L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Mar 24 Oct 2017 04:41 
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Après s'être débarrassée des grenouilles étonnées dans un vacarme de clapotis d'eau et de plantes aquatiques brusquées, Phyress fit contre mauvaise fortune bon coeur et avança à travers les sous-bois pour rejoindre le village le plus proche.

Quelque minutes plus tard, Phyress s'était de nouveau égarée faute de pouvoir se repérer à l'odeur et de moins en moins à la vue. Faisant preuve d'une patience qu'elle ignorait encore jusqu'à présent, elle attendit dans la pénombre grandissante, prêtant l'oreille, cherchant du regard mais il n'y avait strictement rien à part le joyeux ballet des papillons de nuit qui claquaient des ailes à ses oreilles, le zonzonnement insupportable des moustiques et quelques animaux nocturnes qui s'éveillaient.

La jeune femme parvint enfin à la faveur du dernier déclin de lumière à trouver le sentier et mieux encore, il y avait des champs, des lumières à une petite centaine de mètre au plus. Phyress respirait de nouveau l'air frais de la nature et quittait les relents lourds des sous-bois chargés en humus et en champignon. Encore trempée, elle essayait de s'arranger un peu maintenant que ses yeux s'accoutumaient à la noirceur.

L'archère coupa à travers champ de peur d'être aperçue par des bandits ou des maraudeurs, elle gardait en tête qu'il était peu recommandable de marcher de nuit, seule, lorsqu'on est une jeune femme inexpérimentée dans l'art du combat.

Une lueur se vit apercevoir entre deux épis de blés. Elle plissa les yeux et fut prise d'horreur. Dégainant son arc, elle perdit l'équilibre en faisant un pas en arrière et tomba dans un creux de larbour lui aussi gorgé d'eau. Trempée jusqu'à la moelle, Phyress se rendit compte que la source de sa frayeur était toujours là, planté devant elle. Des yeux brillants comme si le crâne qui les abritait renfermait le feu des enfers, un sourire hideux, traversant tout son visage lui aussi avait la lueur dansante des flammes infernales, de longs bras prêts à l'étreindre d'une embrassade mortelle, Phyress perdit le contrôle et se cacha le visage de son avant bras.

" Nooooon ! " Piailla-t-elle.

" C'est qu'une citrouille... " Fit une petite voix fluette.

Phyress ouvrit un oeil. Puis un second et réalisa que la forme maléfique se tenant en face d'elle n'était finalement qu'une citrouille décorée dans laquelle on avait enfoncé une bougie et le tout enfoncé sur un piquet à épouvantail.
Phyress songeait que le propriétaire de ce champ devait avoir une certaine aisance pour se permettre de mettre des bougies dans des citrouilles et tout ça pour effrayer qui ou quoi ? A part elle bien sûr.

L'effet de surprise passé et son bon sens revenu, Phyress observa autour d'elle.
" Heuu... Je deviens folle ? "
" Non. " Dit la petite voix.

Tout se précisait, il y avait en face d'elle sur le pan de terre au sec un petit bouquet de fleurs de Lys et au milieu de celui-ci se trouvait une petite forme humaine, les jambes croisées, tout en finesse comme une jolie guêpe et au visage humain qui la regardait avec un sourcil levé d'étonnement.

" Tu... Enfin. Voilà, tu passes beaucoup de temps dans l'eau ? Comme une grenouille ? " Elle soupira et murmura quelques petits propos difficile à entendre. Phyress se releva brusquement, n'en croyant pas ses yeux et n'entendit que quelques lamentations de la part de cette créature singulière qui se plaignait de ne pas avoir trouvé une meilleure introduction à son entrée en scène.
" Mais que; q'u' que qu'... " Balbutiait Phyress complètement déboussolée
" Quoi ? " Demanda la petite voix comme si elle s'en trouvait elle même étonné. " C'est les fleurs ? Quoi je sais que ça fait nul comme moyen de se faire remarquer mais je n'avais pas beaucoup d'autre choix. Et puis... A force de tomber tous les cent mètres, tu vas finir par te faire mal alors je préfère venir ici là tant que nous sommes toutes les deux. "

Phyress n'eut aucune réaction. Elle restait observer la petite femme en silence, sa lèvre inférieure remuait par spasmes comme si elle essayait d'articuler quelque chose mais que rien ne venait.

" Bien... Je vois qu'on a visiblement plein de choses à se dire. Je suis une Faera, je représente des cr..."
" Des créatures magiques composées de fluides élémentaires qui arpentent ce monde depuis l'aube des temps et qui choisissent la personne avec qui elle vont lier. " Avait-elle dit très vite avant de mettre sa main devant sa bouche comme si elle venait de sortir une énormité.

La Faera leva un autre sourcil étonné et dit : " Venant de la part d'une paysanne... Je m'attendais pas à ça. Mais. Oui. Oui c'est bien ça. "

...
...

Toutes deux s'observaient un long moment. Phyress connaissait l'histoire des Faeras des contes et livres qu'elle avait lu à son village natal mais elle ne voyait pas encore sa destinée comme illustre et ne s'imaginait pas une seule seconde avoir la visite d'une de ces créatures magique.

" Donc... Tu veux peut-être me poser une question ? "
" Heu... "
" Ma couleur préférée ? L'œuf ou la poule ? "
" Tu as un... Nom ? "
" Non."
" Non ? "
" Non. " Elle marqua un temps d'arrêt et arriva à la conclusion que la jeune archère qui se trouvait devant elle n'avait retenu que la moitié des éléments, peut-être ne pensait-elle jamais être confrontée à une Faera qu'elle n'avait retenu que le côté légende et pas le côté pratique.

" Ah oui ! Je me souviens des textes ! Je dois te donner un nom pour que nous soyons liées ! Et bien donc heu... "
(" Pas citrouille. Pas citrouille. Pas citrouille. Surtout pas citrouille... ") se murmurait la Faera en voyant Phyress observer son entourage en se demandant comment elle pourrait nommer sa Faera.

" Et bien... Tu vas t'appeler... "

Phyress réfléchissait. Elle ne s'était jamais posé ce genre de question par le passé, elle n'avait jamais eu de nom à trouver, pas même un chiot ou un enfant ou quoique ce soit de vivant ne lui ayant jamais appartenu. Elle répétait différents noms dans sa tête
(" Pimprenouche ? Non c'est moche. Enfin pas moche mais moche quand même. Libellule ! Non plus. Rossignol ? Bof... Plus court !... Ah si ! J'ai trouvé.")

Phyress tendit sa main vers la Faera et dit doucement :
" Je voudrais t'appeler Lys. "

La petite Faera vibra. C'était comme si le fluide magique qui la formait venait de trembler à la surface de sa peau et avait par la même occasion envoyé un petit éclair de lumière tout autour d'elle. La petite Lys fit une révérence amusée et disparu en un clignement fugace.

Phyress avait l'impression de rêver, peut-être parce qu'au moment précis où sa Faera venait de disparaître, elle avait eu un frisson, un petit moment d'absence ou sa vue s'était troublée comme pour annoncer le début d'un malaise. Mais en réalité, leurs deux âmes venaient de se lier l'une à l'autre et ce jusqu'à la fin.
('' Et bien... Tu es vraiment fatiguée toi ! Et puis tu n'as pas avalé quelque chose depuis plus d'un jour on dirait. Tu sais quoi ! On va se rendre dans l'une de ces maisons là, juste derrière le champ. Je suis sûre et certaine qu'on y trouvera un tas de paille et peut-être un bol de soupe !")

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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Jeu 16 Nov 2017 03:30 
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" Et dis moi ! Vous pouvez vous lier avec des Garzoks ? "
" Et bien, oui, avec n'importe qui en fait."

Phyress fronça les sourcils, elle cherchait à comprendre le pourquoi du comment mais n'y parvenait pas seule, persuadée que les Faeras ne se liaient qu'aux personnes avec un bon fond.
" Pourtant je suis sûre et certaine d'avoir lu quelque part que les Faera ne se liaient pas avec les créatures maléfiques. Et les Garzoks sont des créatures maléfiques donc je ne comprends pas comment ça se fait. "
" Et bien pas forcément, il y a des Garzoks qui sont meilleurs que certains humains, mais si tu vis dans un peuple qui est systématiquement considéré comme mauvais et chassé de toute terre par toute race en tout temps, il est assez normal que le peuple exclu ne conserve pas une sympathie franchement solide. Et il y a des humains et des elfes bien pire que certains garzoks, ça tu peux me croire ! " Dit d'une voix toute fière la petite Lys.
" Mais du coup... Un arbre ou un animal c'est vivant aussi non ? Est-ce que tu peux te lier à un arbre ou à un chat ? Un chien ? "
" Heu... Non il faut tout de même un certain degré d'intelligence, et puis je ne vois pas un poireau me donner un prénom, rien que ça c'est un pré-requis essentiel au lien qui se forme entre une Faera et son Maître. Regarde on approche ! "

En effet, la jeune archère venait de sauter une petite barrière de bois pour s'approcher de la maisonnette collée à la grange. Il y avait quelques lueurs qui sortaient des faibles brèches entre les murs et la toiture ainsi qu'un filet de fumée qui s'échappait de la cheminée. Dehors empilés sous des drapés de cuir brut dormaient des tonneaux et divers outillages nécessaire à la récolte du blé et derrière la grange s'entendait quelque cloches, probablement des chèvres ou des vaches laitières. Phyress était si pressée de frapper à la porte pour demander asile qu'elle ne vit pas l'ombre se lever brusquement et se précipiter vers elle. Ou trop tard.

Immobile et la mine grimaçante, Phyress levait les mains bien en évidence devant un énorme molosse à la mine patibulaire qui retroussait ses babines dévoilant une série de dent solides et luisantes. Son grognement se fit de plus en plus fort et il aboyait maintenant et avançant et reculant, prêt à bondir comme un prédateur sur la jeune femme étrangement peu rassurée.

Derrière le chien, la porte s'ouvrit en claquant et on entendit alors une clameur étonnée venant de ce qui semblait être un vieux paysan.
" Bord'el d'nom d'nom qu'est c'qu'est qui va là à c't'heure ci dis ? "

Armé d'une fourche et habillé d'un vieux tablier de cuir et d'un pantalon et chemise de chanvre, le vieil homme retint alors son molosse et voyant devant lui la jeune femme apeurée estima que le danger n'était pas bien grand. Il baissa sa fourche et renvoya son chien. Il demanda avant que Phyress ne dise quoique ce soit :

" Qiu'est c'qiu'elle fait là, là p'tiote ? Elle a voulu nous y fiche la trouille ? C'pas une heure dis, pour s'y promener. " Phyress essayait de comprendre tout ce qu'il disait malgré son solide accent paysan. Le vieil homme plissa les yeux et leva les sourcils en demandant " Elle a peur ? Et puis c'qiu'elle doit y être fatiguée. C'quoi son nom ? "

" Je m'appelle Phyress. Je.. Je me suis complètement perdue et j'ai vu de la lumière et je voulais vous demander si... Et bien, si vous aviez un endroit sec où je pourrais dormir cette nuit ? " Disait-elle en se mordant la lèvre, assurément mal à l'aise, la jeune femme aurait pu essayer de l'amadouer en disant qu'elle avait de l'argent mais ce lieu empestait la pauvreté et elle y connaissait quelque chose et savait aussi que certains malheureux n'avaient parfois que peu de moralité et n'hésitaient pas à se débarrasser des visiteurs et de les déposséder de leur fortune.

Cependant, le paysan lui expliqua d'un signe de tête qu'il y avait la grange, qu'elle sentait un peu le bétail mais qu'elle y serait au sec et au chaud. Une femme sorti elle aussi de la maison, habillée de tout de chanvre elle aussi. Elle semblait plus jeune malgré ses traits fatigués et s'approcha du vieux fermier et tous deux s'embrassèrent devant Phyress.

(" Heu... ")
(" C'est... Gênant. ")
(" Je suis avec toi depuis cinq minutes et j'assiste déjà au spectacle de deux paysans en train de se languer comme des crasseux... C'est assez épique. ")

Phyress détournait le regard, faisant des cercles du bout de sa botte dans la terre meuble en faisant abstraction des claquements de langue qui se faisaient entendre de temps à autre.

(" Quand il aura fini de lui baver dans la bouche.. Ah ! Ils se décollent ! Il va nous présenter sa femme !")

" C'est Berthe, ma fille ! " Dit-il tout fièrement en s'essuyant la lèvre d'un revers de manche.

(" Quoi ? ")
(" Qu'est ce qu'il vient de dire ? ")

Phyress n'était plus si sûre que ça d'avoir envie d'entrer dans la maison mais la jeune femme pleine de compassion décida de se convaincre qu'elle avait très probablement mal entendu, chose que sa Faera hilare démenti sur le champs.

L'intérieur de la maison était très spartiate, quelques banquettes, de la paillasse, une vieille table encombrée et dans la chaleur du foyer ronflant un petit garçon jouait avec un os de poulet. Phyress attendrie se pencha vers lui et lui fit un grand sourire en pinçant ses petites joues.
" Qu'il est mignon ce petit. " Dit-elle d'une voix naïve.
(" Mignon ? Il a un sale bec de lièvre et un oeil qui dit merde à l'autre... ")

Phyress fit plus attention et remarqua effectivement le bec de lièvre, elle qui pensait que l'enfant bavait seulement parce qu'il mettait l'os de poulet dans sa bouche...
(" De toutes façons... Les enfants ça louche toujours un peu au début... ") Dit-elle peu convaincue de ce qu'elle affirmait.

Le paysan et la jeune femme étaient au final plutôt sympathiques. Ils offrirent à Phyress une bolée de lait tiède et un morceau de pain noir, du fromage et des marrons. La jeune femme les remerciait avec un grand sourire et entama avec eux le repas. Bébère, car c'était le nom du paysan, préparait lui même le fromage et le lait en plus de l'activité de céréalier. Phyress avala une gorgée de ce lait tiède.

" C'est un délicieux repas " Dit-elle tout simplement, l'estomac noué par le goût infect de ce qu'elle venait d'avaler. Elle faisait tout son possible pour ne pas grimacer. Une distraction soudaine vint alors capter son attention. Le petit garçon lui donnait de petits coups dans les côtes avec son os de poulet.
" Et bien qu'est-ce que tu veux, mon grand ? "
" Da da da da ! "
" Quoi ? "
" Da da da da !" Insistait-il en brandissant son os de poulet.
" Mais je ne sais pas ce que ça veut dire moi, dadadada. C'est ton nom ? "
(" Heu... Elle est sérieuse cette question ? ")
(" Oui ! Je me suis embrouillée d'accord ! Mais ce lait... Il est complètement infect, je n'ai jamais bu quelque chose d'aussi immonde. Heureusement que le fromage lui est bon. ")

Bébère récupéra son petit en le prenant dans ses bras et dit tout fort " Ahaha, c'est mon fiston, Géraldine. Toujours aussi curieux qu'il est hein. "

(" Son fils ? Géraldine ? Je commence à croire que c'était pas une si bonne idée de venir ici. ")
(" C'était ton idée. ") Se dit Phyress en enfournant un autre morceau de fromage pour cacher son malaise.

