au plumage sombre approche du nid, se plaçant en vol stationnaire au-dessus quand il me remarque. Un son d'avertissement fend l'air, me tirant une esquisse de sourire. On dirait bien qu'il ne me reconnait pas.

J'ôte mon casque, le calant sous mon bras. Je me surprends à éprouver un soulagement certain tandis que ma main libre plonge dans mon sac et offre une baie séchée au harney à huppe bleue.

"Pas fâché de te revoir entier, Lyïl."

L'oiseau semble soudain me reconnaitre ou alors il est attiré par le son similaire à son chant que ma gorge produit ensuite. Il se pose immédiatement, contourne le creux, et vient chercher le fruit qu'il gobe en un mouvement avant de m'offrir l'accès à sa tête. Mon torse se serre un peu tandis que ma main bleue glisse sur le plumage sombre. Dire qu'il y a quelques jours encore il m'aurait envoyé des bourrasques poussiéreuses dans la figure... Je dois bien admettre qu'avec le shaakt, cet oiseau constitue l'un de mes points faibles. Tandis que je le caresse, j'inspecte son plumage et son maintien. Il a l'air en forme, chose qui me rassure un peu plus. Le choc avec cette corneille ravisseuse ne l'a apparemment pas blessé.

Me coiffant de mon casque, j'agrippe sa huppe et vole d'un bond pour me percher à la naissance de ses ailes, glissant mes bottes dessous. Le harney pousse un doux gazouillis avant d'étendre ses membres. Une faible traction sur ses plumes claires le lance dans les airs. Mon idée n'a pas changé et je le dirige donc là où la plus que désagréable rencontre s'est produite : vers la forêt au nord des terres humaines. Je ne veux plus revoir un seul de ces ignobles colosses.

En tous cas, pas avant d'avoir apprivoisé cette magie sombre patientant dans ma gourde. Un jour, je ferai la peau à cette pimbêche qui m'a volé treize années de vie, ainsi qu'à son stupide paternel.

Cette simple idée me ravit au plus haut point, mais je fais pourtant preuve de patience. Après tout, dans ce genre de projets, la précipitation est un adversaire des plus sournois.




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"Être libre, c'est ne pas s'embarrasser de liens."


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 23 Fév 2014 16:57 
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"La trace d’un rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas."

La nuit était déjà bien avancée. On devait même être rentré dans le prochain jour, ne devant rester que quelques heures avant que l'aube ne se représente une nouvelle fois par sa beauté. Seul la lumière de la lune éclairait la noirceur environnante, parvenant à illuminer, bien que faiblement, la demeure au travers des vitres et fenêtres. Une nuit fraîche, comme les précédentes. Toutefois, quelque chose semblait être différent. Peut-être était-ce l'intensité de la lune, ou bien le silence incroyablement pesant. L'on pouvait d'ordinaire entendre de temps à autres quelques bruits, mais cette nuit-là, rien de tout cela. Bien que le monde était endormi, ils pouvaient ressentir cette oppression, anormale et inquiétante. Au coeur d'une des pièces de cette grande demeure, une chambre, accueillant en son sein une personne au sommeil profond mais perturbé, par des images, un rêve. Troubles étaient-elles, la vision n'en était pas des plus clairs et le mystère les entourant demeurait intact, depuis déjà plus d'une semaine. Qu'est-ce qu'elles voulaient dire en fin de compte ? Cela n'arrivait pas fréquemment, d'ordinaire la jeune fille dormait paisiblement, faisait des rêves étoilés, comme toujours.

La dernière image fut des plus frappantes, si troublantes, qu'elle en réveilla Elisabeth. La noble s'était éveillée en sueur, les yeux grands ouverts, le souffle accéléré. Cela était arrivé au moins deux fois dans la semaine, et commençait à prendre des mesures inquiétantes. La pauvre en arrivait à avoir peur de s'endormir de nouveau, à chaque soir. Cela devait cesser. Pourtant, elle gardait son calme et arrivait à ne pas céder à la panique. Reposant sa tête sur son oreiller, ses yeux ne parvinrent toutefois pas à se renfermer. Aussi fragile qu'elle était, les images de son dernier rêve l'empêchait de s'en remettre aux bras du sommeil, une nouvelle fois. L'obscurité à peine cachée par la blancheur de la lune, Elisabeth était anxieuse. Pourquoi cela lui arrivait-elle ? Il devait y avoir une raison, que seule Gaïa devait connaître. Au fin fond de sa torpeur, un murmure vint la secouer. Quelque chose de rassurant et troublant à la fois, comme un souffle chaleureux dont on ne savait pas la provenance. Cette parcelle de voix qu'elle écoutait chaque nuit, au fond de ses rêves, venait l'apaiser même dans la réalité.

Il était bien évidemment impossible de déterminer ce qu'elle disait, tant elle était floue. La noble fille était de nature superstitieuse, et croyait bien que cela n'était pas une simple hallucination. D'ailleurs, en parlant de ces dernières, elle n'en était pas au bout de ses surprises. Un vent doux mais assez fort pour faire lever les rideaux s'éleva, soudainement. Un vent qui ne fit point de bruit, qui au contraire caressa presque le visage d'Elisabeth, ayant tourné son visage vers la fenêtre. Elle aurait juré que les domestiques les avaient fermés, mais il semblerait que l'une d'entre elle était belle et bien ouverte. Étrange. Puis, lorsqu'un long mais discret bruit de grincement vint à ses oreilles, la jouvencelle tourna une fois de plus son visage vers la porte, commençant à s'apeurer. Les esprits existaient bien, et ils pouvaient très bien s'en prendre à elle ... Mais heureusement, cela n'était pas le cas cette nuit-là. Non. Au contraire, après avoir vu la porte s'ouvrir d'elle-même, sûrement à cause du courant d'air, les choses changèrent d'aspect. Une lueur douce et agréable gisait dans le couloir, il s'agissait des bougies sans doute.

Mais cela eut un effet bénéfique sur Elisabeth, qui en la regardant, sans voix, fut comme anormalement intriguée, presque séduite. Jamais les bougies n'avaient un tel effet sur elle, d’ordinaire, mais pourtant il fallait bien croire que cette nuit était la nuit des plus anormales qu'il soit. Curieuse telle une enfant, la jeune fille ne pu s'empêcher de succomber à son envie, cette 'provocation' que lui lançait cette lueur, l'invitant à venir l'admirer. Elle savait que ce n'était pas bien de se lever la nuit, alors que tout le monde dormait. Sa marraine ne serait pas contente mais pourtant, elle osa. Se mouvant doucement hors de ses draps chauds, elle posa ses pieds sur le sol froid, qui ne manqua pas de lui donner des frissons partout sur son corps. Le changement brusque de température était plutôt désagréable … Ainsi, Elisabeth se saisit de sa robe de nuit, s'enveloppant son délicat corps avec cette fine mais suffisante protection contre le froid environnant.

Presque hypnotisée par la lueur, elle ne tarda pas à faire éruption dans le couloir, dénué de toute vie éveillé. Seule les bougies éclairaient ce lieu, et lorsqu'elle vit que rien à part elles n'émettaient cette lumière, elle fut presque tenté de s'en retourner à sa couche. Mais, un sifflement caressa son oreille, et retint toute son attention. Un bruit, un énième, qui n'était pas normal. Les lieux étaient anormalement silencieux, l'atmosphère n'était pas des plus conventionnelle … De nouveau la peur la gagna. Elle n'osait pas demander si quelqu'un était éveillé et causait ce bruit, de peur de déranger certes, mais on aurait dit que quelque chose la dissuadait de parler. Le bruit se renouvela, et semblait provenir du bout du couloir, à l'entrée de l'escalier. Prudente, Elisabeth avança timidement, se dirigeant vers la source, pour arriver aux escaliers. Ce son semblait toujours et encore la guider, l'invitant désormais à plonger dans la cage. Qui savait où cela la mènerait ?

Quelques minutes plus tard, alors qu'elle continuait son excursion nocturne, ce qui n'était pas du tout dans ses habitudes, la noble arriva aux portes du sous-sol. Le bruit s’intensifiait, mais peut-être que tout ceci n'était que dans sa tête ? Peut-être n'était-ce qu'un rêve ? Imprudente, son cœur battait la chamade d'autant qu'elle était terrifiée mais intriguée à la fois. Ses pas la guidèrent finalement devant une vieille porte en bois, qu'elle reconnaissait bien. Une porte qui pendant l'espace de quelques secondes, la pétrifia. Le bureau de son père, du temps de son vivant … Non, c'était insensé. Pourquoi devait-elle aller là ? Elle n'avait presque jamais mis les pieds ici avant, sous l'interdiction de sa marraine … Ce qu'elle était en train de faire était mal, était contre les consignes de Evenye … Mais il était trop tard pour reculer. Elisabeth devait découvrir l'origine de ce bruit sourd, qui semblait dorénavant provenir immanquablement de ce bureau.

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Dernière édition par Elisabeth DeVivelune le Dim 1 Juin 2014 21:33, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 25 Fév 2014 19:05 
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La porte, le bureau, toujours aussi soucieux de faire entrer sa convive. Personne ne savait ce qu'elle pouvait bien trouver derrière, si cela n'était qu'au fond une hallucination, ou bien un mal réel. Qu'elle était imprudente de s'aventurer ainsi. Mais toutefois Elisabeth n'en oublia pas les bases, car si dans les étages la lune permettait d'y voir plus ou moins clair, en sous-sol seule la lumière d'une flamme pouvait aider. Et heureusement qu'elle y avait pensé, à ce détail. Avant de pénétrer dans ce couloir, la noble s'était prémunie d'un chandelier, portant une bougie allumée. Sa seule protection contre la noirceur, en quelques sortes. La jeune fille, toujours muette, appréhendait ce qui se cachait derrière cette porte. Certes elle avait déjà eu l'occasion de le voir, il y a longtemps, mais peut-être était-ce à cause des consignes formelles de sa marraine lui interdisant de s'introduire qui l'apeurait autant. Sa respiration haletante, Elisabeth dirigeait petit à petit sa main vers la poignée, alors que le maigre bruit s'apparentant toujours à une voix difforme l'harcelait.

