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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 29 Nov 2011 22:09 
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Localisation: Bois sombres d'Omyre
A la suite de cette escapade, Furim prit une décision.

Il savait qu'il lui fallait aller ailleurs pour ne pas devenir fou. Furim savait que cette forêt était trop proche et il avait réellement envie de partir ailleurs.

Il resta au bord de la forêt et, tout en restant caché, il apperçu deux humains.

Humain - Alors tu as décidé de partir vers Bouhen ?

Humain - Oui, il parait qu'il y a du mouvement par là bas !

Du mouvement, Furim prit cela pour une grande chasse, et qui dit chasse dit trophée.

Trouvant ce prétexte adéquat, Furim suivi discrètement les deux humains sur le chemin de Bouhen.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 17 Juil 2012 12:35 
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Suite de la route entre Omyre et Dahram.


Il fallu une trentaine de minutes aux Cerbères pour revenir sur leur campement. Postés en lisière des bois sombres, l'air y était frais. De plus, depuis leur position, les mercenaires pouvaient aisément surveiller les alentours, pour peu que personne ne les surprenne depuis les bois.

Après réflexion, Lou avait décidé de laisser le soldat en vie. Selon lui, laisser ce pauvre homme revenir vers Omyre pourrait faire jouer les Cerbères sur la balance de la notoriété. Arpès lui avoir bandé les yeux, ils l'avait attaché à un arbre. Sans aucun doute il réussirai à se détacher mais les mercenaires étaient déjà loin. De plus, Grismine avait insisté auprès de ses gars pour laisser le cheval sur place.
Mise à part le grimoire tant recherché, les Cerbères ne trouvèrent pas grand chose à se mettre sous la dent dans le chariot. Soit, ils avaient des provisions et pouvaient chasser si le besoin se faisait sentir.

Seymour ne fut pas peu content d'être arrivé. Ses muscles le tiraillait quelque peu et retourner sur leur territoire avait toujours quelque chose de rassurant. Il déposa son carquois et son arc non loin de sa tente, et rejoignit le reste des Cerbères restés sur place pendant l'attaque. Lou faisait toujours en sorte de faire tourner ses hommes pour chaque mission. En général, le chef emmenait avec lui un mercenaire pour récupérer les contrats: assassinats, embuscade, vol... tout était bon pour prendre quelques yus.

-Seymour! Viens par ici!

C'était Thorik, leur nain mercenaire qui s'était exprimé. Thorik était un Cerbère depuis très longtemps une personne de très bonne compagnie, surtout quand il s'agissait de descendre un baril de bière. Véritable champion du levé du coude, il en était pas moins un guerrier puissant et trapus. Vénérant sa barbe rousse et sa hache autant que ses dieux, il ne perdait jamais une minute pour faire la fête. Thorik venait de Mertar, c'est tout ce que Seymour savait à son propos.
Le Sang Pourpre approcha de son allié, assit dans l'herbe. Celui-ci tenait dans la main gauche une bouteille d'hydromel sûrement alcoolisé et une chope dans l'autre:

-Dis-moi donc ce que tu penses de celui-ci!

Avec un sourire Seymour accepta le breuvage et le descendit d'un trait. L'alcool lui brula la gorge un instant avant de laisser le miel chatouiller ses papilles. Quel délice, vraiment! Après une matinée comme celle-ci, Seymour se serait bien posé aux côtés de Thorik pour savourer quelques chopes de plus. Mais ce ne serait sûrement pas du goût de Lou qui approchait d'un pas décidé dans leur direction:

-Cet après-midi je vais aller remettre ce grimoire en mains propres et récupérer la récompense. On devrait toucher une bonne paye!

Thorik salua cette déclaration en sortant deux nouvelles chopes de son sac. Il rempli les trois et les tendis à ses amis. Trinquant au nom des Cerbères ils se requinquèrent un instant avant que Grismine ne mette fin aux festivités:

-Je vais récupérer un autre contrat, peut-être deux! Après ça on lèvera le camp en direction de Dahràm, il faut faire le plein de provisions et Omyre est trop risquée avec toutes ces pourritures de garzoks.

Seymour leva les yeux en direction de la cité noire. Un frisson parcouru son échine, il n'avait qu'une envie: repartir pour Dahràm très vite.

-Tu veux que je t'accompagne pour allez chercher le contrat? Demanda-t-il à Lou.

-Non, je vais emmener Hern' avec moi.

Ah oui, Hern'. Herny la Main Froide. C'était sans doute la personne qui s'approchait le plus du physique de Seymour, sauf pour la couleur de peau bien sûr. Cet humain venait de Kendra Kâr, c'était un véritable flambeur, aucun yus ne lui tenaient entre les doigts. Il pariait sans cesse ses butins sur des combats improbables. Il aimait raconter qu'il avait fait fortune grâce à un combat de coq, et qu'il avait tout perdu le lendemain dans un combat l'impliquant carrément... Ah, Hern' était manchot aussi, d'où son surnom de "Main froide". Inutile de dire qu'il avait perdu sa main comme il perdait ses yus, en la pariant... Il restait malgré ce handicap un bon mercenaire.

-Très bien. Où le rendez-vous a-t-il lieu?

-A environ deux kilomètres de la cité d'Omyre, vers l'Est. Un émissaire devrait nous remettre l'argent en échange du grimoire. D'ailleurs, avant toute chose, je vais demander à Tinòndil de l'identifier.

Thorik eu une moue désapprobatrice. Tinòndil était le seul elfe, avec Seymour, présent parmi les Cerbères. Quelqu'un de très discret, peu bavard, aussi le seul mage de l'équipe. Un allié de poids que Thorik avait du mal à considéré comme ami. Tinòndil n'avait que faire du nain, il n'avait que faire de tout le monde apparemment...
Lou se lança dans sa direction, l'elfe était occupé à panser la plaie de Rannek.

-Maudis elfes! Marmonna Thorik. Pardon Seymour, s'enquit-il, j'oublie des fois que toi aussi tu tiens des origines elfiques.

-Ce n'est rien, répondit le Sang Pourpre pas gêné pour un yus. Sers-moi donc une autre goutte de ton hydromel!

