Après un temps d’inconscience qu’elle ne put évaluer, la guerrière se réveilla, étendue sur le sol, les muscles endoloris et le corps recouvert de débris de toutes sortes. Sibelle repoussa un bras dépourvu de corps, se dégagea des quelques pierres qui la recouvraient et se releva.
A l’aide d’un bout de tissu qui lui restait de sa vieille tunique, elle se fit un léger pansement sur sa main droite écorchée. Elle n’eut pas eu le temps de scruter la pièce jonchée de cadavres qu’une voix douce et rauque à la fois l’interpella.
Malgré la colère qui la rongeait, Sibelle laissa échapper un maigre sourire lorsqu’elle reconnut le petit gobelin qui s’approchait d’elle. Elle se mit à examiner cette pièce sombre et encombrée. En dépit de la pénombre qui y habitait, il était possible de discerner aux quatre coins de la pièce, des fondations de colonnes sur lesquelles étaient gravées de fins symboles représentant sûrement un quelconque langage que la guerrière n’était aucunement habileté à déchiffrer.
Les rescapés de ce catastrophique déboulement semblaient peu nombreux. En fait, il n’y avait qu’elle, Zniitch et deux autres gobelins qui peinaient à se lever. Et pourtant, la guerrière cherchait, elle espérait qu’un autre homme ait pu survivre au déboulement. Elle nourrissait l’espoir que Blanket aie survécu, car, rancunière comme pas une, elle souhaiter le tuer de ses propres mains.
Et puis, elle le vit, le jeune homme prétentieux qui avait manqué à sa parole venait de se relever. La respiration rapide, ses deux mains armées de ses dagues bien aiguisées Sibelle s’apprêtait à s’élancer sur le petit vaurien lorsque le même chant étrange envahit la pièce. Plus fort, plus près et plus grave, ce son lyrique prenait son origine à l’extrémité de la pièce, à l’endroit même où se trouvait la seule possibilité de sortie.
Cette voix de ténor se tut et son propriétaire fit son apparition dans l’embrasure de l’étroit tunnel. Une immense et affreuse protubérance pourvue de plusieurs bouches toutes garnies d’impressionnants crocs pointus venait de sortir de l’ombre. Pas de corps, seulement cette repoussante tête, munie de cinq membres. Les deux plus musclés faisant office de pieds, et les deux plus petits, sans doute ses bras, pendaient devant elle. Une queue recourbée munie d’un dard terminait l’affreux portrait. Le monstre souterrain demeurait silencieux, son numéro de chant terminé, il s’apprêtait probablement à faire un petit gueuleton dont on ferait sans contredit les frais.
Zniitch qui se tenait tout près de Sibelle lui fit part de son plan. Il pensait la bestiole trop puissante pour sortir vainqueur d’un affrontement régulier. Il proposa plutôt d’employer la ruse, en utilisant les autres gobelins et l’humain comme appât.
La guerrière, d’ordinaire fort courageuse, ne put détacher ses yeux de leur nouvel adversaire. Elle fit signe de la tête qu’elle acceptait le plan du gobelin, tout en gardant tout de même son idée fixe.
« Un appât peut servir même s’il est mort n’est-ce pas ? » Ce disant, l’elfe rousse se rua sur l’humain, le prenant par-derrière, profitant du divertissement causé par le laid prédateur.
Elle n’avait qu’un souhait, le menacer une fois de plus de sa lame, écraser son épaule pour raviver la douleur et pour finalement le donner en pâture à leur adversaire.
((( Sibelle se rue vers Blanket pour tenter de le prendre par-derrière )))