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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Dim 9 Mai 2010 14:04 
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Le chien, tout content que tu t’occupes de lui, se laisser empoigner sans broncher, il est robuste et ta poigne ne l’intimide aucunement. Docilement, il te laisse lui arracher sa médaille et puisque tu as une main occupée à la médaille, il réussit facilement à approcher sa gueule de ton visage, il ouvre cette dernière, sort sa grande langue baveuse et envoie celle-ci te lécher le visage d’un bon coup. Soit qu’il t’aime bien, ou plus propable, il a été attiré par les restes de ton repas qui se trouvait sur ton menton !
Si tu regardes de plus près la vieille médaille cabossée qui dans sa jeunesse devait être une médaille de qualité, tu vas découvrir le nom du chien : Ti-gras ! De l’autre côté, il y a plein d’inscriptions et dessins en trop petits caractères pour que tu puisses déchiffrer quoi que ce soit à l’œil nu, sauf au centre de la médaille où tu peux clairement voir cette image !

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Lun 24 Mai 2010 09:53 
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La médaille fut arrachée, et l’Ogre la tenait en main, visage crispé par le poids de cette bête qui lui avait sauté dessus, et qui venait de lui lécher goulument le visage, répandant sa bave infecte sur la peau pourtant peu appétissante, blême et mal vieillie, de Gurth Von Lasch. Mais si le comportement indigne et écœurant de ce chien était tout à fait déplacé et le mettait en rogne, il n’avait cure et n’était pas dégouté par cette bave. Tout au plus, il se sentait insulté par cette ignominie poilue, par cet animal ridiculement gros, puant et amical. Ce canin était une plaie infectée de cette planète, mais déjà il lui avait réservé son destin funeste, au cadavre dépecé et meurtri de nombreuses lames tuloraines, les crocs rougi du sang d’innocents passants. Oui, telle allait être la fin de cette maudite bête, et c’est donc sans empressement ni haine suicidaire que Gurth lâcha l’animal pour s’en écarter d’un pas afin de visionner la médaille qu’il venait d’arracher à sa gorge.

« Ti-gras… »

D’une voix sourde et grave, rendue rauque et sombre par son enfermement, il venait de prononcer le nom de cette bête immonde, de cette horrible infection. Cet élément ne revêtait qu’un intérêt mineur pour lui, mais il s avait que les animaux de la trempe du chien énorme qui se tenait là tenaient beaucoup à leur nom, et montraient imbécilement fidélité et soumission à son détenteur…

Sans attendre de réaction, Gurth continua son inspection de la médaille en question. Il la retourna et ouvrit ses grands yeux laiteux, surpris de ce qu’il venait d’apercevoir. Au milieu d’inscriptions rendues illisibles par leur taille et l’obscurité ambiante, le dessin d’une arme, d’une dague morbide à l’aspect peu engageant. Une dague de légende, un artefact connu de tout serviteur des Ombres qui se respecte, dont Gurth identifia directement le nom dans sa mémoire troublée :

« Agonie silencieuse. »

Il l’avait prononcé avec la même intonation que le nom du chien, précédemment. Chien qui n’avait désormais plus aucune importance, tout comme la vieille, le mausolée et ses abeilles. Il devait se renseigner sur cette arme, décrypter les inscriptions gravées dans la médaille. La chose était certaine : ses Dieux lui avaient tendu la réponse qu’il attendait, ce consentement approbateur pour l’avenir auquel il se destinait. Par cette arme, la volonté des Dieux Noirs serait faite, et il devait maintenant se la procurer, par la voie de Thimoros, pour la foi de Phaïtos. Un endroit était tout consigné pour cette recherche : le temple qu’il avait quitté quelques temps auparavant dans la journée. Mais c’était risqué : si un prêtre voyait cette médaille, il pourrait se la procurer, et Gurth n’aurait pas l’audace de la refuser à un membre de son culte, si humble serait-il.

Ce fut alors qu’il eut une idée : Il connaissait le pouvoir grossissant de l’eau, la réfraction lumineuse à travers l’élément aqueux. Et ce n’était pas ce qui manquait, dans ce cimetière nocturne, après une pluie diluvienne. Gurth chercha une flaque du regard et s’en approcha pour se baisser tout près, ne tenant plus compte de quoi que ce soit d’autre que cette médaille mystérieuse. Il la plongea dans l’eau, sans en remuer le fond boueux, et tenta d’en lire plus, espérant que l’effet-loupe de l’eau serait suffisant en ce but…

À la recherche d’une arme il allait aller
Et la médaille d’un chien en serait la clé.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Lun 24 Mai 2010 16:30 
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Aussi docilement qu’il t’a laissé arracher sa médaille, il ne fait pas opposition quand tu le relâches et t’éloignes de lui. Par contre, lorsque tu prononces son nom, il réagit instantanément. Il se met en position assise, le corps bien droit et la tête bien haute, comme un soldat à qui on vient de donner l’ordre de se mettre au garde à vous. Il semble attendre un moment puis, ne recevant plus d’attention de ta part, il se couche non loin de toi, s’appuyant la tête sur ses pattes de devant.
Il se fait alors silencieux et presqu’invisible, malgré sa taille imposante, jusqu’à ce que tu te penches sur la flaque d’eau. À ce moment, il se lève et va te rejoindre, sa grosse tête te faisant un peu de l’ombre et t’empêchant de bien voir ce que tu cherches, il va même pousser l’audace jusqu’à pénétrer bêtement son museau dans l’eau, cherchant sans doute en vain à renifler la médaille que tu tiens en main. Il sort ensuite sa tête mouillé du liquide, sans oublier de s’ébrouer et de t’éclabousser par le fait même. Il en profite ensuite pour prendre quelques lapées d’eau, ce qui altère l’image de la médaille. Il te faudra attendre un peu avant que la surface de la flaque redevienne lisse et qu’une image agrandit de la médaille te parvienne clairement.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Lun 24 Mai 2010 18:51 
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Après quelques secondes, qui te semblent interminables, voici ce que tu peux voir :

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Dim 30 Mai 2010 11:37 
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Plan ténébreux.