-Avec plaisir, on va trinquer aux noms de toutes les Oreilles Bleues de cette planète!

Seymour éclata de rire avant d'avoir une pensée pour son père, personnage qu'il ne rencontrerai jamais. Et pourtant, s"il avait quitté sa mère, c'était uniquement pour cette raison, mais il avait gâché son temps... Soudain attristé par ce souvenir, il chassa ces mauvaises pensées en descendant sa chope.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 17 Juil 2012 13:54 
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Une petite brise fit voler les cheveux de Seymour. Tranquillement allongé dans l'herbe, il paressait tandis que Thorik dormait non loin à grands renforts de ronflements. Chester et Jedidiah étaient de garde toute l'après-midi et ce jusqu'au retour de Lou et Hern'. Tinòndil était parti se réfugier dans les bois à la recherche de la solitude alors que Rannek et Bud affutaient et nettoyaient leurs armes.
Dans un soupir apaisé, le Sang Pourpre se dit qu'après des années à vagabonder sur tout le continent, avoir un peu de compagnie grâce aux Cerbères était une bonne chose. Il eut une pensée pour sa mère: que faisait-elle à l'heure qu'il était? Etait-elle retournée vers les siens, les Sindeldis, ou était-elle simplement restée vivre dans la maison d'enfance de Seymour? Soixante ans de souvenirs lui revinrent en tête, de l'apprentissage du tir à l'arc aux grandes promenades qu'il aimait souvent faire au milieu de la nuit. Aujourd'hui il avait plus d'une vie d'homme et se sentait malgré ça encore jeune dans ce monde. L'idée que son père soit mort lui tira une grimace, car lui, humain au Sang Pourpre, avait une espérance de vie bien plus limitée que celle d'un elfe... Quel homme avait-il été? Issue d'une race aux coutumes bien particulières, Seymour n'avait pas trop d'espoir.
Cet après-midi là, le Sang Pourpre préféra noyer sa morosité dans le sommeil.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 17 Juil 2012 15:47 
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Une voix tira Seymour du sommeil:

-Sang Pourpre! Debout, le chef est de retour.

C'était Rannek. Sans attendre que son compagnon ne se lève, le colosse rejoignit le reste des Cerbères qui attendait la venue de Lou et Hern'.
Le crépuscule tombait sur Nirtim, Seymour avait dormi tout l'après-midi.

-Ah, quel paresseux je fais... marmonna-t-il dans un bâillement. Il se leva, s'étira et s'empara de son arc qu'il mit en bandoulière. Enfin, il s'approcha de ses alliés. Au loin, deux silhouettes s'approchaient. Seymour reconnu aisément celle du chef, il tenait quelque chose dans les bras.

-Qu'est-ce que c'est que ça? Demanda Chester.

-Le nouveau contrat, tu penses? Renchérit Bud.

Il fallu quelques minutes pour enfin distinguer le fardeau du chef des Cerbères. Un coffre entièrement noir dénudé de serrure ou cadenas. A peine plus long qu'un avant bras humain, proportionnellement aussi large, Lou et Hern' affichaient un sourire qu'ils peinaient visiblement à dissimuler.

-Tu penses que ce coffre est rempli de yus, notre récompense? S'excita Chester.

-On dirais un gamin devant une vitrine de friandises, lâcha Jedidiah avant de s'en retourner. Hé Thorik, ouvre une bouteille ou deux voilà le chef qui revient avec la récompense.

Le nain, allongé sur le sol ne se fit pas prier. Il bondit sur ses courtes jambes et s'en alla dans sa tente d'un air satisfait. Il en revint les bras chargé de chopes et tenant d'une main deux bouteilles d'un liquide verdâtre.

-Je garde ça depuis un petit moment, fit-il sous le regard interrogateur de ses amis. J'espère que vous avez l'estomac accroché, l'hydromel de ce midi passe pour de l'eau de source à côté de ça!

A part Tinòndil qui demeurait absent, une vague de satisfaction, apparemment contagieuse, s'empara de tous les mercenaires.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mer 18 Juil 2012 12:35 
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-Thorik, vas donc ranger ça on a pas le temps de festoyer, s'exclama le chef en déposant le coffre par terre.

Tout le monde s'approcha l'air perplexe. Un véritable coffre sans serrure ni aucune ouverture, Seymour n'avais jamais vu ça. Les parois brunes semblaient indestructibles.

-Si c'est ça notre récompenses on s'est fait avoir non? Demanda Chester.

-Ah Chester ferme-là à tout jamais! Rétorqua Lou. C'est notre prochain contrat!

-T'avais vu juste Bud! Intervint Jedidiah. Et c'est quoi l'objectif, l'ouvrir?

-Non, le transporter à Darhàm.

La simplicité du contrat apporta une vague de soulagement chez Seymour, enfin un contrat simple. Chez les autres Cerbères, par contre, il décela une pointe de déception.

-C'est quoi ce contrat, ça paye une misère, n'importe qui peut faire ça! Intervint Rannek, le colosse.

-Oui, hé bien si je te dis qu'après avoir livré ce petit bijou on pourra prendre des vacances, t'en penses quoi?

-J'en pense que je prend pas de vacances!

Lou lui lança une bourse assez grosse qui tinta lorsque le mercenaire la rattrapa:

-Fais donc les comptes, c'est le fruit du convoi qu'on a arrêté ce matin. Et divise à parts égales, j'ai bien dit égales!

-Héhé pas de soucis chef, fit Rannek sous le regard satisfait de ses alliés. A la soupe les amis!

Généralement, les Cerbères dépensaient leurs yus durement gagnés dans les tavernes, les bordels et les forges. Quand on faisait parti d'un groupe de mercenaires, les seuls plaisirs vraiment autorisés étaient ceux-là, et Seymour s'en était très bien accommodé. Lors des escales dans les grandes villes, l'idée de passer un peu de bon tant le motivait encore plus pour remplir toujours plus de contrat.