Le point de non retour était à présent dépassé, et le grincement lent des gonds ne fit que rendre l'impression d'autant plus pesante. La pièce plongée dans l'obscurité faisait à présent face à la jeune fille, alors que celle-ci resta un moment immobile, comme si elle s'attendait à ce quelqu'un ou quelque chose montre un signe de présence. Mais rien, toujours rien, toujours ce silence. Avançant d'un pas, elle mit un peu plus en avant sa bougie pour ne pas devenir prisonnière du noir, et ainsi perdre son seul moyen d'agir. Ses yeux balayaient tout le bureau, de long en large, afin de déterminer d'où provenait ce son l'ayant tiré de son sommeil, depuis ces quelques minutes. Mais en vain, car aucun élément ne semblait suspect. Avançant toujours un peu plus, la téméraire en était finalement au milieu de la pièce, inquiète mais restant aux aguets. Mais il fallait se rendre à l'évidence ; il n'y avait rien ici. Rien d'étrange, rien d'anormal, contrairement à tout ce qui venait de se produire. Alors une question se posa dans son esprit ; Pourquoi ? Pourquoi ce semblant de voix l'avait guidé jusqu'ici ?

Et ce fut non sans sursaut venant de sa part qu'un courant d'air vint faire claquer la porte. De nouveau, la panique la gagna. Elle était allée trop loin ce soir, et si ce claquement avait été entendu, il ne lui restait plus beaucoup de temps avant que quelqu'un ne vienne et découvre son intrusion. Tournant sa tête pour scruter son environnement, ce fut dans la mêlée d'images qu'elle percevait qu'un détail, mis en avant par la lumière trouble de sa bougie, retint toute son attention. Un détail qui n'avait pas sa place ici, qui n'était pas naturel. Mais cette nuit, qu'est-ce qui était naturel ? Pouvait-on dire que la voix l'était ? Ou encore que le bureau n'avait pas nécessité de clé pour être ouvert ? Cela faisait beaucoup d'éléments étranges. Le détail qu'elle remarqua était ni plus ni moins qu'un tiroir, légèrement en avant, signifiant que quelqu'un avait dû l'ouvrir. Ou peut-être était-ce sa marraine, qui avait dû chercher quelque chose et avait oublié de le refermer correctement ... Dans tous les cas, Elisabeth savait que ce n'était pas une coïncidence.

S'approchant ainsi, la noble posa son chandelier sur la table principale composant le bureau. Ce dernier était recouvert par une épaisse couche de poussière, mais à en juger son aspect, il devait être un chef-d'oeuvre, en son temps. Le bois était toujours d'une qualité excellente et même avec toutes ces années de dégradations, pas un grincement ni même un trou. Elisabeth ne manqua pas de laisser échapper un éternuement lorsqu'elle posa son feu, qu'elle fit tout pour atténuer le mieux, ayant éparpiller un peu de poussière dans les airs. Les mains à présents libre, elle les fit effleurer ce fameux tiroir qui semblait être déjà si familier. Mais il l'était bel et bien. Ce bureau, elle l'avait déjà connu, de part ses précédentes venues ici, mais aussi par une impression innée. Ce meuble n'a pas toujours été là ... Et devait à un moment ou un autre avoir été vu par Elisabeth. Elle n'avait pas souvenir de ses parents hélas, et la vue de cette pièce lui faisait d'une manière générale, regretter cela. Combien elle aurait aimé les connaître, se souvenir, avoir au moins la chance de se rappeler de leur visage. Il était inutile d'insister sur ses ressentis à ce moment-là ... La jeune fille était presque sur le point d'oublier toutes ses précédentes frayeurs, et laisser place à la tristesse émanant de l'image du bureau.

Hésitante, elle tira le tiroir doucement, sa curiosité ayant été largement piquée à vif depuis le début. Si c'était bien Evenye qui avait fouillé ici, Elisabeth saurait au moins ce qu'elle était venu chercher. Cela ne lui plairait guère, et le mot était bien faible. Cela ne ressemblait pas à la noble de faire tout ceci, et la voir ainsi, manquerait pas de décevoir, quelque part. Ainsi, ce qu'elle découvrit allait paraître bien simple, et logique compte tenu de l'endroit dans lequel elle se trouvait, mais un autre détail allait retenir définitivement son attention, et la pousser aller plus loin dans sa petite fouille. Un livre. Ce qui pouvait paraître banal et sans intérêt, mais si on regardait la page de couverture, cela avait tout faire poser des questions sur son contenu … Un triangle, contenant une croix pattée en son centre. Un livre aux couleurs rouge sombre, et aux cadres dorés. Que renfermait-il ? Elisabeth n'allait sûrement pas tarder à le découvrir … Cependant, tellement fut-elle intriguée et baignée dans l'atmosphère à la fois nostalgique et inquiétant des lieux, elle n'avait pas tout de suite remarquer un élément essentiel : la voix avait cessé son harcèlement depuis l'ouverture du tiroir …

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 2 Mar 2014 21:50 
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Il ne fallut pas attendre longtemps avant que la jeune fille ouvre enfin le bouquin, aux allures de recueille de légendes. Et aussi improbable que cela allait paraître, le livre était en quelques sortes ce recueille. L'on pouvait d'ores et déjà dénoter dans le préface la nature très abstraite des textes, rendant la lecture d'autant plus difficile. Elisabeth parcourait la toute première page où semblait y être écrit un type de prologue, vis-à-vis du contenu de l'ouvrage. L'auteur souhaitait apparemment mettre en garde ses lecteurs, non pas sur ce qu'il allait écrire sur le papier mais sur le sens de ses dires. Une mise en garde qui laissa la noble perplexe, se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir découvrir à l'intérieur de ce livre. Mais fallait-il déjà qu'elle réussisse à comprendre la page suivante, exposant ce qui paraissait être un écrit tout droit sorti d'un livre religieux … Ainsi, répétant sans se rendre compte à voix basse, plus elle lisait, plus elle se demandait de quelle nature était ce livre.

*Celui qui veut atteindre la vraie science devra joindre le geste à la pensée

Il fera preuve de ses efforts
et se soumettra tel le fidèle devant l'éminence

Il réfutera les symboles des anciennes croyances,
et protégera son regard des visions levées dans le chaos.
*


Ces quelques lignes avaient forcément un sens. Caché, ou peut-être pas ? Pour le savoir le chemin le plus évident était de lire en entier l'ouvrage. Et même si la noble croyait de plus en plus être en train de nager en plein rêve ou hallucination, il était de son intention d'en savoir d'avantage maintenant qu'elle avait lu ceci. Était-il possible que ce livre, et plus précisément son auteur, voulait faire passer un message ? Il était probable qu'entre ces lignes quelque chose souhaitait être dit, mais ne devait pas l'être explicitement énoncé. Sinon, n'importe qui pourrait accéder aux savoirs de l'écrivain. Elisabeth referma le bouquin, se posant une multitudes de questions, dont notamment comment ceci avait-il pu atterrir dans ce tiroir. Pourquoi son père possédait-il un tel ouvrage … Et qu'est-ce que l'auteur voulait dire ? D'ailleurs, concernant ce dernier, la jeune fille eut un réflexe qui fut de regarder son nom. Mais malheureusement, et aussi curieusement, le seul nom apparaissant ressemblait fortement à un nom de plume qu'autre chose.

(Sir Leodevain …)

Cela représentait déjà un indice. Sir Leodevain était le seul nom qu'Elisabeth avait pu relever. Sa curiosité la pousserait sûrement à faire des recherches sur cet homme, mais pour le moment, elle se souciait à présent d'un nouveau détail, qui se présenta à elle soudainement. Un bruit venant du couloir, venant s'ajouter à la panoplie depuis le début de cette escapade nocturne. Mais cette fois-ci, il était très distinguable et facilement identifiable. Des pas, lents, qui se dirigeaient vers elle, vers le bureau. Quelqu'un avait dû être réveillé par le précédent claquement de la porte. Le cœur de la noble s'emballa, elle ne devait pas être vue … Surtout si cette personne était sa marraine. Elle priait intérieurement Gaïa de lui trouver une solution, tandis qu'elle tournait sa tête à droite et à gauche, tentant de repérer un moyen de se cacher. Mais si on y pensait, il faisait complètement noir, et seule la faible lueur de sa bougie pouvait en réalité trahir de sa présence. La porte était fermée et vraisemblablement, personne n'oserait l'ouvrir. Ainsi, Elisabeth prit son courage à deux main, car elle savait que si elle faisait taire sa seule lumière, elle se retrouverait dans l'obscurité la plus intense … Et il ne fallait pas oublier que cela lui faisait généralement peur.

