L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 31 Jan 2011 05:11 
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Le liykor te fixa d’un regard mauvais, puis poussa un long soupir avant de te dire d’un ton condescendant et hargneux :

« Tu aurais dû rester là dans ton coin sans bouger et j’aurais continué à feindre de ne pas t’avoir vu ni senti. »

Il t’administra une petite chiquenaude qui te fit tomber sur le rebord de la fenêtre sans blessure, sinon à l’orgueil et te siffla d’un ton las:

« Dégage ! »

Sans t’accorder plus d’attention, il poursuivit sa surveillance de la rue.

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 31 Jan 2011 21:27 
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Le liykor te fixa d’un regard mauvais, puis poussa un long soupir avant de te dire d’un ton condescendant et hargneux :

« Tu aurais dû rester là dans ton coin sans bouger et j’aurais continué à feindre de ne pas t’avoir vu ni senti. »

Il t’administra une petite chiquenaude qui te fit tomber sur le rebord de la fenêtre sans blessure, sinon à l’orgueil et te siffla d’un ton las:

« Dégage ! »

Sans t’accorder plus d’attention, il poursuivit sa surveillance de la rue.


La rage le bouffait, la rage le rongeait, la rage l'avait envahi, les paroles du liykor, sa force apparente, son férocité convenue, l'incapacité du lutin à lutter ne jouait en rien pour le calmer, l'apaiser, le rendre lui même...Il fallait qu'il agisse, qu'il montre à quel point il n'était pas l'insignifiant lutin, qu'il pouvait aussi se défendre, aussi attaquer et aussi être victorieux. Sa rage était indicible. Blessé au fond de lui même, il ne pouvait laisser passer un tel acte, il ne pouvait se résoudre à n 'être qu'un lutin...

Liykor, je ne suis q'un lutin, je ne suis pas plus haut que ta cheville, je ne suis rien pour toi. Mais je vais te montrer qu'il n'en ai rien, je....je ..je...

La raison lui revenait ainsi qu'un flot de larmes intenses et amères aux yeux. Un goût horriblement salé envahissait sa bouche et son cœur était au bord de ses yeux...Il tenta l'invocation d'un sort, un pauvre sort de lutin, un pauvre sort de faible lutin...l'abattement le gagnait... le désespoir le guidait et une nouvelle fois, l'empêchait d'être lui-même.

( un simple lutin...)

Qand ce n'était pas sa déraison, c'était ses sentiments faibles qui le guidait, quand est-il lui même? Qu'attendait-il de son sort? De picoter le liykor pour qu'il se moque une nouvelle fois ou voulait-il se faire remarquer pour que l'autre comprenne qu'il n'était pas rien....pour qu'il comprenne qu'il comptait dans l'ordre du monde,

( dans l'ordre de Yuimen...)

D'un côté, le lutin essayait de lancer son sort, de l'autre il devenait bruyant ce qui dérangea le liykor...

Avoir été jeté par cette bête, c'était le retour à la case de départ quand il était au village, qu'il n'était rien, qu'il ne pouvait n'être que rien comme les autres et au fond de lui avait muri cette pensée qu'il ne pouvait pas en être ainsi, il ne pouvais pas y avoir dans ce monde des êtres qui étaient tout, puissant, riche, respecté et les autres qui grouillaient à ras terre à manger racine et feuille, à mourir de faim à ne vivre que de la rapine et de la chaparde. Il ne pouvait plus en être comme cela pour lui .

Et c'était ce rêve qui lui en avait révélé la substance. Qu'il lui avait fait comprendre qu'il ne serait plus le dernier maillon d'une chaîne, que s'il le devait, il devait être dans les ténèbres, qu'il devait s'en aller par des versants insupportables...Le rêve lui avait confirmé que tous les chemins seraient bons pour lui pour devenir ce qu'il désirait être...ce grand lutin qu'on chanterait dans les gestes à venir, ce grand lutin qui ferait trembler tout le monde de peur, de rire ou de respect, peu lui importait, il devait escalader les trop nombreuses marches qui le guideraient vers cette puissante aura qu'il désirait, qu'il abhorrait aussi, il n'était...

( qu'un lutin.)

Cette lutte pernicieuse lui ruinait le coeur, lui ruinait l'esprit et l'instant suivant le confortait, le portait à croire à sa force, le menait à attaquer un liykor qui venait déjà de le gracier une fois, qui venait de lui laisser la vie alors qu'il n'aurait été que très simple pour une bête de cette carrure d'annihiler une si petite vie, si ridicule...

Mais il ne pourrait être ridicule, il ne se le pardonnerait plus! Il fallait combattre, lever le glaive de son honneur protéger par le bouclier de sa folie, il allait mener son dernier combat, à n'en pas douter, et l'issue l'indifférait.

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Dernière édition par Hutcha le Dim 13 Fév 2011 22:53, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 31 Jan 2011 23:44 
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Le liykor se retourne vers toi et te regarde un petit moment pensif, puis il poussa un long soupir et hocha la tête de gauche à droite.

« Et tu dis n’être qu’un lutin ! Si tu savais comme je t’envie,…. avec ta petite taille et ta bouille sympathique tu peux passer inaperçu. Ce qui n’est pas mon cas ! Je suis condamné à me cacher ici jusqu’à la tombée de la nuit pour ne pas être repéré. »

Il n’y a plus aucune trace d’arrogance dans sa voix grave qui est certes ferme. Et puis, comme si tu venais de lui donner la chance de s’exprimer, il vide son sac à toi un inconnu qui l’a attaqué sans raison apparente

« Tu crois que c’est toujours drôle d’être un liykor… à ma vue, les gens ne se posent même pas la question à savoir si je suis bon ou mauvais, il m’attaque d’abord et questionne ensuite. Toi, tu n’as qu’à faire les beaux yeux et toutes les femmes de cette ville vont faire tes quatre volontés… alors qu’à ma vue, même si je tente de faire le gentil, elles vont hurler et appeler à l’aide. »Il arrête un instant sa tirade avant de conclure :

« Cesse de chercher ce qui te manque, et regarde plutôt ce que tu as de plus ! »
Sur ces dernières paroles, il reprend l’observation de la rue.

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 14 Fév 2011 18:38 
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Le liykor se retourne vers toi et te regarde un petit moment pensif, puis il poussa un long soupir et hocha la tête de gauche à droite.

« Et tu dis n’être qu’un lutin ! Si tu savais comme je t’envie,…. avec ta petite taille et ta bouille sympathique tu peux passer inaperçu. Ce qui n’est pas mon cas ! Je suis condamné à me cacher ici jusqu’à la tombée de la nuit pour ne pas être repéré. »

Il n’y a plus aucune trace d’arrogance dans sa voix grave qui est certes ferme. Et puis, comme si tu venais de lui donner la chance de s’exprimer, il vide son sac à toi un inconnu qui l’a attaqué sans raison apparente
« Tu crois que c’est toujours drôle d’être un liykor… à ma vue, les gens ne se posent même pas la question à savoir si je suis bon ou mauvais, il m’attaque d’abord et questionne ensuite. Toi, tu n’as qu’à faire les beaux yeux et toutes les femmes de cette ville vont faire tes quatre volontés… alors qu’à ma vue, même si je tente de faire le gentil, elles vont hurler et appeler à l’aide. »Il arrête un instant sa tirade avant de conclure :

« Cesse de chercher ce qui te manque, et regarde plutôt ce que tu as de plus ! »
Sur ces dernières paroles, il reprend l’observation de la rue.



