Lentement, je reporte mon attention sur le lutin à la tignasse cascadant toujours de plus belle. Colérique, non seulement il se permet de malmener le mobilier, mais il répond avec une tonalité désagréable. Au moins, il a la décence de ponctuer ses phrases d'indications. Il nous faut donc retourner à l'auberge et prendre au sud, afin de trouver ses ciseaux dans l'une des bâtisses de pêcheurs. Il va même jusqu'à préciser que la paire recherchée est cachée parmi d'autres. Je lève les yeux au plafond, retenant de justesse un souffle exaspéré.
Je reporte ensuite mes spirales auditives sur les paroles du pillard. À son expression surprise, je ne sais pas trop quoi penser. Il m'informe que l'expédition était composée de bien des membres dont Aram, Agnès, la fiancée du poivrot, mais aussi de Bavarde qui adoptait
déjà la forme d'une corneille. Malgré moi, mes yeux s'écarquillent. Le volatile à l'origine de toutes mes mésaventures, que ce soit le choc, la chute, puis l'emprisonnement, est donc un être parfaitement conscient de ses actes, et pas un vulgaire outil ? Pire encore, à sa voix, je sais qu'il s'agit d'une femelle. Penser à cette graine de cervelle d'oiseau fait rejaillir la haine qui m'habite.
Je ne fais pratiquement pas attention à ce que Uroldir m'annonce, retenant juste qu'il n'y avait pas que ces quatre personnages dans l'expédition.
(
Reste à savoir quel en était l'objectif. S'il faut repasser par la taverne, je ne vais pas manquer de questionner le poivrot, humain ou pas ! )
La voix irritante du lutin ramène malgré moi mon attention sur lui, qui nous pousse à partir. Le son est si désagréable que l'une des femelles bleues fait irruption dans la pièce. Je scrute alors Hekell, le trouvant bien en retrait depuis quelques minutes. Si cela se trouve, il est totalement perdu. Si j'en trouve l'envie, je lui expliquerai sans doute ce que je sais, à moins que l'autre elfe ne s'en charge. Un regard alourdi de rancune et de mépris est lancé par mes soins à l'autre créature de petite taille.
"
Je pourrais rester ici longuement juste pour t'ennuyer, lutin, mais l'air de ces lieux m'incommode."
Sans trop m'approcher de la gardienne, je vole dans sa direction, me plaçant de profil juste pour avoir les géants dans mon champ de vision. Je veux comprendre. Je veux avoir le fin mot de cette histoire, et peut-être que je trouverai la clé de l'énigme avant de perdre totalement patience.
Et je sais déjà que, quelle que soit la vérité, certains vont regretter amèrement de m'avoir impliqué dans ce conte, foi de Nessandro !
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"Être libre, c'est ne pas s'embarrasser de liens."