" Tiens Berthe, occupe toi un petit de ton fils. "

Phyress manqua de s'étouffer.

Bébère posa une main satisfaite sur la table et dit à la jeune archère :
" Et bin ma fille. Suis ravi d'voir qu'la p'tiote elle aime bien not' fromage. Même qu'c'est moi qu'y l'y fait dans la grange ! Elle voudrait pas voir ça, des fois la p'tiote ? "

Phyress se leva, tout sourire pour ne pas frustrer son hôte et dit d'un hochement de tête :
" Avec plaisir ! "

Phyress sentait la tiédeur revenir, le ventre maintenant plein, elle était prise de doux vertiges envoyés par son corps pour lui rappeler à quel point elle était fatiguée. Mais la jeune femme ne pouvait pas faire affront à son hôte aussi aimable et bien que très singulier, il lui avait offert sans demander quelque chose en échange le gîte et le couvert.

Tous deux entrèrent dans la grange et Lys éclata de rire en voyant le spectacle.

Phyress quant à elle était plutôt figée, partagée entre l'envie de vomir et celle de tomber dans les pommes. Trois femmes, à quatre pattes se faisaient traire par deux jeunes hommes qui conservaient ensuite le lait maternel dans des seaux.

" Vlà ! " Dit fièrement Bérère. " Vl'à ma p'tie production d'l'aitage pour mes fromages. Là c'est Bérangère. Elle c'ma femme. "

La grosse dame nue à quatre pattes lui envoya un sourire ravi et la salua. Phyress, pétrifiée répondit quoiqu'un peu froidement à son salut.
" Elle vient voir, la p'tiote ? Vais y montrer mes fromages. "
(" Je pense que ça explique déjà le goût du lait.")

Phyress retint un haut le coeur et avança comme un zombi derrière Bébère comme pour éviter d'avoir à regarder plus longtemps cette scène pour le moins surréaliste.
" Mais... Je croyais que... Enfin que le fromage était fait avec du lait de vache ou de taureau... heu. De vache juste en fait."
(" De taureau ? ")
" De taureau ? " Dit Bébère en se retournant brusquement. Il se gratta la tête et ajouta " Beeeh... Ma p'tiote, c'que l'taureau... Bin sa s'mence on la vend pour y fertiliser les vaches, mais y faut un bon taureau hey. Ca s'trouve pas sous l'cul d'un poney. "

(" Un fromage au lait de taureau... Non mais.. Comment ? ")
(" Ecoute, suis perturbée par ce que je viens de voir. ")
(" Surtout de manger... ")
(" J'aime autant ne pas y penser. ")

Le petit cabanon où se trouvaient les fromages empestait le moisi. Sur des planches posées à même des pierres sur le sol faisandaient une collection de fromages de toute forme et de toute taille.

Bébère les énonçait tous et parfois, en coupait un petit morceau pour le glisser sous le nez de la jeune fille, l'arrachant à ses rêveries et ses moments d'absence et la ramenant à la dure réalité de ce qu'elle devait endurer.
(" J'ai vraiment pas de chance. En plus c'est un bavard ! ")
(" Ooooh... Faut relativiser hein, ça aurait pu être mille fois pire. On aurait pu tomber chez des fous... ") Ironisa Lys qui frétillait d'amusement dans l'esprit de Phyress en pleine détresse.
" Et celui qu'elle a mangé tout à l'heure, c'est celui d'mon fils. Gilberte. "
" Votre fils produit du fromage aussi ? "
" Ah non, l'a eu une malformation à la naissance qu'y disent les sages. Du coup y fait du lait aussi. "
(" Ahahahahahahahahaha. ")
Phyress passa doucement sa main dans ses cheveux sales et dit d'une petite voix maladroite.
" Votre... Fils fait du lait ? "

Bébère ria de bon coeur et posa sa grosse main sur l'épaule de Phyress pour la conduire à son fils.
" Elle c'est Bérangère, ma femme ! " Dit-il ravi.
" Bin... Vous venez de me la présenter. "
(" Entre le vieux qui perd la boule et le fils qui se prend pour une vache laitière, ça sent bon le cousinage dans ce taudis. ")

L'air était moite, tiède et chargés de relents suspects allant de la transpiration à la moisissure et flottait dans l'air cette insupportable odeur lactée, allant du pourri aux notes de beurre. Phyress respirait profondément et ravalait son envie de vomir son repas du soir.

Plus loin dans la grange se trouvait assis sur un énorme tabouret en bois un homme à l'apparence très étrange. Son corps nu ne dissimulait son intimité que par un linge sale. Son crâne dégarni s'articulait par mouvements brusques et ses yeux fixant le vide n'exprimaient rien, sa bouche retroussée en grimace laissait tomber de temps à autre un long filet de bave qui s'échouait sur son torse totalement disproportionné par rapport au reste de son corps. Quant à ses mains, pauvres doigts crispés s'agitaient dans tous les sens en voyant Bébère arriver avec la visiteuse.

Il articula une compoté de sons incompréhensibles pour Phyress mais que Bébère semblait comprendre du premier coup.
(" Complètement handicapé le petit. Je dois dire que d'ordinaire ils vivent pas assez longtemps pour devenir adulte, surtout dans le milieu paysan où chaque bouche à nourrir doit travailler... ")
(" Mais... C'est juste horrible. Qu'est-ce qu'il a ? ")
(" Et bien.. A force de rester en famille il se peut que de temps en temps il y ait des anomalies. Celui-ci en est la preuve, regarde le. Cet état ne va pas s'améliorer, il gesticule, couine, pleure et rigole mais personne ne comprend pourquoi. C'est comme être... ")
(" Prisonnier de son propre corps. ") Termina Phyress en s'apitoyant sur le sort de ce pauvre garçon.
(" D'une certaine façon, sauf que ce corps ne survit aussi longtemps que dans quelques rares occasions. Le plus souvent les parents miséricordieux se contentent de l'abandonner ou de le tuer, les riches l'abandonnent ou le font disparaître pour s'épargner la honte d'un tel enfant mais je dois dire n'avoir croisé que peu de cas de figure où l'enfant en question devient adulte. ")
(" Mais c'est horrible ! Il y a des gens qui se débarrassent comme ça de leurs enfants ? Lui pourtant a l'air de l'aimer, non ? ")

Phyress observait Bébère et Gilberte rigoler ensemble, rejoins par le petit garçon et son os de poulet. Bientôt, Bébère aspergeait l'enfant de lait en pinçant la poitrine de Gilberte et tous les trois riaient de bon coeur.

(" Oui mais lui ça compte pas, il est complètement cinglé. Fais attention à ce qu'il ne te demande pas si tu as du lait d'ailleurs. Et puis... Je dois juste te dire que la vie ici n'est pas comme dans les contes ou les livres. Tout n'est pas rose et joli, il y a plus d'abomination que tu sembles le croire. ") Sentenca Lys d'un ton à briser les plus aimables analyses de Phyress. La jeune femme ne réfléchissait plus clairement, elle se sentait tiraillée par la fatigue et sentait ses paupières se fermer doucement.

" Pardon Bébère mais... Il se fait tard et j'ai beaucoup marché. "

Bébère tout sourire lui envoya une tape sur le dos et dit :" Bien sûr ma p'tiote, viens, j'y vais y montrer la paillasse. C'pas du luxe heing, mais elle y s'ra au sec."

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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Ven 17 Nov 2017 05:00 
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Bébère conduisit Phyress dans l'arrière grange. Il la salua tout sourire et fit une révérence exagérée comme le font les bons patrons d'auberge qui se prétendent huppée dans les grandes villes.

Phyress s'enfonça dans un tas de paille énorme et tomba immédiatement dans un sommeil de plomb. Elle n'y resta malheureusement que quelques heures, sa crainte de se retrouver dans une situation encore plus étrange eut raison de son sommeil et bientôt, elle ne fit que tourner en rond. A travers les planches usées, elle pouvait distinguer qu'au dehors le ciel était toujours d'un noir d'encre et que l'aube n'était pas encore prête à s'éveiller. Elle resta donc sur le dos, ses grands yeux bleus scrutaient le vide et son cerveau surchauffait.

" Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de malheureux. Tant de gens qui possèdent si peu, ça n'aurait jamais du être ainsi."

Lys apparu sous la forme d'une petite Phyress, elle aussi s'allongea sur le dos et imita sa Maîtresse en observant le vide.
" Je sais que les humains ont des phrases pleines de bon sens pour ce genre de situation, comme par exemple dire : C'est la vie. "

Phyress fronça doucement les sourcils et se retourna, légèrement déstabilisée de voir son reflet briller de petites vapeurs magiques bleutés qui illuminaient la noirceur de la grange.

" Ca reste anormal. Je ne comprends pas comment marche ce monde, et je dois dire que j'ai peur de comprendre, j'ai peur que ça me rende mauvaise, ou amère. "
" Depuis quand le savoir et l'intelligence rendent mauvais ? Il est certes vrai que tu ne peux pas briller de méchanceté sans être intelligent mais il en va de même pour la bonté, tu ne peux pas faire de grandes choses sans un minimum d'intelligence... Et de ruse. "
" Alors pourquoi est-ce que des gens vivent comme eux ? Avoir un enfant malade et ne rien pouvoir faire, j'ai vu moi, qu'ils n'avaient pas beaucoup de bûches pour tenir l'hiver, et que le garçon est trop maigre et que... Même s'ils dissimulent ça derrière une bonté étonnante, je suis habituée à vivre en campagne et je sais comment ça marche. "
" C'est normal ça. " Dit Lys d'une voix amusée, tout à fait à l'opposé des propos mélancoliques de Phyress. " Mais garde en tête que personne ne voudra les aider, eux ou d'autres pauvres hères. Je vais te raconter une petite histoire. Il y avait une Reine, il y a des lustres de ça qui lors de sa prise de pouvoir a décidé d'aller contre les volontés de ce monde. Il était dit à l'époque que les Dieux façonnaient les êtres et la terre, alors si ils veulent que machin meure de la chiasse ou que truc vive dans la vermine toute sa vie, qui irait contester leur Volonté ? Cette Reine n'en eut cure et fit construire des hôpitaux et toute sorte d'institution, discrédita les Prêtres et remplaça leurs livres sacrés par des ouvrages qu'elle fit appeler " De Droit ". Voilà que quelques années plus tard, le peuple de la Reine vivait dans l'amertume pour la simple et bonne raison que l'ordre établi n'était plus de ce monde. Tous étaient revêches et malcroyant et imbu de leurs nouveaux droits et pour finir, aussi mal embouché qu'on peut attendre d'un ventre bien nourri. Car il faut quand même reconnaître que les mal-nourris sont toujours plus accommodants pour un bout de pain et, sans lui, il meurt sans faire trop de bruit. Mais sitôt qu'on leur pourvoit un peu et que l'estomac reste plein, on n'est plus servi. Et tant est si bien qu'il n'y a bientôt plus moyen d'engager un gâte-sauce pour un Yu la journée. Il veut en sus une chambrette, du bois l'hiver et même ! Même des gages s'il tombe malade. Tu t'imagines toi ? Devoir payer quelqu'un alors qu'il reste chez lui à toussailler et morver ? Tout juste si on parvient à les faire travailler de nuit. Mais bon, la Reine est morte, vieille, après une longue vie passée à se bafrer et forniquer plus que de raison. Son fils a rétabli l'ancien ordre et depuis ce Royaume autrefois si triste se porte aujourd'hui à merveille. " Termina Lys d'une petite voix toute fière.

Un long silence marquant planait dans la grange. Phyress ne savait pas trop quoi penser, elle savait d'une part que c'était vrai mais s'estimait triste d'être du mauvais côté de la vie. Elle inspira profondément et demanda :" Dis-moi, tu es composée de quels fluides magiques ? "
" Glace et lumière."
" Bizarrement tu as plus pris de la glace... "

Lys roula ses yeux éthérés et poussa un soupir plein de lassitude. Un autre moment de silence planait.
" Donc toi, tu es tisserande et chasseuse, c'est ça ? "
" Hm. " Fit Phyress, distraite, plongée dans ses pensées.
" Mouais. Bin t'as plus pris de la tisserande en effet. Le monde est tel qu'il est. C'est ainsi et ça sera toujours comme ça et malheureusement dans la balance de la vie, le poids de tes bonnes attentions ne compte pas. Tu es d'ailleurs seule à le porter, tu t'en rendra bien compte. "
" C'est pour ça que je voulais partir à l'aventure... " Dit la jeune Archère, toute rêveuse. Une petite larme perlait sur le coin de son oeil.
" Je.. Je crois que je rêvais de vivre des choses merveilleuses, des choses qui rendraient ridicules des valeurs telles que l'or ou la richesse. Je voulais découvrir des choses exceptionnelles, devenir quelqu'un, aider mes proches, aider des inconnus, savoir que quelqu'un dans ce monde me serait reconnaissant un jour de lui avoir apporté mon aide d'une quelconque façon... Mais j'ai peur de devoir affronter ces réalités. J'ai peur de m'y confronter, j'ai peur de me heurter à des gens froids et durs pour qui tout ce que je veux apporter et inspirer ne représenteraient rien. "
" Peur d'être découragée en somme. "

Phyress essuya une petite larme sournoise qui venait de couler le long de sa joue et renifla bruyamment.
" Tu veux savoir ce que je vois ? Je vois une femme riche battre un enfant, un jeune valet avec un nerf de boeuf, après cette punition, le jeune garçon sera aveugle. Il était en retard pour servir l'eau aux chiens. Je vois des mineurs qui se font écraser dans les mines de sel à côté de Kendra Kâr. Je vois un mendiant se faire battre par un groupe de bandits ivres qui cherchaient à s'amuser. Et je vois un chat bien nourri dormir sur un coussin de velours. Mais comment est-ce que vous dites déjà, vous les humains ? Ah. C'est la vie. "

Les propos glaçant d'insensibilités de Lys heurtaient Phyress qui ne s'en montraient pas moins découragée. Elle était déterminée à continuer son aventure, trouver quelque chose de magnifique, quelque chose de radieux. Faute de pouvoir continuer à dormir, Phyress quitta la grange avec Lys, silencieuses comme des ombres de peur de réveiller le chien de Bébère. Elle marchèrent à travers champs jusqu'à arriver face à la magnifique ville d'Oranan. L'aube éclairait de ses rayons lointains le vaste ciel et au loin, la ville elle aussi s'éveillait.