Tandis que tout le monde récupérait sa part du butin, Thorik, les mains toujours pleines de ses chopes s'exclama:

-Lou t'es sûr qu'on a pas le temps de boire un coup? Ce voyage t'a bien donné soif, non?

-Tente pas le diable ou je vais descendre toute ta réserve!

-J'aimerai bien voir ça. Personne ici n'a de descente comme la mienne. J'ai été élevé avec une chope dans la main et feu ma mère m'allaitait à la bière!

Tous explosèrent de rire sous cette tirade.

-Trêve de conneries, cria le chef pour couvrir les rires, on lève le camp. Quelqu'un a vu Tinòndil? Ce bougre ne devrait pas tarder à revenir... On va voyager de nuit jusqu'à Dahràm.

Quelques réflexions désapprobatrices accueillirent cette ordre.

-Ah, et fermez-là, ajouta tranquillement Lou.

Seymour remercia intérieurement Grismine. Marcher la nuit avait toujours été un plaisir pour lui, déjà petit. L'inconnu faisait parfois peur aux gens, là il motivait le Sang Pourpre. Etre silencieux, indétectable, c'est pour ça que Seymour jeune adorait chasser la nuit. Avec entrain il alla s'emparer de ses affaires, empochant ses yus au passage. Il leva les yeux au ciel: vraiment, ça allait être un bonne nuit.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Dim 14 Oct 2012 16:32 
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C'est ainsi qu'elle fut morte. Mais la mort trouve parfois des êtres tellement abjects qu'elle même, refuse de les garder. Silmeria, Hrist et Cèles étaient disparues. Keresztur était aux mains des derniers dirigeants, mais les atrocités commises ne s'arrêtaient pas pour autant.

La nuit dans les bois était lourde, opaque, rien ne traversait si ce n'était qu'une faible lueur. Timidement, les animaux s'approchaient de la lumière, une lanterne. Portée par deux individus camouflés sous une épaisse veste dont le capuchon et la noirceur ambiante empêchait d'en distinguer le visage. Ils transportaient chacun leur tour un sac mortuaire, drapé d'un tissus blanc immaculé, un corps sans vie était porté à la hâte, les deux êtres observaient sans arrêt les alentours. Le bois craquait sous leurs bottes, ils soupiraient, s'essuyaient le front de nombreuses fois sous la capuche.

C'était au pied d'un grand arbre mort que l'un d'eux fit négligemment tomber le sac sur le sol et les racines noueuses qui sortaient de la terre noire et humide.

Armé d'un couteau, il commença à la faible lueur à trancher les cordelettes et à dégager le corps du drap, une fois ceci fait, il le roula en boule et le jeta non loin. Son compagnon lui murmura quelque chose, et il rigola, puis subitement, tous deux se figèrent, un rire dans ces lieux était malvenu, la forêt répondit de cet amusement par un profond silence. Ils s'en allèrent comme ils étaient venus.


Un petit rat s'approcha de ce qu'ils venaient de laisser. Prudent, le rongeur s'arrêta à maintes reprises et scrute son environnement. Lorsqu'il estime enfin que le champ est libre, il s'approche du corps étendu. L'animal renifle, mordille un peu, goûte, et finalement décide qu'il a trop faim et croque dans le bras. Deux secondes plus tard, il avait mis les voiles et évité au dernier moment un mouvement causé par la douleur de ses petites dents probablement pourries.

Le corps de la femme qui n'était pas si morte que ça venait de se recroqueviller, se blottir contre les racines mortes de l'arbre, la vue trouble, elle ne savait pas où elle se trouvait, et comme tout être qui se réveille après la mort, elle paniqua. Les relents du poison avaient blanchis sa peau, devenue morte, elle cracha une écume épaisse et manqua de s'étouffer dans ses propres relents. La tête lourde, elle suffoquait, des nausées virent la frapper, elle cracha encore.

Lorsque ses yeux brouillés de larmes se braquaient vers le décor silencieux qui l'entourait, elle décida de s'évanouir de nouveau.

Puis tout fut fini.
Puis tout recommença.

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Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Lun 22 Oct 2012 02:05 
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Des heures et des heures. Voilà tout ce qui passait. Des heures entières, allongée sur le dos, essayant malgré ses yeux clos d'analyser tout ce qui l'entourait. Ses doigts allaient timidement se porter jusqu'à sa gorge où elle pu sentir une cicatrice encore douloureuse, ses nerfs lui envoyèrent des signaux brûlants de douleurs. Aucun moyen de savoir ce qui avait pu se passer.

Difficilement, elle se redressait, seule la plaie qui saignait encore un peu sur son bras, venue du rongeur, persistait. Le reste n'était qu'un tas informe de confusion. Sa tête lourde, douloureuse de sa mort passée lui renvoyait des images perturbées, sans sens, comme une kaléidoscope funèbre qui représentait un mort tout de rouge vêtu aux pieds d'une immense statue noire. Rien de plus ne parvenait à sa mémoire. Pas même le souvenir de ce qui lui était arrivé à la gorge.

Couvrant sa nudité dans un accès de pudeur face à l'invisible, elle cherchait du regard un repère, un indice qui pourrait lui indiquer où elle se trouvait, où elle était et à cause de qui. Dépourvue d'arme, de souvenirs...

Elle rampa, Silmeria venait de voir quelque chose, ce drap mortuaire tout en refusant l'évidence qu'il ne put s'agir que du sien. Agrippant le tissus rêche et désagréable, elle y trouva un parchemin, écrit à la plume, de toute évidence loin de ces lieux tant l'écriture pouvait être soignée, sans bavure ni coulure provoquée par l'humidité. Le message lui était adressé, même si son nom n'était pas mentionné, elle savait que c'était pour elle, que quelqu'un, quelque part avait écrit ce mot sachant qu'elle allait le lire. Qui ?

