> L'épisode précédent juste au dessus...Un vieil « ami », Partie IILa surprise pris le pas sur la colère. Les yeux écarquillés, je détaillais le jeune homme du nom de Mefiât Nîtrera... ou ce qu'il en restait. Il se tenait debout au centre d'une sphère sombre, une légère lueur verdâtre flottant autour de lui. Une cape jaune et sale aux bords élimés le recouvrait de la tête aux pieds, alors qu'il me toisait méchamment sous sa capuche. Des crânes certainement humains pendaient de sa tunique, complétant la touche inquiétante du personnage. Il paraissait plutôt... furieux. D'ailleurs, sans engager la conversation, il leva les mains, et je sentis son fluide bouillonner. Il souffla un mot de pouvoir, et me jeta une Main Sombre.
Là, j'étais vraiment mal. Quelle que soit l'issue du combat, ça tournerait au vinaigre. Même si par miracle je parvenais à le vaincre
(et je pèse mes mots, Mefiât avait beau être un lâche, il avait eu le temps de s'améliorer en cinq ans, alors que moi...), c'était la prison à vie assurée cette fois-ci. Non, la fuite restait la meilleure option. C'est en pensant à tout ceci que je roulais derrière une tombe, esquivant le sort avec facilité. Je me relevais, et tombai nez à nez avec lui. Surpris, j'eus l'ultime réflexe de me jeter en arrière, récoltant une vilaine coupure à la joue. Je portais ma main à ma blessure, en lorgnant d'un œil critique les griffes métalliques de ses gantelets. Je m'apprêtais à éviter une autre attaque, mais il baissa les bras.
« Salut, Azuphel » lâcha-t-il d'un air mauvais.
-Bonjour Mefiât (Là, il grimaça. Il avait toujours horreur d'entendre son prénom).
Tu m'as l'air en grande forme, aujourd'hui. Je suis moi aussi très content de te voir, mais j'aurais préféré qu'on aille discuter ailleurs, dans un endroit... un peu plus normal, tu vois, dans une taverne par exemple... Je ne dis pas que tu as mauvais goût, hein, rassure-toi... C'est mignon ici... C'est chez toi ? ajoutai-je en essuyant la poussière d'une pierre tombale.
Il ne bougea pas, et un rictus éclaira son visage.
-Tu n'as pas perdu ton sens de l'humour. Mais je vois que le cachot t'as délié la langue, te voilà bavard comme un nain. T'a-t-il aussi appris à ne pas dénoncer ceux que tu considères comme tes amis ?
Là, il était plutôt gonflé. Oui, parce que c'était à cause de ce type si j'avais croupi cinq ans en prison.
Une histoire de bagarre qui avait mal tourné... Mefiât avait tué un homme et s'était enfui, me laissant à moitié mort sur les pavés, à la merci des autorités. Vous parlez d'un "ami". Par la suite, j'avais eu beau répéter que je n'étais pas le meurtrier, personne ne me croyait ! Et il faut dire que j'avais un peu fait parler de moi, et que pas mal de gens rêvaient de me voir derrière les barreaux. Affaire classée...
-Traître Infâme ! Tu ne m'as même pas aidé ! Tu m'as abandonné, tu m'as envoyé en prison ! m'échauffai-je, sans trop m'énerver.
(Je vous avoue qu'à ce moment, la peur était bien plus présente que la colère, et que je cherchais toujours du coin de l'œil un moyen de m'échapper. )Il cracha, dégoûté.
-Je te croyais mort. Quand j'ai appris que ce n'était pas le cas, j'ai regretté, je te le promets. Et quand j'ai appris que tu avais parlé, et que mon nom était sorti lors des interrogatoires (oui bon, il disait vrai... Mais j'ai changé !) c'est à toi que j'en ai voulu ! rugit-il, en levant une griffe vers moi, d'un air accusateur.
Puis il chargea. Paniqué, j'esquivai gauchement, glissai sur le sable et m'écorchai lamentablement le genou sur une tombe. Mais au moins, j'étais en vie. Ah, j'avais longtemps imaginé ma rencontre avec Mef, à ma sortie du cachot. Bien des fois, emprisonné, j'avais savouré ma vengeance future, tout en sachant qu'il était plus fort que moi. Et maintenant que j'étais en face de lui, je faisais moins le fier. Son regard était plein de haine, lui aussi avait attendu ce moment. Au point même de guetter ma sortie, et de m'attirer loin des regards, par un moyen qui me demeurait inconnu. Il semblait avoir perdu toute prudence, préférant assouvir son désir de vengeance en plein jour que d'attendre une occasion nocturne et bien plus discrète. La milice avait dû lui en faire baver. Bien fait pour lui.
Il parcouru les quelques mètres qui nous séparaient en une fraction de seconde, levant le bras pour une attaque parfaite. C'est à ce moment que le Maudit choisit d'intervenir.
(Utilise le Souffle !)Instantanément, je m'exécutai, tout en maugréant intérieurement pour ne pas y avoir pensé plus tôt. Durant mon incarcération, le Maudit m'avait apporté son aide pour maîtriser la magie noire de Thimoros, un Dieu cruel et perfide qui offrait une grande puissance à ses fidèles, pourvu qu'ils souffrent en son nom. Je n'étais pas un Fanatique de Thimoros comme les autres. En fait, à proprement parler, je n'étais reconnu par personne en tant que tel. Mais toujours est-il que j'avais accompli des rites de scarification dans ma cellule sous les conseils avisés du Maudit, et que Thimoros m'avait offert le secret de son Souffle, par amusement ou par pitié. Mais peu importe.