Alors que l’ogre terrible était penché sur sa flaque, lorgnant la médaille canine comportant le dessin de toutes ses ambitions, le chien immense réagit à l’appel de son nom en se figeant tel une statue de marbre, droit et fier, vaillant et docile, comme un bon petit soldat. L’idée fugitive et mauvaise d’avoir tout pouvoir sur cette bête immonde passa dans l’esprit nécrosé de Gurth, mais cela n’était pas dans ses attributions du moment. Ce qui comptait, c’étaient les indications de la médailles, et patiemment, il attendait que les remouds de l’eau créé par le dépôt de sa main massive dans la flaque se tarissent pour qu’il parvienne enfin à réaliser le message qui lui avait été confié par l’intermédiaire grotesque de ce gros toutou pouilleux.

Hélas, lorsque la surface lisse de l’eau revint au calme le plus plat, la patience de l’animal semblait elle aussi être arrivée à son terme, et il recommença à houspiller le géant dans sa tâche, le suivant comme son ombre jusque dans sa recherche. L’ombre du molosse couvrit momentanément la vue du fanatique, et lorsqu’il releva un œil encoléré vers la bête, celle-ci ne trouva rien de mieux à faire que de fourrer son museau imposant dans l’eau paisible de la flaque. Grognant, Gurth le repoussa du revers de sa grosse main, forcé d’attendre à nouveau l’accalmie de la flaque d’eau.

Lorsqu’enfin elle fut paisible, et que le chien fut tenu à l’écart par une main ferme, l’Ogre put contempler le résultat de ses recherches. Cela ressemblait à un plan, un schéma, un dessin représentant une situation, qui sitôt qu’il la vit, parla au serviteur des Dieux Sombres. S’il ne faisait pas erreur, Thimoros lui conférait une grande chance en cette nuit terrible, car il identifia sur la médaille le mausolée juste derrière lui, celui-là même que la vieille folle avait investi, fermant la porte après son passage…

Il étudia encore quelques secondes le dessin, et remarqua les quatre parties de celui-ci, dirigées chronologiquement par la présence de flèches éparses. Il en conclut qu’il s’agissait là d’une marche à suivre pour pénétrer sans encombre dans le caveau de ses désirs, où l’image de l’arme brillait de son éclat mauvais. Sans plus attendre, il récupéra la médaille et, sans tenir compte du gros chien, se dirigea vers la face du mausolée située à l’opposé de l’entrée gardée par une ruche bourdonnante.

Là, une première épreuve l’attendrait
Et par sa foi, il la résoudrait…

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Dim 30 Mai 2010 15:07 
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Libéré de ta poigne ferme, Ti-gras te suit (à moins que ce soit de sa médaille qu’il ne veut pas s’éloigner) lorsque tu te diriges vers le caveau. Cependant lorsque tu contournes le mausolée pour te rendre de l’autre côté, il se met à renifler quelques coups puis arrête net sa progression. Il se dirige droit sur la porte empruntée par la mégère pour se cacher et se met à grogner. On peut entendre les abeilles bourdonner, mais elles ne quittent pas leurs ruches, pas pour l’instant du moins. Le chien grogne de plus belles, il semble soudain animé d’une rage semblable à celle qui l’habitait un peu plus tôt lors de votre rencontre. Sa babine supérieure est relevée et ses dents à découverts. Ce colosse recule de quelques pas pour se donner un élan, puis s'élance sur la porte. Bien que très puissant, ce choc n’ébranle aucunement la porte qui demeure fermée. Cependant, son coup violent a alerté quelques abeilles (moins d’une dizaine) qui sortent en éclaireuses pour constater ce qui cause tout ce grabuge. Comme si ce n’était suffisant, le coup sur la porte a aussi entraîné la chute d’un flambeau fixé à proximité de la dite porte. Heureusement, cette torche était éteinte. Allumée, ses flammes auraient pu causer beaucoup de ravages, ou du moins la fumée provoquée par l’herbe mouillée aurait pu en asphyxier plus d’un.

De ton côté, tu ne vois aucune autre issue, seulement des murs lisses ne laissant aucune doute sur l’inexistence de porte, même dérobée.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Lun 28 Juin 2010 10:51 
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Recherches errantes.

Arrivé à destination, l’Ogre ne put que constater son incompréhension du plan qu’il avait décrypté sur la médaille du canin énorme. Ainsi, nul indice visuel sur l’inscription soi-disant énigmatique, cet anagramme qu’il avait déjà résolu en l’apercevant via les reflets aqueux de la flaque. Gurth fronça les sourcils, mécontent de cette non-découverte, et se renfrogna encore davantage, inspectant vainement le moindre recoin de cette paroi. Si les dieux de l’ombre lui avaient éclairé la voie vers la puissance, il lui restait tout de même à prouver sa valeur et son abnégation sans faille. La ruse et la logique l’amèneraient à l’arme. La destruction et la mort seraient des outils qu’il userait plus tard…

De son côté, le chien jouait avec la ruche suspendue en haut de la porte, et l’attaquait imbécilement en excitant les insectes rayés. Gurth soupira sourdement… Ce chien ne lui était guère plus utile pour l’instant, et s’avérait plus encombrant qu’autre chose. Mais il n’avait pour le moment pas le moyen direct de s’en débarrasser. Quelques piqûres d’abeilles le feraient peut-être pour lui, et alors, il fuirait la queue entre les jambes… Il se débrouillait donc bien tout seul, et le fanatique se reconcentra sur sa tâche. Dans le doute, il grommela, mains tendues face au mur :

« Caveau… »

La solution de l’énigme… Si rien ne se passait, il irait inspecter la seconde face, indiquée sur le plan par une clé et une partition. Lui qui ne connaissait rien à la musique ou à l’art n’était pas satisfait de se retrouver face à cette nouvelle énigme, mais il dût bien s’y résoudre… Si son énonciation orale du mot ‘Caveau’ avait un quelconque effet sur le mur de pierre, il resterait face à celui-ci pour voir les indices nouveaux qui pourraient s’offrir à lui…