Mais elle s’exécuta, soufflant doucement sur la flamme, se retrouvant plonger dans le noir. Elle prit le temps de se placer à côté de la porte au cas où on l'ouvrirait tout de même. Au moins, l'absence total de lumière lui offrait la chance de ne pas être vue, même si lorsque la porte s'ouvrit, elle était derrière. La jeune fille ne put voir qui était là à ce moment, mais son cœur ne cessa de battre intensément. Elle priait pour que cette personne s'en aille, pour qu'elle puisse en faire de même après. Et ce fut un soulagement quand la porte se referma de nouveau, l'investigateur ne trouvant rien de suspect dans cette pièce. Relâchant son souffle, Elisabeth était certes moins apeurée, mais être plongée dans le noir ne la rassurait guère. Il était temps de partir, et de retourner à la chambre avant que quelque chose d'autre ne lui tombe dessus et ne la rate pas cette fois-ci. Toutefois, elle attendit quelques instants avant de sortir, pendant lesquels elle prit le soin de prendre le mystérieux livre dans ses bras. Il était trop tard pour elle de laisser cet ouvrage à sa place, les quelques lignes qu'elle avait lu l'avait grandement troublé, et elle devait savoir à présent … Savoir, ce que réellement ce livre contenait.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 15 Mar 2014 17:15 
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L'aube sonna de son plus bel éclat, au travers la grande fenêtre de la chambre, illuminant la pièce de son doux voile orangé. La dernière partie de la nuit avait été tourmentée pour celle qui se reposait en ce lieu. Après avoir fait une excursion nocturne, suite à une voix entendu mais sourde, elle s'était enfin redonnée aux bras du sommeil, finissant la nuit en tentant tant bien que mal de se reposer. Les rayons de soleil vinrent caresser son visage, l'extrayant petit à petit du monde onirique pour l'amener de nouveau à notre réalité. Ses yeux se rouvrirent doucement, leur laissant le temps de s’adapter à cette luminosité un peu forte, bien qu’émerveillant comme à son habitude. Elle aimait particulièrement ce moment de la journée, car c'était le début certes, mais aussi grâce au spectacle qu'il offrait. Elle pouvait l'admirer depuis sa couche, et cela suffisait à lui donner sa bonne humeur quotidienne, habituellement. Mais aujourd'hui, tout était différent, et la cause était à présent bien connue. La nuit qu'elle venait de passer, ce livre, cette voix … Il y avait de quoi rester plus que perplexe, et le mot était bien faible.

Elisabeth pensait, encore et toujours, à cet auteur et à ce qui ressemblait à sa prose, celle qu'elle avait pu lire. Ceci avait tout pour faire en sorte de se poser des questions et c'était ce qu'elle faisait, se poser des questions. Qui était-il ? Pourquoi son ouvrage était dans l'ancien bureau de son père ? Silencieuse et pensive, elle fut soudainement tirée de sa torpeur par la venue d'une domestique, qui était là pour s'atteler à sa tâche quotidienne : ouvrir les fenêtres, et s'occuper de la chambre. Mais en temps normal, sa propriétaire était d'ores et déjà sur pieds, ce qui n'était pas le cas présentement. Ceci marqua bien évidemment l'étonnement de la femme de chambre qui vit la jeune fille s'adosser au dos du lit, sortant à moitié. Cette dernière regarda la domestique quand celle-ci semblait un peu étonnée de la voir encore sous ses draps, et lui demanda donc naturellement si tout allait bien, si elle avait passé une bonne nuit. La réponse en fut positive, elle n'avait autre choix que de dire cela. Sinon elle aurait du fournir une explication et cela retomberait immanquablement dans les oreilles de sa marraine.

"Votre bain est prêt mademoiselle, souhaitez-vous que je prépare aussi votre habillement ?"
"Vous en seriez des plus aimable, Vesna."
Répondit Elisabeth de sa voix suave, et de son sourire inné.

Même si la nuit n'avait pas été aussi reposante que la normal, la jeune fille restait toujours aussi douce et avenante. Elle laissa la domestique l'aider à sortir de sa couche et l'accompagner jusqu'au bain, où elle avait d'ores et déjà prit le soin de disposer le nécessaire pour se sécher après. Une fois seule, Elisabeth n'attendit pas et se dévêtit pour se plonger dans l'eau chaude. Cela faisait du bien, elle en avait bien besoin. La chaleur lui détendit ses muscles un à un, et l'aida à s’apaiser, tant bien physiquement que mentalement. Si le destin l'avait mis sur la route de ce livre, alors il la mettrait aussi sur la clé de ce même mystère. En réalité, ce qui la troublait le plus au fond d'elle-même n'était que cet ouvrage appartenait jadis à son père … Mais la signification des quelques lignes qu'elle avait pu lire. Et la seule et même question auquel elle n'avait point réponse était : pourquoi ? Elle en saurait d'avantage quand elle commencera ses recherches sur l'auteur. Heureusement qu'elle avait pris le soin de retenir son nom.

(Sir Leodevain …) Se répétait-elle dans sa tête.

Même si ressasser son nom en continue n'allait pas aider, si ce n'est à ne jamais l'oublier, Elisabeth ne s'en rendait même pas compte. Mais les minutes s'écoulèrent, et il était temps de sortir de l'eau à présent. S'enveloppant dans un draps, elle se dirigea vers la précédente pièce où la domestique avait prit le soin, comme demandé, de déposer une robe sur le paravent. C'était le rituel quotidien de la jeune fille, et il n'avait jamais changé depuis que Evenye le lui avait apprit. C'était grâce à cela qu'elle était toujours en bonne condition. Sa marraine lui avait tout apprit, du début jusqu'à la fin. Et elle continuait encore aujourd'hui. Elle était comme une mère, celle qu'elle n'avait malheureusement jamais pu connaître … Elisabeth priait souvent pour elle auprès de Gaïa, demandant qu'elle la couvre et la bénisse pour tout ce qu'elle a fait. Et d'ailleurs, alors que la noble s'habillait derrière le paravent, elle entendit sa marraine faire son entrée dans la grande chambre, et demandant à la domestique de les laisser seules. Une frayeur parcourut l'échine d'Elisabeth à ce moment-là. D'ordinaire elle était la personne la plus heureuse sur cette terre quand Evenye était présente, mais à cet instant, elle avait peur … Sa marraine n'avait pas l'habitude de venir la voir d'une heure aussi tôt. Lorsque Elisabeth eut finit de mettre sa robe, elle sortit puis se présenta enfin à la femme. Cette dernière esquissa un grand sourire, chaleureux, alors qu'elle contemplait sa filleule.

"Tu es toujours aussi belle et radieuse Elisabeth … J'espère que tu t'es bien reposée cette nuit."

Il ne fallait pas plus pour que la jeune fille perde un peu ses moyens. Et si elle savait ? Chassant cette pensée de sa tête, elle se convaincue qu'elle ne devait pas être au courant pour cette nuit. Ainsi, se contentant d'un sourire elle hocha de la tête. Elle dit alors à sa marraine qu'elle n'avait pas finit sa toilette, ce à quoi Evenye se proposa. Installant Elisabeth devant la coiffeuse, elle se saisit d'une brosse et d'une manière des plus intentionnées, s'occupa de sa chevelure. Mais une question subsistait : pourquoi était-elle venue ? Et ce fut à cet instant que la réponse éclata.

"Je dois te parler de quelque chose, quelque chose d'important."

Le cœur d'Elisabeth s'emballa en entendant cela. Déjà de nature très émotive, la peur que sa marraine soit au courant la tenaillait plus que jamais … Elle priait pour que ce ne soit pas ce à quoi elle pensait.

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Dernière édition par Elisabeth DeVivelune le Dim 1 Juin 2014 21:50, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 6 Avr 2014 23:21 
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La sentence allait bientôt retentir. Elisabeth savait et ne savait pas à la fois. Et si Evenye était au courant ? Cette question la torturait dans ce laps de quelques secondes. Il ne le fallait pas. Bien que rationnellement, sa marraine ne fut jamais une personne sévère, et si elle apprenait ce qui s'était passé cette nuit, elle n'irait pas sermonner sa filleule. Rien ne pourrait la mettre en colère contre elle, son amour était bien trop grand … La jeune fille se faisait des idées, en réalité. C'était sa nature qui la poussait à douter ainsi, bien qu'au fond d'elle-même, si elle s'écoutait, elle savait que sa chère marraine ne réagirait jamais d'une mauvaise manière. Bien qu'il n'y eut que quelques secondes d'écart en vrai, Elisabeth avait l'impression que c'était des minutes entières qui s'écoulaient. Que voulait-elle lui dire de si important ? La réponse, n'allait pas tarder à venir. Alors qu'elle s'attendait au pire, la voix douce de Evenye lui annonça alors tout autre chose que ce à quoi elle aurait pu penser. Son cœur se calma subitement, le pire n'allait pas arriver. Ce que lui dit alors la maîtresse des lieux se révéla toutefois très important, comme elle l'avait dit. Cela étonna Elisabeth d'entendre cela, mais elle savait que Evenye s'était toujours souciée de ce point … La magie.

"Tu as en toi cette essence, Elisabeth. Quelque chose d'extraordinaire, un don qui ne doit pas être gâché. Je te prie de te rassurer mon cœur, je suis consciente que ce sujet n'est jamais facile à aborder et je te comprends … Mais saches que c'est important. Nous avons réussi à encadrer jusqu'à présent ensemble ce don, mais il est temps de le prendre sérieusement en main. C'est … Ce qu'aurait voulu ta mère."