L'échec était patent...total. Il fallait se résigner, il fallait oublier, s'en retourner après avoir tiré les conséquences de cet acte fou. Il fallait accepter d'être un lutin parmi les autres, vivant de rapines, vivant de l'air du temps, du vivre dans le vent et se méfier de la pluie etc...Il avait désiré s'élever, désiré s'en sortir. Il eut été raisonnable de réfléchir ainsi. Mais sa rage berseker le tenait en dehors de tout raisonnement...Bien que parfois des bribes remontaient de ses entrailles mêmes.

(Que dois-je faire ?)

En son corps, se livrait une bataille terrible, il ne pouvait se résigner, il ne pouvait finir par accepter sa condition. Mais il comprenait bien qu'il n'était qu'une poussière et que poussière il retournerait à la poussière originelle dont ses parents l'avaient extrait. Ses muscles minuscules étaient bandés, saillants et prêts à lâcher une décharge de vitalité, de s'attaquer à la montagne puissante pour une dernière fois...Et...

(Laisse tomber cette affaire, il n'en a rien à faire de toi et toi de lui...)

Il s'élance encore une fois, il s'élance pour porter un coup...Son sort avait échoué, son élan magique rompu par sa folie...Rien n'allait...

Rahhhhhhhhhhhh!!

Il pleurait sur sa force dérisoire, sur son courage de misère. Encore une fois le destin le ramenait à sa case première et à bien comprendre la situation, ce qu'il ne pourra faire pour le moment, sa condition était une condition de combat s'il voulait accomplir un destin au dessus d'un mètre 20...S'il voulait un destin comme il en rêvait bien naïvement, oubliant la substance même de ce qu'il était, il fallait qu'il se batte, qu'il combatte, qu'il perde chaque jour un peu plus pour gagner un peu moins chaque lendemain et à force d'abnégation, à force de volonté tendue et de désespoir pourrissant son âme. Loin de lui ces pensées qui seraient pourtant si bonne à développer, il pestait, rageait, s'effondrait...Malgré tout, l'agressivité disparaissait, la tension initiale était retombée.

Mais qu'es-tu? que veux tu ? que cherches-tu ? Ma taille est loin d'être l'avantage que tu sembles croire, on s'en sort! c'est sur! Mais foie de lutin que tu dois en chier des ronds d'serviettes et encore à des tâches bien minables alors que toi même si tu es rejeté tu as la puissance...tu peux t'imposer...tu peux être fier de toi...Tu serais même aimé si tu le voulais...Ou craint et ça serait pas si mal déjà...qui me craindrait hein ? qui ?dis moi le loup savant! dis moi! incapable! bien sur, on rit des lutins, on joue avec , on les craint guère...Hein ? Et tu fais quoi toi ici ? Tu fais quoi dans ce temple ? Minable à te chacher!

La colère physique laissait place à une colère puérile des mots où le lutin débitera, sans cesse, des niaiseries de lutin avec un langage à faire pâlir un charretier, agrégat stupide qui lui venait à la bouche...se reconnaitrait-il vraiment ? Il est difficile de trancher...bref, l'épisode n'est pas mémorable, souvenir misérable qui ne lui ferait pas avantage...

Le liykor n'écoutait pas ses jérémiades.

Silence, silence! Tu te ridiculises et tu corromps certainement tes belles idées de gloriole lutin ridicule en plus...Agis en pensée et pense en action... Je n'ai rien à te dire, je suis comme j'ai envie d'être,...


Tué par un trait verbal d'une seconde, le lutin se tait, arrête sa gesticulation, s'effondre...

Et tente...

Fais de moi un être de puissance ! Imagine qu'avec moi tu n'auras plus à te cacher, chacun comprendra que si un lutin t'accompagne que tes intentions ne sont pas mauvaises...

Il divague encore ce pauvre lutin, qu'attendre d'un si petit cerveau, qu'attendre d'un autre sans vergogne...

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Jeu 17 Fév 2011 02:50 
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Le liykor quitte la surveillance de la rue quelques instants afin de se tourner vers le lutin.

« Tu peux m’être utile en effet, mais pas de la façon que tu le suggères. »

Délicatement, il empoigna le lutin et le déposa sur son épaule.

« Tu vois cette femme occupée à entretenir les jardins ? C’est un messager, c’est elle qui me tient au courant de ceux que je dois… de mes missions. »

Il se tut un petit moment, sans qu’il veuille l’admettre, il semblait en admiration envers cette jolie brunette.

« Je devais la rencontrer dans ce jardin, mais je ne sortirai pas d’ici, car elle est suivie. Tu as vu ces deux nains de jardins qui se promènent aux alentours ? Ce sont des ennemis, ils veulent ma peau. »

Il s’arrêta une nouvelle fois avant de reprendre :

« Je n’ai pas peur d’eux, je ne ferais qu’une bouchée de ces deux là, mais je crains pour la survie de Madeleine. Tant qu’ils attendent ma venue ils ne lui feront aucun mal. »

Il te regarda une dernière fois semblant te jauger afin de savoir si il pouvait te faire confiance. Après un petit hochement de tête positif, il poursuit enfin :

« Voilà où tu interviens. Tu vas rejoindre cette jeune demoiselle et lui faire la jasette. Lorsque tu seras certain de ne pas être venu par les nains, tu lui donneras ce tout petit parchemin roulé. »

Ce disant il te tendit un tout petit rouleau, petit même pour un lutin.

« Tu lui diras que c’est Roméo qui t’envoie….Mais surtout ne fais rien de précipiter, prends ton temps et reste un peu avec elle pour ne pas éveiller les soupçons…. Allez déguerpis à présent. »

Sur ce, il ouvrit la porte de la pièce s’assura que personne n’était en vue, puis te déposa au seuil de la porte avant de la fermer tout juste derrière toi.

(((Hutcha est à présent dans le corridor avec une mission. Je te laisse rp la jeune demoiselle et les deux nains.. tu peux les décrire à ton gré, en autant que tu respectes les détails que t’a fourni Roméo..Bon rp ! )))

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 14 Oct 2013 00:29 
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Il n'y a rien.
Même les chuchotements ont cessé. Il me semble pourtant les avoir suivis.
Il n'y a rien.
Ni rêves enchâssés dans l'éveil malgré la présence de ces voix gravées dans mon esprit, ni souvenir de m'être endormie.
Il n'y a ... que les chuchotements. Ils me paraissent subitement différents mais je ne sais pas pourquoi ... ni en quoi ils sont différents. Ceux là me sont familiers, et à peine cette impression prend vie que le souvenir des premiers s'estompe encore un peu plus.
Ils s'arrêtent à nouveau, mais je sens quelqu'un, une présence ... plusieurs. Je sens leur odeur, entends leur respiration et le léger bruissement de leurs vêtements.

