L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 5 Juin 2014 21:30 
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« Conduisez-moi à Kendra Kâr. »

Le vieillard prit le bracelet d'argent que lui tendait la jeune demoiselle. Il l'examina quelques instants, acquiesça et invita aussitôt Nel à monter dans sa charrette.

« Vous m'avez l'air épuisée mademoiselle, vous devriez vous reposer. »

Dit-il d'une voix douce, un sourire aimable aux lèvres. Rassurée, Nel grimpa à l'intérieur et s'allongea sur le foin tiède. Toute la nuit elle avait marché le long de cette route déserte, partagée entre l'excitation d'être libre et la terreur de se perdre à jamais dans ces champs gigantesques... Mais désormais elle était en sécurité.

« Merci beaucoup, j'étais perdue, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous... »

« Remerciez Donk, c'est lui qui tire la charrette, pas moi. »

Amusée, la jeune femme agita la main en direction de l'âne avant de poser sa tête sur le foin. Nel était exténuée. En effet, l'apprentie magicienne n'avait pas l'habitude de jouer les oiseaux de nuit et de courir à travers champs. Ses jambes la faisaient terriblement souffrir et elle eut plusieurs fois l'impression de cracher ses poumons. Un peu de repos bien mérité se dit-elle, avant de sombrer dans un profond sommeil.


Nel ouvrit les yeux lentement, aveuglée par le soleil. Elle se redressa doucement et s'assit à l'arrière de la charrette, contemplant silencieusement les kilomètres de champs qui se dressaient devant elle. Discrètement, elle jeta un coup d’œil au vieil homme qui avait accepté de la conduire à la capitale. Il était habillé d'une vieille robe grise, usée et trouée par endroits, et portait un chapeau de paille qui recouvrait ses cheveux blancs.

Peu de chance qu'il côtoie la bourgeoisie du coin, pensa-t-elle. C'est une bonne chose, je ne risque pas d'avoir des ennuis avec lui.

La jeune femme était tracassée à l'idée que son père ait pu prévenir ses amis de sa disparition. C'était un homme puissant avec une certaine fierté, il n'avait certainement pas apprécié que sa fille s'échappe en brûlant une partie de son gagne-pain... Tôt ou tard, quelqu'un viendrait la chercher.

« Dites moi mademoiselle, qu'allez-vous faire à la capitale ? »

Demanda le vieil homme, curieux. Nel, qui était perdue dans ses pensées, sursauta. Elle ne sut quoi répondre, à vrai dire elle n'avait pas eu le temps d'y réfléchir. Tout était allé si vite...

« Je vais essayer de me trouver un travail et un logis, comme toutes les filles de paysan en manque d'aventure ! »

Le vieillard tourna la tête et lui lança un regard perçant. Un petit sourire au coin des lèvres, il répondit :

« Les filles de paysans ne se disent pas perdue au milieu des champs qu'elles connaissent aussi bien que leur maison, pas plus qu'elles ne se baladent en robe de soie et petits bracelets argentés. »

Nel fronça les sourcils, embêtée. Elle n'avait pas totalement menti, son père avait bien commencé en tant que paysan quand il n'était encore qu'un jeune homme, mais aujourd'hui il se contentait de diriger ses « employés ».

« Et pourtant monsieur, vous seriez surpris. Mon père s'en est bien sorti, c'est tout. Et puis je suis habillée de cette façon car nous fêtions mon anniversaire. »

« Une fille de paysan ne... »

« Dis donc, je vous en pose des questions moi ? »

Cracha-t-elle en croisant les bras, agacée. L'homme, quant à lui, se contenta d'éclater de rire en haussant les épaules, sans rien ajouter. Le voyage continua dans le silence, Nel fixait les champs qui se succédaient et se ressemblaient tous. Elle observait ces gens qui travaillaient sous le soleil écrasant sans jamais s'arrêter, sans jamais se plaindre. Si elle détestait son père, elle lui devait au moins le fait de n'avoir jamais connu la misère ni la faim. Du moins jusqu'à maintenant, car son estomac commençait à se faire remarquer, gargouillant de plus en plus fort au grand désespoir de la jeune femme.

« J'ai peut-être été impoli, c'est vrai. Reprenons depuis le début ! Je m'appelle Eric Kepper et vous ? Si vous avez faim il y a de la viande séchée sur le sac à votre droite. Servez-vous, le bracelet couvre largement les frais. J'en ai mangé un peu quand vous dormiez, vous devez être affamée. »

Nel dût faire un effort surhumain pour ne pas se jeter sur le petit sac de jute comme un ogre. Elle remercia l'homme avec un petit sourire et y plongea la main, saisissant avec envie les lamelles de viandes. La jeune femme les dévora sans se poser de question. Une fois son repas terminé, elle entreprit de se coiffer. En effet, sa fuite de la nuit passée et sa petite sieste dans le foin avaient mis une sacré pagaille dans sa crinière brune. Pendant qu'elle démêlait une par une ses mèches à l'aide de ses doigts, le vieillard la regardait d'un air amusé.

« Je sais ce que vous allez me dire. Ce n'est pas la peine. »

Il se mit à rire, surpris par la répartie de la jeune fille.

« Vous faites bien de vous préparer ma chère, nous arrivons à Kendra Kâr. Il ne faudrait pas que vous ressembliez à une paysanne ! Au fait, il y a une brindille dans vos cheveux, juste là. Un peu plus à gauche... Voilà vous y êtes. »

Tout en continuant de s'occuper de ses cheveux, Nel regardait avec de grands yeux émerveillés la capitale se détacher du paysage. D'épais murs de pierres gardaient cette ville qu'elle rêvait de découvrir. De hautes tours s'élevaient vers le ciels, les toits de certains bâtiments étaient également visibles. Droit devant la jeune femme se dressaient l'entrée de la capitale, deux immenses portes de bois ouvertes vers l'extérieur et gardées par de fiers soldats. Il y avait également une foule de personnes qui se pressaient à l'intérieur, Nel était si loin qu'ils ressemblaient à des fourmis.

« Impressionnant, n'est-ce pas ? Nous y serons bientôt. »

Mais la jeune femme ne lui répondit pas, fascinée par le spectacle qui se déroulait devant ses yeux. Nel avait passé sa vie dans la maison familiale, ne sortant de temps en temps que pour rejoindre son oncle qui habitait dans le village voisin. Même si son père était fortuné, l'endroit où ils habitaient n'avait rien d'excitant. La ville dépassait toutes ses espérances, tous ses rêves. Un endroit plein de vie où elle aurait enfin sa chance, une infinité d'opportunités où elle seule aurait le dernier mot.

Après une attente qui lui sembla durer une éternité, le vieil homme arrêta la charrette aux portes de la ville. Nel sauta immédiatement à terre, ravie de pouvoir enfin se dégourdir les jambes. Quelques mètres seulement la séparaient de sa nouvelle vie. Elle se tourna vers Eric, qui lui rendit son sourire.

« Et bien c'est ici que nous nous séparons mademoiselle, je dois vendre mon foin au marché. Si vous le souhaitez vous pourrez me retrouver ce soir à l'auberge de la tortue guerrière. Je vous conseille de faire un tour dans la Grande Rue qui se trouve juste devant vous, peut-être que quelqu'un aura besoin d'une jolie jeune fille comme vous. A plus tard ! »

« Très bien, je vous rejoindrai ce soir en espérant que je sois libre. A la prochaine ! »


Elle le regarda s'enfoncer peu à peu dans la foule jusqu'à totalement disparaître.

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Dernière édition par Nel le Mar 10 Juin 2014 19:29, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 7 Juin 2014 15:35 
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LA CHUTE D'UN ARBRE


La nuit s'était abattu sur la paisible campagne Kendrane, drainant les champs de leurs travailleurs épuisés par le labeur et la chaleur qui stagnait, à défaut d'une petite brise marine. L'air était lourd, et brûlait les poumons à chaque inspiration, mais les populations locales avaient bien fini par s'y faire et ne le remarquaient plus tellement.

Le silence était arrivé en même temps que le voile noir céleste, et l'on n'entendait guère plus que le crissement des insectes et les pas de botte sur la terre sèche mêlée aux cailloux d'un chemin de fortune. Aleskander marchait au côté d'un autre homme, éclairé par la faible lueur d'une torche qui renvoyait des ballets d'ombre sur sa large cape, les flammes dansant sur ses fins motifs tandis qu'elle virevoltait au rythme de sa marche.

L'homme à côté de lui portait un cuir bouilli, et une épée courte à la ceinture, c'était un milicien arborant d'ailleurs le blason de Castel Puyval, que la lueur de la torche permettait à peine de distinguer. Le pas était rapide, et les visages des deux hommes étaient figés dans un air sérieux, presque colérique, qui ne décrispait pas à un seul instant.

Ils étaient tous les deux loin du Castel et s'aventuraient à la bordure des terres agricoles de la Seigneurie, remontant vers un bras de rivière qui le séparait de ses voisins. Là, d'autres torches se firent apercevoir, au bord du fleuve, deux au total pour un groupe très restreint.

Arrivé à une portée suffisante pour distinguer les formes de chacun, le seigneur Kerbon put découvrir deux autres hommes de sa milice, l'un étant allongé au sol tandis que l'autre le soutenait du mieux qu'il pouvait. Un liquide vermillon s'écoulait sur la terre humide et serpentait en un fin filet jusqu'à l'eau stagnante, du sang à n'en pas douter, et celui qui le perdait avait le teint livide, les yeux fermés.

Brisant les quelques pas qui le séparait de la scène, Aleskander put cette fois-ci distinguer d'autres ombres, de l'autre côté du cours d'eau, qui observaient la scène, debout et n'essayant nullement de se faire discrets : il les ignora temporairement et s'approcha du cadavre, avide de réponses.
L'homme qui soutenait son camarade décédé était presque aussi pâle que ce dernier, mais n'avait heureusement pas la moindre égratignure, lui. Son ton était élevé, et sa gorge était nouée par la surprise, tandis qu'il racontait ce qui venait de se dérouler à son seigneur : « On nous a rapporté un paysan manquant, alors nous sommes venu vérifier s'il n'était pas encore en train de travailler la terre du côté de la rivière, monsieur ! » couina-t-il en désignant soudainement les ombres. « Ce sont les gens du Val, ils nous ont menacé, et.. » l'homme ne put finir sa phrase que son sire se redressait, le laissant respirer un peu.