À ce dernier mot, Elisabeth baissa les yeux. Evenye était bien l'une des dernière personne en ce monde encore vivante à l'avoir connue. Évoquer le sujet de cette femme, qu'elle n'avait jamais eu le bonheur de connaître, suffisait à rendre la jeune femme triste. Mais il n'y avait aucune raison ce jour-là, car bien au contraire, la marraine d'Elisabeth venait de lui dire qu'elle aurait été si fière que sa fille développe ce don. Si tel aurait été sa volonté, sa fierté, alors l'héritière ferait tout pour la satisfaire dans ses attentes. On savait que la magie avait toujours été un sujet très, très sensible entre ces murs, un sujet presque tabou. Elle avait été tant impliqué dans les histoires familiales, qu'elles ai étaient bonnes ou mauvaises, qu'on en revenait à ne pas en parler. Mais si Evenye avait jugé important de venir avec ceci, il fallait écouter. Ainsi, elle souhaitait l'aider à développer d'avantage cette magie qu'elle avait en elle. Ce moment devait arriver tôt ou tard, c'était destiné. Mais comment allait-elle procéder ? La question subsistait, et encore une fois, la réponse vint rapidement.

"Je ne peux t'apprendre cet art, mais j'ai une connaissance de confiance qui pourrait te transmettre son savoir. C'est un érudit en cette science, il saura comment t'instruire de la manière qui te conviendra le mieux … Tu n'a aucune crainte à avoir, je te le promets."

Cela avait le mérite de rassurer Elisabeth. Cette dernière avait une peur de la magie, bien qu'elle avait déjà brièvement pratiqué par la précédente année. Il fallait à présent qu'elle passe outre, qu'elle apprennes à faire abstraction de ses peurs. Un exercice dure pour une personne comme elle, si fragile. Mais elle allait le faire, pour elle, pour sa marraine … Et pour sa mère. Se contentant de répondre un timide oui, elle essayait de se convaincre que tout allait bien se passer. Evenye savait que Elisabeth pouvait y arriver, et lui déclara comme pour lui laisser le temps de se préparer, que l'érudit en question arrivera dès demain à la première heure. Esquissant un sourire chaleureux dans le miroir, la marraine tentait tant bien que mal de mettre sa filleule en confiance. Cela fonctionnait, bien qu'elle n'arrivait pas à le montrer, submergée par la peur. Elisabeth la regarda au travers la glace et lui rendit son sourire, aussi timidement que sa précédente réponse. À présent que la nouvelle était dite, Evenye décida volontairement de passer à autre chose pour ne pas mettre la pression à sa protégée.

"Qu'aimerai-tu faire aujourd'hui ?" Dit-elle avec sourire.
"… Aller à la bibliothèque. J'ai … Quelques petites recherches à faire, à propos d'un auteur. Si cela ne te dérange pas, Evenye."

Rien provenant de la part d'Elisabeth ne pouvait la déranger. C'était même un plaisir, cela faisait depuis un moment qu'elle-même n'avait pas été à la bibliothèque. C'était l'occasion de faire une descente en ville, et de passer un bon moment pensa-t-elle. Ainsi, il ne fallait pas perdre plus de temps. Evenye prit le soin de finir de coiffer sa fille de cœur, puis lui donna un baiser des plus affectueux sur sa tête. Il fallait qu'elle se prépare à son tour, cela prendrait quelques minutes dit-elle. Elle complimenta une dernière fois la jeune femme, puis se retira. Elisabeth se regarda dans le miroir, puis délicatement prit le plaisir d'ajuster quelques détails dans sa chevelure, détails de goûts personnel, ainsi que de se pomponner. La bibliothèque serait l'occasion pour elle d'en savoir plus sur ce mystérieux "Sir Leodevain", et elle espérait bien trouver quelque chose, aussi maigre cela serait-il.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 26 Mai 2014 23:04 
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PRELUDE

7 ans auparavant...


La Seigneurie Kerbon brillait de mille feux en cette magnifique journée ensoleillée, où même les plus blancs nuages semblaient avoir laissé leur place à un soleil poudroyant. La chaleur était cependant largement supportable et le petit village de Castel Puyval pouvait grouiller d'une foule aux couleurs chatoyantes : les hommes arboraient en ce jour des tenues plus majestueuses les unes que les autres avec l'élégance et la sobriété des Kendrans, malgré des coloris parfois surprenant.

Les dames n'étaient pas en reste, loin de là, puisque leurs longues robes rivalisaient entre elles de grâce et de finesse, on voyait ainsi souvent des créations de tailleurs étrangers aux dessins étirés, aux manches traînantes et aux cols finement ornés pour mettre en valeur leurs parures; des femmes plus masculines portaient elles plutôt de longues tuniques, sans sacrifier trop de féminité dans leur habillage, les dorures côtoyaient les cheveux courts avec une agréable harmonie.

Les enfants, aux tenues colorées mais moins excentriques, s'affairaient plutôt à admirer quelques artistes de rue cracheur de feu, ventriloques ou musiciens, tandis que les plus fougueux trouvaient un malin plaisir à embêter les gardes présents.
En plus de la petite milice aux couleurs de Castel Puyval, une vingtaine d'autres hommes en arme étaient présents, éparpillés dans le village mais jamais loin de leurs familles d'appartenance : au total 5 bannières,dont celle de Kerbon, flottaient et claquaient au vent, fièrement arborées par des portes étendards disciplinés.

Il y avait donc comme invité un noble voisin, d'une seigneurie à peine plus grande que celle de Kerbon, et qui partageait au nord un champ avec une des familles de paysan qui logeaient à Castel Puyval. Il arrivait que des disputes éclatent, mais quelques lettres acerbes avaient vite fait de calmer les esprits et les rixes étaient rares. Le seigneur Wiltreth régnait sur ces terres agricoles, descendant d'une famille aussi vieille que les livres puissent en témoigner : c'était tout comme Aleskander un homme posé, mais aux cheveux grisonnants et au tempérament parfois changeant.
C'était pourquoi Aleskander se méfiait de lui à mesure qu'il le rencontrait, une méfiance très légère faute de danger, mais il se réservait encore quand à son jugement sur la personne. La bannière de Wiltreth de Val-au-Castel serpentait pourtant près des Kerbon, son pommier rouge sur or venant entrelacer ses branches dans celles du Castel Puyval.

A ses côtés, un loup combattait un serpent entravant un écu, sur un fond bleu clair cette fois-ci : il ne s'agissait pas d'un étendard de campagne, mais bien d'un noble des villes, et les hommes qui portaient fièrement cette bannière s'y apparentaient tout autant : des chevaliers en armure de plate qui contrastaient bien avec les bouseux en cuir bouilli qui n'avaient d'ailleurs pas de chevaux, eux.
C'était sans doute cet invité qui avait dû attirer le plus de compagnie, une véritable cour de petits bourgeois cherchant à se faire bien voir d'une riche personne : il s'agissait du noble Hector de la maison Qualth.

Hector était un individu habile dans sa parole et dans les chiffres, qui n'avait pas commencé sa vie avec un titre de noblesse lui non plus, et tout comme Aleskander, ce n'était pas avec de l'honnêteté qu'il avait acquis ses premiers deniers. Cependant, une fois un pécule suffisant entre les mains, il s'était pleinement dédié à son enrichissement personnel et avait pour cela fait preuve d'une véritable stratégie sociale, mariant ses enfants à d'autres nobles de la cité aux capitaux intéressants, mais traçant également de sa propre expérience un intéressant tracé des routes marchandes les plus intéressantes aux alentours de Kendra Kâr. Cet ouvrage figurait justement dans les étagères bondées d'Aleskander depuis qu'il avait rencontré Hector : deux nobles issus de la fange du peuple ne pouvaient que s'entendre, et après moultes excès dans la Cité Blanche, ils avaient fini par se lier d'amitié tant dans le relationnel et dans le commerce.
Le noble Qualth lui avait alors ouvert l'esprit aux rudiments du commerce, et plus précisément sur les transactions agricoles entre Kendra Kâr et les vassaux voisins, ainsi lui légua-t-il son oeuvre pour de plus amples études tandis que lui se quittait sur la promesse d'un accord commercial une fois devenu Seigneur Kerbon.

Hector Qualth était un homme grand, avec une carrure des plus impressionnantes à laquelle une modeste bedaine venait volontiers céder un air jovial, amical : c'était un homme sociable, et il n'était donc pas étonnant de le voir arriver à Castle Puyval entouré d'un cortège de bourgeoisie dont il dépassait de toute manière d'une bonne tête : ses hommes d'armes avaient accompli le reste en revêtant de somptueuses armures, que les plus cyniques auraient jugé sans expérience du combat : n'était-on pas là pour parader ?

Près de l'écu Qualth se dressaient des montagnes elles même surmontées d'une étoile scintillante sur un ciel embrasé de rouge/orangé : il s'agissait pour un oeil attentif et cultivé de la bannière des montagnards de Colgivre, un petit hameau coincé entre un cours d'eau et d'anciennes mines, aujourd'hui taries, qui ont amené ce petit village autrefois minier à se rétracter vers les forêts alentours. Less habiles mineurs devinrent d'astucieux bûcherons et menuisiers, et bien vite les seigneurs alentours purent profiter de leurs créations aussi solides qu'agréables.
Colgivre était un endroit rude à vivre et ses habitants étaient en général facilement reconnaissables, assez trapus et musclés, très souvent adroits et habiles de leurs mains, aussi n'était-il pas rare d'en voir aux villages alentours réaliser divers enclos, barrières...

Aleskander avait songé un temps à contacter le seigneur Antoisne de Colgivre pour des travaux sur les ruines du "castel" de Castel Puyval, mais son simple statut de gendre du seigneur local ne lui permettaient pour le moment aucune prise de décision : il était cependant présent à la fête et ce serait sans doute là l'occasion de figurer dans ses petits papiers.