Sa vie commençait, elle était perdue, piégée dans sa tête, son monde n'avait pris naissance qu'à la frontière de ses derniers souvenirs qui n'étaient pas plus vieux que de quelques jours. Le seul indice qu'elle avait était son estomac. Elle ressentait la faim, la fatigue et le malaise provoquait un mélange terrible, si elle ne trouvait pas vite quelque chose pour s'abriter, se nourrir, se protéger même, elle risquerait bien de pas pouvoir suivre les indications de ce parchemin qui étaient claires " survis et rejoins la reine noire "

Les informations ne se connectaient pas toutes dans sa tête, le chaos et la confusion empêtrait ses neurones mais l'instinct de survie ne lui laissait aucune alternative, sans trop avoir idée de ce qu'elle faisait, elle se leva avec peine et protégea son corps du froid matinal avec le drap mortuaire, habit de fortune dans ce lieu insolite.

Autour d'elle, la nature émergeait, hostile et sauvage, Silmeria ne réalisait pas encore sa chance de n'avoir été dévorée par des loups dans son sommeil.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Lun 29 Oct 2012 22:35 
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Par chance, elle était arrivée jusqu'à un petit chemin de terre, bien que maladroitement et au bout de nombreuses peines, sa tête tournait à cause de l'effort et ses sens en alerte permanente lui faisaient remarquer le moindre bruit ou le moindre mouvement dans un arbre, cet état de paranoïa aiguë lui montait au crâne, elle se retournait sans cesse, tombait à force de ne pas regarder où elle allait, restait à terre comme un animal pour épier les bruits, se relevait, s'appuyait sur un tronc d'arbre, observait.

Ses yeux brouillés par les larmes et le froid, la respiration coupée par un point de côté, elle n'avait aucun repère, cet enfer où elle se trouvait lui était totalement inconnu et à l'heure, elle n'avait toujours aucun moyen d'éluder ce cauchemar.

Bien que la nature, même hostile dans ce cas de figure, était riche de nombreux chants, murmures ou bruissement, son oreille attentive et son cerveau paniqué lui décelèrent avec plus ou moins de succès un bruit qui n'avait rien de naturel. Les souvenirs associèrent ce crissement à celui d'un chariot mal huilé, une roue peut être ou le crissement de la carcasse métallique d'un moyen de locomotion, quoiqu'il puisse être, son esprit fut immanquablement attiré par la seule chose qui lui était un temps soit peu connue.

Silmeria était morte. Hrist l'était aussi. Celes était dans son monde et faute d'une de ses maîtresses, elle ne pouvait ni parler ni agir. Seul le corps de Silmeria répondait à une bouillie de réflexes et de souvenirs sans que l'une ou l'autre ne puisse réellement agir selon sa volonté, de toutes façons, elles venaient de mourir et le mort n'est pas femme à lâcher si aisément ses proies. Silmeria n'était plus vraiment autre chose qu'un zombie à l'heure actuelle.

Les chemins de poussière. Les routes ici se semblaient pas entretenues, aucun panneaux, aucun point de vue, rien que les arbres, la faune et le grincement métallique. Dans son esprit brouillé comme des oeufs en colère, c'était un véritable chant de sirènes.

La route escarpée était criblée de trace de pas et d'anciennes tranchées provoquées par des roues, bien qu'elle n'était capable que de voir flou, Silmeria comprenait que ce chemin était fréquenté et qu'elle trouverait peut être rapidement quelqu'un pour l'aider, juste pour comprendre où elle se trouvait. Mais prudente, elle restait un rien en retrait, juste assez pour voir la route, mais assez proche tout de même pour ne pas rester trop dans les entrailles de ce bois aux allures sinistres. Le grincement lui, ne se faisait que plus audible.

Allongée dans un maigre buisson, simplement drapée de son sac mortuaire, elle observait jusqu'à entrevoir la forme assez vague située à quelques mètres de là, d'une chariotte. Incapable pour l'instant de savoir qui en était le conducteur, elle estima préférable de rester à couvert. Surtout lorsqu'un bruit rauque se fit entendre et lui frappa les sens d'un souvenir frustrant. Ce raclement lourd et puissant, elle l'avait entendu de nombreuses fois, porteur de catastrophes et de carnages, c'était un bruit typiquement orque. De crainte, Silmeria aurait espéré se transformer en fougère, en dépit de ce don, elle s'écrasa au sol le plus possible, mais malheureusement pour elle, sa précipitation passée ne l'avait pas aidée à choisir un buisson assez touffu. Car si l'orque installé sur le chariot n'avait pas encore vu qu'il était observé, il n'était pas seul, et son camarade avait été plus attentif que lui. Trop occupée à scruter le chemin, la tueuse entendit au dernier moment le " tchomp tchomp " des bottes lourdes qui s'enfonçaient dans la mousse humide qui recouvrait le sol. Une violente douleur lui vida les poumons alors qu'elle essayait de pousser un cri de souffrance, elle n'en fit rien, le choc l'avait rendu muette sur le coup, on venait de lui écraser à coup de botte le dos. La douleur ne s'était pas encore estompée que l'orque venu de derrière elle lui agrippa les cheveux de ses gants de mailles rouillées et la traîna tandis qu'elle cherchait maladroitement à se débattre.

Comme un chasseur ramène sa proie, il tirait Silmeria comme un gibier jusqu'à son frère d'arme qui lui n'avait pas bougé. Tentant de se défaire de l'emprise de son agresseur, Silmeria n'arrivait qu'à agiter les bras, la poigne de fer de l'orque était solide et sûre, et aussi affaiblie qu'elle l'était, sans arme, elle ne pouvait pas rivaliser. Cependant ses mouvements fébriles avaient rendu l'orque plus agressif et celui-ci lui envoya sa botte de fer directement dans l'estomac. Le corps aussi brutalisé fut secoué de spasmes, elle eut l'impression de vomir, bien que ses entrailles fussent complètement vides. Courbée sur le sol, il lui avait lâché les cheveux mais ce n'était que pour mieux lui envoyer son pied au visage. Le noir soudain.

S'en suivent des souvenirs mêlés de cauchemars, impossible d'en distinguer le vrai du faux, Silmeria voyait par intermittence un noir terrible emprunt de douleur. Lorsque ses yeux lui renvoyèrent quelques images, il ne s'agissait que du ciel gris qui semblait défiler doucement. Elle ressentait un poids sur elle, bien que l'une de ses côtes eut été brisée lors du passage à tabac, il s'agissait de l'orque confortablement assis sur le corps de sa prise.

