Le Dos au Mur - Chapitre IIILe Dos au Mur
Chapitre IV
L'elfe, le voyant s'avancer de cette manière, eût une réaction intéressante.
Elle ne répondit ni ne fuit, mais prit appui sur ses pieds en tendant ses bras, lui présentant ses paumes. Une posture défensive. Elle le considérait enfin comme une menace, voilà qui était rassurant.
Sa posture était semblable à celle qu'il utilisait lui-même lorsqu'il usait de ses fluides obscurs. Ce n'était pas le genre de position que l'on improvisait pour bluffer, il était alors certain qu'elle devait avoir quelques talents magiques.
Les affrontements ne plaisaient pas à Goetius. Trop fatigants, trop risqués, trop bruyants. Et puis il n'avait pour l'heure aucun intérêt à en déclencher un, ça ne lui aurait été d'aucune aide.
Il eût un sourire en coin sinistre, arrêtant son avancée, rengainant son arme et, gardant la distance, se mit à tourner autour d'elle comme un prédateur autour de sa proie, les mains jointes dans le dos. La manipulation était plus qu'un outil, c'était un art subtil à manier avec précaution. Il fallait savoir palper son adversaire pour le faire suivre insidieusement sa volonté. La menace avait sa petite efficacité mais c'était un moyen trop risqué, trop aléatoire. Personne n'en avait la même sensibilité. Si elle se sentait trop menacé, elle attaquerait ou, au mieux, fuirait. Ce n'était pas le but recherché, non, loin de là. Heureusement, la menace n'était pas le seul moyen de provoquer la peur. La peur, c'était elle qui importait. Comme la douleur, l'ensemble des gens n'aimait pas la ressentir trop longtemps. Comme la douleur, elle déliait les langues les plus secrètes. Comme la douleur, elle était un moyen de domination dont les résultats n'étaient plus à prouver.
Fort de cette science, créer le malaise, la tension, était le premier pas.
Il ne connaissait que trop bien les étapes.
Il tourna ainsi un instant, en silence, la fixant en gardant son inquiétant sourire et lui adressa lentement, insistant sur les pauses:
"La magie... J'ai aussi quelques talents en la matière moi aussi, vous savez... Mais nous n'utilisons pas la même, de toute évidence. Vous, c'est l'eau que vous contrôlez, n'est-ce pas ? Ce sortilège que vous utilisez pour feindre des parois... Très malin. Mais de qui ou de quoi pouvez-vous donc vous cacher ainsi, derrière cette cascade et ces illusions ? Quelques trésors à préserver, quelques secrets à cacher ou est-ce tout simplement votre propre existence qui vous inquiète ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est que vous n'attendiez pas un intrus tel que moi et, pourtant, le fait est que je suis là. Il va sans dire que vous préféreriez que je sois ailleurs, mais sachez que moi aussi, je le voudrais..."Il soupira, continua de tourner quelques secondes puis reprit :
"A vrai dire, ce qui est le plus fâcheux dans cette histoire, c'est que nous n'avons peut-être aucune raison de nous confronter, bien au contraire. J'ai entendu parler d'un lutin qui, ma foi, a l'air peu apprécié par ici. Il serait en possession d'un objet que je convoite... Sans doute avez-vous entendu parler de lui ?"Le Dos au Mur - Chapitre V
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Playlist de Goetius Gomorrheus
Méléagant, le personnage l'ayant inspiré
Écoutez-moi bien.
Je suis Goetius Gomorrheus, le nécromant, l'élu de Phaïtos et de Zewen, le prophète qui va rendre au monde son silence originel.
Croyez-vous vraiment que rien de pire que la mort ne puisse vous arriver, à vous et à votre famille ?
D'un geste, je pourrais les ramener à la vie, en faire des pantins soumis à ma volonté jusqu'à la fin des temps. Ils ne rejoindraient jamais le repos des enfers. Leurs âmes disposées à ma jouissance, dépossédées de volontés, pourriraient petit à petit jusqu'à totalement oublier qui ils furent. Ça, c'est ce qu'il arrivera si vous ne faites pas exactement tout ce que je vous ordonne.
Et, si vous avez l'audace de croire que me tuer résoudrait votre problème, regardez donc mon cou.
Vous la voyez, cette cicatrice, qui longe ma gorge ? Le vestige d'un combat qui aurait dû m'être fatal.
C'est un témoignage des dieux. Ils ne veulent pas que je meure.
Désormais, que vous le vouliez ou non, vous m'appartenez. Et mon premier ordre sera :
Faites silence.