La dernière bannière, plus à l'écart des autres, recelait un emblème des plus méconnus, mais qui restait d'une importance suffisamment grande aux yeux du seigneur local pour être invité : l'individu ne possédait semblait-il pas de terre, mais au moins d'un titre de noblesse. Il n'était d'ailleurs venu qu'avec un seul individu, à savoir un porte-étendard qui lui servait à l'occasion d'écuyer, d'échanson, de troubadour, de domestique...

L'homme avait semble-t-il bien complété sa vie d'adulte et ses cheveux mi-long rejetés en arrière ne parvenaient pas à masquer aux yeux de tous des racines blanches et grises, encore moins son front plissé par l'expérience et ses yeux aux traits tirés soulignant un peu plus ses pomettes saillantes : l'homme avait de l'âge, mais restait en forme, droit, le regard vif et l'air intelligent.

Cet homme, c'était le sire Edgar DeVulpin, à la bannière noire et marron, les deux couleurs se fendant en diagonale. Pas d'animaux, pas de liserets, simplement deux couleurs intrigantes : il avait été invité par le Seigneur Kerbon en personne et non pas par Aleskander, ce qui était un détail assez important vu la fête qu'ils célébraient, mais il s'agissait pourtant d'un invité tout à l'attention d'Aleskander. C'est ce que le Seigneur lui avait dit, et le jeune homme attendait donc que se dévoile cette intrigue seigneuriale pour tout savoir de cet étrange personnage.

5 bannières flottaient donc sur Castel Puyval, et si seulement cinq nobles étaient présents, le petit village accueillait aujourd'hui une foule remuante, principalement de la petite et grande bourgeoisie, mais également de plus humbles paysans et leurs familles : la fête était générale au village, et pour cette fête étaient bien obligatoirement conviés les membres les plus importants de ce jour : des prêtres de Gaïa arrivés spécialement de Kendra Kâr sur demande des Kerbon, et pour lesquels on installait avec une grande attention un autel...


>> SUIVANT

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Dernière édition par Aleskander Kerbon le Mar 10 Juin 2014 14:53, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 28 Mai 2014 15:26 
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Le soleil venait d'atteindre son zénith et la fête battait son plein, les invités nobles étaient tous venus pour le plus grand plaisir de leurs hôtes : déjà arrivaient des charrettes bien gardées transportant de larges meubles recouverts de draps, mais un oeil habile ou un enfant rusé parviendraient tous deux à distinguer de lourds coffres de bois scellés par de multiples verrous. Cette petite caravane se dirigeait ainsi en direction du manoir, leur escorte fendant les danseurs et les traînards dans une implacable avancée : les cadeaux arrivaient.

On vit alors un domestique s'échapper en petites foulées du manoir Kerbon en direction des ménestrels, leur murmurant quelques énigmes à l'oreille qui eurent pour effet de cesser immédiatement chants et mélodies, ralentissant brusquement la fougue du bal en plein air jusqu'à faire cesser les derniers couples de danser : un second bruit prit alors place, une porte grinçante qui attira bien vite tous les regards.

La porte du manoir, jusque là close, venait de s'ouvrir et avec elles apparaissait dans toute la splendeur le seigneur de Kerbon, un homme que le temps avait marqué et qui, au contraire de nombreux autres guerriers, s'était vu perdre de sa jeune carrure pour devenir plus frêle, plus rachitique. C'était cependant un homme juste au jugement bon, et aux connaissances très diverses avec un intérêt, selon les rumeurs, pour la magie : il n'avait cependant jamais pu faire quoi que ce soit de magique et ses études n'avaient dû être qu'informatives.

Les regards étaient tournés et les bouches closes, hormis quelques pipelettes déballant un flot de rumeurs incessantes à la moindre nouveauté : elles eurent matière à débattre lorsque, arrivé à la suite du vieux seigneur fatigué, un jeune homme s'extirpa de la noirceur du bâtiment, vêtu d'une cape en écureuil grise, d'une chemise à col noué aux manches bouffantes d'une couleur variant entre l'orangé clair et le jaune, engouffrée dans de somptueuses braies ocres orangées à dorures qui elles même plongeaient dans d'élégantes chausses d'un blanc éclatant : c'était une tenue des plus majestueuses pour une telle occasion, où il n'avait pas hésité à commander des tailleurs Ynoriens pour être sûr de la qualité de son travail !

Quelques applaudissements timides se firent entendre, puis emportés par la foule dans un brouhaha de mains s'entrechoquant et des diverses exclamations de joie à l'attention de l'élégant homme qui s'approchait, puis ce fut le bain de foules, les poignées de mains de petits bourgeois un peu trop insistant : l'hypocrisie rejoignait alors l'étiquette, et de faux sourires devenaient alors des marques de politesse sagement suivies, ce qui ne dérangeait pas particulièrement au vu du contexte.

Cette arrivée sonnait quelque chose d'important malgré tout : le début de la cérémonie, et pour Hector la préparation du banquet qui allait suivre, aussi deux cortège se firent bien vite, les uns plaçant bancs et fauteuils pour installer confortablement les leurs, les autres s'emparant de toutes les victuailles débarquées des greniers alentours pour les enfouir dans le manoir et ses cuisines.
Le travail fut assez vite terminé et c'est avec une exemplaire discipline couplée à une ferveur religieuse que tous furent bien vite assis, exceptés bien entendus troubadours et ménestrels qui se chargèrent des notes douces pour la cérémonie, le raclement des bancs sur la terre battue sèche laissèrent place à quelques mélopées envoûtantes.

Même les souffles se faisaient hésitant et personne ne savait vraiment trop comment se faire le plus silencieux possible, la gêne était omniprésente mais la tradition exigée la meilleure tenue possible, aussi certains bourgeois un peu trop à cheval sur l'étiquette n'hésitèrent-ils pas à cesser de respirer, jusqu'à ce que l'apnée ne bleuit leur visage pour une timide inspiration !

D'un pas léger, longuement appris et révisé, Aleskander s'avança dans l'allée qui lui avait été laissée libre, désormais entouré d'invités le dévorant du regard, rongés par l'envie et l'admiration. Le dos droit, le menton légèrement relevé et le regard imperturbable, celui-ci s'avança d'une démarche relativement lente, au rythme de la musique qui planait en ces lieux, avant de se figer à deux pas des prêtres et de l'autel, accueilli par leurs chaleureux sourires et leur pilosité capillaire défaillante.
Tout d'abord, rien ne se passa, le jeune Aleskander restant ainsi planté face aux religieux, les invités se retenant d'émettre le moindre son, et la personne la plus importante du moment se faisant désirer : on perdit alors tout sens de l'étiquette et les plus bavardes n'hésitèrent pas à échanger avec leurs voisins/voisines, cherchant à savoir qui irait se placer aux côtés du jeune homme debout si il venait à se retrouver seul. Pour la bourgeoisie, toutes les opportunités étaient bonnes à prendre !

Enfin, la musique s'aggrava, plus solennelle, tandis que les bavardages s'estompaient aussi sèchement qu'à l'arrivée du petit soldat : les portes du manoir qui avaient précédemment recrachés le seigneur Kerbon et son gendre venaient maintenant d'enfanter une beauté vêtue de blanc, sa longue robe à traîne soutenue par quelques chanceux enfants, son bras enroulé dans celui de son vieux père : un large voile opaque de l'extérieur mais à travers lequel elle pouvait néanmoins voir masquait jusque là son visage, ses traits restant un mystère aux yeux des inconnus. Pour le reste, elle avait la taille fine, une silhouette agréable bien que plutôt petite, mais elle restait avant tout une jeune fille qui allait devenir femme, guère plus âgée que le jeune homme qui l'attendait.

Elle emprunta alors aux côté de son père le même trajet que celui emprunté par Aleskander, et lorsque celui ci se retourna enfin, ce fut le seigneur Kerbon qui s'empressa de saisir son poignet et lover sa main dans celle de sa fille, un sourire apaisant sur le visage : si tout le monde s'en tenait au côté cérémonial, lui voyait bien que les deux jeunes gens étaient au comble du stress le plus intense. Si intense que le gendre Kerbon peinait même à avaler sa salive, et plus le temps passait plus il se retenait douloureusement de cesser à des tics nerveux, se rogner les ongles, s'entortiller les doigts, gigoter inutilement...

La main dans la main, le couple s'avança alors vers l'un des derniers pas qui les séparaient du grand prêtre. L'érudit à l'âge avancé prit alors la parole :
"Mes chers enfants, vous avez décidés dans votre amour de vous unir aux yeux de la déesse Gaïa, de lier vos âmes dans un serment que seule la mort pourrait jamais briser. C'est une décision importante que vous prenez donc aujourd'hui, et vous en connaissez maintenant la mesure, c'est pourquoi si l'un d'entre vous souhaite s'opposer à cette union sacrée, il doit en faire le choix maintenant ou jamais." conclut-il alors. Pas une voix ne vint troubler le silence.
"Nous sommes donc tous présents et témoins de votre éternel amour devant notre déesse, et c'est par la prière que nous la supplierons de joindre vos âmes à jamais." finit-il enfin.

Lâchant la main de sa promise, Aleskander défit doucement sa cape et vint la poser devant l'autel, sur le sol dur que sa femme allait fouler de ses genoux, tandis que lui supporterait la rudesse de la terre battue. Ce fut le prêtre qui reprit les mains des deux jeunes pour les bander ensemble : le reste de la cérémonie ne fut que longues prières et supplications, remerciements et supplications, jusqu'à ce que le dernier mot religieux ne fut chanté par le chœur des invités.