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Mer 30 Juin 2010 03:02 
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Lorsque tu prononces le mot caveau, rien ne se produit. À part le vent qui siffle dans la nuit, tu entends le chien, qui sans relâche essaie de défoncer la porte, étant un chien, il est incapable de tourner la poignée.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Ven 16 Juil 2010 02:58 
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Pour Azuphel: Intervention GMique d'initiation de RP


Tu viens tout juste d'être relâché de la cellule humide qui t'a servi de demeure ces cinq dernières années... L'air de Tulorim est lourd, l'humidité qui y règne n'en rends la chaleur que plus insupportable... Mais il est également lourd de sensations pour toi: la liberté te tend à nouveau, et enfin, les bras. Perdu dans tes songes, tu déambules machinalement au fil des ruelles, à la recherche d'un coin frais ou tu puisses appréhender les nouvelles possibilités s'offrants à toi...

Bien rapidement, tu sens que l'air autour de toi a changé, toujours aussi chaud et humide, mais chargé d'un nouveau poids... Une aura sombre et effrayante semble t'enrober, et chaque centimètre parcouru sur les pavés traîtres de Tulorim est plus éprouvant que le dernier. Comme si l'endroit repoussait tout visiteur... L'odeur de la mort parvient enfin jusqu'à tes narines... Plus aucun doute, tes pas t'ont mené jusqu'au cimetière de Tulorim. Le lieu est connu dans les sphères les plus sombres de Tulorim pour les rumeurs glauques qui courent à son sujet... Tu réalises que jusqu'ici, tu n'avais aucune idée du chemin que tu empruntait. D'ailleurs, tu serais bien incapable de le retrouver...

Un hasard? Il est pourtant difficile de finir ici en empruntant des ruelles aléatoires... Un signe alors? Mais de qui? Et cette étrange sensation au fond de toi, comme si l'on t'avait appelé ou attiré ici...

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Ven 16 Juil 2010 16:17 
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Un vieil « ami », Partie I

L'après-midi était bien entamée lorsque le garde me poussa dehors sans cérémonie. La lumière me frappa durement, vrillant mes sens, aveuglant le rat cloîtré que j'étais devenu.
( Le Maudit vous punira, craignez-le ! ) pensai-je en me redressant.

Cinq ans de cachot... Mais j'étais enfin libre. J'inspirai profondément, et grimaçai. Quelle chaleur ! Ma prison avait au moins le mérite de me fournir un sol frais et un air bien moins épais. Mais je préférais tout plutôt que d'y retourner. Un sourire se dessina sur mon visage, tandis que je fermais les yeux, savourant l'instant. J'avais eu le temps de réfléchir, pendant cinq longues années, mais jamais je ne m'étais demandé quelles seraient mes premières actions, une fois libre. Certainement pas rester ici, les yeux dans le vague à ne rien faire.

J'abandonnai donc les cachots sans un regard en arrière, m'aventurant dans une ruelle au hasard. Le sol était chaud sous mes pieds nus, et mon regard passait des habitations aux rares personnes de sortie ce jour-là. Je fus tenté d'aller à la forge pour voir les enclumes, mais la chaleur qui devait y régner me découragea. Et j'avais une autre raison de ne pas y aller. En prison, je m'étais promis de faire quelque chose de ma vie. Les larcins, les bagarres de rue, les journées entières à contempler les enclumes, terminés ! Je voulais devenir fort. C'était ma volonté. Et celle du Maudit. Ah, le Maudit... Je ne voudrais pas trop m'attarder sur lui. Sachez qu'il m'était apparu en prison, alors que je délirais, en proie à une fièvre terrible. J'ai toujours agi en son nom -du moins, je pensais le faire. Pendant un temps, j'ai cru que j'étais fou, qu'il n'existait pas, et que la voix qui résonnait si durement dans ma tête était issue de mon imagination. Je ne lui vouais pas un culte à proprement parler... Disons qu'il ordonnait, et que j'obéissais, sans savoir véritablement pourquoi, sans être intimement convaincu de sa puissance. Toujours est-il que son contrôle sur moi était total : je me serais supprimé sans hésitation, s'il me l'avait demandé. C'est grâce (ou à cause ?) de lui si je suis ici aujourd'hui.

Bref, je marchais toujours sans savoir où aller, profitant pleinement de mes premiers vrais instants de liberté. Je crois que je cherchais un endroit plus frais pour réfléchir à mon avenir. Je dis que je crois, car je n'en suis plus sûr, ce qui arriva à ce moment me laisse encore perplexe aujourd'hui. J'avais tourné dans les rues de la ville sans but précis, et sans me rendre compte que le nombre de passants diminuait. J'avais la soudaine impression que la lumière baissait devant moi, m'attirant avec la promesse d'une fraîcheur bénie en ce jour d'été. Mais l'avancée devenait de plus en plus pénible, j'avais du mal à mettre un pied devant l'autre. (Que se passe-t-il ? ) me dis-je, sans cesser de marcher. Soudain, l'espace d'un instant, une étincelle de magie noire me fut perceptible, accélérant mon rythme cardiaque. En prison, j'avais eu tout le temps nécessaire pour développer ma sensibilité magique, et même ce discret scintillement détonna dans mon esprit, tel un coup de tonnerre. Je fronçai les sourcils, bien décidé à découvrir qui en était la source. Tournant dans une ultime ruelle, je constatai avec inquiétude qu'une noirceur surnaturelle envahissait les lieux, sous un ciel pourtant bleu et vierge de nuage. Sans m'arrêter, je pénétrai dans l'ombre, et aperçu la grille, à quelques mètres de là. La grille du cimetière. Mes pas m'avaient conduit jusqu'au cimetière.

Comme par hasard.