Phyress ressentait plein de choses, comme si l'odeur du pain doré qui cuisait au four lui parvenait déjà, les marchés, les tavernes, les conteurs de rue, les légendaires Samouraïs dont elle entendait parler dans les contes et légendes. Tout ceci alimentait en elle une adrénaline irrésistible et elle oubliait déjà les propos de la Faera. Enivrée par des joies et des attentes nouvelles, Phyress avait trouvé un point d'eau clair pour se dévêtir et se laver afin de se rendre plus présentable pour entrer dans la ville.

Ses affaires étendues au sol, elle s'était plongée jusqu'au bassin dans l'eau froide et se lavait activement de la crasse et de la poussière des jours passés. Son estomac criait déjà famine mais la plaie à sa cheville avait complètement disparue et c'était le plus important.
Elle termina sa pause en inspectant toute sa tenue, l'armure Izurienne n'allait certainement pas passer inaperçue en ville mais elle irait acheter une cape pour la recouvrir, elle devait certainement avoir de quoi se payer ce vêtement. Phyress hésitait, secouant entre ses doigts la bourse de Yus.
" Hm... Suis tellement loin de chez moi que je ne sais pas si j'ai une fortune ou tout juste de quoi m'acheter une miche de pain noir. "

Fin prête et habillée, la jeune Archère se tenait debout sur une colline, observant la ville quelques lieux plus loin.
" Tu sais... " Dit Lys, se matérialisant sur son épaule. " Je sais que tu es une bonne personne, je suis certaine que nous allons vivre des choses exceptionnelles, et ce que je te disais hier, ce n'était pas pour tuer ta curiosité ou te faire du mal, c'est juste que je préfère que ça te vienne de moi plutôt que de quelqu'un d'autre qui ne prendrait pas la peine de se faire pardonner de t'avoir dit quelque chose d'aussi noir. "

Phyress lui rendit un sourire radieux, elle aussi, en son for intérieur savait qu'elle allait vivre de grandes choses avec sa nouvelle compagne, Lys. Car bien que froide, sa Faera lui apportait une présence rassurante et Phyress savait que c'était bien là ce qui jusqu'à présent lui faisait défaut.

" Oranan, prépare-toi car j'arrive ! "

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MessagePosté: Jeu 25 Jan 2018 21:02 
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<<< Le village

Assaut nocturne

Après avoir avancé au sein du petit village, le spectacle me laisse sans voix. Les flammes éclairent, dans la nuit, différentes formes sombres allongées sur le sol. Des corps d’hommes sont éparpillés sur l’herbe, mais le combat semble avoir déjà quitté ce lieu. S’il m’est arrivé de voir des miliciens revenir du front et succomber à leurs blessures à la milice de Bouhen, c’est bien la première fois que j’observe autant de macchabées réunis au même endroit. Je m’approche de l’un d’entre eux. Sa tête a été broyée, écrasée par une arme contendante, déversant des fragments de cervelle dans une flaque de sang. Sa petite taille ne laisse aucun doute sur l’âge qu’avait le cadavre avant de mourir. Je détourne rapidement la tête et me retient de vider le contenu de mon estomac, en plaquant ma main libre sur ma bouche. Sarenrae s’approche de moi et pose sa petite main sur mon épaule.

« Viens ! Il ne sert à rien de s’attarder ici… Allons voir plus loin s’il y a des survivants. »

Des cris et des hurlements provenant de l’autre bout du village nous indiquent que les combats ne sont pas encore terminés. Mais quelle en sera l’issue ?

Nous nous approchons à pas de loup des clameurs. Je ne suis pas très rassuré. Pas du tout même. Mon cœur bat la chamade. Ma respiration est saccadée. J’ai l’impression que mes tempes vont exploser sous la pression. Je trouve que j’ai eu beaucoup de chance au cours de mes deux derniers affrontements, n’ayant eu affaire qu’à un pauvre braconnier et un corbeau déjà blessé. Mais là, des orques, c’est autre chose. Rien à voir non plus avec les entrainements réalisés à la milice. J’évolue désormais dans le vrai monde, ou chaque coup reçu peut être le dernier. Mais l’idée que des gens, sûrement moins préparés et plus désarmé que moi, sont en train de se faire massacrer sans pouvoir agir ni se faire défendre, me redonne un minimum de courage. Après tout, Ænarion m’avait fortement suggéré de mettre mes compétences au service des plus démunis. Il est grand temps de s’y mettre. Je jette un coup d’œil vers Sarenrae, dont le visage est dur et froid, concentré sur ce qui la rencontre qui va se dérouler dans quelques instants, les mains serrées sur sa longue lame.

Nous continuons notre avancée vers la partie encore inconnue des habitations, enjambant trop régulièrement des corps. Certains des paysans semblaient avoir tenté de se défendre, car certains cadavres tiennent encore fermement dans leur main inanimée une pique, une fourche, ou même un simple couteau de cuisine. Je distingue deux masses plus épaisses, transpercées par une de ces armes de fortune. Il doit très sûrement s’agir des corps d’orques ayant attaqué le village. Mais quelque chose me dit qu’ils ne sont pas tous mort et qu’une partie doit encore être en train de piller ce qu’il reste à piller. Sarenrae s’approche de mon oreille et me chuchote :

« Je pars en éclaireur. Tâche de ne pas te faire tuer. »
« Merci du conseil… »

Je vois alors ma seule alliée dans cette bataille s’envoler, me laissant seul au milieu des morts. Je sers mon épieu de mes deux mains. Je ne peux compter que sur moi désormais. Tous mes sens sont en éveil. Je suis entièrement alerte à mon environnement. Je jette régulièrement des coups d’œil autour de moi, tournant la tête à chaque bruit que je peux détecter. Je continue d’avancer seul, mes pieds nus ne faisant aucun bruit sur l’herbe qui recouvre le sol.

Soudain, une ombre accourt dans ma direction, me faisant sursauter. J’ai tout juste le temps de faire un saut en arrière pour esquiver, qu’une autre silhouette, plus massive et plus bestiale, talonne la première. L’imposant prédateur se jette alors sur sa proie, qui s’effondre alors au sol dans un gargouillis sanglant. Je vois l’orque se relever et retirer sa hache enchâssée dans le corps désarticulé d’un mouvement du pied. Il se retourne alors brusquement vers moi, ma silhouette devant se détacher sans difficulté parmi les flammes qui lèchent les bâtiments. Quel abruti ! J’avais été tellement obnubilé par le spectacle qui s’était déroulé devant mes yeux que j’en avais complètement oublié d’essayer de me faire discret. L’orque désormais face à moi émet alors un grognement rauque et commence à mugir des bruits ressemblant à un mélange de croassements et d’aboiements. Le seul mot que je parviens à comprendre est « Oaxaca ». Un frisson parcourt mon échine.

Si ces orques sont issus des régiments de la fille de Thimoros alors nous sommes foutus. Enfin… je suis dans la merde, Sarenrae ayant réussi à se faire la malle quelques minutes auparavant. Je jette un rapide coup d’œil autour de moi. La fuite me semble impossible. Nous sommes sur ce qui semblerait être la place du hameau. La plupart des courtes artères qui débouchent sur ce lieu sont en proie aux flammes et j’imagine que les autres doivent être truffées d’orques prêts à rajouter un mort à leur liste déjà trop longue. Je sers mes deux mains sur la hampe de mon semblant d’arme. Il ne me reste plus qu’une seule solution : me battre. Et essayer de sortir vivant de ce combat.



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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Sam 27 Jan 2018 18:23 
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<<< Assaut nocturne

Duel au clair de lune

Nous sommes désormais face à face pendant un moment qui me semble être une éternité. Le temps est comme suspendu, ceci étant renforcé par l’absence totale de bruit qui s’est installée autour de nous. Aucun de nous deux ne semble avoir envie de lancer l’assaut. Mon ennemi a dû jauger que je n’étais pas de la même trempe que les autres humains qu’il venait de massacrer juste avant. Ou alors, il préfère juste jouer avec moi avant de me tuer d’un unique coup de hache. Je déglutis.

Il va cependant bien falloir que ce combat se lance. L’orque est encore loin de moi pour pouvoir venir placer un coup au corps à corps. C’est une chance pour moi, l’allonge de mon épieu devrait pouvoir me permettre de me tenir à distance de sa lame mortelle. D’autant plus que je sais aussi désormais lancer un sortilège me permettant de le blesser de loin. Dans la limite de mes réserves d’énergie. Il faudra donc que j’en fasse bon usage.

Je jette un rapide coup d’œil aux alentours pour voir si je peux utiliser l’environnement à mon avantage et constate avec horreur que je n’ai absolument aucune protection physique sur moi, ayant retiré jusqu’à ma tunique à la sortie de Bouhen. Chaque coup de la lourde hache de mon adversaire peut donc m’être fatal. Il est alors préférable que j’essaie de le maintenir au maximum à distance de moi, ce qui me permettrait d’éviter de me manger un coup mal placé. Je détache ma main droite de la hampe de mon épieu et commence à me déplacer doucement sur le côté, profitant de chaque pas réalisé pour mettre un peu plus de distance entre moi et l’orque. Les très nombreuses leçons de combat de la milice vont enfin s’avouer utiles. L’orque suit mon manège des yeux et commence à lui aussi se mouvoir tout en poussant régulièrement des grognements sauvages. Un rictus mauvais lui déforme désormais le visage. Il doit penser que je joue avec lui…

Pendant que nous continuons à nous toiser à distance, je commence à faire circuler mes fluides magiques vers ma main gauche en essayant de masquer au maximum leur luminosité pour ne pas perdre l’effet de surprise que pourrait provoquer mon sort. L’orque ne paraît pas avoir la moindre idée de ce qui viendrait surgir d’une main vide et continue à fixer ma main droite qui tient fermement mon arme. Je sens une forte chaleur s’accumuler au niveau de ma paume, devenant de plus difficile à contenir. En jetant très rapidement un coup d’œil, je vois ma main qui commence à luire faiblement dans la pénombre nocturne. Jugeant qu’il est désormais grand temps d’en finir avec cette situation, j’envoie ma main gauche en avant, libérant par la même occasion l’énergie magique accumulée. Un vif trait lumineux s’échappe alors de ma main, fendant l’air de ses éclats dorés, et vient percuter en pleine figure mon adversaire qui n’avait pas vu le coup venir.

L’orque titube, plaçant sa main libre sur ses yeux en hurlant. L’air s’emplit d’une très légère odeur de chair brûlée. Je pense avoir fait mouche et me félicite : joli tir ! Il relève alors la tête d’un geste brusque, de l’écume et des filets de bave s’écoulant de ses babines. Je grince des dents. Je pense que mon coup n’aura fait que plus l’énerver. Il commence alors à me charger en faisant des moulinets dans l’air avec sa hache, raccourcissant dangereusement à chaque pas l’espace de sécurité que j’avais mis entre nous. Il va falloir maintenant vraiment l’affronter, et cette fois au corps-à-corps. Et autant se dire tout de suite que mes chances de réussites sont plutôt faibles…

Heureusement pour moi, mon adversaire et plutôt du type lourd et peu précis, mon attaque magique l’ayant, de plus, fortement désorienté. Je parviens à esquiver d’une roulade au sol sa charge hurlante et désordonnée. L’orque s’arrête alors quelque peu décontenancé de ne pas m’avoir transformé en hachis dès son premier coup. Je profite du fait que son élan lui ait fait me tourner le dos pour me relever rapidement et le charger à mon tour, la pointe de mon épieu pointée vers lui. Je me surprends moi même à hurler sauvagement parcourant la courte distance nous séparant, les deux mains fermement serrées sur le manche de mon arme. Je sens alors la pointe de cette dernière s’enfoncer dans la chair de mon adversaire, déchirant ses muscles. Du sang commence à couler de la blessure. L’orque, surpris, émet un puissant hurlement guttural. Je continue d’appuyer toutes mes forces sur mon arme qui lui perce désormais le flanc. L’orque se retourne alors d’un coup brusque qui me déstabilise et me jette au sol. Je crache du sang au sol, son attaque du poing m’ayant plus blessé que je ne l’aurais imaginé. D’un mouvement gauche, il arrive à extraire mon arme de sa chair meurtrie, non sans pousser des cris de plus en plus affreux. Sa hache s’abat sur la branche de bouleau me servant d’arme. Je le regarde alors, impuissant, jeter à terre les deux morceaux de bois qui constituait ma lance, désormais inutilisable.

Je me relève péniblement, dorénavant sûr de l’issue de ce combat. L’orque, toujours fou de rage, agite sa hache de manière menaçante dans ma direction, laissant peu de place à l’imagination concernant le sort qu’il me réserve. De mon côté, il ne me reste plus qu’à esquiver ses coups, en espérant que Sarenrae rapplique rapidement. J’expire doucement pour essayer de calmer mon rythme cardiaque. Il faudrait que j’arrive à regagner cet état de transe que j’avais pu expérimenter lors de mon duel à la milice contre Théo. Ce dernier était un excellent combattant et j’avais pu éviter ses assauts pendant quelques minutes. Cela devrait me permettre de tenir encore un moment contre mon adversaire actuel. Je repense alors à cet enfant qui hante mes rêves depuis plusieurs semaines, à sa légèreté quand il se déplace en forêt…

Un éclat métallique en face de moi me fait rapidement revenir au monde réel. J’ai tout juste le temps de faire un pas de côté, que la hache de mon adversaire s’écrase lourdement au sol. Tous mes sens sont à nouveau en éveil. Je suis grisé par l’adrénaline et beaucoup moins défaitiste qu’il y a quelques instants. Même si je reste toujours désarmé… Mon adversaire enchaine les coups et j’arrive à chaque fois à m’y dérober. Une nouvelle danse mortelle est entamée, éclairée par les flammes qui continuent de dévorer les habitations du village. Je m’enroule autour de l’orque, sa lame me ratant toujours au dernier moment.

Soudain, mon adversaire dévie très légèrement un de ses assauts et me frappe non pas du tranchant mais du plat de sa lourde lame. N’ayant pas vu venir le coup, je pare instinctivement mais malhabilement l’attaque de mon bras gauche. Le métal s’abat sur mon bras n’ayant pour protection qu’un maigre brassard de cuir. Je sens alors les os craquer sous l’impact et je hurle suite à la douleur ressentie. Mon attitude auparavant confiante laisse désormais place à celle d’un homme blessé, dont les jambes commencent à flancher sous le poids du mal qui me saisit le bras. Me voyant déboussolé, mon adversaire m’assène un violent coup de poing au ventre qui me coupe le souffle et me jette à terre.