La prière terminée, le mari et sa femme se relevèrent soigneusement avant de se faire face, sous le regard bienveillant du haut prêtre et du seigneur Kerbon ravit d'avoir enfin un successeur. Doucement, ils délièrent leurs mains et la bande glissa doucement à terre, tandis que le voile de la mariée se faisait doucement relever, dévoilant un teint pâle et noble, des traits communs mais non dénués de charme et des yeux pétillants de bonheur : sans autre forme de religion, leurs lèvres se joignirent dans un long baiser.

A ce moment, il n'existait plus de noblesse, plus d'étiquette, et plus de religions : les invités hurlèrent leur joie en brandissant leurs mains en l'air, explosant de bonheur pour les deux Unis, même les nobles furent les premiers à siffler et s'esclaffer devant l'émotion de la scène.
La famille Kerbon accueillait en ce jour un nouveau membre parmi eux, et lorsque le vieux seigneur viendrait à mourir, il serait aussitôt remplacé par un nouvel homme fort qui prendra à son tour en charge les lourdes responsabilités qu'impliquent le titre de seigneur.

C'était donc un moment crucial de la vie d'Aleskander : il devenait aujourd'hui noble, connu et devenait la cible de nombreux espoirs, le futur seigneur Kerbon allait sans doute bientôt crouler sous les requêtes, puisqu'on voyait en sa jeunesse un véritable renouveau pour sa famille.

Aujourd'hui, il était marié, et c'est en cette occasion qu'il ouvrit le banquet d'un geste vers les tablées installées en marge de la cérémonie par quelques domestiques : Hector et sa bedaine furent les premiers à s'installer, rapidement suivis par un véritable petit mouvement de foule, ou l'on manquait de se marcher sur les pieds pour atteindre les places les plus enviables : près des mariés !

Ce furent cependant les nobles qui furent les premiers gratifiés de cet honneur, tandis que le reste serait essentiellement des bourgeois plus influents : hommes et femmes étaient ici séparés; quelques coquetteries avaient bien lieu mais cela restait rare; les hommes mangeaient entre eux et buvaient ensemble tandis que les femmes s'emparaient des parts de nourriture les plus fines. Les domestiques et les prêtres mangeaient eux un peu à l'écart, tandis que les ménestrels recevaient quelques parts de viande et de vin avec l'obligation de continuer à jouer pendant le repas : ils n'étaient donc mélangés à aucun groupe social.

Nombre de volailles avaient trouvé la mort dans cet événement des plus importants, et nombre de poulets et perdrix, canards et oies bien grasses s'étalaient au service de tous : les femmes se voyaient servir en premier des parties les plus blanches, les hommes des ailes et des cuisses tandis que les domestiques se voyaient offrir les carcasses, ce qui n'était pas une mauvaise chose puisque même séparées de la plupart de leur chair, il restait encore énormément à manger sur des bêtes aussi engraissées !
Pour aider à faire couler toute cette viande blanche, les femmes se voyaient offrir quelques fruits pressés à la main, et les hommes, sauf religieux, pouvaient arroser leur joie dans des vins de vigne locales, gorgés de soleil et au goût sucré, certains se voyaient déjà rougir et, vers la moitié du repas, on en voyait déjà énormément s'esclaffer pour des broutilles ou raconter quelques anecdotes cocasses de leur vie. L'ambiance était à la bonne humeur, et seul le conseil des nobles restait assez calme.

Hector donnait quelques conseils de sexualité à Aleskander : "Assures toi qu'elle soit comblée chaque soir, et si tes reins tiennent le mois tu auras un successeur" disait-il, décochant parfois quelques toux du jeune nobliau.
Antoisnes de Colgivre reprenait alors en sermonnant le seigneur Qualth : "Il est encore assez jeune pour s'amuser sans successeur, et pour le moment suffisamment amoureux pour vivre de quelques baisers, vieux porc !" marmonnait-il alors qu'Hector venait amicalement lui bousculer l'épaule, de deux hommes gloussant un instant devant le jeune homme désarmé.

Wiltreth, le seigneur voisin, s'était lui placé d'un point de vue plus stratégique, et également à la droite du jeune Kerbon, lui susurrant entre deux accalmies sexuelles : "C'est quelque chose, d'être seigneur, mais tu es prêt à endosser ce rôle, non ? Il va te falloir jouer des coudes pour garder ta tête par moments.." souffla-t-il avec un air hésitant entre la menace et le conseil important, ce qui lui valut quelques mauvais regards de ses camarades de noblesse. Il haussa un instant les épaules et s'envoya une gorgée de vin, son verre étant prestement rempli par un domestique pressé.

A la gauche, ce fut le sire DeVulpin qui prit la parole : "Il est vrai qu'un poussin peut pousser les autres hors du nid pour avoir tous les vers, ou inciter les autres à faire le grand saut avant l'heure..." décocha-t-il, sa remarque acerbe ne tombant pas dans l'oreille d'un sourd puisque Wiltreth se redressa, bombant le torse avec une respiration accélérée, broyant Edgar de son regard inquisiteur avant de nerveusement se saisir d'une coupe de vin qu'il engloutit aussi sec, marmonnant quelques injures inaudibles.

Avec un sourire, il s'adressa ensuite directement à Aleskander : "...Mais un jeune poussin ne peut pas pousser tout le monde en même temps, il doit mûrir un peu avant cela. Et pour cela, il lui faut un véritable mentor." murmura-t-il alors. Un instant de latence passa avant que le jeune Kerbon n'arque un sourcil intrigué, attendant impatiemment quelques explications. "Votre beau-père m'a gracieusement offert le gîte et le couvert pour éduquer un peu son gendre, et maintenant que vous êtes un véritable Kerbon vous allez pouvoir devenir un véritable seigneur. Profitez bien de votre nuit de noce car nous commencerons demain. A ce propos...". Sa voix s'étouffa alors qu'il se levait d'un geste rapide, s'élançant en direction des charrettes pour enfoncer un bras entier dedans, farfouillant à travers quelques sacs pour finalement tirer un long objet enroulé dans un velours âgé aux bords effilés. Étonnamment, il portait les armoiries de la famille Kerbon.

Aleskander se leva à son tour sous l'oeil attentif des nobles autour, puis se dirigea à son tour vers le mystérieux présent. On pouvait voir facilement son intérêt pour un tissu frappé de son nouveau blason, et l'on voyait aussi facilement le visage de Wiltreth se déformer en même temps que celui d'Hector, mais pas pour les mêmes raisons. Surpris, le seigneur Qualth se leva et pointa Edgar du doigt : "Ah non ! Si nous en venons aux cadeaux, faisons le tous ensemble ! Vous ne nous prendrez pas de vitesse, misérable canin !" clama-t-il avant d'éclater d'un rire franc, tirant son banc en arrière et emmenant de force le sire de Colgivre dans son retrait.

Hochant la tête avec un léger sourire, Aleskander invita les 4 seigneurs à le rejoindre, tandis qu'il recevait son premier cadeau des mains du seigneur DeVulpin.
Avec l'application d'un érudit découvrant une relique, il défit soigneusement le linceul brodé pour dévoiler la coque particulièrement complexe d'une épée, de nombreux anneaux et filaments venant créer une garde particulièrement étudiée témoignant d'une finesse et d'un savoir faire unique. Cependant, aucune information sur sa provenance, même si la finesse elfique se faisait grandement ressentir.
La fusée était, elle, sculptée pour que ses doigts viennent se lover dedans confortablement et les quillons assez reculés pour permettre à une main gantée de venir tenir cette arme : ce n'était pas une épée de cour mais bien une rapière, au tranchant aiguisé et à l'estoc redoutable. Sur le pommeau était inscrit le fameux blason de la famille Kerbon : le tissu avait dû servir de modèle.

Nombre de compliments émanèrent de la foule bourgeoise, et dans un geste chaleureux le jeune Kerbon serra généreusement la main d'Edgar, ce dernier le gratifiant de quelques tapes amicales dans le dos.

Antoisne siffla bruyamment, couvrant un instant la foule pour intimer l'ordre au servants de décharger sa charrette, souriant à Hector le temps d'un regard tandis qu'une malle se faisait apporter jusqu'à lui. "Ouvrez le" soufflèrent les deux camarades en pouffant d'excitation, le seigneur Qualth n'hésitant pas à pousser Aleskander vers le meuble, qu'il ouvrit avec quelques difficultés, débloquant le dernier verrou avant de relever d'un geste rapide le toit du coffre. La foule retint un instant son souffle tandis qu'il plongeait dans le conteneur, en tirant un objet pour le moins inattendu : aux traits plus ou moins fidèle, il s'agissait d'un buste grandeur nature, en bois brut finement sculpté d'une manière typique de Colgivre.

L'ouvrage n'était pas léger mais avec l'aide d'Hector, il parvint facilement à le mettre sur son unique pied, comparant un instant son visage à celui qui avait été représenté : "Je me suis inspiré de quelques descriptions d'Hector, alors tu te doutes qu'il m'a fallut imaginer un peu !" ricana-t-il, sous le regard toujours intrigué d'Aleskander.
"Tu sais ce que c'est ? C'est pour tenir une armure !" renchérit Hector, cherchant peut-être à se défendre des viles accusations de son partenaire. "Et je te vois venir, continua-t-il, tu n'as pas d'armure à y présenter ! Eh bien c'est le moment que je te montre MON cadeau !" rugit-il fièrement, le torse bombé alors que son coffre s'approchait.
Comme le précédent, Aleskander eut un peu de mal à défaire ses entraves, mais n'hésita pas non plus à ouvrir d'un coup sec l'oeuvre de bois massif. Avec une bouche entrouverte de surprise, et sous le regard jubilant du seigneur Quarth, il s'empara du butin qui l'attendait, portant à sa tête dénudé un casque scintillant, au métal neuf et particulièrement bien entretenu : l'acier rutilant réfléchissait cependant les rayons du soleil et il était difficile de l'examiner, sinon que c'était une salade, que le forgeron ne s'était pas privé de sculpter de divers motif formant des bandes sur ses contours, et qu'enfin sa gorge était protégé par une lanière de cuir dans laquelle il s'engouffrait pour l'enfiler, le poids du casque tassant cependant un peu sa tête dans un air presque enfantin.

