L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Mar 24 Oct 2017 04:41 
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Après s'être débarrassée des grenouilles étonnées dans un vacarme de clapotis d'eau et de plantes aquatiques brusquées, Phyress fit contre mauvaise fortune bon coeur et avança à travers les sous-bois pour rejoindre le village le plus proche.

Quelque minutes plus tard, Phyress s'était de nouveau égarée faute de pouvoir se repérer à l'odeur et de moins en moins à la vue. Faisant preuve d'une patience qu'elle ignorait encore jusqu'à présent, elle attendit dans la pénombre grandissante, prêtant l'oreille, cherchant du regard mais il n'y avait strictement rien à part le joyeux ballet des papillons de nuit qui claquaient des ailes à ses oreilles, le zonzonnement insupportable des moustiques et quelques animaux nocturnes qui s'éveillaient.

La jeune femme parvint enfin à la faveur du dernier déclin de lumière à trouver le sentier et mieux encore, il y avait des champs, des lumières à une petite centaine de mètre au plus. Phyress respirait de nouveau l'air frais de la nature et quittait les relents lourds des sous-bois chargés en humus et en champignon. Encore trempée, elle essayait de s'arranger un peu maintenant que ses yeux s'accoutumaient à la noirceur.

L'archère coupa à travers champ de peur d'être aperçue par des bandits ou des maraudeurs, elle gardait en tête qu'il était peu recommandable de marcher de nuit, seule, lorsqu'on est une jeune femme inexpérimentée dans l'art du combat.

Une lueur se vit apercevoir entre deux épis de blés. Elle plissa les yeux et fut prise d'horreur. Dégainant son arc, elle perdit l'équilibre en faisant un pas en arrière et tomba dans un creux de larbour lui aussi gorgé d'eau. Trempée jusqu'à la moelle, Phyress se rendit compte que la source de sa frayeur était toujours là, planté devant elle. Des yeux brillants comme si le crâne qui les abritait renfermait le feu des enfers, un sourire hideux, traversant tout son visage lui aussi avait la lueur dansante des flammes infernales, de longs bras prêts à l'étreindre d'une embrassade mortelle, Phyress perdit le contrôle et se cacha le visage de son avant bras.

" Nooooon ! " Piailla-t-elle.

" C'est qu'une citrouille... " Fit une petite voix fluette.

Phyress ouvrit un oeil. Puis un second et réalisa que la forme maléfique se tenant en face d'elle n'était finalement qu'une citrouille décorée dans laquelle on avait enfoncé une bougie et le tout enfoncé sur un piquet à épouvantail.
Phyress songeait que le propriétaire de ce champ devait avoir une certaine aisance pour se permettre de mettre des bougies dans des citrouilles et tout ça pour effrayer qui ou quoi ? A part elle bien sûr.

L'effet de surprise passé et son bon sens revenu, Phyress observa autour d'elle.
" Heuu... Je deviens folle ? "
" Non. " Dit la petite voix.

Tout se précisait, il y avait en face d'elle sur le pan de terre au sec un petit bouquet de fleurs de Lys et au milieu de celui-ci se trouvait une petite forme humaine, les jambes croisées, tout en finesse comme une jolie guêpe et au visage humain qui la regardait avec un sourcil levé d'étonnement.

" Tu... Enfin. Voilà, tu passes beaucoup de temps dans l'eau ? Comme une grenouille ? " Elle soupira et murmura quelques petits propos difficile à entendre. Phyress se releva brusquement, n'en croyant pas ses yeux et n'entendit que quelques lamentations de la part de cette créature singulière qui se plaignait de ne pas avoir trouvé une meilleure introduction à son entrée en scène.
" Mais que; q'u' que qu'... " Balbutiait Phyress complètement déboussolée
" Quoi ? " Demanda la petite voix comme si elle s'en trouvait elle même étonné. " C'est les fleurs ? Quoi je sais que ça fait nul comme moyen de se faire remarquer mais je n'avais pas beaucoup d'autre choix. Et puis... A force de tomber tous les cent mètres, tu vas finir par te faire mal alors je préfère venir ici là tant que nous sommes toutes les deux. "

Phyress n'eut aucune réaction. Elle restait observer la petite femme en silence, sa lèvre inférieure remuait par spasmes comme si elle essayait d'articuler quelque chose mais que rien ne venait.