Me voilà désormais acculé, avachi dans la boue sanglante qui recouvre le sol, le bras gauche pendant mollement à mes côtés, mon adversaire me dominant de toute sa hauteur, un sourire mauvais inscrit sur ses lèvres. Il lève alors sa hache de ses deux mains pour m’asséner le coup final. Instinctivement, mes fluides gagnent ma main valide et jaillissent dans l’air lorsque je brandis mon bras droit en avant. Une lumière éclatante s’échappe de ma paume de manière désordonnée s’évanouissant en une myriade de petites explosions lumineuses évanescentes, frappant de plein fouet mon adversaire et l’aveuglant par la même occasion. Ce dernier laisse échapper son arme, s’écroule à genoux en hurlant et plaque ses deux mains sur ses yeux. Si cette attaque ne l’aura pas blessé, elle aura au moins eu le mérite de le mettre hors d’état de nuire. Du moins pendant quelques secondes seulement. Profitant de ce court répit et n’écoutant désormais plus que mon instinct de survie, je me relève péniblement en prenant appuie sur mon bras droit. Je saisis alors l’arme abandonnée par l’orque et la soulève avec difficulté de mon unique main. Utilisant mes dernières forces je la lève au-dessus de ma tête et l’abas d’un coup sec dans le crâne de mon adversaire. Celui-ci s’écroule alors au sol dans un dernier râle, la hache plantée dans son chef.

Je rejoins alors mon adversaire au sol, pouvant enfin respirer normalement. Ce duel m’aura complètement épuisé, mais je m’en suis au moins sorti vivant… et presque entier. Je lève mon bras meurtri au niveau de mes yeux. Ce dernier à déjà doublé de volume, a pris une horrible couleur cramoisie et une forte douleur s’en échappant me fait serrer les dents. Mon corps entier est cassé. Les deux coups que l’orque aura réussi à m’asséner m’ayant fatalement amoché. Il faudra que j’essaie de soigner ça quand j’aurai récupéré quelques forces.

Une fine pluie commence alors à tomber sur le village, lavant la boue et le sang dont je suis recouvert et commençant à éteindre l’incendie. Je souris alors niaisement, profitant de cet instant de répit. L’aurore commence à pointer son nez à l’est. Un petit flash lumineux attire mon regard au-dessus de moi et je reconnais l’aldryde qui se pose avec délicatesse à mes côté, la lame encore tirée recouverte de sang noir.

« C’était le dernier. »



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MessagePosté: Dim 28 Jan 2018 18:48 
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Le calme après la tempête

Je me relève légèrement, prenant appui sur mon coudre droit et minimisant les mouvements de mon bras gauche.

« Tu en as mis du temps… J’aurais eu besoin de ton aide ici… »
« Parce que tu crois que je restée inoccupée pendant tout ce temps ? »

Elle essuie la lame sur le cadavre de l’orque et l’accroche dans son dos au moyen de sangle.

« Il ne t’a pas raté en tout cas, tu fais peur à voir. »
« Je n’ai plus d’arme et il m’a cassé le bras gauche… »
« Pauvre petite chose… »
« Au moins j’ai l’impression de progresser en magie. »
« Je préfère m’en tenir aux armes pour ma part… Surtout quand on voit l’état dans lequel tu sors d’un combat contre un unique orque. »

Elle regarde autour d’elle. La pluie continue de tomber, faisant dégager une épaisse fumée grisâtre qui rejoint les nombreux nuages au-dessus de nos têtes. Parfois, des rayons de soleil parviennent à percer la nuée, nous permettant de constater l’ampleur des dégâts. Plus de la moitié des bâtiments a brûlé. De nombreux cadavres d’humains et d’orques jonchent le sol. Le village mettra du temps à se reconstruire, physiquement et psychologiquement, pour compenser les pertes. En espérant qu’il y ait encore quelques survivants pour le permettre…

Je finis par me mettre debout avec difficulté. Mon ventre arbore un énorme hématome à l’endroit ou l’orque m’a frappé et chaque mouvement me fait mal.

« Il faudrait peut-être aller voir s’il reste des survivants »
« C’est ce que j’allais te proposer. »
« Il faut juste que je fasse quelque chose avant. »

Je pars en direction de mon épieu brisé et ramasse l’un des deux bouts. Je me tourne vers Sarenrae.

« Si tu peux le couper pour faire en sorte qu’il fasse à peu prêt la taille de mon avant bras s’il te plait. »

L’aldryde volète jusqu’à moi et se pose au sol à côté du morceau de bois. Elle tire son arme et s’attèle à la tâche que je viens de lui confier. De mon côté je me dirige vers un des cadavres à proximité. Je commence à découper de ma main valide et en m’aidant de mes dents une longue bande de tissu dans sa tunique, tout en évitant de regarder son visage défiguré par un coup de hache orque. Le tissu est fin, rendant le travail plus aisé. Avisant une cordelette lui permettant de tenir ses vêtements, j’en profite aussi pour la lui prendre. Une fois que Sarenrae a fini sa besogne, je plaque mon ancienne arme contre mon bras cassé et tente avec difficulté d’entourer les deux de la bande de tissu, non sans retenir de régulier grognements. L’aldryde me regarde sans mot dire. Ceci terminé, je passe la cordelette et la noue autour de mon cou puis passe mon bras à l’intérieur de celle-ci. Ce n’est pas optimal mais ça fera l’affaire en attendant que je regagne un peu de force pour essayer de soigner tout ça.

« C’est bon, on peut y aller. »

Nous nous dirigeons tout deux vers la partie du village qui semble avoir été le moins touchée par l’incendie et l’assaut des orques. La pluie commence à cesser et le soleil fait réellement son entrée dans le ciel. Après les longues heures de silence, la nature semble enfin reprendre vie et on peut même commencer à entendre des oiseaux chanter en voletant dans le ciel. Sarenrae vole à mes côtés, le visage fermé. Nous nous approchons d’un bâtiment qui semblerait faire office de temple dans le hameau quand nous entendons une voix forte dans notre dos nous intimant de nous arrêter sur le champ. Nous nous retournons alors en sursautant. Une petite poignée de villageois nous fait face, des armes de fortune pointées vers nous. Je lève ma main valide pour leur montrer que je suis désarmé. Sarenrae fait de même mais je sens qu’elle est prête à dégainer au moindre mouvement brusque de leur part. De mon côté, je suis tout simplement incapable de recommencer à me battre dans mon état actuel. L’un des hommes qui nous fait face réitère sa question.

« Que venez vous faire ici ? »

Avant que Sarenrae n’ouvre la bouche pour faire un commentaire désobligeant, je lui réponds.

« Nous ne faisons que passer. Nous nous rendions à Oranan et nous avons vu que votre village était attaqué. Nous avons fini d’éliminer les orques restants et nous souhaitions juste voir s’il restait des survivants. »

L’attitude des villageois semble s’être adoucie même si je sens qu’ils sont encore méfiants. Ils se consultent les uns les autres du regard pour savoir réagir à cette information. Ils abaissent finalement leurs armes. Celui qui semble être leur chef nous adresse à nouveau la parole.

« Veuillez nous excusez de notre manque de savoir vivre. C’est juste que nous devons faire régulièrement face à des assauts de bandits et autres orques, donc nous préférons rester méfiants. Nous pouvons vous offrir l’hospitalité, un endroit ou vous reposer et de quoi vous sustentez. Nous ne pourrons malheureusement pas faire plus dans l’état actuel des choses. »
« Ce sera déjà beaucoup. Merci infiniment ! »

Les villageois nous font alors signe de les suivre. Sarenrae se pose alors sur mon épaule droite et dit à voix basse.

« Un bain ne serait pas non plus de refus. Surtout pour toi : tu pues la transpiration, la boue et le sang séché. »

Je lui jette un regard noir.

« Il faudra peut-être revoir ta tenue avant d’atteindre la capitale si nous ne voulons pas nous faire interpeller à chaque coin de rue. Tu ressembles vraiment à un sauvage actuellement. »

Je continue d’ignorer ses remarques, sachant que cela lui ferait trop plaisir que je lui réponde. Elle change alors d’angle d’attaque.

« Depuis quand tu fais confiance aux humains ? Je croyais que tu ne les appréciais pas, ce qui expliquait ta fuite de la milice de Bouhen. »
« On n’a pas vraiment le choix en même temps. Je suis absolument incapable de me poursuivre le trajet dans cet état et profiter d’un vrai lieu pour dormir et manger un morceau ne me ferait pas de mal. Et puis, ils m’ont l’air différent de ceux que je côtoyais à Bouhen. Ils n’ont pas eu l’air d’être dérangé par mon apparence… »
« Parle pour toi… »

En effet, de plus en plus villageois, surtout des enfants, des femmes et des vieillards, rejoignaient le cortège qui nous accompagnait. Et tous fixaient avec intérêt l’aldryde perchée sur mon épaule, ne faisant que rendre cette dernière de plus mauvaise humeur. L’avantage de fréquenter quelqu’un à l’apparence plus étrange que la mienne me permet désormais de passer inaperçu aux yeux de tous.

Après avoir avalé rapidement un morceau, je profite du reste de la journée pour me reposer et regagner mes forces. Sarenrae a réussi à trouver un endroit pour s’endormir à l’abri des yeux et de la curiosité des villageois. Entre deux phases de rapide méditation, j’essaie d’aider tant bien que mal, les autres villageois qui recommencent à construire leur village. En discutant avec eux, ils m’expliquent qu’ils font face à ce genre de situation régulièrement et qu’ils ont appris à vivre avec. Étant proches des territoires d’Oaxaca, les villages à la périphérie d’Oranan essuient fréquemment des assauts désordonnés de ses armées. Je m’étonne de cette philosophie de vie mais préfère ne rien dire pour ne pas me mettre à dos nos hôtes.

Je fais aussi la connaissance d’Ayame, prêtresse de Gaïa qui s’occupe du sanctuaire local, et la seconde dans la gestion des premiers soins suite aux nombreuses blessures que les quelques combattant ont dû essuyer. Quand je sens que ma magie est régénérée, je l’aide même à soigner des blessures plus graves. La plupart des villageois sont silencieux à mon égard, et même si Ayame n’est pas des plus bavarde non plus, je vois qu’elle apprécie mon aide.

Le soir arrivant, j’assiste à l’écart aux rites funéraires qui permettront aux vivants de dire une dernière fois au-revoir à ceux qui sont tombés la nuit précédente. Les orques ont été mis en tas à l’écart du village et brûlés sans la moindre cérémonie. Je profite de cette période de calme pour essayer avec le peu de magie qu’il me reste de soigner mes blessures et ma fracture, mais rien ne se passe sur ce dernier point. Mon bras reste douloureux même si le gonflement semble s’être atténué. Il faudra que je réessaie après avoir décupler mes ressources naturelles. Une fois les rites finis, Ayame me propose un bain pour me décrasser. Elle en profite aussi pour me couper la barbe et les cheveux et me donner ainsi une apparence plus présentable. Je me regarde rapidement dans un miroir. Mes cheveux et ma barbe n’ont jamais été aussi courts et on devine sans difficulté mon héritage elfique, entre mes pommettes saillantes et mes oreilles effilées. Mais au moins je n’ai plus l’air d’être un sauvage tout droit sorti de sa forêt. Sarenrae n’a pas tort. Si nous devons regagner des zones civilisées, autant avoir l’air humain. Une fois lavé et rasé, elle refait mon attelle en utilisant un bandage propre et m’offre un pantalon en lin couleur écorce et une tunique, appelée « kimono », d’un vert très pâle. Je refuse cependant les souliers qu'elle me tend, ayant pris goût au fait de marcher pieds nus. Je la remercie vivement et m’écroule sur une natte dans un sommeil sans rêve.

Au réveil, nous jugeons alors avec Sarenrae qu’il est temps pour nous de partir. Peu de villageois viennent assister à notre départ, la plupart d’entre eux ayant repris leurs, habitudes comme si rien ne s’était passé. En prenant congé, Ayame me demande de transmettre l’annonce de l’attaque au temple principal de Gaïa à Oranan, jugeant que les assauts des orques devenaient de plus en plus rapprochés. Eux sauraient alors quelle décision prendre. Je lui en fais la promesse, et nous reprenons notre périple en direction de la capitale. D’après les dires des villageois, nous devrions rejoindre la ville à la mi-journée… si rien ne nous ralentit encore en chemin. Sarenrae se rapproche doucement de moi.

« Kívan ? »
« Oui ? »
« Tu me portes ? »



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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Jeu 8 Mar 2018 01:30 
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Dans le chapitre précédent…

Interarc : Lame & Faera

Chapitre IV.2 : "A vivre sans péril, on meurt sans Courage."


A vrai dire, Cherock n'eut aucun mal à suivre la trace d'Hiwa. Il avait eu la mauvaise idée d'enlever son fils au moment où la foule revenait du Temple de Rana. Certains fidèles revenaient par cette porte et en voyant l'enfant se faire enlever, s'étaient lancé à sa poursuite. Certains avaient abandonné en cours, indiquant le chemin. Les rizières au nord de la ville donnaient une très bonne visibilité, aussi Cherock aperçu de loin le groupe hétéroclite de soldats et de civils au bord d'une falaise.

Lorsqu'il le rejoignit, il eut une idée de la situation : plusieurs hommes tenaient une corde tendue qui était tendue, sûrement dû à un poids à l'autre extrémité. Aux cris des soldats, c'était sûrement un autre soldat qui descendait en rappel.

Le jeune homme s'approcha du rebord et vit un homme portant la livrée d'Oranan descendre la paroi rocheuse escarpée. Il descendait vers une plateforme rocheuse qui sortait de la falaise d'une manière très curieuse, peu naturelle. En écoutant les autres parler, Cherock apprit qu'on avait vu le Glenas et l'enfant disparaitre dans les environs et que cette plateforme était plus que suspecte.

(Bon, il ne reste plus qu'à attendre.)

(En effet.)

(Mmmh ? Quelque chose ne va pas ?)

(Tu es bien faible face aux femmes. Déjà en face de l'Exarque, tu semblais perdre un peu tes moyens, mais maintenant avec cette tatoueuse...)

Cherock rougit violemment en se rappelant de la jeune femme à la tête du culte de Valyus.

(C'est pas la même chose ! J'aurai jamais imaginé qu'une femme comme ça apparaitrait derrière moi aussi soudainement !)

(Mouais. En tout cas, ce n'est pas une tatoueuse normale.)

(Comment ça ?)

(Elle à l'air de pratique le tatouage magique. Elle a détecté que la marque de la Kizoku Hana n'était pas banale et j'ai senti une discrète magie émaner des tatouages dans son dos.) indiqua la Faëra, cachant tant bien que mal les intonations de curiosité dans sa voix.

(C'est vrai que j'avais entendu parler qu'une tatoueuse de ce genre s'était mise récemment à exercer à Oranan, mais je ne m'y étais jamais vraiment intéressé. Tu sais comment ça marche ?)

(Pas vraiment. Juste qu'ils utilisent des encres très particulières aux pouvoirs très puissants. Le tatoueur utilise ses propres fluides, souvent d'eau, pour fixer l'encre dans la peau.)

(Ils peuvent me rendre plus fort ? Pourquoi on en entend pas plus parler ?)

