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Le ton de Tsukiko fut clairement acerbe, chose que Ziresh comprit entièrement. Personne n'aurait aimé voir sa propre culture critiquée de la sorte. Mais même s'il comprenait, le loup d'argent avait du mal à saisir ce rattachement à la tradition, quand eux-même se rendaient compte des problèmes que pouvait engendrer la régence d'un empire par un enfant. Le Conseiller fut bien expéditif, et intima aux gardes de mener l'aventurier jusqu'à ses appartements. Il fallait le dire, Ziresh voyait un peu cela comme une punition. La politesse n'était plus vraiment à l'ordre du jour, et pour seul salut, il n'avait pu recevoir que le sourire de la belle Himeka. Cela suffit à lui donner l'espoir de la revoir un jour et qu'elle puisse, peut-être, lui accorder un peu d'attention.
Le chemin jusqu'à sa chambre lui avait paru quelque peu effrayant, tant l'autorité du Conseiller Tsukiko semblait avoir été transmise aux gardes. Pourtant, ils s'étaient simplement contentés de rester silencieux. Mais la peur qui l'avait pris s'estompa bien vite quand, enfin, il vit l'endroit où il allait passer la nuit.
"Père et Mère... Je n'arrive pas à le croire..."
De toute sa vie de liykor, jamais Ziresh n'avait eu la chance de passer la nuit dans des appartements au mobilier d'une telle qualité. Il n'était qu'un loup après tout. Il n'avait connu que les couchettes, les bottes de foin en guise de lit, les matelas éventrés de vieilles auberges... Pour ainsi dire, le meilleur endroit où il avait pu dormir était l'Auberge au Bon Pain de Luminion, et ce n'était simplement que la présence de ses hôtes qui changeait absolument toute la simplicité des chambres. Mais ces appartements, là, il n'en avait jamais vus de tels. Tout l'esthétisme et la qualité du monde ynorien était là. Il n'y avait pas de lit, mais des tatamis et un petit matelas accompagné d'une couverture sur le sol. Les murs étaient particulièrement propres, ornés de quelques parchemins dont Ziresh ne pouvait visiblement pas comprendre les écrits. En revanche, il ne semblait pas y avoir de fenêtres vers le mystérieux extérieur qu'il avait juste pu entrevoir de par les meurtrières, à son arrivée.
Bien entendu, la chambre en elle-même était d'une sobriété exemplaire, mais pourtant, le jeune bratien n'avait jamais profité d'une telle chose. Ces tatamis, ces couvertures de soie, ces petites lampes en papier donnant une lumière tamisée... Et puis ce même petit kimono plié sur sa couche, dont Armelle avait pu elle-même profiter.
(Joie !)
Sans attendre, Ziresh retira son armure pour enfiler le vêtement. Avec son pelage épais, il ne pouvait pas autant se rendre compte de la douceur agréable que pouvait procurer cette soie. Mais ses coussinets en témoignèrent bien vite. Il n'allait certes pouvoir vêtir cela que pour une nuit, mais c'était déjà un véritable bonheur, pour lui, de dormir entouré de tels éléments. La lumière des lampes, si sombres, ne l'empêchèrent pas de s'endormir. Au contraire, il s'était progressivement assoupi, emmitouflé dans ces beaux tissus. Il avait seulement, comme à son habitude, sorti la fiole qui renfermait les cendres de sa fiancée, Kâhra. Mais cette fois-ci, il l'avait seulement déposée près de lui. Il ne l'avait pas gardée contre sa poitrine. Et ses dernières pensées, avant que le sommeil ne vienne le cueillir, furent pour la belle Himeka. Il en savait trop peu sur elle, il s'en rendait bien compte. Mais dès le début, pourtant, il avait ressenti quelque chose pour elle. Et pour tout dire, même si son cœur battait de plus belle lorsqu'il voyait son image, il éprouvait une certaine culpabilité...
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