Les ombres à quelques pas de là l'intéressaient désormais entièrement, des inconnus postés sur sa dernière parcelle de terre et occupant celle-ci. Alors que ses yeux s'habituaient à l'obscurité, il devinait des couteaux, des gourdins et des arcs, mais la thèse des bandits fut vite écartée à la vue de leurs bottes presque neuves, de leur acier brillant et des manchettes de cuir qu'ils arboraient : ces hommes étaient de toute évidence, et qu'ils occupent son champs ne signifiait qu'une chose.

Ses doutes s'éclaircirent finalement lorsqu'une torche s'embrasa, révélant un homme à la carrure imposante, boitant légèrement et dont les cheveux se disputaient le gris et le blanc, quelques poches de résistance brunes parsemant quelques fois son cuir chevelu. Il se trouvait devant un Wiltreth furieux, n'ayant même pas dénié porter les armoiries de Val-au-Castel pour cette expédition punitive. « Vulgaire rat des champs ! J'en ai marre de vous voir rôder dans MES terres ! Je ne ferais pas d'exemple, je vais t'arracher les tripes moi-même ! » rugit-il, sa voix se répétant en écho dans tous les champs alentours. « Toi et ta petite milice vous ne valez rien face à mes hommes ! Ta bannière ne vaut rien ! Tu ne vaut rien ! Je vais raser ton village de voleurs et en faire un champs de plus à ma seigneurie ! » siffla-t-il, achevant son monologue d'un crachat en direction du seigneur Kerbon.

Ce dernier restait de marbre, observant tour à tour son soldat tué et les hommes postés dans ces terres, avant qu'un homme à ses côtés ne vienne prendre la parole d'une voix assurée et presque moqueuse : « Tu as acheté de nouveau vêtements à tes chiens ? Nous nous chargerons de les tester pour vous, vieux fou ! » siffla l'individu, tandis qu'Aleskander se tournait vers tant d'impolitesse.

A ses côtés, le sire DeVulpin l'avait suivi, et sa pique avait signé le mot de trop dans le conflit qui se préparait, les hommes commençant à s'échauffer et encocher flèches à leurs arcs. Aleskander le foudroya du regard mais, voyant l'hostilité qui régnait, indiqua plutôt aux deux miliciens de porter leur camarade tombé et s'en aller, laissant son champs sous la surveillance de son voisin, possible ennemi désormais.

Quelques temps plus tard, l'homme était déposé à la caserne et quelques villageois réveillés venaient s'y attrouper pour demander des explications, laissant le seigneur et son mentor vaquer à leurs occupations, s'enfermant une fois de plus dans le Manoir, longeant le couloir avant de s'engouffrer dans le bureau de Kerbon, devenu quartier général de la seigneurie, chambre des commerces de la seigneurie et éventuellement chambre tout court d'Edgar DeVulpin.

Tandis que le seigneur local s'étalait dans son fauteuil en se massant les tempes, son professeur se pressait de recueillir quelques livres, les déposant soigneusement sur le meuble de bois massif. « Wiltreth a toujours été friand de régner sur les deux Arbres, mais il n'a jamais été aussi loin. Vous avez vu leurs armes ? » Aleskander acquiesça. « Neuves. Du cuir tanné pour chacun d'entre eux, il s'est préparé pour nous attaquer. Maintenant, il tient nos terres au nord. » Aleskander acquiesça encore, mais jeta un coup d'oeil aux manuscrits étalés devant lui.

Castel Puyval et Val-au-Castel étaient autrefois deux grandes familles, mais les jeux de mariage et de disputes ont fini par n'en faire que quelques propriétaires agricoles héritier de ruines oubliées, et cette rancoeur avait jusque là était partagée par les deux camps : le précédent seigneur Kerbon ne cessait de rabâcher à Aleskander à quel point il détestait Wiltreth, et Wiltreth venait de prouver à Aleskander qu'il le détestait déjà.

Ne pas s'apprécier était un fait. Que Wiltreth ai de quoi armer sa milice très convenablement en était un autre, des plus préoccupants. Ses revenus devaient être à peu près similaires à ceux de la maison Kerbon, et même si le jeune seigneur faisait l'effort de fournir à ses hommes le strict minimum, ils n'avaient guère que quelques cuirasses usées et des épées modestes, ni arc, ni manchettes de cuir.

Les deux hommes s'étaient maintenant plongé dans un remue-méninge intense, partant de chaque effet à sa cause. Wiltreth avait des hommes armés, il les avait armé. Il les avait armé, il avait acheté des armes. Il avait acheté des armes, il avait trouvé un fond commercial intéressant. Aleskander était piqué au vif, presque insulté alors que lui-même se battait pour obtenir un peu plus de profit.

De son tiroir, il tira son ouvrage favori, celui du seigneur Qualth, répertoriant les routes commerciales du continent, et très précisément celles aux alentours de Kendra Kâr. Les caravanes reliant les deux Castel à la capitale étaient presque identiques, amenant céréales et vivre jusqu'à la cité blanche. Un vrai casse-tête.
Wiltreth n'avait pas d'accès à la mer, ni à un quelconque cours d'eau navigable, et encore moins accès aux montagnes, bloqué au nord par la seigneurie de Colgivre et au sud par les Kerbon. Ses routes empruntaient souvent les mêmes que les Kerbon et pourtant le vieux fou avait trouvé un moyen de s'offrir de nouveaux jouets à lui et ses chiens de chasse.

Edgar se leva de sa chaise, jetant l'ouvrage qu'il tenait. « Nous nous fichons bien de la façon dont il a pu dénicher ces pièces, ce qu'il nous faut, c'est de la monnaie, nous aussi ! » siffla-t-il, aussi agacé que son élève par cette énigme commerciale. « Nous pourrions demander crédit à Hector, mais le bougre sait s'y faire et nous serions finalement perdant. Pas question de se risquer au jeu des dettes !  Nous tirons déjà bien assez d'argent de nos transactions avec lui, et je ne tiens pas à ce que l'on perde ce bénéfice. » marmonna le mentor, tournant en rond à en donner la nausée.

Se râclant la gorge, Aleskander capta son attention, et plongea son regard serein dans celui de l'homme tourmenté. Le contact passa vite et ce dernier retourna s'asseoir à ses côtés, soupirant légèrement. « Il nous reste une option, mais il faut que je sache si vous êtes joueur. » hésita l'homme, avant de se pencher plus intimement vers le seigneur Kerbon. « J'ai récemment reçu des nouvelles d'un compagnon de route, qui se promène actuellement en Imiftil. Cette chaleur qui nous accule, elle est bien pire, là bas. » Aleskander fit un léger signe, curieux. « Les gens n'ont plus rien à manger, et se battent pour en avoir. Là bas, il y a des marchands qui n'ont plus que leurs pièces à dévorer à défaut d'avoine. » poursuivi alors le mentor, de plus en plus assuré de ce plan B.

Les deux hommes observèrent un instant les lettres que DeVulpin avait reçu, cherchant à s'assurer de la véridicité des informations données. La famine semblait s'être propagée à grande échelle dans leurs terres et ses ravages terrifiaient le pauvre explorateur.

« De la nourriture, c'est ce que nous faisons essentiellement, sire. Je doute que le vieux Wiltreth ait des relations outre mer, et... » Edgar se coupa lui-même la parole. « Et s'il agit à courte échelle, j'ai de bonnes raisons de penser qu'il doit brigander. Pillage, vol...je vois bien ses hommes s'y adonner... » songea-t-il à haute voix, s'imaginant les revenus qu'une activité aussi malsaine engendrerait.

Aleskander l'observait avec insistance, comme pour le juger, vérifier s'il était sûr de ses accusations. Avec de telles accusations, les faits qui avaient eu lieu cette nuit et la possibilité prochaine d'inonder les caisses de la maison Kerbon, la possibilité d'une guerre entre seigneur se faisait de plus en plus crédible. Il n'y aurait bien sûr par de grandes armées, mais deux milices bien équipées allaient déjà demander une certaine stratégie. Il fallait s'assurer de fondations financières solides, d'un approvisionnement commercial sûr et de solides appuis politiques pour le soutenir et ne pas en faire un vulgaire assassin.

S'emparant d'une plume, Aleskander ne se fit pas prier pour entamer une lettre d'accusation publique à destination de la haute noblesse Kendrane, et peut être à la monarchie. Il y détaillait ainsi la prise de ses terres dans la nuit par Wiltreth et le meurtre d'un de ses hommes. Accusant le vieux seigneur de brigandage pour équiper ses troupes, il achevait son paragraphe par une déclaration de guerre en bonne et due forme au Val-au-Castel.

Les deux Arbres étaient désormais officiellement en guerre.


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Dernière édition par Aleskander Kerbon le Mar 10 Juin 2014 14:59, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 9 Juin 2014 15:46 
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La nuit avait été propice à la réflexion, mais il n'existait que peu d'hommes qui pouvaient réfléchir avec la fatigue leur embrumant le cerveau. Alors que la matinée se faisait plus proche que la soirée précédente, ce fut encore une brillante idée qu'émit le sire DeVulpin, fin stratège, aux qualités cognitives indéniables et à l'esprit vif et acéré : un remontant !

Après quelques minutes de réflexion sur le remontant à employer pour une déclaration de guerre officielle, ce fut un vin aussi ancien que le Castel qui fut élu pour redonner aux deux hommes l'énergie dont ils avaient besoin pour réfléchir à toutes les options possibles pour gagner la bataille qui se planifiait au loin.

Alors que le bouchon sautait dans un coin de la pièce, Aleskander s'empressa de choisir d'élégants verres pour disposer du breuvage, un service offert par un marchand lors de son mariage et qu'il n'avait jusque là pas beaucoup utilisé : tout comme la guerre, c'était une première pour lui !

Trinquant dans un « Santé ! » tonitruant, les deux nobles apportèrent bien vite la boisson à leurs lèvres et savourèrent sa texture, chacun essayant de deviner l'année exacte de sa conception, les méthodes employées. L'un pensait qu'il était passé sous les pieds des paysans, l'autre songeait plutôt à un vieux pressoir en bois qui lui donnait ce goût particulier.

Pour confirmer leurs soupçons, ils décidèrent d'un commun accord de se resservir et mettre en commun leurs appréciations, écoulant quelques gorgées supplémentaires avant de reprendre la discussion : il était bon, ce vin. Très bon, même.
Le cépage était correct et le coup de fouet qu'ils attendaient était bel et bien au rendez vous, un véritable panacée pour ces deux stratèges fatigués ! On se mit d'accord sur l'utilisation d'un pressoir en bois, mais quelques doutes persistaient sur la durée de fermentation du jus de raisin.