" Bien... Je vois qu'on a visiblement plein de choses à se dire. Je suis une Faera, je représente des cr..."
" Des créatures magiques composées de fluides élémentaires qui arpentent ce monde depuis l'aube des temps et qui choisissent la personne avec qui elle vont lier. " Avait-elle dit très vite avant de mettre sa main devant sa bouche comme si elle venait de sortir une énormité.

La Faera leva un autre sourcil étonné et dit : " Venant de la part d'une paysanne... Je m'attendais pas à ça. Mais. Oui. Oui c'est bien ça. "

...
...

Toutes deux s'observaient un long moment. Phyress connaissait l'histoire des Faeras des contes et livres qu'elle avait lu à son village natal mais elle ne voyait pas encore sa destinée comme illustre et ne s'imaginait pas une seule seconde avoir la visite d'une de ces créatures magique.

" Donc... Tu veux peut-être me poser une question ? "
" Heu... "
" Ma couleur préférée ? L'œuf ou la poule ? "
" Tu as un... Nom ? "
" Non."
" Non ? "
" Non. " Elle marqua un temps d'arrêt et arriva à la conclusion que la jeune archère qui se trouvait devant elle n'avait retenu que la moitié des éléments, peut-être ne pensait-elle jamais être confrontée à une Faera qu'elle n'avait retenu que le côté légende et pas le côté pratique.

" Ah oui ! Je me souviens des textes ! Je dois te donner un nom pour que nous soyons liées ! Et bien donc heu... "
(" Pas citrouille. Pas citrouille. Pas citrouille. Surtout pas citrouille... ") se murmurait la Faera en voyant Phyress observer son entourage en se demandant comment elle pourrait nommer sa Faera.

" Et bien... Tu vas t'appeler... "

Phyress réfléchissait. Elle ne s'était jamais posé ce genre de question par le passé, elle n'avait jamais eu de nom à trouver, pas même un chiot ou un enfant ou quoique ce soit de vivant ne lui ayant jamais appartenu. Elle répétait différents noms dans sa tête
(" Pimprenouche ? Non c'est moche. Enfin pas moche mais moche quand même. Libellule ! Non plus. Rossignol ? Bof... Plus court !... Ah si ! J'ai trouvé.")

Phyress tendit sa main vers la Faera et dit doucement :
" Je voudrais t'appeler Lys. "

La petite Faera vibra. C'était comme si le fluide magique qui la formait venait de trembler à la surface de sa peau et avait par la même occasion envoyé un petit éclair de lumière tout autour d'elle. La petite Lys fit une révérence amusée et disparu en un clignement fugace.

Phyress avait l'impression de rêver, peut-être parce qu'au moment précis où sa Faera venait de disparaître, elle avait eu un frisson, un petit moment d'absence ou sa vue s'était troublée comme pour annoncer le début d'un malaise. Mais en réalité, leurs deux âmes venaient de se lier l'une à l'autre et ce jusqu'à la fin.
('' Et bien... Tu es vraiment fatiguée toi ! Et puis tu n'as pas avalé quelque chose depuis plus d'un jour on dirait. Tu sais quoi ! On va se rendre dans l'une de ces maisons là, juste derrière le champ. Je suis sûre et certaine qu'on y trouvera un tas de paille et peut-être un bol de soupe !")

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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Jeu 16 Nov 2017 03:30 
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" Et dis moi ! Vous pouvez vous lier avec des Garzoks ? "
" Et bien, oui, avec n'importe qui en fait."