J'ouvre les yeux mais ma vision reste floue, éveillée et consciente, je me sens tout de même diminuée. Je reconnais les odeurs et les accents de la voix proche qui me parle doucement, m'invitant à ... quelque chose .... Mon esprit reste engourdi, comme sur l'autre rive d'une rivière que je viens de traverser, il me suit au lieu de mener la marche.
Je peine à reprendre le contrôle, tout est embrouillé et confus, bouger me fera du bien. Je lève un bras pour me frotter les yeux car ma vue ne se stabilise pas ... et derrière eux se dessine alors un haut plafond vouté en pierre blanche.


Malgré toute la sérénité qui se dégage des lieux, je me lève et tente de fuir sans même un regard vers ceux qui m'entourent. Mais mon corps ne répond pas, il bute sur une sorte de muret et je me retrouve à genoux, rampant comme un animal à trois pattes sur un sol glissant. A peine ai-je fait quelques pas que je m'écroule de fatigue, haletante et ruisselante, sans force pour les empêcher de me soulever et me remettre sur mes pieds.

Ma tête est lourde, elle tourne, tourne et tourne encore jusqu'à ... ((Non non non, reste consciente ...))

- Mon enfant ? Réveillez-vous ! Doucement, non, ne bougez-pas.

Je suis maintenant assise. J'ai d'abord cru être dans les bras d'un homme mais ce ne sont que des coussins. Quelqu'un me tient la main et je n'ai pas la force de m'en défaire, ni l'envie tant elle est chaude et douce bien que toute fripée.

- ....
Les mots ne sortent pas. Je tremble. Mon esprit s'emballe de nouveau quand celui qui me tient pose une deuxième main au dessus de la mienne.
- Calmez-vous. Vous êtes en sécurité. Ne luttez pas inutilement, laissez faire le temps mon enfant.

Je le vois faire un signe à quelqu'un derrière moi qui pose une couverture sur mes épaules. Comme une bête acculée, je regarde ce qui m'entoure, cherchant un refuge, une issue, des réponses aux questions que je n'arrive pas à formuler.
La salle est plutôt petite, circulaire et sans fenêtre. La lumière est d'ailleurs très faible. Un flambeau brûle de chaque côté de l'entrée qui n'a d'ailleurs pas de porte et des énormes bougies entassées au milieu de la pièce font le reste. Je remarque alors l'endroit d'où je me suis éveillée la première fois. Une sorte de ... cercueil. Aucun autre mot ne me vient. Ça a la taille d'un lit, avec une couche épaisse, un coussin et un drap, creusé dans le sol. Posés de part et d'autre se trouvaient deux coussins aplatis comme si quelqu'un était resté assis dessus sans bouger pendant des heures.

J'ai un brusque mouvement de recul lorsque la main d'un des deux hommes s'approche de mon visage, mais il continue son geste et pose un doigt sous mes yeux où je sens quelque chose d'humide glisser.
Des larmes ?
Le plus vieux des deux ressent ma détresse.

- Ce n'est rien. Vos yeux se réhabituent à voir, il n'y a rien de gênant à cela.

Je le regarde alors pour la première fois. Un visage rond, accentué par la forme de sa capuche. Marqués par les rides, ses yeux bridés sont petits et l'on ne distingue que les deux billes noires sous de lourdes paupières et des sourcils gris. Il a une moustache courte, plus clairsemée au niveau du pli que forme le milieu des lèvres que sur les côtés où elle s'allonge pour rejoindre la barbe fine et éparse, qui ne pousse que sur le bas du menton. Lorsqu'il sourit, même très discrètement, celui lui donne un air amical et jovial. Mais lorsqu'on le regarde, plus que de la jovialité, c'est de la sérénité que l'on ressent, une sorte de sagesse incarnée dans un humain.

- Nous ne sommes pas à Kendra Kar ... n'est-ce pas ?
- Nous sommes à Oranan, dans le temple de Rana.

Il ne fait là que confirmer ce que je sais déjà. L'odeur, les pierres, leurs habits, tout est là pour me répondre. Mais comment ? C'est impossible, plus qu'impossible. Et surtout, je m'en souviendrais si j'avais passé les derniers jours ou semaines à en faire le projet.

- Pourquoi suis-je ici ? La question me vient naturellement même si ce n'est pas vraiment ce que je veux savoir.
Je ne comprend pas comment je suis arrivée ici. J'ai beau chercher je n'arrive pas à me souvenir de mon retour en ville, de mon voyage, de ce qui a pu se passer pour me retrouver dans ce temple, dans une salle que je ne connais même pas de nom ... et aussi faible.
- Suis-je tombée malade ?

Ils se regardent l'un l'autre longuement sans répondre puis le plus vieux fait un signe de tête au plus jeune qui prend mes mains dans les siennes. Il observe en silence le plus vieux s'en aller avant de baisser la tête vers moi.
Il a un visage plus long, fin et délicat, presque féminin. Une peau imberbe et aussi blanche que la mienne, des yeux très peu marqués mais d'un noir typiquement Ynorien.

- A ton réveil, qu'as tu ressenti ?
- Un vide, une absence. Comme si ... je ne m'étais pas endormie. Je ne me souviens pas m'être couchée, ou endormie. A vrai dire, je ne me souviens même plus quand je suis revenue ici ... alors que ...
- Continue, je t'en prie.
- Logiquement je devrais, vous ne pensez pas ? J'étais à Kendra Kar, pas ici.
Et qu'est-ce que mon ressenti vient faire là dedans ... J'ai eu un accident ? C'est pour ça que je me souviens pas du trajet de retour ?


Je ne remarque que trop tard son visage contrarié et me tais en baissant les yeux. Il respire profondément et reprend la parole.
- La pièce dans laquelle nous sommes est peu connue du peuple car l'entrée en est interdite aux visiteurs.
Il s'arrête une seconde, sans doute en raison de mon regard perplexe. L'entrée en matière n'est pas des plus rassurante et j'avoue craindre pour la suite. Nous sommes ici dans un lieu d'éveil, Reprend-t-il sur un ton calme mais plus professoral, où seule Rana œuvre, ramenant ses fidèles tombés trop tôt. Où les élus parmi les bénis ... renaissent

Une pression de ma main suffit à le faire taire.