Hélas, la question était ce coup-ci bien plus délicates, et c'est avec plaisir que la bouteille fut vidée dans les deux verres tâchés de rouge, destinée à servir la science et aguerrir les palais de ces messieurs en cas de futur tests à l'aveugle dans les hauts rendez-vous Kendran.

Celui là n'avait sans doute pas été mis en fermentation très longtemps et avait plutôt dû passer un long moment dans la cave dont il sortait tout juste, aussi gardait-il un petit côté sucré délicieux qu'Aleskander appréciait tout particulièrement.

Fier de leurs découvertes, une autre bouteille fut élue, la table de commandement étant partie pour durer une bonne partie de la nuit. Il fallait à tout prix motiver les nobliaux et ne pas les pousser dans leurs lits, le sommeil constituant pour le coup une perte de temps, temps précieux jusqu'alors.

Les joues légèrement rosies, ils déployèrent une carte de la région signée par un cartographe réputé auquel ils pouvaient avoir entièrement confiance. S'alimentant d'alcool et de réflexion, ils commencèrent quelques tracés pour délimiter convenablement les territoires et les récents mouvement de Wiltreth : il s'agissait là d'inclure le champs qu'il avait confisqué par les armes au pauvre Kerbon.

A l'idée de lui faire payer cet affront, les deux hommes s'esclaffèrent et trinquèrent à la santé de leur futur ennemi déchu, aussi bien qu'à la mémoire du milicien meurtri cette nuit et au nom duquel ils comptaient bien reprendre ce fichu champs. Certaines lignes se faisaient maladroites, mais heureusement quelques verres de plus parvinrent à les garder captivés sur leur objectif principal.

Les positions de Wiltreth connues, Aleskander prit ensuite soin de tracer les routes commerciales à proximité de la seigneurie du Val-au-Castel, notant avec soin les routes empruntées communément par ses caravanes et celles de son nouveau rival. Il n'avait en soi aucunement peur de se voir privé des revenus Kendran, ces derniers étant solidement défendus à chaque arrivées, mais ses départs de vivres envers la cité blanche pouvaient être à tout moment la cible de ces fichus brigands. Il allait assigner un malheureux milicien à chacun de ses départs, désormais, faute de pouvoir s'offrir des mercenaires.

Une autre idée vint alors se présenter, plus sournoise ce coup-ci. Les échanges commerciaux entre le Nirtim et l'Imiftil étaient assez mal vus par la couronne, et maintenant qu'il allait devoir se déplacer à la capitale pour s'emmêler dans les affaires politiques, il était en mauvaise posture.

Mais son ennemi n'avait pas hésité à se lancer dans le banditisme, alors un petit écart lui serait sans doute vite pardonné. La deuxième bouteille roula à terre alors que les nobles stratèges hochaient péniblement la tête, soutenant tous deux cette théorie les blanchissant de tout acte frauduleux. Ne disait-on pas « à la guerre comme à la guerre » ?

La guerre nécessitait en ce moment même plus de remontant, et l'armoire « spéciale » du seigneur Kerbon regorgeait de breuvages différents pour soutenir les deux penseurs dans leur plan rondement préparé. Ce fut une boisson du Nord qui parvint alors à la tablée, bien plus amer, bien plus forte et surtout bien plus requinquante. Ils débordaient d'énergie, plus que jamais décidés à ruiner le seigneur voisin et se venger de l'insulte subie.

A mesure qu'ils avançaient, ils n'hésitaient pas à peaufiner les détails, revoyant chaque morceau de leur plan pour trouver une solution efficace, ainsi persistait le problème de la contrebande : exporter des vivres en Imiftil devrait se faire discrètement, mais il fallait pour cela passer par les voies maritimes et le seigneur Kerbon n'avait aucun accès à la mer. Ensuite, en cas de victoire sur son camarade noble, Aleskander allait devoir songer au sort des villageois ennemis, et du trésor qu'il allait tirer de la défaite adverse.

Les pensées du seigneur alcoolisé vinrent au Castel, soutenu par les ailes que l'alcool lui faisait pousser dans le dos. Il revoyait ce petit château fièrement dressé, couvert des bannières de la famille Kerbon et animé du mouvement de ses troupes, qu'il observerait du haut d'un balcon...
Rêveries à part, il fit tout de même part de son intérêt pour la bâtisse auprès d'Edgar, et il fut finalement convenu d'employer un architecte de la Capitale pour évaluer la restauration du monument.

La conversation avançait de manière constructive, hormis quelques déviances dues au trop-plein de remontant ingurgité, et il semblait bien que la meilleure option était pour le moment de se rendre dans la Cité Immaculée, rencontrer du monde, et improviser sur place pour trouver un moyen de parvenir à ses fins.

En révisant les options politiques qui s'offraient à lui, Aleskander songeait également aux petits plaisirs de la vie à la Capitale, les tavernes qu'il avait autrefois côtoyé et les parcs dans lesquels il allait devoir effectuer de longues marches ennuyeuses pour conclure alliances et accords commerciaux auprès de nobles et de bourgeois.
Veuf, il ne s'étonnerait même pas qu'on lui propose toute sorte de demoiselles pour des mariages stratégiques, et bien que ce genre d'alliance fut pour sa part très satisfaisante, il gardait une certaine gêne à songer au remariage pour le moment. Il allait devoir rester encore un moment l'homme pleurant sa femme.

Niveau commerce, un rendez-vous avec le seigneur Qualth s'imposait, sans forcément lui exposer tous ses plans, il fallait songer à d'autres moyens de gaver son trésor personnel, Edgar n'étant pas un aussi fin stratège que lui dans ce domaine là. Il aurait affaire sur place à un dieu de la transaction, et comptait bien sur son amitié et ses compétences.

Un dernier verre, et ce fut le château royal qui attira son attention : il avait beau déclarer une guerre ouvertement, les disputes de voisinage ne concernaient en général pas trop les hommes de haut rang, cependant l'expansion d'une seigneurie n'étant jamais affaire de discrétion. Il allait devoir préparer sa plus belle plume pour faire passer la pilule et ne pas se voir confisquer de terres durement gagnées.

Finalement, la troisième bouteille eut raison de l'endurance des deux hommes, qui s'écroulèrent chacun leur tour sur le meuble massif, venant agrémenter le voisinage de ronflements bruyants, et de bouteilles vides roulant au sol.

Le réveil serait dur. Vraiment très dur.


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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 28 Juin 2014 01:39 
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Localisation: Nirtim, Temple de Meno: Se prépare à la guerre.
-Arrêton-nous! Haleta le fauve, au bord de l'épuisement.

Aglaë cessa de marcher et fit volte-face:

-Hé bien, allons! Pressait-elle. Ta plaie est recousue depuis des heures maintenant, il ne faut pas s'arrêter de si tôt.

-Si tôt! Rugit le fauve en déposant Octave par terre.

Son épaule encore douloureuse, il portait le garçon sur l'autre. Le garçon n'était qu'un sac d'os pour le tigré, il le trimballait à un rythme soutenu, sa tête brinquebalant dans tous les sens. Devant, la vieille ne trainait pas et il fallait suivre!
A cette heure avancée de la nuit, le trio était dorénavant loin du lieu de l'embuscade. La magicienne avait prit plus d'une heure à remettre le félin sur pied. A l'aide d'onguents, de fil à recoudre et d'huile de coude, elle avait fait des miracles. Pas de magie, avait remarqué le fauve, seulement des potions aux goûts plus spéciaux les uns que les autres. Sa plaie à la hanche s'était refermée, presque à vue d'oeil, et sa cuisse ne tressaillait plus.
Zénith lui avait fait part de son étonnement en voyant son maître encore debout.

-J'ai... besoin de souffler un peu... articula-t-il en s'écroulant à côté d'Octave, toujours inconscient.

Plongeant son regard dans le ciel étoilé, Aztai entendit Aglaë approuver ses propos à contrecoeur. Lâchant son bâton, la vieille racassa dans son coin que le temps n'était pas un luxe à s'offrir. Le félin n'écoutait pas, il était juste épuisé.

-Aucun signe des hommes de Meno... lâcha-t-il dans un soupir.

La magicienne ne répondait pas, pinçant les lèvres. Dans leur départ ils avaient fouillé les deux tentes pour n'y trouver que des babioles. Il s'agissait de couches en vérité, plutôt que de tentes militaires. Aucune trace d'enlèvement, les hommes abattus n'étaient pas des espions non plus. Une seule idée était venue en tête du fauve, les corps avaient été jetés dans le fleuve, masquant toutes les pistes.
Annoncer la disparition d'une douzaine de fidèles en guise de retour n'enjoyait pas vraiment le woran. Alors qu'Octave errait encore dans les ténèbres de son esprit, le tigré n'avait pas le coeur à lui annoncer la disparition de sa compagnie... sa garde rapprochée.

(Le garçon était le protégé de ce bataillon, c'était leur devoir de le garder en vie. Tu as accompli leur objectif)

Zénith tentait doucement de l'apaiser, mais ça n'altérait pas grand chose. A la place Aztai se redressa et massa ses tempes, une début de migraine le tenayant.

-Me suivrez-vous? Demanda-t-il à Aglaë, en proie à regarder les constellations qui peuplaient la nuit.

-Hum...

-M'accompagnerez-vous, corrigea de suite le félin. Sous le regard incompréhensif de la vieille il continua: C'est à mes côtés et non derrière moi que j'aimerais vous avoir.

Il avait dit cela, sous une poussée de confiance pour la vétéran. Celle-ci ne répondit pas et replongea ses yeux dans le ciel. Elle lui avait sauvé la vie une fois, le prêtre était encore suspendu pour en témoigner. Dévoilant une redoutable force à son protégé, il voyait en elle un soutient non négligeable et une personne... admirable. Elle respirait l'expérience et avait assuré comme promi ses arrières: elle le faisait encore.
Transcendant son esprit, le tigré comprit que sa faera partageait son point de vue. Si Zénith était irremplaçable il fallait, comme l'avait souligné Octave, une garde rapprochée.

-Oui je t'accompagnerai, jeune woran. Tu sembles plus perdu qu'un oisillon sans sa mère, un peu d'aide te serait bénéfique.