Le reste de l'armure était similaire, un métal éclatant que les artisans avaient frappé du blason Kerbon, et qui était parcouru de sculptures représentant des ronces épinées, serpentant sur la cuirasse, les solerets, les gantelets et même les espallières qui allaient avec. C'était pour Aleskander une armure de parade, et il n'avait de toute façon aucune notion de lourds vêtements ou même de guerre, c'était donc un habillement destiné à épater avant d'être efficace. Habilement, il plaça peu à peu chaque pièce d'armure à sa place, les attachant solidement à l'aide des lanières omniprésentes, puis remercia tour à tour le seigneur Qualth et le seigneur de Colgivre, serrant avec un grand enthousiasme leurs mains tandis que Wiltreth préparait en dernier son cadeau, sans coffre ou sans grand faste.

Le seigneur voisin s'approcha doucement du jeune Kerbon, tenant dans ses mains une pile de livres différents qu'il posa sur l'un des coffres refermés, désignant chaque ouvrage à mesure qu'il les lui tendait : "Si tu préfères les activités saines de la vie telles que la lecture et le savoir aux barbaries en armure rutilante, siffla-t-il à l'intention des deux autres seigneurs, je te présente quelques oeuvres intéressantes. Ici, tu as un ouvrage sur les relations diplomatiques de notre continent, il est assez récent et tu ne devrais pas rater grand chose. Il me semble que notre ventripotent invité t'ai déjà cédé ses routes commerciales, alors voici plutôt un recueil d'explorateurs confirmés sur les différents lieu de notre beau monde, de la sombre Omyre à la chatoyante Ynorie. Enfin, si tu aimes l'histoire, voici les chroniques des familles de seigneurs Kendran -attention il est particulièrement lourd, voilà.- et pour finir, si tu es comme ton beau père attiré par les étrangetés d'érudits de bibliothèque, voici un petit traité sur les quelques magies connues de ce monde. Tu n'apprendras pas à jeter des flammes, mais tu sauras qui le fait, il y a de nombreux mages dans ce monde, et la magie peut-être un atout." conclua-t-il, laissant le jeune marié recouvert de papiers enrobés de cuir, ne sachant pas vraiment par ou commencer. Faute de pouvoir serrer des mains, il le remercia d'un hochement de tête au sourire gêné, tandis qu'il se délestait de ses possession pour un domestique.

Le reste des cadeaux étaient des biens de moindre valeur, des vaisselles, quelques petits bouquins de chevet sur la religion et les légendes actuelles, certains offrirent tout de même quelques animaux pour venir garnir la ferme de la seigneurie, d'autres offrirent plutôt leurs présents à la mariée, et ce fut alors un déluge de produits de soins esthétiques, parfois plutôt originaux mais souvent très classiques, et bientôt la transition entre les deux fut complète, laissant sa femme se charger de la réception des présents tandis qu'il amenait les siens au manoir via quelques servants.

Le ciel s'assombrit doucement, quelques torches allumées venant tout de même éclairer les invités fatigués qui préparaient tranquillement leur retour, et lorsque les derniers nobles furent remerciés, il n'y avait bien vite plus personne à Castel Puyval, et les traces de la fête avaient finalement disparu grâce à un rangement rigoureux. Les domestiques, exténués par de tels efforts, avaient été congédiés et dormaient d'un sommeil lourd dans leurs masures.

Dans le manoir, c'était tout pareil, le seigneur Kerbon s'endormant l'esprit tranquille en rêvant à sa succession, tandis que le jeune Kerbon s'occupait de l'assurer, pour finalement sombre comme tout le monde dans un repos bien mérité.


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 28 Mai 2014 23:45 
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2 ans auparavant...


La nouvelle s'était répandu avec une vitesse impressionnante malgré la campagne reculée : le seigneur Kerbon venait de rendre son dernier souffle, et le malheur continuait de s'abattre sur la famille aux ronces puisqu'une maladie inconnue venait de clouer au lit la femme du nouveau seigneur, sans qu'elle n'ait encore enfanté.

Dans les seigneuries voisines, on faisait parfois porter des fruits avec des mots de bon rétablissement, et quelques voyageurs errants n'hésitaient pas à passer en personne tenter de soulager les peines de la mourante. On se remettait tout juste du cortège qui avait porté le coeur de feu le seigneur Kerbon jusqu'à Kendra Kâr où il fut enterré dans la plus grande tradition, et les bannières noires n'avaient pas encore été retirées des porte-drapeaux. Elles n'allaient sans doute pas s'en décrocher avant un moment.

A Castel Puyval, le temps s'était dégradé en même temps que l'état de santé de la pauvre femme alitée, la pluie s'abattant jour et nuit sur le toit du manoir, claquant aux fenêtres fermées qui protégeaient le couple des intempéries : sur leur grand lit conjugal, elle gisait, sa respiration rauque et pénible l'épuisant à chaque inspiration, tandis que chaque souffle lui amenait une douleur profonde et incontrôlable. On lui avait offert toute sorte de plantes, mais cette maladie respiratoire était la même qui avait emporté bien avant elle sa mère, dont Aleskander n'avait du coup pas fait la connaissance.

Malgré le râle pénible de sa compagne, le seigneur Kerbon restait impassible, tenant la faible main pâlie par ce mal inconnu, tandis que son regard se perdait entre les gouttelettes d'eau qui s'écrasaient sur le vert, dérivant loin vers l'horizon. C'était vraiment un coup de mauvaise fortune que de s'en aller à la saison des pluies, mais il ne fallait ici même pas espérer qu'elle ne voit les fleurs pousser et recouvrir les champs.

Après les guérisseurs inefficaces, ce furent les prêtres qui vinrent au manoir, apportant avec eux soulagements et bénédictions pour l'âme de la dernière Kerbon, mais ne pouvant hélas soulager sa douleur et sa fatigue physique qui la minaient de plus en plus. Elle ne parvint bientôt plus à manger convenablement et sa silhouette se dégrada en même temps, ses traits autrefois bien gâtés par la nature se creusant, s'émaciant jusqu'à ne plus avoir aucun rapport avec la femme qu'elle était autrefois.

Et même lorsque son faciès fut squelettique, il resta à ses côtés, délaissant les affaires du quotidien pour se tenir près d'elle, son esprit naviguant entre de profondes pensées et la dure réalité d'une femme mourante. Il était, en tant que seigneur, précieux d'avoir une femme : il s'agissait là d'une personne d'ultime confiance, capable de diriger en lieu et place du bon seigneur lorsque celui-ci se trouvait loin de ses terres. Aussi, loin de la bonne femme aimante se chargeant d'apporter les chemises sales au lavoir, une femme noble constituait avant tout un ministre intègre, aux capacités stratégiques et diplomatiques indispensables pour tout dirigeant.

Aujourd'hui, il perdait une femme et un ministre, ainsi qu'une possible descendance, tandis qu'il sentait petit à petit la dernière nuit de sa compagne se faire inévitable : il congédia les domestiques et interdit l'accès au manoir pour la journée, prolongeant également la mise en berne des drapeaux de la seigneurie.

Alors que la nuit écoulait son voile noir comme l'encre au dessus du village, un dernier soupir s'échappa de la dernière des Kerbon, son corps se relaxant dans une ultime paix intérieure, toujours sous le fracas permanent de l'eau sur les vitres, sans qu'aucun autre bruit ne vienne troubler cet ultime moment : elle ferma les yeux et rejoignit les siens, trop tôt sans aucun doute, laissant un jeune homme seul à commander, livré à lui même pour se forger un avenir incertain. Elle l'avait cependant toujours encouragé à transformer la seigneurie pour en faire un véritable lieu important, autre qu'un grand domaine agricole; ils partageaient cette pensée, mais sa mort venait changer le cours des choses.

On fit alors réveiller prêtres et servants tandis que le corps fut placé dans un linceul et transporté à l'écart du manoir pour des soins mortuaires afin de la préparer au voyage jusque Kendra Kâr, elle fut ainsi habillée et maquillée à l'abri des regards, puis placé dans un cercueil provisoire, qui serait changé une fois le corps arrivé à la cité blanche.

Pendant ce temps, Aleskander sortit de sa torpeur passagère et redressa la tête vers la grande fenêtre de sa chambre, puis sans un mot tourna les talons et traversa la pièce en contournant le lit. Il ouvrit rapidement la double porte menant au couloir et rasa les murs de ce dernier jusqu'à son bureau, sa bibliothèque et son lieu de recueil personnel dans lequel il s'enferma.

Le lendemain, le cortège ne contint qu'un seul Kerbon, et c'était ce Kerbon même qui se faisait transporter : aucune trace du seigneur, sinon la porte fermée de son bureau.
Il ne fut pas dérangé et la défunte parti sans lui, rejointe par quelques habitants et les seigneurs voisins, une longue chaîne humaine tout de noir vêtue convergeant vers la dernière destination qu'un Kendran devait avoir.