"Tombés, renaissent."
Peu importe le nombre de fois où les mots se répètent dans ma tête, je n'arrive pas à y croire. Il n'y a que dans les légendes que ces choses existent, pas ici, pas maintenant, pas ...
Des images et des sentiments chaotiques inondent mes pensées et m'empêchent de trouver un sens aux révélations du prêtre, d'en comprendre les implications. J'ai l'impression de perdre pied, mon cœur s'emballe dès qu'une vision involontaire de mon corps sans vie effleure mes pensées. Dans ce fouillis morbide et irraisonné, une pensée pourtant s'impose à moi, presque réelle, proche d'un souvenir, d'une idée, d'une prière ... Elle est un peu tout à la fois. Tour à tour un chagrin, un repère, un espoir ... et aujourd'hui pour la première fois, elle devient déception.
Depuis toujours après leurs morts j’attends de les revoir. Est-ce une illusion de ma part, cette croyance, cette folie d'avoir cru pouvoir les rejoindre, sentir leur bras autour de moi et leur dire que jusqu'à mon dernier souffle, j'ai tenu ma promesse. A travers mes larmes j'observe mes mains tremblantes et je sais. Ma première certitude depuis mon réveil. Si j'avais revus mes parents en esprit, en songe ou que sais-je ; je le sentirais jusque dans mes tripes, ils seraient forcément là, quelque part. Mais il n'y a rien, à nouveau.
Je m'accroche malgré moi à cette déception pour reprendre contact avec mon amère réalité, et pour quoi ? Me rendre compte qu'aux souvenirs d'une absence s'ajoutent des souvenirs absents.
Maintenant que j'arrive à prononcer les mots sans trembler me viennent des questions auxquelles je ne trouve aucune réponse. Où ? Qui ? Quand ? Comment ? Tout cela est quelque part, forcément.


- Pourquoi moi ? Dis-je soudain tout haut sans m'en rendre compte.
Le prêtre regarde vers les Cieux puis revient sur moi.
- Les éveillés se posent et se poseront à jamais cette question. Mais qui sommes-nous pour discuter de la volonté des Dieux ? Ne te tourmente pas l'esprit à comprendre ce jour. Nombreux sont ceux qui se sont perdus et consumés, en oubliant l'essentiel.
N'est-ce pas là l'essentiel justement ! Comment faire sans savoir ce qui m'est arrivé, comment apprendre de ce qui a eu raison de moi, comme être sûre de pouvoir y survivre dans le futur. Que peut-il y avoir de plus essentiel !
- Et qu'est-ce que c'est ?
- La foi, mon enfant, tout simplement.
L'amertume qui saigne encore dans mon cœur aurait sans doute préféré que je me referme et que je rejette ses derniers mots mais il n'en est rien.
J'ai la conviction que si notre bien-aimée Rana te rappelle à nous sans que tu te souviennes des événements précédant ta chute ... c'est que ce savoir t'est inutile pour le moment. Rana est juste, elle ne se joue pas de ses enfants.
- Alors je me lève, simplement ? Sans savoir ce qu'Elle attend de moi.
- Tu te relèves oui, mais cela n'a rien de simple.
- Et comment saurais-je si je fais fausse route ?
- Tes doutes et tes questions ne sont qu'une fine pellicule au dessus de ta vie, que les Vents peuvent disperser. Garde la foi et trouve la paix mon enfant.

((Facile à dire)) me dis-je à part moi.

Il me laisse seule avec mes pensées encore délirantes après m'avoir à nouveau préciser que je pouvais rester dans ces murs tout le temps nécessaire. Un conseil avisé, le meilleur sans doute car dans quel autre endroit puis-je trouver calme et sérénité ?
Mais c'était avant, et cela le sera à l'avenir je n'en doute pas mais dans l'immédiat je ne peux cesser d'y voir mon tombeau.

Oranan ! Je suis chez moi, enfin.
Cette pensée jaillie comme un clown de sa boîte et me laisse brusquement accès à une part consciente de mon jugement ... part dont j'avais oublié l'existence depuis mon réveil.

Je me relève brusquement, le corps engourdi et la tête lourde mais décidée.
Je m'aperçois avec surprise que je porte mes propres vêtements ... et sans m'en rendre compte j'essaye de me souvenir de la dernière fois que je me suis vue les porter.
Le premier souvenir qui arrive s'arrête loin en avant mais au lieu de refaire une pioche au hasard dans ce cerveau fatigué, j'attrape le fil et le remonte par saccade jusqu'à ne plus rien voir et le redescend brusquement, comme un réflexe de survie face à une marche d'escalier qui lâche. Je me revois alors à Kendra Kar, déposant quelques uns de mes biens dans un bâtiment de la ville. La maison des dépôts, je m'en souviens très clairement. Je m'y vois y déposer des objets et en récupérer un autre auquel je tiens, mais pourquoi à ce moment là et ... . Prise soudainement d'un doute je tourne en rond dans la pièce, cherchant sans espoir et saisie d'un grand désespoir le sac dans lequel se trouvait le masque de Pragatt'.

- Ne les considèrent pas comme perdus.

Je me retourne vers le prêtre à la barbe clairsemée et baisse honteusement la tête de m'être montrée si superficielle.
- C'est stupide.
- Pas nécessairement. Certains objets sont des symboles plus que de simples choses.
- Oui ... mais il y a plus important. Je ... je ....
J'étais sur le point de vous prévenir de mon départ,
dis-je alors confusément pour changer de sujet.

Il m'observe avec attention et sans un mot se penche en avant, les mains jointes en signe de prière. Je joins les miennes et m'incline respectueusement tout aussi silencieusement.

Dès l'instant où le prêtre s'est penché, je n'ai plus eu qu'une pensée ... courir à travers les rues de la ville pour rejoindre mon mentor, mon protecteur, celui qui est au centre de ma vie depuis des années et à qui je dois tout. Celui avec qui je pourrais aller de l'avant et surtout parler ouvertement et posément de tout ce flot de sentiments avec lequel je me débats encore.

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Dernière édition par Madoka le Dim 4 Mai 2014 22:42, édité 6 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Mar 29 Oct 2013 00:46 
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A peine ai-je fait mon premier pas hors du temple que mon cœur s'emballe. Délaissant l'inquiétude liée aux implications inévitables de mon retour, je regarde l'immense parc rougeoyant d'érables aux couleurs mâtinées de l'automne et en arrive à apprécier et ressentir, sans doute pour la première fois de ma vie, la beauté du paysage. Chose aussi nouvelle qu'improbable.
Le soleil levant est doux et peine à traverser la brume matinale, mais sa lumière en est presque poétique. Le sol sent la pluie tombée dans la nuit. J'aime cette odeur. C'est assez étrange pour moi, de m'arrêter sur de telles perceptions et même si je pense avoir droit à un certain laisser aller pour le moment, j’entends bien m'obliger à cesser ce genre de minauderie et remettre un peu d'ordre dans mes sentiments.


Je regarde en direction de la ville ... tellement pressée d'y être et pourtant je prie secrètement qu'un événement tragique m'en empêche et me maudis la seconde d'après pour ma lâcheté. Je suis bien plus maintenant qu'une simple employée de la Maison Rouge, j'ai survécu à pire qu'un assassin vexé.
Un coup de chaud me monte aux joues à cette pensée car non, je n'ai pas survécu. Je tente malgré les conseils des prêtres de me rappeler, mais rien n'y fait je n'arrive pas à aller plus loin dans le temps que ma deuxième visite au comptoir des dépôts.