Phyress fronça les sourcils, elle cherchait à comprendre le pourquoi du comment mais n'y parvenait pas seule, persuadée que les Faeras ne se liaient qu'aux personnes avec un bon fond.
" Pourtant je suis sûre et certaine d'avoir lu quelque part que les Faera ne se liaient pas avec les créatures maléfiques. Et les Garzoks sont des créatures maléfiques donc je ne comprends pas comment ça se fait. "
" Et bien pas forcément, il y a des Garzoks qui sont meilleurs que certains humains, mais si tu vis dans un peuple qui est systématiquement considéré comme mauvais et chassé de toute terre par toute race en tout temps, il est assez normal que le peuple exclu ne conserve pas une sympathie franchement solide. Et il y a des humains et des elfes bien pire que certains garzoks, ça tu peux me croire ! " Dit d'une voix toute fière la petite Lys.
" Mais du coup... Un arbre ou un animal c'est vivant aussi non ? Est-ce que tu peux te lier à un arbre ou à un chat ? Un chien ? "
" Heu... Non il faut tout de même un certain degré d'intelligence, et puis je ne vois pas un poireau me donner un prénom, rien que ça c'est un pré-requis essentiel au lien qui se forme entre une Faera et son Maître. Regarde on approche ! "

En effet, la jeune archère venait de sauter une petite barrière de bois pour s'approcher de la maisonnette collée à la grange. Il y avait quelques lueurs qui sortaient des faibles brèches entre les murs et la toiture ainsi qu'un filet de fumée qui s'échappait de la cheminée. Dehors empilés sous des drapés de cuir brut dormaient des tonneaux et divers outillages nécessaire à la récolte du blé et derrière la grange s'entendait quelque cloches, probablement des chèvres ou des vaches laitières. Phyress était si pressée de frapper à la porte pour demander asile qu'elle ne vit pas l'ombre se lever brusquement et se précipiter vers elle. Ou trop tard.

Immobile et la mine grimaçante, Phyress levait les mains bien en évidence devant un énorme molosse à la mine patibulaire qui retroussait ses babines dévoilant une série de dent solides et luisantes. Son grognement se fit de plus en plus fort et il aboyait maintenant et avançant et reculant, prêt à bondir comme un prédateur sur la jeune femme étrangement peu rassurée.

Derrière le chien, la porte s'ouvrit en claquant et on entendit alors une clameur étonnée venant de ce qui semblait être un vieux paysan.
" Bord'el d'nom d'nom qu'est c'qu'est qui va là à c't'heure ci dis ? "

Armé d'une fourche et habillé d'un vieux tablier de cuir et d'un pantalon et chemise de chanvre, le vieil homme retint alors son molosse et voyant devant lui la jeune femme apeurée estima que le danger n'était pas bien grand. Il baissa sa fourche et renvoya son chien. Il demanda avant que Phyress ne dise quoique ce soit :

" Qiu'est c'qiu'elle fait là, là p'tiote ? Elle a voulu nous y fiche la trouille ? C'pas une heure dis, pour s'y promener. " Phyress essayait de comprendre tout ce qu'il disait malgré son solide accent paysan. Le vieil homme plissa les yeux et leva les sourcils en demandant " Elle a peur ? Et puis c'qiu'elle doit y être fatiguée. C'quoi son nom ? "

" Je m'appelle Phyress. Je.. Je me suis complètement perdue et j'ai vu de la lumière et je voulais vous demander si... Et bien, si vous aviez un endroit sec où je pourrais dormir cette nuit ? " Disait-elle en se mordant la lèvre, assurément mal à l'aise, la jeune femme aurait pu essayer de l'amadouer en disant qu'elle avait de l'argent mais ce lieu empestait la pauvreté et elle y connaissait quelque chose et savait aussi que certains malheureux n'avaient parfois que peu de moralité et n'hésitaient pas à se débarrasser des visiteurs et de les déposséder de leur fortune.

Cependant, le paysan lui expliqua d'un signe de tête qu'il y avait la grange, qu'elle sentait un peu le bétail mais qu'elle y serait au sec et au chaud. Une femme sorti elle aussi de la maison, habillée de tout de chanvre elle aussi. Elle semblait plus jeune malgré ses traits fatigués et s'approcha du vieux fermier et tous deux s'embrassèrent devant Phyress.