À défaut d'être un fervent admirateur de ce Dieu, je contrôlais ce pouvoir à la perfection, et je le laissai éclater dans l'esprit de Mefiât. Mon fluide circula un instant dans mon corps, et je murmurai le mot de pouvoir en ciblant mon ennemi. Le sort fit mouche, et Mefiât fut déstabilisé, terminant durement sa course contre une tombe. Il se releva immédiatement, à ma grande surprise. Sa capuche était relevée, et je voyais son crâne rasé se tourner vers moi. Il s'était ouvert l'arcade en tombant, et je remarquai avec amusement que sa chute l'avait plus blessé que mon sort. Décidément, il était à un tout autre niveau. Il le confirma en éclatant d'un rire dément, avant de se conférer un Soutien des Ténèbres. Le Maudit m'avait parlé de ce puissant sort qui visait à multiplier la puissance magique des Fanatiques.
Il faut croire que la chance était avec moi ce jour là, puisqu'une voix semblant sortir d'outre-tombe nous parvint, rauque et pourtant glacée, porteuse d'un pouvoir certain.
« Ça suffit. Et virez-moi toute cette ombre. »Je tournai la tête, découvrant le fameux gardien du cimetière, Onark. Les rumeurs allaient bon train sur ce prêtre qu'on disait inhumain. Et il est vrai que son apparence était étrange. En fait, tout paraissait disproportionné chez Onark. Très bossu, il paraissait de petite taille, accroupi près d'une tombe. Son dos gigantesque contrastait avec la petitesse de sa tête, et ses bras immenses ne semblaient pas naturels, comme s'ils avaient poussé aux mauvais endroits. Mais le plus inquiétant chez cette créature était sa tête. Chauve, son crâne gris était strié de fines rides encadrant des yeux jaunâtres et globuleux. Un immense sourire carnassier fendait sa figure de monstre alors qu'il nous dévisageait. La lanterne posée près de lui lançait des reflets dorés sur sa peau, illuminant l'ombre créée par Mefiât.

Celui-ci n'en menait pas large. Il savait que s'il était bien plus fort que moi, le gardien maîtrisait la magie de Phaitos en plus de la sienne. On disait également de lui qu'il était en contact avec le monde des morts, tel un nécromancien. Et tout le monde sait qu'un nécromancien est absolument à éviter, pour peu qu'on tienne à la vie. Mais mon ancien ami était furieux de voir sa revanche interrompue, et me lança :
« Ce n'est pas fini, Azuphel, on se reverra. » -C'est ça Mef, au plaisir, répondis-je, en manque d'inspiration humoristique.
Sur ces mots, il s'enroula dans sa cape et disparu, probablement fier de son effet théâtral. Pff...
Aussitôt, la lumière repris ses droits, et je me retrouvais -quoi de plus banal- dans un cimetière en plein jour, en compagnie d'un bossu... Un bossu ? Tiens, j'avais oublié ce petit détail.
Heureusement, il n'avait pas bougé. Toujours à quelques mètres de moi, il paraissait assez amusé de la tournure des évènements.
« On vous tue dès la sortie maintenant ? » me demanda-t-il en considérant mes haillons de prisonnier.
« Viens par là, fils. » Et il attrapa sa lanterne désormais éteinte, avant de s'éloigner d'un bon pas. Ne voulant pas m'attirer ses foudres, je le suivis, un peu à contrecœur tout de même.
(Peut-être qu'il veut me sacrifier ?) imaginai-je, sans grande conviction.
Mais rien de tel ne se produisit. Il me fit patienter à l'entrée de sa "maison", plus proche d'une cabane en vérité. Je l'entendis fouiller dans un coffre et râler, avant de pousser un cri de victoire.
« Voilà, ça devrait t'aller. » lança-t-il enfin, en ressortant.
Il me jeta des habits un peu plus convenables, ainsi qu'un vieux gantelet en cuir.
« C'était à ce type » ajouta-t-il, une fois encore défiguré par son immense sourire sardonique.
Il désignait du doigt un endroit au sol, et j'eus un sursaut de stupeur. Il y avait un cadavre, un homme nu frappé en plein cœur. Le poignard était enfoncé jusqu'à la garde, un sang noir et épais s'était écoulé de sa bouche et de ses yeux ouverts, bien que vides de vie. Il était là depuis plusieurs heures, à en juger le nombre d'insectes qui voletaient, en quête d'un délicieux repas.
Je détournai les yeux, les reportant sur le "généreux" Onark.
« Ahem, je vous remercie... Mais pourquoi me donner ça ? »Il paraissait satisfait de ma réaction devant son "invité" et me répondit :
« Juste pour ton Souffle. Il était exécuté avec une bonne maîtrise et j'ai apprécié. Bon, effectivement, il n'a pas servi à grand chose... Mais ton ennemi était fort, et je crois que tu es un peu rouillé. Thimoros te laisse une chance, fils. » Sur ces mots, il me salua d'un hochement de tête, et entra dans sa maison. Il se ravisa en fermant la porte.
« Ah oui j'oubliai. Tu auras sûrement besoin de ça en ville. »Il fouilla dans ses poches, et me lança une bourse de pièces, avant de m'offrir un ultime sourire monstrueux. Puis il claqua la porte.
(Sympa.)> Allons faire un tour dans les ruelles...