Face à moi s'arrête l'attelage du temple qui doit me ramener en ville et je fronce les sourcils en me retrouvant devant ce ... chariot à baldaquin. Il était plus ou moins coutume que les prêtres convoient les gens comme moi jusqu'à leur destination. J'ai surtout dans l'idée qu'ils me pensent encore trop faible pour y arriver seule ... à raison j'en ai bien peur.
Je leur indique une place au centre de la ville où se trouve un marché quotidien de fruits et légumes, très vite surpeuplé aux premières heures du jour. Nous partons sans plus attendre, eux assis devant et moi derrière les lourds voilages qui laissent à peine passer la lumière. Installée en tailleur je ferme les yeux et me concentre sur le tangage de ma cabine improvisée, balançant la tête au rythme du bruit des sabots. Un moyen comme un autre pour m'efforcer de penser à ce qui vient de m'arriver sans perdre la tête. Je persiste à sentir un changement même si le prêtre affirme qu'il n'en est rien. J'accepte le fait que ma mémoire soit maintenant défaillante sur les événements, j'accepte un peu plus difficilement le fait d'être de nouveau là, mais je ne me satisfait pas un instant du fait de recommencer comme s'il s'agissait d'un matin ordinaire.
Les yeux toujours fermés, je brise le silence par une prière à Rana.

Ce n'est pas elle qui me répond, mais une voix de l'autre côté du voilage. Il me dit mon esprit n'est pas seulement troublé par mon retour ou ce qu'on peut en attendre, qu'il déborde de doutes et de préjugés et que je dois d'abord faire le vide.
Chose évidente pour qui passe sa vie à cet exercice, mais à quoi bon rétorquer contre le bon sens.


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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Jeu 21 Nov 2013 04:33 
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Appuyé sur son batôn, le Missionnaire Kimitomo profite de son repos entre deux missions dans une pièce donnant sur le jardin du temple. Le temps est ensoleillé et les rayons qui filtrent à travers les rideaux chauffent son son visage érodé et son corps noueux. Ses meilleures années sont derrière lui mais il ne paraît pas fragile pour autant, ses yeux noirs pétillent de vivacité comme lors du jour de son serment et sa longue crinière est témoin de sa beauté passée.

Des bruits viennent de dehors. Ce sont les nombreux Fidèles qui se rendent aux messes Ranaïques. Cette liturgie a toujours attiré tous types de personnes: humbles, fortunés, travailleurs, rentiers, femmes, hommes et … enfants. Le seul regret de Kimitomo est de ne pas avoir de progéniture mais la vie du missionnaire n’est pas propice pour ceux qui veulent fonder une famille et la déesse Rana a été si exigeante avec lui…

"Missionnaire Kimitomo, je voudrais m’entretenir avec vous, puis-je entrer ?"

Dès le départ Ayumu abandonne son attitude familière. Il s’adresse la’ à une légende: Kimitomo Chikako, vétéran du temple, ayant même prêché dans les villes souterraines de Mertar. Alchimiste de renom et on raconte même discret séducteur dans sa jeunesse.

"Monsieur … "
"Uhum … oh rentre jeune homme, pardonne les absences d’un vieil homme et dis-moi ce que je peux faire pour toi."

Ayumu entre dans la chambre du pèlerin, il avait attendu ce moment toute la journée et pris par l’enthousiasme, débite d’un seul souffle la tirade qu’il a préparé sur le chemin du temple.

"Je m’appelle Ayumu, je suis pèlerin de Rana et souhaiterais me joindre à vous lors de votre prochaine mission. Je suis conscient que normalement mon rang ne me permettrait pas de vous suivre mais j’ai l’autorisation du conseil des sages qui veut se débarass… ehuu qui m’a fortement soutenu !"

Avec l’âge Kimitomo avait pris l’habitude de jauger les gens en seul coup d’œil et Ayumu n’a pas vraiment la carrure d’un missionnaire. Ses mains douces montrent qu’il ne s’est jamais exercé au maniement des armes or les routes sont dangereuses; la harpe accrochée à sa taille indique qu’il a d’autres occupations en cours, finalement le fait que le conseil des sages veuille se débarrasser de lui ne présage rien de bon.

"Mon enfant… je ne sais pas ce que l’on t’a raconté mais je voyage seul… et puis tu manques d’expérience… reviens me voir lorsque tu auras reçu ton Premier Souffle et nous ferons peut-être un peu de chemin ensemble"

Cette réponse était attendu par Ayumu, il se doute bien que convaincre le missionnaire ne sera pas facile, la suite lui vient naturellement.

"Je comprends votre réponse, après tout je ne suis ni fort à l’épée comme mon petit frère ni doué dans la magie comme ma grande sœur mais j’ai un talent, un talent qui pourra vous aider je vous assure ! "
"Ah oui et de quel talent s’agit-il ? "

"Mais je sais me faire entendre ! Mes amis disent que je serais capable de convaincre un Garzok à prendre un bain ! Qu’il s’agisse de discours, chants ou même musique je sais faire passer les messages qui me tiennent à cœur et n’es-ce pas cela le plus important pour un missionnaire ? Pensez-vous que convaincre mon père à me laisser partir a été facile ? Croyez-vous que retenir l’attention du conseil des sages pour qu’ils donnent leur accord est simple ?"

Kimitomo prend son temps pour réfléchir. Comment donner tort à ce jeune homme ? Apres tout le plus important dans toute activité est l’enthousiasme que l’on y met et ce garçon en fait preuve de beaucoup. Cet enfant lui rappelle sa jeunesse et de son temps les missionnaires devaient passer une épreuve avant de pouvoir prendre le chemin. Si ce garçon a vraiment du talent il y a une façon de le savoir pour sûr.

"Je vais t’assigner une tâche mon garçon, la même tâche que mon feu mentor me donna il y a longtemps. Je veux que tu te ballades dans les rues de Oranan et que tu abordes des étrangers qui ne prient pas Rana. Tu devras enseigner les préceptes de base à une personne et lorsque tu le jugeras opportun tu me la présenteras. Si je serais satisfait de ton enseignement tu pourras venir avec moi. Je pars dans environ 3 semaines"

"Merci, vous ne le regretterez pas, à bientôt alors !"

Kimitomo regarde le jeune homme partir en courant et se demande s’il a eu raison de lui donner espoir. L'épreuve n’est plus imposée aux jeunes missionnaires pour une bonne raison. La tâche est cruelle pour l’examiné et à un coût pour l’examinateur mais Ayumu ne peut le savoir et se prépare avec enthousiasme à effectuer son premier prêche.



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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 20 Fév 2017 02:59 
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Chapitre I : L'Istru'Vent



"C'est terrible ! Comment cela a bien pu se produire ?"


"Déesse Rana, priez pour nous..."