-Haha! Que Meno me guide, serais-je à la hauteur de leurs espoirs! S'esclaffa le tigré en désignant Kendra Kâr, au loin.

-Ba, ne t'en fais pas, tu surpasseras tous leurs espoirs! Gonfle le torse, lève le museau et tous te suivront. Une force de la nature pareille n'aura pas besoin de rugir pour commander, il lui suffira de lever le poing!

Le félin sourit à ces mots.

-Comment pouvez-vous le savoir? Je ne vois même pas cinq hommes disparaître sous mes yeux.

-Les étoiles le disent! Lâcha-t-elle, sincère.

-Les propos d'une diseuse de bonne aventure, sans aucun doute! Répliqua le félin. Et que nous prévoi-t-elle de beau?

-Ouuuuh! Leva-t-elle le doigt. Je ne prédis rien: j'analyse et j'anticipe! Le coeur des hommes est vaillant mais facilement influencable. Ils tiennent pour vrai ce qu'ils éspèrent ou craignent être la vérité, ils ne suivent plus un instinct. Toi, woran, si! Les étoiles le disent.

La magicienne disait vrai, le félin avait mit du temps à le comprendre. Ce qui poussait le fauve dans sa démarche avait toujours été la colère. Ce catalyseur de force qu'il avait à chaque fois laissé éclater pour avancer, la source de son pouvoir entier.

-Et pour Octave? Changea de sujet Aztai.

-Son état est stable mais c'est un légume pour le moment, il ne semble pas vouloir se réveiller.

Sourcils froncés, elle semblait réellement inquiète, ce qui ne rassura pas Aztai.

(Sa magie...) Murmura sa faera.
(Elle en serait la cause? Et le mage alors?)
(Le fidèle de Brytha à peut-être altéré quelque chose en le soumettant... pour l'instant il est dans un profond coma)

-Pour l'instant il est dans un profond coma, déclara Aglaë en écho parfait avec Zénith. Elle fixa Aztai un instant: Nous serons à Kendra Kâr dans la journée si nous ne tardons pas trop.

Ramassant son bâton elle observa les alentours:

-Je te laisse deux heures de répis, Champion! Dors sur tes deux oreilles je monterai la garde.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 15 Oct 2014 18:37 
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Prologue : La demoiselle, les brigands et le preu chevalier.


Le louveteau, le fiancé et l'épée




« Tu es certaine de ce que tu fais ? »

Anastasie lança aussitôt un regard sec au nobliau.

« Tu es certain de vouloir m'épouser ? » rétorqua-t-elle d'un ton impérieux.

N'ayant visiblement pas une once de dignité, le jeune homme baissa la tête d'un air soumis en marmonnant quelques mots d'excuses, ce qui eu pour effet d'agacer plus encore la petite despote. Après ses quelques jours passés aux côtés de son énième promis, aussi courageux qu'un caniche nain un soir de tempête, elle en était presque venu à regretter les anciens, ceux qui avaient été élevés comme des hommes, des vrais, et qui finissaient par lui prier de « bien vouloir fermer sa mouille une bonne fois pour toutes » avant de briser leurs vœux de fiançailles et de s'en aller en claquant la porte. Ils étaient peut être énervant tout le long de leur séjour, mais ils avaient le mérite, quand ils s'en allaient, de le faire avec classe, et de procurer à la belle quelques légères bouffées de chaleur au moment de leur rébellion. Mais voilà deux semaines que le jeune et beau Algus était arrivé au domicile familial dans le but de préparer leur mariage à venir, et non seulement il n'avait pas fuit, ni ne s'était rebellé, mais il avait l'air un peu plus amoureux chaque fois qu'Anastasie le remettait à sa place. Ou plutôt à la place que la petite noble lui avait réservée.

Le petit grognement du louveteau tira la jeune femme de sa rêverie. L'animal ne devait pas peser plus d'un kilo mais ses crocs étaient déjà acérés. A côté de lui gisait le corps inanimé de sa mère, baignant dans le sang. Elle avait été ouverte au cou, laissant derrière elle un orphelin que la petite noble comptait bien adopter. Le jeune couple était tombé sur lui par hasard, non loin de l'orée du bois au nord de l'exploitation familiale.

« Mais c'est un animal sauvage ! » s'exclama Algus, visiblement pas dans son assiette.
« Oh mais je le sais bien ! » répondit sa fiancée d'un ton agacé. « Et je compte bien changer cela. »

Elle s'approcha doucement du louveteau qui essayait de s'abriter inutilement entre les pattes de sa génitrice, puis quand elle fut à sa portée elle l'attrapa rapidement, sans lui laisser le moindre espoir de fuite. Elle le mit sur le dos entre son bras gauche et sa poitrine, comme un nourrisson, et caressa délicatement le museau du petit orphelin. Au bout de quelques secondes, l'animal finit par se calmer, redressant ses oreilles et détendant ses pattes tremblotantes de peur. Anastasie, le visage rayonnant d'un grand sourire, était méconnaissable. D'aucuns auraient pu se demander comment une jeune femme aussi insupportable et grincheuse pouvait avoir l'air aussi bienveillante et paisible à la simple vue d'un petit animal, mais Algus, lui, ne se posait pas la question. Parce qu'Algus n'avait jamais douté de la gentillesse de sa bien-aimée derrière cette apparence d'enfant gâtée. Parce qu'Algus croyait en elle. Parce qu'Algus l'aimait.

Ah, et parce qu'Algus avait une lame de vingt pouces plantée dans le ventre, aussi. Ce qui, bizarrement, retira tout sourire des lèvres de la petite noble quand elle s'en rendit enfin compte. Son désormais ex-fiancé semblait vouloir parler mais la seule chose qui sortait de sa bouche était son sang. A côté de lui, tenant l'arme du crime, encore fichée dans la panse du jeune homme, se tenait un grand chauve au sourire narquois, visiblement satisfait de son petit effet visuel. Les rides sur son visage indiquaient une bonne quarantaine d'années, et il était accompagné d'un kendran ostensiblement plus jeune affublé d'une grosse tignasse noire et grasse et d'un rictus tout aussi inquiétant. Les deux étaient vêtus de la même tenue de cuir sombre, typique des bandits de grands chemins.

Le grand chauve retira son arme du corps de sa victime d'un coup sec, dont le corps s'écrasa presque aussitôt par terre, tirant Anastasie de son inertie provoquée par la peur, qui lâcha le pauvre animal aussitôt.

« Celle-là on la tue pas, » fit-il à l'intention de son partenaire avec une voix nasillarde, presque ridicule. « On va demander une rançon. Mais d'abord si tu veux t'amuser... »

Sa dernière phrase provoqua un sourire inquiétant sur le visage de son acolyte, laissant peu de place à l’interprétation quant à la nature de l'amusement qu'on lui réservait.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 24 Oct 2014 15:51 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))


Le chevelu, la noble et le caillou




Anastasie fit volte-face et se mit à courir le plus vite que le lui permettait sa longue robe bouffante (qu'elle n'aurait de toute façon jamais dû mettre pour se rendre dans un bois), c'est à dire très lentement. Elle sentit bien vite la poigne du bandit qui l'avait, sans surprise, déjà rattrapée se refermer sur son poignet.

« Où tu vas comme ça ? » fit-il avec une voix rauque.

La jeune femme essaya de se dégager en assénant une série de coups de poing sur la main de son agresseur, provoquant un rire malsain chez celui-ci, visiblement pas importuné pour un sou. Changeant de stratégie, elle approcha son visage de la paluche du bandit et mordit de toutes ses forces. Le chevelu cria de douleur et relâcha sa prise aussitôt, permettant à la petite noble de s'enfuir de nouveau. Mais elle n'était toujours pas en mesure de le semer et sa course fut de nouveau stoppée par le brigand, maintenant énervé par dessus le marché. Pas assez idiot pour faire la même erreur deux fois de suite, le bandit tenait maintenant le bras d'Anastasie avec sa main gauche et son cou de la droite, l’empêchant ainsi de se resservir de sa mâchoire contre lui. Mais la situation comportait un soucis logistique qui sembla importuner le brigand quelques temps. En effet, comment déshabiller la belle si ses deux bras étaient occupés ? La jeune femme profita de ce moment d'intense réflexion pour envoyer un coup de tibia dans les parties génitales du bonhomme, qui la laissa donc filer une seconde fois, bien trop sonné par la douleur pour maintenir ses prises.

S'éloignant quelque peu, Anastasie profita de l’inertie momentanée du brigand pour déchirer le bas de sa robe. Elle termina juste à temps pour voir son agresseur se redresser. Ses jambes maintenant libres, elle courut plus vite que jamais, semant presque aisément le brigand, amoindri par sa récente émasculation, entre les arbres. Finalement hors de vue des deux bandits, mais maintenant perdue au milieu des bois, la jeune femme se cacha derrière l'énorme racine d'un imposant feuillu.

« Je te dis de t'amuser et toi tu la laisses filer ! » entendit-elle pester le chauve au loin. « Retrouve la moi et vite ! »

Elle songea un moment à profiter de la distance qui les séparait pour reprendre sa course mais se ravisa aussitôt en entendant le chevelu marmonner des jurons à quelques mètre d'elle. Retenant son souffle pour faire le moins de bruit possible, la jeune femme pria Yuimen comme elle ne l'avait jamais prié. Mais le bandit se rapprochait dangereusement, encore et toujours dans sa direction. Elle le sentit s'arrêter juste au dessus d'elle quelques secondes, avant qu'il ne reparte finalement vers sa gauche, s'éloignant petit à petit de la jeune noble. Celle-ci se cru tirée d'affaire, jusqu'à ce que le vent frais du début de l'automne ne vienne mordre ses cuisses nues, lui tirant un frisson faisant bruisser les feuilles mortes sur lesquelles elle était assise. Les pas du bandit stoppèrent net et Anastasie pouvait presque le sentir regarder dans sa direction.

Un silence pesant régnait dans le bois, à peine perturbé par quelques bruits d'oiseaux, complètements ignorants de la situation dans laquelle se trouvait la jeune femme. Le stress commençait à lui tirer des larmes qui venaient embuer sa vision. Après un moment qui sembla une éternité, le bandit repris sa marche, mais dans sa direction cette fois, scellant, pensait-elle, son sort. Décidant toutefois de ne pas se laisser abattre, la petite noble essuya ses yeux d'un revers de bras, se releva, et, tentant ce qui semblait être sa dernière chance, se mit à courir à toute vitesse. Mais le brigand, remis de sa blessure à l'entrejambe, la rattrapa cette fois sans mal.