Comprenant la supercherie, je fis demi-tour, voulant m'échapper au plus vite. Mais c'était peine perdue : la difficulté que j'avais eu à approcher de l'endroit semblait la même pour s'en éloigner. Chaque mouvement demandait un effort inconcevable, et l'odeur de poussière et de mort qui me parvenait me faisait suffoquer. Une fois encore, la magie fit son apparition, bien plus près. En fait, elle déchira l'air à ma droite, et je n'eus que le temps d'apercevoir un bras d'ombre fondre sur moi pour m'attraper. Je sentis le fluide obscur et froid s'enrouler autour de mon bras, avant de me tirer violemment à lui. Un cri de stupéfaction resta bloqué dans ma gorge, alors que je décollais brusquement du sol. Par miracle, je passai au dessus des pointes acérées de la grille sans me blesser, retombant lourdement sur une pierre tombale.
(Quel imbécile, il a failli m'arracher le bras ! ) pensai-je, en massant mon épaule endolorie. Je me relevai, étudiant les lieux. Évidemment, de nombreuses tombes m'entouraient, et une brume blanche et épaisse m'empêchait de retrouver la rue. Furieux, je me retournai vers mon agresseur, prêt à en découdre.

(C'est bien ma veine, j'aurais mieux fait de rester en prison ) pensai-je alors, les dents serrées.

> La suite juste en dessous...

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Dernière édition par Azuphel le Lun 19 Juil 2010 11:23, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Ven 16 Juil 2010 22:57 
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> L'épisode précédent juste au dessus...

Un vieil « ami », Partie II

La surprise pris le pas sur la colère. Les yeux écarquillés, je détaillais le jeune homme du nom de Mefiât Nîtrera... ou ce qu'il en restait. Il se tenait debout au centre d'une sphère sombre, une légère lueur verdâtre flottant autour de lui. Une cape jaune et sale aux bords élimés le recouvrait de la tête aux pieds, alors qu'il me toisait méchamment sous sa capuche. Des crânes certainement humains pendaient de sa tunique, complétant la touche inquiétante du personnage. Il paraissait plutôt... furieux. D'ailleurs, sans engager la conversation, il leva les mains, et je sentis son fluide bouillonner. Il souffla un mot de pouvoir, et me jeta une Main Sombre.

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Là, j'étais vraiment mal. Quelle que soit l'issue du combat, ça tournerait au vinaigre. Même si par miracle je parvenais à le vaincre (et je pèse mes mots, Mefiât avait beau être un lâche, il avait eu le temps de s'améliorer en cinq ans, alors que moi...), c'était la prison à vie assurée cette fois-ci. Non, la fuite restait la meilleure option. C'est en pensant à tout ceci que je roulais derrière une tombe, esquivant le sort avec facilité. Je me relevais, et tombai nez à nez avec lui. Surpris, j'eus l'ultime réflexe de me jeter en arrière, récoltant une vilaine coupure à la joue. Je portais ma main à ma blessure, en lorgnant d'un œil critique les griffes métalliques de ses gantelets. Je m'apprêtais à éviter une autre attaque, mais il baissa les bras.

« Salut, Azuphel » lâcha-t-il d'un air mauvais.
-Bonjour Mefiât (Là, il grimaça. Il avait toujours horreur d'entendre son prénom). Tu m'as l'air en grande forme, aujourd'hui. Je suis moi aussi très content de te voir, mais j'aurais préféré qu'on aille discuter ailleurs, dans un endroit... un peu plus normal, tu vois, dans une taverne par exemple... Je ne dis pas que tu as mauvais goût, hein, rassure-toi... C'est mignon ici... C'est chez toi ? ajoutai-je en essuyant la poussière d'une pierre tombale.

Il ne bougea pas, et un rictus éclaira son visage.

-Tu n'as pas perdu ton sens de l'humour. Mais je vois que le cachot t'as délié la langue, te voilà bavard comme un nain. T'a-t-il aussi appris à ne pas dénoncer ceux que tu considères comme tes amis ?

Là, il était plutôt gonflé. Oui, parce que c'était à cause de ce type si j'avais croupi cinq ans en prison.
Une histoire de bagarre qui avait mal tourné... Mefiât avait tué un homme et s'était enfui, me laissant à moitié mort sur les pavés, à la merci des autorités. Vous parlez d'un "ami". Par la suite, j'avais eu beau répéter que je n'étais pas le meurtrier, personne ne me croyait ! Et il faut dire que j'avais un peu fait parler de moi, et que pas mal de gens rêvaient de me voir derrière les barreaux. Affaire classée...

-Traître Infâme ! Tu ne m'as même pas aidé ! Tu m'as abandonné, tu m'as envoyé en prison ! m'échauffai-je, sans trop m'énerver. (Je vous avoue qu'à ce moment, la peur était bien plus présente que la colère, et que je cherchais toujours du coin de l'œil un moyen de m'échapper. )

Il cracha, dégoûté.

-Je te croyais mort. Quand j'ai appris que ce n'était pas le cas, j'ai regretté, je te le promets. Et quand j'ai appris que tu avais parlé, et que mon nom était sorti lors des interrogatoires (oui bon, il disait vrai... Mais j'ai changé !) c'est à toi que j'en ai voulu ! rugit-il, en levant une griffe vers moi, d'un air accusateur.

Puis il chargea. Paniqué, j'esquivai gauchement, glissai sur le sable et m'écorchai lamentablement le genou sur une tombe. Mais au moins, j'étais en vie. Ah, j'avais longtemps imaginé ma rencontre avec Mef, à ma sortie du cachot. Bien des fois, emprisonné, j'avais savouré ma vengeance future, tout en sachant qu'il était plus fort que moi. Et maintenant que j'étais en face de lui, je faisais moins le fier. Son regard était plein de haine, lui aussi avait attendu ce moment. Au point même de guetter ma sortie, et de m'attirer loin des regards, par un moyen qui me demeurait inconnu. Il semblait avoir perdu toute prudence, préférant assouvir son désir de vengeance en plein jour que d'attendre une occasion nocturne et bien plus discrète. La milice avait dû lui en faire baver. Bien fait pour lui.
Il parcouru les quelques mètres qui nous séparaient en une fraction de seconde, levant le bras pour une attaque parfaite. C'est à ce moment que le Maudit choisit d'intervenir.