"Ces aurores boréales... je le savais, nous avons offensé la déesse, et nous n'avons pas pris au sérieux ce phénomène qui nous l'indiquait.."


"Je suis sûr que les Orques y sont pour quelque chose."


"Taisez-vous ! Comment les Orques auraient pu pénétrer dans le temple sans être vu ? C'est absurde !"


"Peut être que ce n'est qu'un accident ?"


"Un accident ?? Vous êtes fou jeune homme ! La Faerunne est aussi solide que le meilleur des aciers !"


"Quoi ? Vieux sénile, pour qui te prends tu à m'insulter ?"


"Moi , vieux sénile ? Viens un peu là que je t'apprenne le respect !"


La foule était secouée, les esprits commençaient à s'échauffer sous l'effet de la panique, du stress et de la colère. Cherock arrivait alors sur les lieux et contemplait cette foule sans comprendre vraiment ce qu'il se passait.

(Bon sang, il se passe quoi ici ?)

Alors que le jeune Ynorien et le vieil homme commençaient à en venir aux mains, la rumeur de la foule se tut : un homme coiffé d'une mitre dorée venait de faire son apparition. Avec respect, la foule se calma et s'inclina devant l'actuel 2ème membre du Conseil des Sages, Le Père Roland.

"Allons allons mes chers enfants, cessez de vous battre. Je vais vous expliquer en détail ce qu'il s'est passé, je vous assure qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter.

Comme vous le savez tous, notre dévouement à Rana, sainte maîtresse du Vent, s'exprime en partie grâce au Chant du Vent, la mélodie qui rythme parfois nos cérémonies. Cette mélodie est faite à partir d'objets très particuliers, que nous avons baptisé les Instru'Vents, et sont fait à partir de la Faerunne, métal dont le son peut autant rappeler la douce Brise de Rana autant que sa terrible Bourrasque.

Mais depuis quelques temps, et vous l'avez remarqué, le ciel se colore d'un voile aux teintes vertes et jaunes, appelé Aurore Boréale. Si ce phénomène est parfaitement naturel dans les lointaines steppes du nord de Nosvéris, le fait que celles-ci nous atteignent également à Oranan l'est bien moins. Après des semaines de concertations avec les sages du Conseil, Père Trohya et Mère Dasne, nous en sommes venu à la conclusion suivante : loin d'être un mauvais présage, ce voile céleste est un cadeau de Rana qui, dans son infinie bonté, a décidé de récompensé ses Fidèles avec ce magnifique spectacle.

Prions ensemble pour remercier les bienfaits de la Déesse Rana."


Sur ces mots, le Père Roland s'inclina profondément, ferma les yeux et psalmodia à voix basse d'antiques paroles à la gloire de Rana. Les fidèles, après un soupir de soulagement et un coup d'oeil commun au ciel pour tenter d'apercevoir le présent de la Déesse en ce début de matinée (avec toujours un soupçon de crainte dans les eux de certains), la foule, d'un commun accord, hommes et femmes, vieillards et enfants, tous mirent un genou à terre, respectueusement. Au milieu de la foule, Cherock était quand à lui perdu dans ses pensées.

(Ce n'était donc pas un signe de mécontentement de la Déesse en fin de compte.. Mère avait raison, ces "Aurores Boréales" ne sont rien de plus qu'un phénomène créer par la Maîtresse des Airs.

Cependant... Quelle est cette histoire d'instru'Vent brisé ? J'ai entendu le nom de la prêtresse Lymi en arrivant, est-ce que son instrument serait abîmé ? Détruit ?)


Durant 5 minutes, la foule communia en silence, agenouillée devant l'entrée du temple, entouré des arbres. Le Père Roland se releva alors et de sa voix douce et parcheminé, à l'instar de sa peau claire typique d'un Ynorien, invita la foule a faire de même.

"Mon Père, nous avons entendu des rumeurs, la prêtresse Lydi chercherait un nouvel Instru'Vent mais les réserves de Faerunne sont épuisées ! Que se passe-t-il ?"


(Au moins, ça m'évite de poser la question !) s'amusa Cherock, remarquant par ailleurs que la personne ayant posé la question était le jeune homme bagarreur.

D'un rapide coup d'oeil, Cherock l'observa et constata un pur Ynorien de souche : Yeux d'un noir profond, teint clair, et coupe de cheveux impeccable ; à la qualité des vêtements de celui-ci, Cherock le classa comme un homme issu de la petite bourgeoisie, avec assez de moyens pour commencer à réellement investir dans les parures et autres vêtements lui faisant paraître pour une classe plus élevé qu'il ne l'était.
Pourtant, son visage, à bien y regarder, semblait amical, sans la marque de l'arrogance qui naît parfois chez les personnes assez riches mais pas assez pour avoir réellement de l'importance, et qui se rabatte sur ceux qu'ils peuvent, à savoir leur ego.

(Il a l'air un peu différent des autres, celui-là, et ses mains calleuses ne diront pas le contraire : il sait ce qu'est un travail manuel, ou un entraînement long et intense du moins.)

Le Père Roland se tourna vers le jeune homme, prit connaissance de sa question, et y répondit en s'adressant à l'assemblée massée devant lui.

"Il est vrai, la prêtresse Lydi cherche effectivement un nouvel instru'Vent."

Alors que la foule commençait de nouveau murmurer, le Sage enchaîna : "Elle en cherche un, mais pas pour elle : son Ocarina est intact et restitue toujours aussi bien le doux son du Zéphyr que vous connaissez tous, et comme vous le savez, c'est cette Ocarina qui guide le Chant du Vent ; la prêtresse Lydi, en sa qualité de joueuse de l'Ocarina, est donc en charge de l'orchestre. Et pour honorer de la plus belle façon qu'il soit le présent de la Déesse que sont ces Aurores, elle souhaite ajouter un nouvel Instru'Vent et créer ainsi une nouvelle musique, Le Souffle du Voile."

(Un nouveau Instru'Vent ? Une nouvelle symphonie ? Mère doit apprendre ça !) s'enthousiasma Cherock à l'instar de la foule, et pour cause : que l'on vénère un non Rana, il n'est pas rare de voir des gens venir de tout le continent pour assister à une célébration de Rana où le Chant du Vent était joué : les instru'v
Vents faisaient résonner et vibrer l'air dans tout le temple, d'une manière si mélodieuse que certains, bien que non croyants du culte de Rana en arrivant, finissait par devenir prêtre, envoûtés par la mélodie. Les autres repartaient l'esprit léger : l'écoute du Chant du Vent n'est ni plus ni moins considéré comme l'une des choses à faire au moins une fois dans sa vie.

"Malheureusement, comme vous l'avez fait remarquer, nous n'avons plus de Faerunne : le dernier minerai a été utilisé pour la création du nouveau calice servant a recevoir les offrandes, et depuis, aucun marchand n'en a proposé. Nous pourrions faire une demande de recherche auprès de marchands mais nous avons eu la conviction que la Déesse Rana nous met à l'épreuve : cet instru'Vent devra être récupéré par un de ses fidèles, sans quoi le Chant du Vent et à fortiori le Souffle du Voile n'aurait aucun sens si nous cédions à la facilité."