Il la plaqua au sol, et, bien décidé à prendre de force ce que son supérieur lui avait promis, entrepris de se défroquer. La jeune femme, allongée sur le dos, remua dans tous les sens, gesticula, protesta, hurla, mais rien n'y fit. Cette fois ci son assaillant la tenait fermement entre ses jambes musclées et entendait bien garder sa proie immobile. Désespérée et les yeux pleins de larmes, Anastasie abandonna, laissant tomber ses bras en croix devant le regard victorieux du chevelu, maintenant nu.

Mais la main gauche de la petite noble tomba sur quelque chose qui lui rendit toute sa hargne. C'était simplement la broche dont elle se servait pour attacher ses cheveux. Une simple broche en arc de cercle en ébène et en argent offerte par sa mère pour ses dix ans. Mais cette broche avait quelque chose de spécial ; voilà des années déjà, Anastasie en avait cassé l'extrémité, la rendant pointue et tranchante, elle s'était d'ailleurs coupée maintes fois en attachant ses cheveux, et si ce n'était pour sa valeur sentimentale, elle s'en serait séparé depuis bien longtemps déjà.

Alors que le brigand, triomphant, s’apprêtait à déchirer ce qui restait de vêtements à la jeune femme, celle-ci se saisit fermement de sa broche et envoya son arme de toute ses forces en direction des yeux de son agresseur. Le bijou manqua sa cible de peu, perforant la joue droite du malandrin et lui tirant un hurlement de douleur. La petite noble en profita pour changer l'arme improvisée de main et lui asséna un second coup, qui alla cette fois se loger pile dans l’œil gauche du chevelu. Elle lâcha son arme et poussa le bonhomme, criant de plus belle, à la renverse.

(Cette fois je ne ferais pas l'erreur de fuir !) pensa-t-elle avec un aplomb retrouvé.

Se saisissant d'une grosse pierre tenant à peine entre ses mains qui traînait près du bandit, la jeune femme chevaucha le torse de l'homme, encore trop concentré sur sa blessure pour comprendre ce que sa victime tentait de faire, leva les bras au ciel et envoya de toutes ses forces le caillou dans le visage du chevelu. Le crâne craqua sous l'impact et du sang gicla sur Anastasie, qui, prise de sanglots de rage, répéta l'action trois fois de plus, laissant le visage du bandit déformé, méconnaissable.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 26 Oct 2014 20:46 
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Les yeux de la malade semblèrent s’éteindre, malgré les prières muettes que Père et Elric adressaient à Gaïa. Ils s’ouvraient béants, grands ouverts, fixant le plafond sans rien voir. Cela faisait trois jours que Mère gisait sur ce qui lui servait de lit, une simple banquette couverte de paille, en proie à de terribles fièvres contre lesquelles ni les remèdes des hommes ni les suppliques aux dieux n’avaient rien pu faire. Des sanglots éclatèrent soudains dans la pièce.
J’observais ce sinistre tableau silencieusement, à travers l’entrebâillement de la grossière porte de bois qui me dissimulait. Rien n’échappait à mon regard : ni les larmes de Père, ni la peau aussi blanche que le marbre d’un gisant de la défunte. Je continuais d’observer la scène, tiraillé entre l’abattement et la fascination morbide.
Je vis soudain mon frère se relever et se diriger vers la porte. Je quittais donc mon observatoire de fortune et traversais la salle commune au mobilier spartiate pour sortir, dans l’espoir d’éviter toute confrontation.

« Harmod ! », tonna Elric dans mon dos

Je me retournai pour faire face à mon interlocuteur. Le coup qu’il m’assena m’envoya à terre sans grande difficulté. Mon frère se tenait au dessus de moi, ses yeux rageurs me foudroyaient en dessous de sa tignasse brune. S’il était tout aussi grand que moi, un peu plus d’un mètre 85, Elric était en revanche beaucoup plus massif. Il possédait de solides muscles noueux, de ceux que l’on acquière par un dur labeur, là où j’étais maigrelet.

« Maudit fanatique! Encore combien de malheurs attireras-tu sur nous ? Combien ? » hurla-t-il.

Son pied vola dans mes côtes, manquant de me les briser. Je me recroquevillai sous le coup pour me protéger.

« C’était ta mère, chien ! Maudit ! » enchaina-t-il.

Un autre coup atteignit mes côtes. Puis un autre. Il allait me tuer si je ne bougeais pas rapidement. J’entrepris d’atteindre la sortie en rampant, son pied heurta mon bassin, manquant de me faire décoller. Je me relevai maladroitement dans l’embrasure de la porte et me mis à courir dos à la misérable masure d’où on me chassait, fonçant à travers les champs pour me sauver.

« C’est ça, cours! Disparais, engeance de Phaïtos ! Et ne reviens jamais ! » me cria Elric en guise d’adieu, en me lançant des pierres qui, par bonheur, ne m’atteignirent pas.

Je poursuivis ma course à travers les champs boueux, manquant plusieurs fois de m’effondrer, sans prêter attention à la douleur lancinante qui me rongeait les flancs, et sans un regard en arrière.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 26 Oct 2014 21:47 
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L’occident rougeoyait lorsque j’arrivai près d’un petit ruisseau qui serpentait entre les champs. Cela faisait plusieurs heures déjà que j’avais été chassé de la ferme et j’étais à présent épuisé. La douleur me tenaillait toujours terriblement les côtes et je commençais de plus à avoir faim. Je n’avais eu le temps dans ma fuite de n’emporter rien d’autre que ce que j’avais sur moi, à savoir mes vêtements, quelques piécettes et la dague que je portais à la ceinture, dissimulée par ma cape.
Je m’assis en tailleur par terre, près du ruisseau, et me déshabillai pour inspecter les dégâts. Mon corps était couvert d’ecchymoses et de croutes de sang séché. J’étais de plus couverts de boue mais, par miracle, je n’avais rien de cassé. Je me recouvris rapidement car le vent commençait à mordre ma chaire meurtrie. Grelotant, je me mis à inspecter les environs. La nuit allait bientôt tomber et je n’avais nulle part où m’abriter et rien à me mettre sous la dent. Mais il était hors de question que je retourne à la ferme. Il s’en était déjà fallu de peu qu’Elric ne me tue, il ne laisserait sans doute pas laisser passer une seconde chance de m’avoir. Et-ne serait-ce que par honneur- je ne m’abaisserais pas à mendier chez ma famille!
Mais à l’horizon l’astre du jour s’était couché, insensible à mes malheurs, et je ne tardai pas à sombrer dans le sommeil avec lui.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 27 Oct 2014 14:33 
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A l’aube, le réveil fût pour le moins désagréable. La première sensation qui me parvint fût celle de mon corps endolori, qu’une nuit passée à même le sol n’avait pas aidé. Ensuite, ce fût au tour de mon ventre de me rappeler que je n’avais rien avalé depuis hier, pendant que la lumière du jour naissant m’agressait les yeux. Je m’étendis un coup avant de rabattre ma capuche sur ma tête.
La nuit n’avait rien changé à ma situation et j’avais toujours rien ni nulle part où aller. Je jetai un coup d’œil autour de moi : devant, les champs moissonnés rendus boueux par la pluie s’étendaient à perte de vue. Les haies délimitant les parcelles carrées étaient les seules traces d’activité humaine dans les environs. Bien que je crû voir ce qui devait être une ferme au loin, à l’horizon. Derrière moi se trouvait un petit bois, paré des couleurs de l’automne, autant de couleurs festives dans les feuilles qui rappelaient la venue prochaine de l’hiver. Non, je n’avais nulle part où aller. Nulle part on ne m’attendait. Si je voulais manger autre chose que des insectes avant ce soir, une seule destination vint à l’esprit du vagabond que j’étais devenu : Kendra Kâr.
Je me mis en route pour la Cité Blanche. Je trouverai sans doute de quoi faire et à manger dans la grande ville, et elle devait être assez peuplée pour que je puisse y passer inaperçu.
Je n’étais jamais allé à Kendra Kâr, je savais juste qu’elle devait se trouver à l’Est. Je me mis à marcher dans la direction du soleil levant, protégeant mes yeux de la lumière de ma capuche. Le temps était clair et je n’avais donc aucun mal à me repérer mais la marche était pour moi un exercice pénible. Les coups que j’avais reçus la veille rendaient ma progression lente et douloureuse.
Je poursuivi de la sorte durant une heure, peut être deux. Je vis à un moment une route qui barrait la campagne. Je la suivis en espérant qu’elle me mènerait à la cité, sans croiser âme qui vive.
Le soleil avait atteint son zénith lorsque j’entendis une charrette dans mon dos. Le véhicule, tiré par deux bœufs, était chargé de foin et de sacs de grains. Sans doute un fermier qui allait vendre ses récoltes à Kendra Kâr. Je hélai le cocher :
« Hey ! Arrêtez-vous ! » lui lançai-je « Allez-vous à Kendra Kâr ? »
« Ouaip, ça s’pourrait bien. » répondit-il du haut de sa charrette
« Pourriez-vous m’y emmener avec vous ? Cela fait des heures que je marche, je suis épuisé. »
« Que je me coltine un va-nu-pieds comme toi ? Ha, optimiste le gamin ! » ria-t-il « Non mais, sans blague ! Ha haha ! »
« Et si je vous paie ? »
« Hum, combien ? » demanda-t-il, tout de suite plus sérieux
(Désespérant…)
Je sorti donc ma bourse et pris les quelques pièces que j’avais avant de tendre mes maigres possessions avec amertume au cocher qui les inspecta, une à une, dans sa main.
« C’est bon. Monte, gamin. »
Je pris place à coté de lui à l’avant de la charrette avant qu’il ne lance un « Ho ! » sonore à ses bêtes et que nous prîmes la route en direction de Kendra Kâr.

Kendra Kâr

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 4 Nov 2014 19:10 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))


Le feuillu, la corde et les pleurs




Anastasie sentit une main ferme agripper son bras.

« Qu'est-ce que t'as fais, sale traînée ! » cria une voix nasillarde à son oreille. C'était le chauve, évidemment.