(" Heu... ")
(" C'est... Gênant. ")
(" Je suis avec toi depuis cinq minutes et j'assiste déjà au spectacle de deux paysans en train de se languer comme des crasseux... C'est assez épique. ")

Phyress détournait le regard, faisant des cercles du bout de sa botte dans la terre meuble en faisant abstraction des claquements de langue qui se faisaient entendre de temps à autre.

(" Quand il aura fini de lui baver dans la bouche.. Ah ! Ils se décollent ! Il va nous présenter sa femme !")

" C'est Berthe, ma fille ! " Dit-il tout fièrement en s'essuyant la lèvre d'un revers de manche.

(" Quoi ? ")
(" Qu'est ce qu'il vient de dire ? ")

Phyress n'était plus si sûre que ça d'avoir envie d'entrer dans la maison mais la jeune femme pleine de compassion décida de se convaincre qu'elle avait très probablement mal entendu, chose que sa Faera hilare démenti sur le champs.

L'intérieur de la maison était très spartiate, quelques banquettes, de la paillasse, une vieille table encombrée et dans la chaleur du foyer ronflant un petit garçon jouait avec un os de poulet. Phyress attendrie se pencha vers lui et lui fit un grand sourire en pinçant ses petites joues.
" Qu'il est mignon ce petit. " Dit-elle d'une voix naïve.
(" Mignon ? Il a un sale bec de lièvre et un oeil qui dit merde à l'autre... ")

Phyress fit plus attention et remarqua effectivement le bec de lièvre, elle qui pensait que l'enfant bavait seulement parce qu'il mettait l'os de poulet dans sa bouche...
(" De toutes façons... Les enfants ça louche toujours un peu au début... ") Dit-elle peu convaincue de ce qu'elle affirmait.

Le paysan et la jeune femme étaient au final plutôt sympathiques. Ils offrirent à Phyress une bolée de lait tiède et un morceau de pain noir, du fromage et des marrons. La jeune femme les remerciait avec un grand sourire et entama avec eux le repas. Bébère, car c'était le nom du paysan, préparait lui même le fromage et le lait en plus de l'activité de céréalier. Phyress avala une gorgée de ce lait tiède.

" C'est un délicieux repas " Dit-elle tout simplement, l'estomac noué par le goût infect de ce qu'elle venait d'avaler. Elle faisait tout son possible pour ne pas grimacer. Une distraction soudaine vint alors capter son attention. Le petit garçon lui donnait de petits coups dans les côtes avec son os de poulet.
" Et bien qu'est-ce que tu veux, mon grand ? "
" Da da da da ! "
" Quoi ? "
" Da da da da !" Insistait-il en brandissant son os de poulet.
" Mais je ne sais pas ce que ça veut dire moi, dadadada. C'est ton nom ? "
(" Heu... Elle est sérieuse cette question ? ")
(" Oui ! Je me suis embrouillée d'accord ! Mais ce lait... Il est complètement infect, je n'ai jamais bu quelque chose d'aussi immonde. Heureusement que le fromage lui est bon. ")

Bébère récupéra son petit en le prenant dans ses bras et dit tout fort " Ahaha, c'est mon fiston, Géraldine. Toujours aussi curieux qu'il est hein. "

(" Son fils ? Géraldine ? Je commence à croire que c'était pas une si bonne idée de venir ici. ")
(" C'était ton idée. ") Se dit Phyress en enfournant un autre morceau de fromage pour cacher son malaise.

" Tiens Berthe, occupe toi un petit de ton fils. "

Phyress manqua de s'étouffer.

Bébère posa une main satisfaite sur la table et dit à la jeune archère :
" Et bin ma fille. Suis ravi d'voir qu'la p'tiote elle aime bien not' fromage. Même qu'c'est moi qu'y l'y fait dans la grange ! Elle voudrait pas voir ça, des fois la p'tiote ? "

Phyress se leva, tout sourire pour ne pas frustrer son hôte et dit d'un hochement de tête :
" Avec plaisir ! "

Phyress sentait la tiédeur revenir, le ventre maintenant plein, elle était prise de doux vertiges envoyés par son corps pour lui rappeler à quel point elle était fatiguée. Mais la jeune femme ne pouvait pas faire affront à son hôte aussi aimable et bien que très singulier, il lui avait offert sans demander quelque chose en échange le gîte et le couvert.