La foule acquiesça : pas de sacrifice, pas de victoire.

"De plus," continua le Père Roland, "Aucun des Missionnaires de Rana n'est actuellement présent dans la ville, et la prochaine cérémonie du Rituel du premier Souffle se déroule dans un peu moins de 2 mois, et nous ne pouvons nous permettre de les attendre, la Faerunne se trécoltant dans les hautes montagnes du Col Blanc. De même, les Prêtres préparent également le Rituel et ne sont pas disponibles, de même que les Pélerins. Certes, nous pourrions leur demander de le faire, leur formation étant presque achevée, mais nous préférerions qu'ils se concentrent sur leurs objectifs, après 5 ans de dévotion et d'apprentissage, il serait ingrat de leur demander. C'est pourquoi je m'en remets à vous chers Fidèles : la mission sera difficile, épuisantes, et peut être même dangereuse ; mais au nom de tous les prêtres et prêtresses de Rana, je m'en remets à vous..."

La foule resta muette. La plupart ne pouvait de permettre de partir si longtemps loin de chez eux, pour un long voyage, d'autant plus que les Orques se faisaient plus pressant ces derniers temps, et bon nombre des fidèles présents étaient des guerriers qui se devaient de défendre leur terre natale. Entre honte, embarras et indécision, les membres de la foule se regardaient. Cherock, lui, sourit.

(Enfin, l'occasion se présente..)

Il glissa sa main sous sa tunique et la posa sur son porte bonheur, un éclat de Faerunne donné par sa mère en le ramassant sur une ébauche d'instru'vent ratée. Le contact froid du métal le rassura, et en lui, les premiers souvenirs de sa fascination pour le métal qui d'une simple pichenette résonnait comme le cristal lui revinrent. Les éléments, la magie, les métaux élémentaires : tout ça le fascinait. Et il avait enfin l'occasion de commencer son voyage par la recherche du minerai à l'origine de tout cela.

Une décharge d'excitation lui parcourut l'échine. Une autre, bien réelle celle-la, crépita dans le creux de sa main.

"Mon Père, moi, Cherock O'Fall, fils de Elena et Marcus O'Fall, me porte volontaire pour aller chercher la Faerunne."

Tout les regards se tournèrent vers le jeune homme au regard bicolore, ni tout a fait Ynorien, ni tout à fait Wiehlenois : certains s'écartèrent prudemment de lui, sa réputation de sang-mêlé fulguromancien les apeurant, d'autres le dévisagèrent avec curiosité, un resta bouche bée devant le petit arc électrique formé entre l'index et le pouce de la main droite de Cherock. Il entendit même 2 filles glousser en déclarant le trouver "mignon", mais il n'en n'était pas sûr (ce qui ne l'empêcha pas de rougir d'embarras).

Cherock s’avança donc à travers la foule en direction du Père Roland, avant de mettre respectueusement un genou à terre devant les blanches marches du haut desquelles le sage se trouvait, et pencha la tête.

"Je mets mon épée, mon honneur et ma magie au service de Rana."

Soudain, Cherock entendit un murmure parcourir la foule, et une silhouette se plaça à la gauche de lui, genou à terre.

"Je me porte également volontaire."


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Dernière édition par Tergeist le Jeu 2 Mar 2017 20:02, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Lun 20 Fév 2017 23:01 
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Dans le chapitre précédent...
Arc du Souffle du Voile

Chapitre II : Hïo Himatori



Cherock jeta un coup d’œil à la personne qui venait de le rejoindre. De taille moyenne pour un Ynorien, le jeune homme devait avoir plus ou moins son âge mais sa musculature était d’un tout autre niveau : des muscles noueux, tirant sur son lourd tablier d’artisan noirci par le charbon, le désignaient comme un forgeron. Son visage d’ailleurs était noirci par la poussière de charbon qui brouillait les traits de son visage, et ses yeux noir onyx seraient difficilement reconnaissable si l'éclat pétillant de malice n'y brillait pas . Leur forme en amandes trahissaient ses origines, même s’il aurait été impensable pour une Ynorien de se présenter ainsi en public, les cheveux en bataille et le visage maculé de suit ; il avait dû se précipiter au temple sans prendre la peine de se nettoyer.

Sa proximité permettait néanmoins à Cherock de distingué la barbe courte et bien entretenu du forgeron, ce qui était étrange car à Oranan, les forgerons avaient pour habitudes de la porter longue et foisonnante. A sa connaissance, seul un forgeron dans tout Oranan avait cette particularité : Takoido Himatori, plus couramment appeler Take. Mais celui-ci approchait des 45 printemps, soit le double de l’âge de cette personne.

(Serait ce… ?)

« Hïo ? C’est toi ?

- Je me demandais combien de temps t’allais mettre à réagir ! Cherock, mon vieux, ça fait longtemps ! »

Les deux se relevèrent et firent le geste répété tant de fois dans leur enfance, s’agripper mutuellement l’intérieur de l’avant-bras avant de faire glisser leurs mains pour qu’elles se joignent en une forte poigne, pouce a pouce, comme s’ils allaient commencer un bras de fer.

« Mais qu’est-ce que tu fais là ? et dans cette tenue ?
demanda Cherock, incrédule et surpris.

- Je viens tout juste de la forge, dit-il en montrant du pouce un sac pendant à son épaule, [color#FF4000] et pour répondre à ton autre question, qui sont les meilleurs forgerons d’Oranan d’après toi ?[/color]

- Eh bien, c’est vous les Himatori non ?

- Exact, et qui d’autres penses-tu capable de réaliser un instru’vent de qualité si ce n’est nous ? »

Avec un sourire, le fulguromancien acquiesça : vraiment, qui mieux que les forgerons exclusifs de l’armée pour travailler un métal aussi précieux ?

Un raclement de gorge discret les fit de retourner : le Père Roland les regardait d’un œil interrogateur.

« Bonjour apprenti Hïo, où donc est Take ?

- Mes respects Sage du Conseil, Mon Père vous présente ses hommages et m’envoie vous informer qu’il ne peut malheureusement pas accéder à votre requête : la forge tourne à plein régime si bien qu’il donne un coup de main à oncle Akido pour honorer une requête du commandant de Samouraïs.

- C’est fort regrettable, nous avons besoin d’un forgeron pour aller identifier et extraire la Faerunne, Nous allons devoir nous adresser à un autre forgeron, peut être…

- Sauf votre respect Mon Père, je pense être en mesure de remplir ce rôle. J’ai passé l’épreuve du Soufflet cette nuit. »

Cherock regarda bouche bée son ami.

(L’Epreuve du Soufflet ? Sérieusement ? je croyais qu’il fallait 20 ans d’expérience pour arriver à être reconnu officiellement forgeron. Et lui, en seulement 13 ans il y est arrivé ?)