Elle n'en savait rien. Chassée. Ses autres souvenirs n'étaient que des paysages froids et gris, la main qui pendait hors du chariot, les chausses sales de l'orque, le bout de sa lame qui aurait pu l'éventrer un bon nombre de fois. Mais il n'en était rien, elle n'était pas là pour être tuée, sans le savoir, ses agresseurs avaient quant à eux, une idée bien précise destinée à ce trophée.

Silmeria elle, était à la frontière du réel, pour son esprit embrumé, tout ceci n'était qu'un rêve, mais la douleur peu à peu effaçait cette idée et la renvoyait dans la sinistre réalité qu'était devenue la sienne.

De son côté, Cèles pensa quelque chose qui résumait bien la situation :

« Pas contente du tout...»

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Jeu 31 Jan 2013 23:03 
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Tandis que je débute ces écrits avec dans le cœur la mémoire de mes paires, je ne peux que repenser avec nostalgie à cette époque qui demeure désormais dans mon esprit comme un songe lointain...
A cette époque, je ne pouvais imaginer qu'un jour viendrait où je serais amené à écrire mon histoire. Pour dire vrai, là où débute mon récit, je n'avais connaissance ni de l'écriture, ni même du monde extérieur. Il n'y avait pour moi rien d'autre que le clan.

Les hommes écrivent sur mon peuple des textes relatant de la rage et de la soif de meurtre inextinguible qui nous animes. Pourtant je ne m’identifie pas, ni mes semblables d'ailleurs, dans ces récits. Ce que j'ai vécu, c'était l'essence même de la culture, de la vie et du partage. Non pas l'entassement nauséabond des cités, où chaque être court dans des galeries nommés ruelles, ignorant son prochain. Je parle de véritable contact.
Avec le recul, je me suis souvent demandé si cela était dût à notre faible nombre. Il semble logique de se dire que dans un groupe réduit, les gens se doivent de se reconnaître. Pourtant j'ai vu des campements d'hommes et de femmes, et ils ne se regardaient pas, ne se considéraient pas comme deux Garzoks peuvent le faire. Il ne s'agit pas d'amitié, pas même de contact. C'est bien plus fort que cela. Comme si un fil ténu liait chacun des membres d'un même clan. Que deux individus se tournes l'un vers l'autre, puis, sans qu'aucune parole ne soit prononcée, aucun signal, les voir se jeter tout deux dans un combat pour la vie, pour la domination. Que donnerais-je aujourd'hui pour observer à nouveau ce phénomène, le vivre, même si ce doit être la dernière chose qu'il me soit donnée de connaître.

Mais si je dois vous parler de moi, il faut inévitablement que je vous explique dans quel monde j'ai été élevé. C'était au sein du clan Poing sanglant. Respecté et craint par ceux qui ne vivaient pas dans le bois sombre et dont la subtilité du nom résumait la philosophie... Nous vivions effectivement dans cette forêt tortueuse entre la cité d'Omyre et Onaran. La réputation des Orques qui vivaient là bas n'était plus à faire bien avant que le clan ne soit fondé. Des monstres cannibales, plus sauvages que des bêtes et plus violents que le pire des Liykors.
Je dois admettre que certaines rumeurs étaient vraies. Et même si le fait que nous ayons survécu sur le même territoire que d'autres clans peut laisser à penser que nous étions fait dans le même moule, je me plaît à croire que nous étions meilleurs que certains. Car comme je souhaite le dévoiler au travers de mes mémoires, nous avions une culture qui pour moi n'avait rien à envier aux plus grandes civilisations.
Contrairement à bon nombre de tribus, nous ne vénérions qu'un seul et unique dieu. Il était notre totem, le ciel et la terre, celui qui vie dans les cours d'eaux et stimule notre frénésie lors d'un combat. Ter Zignok... D'autres peuples l'appel Yuimen, mais rares sont ceux qui le révère comme il en était le cas au sein du clan. Car il n'était à nos yeux ni la terre, ni les arbres ou le soleil. Il était tout et toute chose. Si nous gâchions de la viande, c'était une insulte à son nom. Lorsque nous entrions en rage, c'était sa sève qui coulait dans nos veines. Et lorsque nous faisions l'amour, c'était lui qui décidait si oui ou non un enfant viendrait à naître.
Ces préceptes, c'était notre Chaman qui nous les avait inculqués. Et comme mon père, alors chef de clan, lui vouait un profond respect, ses rituels sont vites devenus sacrés. Pourtant, mis à part ceux qui souhaitaient vivres l'expérience du chamanisme, personne ne lui adressait vraiment de prière. Le terme même nous était inconnu.
Et pour parler de mon père, il n'était pas ce que l'on peut dire... protecteur, même pour un Garzok. Ma mère étant morte en couche, je n'avais que lui. Et il n'avait pour moi que mépris. Mais ce que je prenais alors pour du dédain était sûrement plus proche de l'envie de me voir être le meilleur. Car ses seules paroles étaient des ordres ou des brimades. Quoi que je faisais, cela n'était pas assez bien. Même quant tous les autres pensaient que j'étais le meilleur chasseur, il trouvait cela insuffisant.
Et pour cause, j'avais beau être un veneur talentueux au sein d'une tribu de barbares, je n'étais pas un combattant. J'appris à le regretter le jour même de sa mort... Tout commença alors qu'il rendait ses dernières paroles dans le monde des vivants...

Le fier guerrier inébranlable tirait sa dernière révérence. Vieillard impotent avachit sur le sol de sa hutte. En le voyant ainsi, je ne ressenti que mépris. Ce même dédain qu'il me réservait, pensais-je, lorsqu'il était encore plein de vie.
Ceux qui vivent longtemps sont méprisés. Mais ce n'était pas le cas de Karak. Car même si la vieillesse était synonyme de lâcheté, souvent la marque de ceux qui fuient leur ultime combat, ce Garzok la, il avait fait quelque chose de plus grand. Il avait bâti un clan, l'avait fait mûrir, et désormais, ce qu'il avait construit allait lui survivre. Mais aussi grand soit son accomplissement, il n'en demeurait pas moins un poids mort. Sans lui, le Poing sanglant se porterait mieux, j'en étais convaincu, sans penser un instant que son trépas pouvait en même temps sonner mon glas.