Tous deux entrèrent dans la grange et Lys éclata de rire en voyant le spectacle.

Phyress quant à elle était plutôt figée, partagée entre l'envie de vomir et celle de tomber dans les pommes. Trois femmes, à quatre pattes se faisaient traire par deux jeunes hommes qui conservaient ensuite le lait maternel dans des seaux.

" Vlà ! " Dit fièrement Bérère. " Vl'à ma p'tie production d'l'aitage pour mes fromages. Là c'est Bérangère. Elle c'ma femme. "

La grosse dame nue à quatre pattes lui envoya un sourire ravi et la salua. Phyress, pétrifiée répondit quoiqu'un peu froidement à son salut.
" Elle vient voir, la p'tiote ? Vais y montrer mes fromages. "
(" Je pense que ça explique déjà le goût du lait.")

Phyress retint un haut le coeur et avança comme un zombi derrière Bébère comme pour éviter d'avoir à regarder plus longtemps cette scène pour le moins surréaliste.
" Mais... Je croyais que... Enfin que le fromage était fait avec du lait de vache ou de taureau... heu. De vache juste en fait."
(" De taureau ? ")
" De taureau ? " Dit Bébère en se retournant brusquement. Il se gratta la tête et ajouta " Beeeh... Ma p'tiote, c'que l'taureau... Bin sa s'mence on la vend pour y fertiliser les vaches, mais y faut un bon taureau hey. Ca s'trouve pas sous l'cul d'un poney. "

(" Un fromage au lait de taureau... Non mais.. Comment ? ")
(" Ecoute, suis perturbée par ce que je viens de voir. ")
(" Surtout de manger... ")
(" J'aime autant ne pas y penser. ")

Le petit cabanon où se trouvaient les fromages empestait le moisi. Sur des planches posées à même des pierres sur le sol faisandaient une collection de fromages de toute forme et de toute taille.

Bébère les énonçait tous et parfois, en coupait un petit morceau pour le glisser sous le nez de la jeune fille, l'arrachant à ses rêveries et ses moments d'absence et la ramenant à la dure réalité de ce qu'elle devait endurer.
(" J'ai vraiment pas de chance. En plus c'est un bavard ! ")
(" Ooooh... Faut relativiser hein, ça aurait pu être mille fois pire. On aurait pu tomber chez des fous... ") Ironisa Lys qui frétillait d'amusement dans l'esprit de Phyress en pleine détresse.
" Et celui qu'elle a mangé tout à l'heure, c'est celui d'mon fils. Gilberte. "
" Votre fils produit du fromage aussi ? "
" Ah non, l'a eu une malformation à la naissance qu'y disent les sages. Du coup y fait du lait aussi. "
(" Ahahahahahahahahaha. ")
Phyress passa doucement sa main dans ses cheveux sales et dit d'une petite voix maladroite.
" Votre... Fils fait du lait ? "

Bébère ria de bon coeur et posa sa grosse main sur l'épaule de Phyress pour la conduire à son fils.
" Elle c'est Bérangère, ma femme ! " Dit-il ravi.
" Bin... Vous venez de me la présenter. "
(" Entre le vieux qui perd la boule et le fils qui se prend pour une vache laitière, ça sent bon le cousinage dans ce taudis. ")

L'air était moite, tiède et chargés de relents suspects allant de la transpiration à la moisissure et flottait dans l'air cette insupportable odeur lactée, allant du pourri aux notes de beurre. Phyress respirait profondément et ravalait son envie de vomir son repas du soir.

Plus loin dans la grange se trouvait assis sur un énorme tabouret en bois un homme à l'apparence très étrange. Son corps nu ne dissimulait son intimité que par un linge sale. Son crâne dégarni s'articulait par mouvements brusques et ses yeux fixant le vide n'exprimaient rien, sa bouche retroussée en grimace laissait tomber de temps à autre un long filet de bave qui s'échouait sur son torse totalement disproportionné par rapport au reste de son corps. Quant à ses mains, pauvres doigts crispés s'agitaient dans tous les sens en voyant Bébère arriver avec la visiteuse.