La jeune femme était restée assise devant le cadavre du second bandit pendant plusieurs minutes, hébétée, observant tantôt les taches de sang sur ses cuisses nues et les restes de sa robe turquoise, tantôt le crâne désormais difforme de son défunt agresseur et les morceaux de cervelle collés à un coin de la pierre qui avait fait tous ces dégâts. Elle n'avait pas eu beaucoup d'expérience avec la mort. Hormis le décès de quelques ouvriers à qui elle n'avait jamais parlé et la disparition d'un grand-père alors qu'elle était encore trop jeune pour comprendre ce que représentait son trépas, la petite noble n'avait jamais vu personne mourir. Et elle commençait tout juste à comprendre. D'autant plus qu'elle était là la personne qui avait privé un être humain de sa vie. Mais l'autre brigand l'avait tirée de sa rêverie.

« T'as de la chance que j'ai besoin de toi ! » s'énerva-t-il de nouveau avant de lui asséner un coup violent à la tempe, l'assommant sur le coup.



La nuit était bien installée lorsqu'elle se réveilla, prise d'un mal de tête et les muscles endoloris par sa position inconfortable ; le chauve l'avait attaché à un gros chêne. La petite noble observa les alentours. Ils étaient encore entourés d'arbres, peut-être toujours dans le bois de son domaine, mais elle n'avait aucun moyen d'en être sûre. Son ravisseur, lui, grignotait quelques tranches de viande séchée, adossé aux racines d'un énorme feuillu. Il n'avait pas fait de feu, et la jeune femme se rendit bientôt compte qu'elle était frigorifiée. Se rendant compte de son éveil, le bandit prit la parole.

« Je faisais équipe avec lui depuis huit mois, » fit-il d'un ton calme. « Ca peut te paraître peu, mais dans mon milieu, on dépasse rarement les quelques semaines avec la même personne. »

Un silence pesant s'installa. Le chauve termina lentement une autre tranche de viande avant de reprendre.

« Mais il a fallu que tu le tues. »

La déclaration fit l'effet d'un coup de massue à Anastasie.

(… que tu le tues...)

La petite noble sentit une bouffée d'émotions incontrôlables l'envahir.

(… que je... le tue...)

Son esprit était embrumé par ces quelques heures de sommeil forcé et la violence des récents événements, ses pensées partaient dans tous les sens, s'attardant tour à tour sur la mort de son fiancé, l'homme qu'elle avait tué, sa famille, sa maison ; la simple perte de sa broche lui retournait l'estomac de la même manière que sa situation actuelle. Et plus elle luttait contre la vague de sanglots qu'elle sentait venir, plus son ventre se nouait, l'amenant plus proche à chaque seconde d'un moment de faiblesse qu'elle voulait à tout prix s'épargner en la présence de son ravisseur.

« J'espère que t'es fière de toi. Comme si tu pouvais pas serrer les dents et attendre que ça passe, » ajouta-t-il en référence à la tentative de viol de son défunt acolyte.

Toute la frustration et la tristesse d'Anastasie s'envola en une seconde. Remplacée par une rage qu'elle n'avait, malgré ses antécédents de noble gâtée et capricieuse, jamais ressentie jusqu'alors.

« ESPECE DE SALE PORC, LA MILICE VA TE RETROUVER ET TE FAIRE LA PEAU SALE FILS DE PUTAIN... » explosa-t-elle en se débattant de toutes ses forces contre l'arbre auquel elle était liée.

La série de jurons dura près d'une minute, mais bientôt sa gorge se renoua, sa voix faiblit et se mit à trembloter, son corps se décrispa et le déluge d'insulte laissa place à un torrent de sanglots incontrôlés. Le chauve se mit à ricaner doucement, visiblement amusé par l'accès de colère de sa captive, ce qui ne fit qu'aggraver encore la détresse de cette dernière, dont l'habituel doux visage était maintenant caché derrière un masque de pleurs et de morve.

Le flot de pensées confuses avait repris sa place dans l'esprit de la jeune femme. Et elle pleurait. Elle pleurait de culpabilité, de peur, de rage et de tristesse, elle pleurait parce qu'elle était désemparée, elle pleurait parce qu'elle était impuissante. Elle pleurait parce que c'était la seule chose qu'elle pouvait encore faire ; et les sanglots ne cessèrent que plusieurs minutes plus tard, lorsque la fatigue eut raison d'elle.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 9 Nov 2014 17:55 
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Le prince charmant, le heaume et la dague




« … âche-la, si tu ne veux pas avoir affaire à moi, » fit une voix impérieuse.

La jeune femme se tira tant bien que mal de sa douloureuse torpeur pour admirer la scène. Un grand chevalier en armure argentée et parée d'or se tenait à seulement quelques pas du chauve. Il portait son heaume sous l'épaule, dévoilant son visage juvénile ; il ne devait pas être plus vieux qu'Anastasie. Ses yeux verts scintillaient autant que sa luxueuse cuirasse et sa chevelure brune tirant sur l'auburn semblait refléter les quelques rayons du soleil levant qui s'étaient frayer un chemin à travers les légions d'arbres qui les cernaient. Le nez aquilin, la posture droite, le port altier, tout en lui transpirait la noblesse et la beauté. Il était l'antithèse absolue de son interlocuteur : chauve, une quarantaine bien dépassée, un sourire narquois systématiquement pendu aux lèvres, un maintien dépourvu de toute grâce et vêtu d'une armure de cuir de fortune, sans doute fruit de divers recyclages.

« Qui te dit que je ne veux pas avoir affaire à toi ? » demanda le brigand, provoquant.
« Si tu n'écoutes pas la raison, peut-être écouteras-tu mon épée, » répliqua le jeune gentilhomme.

L'espoir envahit tout à coup Anastasie, qui se rendait soudainement compte que le jeune homme réclamait sa libération et qu'il n'hésiterait apparemment pas à se servir de la force pour l'obtenir. Elle se serait cru dans un compte de fée : elle était la princesse en détresse, le chevalier était son prince charmant et il allait la tirer des griffes du dragon.

« Mon code d'honneur m'oblige à vous avertir comme il se doit, malandrin : si vous ne relâchez pas cette jeune femme sur le champs, je n'aurais d'autre choix que de vous ôter la vie. C'est votre dernière chance. »
« Je m'en voudrais de vous retirer ce plaisir, messire, » ricana l'intéressé en caricaturant l'accent noble de son interlocuteur. « Disposez donc de mon humble vie et sauvez donc la demoiselle. Avec un peu de chance elle vous laissera même la culbuter. »

Le gentilhomme fronça les sourcils, visiblement vexé par la déclaration du chauve. La jeune femme ne pouvait s'empêcher de se demander si son malaise venait de la vilaine imitation du bandit ou s'il avait été plus blessé par son insinuation quant au but de ce sauvetage.

« Vous l'aurez voulu, » déclara-t-il froidement en enfilant son heaume.

Mais son adversaire ne lui laissa pas le temps de se préparer. Saisissant une énorme dague cachée sous son plastron, celui-ci bondit près du chevalier et lui enfonça profondément sous l'aisselle, à la jonction entre le brassard et la cuirasse. L'assaut arracha au chevalier un cri de douleur largement étouffé par son casque à peine enfoncé. Blessé au bras droit et aveuglé, le gentilhomme donnait des coups de sa main valide dans le vide, tentant en vain de repousser son assaillant. Mais celui-ci avait déjà dégainé un second poignard et l'enfonça violemment dans la gorge encore découverte du jeune homme.

« NON ! » hurla Anastasie, les yeux embués de larmes.

La veille à la même heure, la jeune femme ne réalisait même pas la signification du mot ''mort'', et voilà que trois personnes étaient décédées par sa faute. Mais ce n'était bien sûr pas ce qui chagrinait le plus la petite noble ; avec la mort du chevalier disparaissait son dernier espoir d'évasion. A ces pensées, une vague de culpabilité l'assaillit ; la même qui l'avait frappée pendant la nuit lorsqu'elle s'était prise à s'émouvoir plus intensément de sa situation que de la mort de son fiancé.

Le bandit se tourna vers la jeune femme, son éternel sourire narquois aux lèvres, tandis que le corps du jeune homme tombait lourdement à la renverse. Il fut parcouru de quelques râles et spasmes incontrôlés avant de s'inanimer pour de bon.

« Ils passent leur temps à s’entraîner à l'épée, à la lance, à l'équitation, à apprendre l'histoire, les sciences et à ressasser leur code de chevalerie encore et encore. Mais qui pense à les prévenir que l'honneur n'a plus sa place lorsqu'ils quittent le confort douillet de leurs châteaux ? »
« Vous êtes une ordure, » marmonna la jeune femme en contemplant le corps inerte du jeune homme.

Le chauve s'approcha prestement d'elle, son air goguenard remplacé par une mimique furieuse.

« Pour qui tu te prends, pour me juger, sale putain, » fit-il en plaquant la tête de la jpetite noble sur le tronc contre lequel elle était appuyée. « Vous me faites marrer, avec vos besaces pleines d'or, vous savez tellement plus quoi faire de votre pognon que vous le dépensez pour des beaux vêtements et des chaînes en or ! Quand tu sauras ce que c'est que de s'habiller des vêtements d'un mort, de manger des rats crevés et de risquer de mourir à la moindre grippe tu pourras juger mon mode de vie, mais d'ici là tu fermes ta putain de gueule ! »
« A tous les coups ça va me coûter six moi de plus... » fit une voix graveleuse derrière lui.

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Dernière édition par Anastasie Terreblanc le Lun 10 Nov 2014 02:47, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 9 Nov 2014 20:41 
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Le géant, la racine et la hache




Le chauve se tourna vivement pour observer le nouveau venu. C'était un grand gaillard vêtu d'une cotte de mailles et d'une cape de voyage d'un vert qui se fondait particulièrement bien dans les milieux forestiers. Il portait en dessous de sa protection une tunique assortie à sa cape, et ses imposantes mains étaient couvertes de gants marrons. Son pantalon anthracite était tacheté de boue séchée et la couleur de ses bottes était impossible à déterminer tant la vase y était incrustée, ce qui laissait penser que son accoutrement n'avait pas été lavé depuis au moins une semaine au vu de la récente météo. Il était accroupi au dessus du cadavre du jeune homme et ses marmonnements laissaient imaginer une contrariété plus professionnelle que personnelle.

« Tu veux le rejoindre, l'affreux ? » demanda le brigand, encore sous le coup de la colère.