(Utilise le Souffle !)

Instantanément, je m'exécutai, tout en maugréant intérieurement pour ne pas y avoir pensé plus tôt. Durant mon incarcération, le Maudit m'avait apporté son aide pour maîtriser la magie noire de Thimoros, un Dieu cruel et perfide qui offrait une grande puissance à ses fidèles, pourvu qu'ils souffrent en son nom. Je n'étais pas un Fanatique de Thimoros comme les autres. En fait, à proprement parler, je n'étais reconnu par personne en tant que tel. Mais toujours est-il que j'avais accompli des rites de scarification dans ma cellule sous les conseils avisés du Maudit, et que Thimoros m'avait offert le secret de son Souffle, par amusement ou par pitié. Mais peu importe.

À défaut d'être un fervent admirateur de ce Dieu, je contrôlais ce pouvoir à la perfection, et je le laissai éclater dans l'esprit de Mefiât. Mon fluide circula un instant dans mon corps, et je murmurai le mot de pouvoir en ciblant mon ennemi. Le sort fit mouche, et Mefiât fut déstabilisé, terminant durement sa course contre une tombe. Il se releva immédiatement, à ma grande surprise. Sa capuche était relevée, et je voyais son crâne rasé se tourner vers moi. Il s'était ouvert l'arcade en tombant, et je remarquai avec amusement que sa chute l'avait plus blessé que mon sort. Décidément, il était à un tout autre niveau. Il le confirma en éclatant d'un rire dément, avant de se conférer un Soutien des Ténèbres. Le Maudit m'avait parlé de ce puissant sort qui visait à multiplier la puissance magique des Fanatiques.
Il faut croire que la chance était avec moi ce jour là, puisqu'une voix semblant sortir d'outre-tombe nous parvint, rauque et pourtant glacée, porteuse d'un pouvoir certain.

« Ça suffit. Et virez-moi toute cette ombre. »

Je tournai la tête, découvrant le fameux gardien du cimetière, Onark. Les rumeurs allaient bon train sur ce prêtre qu'on disait inhumain. Et il est vrai que son apparence était étrange. En fait, tout paraissait disproportionné chez Onark. Très bossu, il paraissait de petite taille, accroupi près d'une tombe. Son dos gigantesque contrastait avec la petitesse de sa tête, et ses bras immenses ne semblaient pas naturels, comme s'ils avaient poussé aux mauvais endroits. Mais le plus inquiétant chez cette créature était sa tête. Chauve, son crâne gris était strié de fines rides encadrant des yeux jaunâtres et globuleux. Un immense sourire carnassier fendait sa figure de monstre alors qu'il nous dévisageait. La lanterne posée près de lui lançait des reflets dorés sur sa peau, illuminant l'ombre créée par Mefiât.

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Celui-ci n'en menait pas large. Il savait que s'il était bien plus fort que moi, le gardien maîtrisait la magie de Phaitos en plus de la sienne. On disait également de lui qu'il était en contact avec le monde des morts, tel un nécromancien. Et tout le monde sait qu'un nécromancien est absolument à éviter, pour peu qu'on tienne à la vie. Mais mon ancien ami était furieux de voir sa revanche interrompue, et me lança :

« Ce n'est pas fini, Azuphel, on se reverra. »
-C'est ça Mef, au plaisir, répondis-je, en manque d'inspiration humoristique.

Sur ces mots, il s'enroula dans sa cape et disparu, probablement fier de son effet théâtral. Pff...
Aussitôt, la lumière repris ses droits, et je me retrouvais -quoi de plus banal- dans un cimetière en plein jour, en compagnie d'un bossu... Un bossu ? Tiens, j'avais oublié ce petit détail.
Heureusement, il n'avait pas bougé. Toujours à quelques mètres de moi, il paraissait assez amusé de la tournure des évènements.

« On vous tue dès la sortie maintenant ? » me demanda-t-il en considérant mes haillons de prisonnier. « Viens par là, fils. »

Et il attrapa sa lanterne désormais éteinte, avant de s'éloigner d'un bon pas. Ne voulant pas m'attirer ses foudres, je le suivis, un peu à contrecœur tout de même. (Peut-être qu'il veut me sacrifier ?) imaginai-je, sans grande conviction.
Mais rien de tel ne se produisit. Il me fit patienter à l'entrée de sa "maison", plus proche d'une cabane en vérité. Je l'entendis fouiller dans un coffre et râler, avant de pousser un cri de victoire.

« Voilà, ça devrait t'aller. » lança-t-il enfin, en ressortant.
Il me jeta des habits un peu plus convenables, ainsi qu'un vieux gantelet en cuir.
« C'était à ce type » ajouta-t-il, une fois encore défiguré par son immense sourire sardonique.

Il désignait du doigt un endroit au sol, et j'eus un sursaut de stupeur. Il y avait un cadavre, un homme nu frappé en plein cœur. Le poignard était enfoncé jusqu'à la garde, un sang noir et épais s'était écoulé de sa bouche et de ses yeux ouverts, bien que vides de vie. Il était là depuis plusieurs heures, à en juger le nombre d'insectes qui voletaient, en quête d'un délicieux repas.

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Je détournai les yeux, les reportant sur le "généreux" Onark.

« Ahem, je vous remercie... Mais pourquoi me donner ça ? »
Il paraissait satisfait de ma réaction devant son "invité" et me répondit :
« Juste pour ton Souffle. Il était exécuté avec une bonne maîtrise et j'ai apprécié. Bon, effectivement, il n'a pas servi à grand chose... Mais ton ennemi était fort, et je crois que tu es un peu rouillé. Thimoros te laisse une chance, fils. »

Sur ces mots, il me salua d'un hochement de tête, et entra dans sa maison. Il se ravisa en fermant la porte.
« Ah oui j'oubliai. Tu auras sûrement besoin de ça en ville. »
Il fouilla dans ses poches, et me lança une bourse de pièces, avant de m'offrir un ultime sourire monstrueux. Puis il claqua la porte.