Il articula une compoté de sons incompréhensibles pour Phyress mais que Bébère semblait comprendre du premier coup.
(" Complètement handicapé le petit. Je dois dire que d'ordinaire ils vivent pas assez longtemps pour devenir adulte, surtout dans le milieu paysan où chaque bouche à nourrir doit travailler... ")
(" Mais... C'est juste horrible. Qu'est-ce qu'il a ? ")
(" Et bien.. A force de rester en famille il se peut que de temps en temps il y ait des anomalies. Celui-ci en est la preuve, regarde le. Cet état ne va pas s'améliorer, il gesticule, couine, pleure et rigole mais personne ne comprend pourquoi. C'est comme être... ")
(" Prisonnier de son propre corps. ") Termina Phyress en s'apitoyant sur le sort de ce pauvre garçon.
(" D'une certaine façon, sauf que ce corps ne survit aussi longtemps que dans quelques rares occasions. Le plus souvent les parents miséricordieux se contentent de l'abandonner ou de le tuer, les riches l'abandonnent ou le font disparaître pour s'épargner la honte d'un tel enfant mais je dois dire n'avoir croisé que peu de cas de figure où l'enfant en question devient adulte. ")
(" Mais c'est horrible ! Il y a des gens qui se débarrassent comme ça de leurs enfants ? Lui pourtant a l'air de l'aimer, non ? ")

Phyress observait Bébère et Gilberte rigoler ensemble, rejoins par le petit garçon et son os de poulet. Bientôt, Bébère aspergeait l'enfant de lait en pinçant la poitrine de Gilberte et tous les trois riaient de bon coeur.

(" Oui mais lui ça compte pas, il est complètement cinglé. Fais attention à ce qu'il ne te demande pas si tu as du lait d'ailleurs. Et puis... Je dois juste te dire que la vie ici n'est pas comme dans les contes ou les livres. Tout n'est pas rose et joli, il y a plus d'abomination que tu sembles le croire. ") Sentenca Lys d'un ton à briser les plus aimables analyses de Phyress. La jeune femme ne réfléchissait plus clairement, elle se sentait tiraillée par la fatigue et sentait ses paupières se fermer doucement.

" Pardon Bébère mais... Il se fait tard et j'ai beaucoup marché. "

Bébère tout sourire lui envoya une tape sur le dos et dit :" Bien sûr ma p'tiote, viens, j'y vais y montrer la paillasse. C'pas du luxe heing, mais elle y s'ra au sec."

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 Sujet du message: Re: Les plaines et collines autour d'Oranan
MessagePosté: Ven 17 Nov 2017 05:00 
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Bébère conduisit Phyress dans l'arrière grange. Il la salua tout sourire et fit une révérence exagérée comme le font les bons patrons d'auberge qui se prétendent huppée dans les grandes villes.

Phyress s'enfonça dans un tas de paille énorme et tomba immédiatement dans un sommeil de plomb. Elle n'y resta malheureusement que quelques heures, sa crainte de se retrouver dans une situation encore plus étrange eut raison de son sommeil et bientôt, elle ne fit que tourner en rond. A travers les planches usées, elle pouvait distinguer qu'au dehors le ciel était toujours d'un noir d'encre et que l'aube n'était pas encore prête à s'éveiller. Elle resta donc sur le dos, ses grands yeux bleus scrutaient le vide et son cerveau surchauffait.

" Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de malheureux. Tant de gens qui possèdent si peu, ça n'aurait jamais du être ainsi."

Lys apparu sous la forme d'une petite Phyress, elle aussi s'allongea sur le dos et imita sa Maîtresse en observant le vide.
" Je sais que les humains ont des phrases pleines de bon sens pour ce genre de situation, comme par exemple dire : C'est la vie. "

Phyress fronça doucement les sourcils et se retourna, légèrement déstabilisée de voir son reflet briller de petites vapeurs magiques bleutés qui illuminaient la noirceur de la grange.