« Ainsi c'est cet hiver que vois la fin du chef de clan. Gloire à celui qui prendra sa place. » Les poings sur les hanches, je l'observai d'un air impétueux, persuadé que sa dernière heure serait également l'heure de mon ascension.

« Je quitte cette terre heureux. Car je ne verrais pas la mort de mon fils. » Il leva son énorme main pour la poser sur son cœur, puis fût prit d'une quinte de toux, avant de poursuivre, d'une voix faiblarde.

« Tu crois que tu est prêt à me succéder... C'est en effet ce qui aurait dût être. Mais tu a été trop... Stupide ! Partir chasser pour ton plaisir, courir la forêt au lieux de devenir un... un vrai guerrier. »

« Et cela a fait de moi ce que je suis ! Le chasseur qui a tué plus de loups et de cerfs qu'aucun autre membre du clan ! »

« Des loups... et des cerfs... Haha... Aucune de tes proies n'est l'égale d'un Garzok. Si tu veut diriger le clan... Tu dois pouvoir affronter des dangers... Plus grands ! Aucun des combatants du Poing sanglant ne t'a jamais défié, car tu est mon fils. Mais après ma mort... Ils te tueront... »

Il fit une pose, fermant les yeux. Je commençais à penser qu'il était finalement mort, son ultime phrase prophétisant mon échec prochain, quant il se remit à parler, plus faible que jamais.

« Parce-que tes plus grands adversaires... furent des loups et des cerfs... »

Puis se fût le silence. Je n’eus alors plus aucun doute, il était parti, me laissant méditer sur ses paroles. Je ne voulais pas me laisser décontenancer par celles-ci, mais ce fût le cas. Si ce qu'il avait dit était vrai, alors le fait que personne n'ai jamais tenté de m'imposer sa force n'était pas dût à la peur que j'inspirais, comme je l'avais toujours cru, naïvement. Ils attendaient simplement l'heure où je revendiquerais le titre de chef de clan. Et alors...

« Tu est Ha'Karak. Tu sais ce que ce titre signifie. Ton père mort, c'est toi qui est amené à prendre sa place. Tu est désormais le chef de clan. »

C'était Gunak, le chaman et conseillé de mon père. Il se trouvait dans l’embrasure de la hutte, son bâton noueux reposant entre ses mains, l'échine courbée en signe de soumission.

« Depuis combien de temps m’épie tu, Gurnak ? »

J'avais toujours éprouvé un respect superstitieux pour lui, mais son intrusion me glaçait le sang. S'il avait entendu ce que m'avait dit mon père sur son lit de mort... Alors je n'avais plus aucune crédibilité.

« Je n'ai pas eu besoin d'écouter les mots de Karak pour savoir ce qu'ils signifiaient. Il se confiait à moi, le sais tu. Et il me parlait souvent de toi. Tu est un fils de la terre. Les oiseaux chantes ton nom. »

Il marqua une pose.

« Tu n'est pas fait pour être chef de clan, Sharak. Renonce à ce titre. C'est le premier et le dernier conseil que je peut te donner, Ha'Karak. »

«Tes rêves t'embrouillent l'esprit, Chaman. Si j'abandonne mon droit de chef, je serais la honte de la tribu. Je ne vaudrais pas mieux que ce corps froid qui était mon père ! »

Disant cela, je pointais un doigt accusateur sur le corps de mon géniteur mort.

« Je me doutais un peu que tu dirais quelque chose comme ça. Jeune et impétueux. Ce sont des qualités qui ne te seront guère utile. C'est pour cela que j'ai amené cela... »

Il sortit de ses frusques un pot en terre cuite et s'approcha de moi, y trempant deux doigts.

« Si tu veut afficher ta décision, tu dois arborer les peintures de celui qui dirige. »

Silencieux, je mis un genoux à terre, offrant mon visage à ses doigts décatis. Je connaissais cette partie du rite. Au moins n'avançais-je pas totalement à l'aveugle. Il traça sur mes paupières et mon visage la marque qui se trouvait encore sur le faciès déconfit de mon père. Puis y ajouta plusieurs autres touches.
Devant mon étonnement visible, il émis un pâle sourire.

« Si tu dois affronter la mort, emporte avec toi la marque de ce que tu est. Plus que ce à quoi tu aspire, c'est le symbole du chasseur que je t'ai apposé. Maintenant, va ! »

Je passai mes doigts sur mes joues, m’imprégnant de cet instant calme, presque ésotérique. J'avais l'impression que ces tatouages tribaux étaient plus que de simple peintures faites de boue et de sang. Mais je n'avais guère le temps d'y penser. Dehors résonna un cri, que tous les membres du clan se mirent à scander.

« Ha'Karak ! Ha'Karak ! »

Ce n'était pas une acclamation, c'était un appel. Un appel à la guerre et au sang. Quelqu'un avait dût entendre ou entrevoir ce qui s'était passé dans la hutte.
Prenant mon courage en main, je sorti, le dos droit, offrant ma face à ceux qui se tenaient en demi-cercle devant la demeure. Et ils étaient nombreux. En réalité, ils étaient tous là. Même les enfants les plus jeunes me regardaient, leurs yeux avides d'effusions sanguines.

« Ha ! Alors c'était donc vrai ! Ha'Karak ! Tu te proclame donc réellement notre nouveau chef ? »

Grimjoy... L'un des guerriers les plus vantards du clan se tenait devant lui. Il n'était pas réputé pour ses prouesses extraordinaires, mais il était fort en bouche. Et force était de lui reconnaître qu'il avait vaincu ses deux premiers adversaires. Comme Sharak, il était jeune et avait plus que tout autre chose envie de prouver sa valeur. Le ton moqueur avec lequel il s'adressait à moi ne m'étonnait pas vraiment. J'avais appris à ne pas m'en offusquer plus que de nécessaire.