(Sympa.)

> Allons faire un tour dans les ruelles...

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Mer 11 Aoû 2010 08:58 
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Recherches errantes (bis)

La voix terrible résonna dans la nuit sans que rien n’arrive. Le cimetière paisible, balayé par un vent glacial et décharné, resta immobile. Nulle magie à l’œuvre ici, juste un caveau inerte, un ogre mécontent et un immense chien-bélier tentant vainement de défoncer la porte de cette excavation maudite. Gurth poussa un juron grommelant, de sa grosse voix inquiétante, et refit le tour du sanctuaire pour fixer ses yeux laiteux sur l’animal patibulaire qui tentait de l’aider, du haut de toute sa bêtise.

Avançant à pas lourds, il écarta le chien d’un revers de bras.

« Pousse-toi, Ti-gras. »

Et sa main énorme se posa sur la poignée, afin de la tourner. Il allait pénétrer dans le caveau qui habitait depuis tant d’années un artefact puissant qu’il convoitait secrètement, dans un recoin de son esprit malmené par les ténèbres.

L’ogre avait cherché, mais n’avait rien trouvé,
Le chien l’avait aidé, il pouvait donc entrer…

_________________
Gurth Von Lasch - l'Ogre de Tulorim

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
(Baudelaire - Le mort joyeux)


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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Mer 11 Aoû 2010 14:28 
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Dirigé de Gurth


Docile, l’énorme chien se laisse pousser sans rechigner. Lorsque tu tournes la poignée, la porte s’ouvre sans difficulté, en grinçant toutefois. Ce bruit est suffisant pour alerter l’occupante de cette voûte.

Aussitôt que la porte est grande ouverte, Ti-gras se mets à gronder de la même manière qu’à votre première rencontre. Il piétine sur place, mais ne descend pas les quelques marches qui vous sépare de la vieille folle.

C’est alors que celle-ci se manifeste. D’où tu es, tu peux apercevoir trois cercueils au bas des marches, ceux de chaque côté (celui de gauche et de droite) semblent fermés et scellés alors que celui du centre est ouvert, et dedans, tu peux y voir la vieille folle assise, vêtue de haillons:

« C’est encore toi vilain cabot, et tu as emporté le gros lard avec toi. Mais c’est inutile… Tu ne me voleras plus car je vais en finir avec toi une fois pour toute ! »

Sa voix est aussi désagréable que la première fois. Elle sort du cercueil, et brandit son bâton en votre direction en vous menaçant :

« Mais avant je vais me débarrasser de ce gros paquet de graisse dit-elle en te désignant ».

Vous l’avez réveillé et elle n’entend pas vous pardonner de cet affront.

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À votre service, pour le plaisir de rp !


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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Jeu 2 Sep 2010 03:57 
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(((Post précédent: Dans les ruelles)))

Voguer sur la mer. Préparer les hameçons, placer les lignes. Et surtout attendre, au soleil, que se présente le fruit de son labeur. C’est ce qu’on m’a appris à faire et c’est ce que je ferai. Pour toujours.

P’pa est là. En fier Talrion, je l’accompagne à la pêche. Pour une rare fois, j’ai presque l’impression qu’il sourit. Pas à moi directement, mais au monde qui l’entoure, à la vie en général, au moment précis. Notre moment. Je pourrais le regarder pendant des heures, quand il est comme cela. Et c’est ce que je fais.

Mais la mer, puissance suprême, n’est jamais prévisible. J’entends l’eau battre les flancs de notre esquif. Faiblement d’abord, puis de plus en plus fort. P’pa Arkel me hurle de l’aider à ramer. Vite, il faut revenir au rivage! Ça cogne, fort, de plus en plus fort…

Où est-il? Je suis seul! Seul, complètement seul, plus même d’horizon pour accrocher mon regard. Seul au milieu d’un océan déchaîné, seul avec une barque qui grince, qui craque, qui perd des morceaux…

Qui sombre. Je m’enfonce dans l’eau. Curieusement, malgré la panique extrême, je respire toujours. Je ne peux simplement pas bouger. Je suis coincé dans cet environnement noir, totalement noir et liquide, qui semble pourtant palpiter. Comme s’il était vivant. La barque a même disparu. Je sombre, toujours plus profondément, jusqu’à ce qu’une pointe de douleur m’informe que j’ai heurté le fond…

''WOUUUSSSSHHHH! BANG, TANG, POF!''

Confusion. Mais où est donc passée l’eau? Pourquoi ne suis-je pas mouillé? Je n’y vois rien, je dois avoir de la boue dans les yeux, je…

Froid. Je sens un flot de sueur couler le long de mon dos. Vides. Ou plutôt, encrassées de sang séché. Mes orbites sont vides! Non!! Je veux retourner dans l’autre cauchemar, je veux…

Déchirement interne. Chaque bouffée d’air passe comme un torrent de feu dans mes entrailles. Les côtes cassées, évidemment… Ressaisis toi! Le monde, dans toute sa tangibilité et son ignominie, t’appelle à lui…

Terre. Humidité. Mes doigts s’enfoncent dans un terreau meule. Contact apaisant d’un sol récemment retourné. Je comprends, je suis couché sur le ventre. Ou plutôt, je suis tombé sur le ventre. Mon souffle coupé en témoigne. Où suis-je? Relève toi, vite!

Impossible. Le sol est bien trop instable. Presque de l’eau… Mes mains, mes pieds s’y enfoncent trop facilement. Les béquilles. Retrouve les béquilles!

Tâtonnement. Elles ne doivent, elles ne peuvent pas être loin. Retourne la terre, fouille, tasse, creuse… Oublie la faim… Des parois. Ou plutôt, une pente, assez forte. Un trou. Je suis dans un trou. Pitié, quoi encore… Pourquoi?