" Ca reste anormal. Je ne comprends pas comment marche ce monde, et je dois dire que j'ai peur de comprendre, j'ai peur que ça me rende mauvaise, ou amère. "
" Depuis quand le savoir et l'intelligence rendent mauvais ? Il est certes vrai que tu ne peux pas briller de méchanceté sans être intelligent mais il en va de même pour la bonté, tu ne peux pas faire de grandes choses sans un minimum d'intelligence... Et de ruse. "
" Alors pourquoi est-ce que des gens vivent comme eux ? Avoir un enfant malade et ne rien pouvoir faire, j'ai vu moi, qu'ils n'avaient pas beaucoup de bûches pour tenir l'hiver, et que le garçon est trop maigre et que... Même s'ils dissimulent ça derrière une bonté étonnante, je suis habituée à vivre en campagne et je sais comment ça marche. "
" C'est normal ça. " Dit Lys d'une voix amusée, tout à fait à l'opposé des propos mélancoliques de Phyress. " Mais garde en tête que personne ne voudra les aider, eux ou d'autres pauvres hères. Je vais te raconter une petite histoire. Il y avait une Reine, il y a des lustres de ça qui lors de sa prise de pouvoir a décidé d'aller contre les volontés de ce monde. Il était dit à l'époque que les Dieux façonnaient les êtres et la terre, alors si ils veulent que machin meure de la chiasse ou que truc vive dans la vermine toute sa vie, qui irait contester leur Volonté ? Cette Reine n'en eut cure et fit construire des hôpitaux et toute sorte d'institution, discrédita les Prêtres et remplaça leurs livres sacrés par des ouvrages qu'elle fit appeler " De Droit ". Voilà que quelques années plus tard, le peuple de la Reine vivait dans l'amertume pour la simple et bonne raison que l'ordre établi n'était plus de ce monde. Tous étaient revêches et malcroyant et imbu de leurs nouveaux droits et pour finir, aussi mal embouché qu'on peut attendre d'un ventre bien nourri. Car il faut quand même reconnaître que les mal-nourris sont toujours plus accommodants pour un bout de pain et, sans lui, il meurt sans faire trop de bruit. Mais sitôt qu'on leur pourvoit un peu et que l'estomac reste plein, on n'est plus servi. Et tant est si bien qu'il n'y a bientôt plus moyen d'engager un gâte-sauce pour un Yu la journée. Il veut en sus une chambrette, du bois l'hiver et même ! Même des gages s'il tombe malade. Tu t'imagines toi ? Devoir payer quelqu'un alors qu'il reste chez lui à toussailler et morver ? Tout juste si on parvient à les faire travailler de nuit. Mais bon, la Reine est morte, vieille, après une longue vie passée à se bafrer et forniquer plus que de raison. Son fils a rétabli l'ancien ordre et depuis ce Royaume autrefois si triste se porte aujourd'hui à merveille. " Termina Lys d'une petite voix toute fière.

Un long silence marquant planait dans la grange. Phyress ne savait pas trop quoi penser, elle savait d'une part que c'était vrai mais s'estimait triste d'être du mauvais côté de la vie. Elle inspira profondément et demanda :" Dis-moi, tu es composée de quels fluides magiques ? "
" Glace et lumière."
" Bizarrement tu as plus pris de la glace... "

Lys roula ses yeux éthérés et poussa un soupir plein de lassitude. Un autre moment de silence planait.
" Donc toi, tu es tisserande et chasseuse, c'est ça ? "
" Hm. " Fit Phyress, distraite, plongée dans ses pensées.
" Mouais. Bin t'as plus pris de la tisserande en effet. Le monde est tel qu'il est. C'est ainsi et ça sera toujours comme ça et malheureusement dans la balance de la vie, le poids de tes bonnes attentions ne compte pas. Tu es d'ailleurs seule à le porter, tu t'en rendra bien compte. "
" C'est pour ça que je voulais partir à l'aventure... " Dit la jeune Archère, toute rêveuse. Une petite larme perlait sur le coin de son oeil.
" Je.. Je crois que je rêvais de vivre des choses merveilleuses, des choses qui rendraient ridicules des valeurs telles que l'or ou la richesse. Je voulais découvrir des choses exceptionnelles, devenir quelqu'un, aider mes proches, aider des inconnus, savoir que quelqu'un dans ce monde me serait reconnaissant un jour de lui avoir apporté mon aide d'une quelconque façon... Mais j'ai peur de devoir affronter ces réalités. J'ai peur de m'y confronter, j'ai peur de me heurter à des gens froids et durs pour qui tout ce que je veux apporter et inspirer ne représenteraient rien. "
" Peur d'être découragée en somme. "