(Je ne sais pas. Ils ne doivent pas être sans risques, à mon avis.)

Alors que l'idée d'aller voir la jeune femme pour en apprendre plus dessus faisait son chemin dans l'esprit du jeune homme, un cri se fit entendre. Immédiatement, plusieurs personnes se penchèrent au-dessus de la falaise. Le soldat descendu en éclaireur avait depuis quelques instants disparut à l'intérieur de la paroi et c'était son cri qu'on venait d'entendre. Tous les hommes se tendirent instinctivement, tant le cri était celui d'un homme en pleine terreur. Peu de temps après, le soldat surgit sur la plateforme rocheuse et se jeta sur la corde comme si sa vie en dépendait. Son saut manqua de le faire chuter dans le vide puis il commença à monter énergiquement. Les personnes qui tenaient alors la corde ployèrent sous le poids soudain mais tinrent bon. Le soldat grimpait désespérément à la corde en hurlant à s'arracher les cordes vocales, et Cherock pouvait voir le regard terrorisé et fou du malheureux. Son attention était focalisée sur la corde qu'il grimpait, mais ses yeux roulaient en tous sens dans leurs orbites. Ses balancements frénétiques rendirent sa remontée difficile, mais il arriva bientôt à parcourir la vingtaine de mètres qui séparait du haut de la falaise de l'avancée rocheuse.

Lorsqu'enfin les visages de ses compagnons d'armes lui furent visibles au bout de la corde, celui du soldat se figea en même temps que son cri ou sa remontée. Il freina alors de ses jambes sa progression, s'arrêtant sous le regard étonné des autres personnes. Son visage se tordit alors de rage : d'un geste, il tira de sa ceinture une dague effilée. Il hurla : « ENFOIRES DE GARZOKS ! VOUS NE M'AUREZ PAS ! ». Il donna alors une puissante impulsion sur ses jambes et trancha la corde.

Le silence qui suivit fut juste troublé par le roulement murmuré des vagues en contre-bas et le rire dément du soldat plongeant dans le vide. Le rire s'interrompit quand les jambes de l'homme percutèrent le promontoire d'où il venait avant de s'écraser parmi les flots, des dizaines de mètres plus bas. Les soldats regardèrent, abasourdis, le morceau de corde désormais inutile qui leur restaient dans les mains. La guerre incessante contre Omyre avait fait périr nombre de leurs compagnons, aussi la perte d'un frère d'arme était quelque chose que tous avaient appris à encaisser. Mais perdre un ami sur le champ de bataille était différent de le perdre dans de telles circonstances. Du moins, c'est ce que Cherock pensait. Certains soldats se ressaisirent et firent pour le moment abstraction de la peine qui assombrissaient sûrement leurs coeurs. Cherock aida un des hommes qui avait chuté à se relever et lui dit à voix basse : « Pleurons la mort de votre compagnon plus tard. Un enfant à encore besoin d'aide. »

D'un hochement de tête, le soldat se releva en acceptant la main tendue de l'enchanteur. Bien vite, un problème se posa : la corde tranchée avait dès lors perdue trop de longueur pour faire descendre quelqu'un jusqu'en bas. C'était déjà miraculeux que l'un des fermiers qui passaient par là ai une solide corde sur lui et il faudrait une bonne vingtaine de minutes au mieux pour aller chercher un autre rouleau. Le jeune homme se pencha au-dessus du vide et observa attentivement la paroi. La falaise longuement érodée disposait de multiples aspérités et de quelques corniches. Un chemin approximatif se dessina sous les yeux de Cherock.
(La descente va être ardue, mais elle est faisable...)

Il se tourna alors vers les soldats.

« On doit sauver ce petit garçon et il y a un chemin possible pour descendre en s'accrochant à la paroi. L'un de vous a-t-il des facilités pour l'escalade ?

- Descendre la paroi ? Mais tu es fou mon garçon ! La moindre chute serait fatale ! s'écria l'un des civils, un homme aux calleuses et aux yeux noirs comme ses cheveux.

- En dessous de nous, il y a un enfant qui attend qu'on vienne le délivrer de son père fou furieux : si on n'intervient pas rapidement, il va se retransformer ne Glenas et partir avec son fils !

- Jeune homme, je ne comprends pas votre histoire de père et de transformation, mais je ne risquerai pas la vie de mes hommes dans une entreprise qui mettrait leur vie autant en danger. Aris part dès maintenant chercher une corde à Oranan et nous interviendrons ensuite, intervint froidement un sergent qui se trouvait parmi les soldats alors que le dénommé Aris courait en direction de la ville.

- Le temps qu'il revienne, il sera peut-être trop tard, murmura Cherock. Très bien, j'y vais moi alors.

- Tu es fou ma parole ! dit un des civils.

- Tu vas y rester ! déclara un autre.

- On ne te laissera pas faire. » ajouta un dernier en s'approchant de Cherock pour le saisir.

(Ils n'ont pas tort, tu pourrais y rester. Certes tu te débrouilles bien en escalade, mais tu n'es pas un grimpeur hors pair. Tu...)

« Je vais quand même y aller. C'est quelque chose dont je suis capable, déclara l'enchanteur en repoussant doucement mais fermement la main de l'homme.

- C'est de l'inconscience ! De la folie !

- Si je ne montre pas de courage pour protéger les gens et les valeurs qui me sont importantes, je ne me le pardonnerai jamais. Me lancer dans une mission hors de mes moyens serait ridicule, mais je peux descendre cette paroi. C'est mon choix. A vivre sans péril, on meurt sans courage. »

La phrase toucha aussi bien les hommes autour de lui qu'Amy. Dans la société ynorienne où l'honneur était aussi important, le courage y était souvent rattaché. Devant cette déclaration, toutes les protestations se turent. Après une concertation muette du regard, les soldats s'approchèrent de Cherock.

« Très bien. Laisse-nous au moins t'aider avec le peu de corde qu'il nous reste.

- Merci, ce n'est pas de refus. » remercia dans un sourire le fulguromancien en attrapant le bout de corde tendue.

(Je vais moi aussi t'aider.)

(Amy ?)

(Je suis faite de fluide d'air, n'oublie pas. Même si ce n'est pas grand-chose, je peux condenser l'air sur une petite zone pour la rendre solide un court instant. Mais attention, deux secondes tout au plus.)

(Ca, c'est une bonne nouvelle !)

(Eheh, je suis loin d'être inutile hein ?)

(Espérons que j'en aurai pas besoin quand même. Merci Amy !)

Cherock sentit que la Faëra était relativement satisfaite : bien qu'il ne la voyait pas clairement, elle restait en permanence dans son esprit sous la forme d'un petit globe de lumière volant. Sa couleur indiquait selon toute vraisemblance son humeur, à l'instar de ses cheveux. Là, le globe brillait d'une chaude lumière jaune avec de petites particules de mauve.

Le fulguromancien étudia un instant la paroi pour étudier là où la semblait la plus praticable. Il fit une boucle au bout de la corde et après avoir testé la solidité du noeud, se tint dos à la mer. Le son du bris des vagues sur la paroi s'était amplifié, si bien que le murmure remplissait plus l'atmosphère. Malgré ses beaux discours, Cherock commençait à sentir la peur le gagner. Grimper une paroi rocheuse, même pourvue de nombreuses prises, cela n'avait rien à voir avec les arbres de son enfance. Il calma un peu le tremblement irrépressible qui lui secouait les jambes et les rendait aussi molles que du coton. Il ferma les yeux, se remémora le visage en larme et terrorisé du petit Evan. Le petit garçon ne méritait pas ce qui lui arrivait. Il devait être sauvé. Rouvrant les yeux, il fit un signe de tête aux soldats qui lui répondirent d'un signe de tête en retour et en bandant les muscles.

« Allez, on y va. » se murmura pour lui-même Cherock.

Mobilisant tous son courage, Cherock sauta dans le vide et se réceptionna les pieds en avant sur la paroi. Lentement, la corde descendit de deux mètres avant que le jeune homme descende progressivement les pieds et atteigne une corniche, la plus basse que permettait d'atteindre le reste de corde. Les deux pieds bien posés sur le rebord, c'est au moment où il lâcha la corde en se saisissant d'une faille dans la roche que le vent se leva et qu'une violente bourrasque souffla sur la falaise, manquant de peu de le faire tomber. Il serra les dents.

(Ca va pas être aussi simple.)

A suivre…

_________________


Dernière édition par Tergeist le Ven 9 Mar 2018 01:56, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Ven 9 Mar 2018 01:55 
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Dans le chapitre précédent…

Interarc : Lame & Faera

Chapitre V : Ce qu'est le Courage


Cherock s'accrochait fermement à la paroi alors que la corde remontait rapidement, lui coupant toute possibilité de réviser son jugement. La corniche se poursuivait autant sur la gauche que sur la droite et n'était épaisse que d'une vingtaine de centimètres. Le jeune homme se déplaça lentement sur la gauche, s'éloignant de par ce fait un peu de son objectif. Il avait en effet vu lors de son repérage qu'un rocher relativement plat saillait de la falaise et offrirait un espace pour faire une pause relativement fiable. Le problème qu'il n'avait pas anticipé, c'était que le vent allait se lever. Sur les bords de la mer, les ynoriens avaient l'habitude de qualifier les vents côtiers « d'Humeur de Rana », ce qui entraînait souvent des disputes voir des rixes avec les fidèles de Moura dans le port. Rana avait en tout cas l'air particulièrement agitée puisque les vents soufflaient de manière complètement irrégulière. Cherock devait donc composer avec ce facteur supplémentaire.

Il arriva alors au bout de la corniche où il commença à descendre le long de la paroi. Le marteau de Valyus qui battait sa cuisse le dérangeait quelques peu, mais rien de bien grave. Les mitaines de cuir qui composaient ses gantelets de Faerunne l'aidait cependant à attraper des prises sans se faire trop de blessures aux mains. Une aspérité dans la paroi, un rocher pour son pied gauche, une faille un peu plus loin sur la droite... Cherock observait minutieusement son parcours et prenait son temps pour descendre la paroi. Il faisait attention de ne pas regarder trop bas pour ne pas avoir les jambes qui lâchent sous la peur de tomber.

D'aucun auraient essayé de rejoindre le rocher le plus vite possible : ce n'était pas le cas de Cherock. Depuis tout petit, il n'avait pas une grande confiance en ses jambes et l'équilibre qu'elles pouvaient lui fournir, préférant compter davantage sur la puissance de ses bras. Ainsi lorsqu'il grimpait aux arbres dans son enfance, Cherock évoluait principalement sur des chemins de grimpe qui nécessitait surtout une utilisation de ses bras. Bien sûr, il s'aidait également de ses jambes pour se stabiliser, mais préférai tracter sur ses bras plutôt que pousser avec ses jambes. Couplé à l'entrainement martial de son père, c'était des bras musclés que Cherock avait acquis. Il se permettait dès lors dans cette descente de pouvoir choisir avec précaution les prises qu'il utilisait pour ses pieds. A un moment, une pierre se déroba sous ses pieds et il ne dût sa survie qu'à ses muscles qu'il banda sur instantanément pour ne pas tomber de toute sa hauteur. Il arriva finalement au rocher et s'y arrêta un moment. La mousse qui le recouvrait semblai rongé par les vents salés et n'était donc pas très glissante. Cherock pu profiter de sa pause et de ce nouvel angle de vue pour étudier son chemin. Il apparut bien moins facile que ce que laissait présager lorsqu'il avait regardé du haut de la falaise, mais restait néanmoins faisable. La plateforme de pierre ne se trouvait plus qu'à une grosse quinzaine de mètres de lui, puisqu'il avait dû s'écarter un peu dans son chemin.

Au moment de repartir après s'être reposé les bras, une puissante bourrasque de vent le surpris et le déséquilibra. Il tenta d'agripper une aspérité dans la falaise mais la mousse ne lui offrit pas un support assez stable. Dans un cri, Cherock glissa et tomba à plein ventre sur la pierre avant de se mettre lentement à glisser vers le vide et la mer, trente mètres plus bas. Il arriva à se rattraper à un trou présent sous la mousse, mais celui-ci était gorgé d'eau et donc glissant. Avec les jambes battant dans le vide, Cherock ne pouvait pas atteindre une prise avec elles.

(Et cette prise est trop glissante ! impossible que je me remonte en tirant sur les bras, je glisserai trop facilement.)

(Chercok ! Rana toute puissante, fait attention !)

(Amy ! Tu tombes bien, j'ai besoin de toi !)

(Dis moi !)

(Je veux que quand je lèverai ma jambe gauche, tu matérialises ton fameux socle d'air sous mon pied pour que je puisse m'en servir d'appui et remonter. Tu peux faire ça ?)

(Oui sans problème !) assura la Faëra.

(Ok, je compte sur toi !)

(Fait moi confiance.)

Cherock n'était cependant pas très confiant. S'il avait pu garder un calme ranaïque, il n'en menait pas large pour autant. Il allait lâcher prise d'ici quelques secondes et il devait se fier à une capacité qu'il n'avait jamais vue à l'oeuvre, d'une Faëra qu'il ne connaissait que depuis ce matin. Mais bon, ce n'est pas comme s'il avait le choix. Raffermissant sa prise précaire, l'enchanteur leva la jambe gauche sur le côté en faisant remonter le genou aussi haut qu'il le pouvait au niveau de ses côtes.

(Vas y !)

Sans attendre la confirmation de la Faëra, Cherock abaissa son pied comme s'il prenait appui sur une marche. A sa plus grande surprise, il sentit quelque chose de plat et de solide sous la plante de son pied. Il ne perdit pas une seconde et s'appuya sur sa jambe pour se mettre droit sur la plateforme d'air. Il s'en jeta sur le rocher et sentit que la pointe de son pied gauche chutait dans le vide alors que le socle se dissipait ; Néanmoins, il se sauva de cette situation mortelle en s'accrochant à la paroi. Le coeur battant à toute vitesse, Cherock recommença enfin à respirer. Il avait retenu la respiration sans s'en rendre compte.

(Merci Amy.)

(Eheh, pas de quoi ! Je suis ta Faëra, j'allais pas déjà te laisser tomber.)

(Joli le jeu de mots, sachant qu'on a faillit devoir me ramasser à la petite cuillère trente mètres plus bas.) répondit le fulguromancien en souriant.

Il se releva et pensant au petit Evan, recommença sa descente vers la plateforme. La progression se faisait en diagonale, puisque Cherock descendait aussi bien qu'il se déplaçait sur la droite pour rejoindre la plateforme. Ayant pris l'habitude avec le début de la descente, Cherock prit moins de temps pour chercher ses appuis, plus sûr de lui à mesure qu'il progressait. Il profitait des rares corniches pour diminuer l'effort qu'il imposait à ses bras, avant d'arriver à un passage qu'il n'avait pas prévu.