Courage. Tâtonne encore, elles sont là, forcément! Tu vas en sortir, tu ne mourras pas, cherche, cherche… là!

Long. Bonne largeur. Froid… un os. UN OS!! Arrête. Respire, sens. SENS! Décomposition, os, terre meuble, C’EST TA TOMBE!! Ils t’ont jeté, ils vont t’enterrer! Menteurs, MENTEURS! Ils avaient dit que je pouvais partir! Ne pas mourir, pas mourir, pas mourir, pas…

Calme toi. Respire. Écoute. Tu vis toujours, et tu peux bouger. Du mouvement, du mouvement hors de la fosse. Ce sont eux. Trouve tes béquilles, aller!

Des os, partout. Crânes, fémurs, omoplates, autant de contacts dégoutants. Lieu de mort, je le sens, je le sens jusque dans mon âme… TU n’en as pas encore fini, hein! TU m'as amené ici, TU me veux dans ton royaume! NON! Non, cette fois encore, TU ne m’auras pas, je vais vivre, je vais… HOURRA! Contact familier, réconfortant, salvateur, du bois. Le bois des béquilles. Aller, remets toi deb… OH?

Froid. Poli. Doux. On jurerait du verre… C’en est. Une petite fiole. Oh… froid immense… Froid qui s’infiltre jusque dans mes os. Ne la prend pas! Elle… malsaine, froide, dangereuse! Mais si douce… et si mystérieuse. Le temps presse, ils vont revenir! Tant pis, j’y penserai plus tard. En sûreté. Je la prends… Contact froid, frigorifique, de la fiole lorsque je la fourre entre deux épaisseurs de mes vêtements crasseux. Si froide contre ma poitrine… Froideur inhumaine, froideur d'un autre monde. OH? Un os, un petit os, est attaché à la fiole par un fil! Qu’à cela ne tienne, il faut sortir maintenant! Quitter ce monde de mort, affronter celui des vivants… Ne pas les laisser m’enterrer!

Enfoncer les béquilles dans la terre. Il faut qu'il y ait un fond solide... Voila, stables. Prendre appui… Doucement. Se relever. Ignorer la faiblesse de ce corps qui crie de douleur. Se relever, quitte à les affronter… encore. Voila. Tiens ton équilibre et écoute. Ils doivent se préparer à t’ensevelir, il doivent se moquer, ils…

Silence. Silence? Où sont-ils donc? Personne… Étonnant! Attends! La dame, où est la dame? Elle était là, juste avant… Elle sait sûrement ce qui s’est passé! Écoute… n’est-ce pas là le bruissement léger d’un pas? Une démarche souple, quasi inaudible… Une femme, peut-être??

''AU SECOURS!! DANS LE TROU, JE SUIS COINCÉ DANS LA FOSSE! À L’AIDE!!''

(((Prochain post: Au cimetière)))

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Dernière édition par Lerceval Talrion le Dim 10 Oct 2010 05:18, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Cimetière
MessagePosté: Jeu 2 Sep 2010 21:52 
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Lourd. Il était lourd. Je marchais à grand peine, en portant mon fardeau. Pourquoi l'avais-je soulevé ? J'aurais dû le laisser dans l'herbe gésir dans sa crasse. Le bougre était trop lourd. Et je ne le connaissais pas. Pourquoi alors avais-je eu cette idée ? Je me maudissais. Je n'aurais pas dû le prendre. Et pourtant il était là, sur mon dos. Et je ne savais même pas où le mettre. Un mort … Voyons. Aucune idée. Du moment qu'il ne restait pas longtemps sur mon dos, n'importe où était bon lieu. Mais il fallait que mon acte serve à quelque chose. Porter un corps pour le poser plus loin, sans qu'il ne soit caché, où est l'utilité ? Je n'allais pas faire souffrir mes jambes, mes bras, mon dos et mon être pour rien ! Il fallait que je fasse quelque chose de ce cadavre. Même si c'était le donner à manger à je ne sais quelle créature nécrophage. Il me fallait le cacher. C'était ça l'idée principale, alors j'allais m'y tenir. Le cacher, mais où ? Je marchais, vers la sortie de la ville. Pas une seule solution ne s'offrait à mes yeux. Rien qui puisse empêcher les gens de le voir. C'était à désespérer. Puis des bruits réguliers se firent entendre. Des pas. Quelqu'un venait. Je me tournai aussi rapidement que je le pus vers l'origine des pas. Une silhouette noire approchait. Une silhouette floue, plutôt épaisse. Plus large que haute. Elle approchait lentement. Je la voyais se pencher, à droite, à gauche, sur un rythme irrégulier.

"Ôla ! Doi ! Gu'est ze gue du vais aveg ze gorps ? Le vol d'ivrogne esd inderdit ! Ramène-le à la Daverne et le blus vide bozible ! Zinon on de mange !"

Un dialecte étrange. C'était la première fois que j'entendais un ton et une phonologie pareils. Je commençais à m'inquiéter. Je ne connaissais pas cette langue. Je me serais bien mis en position d'alerte, mais j'avais comme un empêchement. Je devais faire face. Encaisser. Mais aucun coup ne vint. La silhouette s'immobilisa à quelques mètres.

"Du barle bas ? D'es muet ?"

Je tentai un message. Je devais essayer de communiquer. Peu importait s'il me comprenait ou pas. Moi en tout cas, je ne le comprenais pas. Je parlai.

"Il y a un endroit où on peut mettre un mort ?"

La silhouette sombre enchaina.

"Ah ! il est mort ! D'aggord, audant bour moi ! Le zimedière, z'est là-bas !"

La silhouette diminua de hauteur, puis repris du volume. Une protubérance jaillit de son flanc pour pointer vers le fond du village. Exactement l'opposé de ma position actuelle.

"Il y a une vozze. Vous bouvez l'y meddre. Il zera envoui demain. Zur ze !"