« Karak est mort ! Je réclame donc mon droit légitime ! Si quelqu'un à quelque chose à y redire, qu'il le prouve par les actes et non les mots ! Mais avant, accordons les rites au défunt. Le clan n'a pas besoin de la malédiction de Ter Zignok ! »

Je m'exprimais à pleine voix pour être sur de ne pas être interrompu, fixant Grimjoy dans les yeux. Néanmoins, j'étais ravis de constater qu'il était le seul à s'être révélé ouvertement contre ma décision, à sa manière. Déjà des murmures fusaient de toutes part et c'était de l'assentiment qui transpirait du visage de la plupart. Le rite me laisserait le temps de me préparer. Et ma raillerie envers Grimjoy en ferait probablement mon premier adversaire. Il fallait que ce soi également le dernier. Prouver ma force en le mettant à terre imposerait le respect qui m'était dût. Si ce n'était pas le cas, je ne donnais pas cher de ma peau.

Les funérailles commencèrent presque immédiatement dans une sorte d'empressement général. Moi, je demeurais pensif, méditant sur l'instant présent. Tandis que le corps de mon père se faisait soulever par les plus puissants guerriers du clan et qu'un bûcher se mettait en place au centre du campement, je réfléchissais. Je n'avais jamais combattu mes semblables, en tout cas pas en dehors des entraînements imposés pour tout un chacun. Et je constatais, honteux, que j'étais le seul adulte n'ayant encore versé le sang de l'un de ses frères. La vérité me fit l'effet d'une claque et je prenais seulement conscience de l'influence de mon géniteur sur ma vie. Il m'avait protégé. Et ce faisant, m'avait rendu faible aux yeux de tous.
Néanmoins je gardais pleine confiance en moi. Grimjoy n'étais pas un adversaire à ma mesure, et sa mort prouverait à tous qui j'étais vraiment. Peut-être quelques autres prétendants viendraient après lui, mais les Poings sanglants respectaient tous la force et la tradition. Mon rang était dans mon sang, ne me restait plus qu'à leur prouver ma force.

« Tu devrais te préparer au lieu de rêvasser. »

Gunak se tenait à côté de moi, une torche à la main. Il observait en direction du bûché, et je remarquais qu'un cercle de combat avait été tracé juste devant, en prévision de ce qui allait succéder aux funérailles. Rare étaient les Garzoks à avoir le droit de finir dans les flammes. La nourriture était chose précieuse, et la plupart de ceux qui mouraient ici servaient à sustenter les survivants. Mais c'était le chef et même en cas de famine la cérémonie aurait eu lieu et personne n'aurait touché à son corps. Néanmoins, ce genre de rituel ne prenait jamais beaucoup de temps. Alors que le chaman s'approchait du bûcher, me laissant seul, et qu'il l'embrasait, le silence se fît total. Seul le ululement des oiseaux nocturnes était audible, accompagné par le crépitement du brasier. Puis Gunak entonna une litanie tribal en l'honneur de la mort. L'air se satura rapidement de fumée et en quelques minutes, Karak disparut totalement de la surface de la terre, se changeant en cendres qui s'éparpillèrent aux quatre vents.
Personne ne s'approchait de moi, pour quelque raison que se soit, et je me rendit compte que j'étais seul, tous les Garzoks présents étaient regroupés. Je restais à l'écart et ils commencèrent à tourner leurs regard vers moi. Tournant mon regard vers le cercle, je compris que j'avais bien gâché le temps qu'il m'était imparti. Déjà, Grimjoy se tenait en son centre et m'attendait...

Quelques murmures fusèrent, puis le silence retomba. Tous s'écartèrent. Je me tenais face à mon adversaire, qui tenait dans ses deux mains sa hache d'arme. Alors, j'avançai. Je ne pouvais pas me dérober et quand bien même. Je trépignais intérieurement. Ce combat allait être décisif.
Alors, le chaman vint vers moi. Je l'avais perdu de vu pendant quelques instants et je compris pourquoi. Il sortait de la hutte du chef et me tendit la lame de Karak. Non pas cette énorme hache qu'il utilisait jadis au combat, mais son couteau de dépeçage. Un large couteau tranchant sans aucun ornement, la garde n’étant qu'un entrelacs de bandes de cuirs. Gunak me connaissait bien. Et je la pris solennellement, ignorant les quelques ricanement qui fusèrent parmi les miens. Il était en effet risible pour beaucoup de combattre avec une arme faite pour la besogne, mais c'était le seul type d'arme de contact que je maîtrisais réellement. Ce que je perdais en allonge, je le regagnais en vitesse.
C'est donc ainsi armé, le couteau en main, que je pénétra dans le cercle de combat. Grimjoy m'adressa un sourire édenté. Il ne se moquait pas cette fois, je le savais, il était simplement heureux, de cette joie simple de savoir que le combat approchait.

« J'ai hâte de t'écraser. » Dit-il en s'approchant de moi. 