Au bout d'une corniche, il se rendit compte que ce qu'il avait pris pour une faille lui permettant de passer au-dessus de la caverne dans la roche était en fait de la mousse. Il ne pouvait donc pas s'y accrocher. Et aucune prise ne semblait pouvoir être utilisable à partir de la corniche.

(Enfin, il y a bien celles-ci... Mais les prises sont trop petites, j'ai pas le niveau pour ce genre de truc.)

Les seules prises convenables qu'il avait à disposition se trouvait après la fausse faille.

(Tu peux faire encore combien de plateforme aérienne Amy ?)

(2, pas plus.)

(Mmmh, un peu juste pour me laisser tomber jusqu'en bas...)

(Oui, n'oublie pas surtout que mes plateformes ne sont pas si grandes que ça.)

(Bon, on va faire le grand saut alors.)

(Hein ?)

Cherock pointa la falaise plus loin. A travers les visions que lui transmet Cherock de ses yeux, Amy vit une fissure horizontale d'une vingtaine de centimètres pour un bon mètre de largeur... A plus de trois mètres de là où il se trouvait.

(... Tu n'es pas sérieux.)

(Eh, c'est pas comme si j'avais beaucoup de choix. A vivre sans péril...)

(On meurt sans courage. Soit, faisons comme ça. Si jamais ça marche, je serai presque tentée de te donner les pétales du Courage de la Kizoku Hana.)

(Mais ?) demanda Cherock, essayant de ne pas penser au vide vertigineux qu'il s'apprêtait à franchir.

(Mais on voit d'abord si tu atterris en un seul morceau de l'autre côté. Quand tu veux !!) lui répondit la sphère colorée dans son esprit.

Respirant à fond, Cherock jeta un coup d'oeil en l'air pour voir si les soldats suivaient toujours sa progression depuis le haut de la falaise. C'était évidemment le cas. (Ils vont me voir marcher dans les airs, j'espère qu'ils ne me demanderont pas comment j'ai fait.) Il se focalisa ensuite sur ce qu'il avait à faire. Une tâche qui reposait une fois de plus sur l'aide d'Amy. La seule différence, c'est que là il se mettait réellement en danger, volontairement. Il devait cependant le faire.

Il cessa de penser et prit la plus grosse impulsion qu'il pouvait sans avoir d'élan. Il entendit des exclamations de peur mais n'y prêta pas attention. Au terme de son saut, il commençait déjà à chuter.

(Amy !)

(Ay !)

Une fois de plus, Cherock senti sous son pied droit une sensation de dureté qu'il n'aurait pas dû trouver en plein milieu de l'air. Il ne s'y attarda pas et se propulsa de plus belle vers la faille, tendant sa main gauche le plus loin possible. Le temps ralentit alors et il vit lentement la main rentrer avec succès dans la fissure, puis senti plusieurs de ses ongles se briser en percutant le fond de la paroi. La douleur lui fit grincer des dents puis grogner quand tout son corps percuta la paroi, lui coupant le souffle et manquant de lui faire lâcher prise. Il tint cependant bon en s'accrochant également avec sa main droite et en plaçant son pied droit sur une excroissance rocheuse. Les exclamations se muèrent en surprise puis en vivats, saluant le courage du jeune fulguromancien.

(.. Si je ne te donne pas tout de suite la Kizoku Hana, c'est parce qu'il faut que tu montres que ton courage n'est pas égal à ta folie. Le porteur de la lame doit être courageux, pas suicidaire.)

(j'ai bien trop de choses à faire pour mourir maintenant.) répliqua le jeune homme en suçant ses doigts pour retirer le sang qui commençait à couler. Il se remit de nouveau en route et termina de descendre jusqu'en bas. Les dernières prises s'avérèrent ardues, autant à cause du vent qui longeait les parois pour s'engouffrer sous son corps que le sang qui rendait parfois des rochers peu stables. En posant le pied sur la plateforme en face de la caverne, il se rendit compte que son origine était sans aucun doute magique : bien trop lisse pour être naturelle et elle semblait se fondre dans la paroi, comme si elle en sortait. Essuyant une dernière fois ongles meurtris, Cherock pris une grande inspiration. Tout le stress que lui avait procuré cette escalade, toute cette tension s'évacuait. (Et tout ça en cinq minutes seulement... Un peu plus et j'aurai pété les plombs. Mes bras n'auraient pas supporté plus également.) constatât-il.

Sortant l'éclat de San-Divyna qui ne le quittait plus depuis qu'il l'avait récupéré chez la comtesse Cédure et pénétra dans la caverne obscure. Il profita de l'éclairage solaire pendant la première dizaine de mètres, puis un double tournant dans le tunnel lui en priva. Il progressait dans la caverne et fort de son expérience à Mertar, évolua avec une certaine aisance dans l'obscurité.

Au bout d'une minute, il sentit une curieuse odeur. Une odeur de moisissure végétale, comme des champignons ou du lichen qui aurait prit l'humidité. Ne s'en inquiétant pas outre mesure, il continua son chemin. La moisissure au fond d'une caverne, proche de l'humidité de la mer, cela lui paraissait logique. Il aperçut alors une lueur jaune au fond, comme celle d'une pièce éclairée à la torche. Il ralentit alors le pas et étouffa à moitié la lueur du métal de lumière. Mais quelque chose de bizarre se passa. La lueur au fond du tunnel vacilla, puis devint floue. Perturbé, Cherock regarda la lumière de sa main pour focaliser son attention et faire en sorte que sa vue ne soit plus brouillée. Mais encore plus étrange, la lueur de la lumière de la San-Divyna s'estompa elle aussi jusqu'à le plonger dans le noir. (Mais il se passe quoi ? J'ai pas fermé les yeux pourtant !)

Cherock ouvrit alors la main, la pierre se remit à briller de son plein éclat. Satisfait, il releva les yeux et réaperçut la lueur flamboyante au fond. Elle lui paraissait plus forte même. Le vent souffla alors dans ses cheveux, faisant bruisser l'herbe autour de lui. La lueur des étoiles dans cette nuit sans Lune éclairait faiblement la plaine qui...

(Du vent ? De l'herbe ?! La nuit ???)

(Amy, qu'est ce qui se passe ?)

(Amy ?)

(AMY ?!)


Sa Faëra ne lui répondait pas et Cherock était passé d'une caverne en pleine journée à une plaine en pleine nuit. Quelque chose ne tournait décidément pas rond. (Je dois délirer c'est pas possible !). Cherock se pinça très fort le bras, jusqu'au sang. Le sang coula le long de sa peau et la douleur le fit jurer. Quel que soit l'illusion que Cherock était en train de subir, elle lui paraissait très réelle, bien qu'il n'y connaisse rien. Une question le tarauda cependant. (Si je ne suis plus dans la caverne, c'est quoi cette lueur ?)

Une brusque bourrasque de vent le frappa. Avec lui, il charria de petits grains qui piquèrent les yeux de Cherock, lui griffèrent la gorge et une odeur de brûlé. Après avoir toussé pour nettoyer ses poumons et sa gorge, l'enchanteur se concentra d'avantage sur la lueur lointaine. Une lueur qui illuminait le ciel. Un feu si imposant qu'il faudrait faire brûler une forêt entière pour obtenir pareil spectacle. Une forêt ou...

Une ville.

Le sang de Cherock se glaça. Il courut immédiatement en direction de l'incendie, redoutant de toute son âme ce qu'il pourrait découvrir. Et à mesure qu'il approchait, ses craintes se confirmèrent. Lorsqu'il trébucha sur le premier corps étendu sur le sol, il réalisa ce qu'il se passait vraiment. Horriblement saccagé, le Samourai oranais étreignait une hampe brisée entre les mains. Plus loin gisait un Garzok qui, éclairé par la lumière de l'incendie, rendait son sourire plus cruel, malgré l'absence de vie dans son regard et la lame de naginata plantée dans son torse. Sa main étreignait toujours quant à elle la tête d'un homme, ou d'une femme, Cherock n'aurait su le dire.

Il leva des yeux qui se remplirent de larmes de rage, de peur, de tristesse.

Oranan avait été attaqué.

Oranan avait été saccagé.

Oranan brûlait.

Oranan avait chuté.

Prenant le marteau dans sa main, Cherock courut et entra dans la ville par des portes arrachées de leurs gonds. Partout, les maisons brûlaient. Des corps sans vie jonchaient le sol, Garzoks ou ynoriens, mais bien trop souvent le deuxième plutôt que le premier. Femmes, enfants, vieillards : personne ne semblait épargner. La chaleur du brasier géant brûlait la gorge du jeune homme qui se couvrit le visage avec un pan de sa cape alors qu'il progressait dans les rues. Il n'en croyait pas ses yeux. Des lieux dans lesquels il avait grandi, des endroits qu'il avait adorés, des visages parfois familiers... Le spectacle de désolation choquait tellement Cherock, l'écoeurait au-delà de toute idée qu'il avait pu imaginer, qu'il ne pouvait même pas vomir. Il errait dans une ville en ruine. Il passa devant la boutique des Himatori : le père de Hïo était empalé par sa propre javeline, sa Pièce de Forge, contre la porte de sa forge avec une dizaine de corps de Garzoks morts devant lui. Au moment où Cherock l'approcha pour voir s'il respirait encore, les madriers de bois cédèrent et le bâtiment s'écroula en écrasant le corps du malheureux.

Les larmes qu'auraient voulu verser Cherock s'évaporaient après avoir quitté ses yeux, les asséchant par la même occasion. Alors qu'il s'éloignait de là, un Garzok surgit par hasard d'une ruelle. Il aperçut le jeune homme et avec un sombre sourire, leva sa hache en chargeant. Cherock le fixa, les yeux brûlant de haine. Un puissant arc électrique sorti de ses doigts et vinrent frapper le torse du monstrueux humanoïde de plus de deux mètres, qui grogna sous l'impact mais continua sa charge. Cherock enveloppa le marteau de fluide de foudre et envoya un puissant coup fracasser la rotule du Garzok en glissant pour esquiver son coup. La jambe se tordit dans un angle improbable et le monstre s'écroula au sol en lâchant son arme. Cherock se retourna vers lui et voulu l'achever d'un coup sur le crâne, mais une contre-attaque désespérée du Garzok de son poing bardé d'acier le manqua de peu. En représailles, l'enchanteur fit voler d'un coup sec la hache grâce au magnétisme : elle entailla profondément le biceps du Gareok qui tentait de se relever, le remettant à terre. Sans aucune autre forme de procès, Cherock s'approcha de nouveau de lui et dans un cri de rage muet, explosa la boite crânienne du Garzok contre le pavé.

La mort dans l'âme, Cherock se dirigea désespérément vers sa maison, espérant sans trop y croire. Pourtant, pour la première fois, il entendit des cris. Des cris humains. Des cris de sa mère. Il courut encore plus vite et assista à un spectacle horrible. Les habitants de sa rue étaient tous morts, éventrés dans la rue. Devant chez lui, à une vingtaine de mètres, une dizaine de Garzoks encerclaient son père, qui protégeait avec le seul bras qui lui restait sa femme. Un Garzok tenta de l'attaquer, mais un rapide coup de katana tranchant sa main le fit reculer. Cherock voulut crier, interpeler son père, attirer les Garzoks, faire quelque chose. Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Son père le remarqua alors, au coin de la rue. D'un secouement de la tête, il refusa l'aide muette de son fils. Tout de suite après, une demi-douzaine de Garzoks les rejoignirent.

(Je ne peux pas les affronter tous. Mais je dois sauver mes parents ! Ils ont besoin de moi !)

(Cherock...)

(Cherock...)

(CHEROCK !)


La voix d'Amy résonna dans sa tête. Elle semblait étouffer, comme si elle parlait à travers un voile d'eau.

(Cherock, tu dois te ressaisir ! Ce que tu vois n'est pas réel ! C'est une illusion !)

Au fond de lui, il le savait. Il savait que c'était une illusion, que c'était un tour de son esprit. Mais tout lui semblait si réel, les bruits, les odeurs, le toucher les sensations les émotions le craquement du crâne du Garzok contre la pierre le regard désespéré de son père !

(Tu ne dois pas mourir, tu m'entends ? Si tu mourais, ton véritable corps en souffrirait aussi !)

(Mais comment sortir ?) Cette question resta sans réponse, peut être que la communication ne passait que dans un sens. Mais déjà les Garzoks avaient lancé l'assaut sur son père, qui en tua un, en blessa deux autres avant de disparaitre sous les coups, non sans un dernier regard à son fils.

« Ne viens pas. » disait ce regard.

Le cri déchirant de sa mère remplit alors l'espace et se poursuivit tandis qu'un Garzok la traînait par les cheveux. Cherock voulait intervenir, de toute son âme. Mais le combat serait trop inéquitable. Il allait mourir, sans l'ombre d'un doute. Un sacrifice inutile. Cherock s'enfonça dans une ruelle où il s'écroula dos au mur, derrière un tonneau. Il se demanda pourquoi il ressentait tout ça. Pourquoi cette vision de cauchemar lui était imposée. C'était sûrement ce qui était à l'origine du délire du soldat qui s'était jeté dans le vide en confondant ses compagnons avec des Garzoks. Mais pourquoi lui, sa vision était-elle ainsi ? Il en souffrait énormément. Mais il ne voyait pas une vision déformée de la réalité, son véritable corps ne devait pas s'être déplacé physiquement vu la distance qu'il avait parcourue pour rejoindre la ville.

(Je ne vois pas tout ça pour me suicider. Je vois tout ça pour que j'ai mal. On veut me faire souffrir.)

Et quel meilleur moyen de le faire souffrir que de lui montrer sa ville natale à feu et à sang, son père mourir sauvagement et sa mère enlevée ? On voulait lui infliger le maximum de dommage mental. Le pousser à vouloir sauver ceux qui lui étaient chers. Et c'était difficile, si difficile de ne pas courir à la rescousse de sa mère. De ses amis, peut être encore en vie. Ou de simples habitants, tremblant chez eux qu'on les sauve. Mais Cherock n'avait pas cette force. Il ne ferait que courir à sa perte.

(J'ai abandonné ma mère.)

L'enchanteur se leva et d'un pas chancelant, se dirigea vers la porte de la ville la plus proche.

(Je ne peux sauver personne.)

Il arriva en vue de la porte.

(Je ne suis pas pas assez courageux, non...)

Et alors qu'il franchissait les portes...

(... Je ne suis pas assez fort.)

Dès lors qu'il franchit la porte, l'air sembla se fissurer. Puis, tout le paysage vola en éclat, plongeant le monde dans les ténèbres. Cherock tomba à genoux, le souffle haletant. Sa vue se corrigea et il aperçut devant ses yeux la San-Divyna qui éclairait un sol de pierre.

(Cherock ! Tu as repris tes esprits !)

(... Amy ?)