La silhouette se redressa et rapetissa. Je compris rapidement qu'elle s'éloignait. Vers la ville. Je n'avais pas grande envie de suivre cet être étrange. Mais je n'avais pas beaucoup de choix. Je pouvais toujours laisser là le corps. Mais ma peine aurait été vaine. Alors je marchai vers le bourg. Vers ces masses sombres, ces ombres et ces lumières. Du clair et de l'obscur sur ma route. Je marchais, à bonne distance tout de même de l'être singulier au langage étranger. Il rentra dans un bâtiment, me laissant seule dans la voie. Seule avec mon fardeau. Je suivis l'allée, à l'ombre des bâtisses. Puis, j'y fus. Le cimetière. Un lieu réservé aux personnes tombées. Ça se voyait. Il y avait des noms partout. Des noms sur des pierres, plantées dans le sol derrière des monticules de terre. Alors les morts étaient sous terre ? En voilà, une façon de penser. Ce sont les morts qui étaient terrés, pas moi. Je n'étais pas morte. Je n'avais pas à m'enfouir. J'errai dans les allées funèbres à la recherche d'un endroit où le cacher. Je repérai un enfoncement. Un creux dans la terre. J'y lâchai mon fardeau en poussant un soupir de soulagement. Je me sentais beaucoup plus légère. Mais j'étais toujours faible. Il me fallait manger. Je ne pouvais pas survivre longtemps sans ça. Je repartis vers l'auberge violente qui m'avait accueillit ici. Peut-être y avait-il de la nourriture ? À peine avais-je fait quelques pas que j'entendis du bruit. On bougeait. Mauvaises auspices. Je me retournai. Rien. Sûrement un animal. Je repris ma route quand

''AU SECOURS!! DANS LE TROU, JE SUIS COINCÉ DANS LA FOSSE! À L’AIDE!!''

Le cri était soudain. Je me retournai violemment, mais je n'avais pas arrêté mon mouvement. Je chutai en arrière, cognai mon dos contre une pierre et mon crâne contre le sol. Douleur. Mais oh grand combien cette douleur était familière. La chute. Les obstacles invisibles. Que de routines pour moi qui eus grandi dans l'ombre. J'étais au sol, comme bien souvent jadis. J'étais tombée, une fois encore. Ça faisait longtemps. Mais l'heure n'était pas à la nostalgie ! Une voix avait surgit du fond des ténèbres. La lumière était très faible, maintenant. Je ne voyais presque plus. Je scrutais comme je pus pour apercevoir un mouvement, rien qu'un petit. Les voix ne sortaient pas des tombes, comme ça, sans prévenir ! C'était insensé. Ou peut-être qu'en ce monde, les morts parlaient ? Ils parlaient, et ils appelaient à l'aide.

(Dans la fosse ? Dans le trou ? Un trou … Oh non. Ne me dites pas que…)

Je me relevai douloureusement et difficilement. J'avais une idée de qui venait de parler. Après tout, c'était une voix que je connaissais. Mais … pourquoi ? Comment était-ce possible ? Je m'approchais à petits pas, les bras près du sol pour essayer de repérer d'éventuels obstacles. J'avais appris cette méthode sous terre, là-bas. Une méthode efficace. Il fallait tout de même faire attention à sa tête. La garder trop en avant rendait vaine la méthode des mains. Je fis donc attention à garder la tête en arrière de mes mains qui tâtaient le sol à la recherche d'un obstacle imaginaire. Mais rien ne vint. Mon imagination avait dû me jouer des tours. Ce type était mort. Aucune chance qu'il parle. Et encore moins qu'il crie. Je lâchai un soupir en posant mes mains au sol pour me relever, quand je me rendis compte qu'il n'y avait pas de sol. Je tombai en avant, cette fois-ci, en laissant s'échapper un cri. Plus un cri de surprise que de peur ou de douleur, même si à l'arrivée, je souffrais bien plus qu'après ma chute en arrière. Ma jambe, mon dos, ma tête. Tout me faisait mal. Je ne savais plus où était le haut et où était le bas. Je ne voyais plus rien du tout. J'étais dans les ténèbres totales. Pourvu que je ne sois pas retournée en bas ! Pourvu que je ne sois pas tombée dans ce monde où le noir est roi !

(Je ne peux pas y être retournée. Pas maintenant ! J'ai découvert un monde où la vue est possible ! J'ai découvert le plafond clair aux grandes formes pâles. J'ai découvert des couleurs. J'ai découvert … un os ?)

Mes yeux s'étaient plus ou moins faits à l'obscurité environnante. J'avais un os devant moi. Un os sale. C'était donc à ça que ça ressemblait … Eh, mais … Je le pris dans mes mains, pour confirmer ma pensée. En effet, c'était bien le mien. La chute devait me l'avoir fait perdre. Je l'avais utilisé pour retenir mes cheveux afin qu'ils ne me gênent pas dans mes mouvements. Il fallait que je le remette … Mais d'abord, sortir de cette situation. Je ne savais même plus où étaient mes bras et mes jambes. Ce fut difficile, mais je réussis plus ou moins rapidement à repérer mes membres. Je pus donc me remettre à l'endroit, en place. Bien sûr, ce n'était pas sans peine et douleur. Tout en moi souffrait. La chute devait avoir bien abimé ma jambe droite. Je ne pus pas rester debout longtemps. La douleur me força à m'asseoir. J'étais coincée.

En face de moi, je devinais une grande silhouette noire. Mais, noir sur sombre, je ne voyais pas vraiment. La présence était là, mais je la sentais plus que je ne la voyais. Il était là, debout. Je dit alors une des choses les plus stupides qui m'ait été donné de prononcer.

"Bonsoir."

(Wow ! Qui vient de parler, encore ?)

Je fus moi-même surprise de la clarté de ma voix. Elle était claire, et compréhensible. J'eus beaucoup de mal à croire que c'était ma propre voix. Elle n'était plus la voix éreintée et enrouée. J'avais une voix sonore, comme celle du vieux barbu du tribunal ! Incroyable ...

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Gepsy, téméraire et courageux
Gepsy, parano et suspicieux
Gepsy, fainéant et bienheureux


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