> Je viens du marché...Bon sang, j'avais une de ces poisses ! Tout me tombait dessus... D'abord Mefiât, puis un voleur qui attaquait MON marchand, et...
(Idiot, esquive !) hurla le Maudit dans ma tête. Je me jetai sur la droite, m'étalant par terre. Du coin de l'œil, je vis un couteau de lancer trancher l'air à l'endroit où je m'étais tenu un instant plus tôt, finissant sa course un peu plus loin. Je me retournai, pour voir avec surprise un autre voleur, apparemment déchaîné. Il courait vers moi et me percuta avant que je ne puisse réagir. Nous roulâmes au sol
(que je rejoignais pour la quatrième fois en moins d'une heure !), tous deux désorientés par le choc. Je me relevai tout de même promptement, reprenant mon souffle et détaillant mon adversaire. Il était un peu plus âgé que l'autre, ses vêtements simples étaient couverts de poussière. Et son regard brûlait de haine. Aussitôt, je compris. J'avais à faire à un duo, et celui-là voulait certainement venger la "mort" de son ami. J'allais dire quelque chose, lorsqu'il chargea. Je vis immédiatement qu'il n'avait pas l'habitude de se battre, et que la colère rendait ses mouvements imprécis et sauvages. Quant à moi, je ne me battais que d'une seule main
(eh oui, je tenais le parchemin dans l'autre !) et cinq ans de prison m'avaient empêché de garder un niveau correct. De plus, mes deux utilisations du Souffle avaient vidé mes réserves magiques.
J'évitai maladroitement sa charge, tournant sur moi-même. Il attaqua encore, me frappant au ventre. Déséquilibré, je tentai de le toucher au visage, sans succès. Un coup de pied plus tard, et j'étais au sol
(et de cinq !), lâchant le parchemin. Là, j'étais plutôt en colère. Il se pencha, le poing levé, lorsque je réagis. Ma tête entra violemment en contact avec la sienne, brisant un nez et quelques dents au passage. Un peu sonné, je massais mon crâne alors qu'il se redressait, tenant son visage en hurlant. Le sang coulait abondamment de ses narines, mais il en avait vu d'autres. Il se jeta sur moi, et je le cueillis d'un puissant coup de gantelet à la mâchoire. Avec mes deux mains, j'avais l'avantage ! Enfin, jusqu'à l'arrivée du premier voleur. Il me prit par surprise, m'étranglant par derrière. Son bras enserrait ma gorge, et j'eus la présence d'esprit de bloquer son autre main, qui tenait un poignard. Suffoquant, je tentai de faucher sa jambe avec la mienne, sans succès.
Je voyais la lame se rapprocher de mes côtes, lentement. Comme si ça ne suffisait pas, l'autre se relevait, incrédule devant son compagnon en vie. Je n'avais que quelques secondes pour agir. Inspirant à fond, je lâchai la main armée pour porter un violent coup de coude à mon agresseur. Je sentis la pression de son bras sur ma gorge s'atténuer, et j'essayai de me dégager. En panique, je m'attendais à sentir l'acier mordre ma peau à tout moment, mais il n'en fut rien. Une fois libre, je me débarrassai de lui d'un coup de pied, et me tournai vers l'autre. Il s'avança vers moi en titubant, à moitié assommé. Je le frappai d'un coup rapide aux côtes, avant de viser la tête. Il parvint à m'éviter de justesse, me touchant au ventre. Plié en deux, je fis quelques pas en arrière, reprenant difficilement ma respiration. Il en profita pour s'approcher, préparant une attaque. Je frappai sa main de mon gantelet, sentant le poignet se briser sous le choc. Il poussa un cri bref, et je n'eus aucune difficulté à l'envoyer par terre, l'atteignant à nouveau au menton. Il chuta lourdement et ne bougea plus. Je m'attendais à subir un assaut de son complice, mais il était aussi au sol, remuant faiblement.
Le Souffle avait dû l'affaiblir : son nez et ses oreilles saignaient.
Le calme de la ruelle déserte n'était maintenant interrompu que par ma respiration saccadée. Reprenant mes esprits, je récupérai le parchemin, avant de considérer les corps, hésitant. Et si je les volais ? Celui qui m'avait poursuivi portait un sac en toile, qui pourrait m'être utile. Je le dépossédai donc, et sans vérifier ce qu'il contenait, je fourrai le parchemin à l'intérieur. Prudemment, je m'approchai de l'autre et tirai sa bourse. Elle rejoignit aussi le fond du sac, que je passai à l'épaule. Puis sans demander mon reste, je partis en courant, à la recherche de nourriture
(je commençais à avoir faim, avec toutes ces histoires !) et surtout d'un endroit calme pour faire le point.
Je courais toujours, à en perdre haleine. Je passai devant le temple de Yuimen et Gaïa sans m'arrêter, en direction de l'Auberge du Pied Levé. Je savais que je pourrais y être en sécurité un certain temps.
(Tu n'es qu'un crétin. Je t'avais dit de le tuer.) Le Maudit était irrité. Avec un peu de chance, il me laisserait seul un certain temps, pour me punir. Sur le coup, il avait raison : j'étais encore passé à deux doigts de la mort. Mais au fond de moi, je savais que tuer le jeune voleur m'aurait certainement attiré plus d'ennuis. Une fois en vue de l'Auberge, je me mis à marcher, reprenant ma respiration.
> Entrons dans cette Auberge...