(Oui ! Rana soit louée, quand je t'ai senti te figer comme ça et que tu ne me répondais plus, j'ai paniqué. Mais j'ai détecté le sort de torture mentale qui t'affectait, et j'ai essayé de forcer le passage à travers le sort, je ne sais même pas si j'ai réussi. Qu'est ce qui a bien pu t'arriver ? Tu...)

Amy se tut quand Cherock lui partagea la vision de son cauchemar. La lumière du globe d'Amy oscilla longuement entre le rouge et le bleu, avant de prendre une teinte noire auréolée de cramoisie.

(Le fumier...)

(Je sens des odeurs de champignons depuis que je suis entré. Sûrement hallucinogènes. Cela a rendu le sort bien plus puissant... Le soldat d'avant a dû devenir fou juste avec leurs émanations, c'est pour ça qu'il pouvait encore bouger.)

(Cherock, tu détiens la Sagesse de la Kizoku Hana, tu es bien assez sage pour savoir te contrôler. Mais si Rana prône la tolérance, elle sait se montrer impitoyable avec ses ennemis. Et ta Voie est bien la Loi de Valyus non ? Sur cet aspect-là, Rana et Valyus se rejoignent.)

Une colère bouillonnante brûlait en Cherock alors qu'il se levait. Il la réprima pour la remplacer par une froide détermination.

(Justice sera rendu pour le soldat mort et pour que jamais plus personne ne subisse la vision d'horreur que j'ai subis.)

D'un pas rapide et en retenant sa respiration, Cherock traversa le couloir et arriva dans une grande salle éclairée par de nombreuses torches. La pièce était aménagée et comportait plusieurs meubles fait de pierre, comme une étagère à même la roche, une table de pierre fondue avec le sol. Il y avait également des chaises, des livres éparpillés un peu partout, une cage à oiseau en osier vide et un lit sur lequel le petit Evan était roulé en boule, sanglotant. Hiwa, lui, terminait de préparer un sac de voyage lorsqu'il se retourna, entendant Cherock approcher.

« Oh ? Tu as su te libérer de ma torture mentale ? Eh bien eh bien, tu n'es pas banal comme garçon. Je pensais que tu souffrirais encore un peu jusqu'à ce que je vienne t'achever, mais...

- Relâche Hiwa tout de suite et rends toi. Je ne te le demanderai qu'une fois.

- Je te trouve bien présomptueux, siffla l'homme en dégainant une rapière et en décrochant son bouclier du sac. Tu peux toujours courir pour que j'abandonne ce gosse.

- J'espérais que tu répondrais ça. » répondit Cherock en se mettant en position de combat.

Trois secondes s'égrenèrent avant que Cherock et Hiwa ne se fonce dessus simultanément.

Ce qui allait être l'épreuve de Force de Cherock venait, sans qu'il s'en rende compte, de commencer.

A suivre…

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MessagePosté: Lun 12 Mar 2018 19:13 
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Chapitre VI : Tour de Force


Dès le début de la charge de Hiwa, Cherock sentit qu'il avait fait une erreur en chargeant lui aussi. La pointe de la rapière tendue semblait incroyablement acérée et progressait vers sa poitrine à une vitesse anormale. Si le coup le touchait, il souffrirait de dommages mortels à coup sûr. Il devait esquiver cette attaque à tout prix. Ne pouvant stopper sa propre charge, Cherock sauta sur la droite en mettant son marteau tête vers le bas pour se protéger d'un coup de balayage. La vitesse de la charge ne permit pas à Hiwa de changer la trajectoire de sa lame, mais le bouclier de bois rond cerclé d'acier percuta l'enchanteur à l'épaule. Le choc ne lui fit pas tant de mal que cela, il eut par contre la fâcheuse conséquence de le renverser au sol, quelques pas derrière Hiwa. Se remettant debout en jurant, l'enchanteur lança instantanément un éclair magique en direction de son adversaire. Le sort frappa le bouclier de bois et des copeaux de bois volèrent sous l'impact.

« Un fulguromancien hein ? » ricana l'épéiste en faisant un geste descendant de sa rapière pointée sur Cherock. Instinctivement, Cherock su que ce geste cachait quelque chose et fit une roulade sur le côté. Pile au-dessus de l'endroit où il se trouvait, une colonne de pierre se matérialisa et éclata contre le sol. Etrangement, ses fragments se volatilisèrent peu après que le rocher ait volé en éclats. Se trouvant pour la première fois confronté à de la magie terrestre, Cherock fut surpris. (Merde, il maîtrise les fluides lui aussi !)

« Dommage pour toi, je maîtrise les fluides terrestre ! »déclara l'homme en avançant vers l'enchanteur, bouclier en avant. Comme lui avait souvent dit son père, la meilleure des défenses, c'est l'attaque. Aussi Cherock décida de prendre à contrepied le géomancien et lui fonça dessus pour prendre l'avantage. Maîtrisant le marteau bien mieux qu'avant, Cherock effectua un coup ascendant pour frapper le bouclier par en dessous et le faire voler. Cependant, la garde tint bon et il ne dut l'intégrité de son bras qu'à la présence de son gantelet de Faerunne qui bloqua le coup de rapière qui volait en réponse vers lui. Une série de coups s'échangea, alternant parades et esquives entre les deux combattants. Hiwa avait cependant l'avantage et petit à petit, les estafilades s'accumulèrent sur le corps de Cherock. Le plus dur pour lui était de parer les fulgurants coups d'estoc de la rapière : sans protection à opposer de face comme un plastron ou un bouclier, l'esquive était la seule option viable. Les mouvements étaient cependant trop lents et des coupures douloureuses apparurent sur le jeune homme. Ici une à la joue, là une à la cuisse gauche. Gêné par son bouclier, la plupart des blessures que lui infligeait Hiwa était sur son côté gauche. Néanmoins, Cherock accumulait les blessures superficielles quand lui n'en infligeait aucune. Prenant un peu de recul, il envoya deux Chocs de Valyus consécutifs pour retarder son adversaire, le temps qu'il puisse analyser autour de lui si quelque chose pouvait l'aider. Le mobilier de pierre lui était peu utile, pas plus que le lit ou les chaises. (Reste la cuisine...)

Il n'eut pas le temps d'inspecter cette partie puisque la réplique magique d'Hiwa ne se fit pas attendre : quatre aiguilles de pierre sortirent de la roche et se dirigèrent vers Cherock. Les aiguilles partirent en éventail en face de Cherock avant que les deux aux extrémités tournent brusquement et se rabattent sur lui. Confiant en la puissance de son arme, Cherock balaya les deux aiguilles se dirigeant vers lui et les réduisit en morceaux. Mais l'aiguille de gauche le frappa au mollet, s'enfonçant profondément dedans. La dernière le rata de peu et alla éclater contre le mur au-dessus d'Evan, ce qui le fit pleurer en se mettant en boule.

Cherock arracha la roche enfoncée en lui et se releva tant bien que mal pour voir son adversaire fondre de nouveau sur lui. Un barrage de coups le fit reculer et apparaitre deux nouvelles lignes sanglantes sur sa poitrine.

(Cherock, tu te fais malmener ! Fais quelque chose !)

(Merci, j'avais vu !)

Dans un geste désespéré, l'enchanteur effectua un puissant swing devant lui pour tenter de repousser Hiwa. Confiant, celui-ci fit un saut en arrière pour éviter le coup, arborant un sourire narquois. Appréciant la distance, Cherock fit un pari quelque peu risqué : voyant à quel point il le malmenait, le Shaman ne se presserait pas pour le mettre à mort. C'est ce qu'il fit. Il avança nonchalamment vers lui en donnant un coup sec de sa lame pour retirer les quelques gouttes de sang qui perlaient sur le fil de son arme, avant de se réfugier derrière son bouclier, la pointe de sa rapière dépassant légèrement sur le côté. Cherock se leva alors pour affronter son adversaire, ayant profité de l'assurance de son adversaire pour envelopper son marteau d'un revêtement de foudre. Celui-ci brillait d'un puissant halo violacé, ce qui fit froncer les sourcils à Hiwa. Cherock prit l'initiative et réduisit rapidement l'écart entre eux et abaissa avec violence son marteau. Se protégeant avec son bouclier, Hiwa se prépara sa rapière à s'enfoncer dans la poitrine de l'enchanteur. Il avait cependant sous-estimé la puissance du coup : renforcé par le fluide de foudre, la tête du Marteau runique s'écrasa contre le bouclier. Des dizaines d'échardes volèrent et une longue fissure fendit sur tout le long le bois du bouclier. Sous l'impact, Hiwa mit un genou à terre et son estoc manqua sa cible en passant à côté. Voyant enfin un de ses coups porter, le jeune homme arma de nouveau son bras pour asséner un nouveau coup dévastateur.

La vue cachée par le bouclier, Cherock ne vit pas le géomancien posé l'index et le pouce tenant sa rapière sur la pierre. Des vagues s'en dégagèrent et se répartirent autour de lui. Cherock n'eut pas le temps de réagir : tout autour de l'homme genou à terre, des épieux sortirent du sol. L'un deux pénétra la cuisse gauche de Cherock, faisant gicler le sang une fois de plus. Ne pouvant plus retenir autant de vagues de souffrances, le jeune homme hurla de douleur et s'écroula en arrière en se tenant la cuisse avec sa main droite.

« Tu m'as surpris, petit con. » grogna le père d'Evan en se relevant au milieu de son cercle défensif. Les épieux qui sortaient du sol faisaient tous plus d'un mètre de haut et rendait tout contact rapproché très risqué. Avec son marteau, Cherock avait assez d'allonge pour le toucher mais il avait d'autres problèmes à gérer. Il regrettait déjà de ne pas avoir acheté de potion pour se soigner en rentrant à Oranan, mais il ne se doutait pas non plus qu'il en aurait besoin dans sa ville natale. Sa blessure ne saignait pas abondamment à moins qu'il ne bouge. Le souci c'est qu'il passait du statut d'attaquant à celui de défenseur, puisqu'il ne pouvait plus venir au contact.

(Tu veux la jouer avec des cercles défensifs ? T'inquiète pas, je peux faire la même chose.)

A travers la paume de sa main, Cherock propulsa les glyphes de foudre de son Cercle Protecteur autour de lui. Il sentit que son fluide était déjà relativement bien entamé et alors qu'Hiwa faisait disparaitre ses épines de pierres, Cherock déboucha une des fioles achetées chez le vieux Aknaer et l'ingurgita rapidement. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait y avoir dedans, mais le fait est que ses réserves fluidiques s'étaient restaurées en partie. Cherock était en train de se relever difficilement quand Hiwa arriva au niveau du cercle, presque à portée de l'arme de Cherock. Il jeta un coup d'oeil au cercle de foudre, essayant de déchiffrer les glyphes incrustés dans le sol.

Une forme de statut quo précaire tomba sur la situation.

« Si tu traverses cette limite, attend-toi à prendre un sacré coup de jus, menaça le jeune homme.

- Oh ? Tu penses que tu es en position de me menacer ? Regarde-toi : tu pisses le sang par tous les bouts et je suis encore intact. »

Le fulguromancien se tenait à présent debout, s'appuyant sur sa jambe droite et se stabilisant avec la jambe gauche. Son marteau restait lui bien ferme dans sa main, même si le sang commençait à rendre sa poigne poisseuse. Il profita pour examiner le coin cuisine où il remarqua quelque chose d'intéressant, à savoir une grosse marmite avec un couvercle qui représentait le gros du matériel de cuisine. Un rapide contrôle magique lui confirma que le récipient était ferreux et donc projetable avec la Magnétisation Balistique.

« C'est pas comme si j'allais rentrer dans ton jeu. Si tu veux rester dans ton cercle, libre à toi si tu as peur de mourir en dehors.

- Tu as raison, je vais partager un peu avec toi alors. »

D'un geste de la main, un second cercle beaucoup plus restreint apparu autour du Shaman. Celui se raidit et son regard se durcit devant le sourire provocateur de Cherock qui n'en menait pas large pour autant.

« Très bien. Ca va me picoter, mais je vais te saigner. »

Avec une certaine appréhension tout de même, l'adversaire de Cherock franchit le premier cercle. Les glyphes brillèrent, se levèrent et ceinturèrent celui qui venait de franchir la limite. Elles disparurent dans un flash électrique qui secoua un peu sa cible qui ne parut pas en souffrir pour autant.

« Ahah, ce n'est pas si douloureux ! »

Puis sans hésitation cette fois, il franchit le second cercle. Le même schéma se répéta mais quand les runes libérèrent leurs charges électriques, il cria autant de surprise que de douleur. (Plus le cercle est grand, plus le choc est puissant !) se dit Cherock en serrant les dents alors qu'il s'appuyait sur sa jambe blessée pour se rapprocher du géomancien. Armant de nouveau le bras, il visa le coude de la personne en face de lui. Une fraction de seconde avant que la tête du marteau ne frappe l'articulation, sa peau prit une teinte bien plus sombre. L'instant d'après, Cherock eut la sensation de frapper une enclume lorsqu'il sentit les vibrations faire trembler ses articulations douloureusement. C'est avec une crispation de douleur qu'Hiwa encaissa le coup avant de se remettre en position de combat avec une certaine lenteur.

(La Chair de pierre !)

(Hein ?)

(C'est la Chair de pierre, un sort de fluide terrestre qui rend la peau aussi dure que du Gravilay. Son utilisateur en devient bien plus lent mais sa résistance augmente grandement !) expliqua Amy.

(J'avais bien besoin ça tiens, bordel !)

Hiwa avançait sur Cherock d'un pas lent, lourd. Sa rapière semblait moins fluide mais son porteur semblait moins craindre de recevoir des coups en se protégeant de manière moins flagrante derrière son bouclier. Ce bouclier commençait d'ailleurs à relativement agacer Cherock. Il ne s'était jamais battu contre ce type d'ennemis en vrai et force était de constater que c'était un énorme problème. Avec rage, Cherock balança son bras armé derrière son épaule droite et lança son coup contre le bouclier avec la ferme intention de le briser cette fois-ci. C'est ce qui arriva quand Cherock explosa le bois composant le centre du bouclier. Le cercle d'acier cernant le contour de feu le bouclier tomba sur le sol, dévoilant le regard déterminé d'Hiwa. Celui-ci fit passer la pointe de sa rapière sous son avant-bras gauche, visant le ventre exposé de Cherock face à lui. Vu sa position et la faiblesse d'une de ses jambes, il ne pouvait pas esquiver le coup. Il referma la main droite sur la lame et dévia la trajectoire pour ne percer que le flanc. Son tranchant entailla le cuir du gantelet, ouvrit la paume de sa main mais empêcha néanmoins la pointe de ressortir dans son dos.

Dans un mouvement sec, le Shaman sorti la rapière et Cherock tomba à genoux. Il respirait à grande peine en tentant de retenir le sang qui coulait au travers de sa blessure. Sa vision se troublait. Il vit les pieds d'Hiwa s'éloigner de lui. Il entendit Evan pleurer en criant quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais la voix était pleine de détresse. (Désolé, Evan... Je n'ai pas pu te sauver...). Ses forces le quittaient peu à peu. La voix d'Amy finit néanmoins par l'atteindre.