L'intéressé se redressa nonchalamment, dévoilant son visage de trentenaire. Il avait une barbe hirsute rousse et des cheveux mi-longs entre le blond et l'orange, les joues plates, le nez très légèrement aquilin, et des petits yeux verts surmontés de sourcils broussailleux. Debout il était encore plus imposant ; il devait mesurer près de deux mètres, et ses vêtement moulants laissaient entrevoir une musculature impressionnante. Une lourde hache était attachée dans son dos, soulignant plus encore son aspect bestial. Il ressemblait aux pirates des mers du Nord des contes dont la jeune femme était si friande.

« Acran Marchevel ? » demanda l'inconnu d'un ton formel.
« Qui le demande ? » rétorqua le chauve, qui avait retrouvé son rictus habituel.
« Où est Fitus Boischevin? »

Le visage du brigand s'assombrit.

« Mort. Tué par cette pétasse, » fit-il en désignant Anastasie du menton.
« Merde, » marmonna l'autre. « On dira que c'est moi qui l'ai crevé, petite. »
« Qui t'es ?! » reprit le bandit, visiblement irrité par la nonchalance de son interlocuteur.
« Fitzekiel Jordsank, mandaté par le Duc Dimitri, » répondit le grand chevelu en sortant une feuille froissée de sa poche. « J'ai ici un permis de tuer messires Acran Marchevel et Fitus Boischevin. »

Anastasie connaissait le Duc Dimitri, c'était un personnage très influent de la politique Kendranne. Quelques années auparavant il s'était mis en tête de faire de la région de Kendra Kâr d'une sécurité infaillible, utilisant de ses propres fonds pour financer les mercenaires et les chevaliers qu'il envoyait ''nettoyer le territoire'', comme il aimait à le dire.

Conscient de la nature de la mission de son adversaire, le chauve se para d'un masque d'impassibilité et dégaina sa lourde épée bâtarde. Il était conscient de ne pas avoir un novice face à lui, et il se doutait que la ruse ne suffirait pas contre celui-ci.

La jeune femme, elle, était prise d'un tel stress qu'une envie de vomir commençait à poindre dans son estomac. Elle avait d'abord eu particulièrement peur du nouveau venu, presque autant que de son ravisseur, mais après l'avoir entendu parler du Duc, qui était une connaissance de son père et qu'elle savait être un homme d'honneur, l'espoir la regagnait. Elle priait juste Yuimen de toutes ses forces pour qu'il ne finisse pas comme le jeune homme qui gisait à ses pieds.

L'inconnu attrapa sa lourde hache à double tranchant d'un geste habile. C'était un bel ouvrage, le manche avait été sculpté dans une épaisse branche d'ébénier, ses lames étaient ornées de gravures dorées et entre les deux tranchants culminait une pointe finement taillée.

Les deux adversaires se jaugèrent du regard pendant quelques secondes. Le brigand attaqua le premier ; il effectua une rotation sur lui-même pour donner plus de vitesse à sa lame et visa le flanc gauche du géant. Celui-ci fit un petit bond en arrière, esquivant l'assaut, mais son ennemi enchaîna aussitôt avec un coup montant, dirigeant son arme vers le visage de son opposant. L'inconnu évita de justesse la seconde attaque en reculant sa tête, qu'il envoya ensuite directement dans le visage du bandit, qui chancela sous l'impact. Il fit suivre son coup de tête d'une puissante estoc de son talon dans le plexus du chauve, le poussant plus encore en arrière et le remettant ainsi à la portée de son arme, beaucoup plus longue qu'une épée bâtarde et donc inutile dans un duel trop rapproché. Refusant de laisser trop de répit à son adversaire, le géant l'agressa de nouveau, d'un coup plongeant de son immense hache. D'un habile pas de côté, le brigand esquiva l'assaut, et, sortant une de ses dagues de sa tunique, s'apprêta à l'enfoncer sous le bras de son ennemi. Celui-ci fit valser son épaule dans le menton du bandit, qui, manque de chance, trébucha sur une grosse racine de feuillu et s'affala sur son dos de tout son long. Il n'en fallu pas plus au géant pour clore le duel, abattant prestement sa hache sur le visage de son adversaire, dont le crâne fut fendu en deux, répandant sang et cervelle sur le lit de feuilles qu'avait déposé le début de l'automne.

Anastasie, qui avait l'impression d'avoir retenu son souffle pendant l'intégralité de l'affrontement, soupira de soulagement.

« Dieu merci vous l'avez vaincu ! » s'exclama-t-elle. « Vous allez pouvoir me ramener à mon domicile. »

Le dénommé Fitzekiel la regarda longuement, pensif, grattant sa barbe fournie, avant de répondre d'un simple : « Non ». La jeune femme n'en croyait pas ses oreilles. Après tout ce qui venait de lui arriver, voilà que son sauveur était un goujat ?

« Vous avez dû mal me comprendre, » commença la jeune femme avec un aplomb retrouvé. « Je me nomme Anastasie Terreblanc, fille de Grégoire Terreblanc, éminent Comte de la cour de Kendra Kâr, et je vous demande de me détacher et de m'escorter en lieu sûr, à mon domicile familial. »
« Non, » répéta simplement le géant. « Je vais te détacher, et tu te démerderas à rentrer toute seule, comme une grande. Et tu n'oublieras pas de dire que j'ai tué Titus Boischevin. »

La petite noble était stupéfaite. Outrée. Scandalisée. Cette grosse brute s'apprêtait à la laisser rentrer chez elle seule, à pied, sans défense, alors qu'elle venait juste d'échapper à un brigand assoiffé de sang ! Ou d'or, peu importait.

« Mais je vais me faire tuer ! » s'exclama-t-elle.
« Mais non, » répondit Fitzekiel d'un ton nonchalant en tranchant la corde qui la liait à l'arbre. « Y a rien de plus dangereux qu'un loup dans ces bois. »
« DES LOUPS ? » s'écria-t-elle d'une voix bien plus stridente et paniquée qu'elle aurait voulu.

Le géant ricana doucement.

« C'est le début de l'automne, petite. Aucun loup n'a assez faim pour s'attaquer à une bestiole de soixante kilos. »

La jeune femme s'empourpra aussitôt.

« S-soixante kilos ?! » s'offusqua-t-elle puérilement, soudain plus préoccupée par son apparence que par sa sécurité. « Beaucoup moins ! »
« Mais bien sûr, » répondit-il, un sourire moqueur aux lèvres alors qu'il se redressait. « Le Nord c'est par là, » fit-il en désignant un chemin à sa droite. « Si je ne me trompe pas, tu devrais arriver chez toi d'ici un quart d'heure par ce sentier. »

Et sur ces paroles, il la laissa là, presque nue, seule, et se dirigea vers ce qui semblait être le Sud-Est sous le regard médusé de la jeune femme.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 19 Jan 2015 12:34 
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Après une durée indéterminée passée dans ce manoir, mon esprit ne pense qu’à une seule chose, respirer l’air extérieur et je ne pense qu’à une seule personne, Éroma. Je n’ai pas pu voir mon elfe de glace entre mon retour de Tulorim et mon entrée dans ce manoir de cinglés.

(Ne pas pouvoir communiquer avec toi fut une épreuve pour moi aussi Elylia !)
(Saymà !! Qu’il est bon de te retrouver !! Sais-tu ce qui s’est passé ?)
(La magie est puissante Ely. Celle-là maintenait un bouclier qui rendait tout contact entre nous impossible.)

Il est bon de pouvoir communiquer de nouveau avec ma faera, au final ce n’est que lorsque l’on est privé d’un être que l’on se rend compte de l’importance qu’elle a dans notre vie. Après avoir pris congé de mes compagnons de quête, je décide me rendre sans plus tarder au Nobélium. Je dois faire mon rapport à Nathanaël et je veux sans plus tarder me mettre en quête de celui qui règne sur mon cœur. Son absence à mes côtés lors de cette mission fut douloureuse lorsque Dolly m’a fait comprendre que je ne pourrais jamais le protéger de tout. J’espère juste que la prochaine mission nous donnera la chance de partir ensemble.

Cette aventure fut propice à l’introspection. Toutes ces injustices dont ces fillettes estiment avoir été victimes me font repenser à l’incident qui s’était produit lors de ma scolarité. À cette époque, j’étais souvent prise en moquerie. Cible de toutes les railleries possibles, l’une d’elles a dégénéré en duel. Ma rage, ma douleur, l’accumulation de tout ça, m’ont fait commettre l’irréparable : la mise à mort de mon adversaire. Cet acte me hante encore aujourd’hui. Je ne dis pas que c’est une injustice, mais quelque part, si, je trouve cela injuste. Du moins, je l’ai pensé à une époque. Cette période a beau être passée depuis longtemps, il m’arrive encore d’y repenser avec tristesse et amertume.

Enfin, tout cela est derrière moi. Aujourd’hui je suis celle que j’ai choisi d’être et j’estime être une sindel tout ce qu’il y a de plus respectable. Je n’ai pas suivi le chemin classique mais j’ai tracé ma route et je suis arrivée à faire quelque chose de ma vie. Sur cette pensée positive, j’allonge le pas. Il me tarde de faire mon rapport au sage de la guilde. En rejoignant Equilibrium, je me suis trouvé une famille. Je me sens à ma place au sein de ce groupe et j’admire le but qu’ils poursuivent. Bien sûr, partager cela avec Éroma est un plus, mais même sans ce détail j’ai le sentiment que j’aurais fini par rejoindre cette guilde un jour ou l’autre.


(Regarde sur ta droite !)

Je tourne machinalement la tête du côté indiqué par Saymà et là, je crois sentir mon cœur s’arrêter, avant de repartir de plus belle. Une silhouette que je connais par cœur s’approche à grand pas de moi et j’amorce un rapprochement pour me retrouver le plus vite possible dans les bras de mon seigneur et maître. Il m’enlace et dépose une pluie de baisers tendres et passionnés dans mon cou. Tout mon corps frémit à ce contact et je ne tarde pas à m’emparer de ses lèvres pour un ultime baiser profondément passionné. Le désir s’empare de moi, mais ma raison m’interdit de me laisser aller ici, à la vue de tout un chacun. Oh par Sithi, que les forêts du Naora me manquent !! Haletante, je mets fin au baiser et me blottie dans les bras protecteur d’Èroma.

"Comment m’as-tu trouvé ?"

"C’est une longue histoire, je te la raconterais plus tard. Je suis si heureux de voir que tu vas bien !"

"Dis donc, je ne suis pas une petite chose fragile Èroma ! Je peux me débrouiller seule !", lui dis-je en desserrant un peu son étreinte pour le regarder dans les yeux.