Phyress essuya une petite larme sournoise qui venait de couler le long de sa joue et renifla bruyamment.
" Tu veux savoir ce que je vois ? Je vois une femme riche battre un enfant, un jeune valet avec un nerf de boeuf, après cette punition, le jeune garçon sera aveugle. Il était en retard pour servir l'eau aux chiens. Je vois des mineurs qui se font écraser dans les mines de sel à côté de Kendra Kâr. Je vois un mendiant se faire battre par un groupe de bandits ivres qui cherchaient à s'amuser. Et je vois un chat bien nourri dormir sur un coussin de velours. Mais comment est-ce que vous dites déjà, vous les humains ? Ah. C'est la vie. "

Les propos glaçant d'insensibilités de Lys heurtaient Phyress qui ne s'en montraient pas moins découragée. Elle était déterminée à continuer son aventure, trouver quelque chose de magnifique, quelque chose de radieux. Faute de pouvoir continuer à dormir, Phyress quitta la grange avec Lys, silencieuses comme des ombres de peur de réveiller le chien de Bébère. Elle marchèrent à travers champs jusqu'à arriver face à la magnifique ville d'Oranan. L'aube éclairait de ses rayons lointains le vaste ciel et au loin, la ville elle aussi s'éveillait.

Phyress ressentait plein de choses, comme si l'odeur du pain doré qui cuisait au four lui parvenait déjà, les marchés, les tavernes, les conteurs de rue, les légendaires Samouraïs dont elle entendait parler dans les contes et légendes. Tout ceci alimentait en elle une adrénaline irrésistible et elle oubliait déjà les propos de la Faera. Enivrée par des joies et des attentes nouvelles, Phyress avait trouvé un point d'eau clair pour se dévêtir et se laver afin de se rendre plus présentable pour entrer dans la ville.

Ses affaires étendues au sol, elle s'était plongée jusqu'au bassin dans l'eau froide et se lavait activement de la crasse et de la poussière des jours passés. Son estomac criait déjà famine mais la plaie à sa cheville avait complètement disparue et c'était le plus important.
Elle termina sa pause en inspectant toute sa tenue, l'armure Izurienne n'allait certainement pas passer inaperçue en ville mais elle irait acheter une cape pour la recouvrir, elle devait certainement avoir de quoi se payer ce vêtement. Phyress hésitait, secouant entre ses doigts la bourse de Yus.
" Hm... Suis tellement loin de chez moi que je ne sais pas si j'ai une fortune ou tout juste de quoi m'acheter une miche de pain noir. "

Fin prête et habillée, la jeune Archère se tenait debout sur une colline, observant la ville quelques lieux plus loin.
" Tu sais... " Dit Lys, se matérialisant sur son épaule. " Je sais que tu es une bonne personne, je suis certaine que nous allons vivre des choses exceptionnelles, et ce que je te disais hier, ce n'était pas pour tuer ta curiosité ou te faire du mal, c'est juste que je préfère que ça te vienne de moi plutôt que de quelqu'un d'autre qui ne prendrait pas la peine de se faire pardonner de t'avoir dit quelque chose d'aussi noir. "

Phyress lui rendit un sourire radieux, elle aussi, en son for intérieur savait qu'elle allait vivre de grandes choses avec sa nouvelle compagne, Lys. Car bien que froide, sa Faera lui apportait une présence rassurante et Phyress savait que c'était bien là ce qui jusqu'à présent lui faisait défaut.

" Oranan, prépare-toi car j'arrive ! "

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