L’Epreuve du Soufflet est le nom donné à la cérémonie initiatique des apprentis forgerons lorsqu’ils sont reconnus digne de pouvoir être appeler Forgeron d’Oranan. L’Epreuve consiste à faire fonctionner soi-même une forge entière en manipulant un Soufflet à forge spécial beaucoup plus dur que la normale, et forger une pièce d’armure unique en un jour et une nuit, que le forgeron se doit d’exposer tout le long de sa vie dans sa forge. C’est ainsi que les clients se rendent compte du talent ou non du forgeron : si, tout seul, il réussit à forger une magnifique pièce, c’est un gage indéniable de son talent. Le fait qu’un forgeron ne puisse repasser cette épreuve deux fois implique qu’il soit sûr de ses capacités, tout erreur pouvant mettre un terme à ses rêves d’être un forgeron reconnu.

L’Epreuve du Soufflet à au moins l’avantage de donner de la visibilité et de faire connaître les forgerons talentueux même s’ils ne sont pas des apprentis de forgerons célèbres (ce qui est bien évidemment un avantage tout de même).

(J’aimerai voir sa Pièce de Forge, le connaissant elle doit être somptueuse !)

« Oh c’est vrai ? Mes félicitations apprenti, non, Forgeron Hïo.
Mais comme tu le sais, on ne juge la valeur d’un forgeron oranais qu’à sa Pièce de Forge, alors il faudrait que nous puissions venir la voir pour juger si tu es apte à faire le voyage.


- Ne prenez pas la peine de vous déplacer Sage Roland, je l’ai emmené avec moi. »

La foule, qui suivait jusqu’alors l’échange une dizaine de mètres en arrière, se massa autour d'eux, excitée à l’idée de voir les premiers la Pièce de Forge d’un Himatori. Hïo déposa précautionneusement son sac sur le sol, et délicatement, en sorti un objet plus ou moins sphérique, de la taille d’une tête humaine, protéger par un tissu au couleur cramoisi, teinte signature de Hïo.

« C’est un casque ! » chuchota quelqu’un dans la foule.

Les casques sont régulièrement utilisés pour faire les Pièces de Forge : l’inspiration vient plus facilement que sur les autres pièces, mais son élaboration est bien plus délicate : les casques réunissent donc une partie des plus belles Pièces de Forge, mais également ceux qui voient le plus grand nombre d’échecs.

Non sans une certaine fierté, Hïo annonça en soulevant le tissu :

« Je vous présente ma Pièce de Forge, le Heaume de la Tempête Ranaïque. »



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 Sujet du message: Re: Temple de Rana
MessagePosté: Dim 30 Juil 2017 16:34 
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- VII -


Après avoir passé les contreforts dominants la plaine alentour d’Oranan, Erastos n’eut aucun mal à obtenir la direction du temple de Rana. Chacun savait où il était et de véritables processions de pèlerins, des pauvres hommes en loques, aux grands du monde, arpentaient cette même et large route creusée par l’affluence.

Il se joignit ainsi à un cortège de fidèles qu’il abreuva de questions plus ou moins pertinentes sur sa destination. Les pèlerins furent dans un premier temps troublés d’apprendre qu’un étranger, qui était visiblement peu au courant des choses de leur religion, montrait un intérêt pour leur temple et leurs coutumes. Mais ils lui accordèrent une grande patience, empreinte d’une douce bienveillance si particulière à ce peuple. Erastos apprit ainsi que la déesse des vents était aussi la personnification de la sagesse et ses adeptes cultivaient la réflexion intérieure, afin d’atteindre le bonheur et la sérénité.

Cette religion lui rappela l’église de Gaïa, qui était largement implantée dans toutes les nations humaines. Mais celle-ci semblait être moins manichéenne et plus orienté sur l’individu, sur la quête du bonheur, avec un aspect presque pratique, pragmatique.

Ainsi, Erastos arriva au temple l'esprit habité par cette étrange philosophie. Il découvrit dans un premier lieu une formidable porte, faite de bois sculpté et laqué à la cire rouge, au-delà de laquelle s’étendait une allée bordée de jardins. Un imposant édifice fait de granit blanc trônait à l’autre bout du chemin.

Erastos gravit les marches du temple pour s’introduire dans une large salle bordée de colonnes et de grands rideaux ondulants, où l’on devinait derrière, par intermittence, les jardins. Alors qu’il contemplait le décor avec fascination, sans savoir où arrêter son regard, un homme en toge vint à sa rencontre.

« Jeune homme, vous êtes ici dans la demeure de Rana et je suis au regret de vous annoncer que les armes ne sont pas les bienvenues, outre votre agréable présence, excusez notre prévenance. » dit-il en s’inclinant, les mains jointes devant son nez.

Erastos porta une main vers la garde de la grande épée garzoke qui pendait dans son dos, avant d’esquisser un pas sur le côté, pour constater avec gêne qu’il était au centre de l’attention.

« Ah… Oui, je vois. Je ne savais pas. S’il existe un endroit où je peux déposer mes effets, je m’y emploierai avec déférence. »

« Vous pouvez me les confier sans crainte. Comptez-vous rester ici plusieurs jours pour votre pèlerinage, jeune homme porté par les vents favorables ? »

L’apprenti forgeron s’éclaircit la gorge, visiblement pas vraiment dans son élément.

« Je ne suis pas un fidèle, malgré tout mon respect pour votre divinité. On m’a envoyé quérir un sage nommé Daïgo, afin de lui remettre une missive de la plus haute importance. »

« Vous pouvez me la confier en même temps que vos armes, si vous souhaitez rester, bien entendu. »

Son interlocuteur s’inclinait encore religieusement, demeurant hors de tout soupçon. Mais Erastos craignait de donner ses feuillets à un intermédiaire. L’ermite de Sirigiya avait été très clair et il devait donner le message à Daïgo en personne.

« Je dois lui remettre moi-même, dites-lui que je viens de la part de Kitsu, il devrait m’accorder audience. »

Le prêtre releva la tête l’air suspicieux, en le scrutant longuement, avant de reprendre avec civilité.

« Je regrette, le grand sage Daïgo ne reçoit personne. Il est une éminence très occupée et un simple voyageur ne peut s’entretenir avec quelqu’un de son rang. »

« Mais ! »

L’intonation d’Erastos résonna dans le temple en faisant taire les murmures ambiants, s’ensuivit un grand silence accompagné par le froissement des rideaux. Malgré son infinie politesse, le prêtre paraissait catégorique. Il se résolut alors à employer une méthode qui ne lui plaisait guère, il allait devoir jouer de sa noblesse.

« Je ne suis pas un simple voyageur, mais Erastos de Dimir, comte du lac des brumes du royaume de Yarthiss. Je dois le rencontrer en personne ! »

« Mes plus sincères excuses, jeune homme ballotté par le vent. »

Le regard de l’apprenti forgeron se plongea dans le vide, vitreux de déception, avant de croiser celui de son interlocuteur, inflexible. Il n’ajouta rien et sortit par une ouverture donnant sur la verdure.

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