"Oh ça, je n’en doute pas une seule seconde, mais dis toi que tu seras toujours une source d’inquiétude pour moi. Tu es ma vie Elylia, je ne supporte pas l’idée de te perdre."

Pour la première fois depuis que je le connais, il ose me montrer sa vulnérabilité. Je suis bouleversée, je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait être aussi terrorisé à l’idée de me perdre. Je l’entends dans sa voix, cette sourde angoisse que je disparaisse. Je le croyais pourtant farouchement indépendant tout comme moi, mais à bien y réfléchir, je remarque que dans mon cœur, cette même angoisse est présente. Renforçant notre étreinte je lui fait une promesse silencieuse car je n’ai pas besoin de mots pour me faire comprendre. La promesse que je ferais toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour revenir près de lui lorsque nous serons séparés et je scelle cette promesse par un tendre baiser.

"Si nous gagnions le Nobelium ? J’ai un rapport à faire et un peu de repos me fera du bien."

"Tu as raison, allons-y. Il me tarde de te border."

"Cela me ramène des années en arrière…"

Je souris contre son torse. Tendrement, il s’écarte de moi et nous nous mettons en route sans pour autant qu’il relâche son étreinte.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 14 Mar 2015 12:36 
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C’est en silence que l’on quitte le Nobelium et que l’on commence notre trajet vers la cité blanche. Je n’ose prononcer une parole, de peur que mon émotion surgisse et de montrer ma faiblesse à mon elfe de glace. C’est quelque chose que je me suis toujours refusé, pleurer devant lui, lui faire voir à quel point être séparé de lui me sert la poitrine. Ce côté de ma personnalité, j’ai du mal à le gérer, pour la simple et bonne raison qu’il m’insupporte ! Je ne me supporte pas mielleuse et dégoulinante de sentimentalisme ! Et pourtant, je ne peux m’en empêcher.

(Cela ne veut pas dire que tu es faible… Juste amoureuse !)

Je remercie ma compagne pour cette remarque mais justement, j’ai toujours pensé que l’amour était une faiblesse. En un sens, tenir Éroma éloigné de ma vie m’a aidé. N’ayant à me soucier que de ma petite personne, la vie était plus simple en un sens, moins stressante, mais je n’imagine qu’il disparaisse de nouveau de mon existence. Je suis dans un terrible dilemme et je ne parviens pas à m’en dépêtrer.

"Tu sais, quand tu ne vas pas bien je le sens… Que t’arrive-t-il ?"

"Rien… Laisse tomber, ça va finir par passer."

Je ne sais pas comment lui parler de mes craintes et de mes angoisses, je crains sa réaction. Il me voit comme une elfe forte, indépendante et inébranlable, quand sera-t-il si je lui confie ma peur de le perdre, le mal-être qui s’empare de moi à l’idée que je vais être séparée de lui ? Ne vais-je pas baisser dans son estime ? Ne va-t-il pas me considérer comme une personne faible et indigne de son amour au final ? Je sais, je pars loin, mais je ne parviens pas à arrêter mes pensées !

"Ce n’est pas comme cela que ça marche !, me dit-il en s’arrêtant tout à coup. Quand tu ne te sens pas bien, tu dois me le dire !! Je suis avec toi quoi qu’il arrive Elylia et te voir ainsi ça ne me dérange ! Je me dis que j’ai fait ou dit quelque chose de mal, alors parle moi !!"

La détermination dans sa voix et la détresse que j’entends, finissent de m’achever. Je sens inexorablement les larmes me monter aux yeux et il ne faut pas longtemps pour qu’elles roulent sur mes joues et que je me retrouve sanglotante comme une idiote.

"J’ai juste peur d’être séparé de toi, à nouveau. On s’est retrouvé, mais on passe notre temps à se croiser et je… Je t’aime tellement que ça m’effraie Éroma…"

"C’est tout ?"

"Oui… N’est-ce pas déjà suffisant ? Je me sens lamentable…"

"Oh oui, tu es lamentable !, me lance-t-il en fonçant sur moi pour m’enlacer. Ce qui est lamentable, c’est de penser que tu es la seule à ressentir ça…"

[colo=#ff0033]"Comment ça ?"[/color]

"Je t’aime Elylia ! Plus que les mots ne peuvent le dire et je suis aussi terrifié par l’ampleur de mes sentiments. Cela ne fait pas de nous des personnes plus faibles, du moins je ne me considère pas comme tel, seulement il faut que l’on fasse avec cette angoisse."

Je suis littéralement sciée sur place. Si je m’y attendais ! Je pose sur nous deux un regard nouveau.

"Je suis tellement soulagée que l’on soit sur la même longueur d’onde !", lui dis-je en l’embrassant tendrement et en me blottissant dans ses bras protecteurs.

"Moi aussi, mais je t’en conjures, à l’avenir parles-moi directement au lieu de te monter le bourrichon comme une imbécile !"

"Hé !"

Il rigole gentiment avant de me donner un baiser tendre, différent des précédents. Je ne saurais dire ce que ressens dans cet échange passionné, mais j’y entends comme une demande, une promesse aussi, la promesse de ne jamais cesser de m’aimer, que le temps n’a pas de prise sur nous et que quelque soit les épreuves que la vie nous réserve, il sera toujours à mes côtés pour m’aider à les affronter. Et l’inverse est aussi vrai, comme il l’a dit il y a quelques instants, comme lui, je l’aime plus que les mots ne peuvent le dire. Alors que l’on se sépare l’un de l’autre, il s’empare de ma main et y dépose un objet, une bague.

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Je suis comme pétrifiée et soudainement le monde entier s’arrête de tourner. Plus rien d’autre n’existe, que se soit mon environnement ou la mission qui m’attend. Mon univers entier est se fixe sur la bague entre mes mains et la mine légèrement anxieuse d’Éroma. Mon regard, encore humide, se remplit de nouveau de larmes, mais elles n’ont pas du tout la même signification qu’il y a quelques minutes. Ma main est prise de légers tremblements et mon elfe de glace vient l’envelopper des siennes pour les faire cesser.

"Il n’y a jamais de bon moment pour demander ce genre de chose. Je m’étais dit que j’attendrais un moment magique, unique au retour d’une mission, mais je viens de me rendre compte que ce qui compte ce n’est pas le lieu ou le moment…"

Il marque une pause et alors que je m’apprête à intervenir, il me demande poliment du regard de le laisser poursuivre et de garder le silence encore quelques secondes. C’est dur, mais je respecte sa volonté.

"Non ce qui compte c’est qu’aujourd’hui nos sentiments sont au même point. Elylia, tu es le soleil de ma vie. Depuis l’instant où l’on s’est rencontré, j’ai toujours su qu’un jour ou l’autre, je me trouverais dans cette situation à te demander une chose simple : veux-tu m’épouser ? Veux-tu être ma femme ? Je ne dis pas que tout sera facile et je ne sais quand nous pourrons célébrer nos noces, mais c’est une promesse, un engagement que je veux prendre ici avec toi. Voilà, je vais te laisser parler maintenant.", me dit-il avec un sourire mêlant gêne, angoisse, confusion et toute une palette d’émotions diverses.

"J’ai rêvé de cet instant depuis que tu es parti ce soir–là, quand tu m’as laissé. J’ai toujours secrètement rêvé que tu reviendrais et que tu me ferais ta demande. Avec le temps je me suis faite à l’idée que ce moment resterait à jamais un rêve et voilà qu’il s’encre dans ma réalité…"

C’est affreux à dire, mais je suis tellement surprise que les mots restent coincés dans ma gorge… Bien sûr je lui livre une vérité délicate et son visage attristé me brise le cœur, mais je n’ai pas fini, je ne lui ai pas donné de réponse.

"Mais je vais simplement te répondre… Oui ! Oui je veux me marier avec toi et oui je veux être ta femme Éroma !"

À ces mots je ne tiens plus, je lui saute dans les bras et l’embrasse fiévreusement. Je lui ai fait peur un peu volontairement je l’avoue. Une part de moi ne parvient pas à lui pardonner cet abandon sur le Naora, sans aucune explication sur le moment et même s’il m’en a livrer une par la suite, cette période de ma vie reste la pire. Mais je ne peux supporter l’idée de lui briser le cœur, car faire ceci signifierait briser le mien par la même occasion. Nos cœurs battent à l’unisson.

"J’ai cru que tu allais me dire non.", me confit-il entre deux baisers.

"Ne sois pas bête…"

À contre cœur, je mets fin à notre fougueux échange de baisers sans pour autant quitter ses bras.

"Tu me la passe ou je la mets moi-même ?"

Il me reprend la bague des mains et me la glisse au doigt. À ma main droite j’ai la bague de l’équilibre, à la main gauche ma bague de fiançailles. Je suis émue, comblée.

"Elle est magnifique… Avec elle, tu seras toujours avec moi."

"Je l’ai toujours été, mais c’est elle sert juste à montrer au reste du monde ce que je sais déjà depuis toujours : tu es l’elfe de ma vie."

Nous restons là une dizaine de minutes, à nous embrasser. Mais rapidement, le temps reprend son court et la réalité se remet en place. Il va falloir reprendre la route si l’on veut arriver à temps à la milice afin que j’escorte le paquet paternel sur le Naora. Sans un mot Éroma comprend ce qui me turlupine et c’est main dans la main, la mienne parée d’un nouveau joyau, que nous reprenons le chemin vers la cité blanche.

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 Sujet du message: Re: Les terres cultivées autour de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 22 Avr 2015 18:12 
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Pendant un jour, tous s'activèrent pour installer la centrale fluidique. Tous sauf le chef, bien sûr, qui ne voulait visiblement pas se salir les mains. Tu appris qu'il se faisait appeler Lord Andrew, mais rien de plus à son sujet. Cawen, de son côté, se faisait littéralement exploiter comme une esclave, et la plus énorme des brutes avait souvent des mains baladeuses quand ils travaillaient ensemble, ce qui lui attira des bordés d'insultes, dont bon nombre que tu n'avais jamais entendu et qui témoignaient d'une imagination fertile en la matière.

Pour ta part, Lord Andrew te portait aussi un vif intérêt, mais d'un autre ordre.

« Puisque tu es intéressé par le livre, je te propose de m'aider à trouver la clé, t'annonça-t-il finalement. Nous pourrons partager une partie du butin, qu'en penses-tu ? »

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