Dans son bureau, à la faveur de nombreuses bougies disposées de façon quelque peu anarchique, le sire Kerbon se glissait au fond de son fauteuil, massant ses tempes un instant avant de replonger dans sa lecture, un vieux bouquin originaire de son mariage qui lui avait été délivré par le seigneur Wiltreth.
Il observait avec un grand intérêt quelques chapitres de nécromancie, ainsi que d'intéressantes hypothèses sur les sacrifices et l'absorption de fluides, mais c'était sans compter sur la présence d'un autre individu logé dans ce même bureau : Edgar DeVulpin, son mentor depuis une demi-décennie. Ce dernier surgit des ténèbres de la pièce pour refermer le bouquin sur les doigts de son élève.

"Ne pense même pas à ça. La magie est une force délicate, pas un retour en arrière facile. Tu règnes seul aujourd'hui." pesta-t-il, s'appliquant à remettre le bouquin à sa place. "Mais j'ai de la lecture dont tu auras sans doute plus besoin, si tu préfères passer ton deuil en érudit..." acheva le sire, s'emparant de quelques oeuvres.

"Politique, Commerce, Stratégie, voilà le nom de tes nouveaux meilleurs amis. Tu dois apprendre à devenir un véritable seigneur, pas un simple nobliau exploitant quelques hectares de terre ! -Et ce n'est pas en t'enfermant que tu éviteras d'avoir à jouer le mari abattu.-

Aleskander ne sembla pas apprécier, arquant un sourcil colérique en direction de son enseignant, mais celui-ci rattrapa bien vite son acerbe remarque en levant une main pacifique, râclant sa gorge comme pour retirer ce qu'il venait de dire.

"Tu as une très longue route qui t'attend, et si la routine te déplaît tant que cela, tu pourras toujours guerroyer, négocier et manigancer à loisir, mais tu n'es plus un petit soldat, et il ne s'agira pas de brandir tes armes et charger l'ennemi. Tu vas devoir commencer au bas de l'échelle et faire preuve de minutie si tu veux t'élever. Tu comprends ? Tu as des terres et c'est une chance, mais ce n'est pas un artisan vieillissant qui équipera une armée."

Il marqua une pause, puis reprit :

"Par ailleurs, il va falloir faire quelque chose de ce village , avant de vouloir s'étendre. Nous avons des sous, mais il va falloir sans doute plus que cela pour pouvoir jouer aux grands seigneurs."

Aleskander fut pris d'un léger sourire tandis qu'il s'enfonçait un peu plus dans son siège préféré, ouvrant tranquillement un livre qu'il avait déjà eu l'occasion de lire à de nombreuses reprises, et qu'il commençait à connaître un peu : "Du Commerce en Nirtim", d'Hector Qualth.
Edgar partagea alors ce sourire, presque mauvais, tandis qu'il s'emparait d'une plume, d'un encrier et d'un papier vierge, qu'il glissa sur le bureau :

"Ta carrière de seigneur commence ici." ricana-t-il.


FIN DU PRELUDE


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 31 Mai 2014 16:30 
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Cela faisait maintenant quelques temps que Élisabeth et sa marraine s'étaient mises en route. Confortablement installées dans une calèche, elles n'allaient pas tarder à arriver aux portes de Kendra Kar. La jeune fille avait cependant retrouvé le sourire, comparé au moment de leur départ. C'était naturel chez elle, jamais elle n'avait pu rester dans un état pareil très longtemps ... L'héritière regardait par la fenêtre, son regard perdu dans le paysage ravivant qui s'offrait à elle. Des champs verdoyants à perte de vue, sublimés par un soleil des plus radieux. On pouvait l'affirmer, ce jour-ci était une belle journée, même si elle avait démarré sous de bien étranges hospices pour la jeune demoiselle. Ses yeux émeraudes s'émerveillaient devant cette nature si resplendissante, si chaleureuse ... Cela lui rappelait de bons souvenirs, des souvenirs d'enfance. Et tel ne fut pas une joie certes subite mais agréable d'entendre Evenye lui rappeler un de ces moments délicieux. La marraine d'Élisabeth l'a sortie de ses admiration, et vint alors lui raconter une petite anecdote, le souvenir d'une journée pourtant ordinaire à cette époque, mais qui était toujours plaisant à ressasser, de part le bonheur qu'ils vivaient à ces temps-ci.

- - -
La petite fille courrait tout autour de l'arbre, cet arbre qui mesurait et la séparait de cette autre personne. Celle-ci semblait la pourchasser, la traquer, tournoyant autour du chêne millénaire pour tenter de mettre la main sur la fillette. Mais elle était maligne et espiègle, et l'attraper était aussi dur qu'attraper de la fumée. La petite rouquine riait même si, concrètement, il n'y avait rien pour cela. Elle riait car elle s'amusait, ce petit jeu de cache-cache provoquait en elle un quelque chose, qui la chatouillait au plus profond d'elle-même. Elle adorait ce qui était en train de se passer, car elle était un peu en position de force, se disait-elle, vu que la grande femme la traquait autour de cet arbre et qu'elle n'y arrivait pas. Mais vint un moment où on lui fit une feinte, et la voilà qu'elle se retrouvait face à face avec celle qui la poursuivait. Ayant à peine le temps d'écarquiller grand ses yeux, elle se fit saisir et soulever. Comme une petite comédienne jouant le rôle de la victime, la fillette aux longs cheveux enflammés se débattait pour au final, entourer de tous ses bras cette femme qui la couvrait de mille et un baisers.

Dans ses bras, elle se sentait si aimée, si choyée ... C'était sa marraine, cette personne qu'elle aimait le plus au monde. Si cela avait été possible à cet instant, elle n'aurait jamais quitté ses bras tellement elle s'y sentait sereine. Mais quelques instants après, elle fut reposée à terre, alors qu'elles étaient à présent au bord d'une rivière, toutes les deux assises sur la rive. Elles étaient dans une plaine verdoyante, immaculée d'un tapis de fleurs aux couleurs et senteurs toutes les plus exquises les unes que les autres. Un coin de paradis appartenant au domaine ... Leur coin de paradis à elles deux. Élisabeth regardait le ciel de ses yeux, d'un bleu des plus vifs et saisissants. Alors qu'elle rêvassait, sa gardienne la fit redescendre et lui parla. Celle-ci observait l'eau, et apprenait à la petite que la rivière était vivante. Vivante, car elle nous écoutait, nous comprenait et même, communiquait avec nous. L'enfant, curieuse à propos de ce qui venait d'être dit, demanda si l'eau lui répondrait si elle lui parlait de vive voix, dans ce cas. Et cela en fit rire la grande femme, qui expliqua qu'il ne s'agissait pas du langage des humains, des êtres vivants, mais d'un autre.

Un langage ancien et avant tout, philosophique. Un art qui s'appelait alors, la magie. S'allongeant dans l'herbe fraîche et posant la tête sur les genoux de sa marraine, Élisabeth sentit dès lors cette douce main se glissant dans sa chevelure luxuriante et venant la caresser tendrement. Elle regardait encore le ciel et les quelques nuages s'y mouvant. Est-ce que ceux-là aussi les entendaient ? Oui, lui répondit-on. Et plus tard, on lui affirma qu'elle leur parlerait. Tout élément naturel pouvait communiquer par l'intermédiaire de la magie, et Élisabeth, avait ce don en elle qui plus tard, se montrera. Élisabeth serait plus tard capable de parler à l'eau, à la terre et même au ciel lui dit-on. Mais, cela dépendra uniquement si son cœur est pur, lui indiqua sa marraine. Toujours selon elle, il le sera éternellement … Et c'était d'ailleurs ça, qui rendait la petite fille si unique …

- - -

"La magie a toujours occupé une place importante dans ta famille, Élisabeth. Enfant tu ne savais pas cela, tu étais si enthousiaste à son égard, si impatiente de la découvrir … Et je comprends que maintenant les choses ont changés." Dit-elle en soupirant.

Élisabeth ne répondit pas de suite. Ce souvenir qui venait d'être ressorti lui fit comme un baume sur le cœur. C'était une si belle journée … Et pourtant, on lui avait parlé de magie, ce jour-là. Après quelques instants, sa petite voix retentit.

"C'était une de mes plus belles journées, Evenye. On riait, j'étais insouciante et on était heureuses … Et grâce à toi, je le suis toujours, et le serait tant que tu sera là." Dit-elle en serrant la main de sa marraine.
"Tu m'as promis qu'un jour, je serai en mesure de comprendre et d'écouter ce que dis la nature, les éléments. Et si cela signifie apprendre la magie est alors … Il faut que je le fasse."

À ces derniers mots, Evenye sourit à Élisabeth puis remontant sa main jusqu'à ses lèvres pour y déposer un baiser, elle l'emprisonna avec sa deuxième.

"Je serai là pour te guider et t'aider. N'oublies jamais ça, tu n'es pas seule Élisabeth."

Sa voix avait le don unique d’apaiser la jeune fille. Celle-ci ne pouvait mieux aller désormais, et même si elle appréhendait encore beaucoup l'art qu'elle s'apprêtait à apprendre, elle savait que sa marraine mettrait tout en œuvre afin que tout se passe bien. Que les blessures du passé ne ressurgirent pas. L'héritière avait de quoi garder le sourire pendant quelques temps, se disait-elle. Ainsi, après ce court mais intense moment de souvenir, Élisabeth reporta son regard vers l'extérieur, pour rester encore quelques minutes dans les rêves et la chaleur émotionnelle que lui procurait la vision de cette si belle nature. En réalité, ce bien-être n'était pas entièrement dû à la beauté des lieux, mais aussi à tout ce qu'ils lui rappelait, qui était encore plus merveilleux à ses yeux, et à son cœur …

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