(Cherock ! CHEROCK ! C'est pas le moment de flancher !)

(Je suis trop faible... Désolé Amy, mais je crois pas pouvoir hériter de la Kizoku Rana...)

(Ne dis pas ça ! Tu as déjà deux des symboles, tu as déjà la Sagesse et le Courage ! Ne flanche pas maintenant !)

L'enchanteur eut un sursaut de lucidité à ces mots. Il focalisa les restes de sa conscience sur le dos de sa main gauche. Evidemment, il ne pouvait pas le voir de ses yeux puisqu'il avait ses protections. Cependant, il ressentit effectivement la chaleur étouffée qu'il avait ressenti lorsque la première partie de la marque était apparue. (J'ai donc été reconnu pour mon Courage... Surement cette histoire de falaise et de secours d'Evan...)

Evan. C'était ce petit garçon qu'il était venu chercher. La Kizoku Rana n'avait aucune importance s'il ne pouvait pas sauver un petit garçon. Difficilement, un pied puis l'autre, Cherock se remit debout. Ses yeux troubles s'éclaircirent difficilement pour lui apprendre qu'il était désormais seul dans la caverne souterraine. La lueur d'une torche et des pleurs se répercutaient sur les parois du tunnel menant à l'extérieur. Il pressa un tissu à l'air vaguement propre contre sa plaie et se munissant d'une torche encore présente, Cherock clopina avec difficulté dans le couloir en s'aidant des parois. Lorsqu'il arriva au niveau du passage où il avait eu une hallucination, il vit des bols de terre cuites comportant une mixture à l'aspect méphitique. Il se boucha le nez le plus longtemps possible pour en respirer un minimum puis une fois passé, arriva en vue de la sortie. La silhouette de l'adulte et de l'enfant se découpait sur l'ouverture vers l'extérieur, proche de sortir. (Je vais arriver en retard !)

Main gauche tenant le marteau et main droite sur la blessure au flanc, Cherock enflamma tout son corps en se lançant dans une parodie de course pour atteindre à temps Hiwa. Celui-ci se retourna pour apercevoir le jeune homme en piteux état qui les poursuivait.

« Tu ne sais définitivement pas quand t'arrêter... Je vais t'aider alors, dit le Shaman en faisant face à son poursuiveur.

- Monsieur Cherock, à l'aide ! » supplia Evan, s'adressant pour la première fois à Cherock.

Cet appel à l'aide galvanisa Cherock, bien décidé à en découdre. Il n'était pas dupe pour autant : son adversaire était meilleur combattant que lui et en bien meilleur état. Cependant, il n'avait plus son bouclier pour se défendre et cela faisait une grosse différence. Un puissant éclair, amplifié par la magie puisée dans les runes ornant le marteau runique, partit de la tête du marteau et frappa le géomancien en plein torse. Hiwa lâcha la main du petit garçon qui s'enfuit dans la direction de Cherock, se réfugiant derrière lui en sanglotant. L'enchanteur n'avait pas le temps de le réconforter puisque son adversaire venait de jeter son sac de voyage à terre avant de le charger en hurlant, rapière en avant. Un barrage de trois Chocs de Valyus l'obligea à se protéger derrière une barrière terrestre, coupant sa charge. Les réserves fluidiques de Cherock étaient maintenant dangereusement basse et il ne pourrait plus maintenir un feu aussi nourrit. Son corps atteignait aussi ses limites, sa jambe menaçant de le lâcher d'un moment à l'autre. Une envie meurtrière luisait au fond des iris du père fou alors qu'il sortait de son abri. Il engagea le combat au corps à corps, mais la colère rendait ses coups moins précis, plus féroces. Pour un Cherock obligé de rester statique, si ces attaques étaient autrement plus gérables que les précédentes, l'effort pour maintenir son attention était incommensurable, lui demandant de puiser dans ses dernières forces. Il profita alors d'un coup de taille visant à lui ouvrir la gorge pour mettre un genou à terre, ne pouvant plus supporter davantage de temps avec sa jambe meurtrie. De son marteau, il visa la rotule dans l'espoir de la briser. Ce qui devait arriver arriva : puissant dans ses dernières réserves fluidiques, le géomancien activa « Chair de pierre ».

(Je l'attendais !) pensa Cherock en ayant recours à une énergie qu'il n'avait pas encore utilisé : le Ki. Il aurait bien voulu maîtriser une technique pouvant donner un coup avec une puissance phénoménale, mais il ne maîtrisait pas encore une telle capacité. Il utilisa donc la seule qu'il maîtrisait : son buste, son bras et son poignet se gonflèrent de Ki alors que la vitesse d'impact de l'arme augmentait d'une façon choquante. La tête de l'arme s'écrasa contre la rotule, faisant vaciller le bretteur et vibrer le bras de Cherock qui ne ressentait tout simplement plus la douleur dans son bras tellement elle était généralisée. Un deuxième coup arriva juste après le second, faisant presque ployer Hiwa qui gémit de douleur entre ses dents en se préparant à empaler Cherock par le haut. C'était sans compter le troisième coup qui passa outre la Chair de pierre et fit chuter le père en lâchant son arme, la rotule droite en miettes. Celui-ci hurla de douleur et dans ses yeux, une lueur sauvage s'alluma. (Il va vouloir me mettre en charpie.) se dit le fulguromancien, lorsqu'il vit un bout de corde pendre dans le vide à l'extérieur. Dans ses yeux vairons, ce fut une lueur de soulagement qui vint poindre.

« La garde arrive, rend toi ! » ordonna Cherock en pointant le bout de corde qui pendait et déjà commençait à s'agiter. Hiwa se retourna, aperçu la corde et après une seconde d'hésitation en regardant son fils, se transforma en Glenas. La transformation fut effroyable : des plumes commencèrent à couvrir son corps, son nez et sa bouche fusionnèrent en bec, une membrane s'étira quelques peu entre sa main et ses cotes, son corps prit une teinte grisâtre. Les serres de sa patte droite (et la patte en général) étaient en morceaux mais ne l'empêchèrent pas de prendre difficilement son envol. L'oiseau manqua de renverser le soldat qui descendait à la corde et vola vers l'horizon, ne voulant pas monter pour se rapprocher des potentiels archers qui l'attendaient en haut.

Ce fut Cherock qui dans un ultime élan, projeta ses dernières réserves fluidiques dans un Choc de Valyus. Le fluide descendit le long de son bras, arriva dans sa paume, se transmit à travers la Keraunos présente dans le marteau de Valyus et sortit en un arc d'une blancheur éclatante. Cherock vit l'éclair frappé le Glenas de plein fouet et celui-ci disparut de son champ de vision au même moment que ses paupières se fermaient. L'enchanteur sanguinolent s'écroula sur le sol et plongea alors dans un sommeil comateux.

A suivre…

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Dernière édition par Tergeist le Dim 18 Mar 2018 20:39, édité 1 fois.

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MessagePosté: Dim 18 Mar 2018 20:32 
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Chapitre VII.1 : La clé


Image


Les secousses finirent par réveiller Cherock qui entrouvrit les yeux. Sont corps lui renvoyait une sensation d'engourdissement avec une pointe de douleur derrière. Son corps était arqué et il sentait des sortes de liens lui enserrer la taille et les épaules. Au-dessus de lui, il vit le ciel bleu sans nuage et de longues cordes qui remontaient jusqu'à une falaise. Lorsque sa vision s'éclaircit, il distingua des visages penchés au-dessus de la falaise qui le fixaient. Certains semblaient soucieux, d'autres admiratifs. Le fait que son corps lui donnait l'impression de remonter par à-coups lui donna mal au coeur et une explication lui traversa l'esprit. Avec une grimace, il tourna la tête pour voir ce qui se trouvait en dessous.

(Bordel de... !)

(Cherock ! Enfin tu te réveilles !)

La voix rafraichissante d'Amy résonna dans sa tête, lui apportant un certain réconfort. En aussi peu de temps, la petite Faëra était devenu un point de repère dans son univers. Au fur et à mesure de la journée, il avait senti que son lien avec elle s'était renforcé de façon significative.

(Amy je suis resté combien de temps inconscient ?)


(Une petite heure... Le temps qu'ils aillent chercher une seconde corde pour te remonter ainsi qu'un guérisseur.)

(J'aurais préféré me réveiller après avoir été transporté de la grotte à sur la falaise, pas en plein milieu.) ronchonna l'enchanteur.

Il arriva une dizaine de secondes plus tard en haut de la falaise ou les gardes le soulevèrent précautionneusement pour l'étendre sur le sol en défaisant les cordes aillant servies à le hisser. Cherock était incapable de bouger sans ressentir d'intenses courbatures et une douleur cuisante à son flanc où la rapière l'avait pénétré. Quelques instants, un homme entre deux âges en bure blanche remonta par la corde de la caverne et s'agenouilla à son côté. Avec un regard fronçant ses sourcils broussailleux, il apposa ses mains sur sa plaie la plus grave et une douce lumière en sorti. La douleur s'en alla progressivement, jusqu'à tout à fait disparaître. Il posa ensuite ses mains sur la jambe gauche qui avait reçu des éclats de pierres et la soigna après avoir retiré les fragments restants. Cherock laissa le fluide de lumière pénétrer son corps et lui faire le plus grand bien. Lorsqu'il eut fini avec son patient, le prêtre s'essuya le front baigné de sueur, salua Cherock et le sergent de la garde avant de repartir sans un mot vers la ville. Le jeune homme voulut se relever et tendre la main vers le prêtre pour le retenir, mais sa tête le tourna et il se serait retombé par terre si un garde ne l'avait pas soutenu pour le refaire s'allonger en douceur.

« Mais... Je n'ai pas pu le remercier... ! protesta Chercok d'une voix éraillée.

- Le prêtre Finn est muet, il a l'habitude de soigner sans dire un mot puis de retourner méditer au temple de Gaïa, indiqua le sergent en s'accroupissant près de lui. Néanmoins, il a une grande expérience des blessures militaires et on fait souvent appel à ses talents. Ca va mon garçon ?

- Oui à peu près... Je me sens un peu faible après m'être vider de mes fluides de foudre.. Et Evan ? Je veux dire, le petit garçon ? Où est-il ?

- On l'a ramené au quartier de la Milice. Il ne voulait pas te lâcher quand tu t'es écroulé par terre, mais on l'a ramené en haut après avoir fait descendre le prêtre pour qu'il vous examine tous les deux. Ne t'inquiète pas, il va bien.

- Ouf... dit Cherock, soulagé.

- Maintenant si tu nous expliquais ce qui s'est passé là-dedans ?

- Et bien... » commença Cherock avant de leur raconter ce qu'il avait vécu : les hallucinations, le combat déséquilibré, la fuite, puis le dernier acte devant la sortie avant qu'il n'abatte une bonne fois pour toute le Shaman.
Après ça, les gens se dispersèrent après avoir félicité le jeune homme et les gardes retournèrent eux aussi à leurs occupations, après que Cherock leur ai assuré qu'il pouvait retourner à Oranan par ses propres moyens, qu'il devait juste se reposer un peu. Les gardes acceptèrent à la condition qu'ils l'escortent un peu plus loin pour qu'il s'adosse à un arbre un peu plus proche de la ville. Une fois cela fait, ils partirent reprendre leur travail, bien plus chargé avec les fêtes ranaïques.
Avec l'absence de qui que ce soit dans les alentours, le médaillon de Cherock se mit à rayonner et Amy en sortie gracieusement. Sa chevelure et ses ailes étaient d'un jaune brillant, blond comme les blés mûrs. Elle avait également changé de tenue, portant dorénavant une robe très aérienne blanche. Elle lança un sourire éclatant à Cherock alors qu'elle s'asseyait sur le genou plié de son maître.

« Bravo Cherock. Tu as été magnifique.

- Merci Amy. Tiens, c'est la première fois que nous conversons de vive voix non ?

- Effectivement, il n'y a personne aux alentours, je peux me montrer sans crainte.

- Pourquoi avoir changé de tenue d'ailleurs ? demanda Cherock en observant de plus prêt la robe.

- C'est ma tenue standard, lorsque je reste avec mon maître définitif. L'armure, c'est pour paraitre plus crédible lorsque j'annonce être liée à la Kizoku.

- Ton maître... Définitif ?

- Oui, regarde ta main gauche ! » lui répondit la petite voix en voletant jusqu'à son épaule gauche.

Se doutant de ce qu'il allait voir, Cherock défit ses protections de Faerunne et observa le dos de sa main gauche. Rayonnant de vert, de bleu et de rouge, la Kizoku Hana était désormais complète sur sa main. Sa forme de fleur de lotus apparaissait clairement maintenant.

« Cette marque... Elle est faite avec une partie de mon fluide, de mon essence. Par ta Sagesse lors de la découverte de l'affaire avec Evan, ton Courage sur la falaise et dans cette vision, ta Force contre Hiwa, je te reconnais digne de la Kizoku-Rana. Tant que tu te montreras digne de porter cette lame consacrée à ta Voie, je serai ta Faëra.

- Ma force ? Mais j'ai été surclassé par cet homme... Si je n'ai gagné, c'est uniquement grâce à...

- La chance ? La ruse ? La stratégie ? La volonté ? Peu importe le moyen, tu as su te défaire de ton adversaire qui était redoutable. La Force, elle n'est pas que physique. Manier le Kizoku ne demande pas que de la force pure. »

Le regard de Cherock se posa de nouveau sur la marque. Celle-ci brilla une dernière fois avant de s'éteindre, prenant un ton sombre, comme un tatouage. Se relevant difficilement en s'aidant du tronc d'arbre, Cherock grimaça. On avait pansé ses blessures les plus superficielles, les coupures douloureuses sans gravité. Leur douleur était toujours présente et combinée au fait que ses réserves de fluide presque vide le mettait aussi dans un état de fatigue, sans parler de ses blessures plus graves...
Malgré tout, il parvint à se mettre debout sous le regard quelques peu inquiet d'Amy.

« Allons y.

- Allez où ?
demanda la Faëra.

- Chercher la Kizoku.

- Mais tu devrais te reposer non ?

- Je me reposerai plus tard. Elle risque pas de s'envoler, mais la possibilité de pouvoir tenir cette légendaire arme entre mes mains m'excite bien plus ! J'arriverai pas à dormir, lui répondit Cherock dans un sourire amusé.

- Quel gosse... Bien, alors on y va ! Une idée de là où on aurait pu la cacher ?

- Comme ça, je dirais le temple de Rana ?

- Exacte ! En route ! »

C'est donc d'une démarche lente et quelques peu hésitante au début que Cherock avança vers le temple de Rana, Amy sur son épaule.

A suivre…

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