Le dos plié, avançant lentement de côté, sans le quitter du regard, je le laissa approcher. Je ne lui rendit aucun sourire, aucune parole. Le combat allait débuter et même si mon arme paraissait dérisoire contre le hachoir de mon adversaire, je me sentais prêt. Je cherchais de quelle manière l'attaquer pour une meilleur efficacité. Il tenait son arme à deux mains sur le côté droit, il progressait en biais pour en supporter le poid tout en avançant. Puis finalement, il se précipita.
Sa charge était prévisible, et il m'a suffit de faire deux grands pas de côtés pour l'éviter. Une fois que sa lame fendit l'endroit où je me trouvais tantôt, il fît instantanément une rotation pour envoyer balayer sa lame dans ma direction. Si bien que je dus faire un bond qui faillit me faire sortir du cercle. En réalité il aurait dût en être ainsi, mais l'on me repoussa. Et c'est à ce moment que je pris conscience de la présence oppressante de tous les membres du clan. Ils étaient désormais agglutinés en périphérie de l'aire de combat et observaient en silence. Ce qui était particulièrement oppressant. J'aurais mille fois préféré qu'ils écumes, hurles et acclames. Mais non, ils se contentaient de regarder avec dans les yeux cette lueur avide et morbide.
Je ne pouvais pas leur en vouloir car si je n'avais pas été en train de participer au combat, j'aurais agis exactement comme eux. Mais c'était bien moi qui devais lutter pour son titre et déjà Grimjoy s'approchait, sa hache sifflante fendant l'air à chacun de ses moulinés. Cette fois, c'est moi qui allais l'attaquer, et pour cela, je pris appuis sur le sol. Mes pieds s'enfoncèrent dans la terre meuble et propulsèrent des gravas alors que je poussais dessus pour me propulser.
Ma trajectoire n'était pas parfaite, mais au moins avais-je réussie à débuter ma course comme je le voulais. Je retenais ma respiration en atteignant le flanc de mon ennemi. Mais avant même que je ne lève mon couteau pour frapper il avait dressé sa hache devant ma route, dans un mouvement éclair qui me prit totalement à dépourvu. Je fis alors la seule chose que je pouvais faire ; je poursuivis ma course en m'effondrant au sol, les jambes lancées en avant pour me permettre de glisser. Et cette action n'était visiblement pas ce à quoi s'attendant mon opposant, ce qui me permit de balancer mon bras armé droit sur sa cuisse. L'entaille provoqua un hurlement à Grimjoy, mais visiblement pas de douleur – elle était peu profonde -, c'était un cri de frustration mêle de colère. Sa réaction ne se fit pas tarder car je n'eut pas le temps de finir mon dérapage au sol que la jambe même que je venais de blesser s'écrasait sur mon ventre, me coupant littéralement le souffle.
Si il était bel et bien un colosse, je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si rapide. En cet instant, alors que je levais mon arme pour parer sa hache qui déjà fendait vers moi, je me fis la réflexion que les choses étaient bien différentes que ce à quoi je m'attendais. Si il était de notoriété publique de Grimjoy faisait partit de la « classe moyenne «  des combattants, je frissonnais en pensant que j'aurais peut-être à affronter l'élite. Je pensais que ce combat serait vite réglé, que vaincre l'un de mes frères serait aussi aisé que d’abattre un loup ou un renard. Je n'étais qu'un imbécile.

L'impacte de l'énorme hache me donna l’impression d'être en le marteau et l'enclume. Ma lame tint bon, mais ma force n'était rien à voir avec celle de Grimjoy. Ses bras ressemblaient à des battoirs et ce n'était pas pour rien. Rapidement, je fût écrasé par mes propres poings, peinant pour simplement maintenir une distance entre ma propre arme et ma gorge.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Dim 19 Mai 2013 12:09 
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~Ambiance~


Une main tenant la hampe de mon arme, l'autre écartant un pan de ma capuche, j'avance dans les pas de Kuon. Ce dernier scrute les alentours, comme s'il pouvait y discerner quelque chose. La lueur blafarde et matinale renforce l'étrangeté de ce couvert végétal. Ici, peu à pas d'arbres coloris vert, mais des troncs sec, sombres, entre lesquels flotte une légère brume. Le sol laisse deviner par-ci par-là un passage emprunté plus fréquemment, mais aucune voie bien nette. De hautes herbes poussent dans les espaces plus larges, se mêlant à des ronces serpentant au sol. À chaque instant, je dois faire attention à ne pas laisser la flore entraver ma marche. Un bref regard sur Kuon m'indique qu'il n'a guère l'air gêné.

L'humain tient les rênes, suivi de près par la bête. Je ne remarque d'ailleurs que maintenant que cet animal est muni de protections de cuir au-dessus des sabots. Malgré le poids du véhicule, nous ne faisons que peu de bruit en nous déplaçant. La tension monte dans mes muscles. J'essaie de me persuader qu'il me faut juste rester vigilant, et ne pas laisser mon esprit me laisser entrevoir des présences inexistantes. Je remarque bientôt que cette forêt est étrangement silencieuse. À cette heure, Oranan s'éveille sur des chants d'oiseaux de petite taille, sur des mouvements, de la vie. Ici, tout me semble figé, comme bloqué à son instant le plus sombre.

Pendant quelques heures, la marche est rendue difficile par le tapis dense d'herbes emmêlées présent dans les allées naturelles. À deux reprises, mon guide nous fait marquer un temps d'arrêt, épiant sans doute un bruit particulier. Impossible pour moi d'affirmer s'il s'agit bien au loin d'une silhouette, ou d'un effet de brume. Rien ne se dirige vers nous ni ne s'en éloigne. Je regarde l'humain, habité par une certaine appréhension.

( Ces bois ont l'air immense. J'espère qu'il sait véritablement s'y repérer. Parviendrons-nous seulement à les traverser avant la fin du jour ? )

Mes yeux teinte violette se perdent un instant dans le lointain flou et se plissent. Hors de question de faire le moindre feu dans les environs. Trop risqué. De même, s'établir dans une clairière est loin d'être une bonne idée. Si notre chemin rencontre celui d'une patrouille garzoke, je ne donne pas cher de nos peaux. Pourtant, Kuon n'a pas l'air plus perturbé que cela. Peut-être est-ce simplement de la chance, mais pour l'instant je n'ai rien vu ou entendu qui trahirait la présence proche d'un groupe armé.

La forêt continue à s'étendre tandis que nous montons une petite pente un peu moins encombrée. Le sol ressemble à ce que j'ai rencontré du côté du lac. Une matière un peu glissante, claire, et dans laquelle je remarque une trace de pas. Je braque mon regard en direction de l'humain. Un genou à terre, tenant toujours les rênes en main, il inspecte une autre trace et une autre encore. Je décèle comme une ombre passer sur son visage, qu'il dirige en haut de la pente. Il ne m'adresse pas un mot, se contentant de poursuivre. D'instinct, je resserre ma prise sur mon arme, prêt à me protéger avec.

Lorsque nous parvenons en haut du dénivelé, l'autre milicien s'arrête, son expression se faisant plus dure. Quand à mon tour j'y parviens, je suis tétanisé par ce que je vois.

( Par les Dames... )

Devant nous s'ouvre ce qui ressemble à une clairière, à la végétation si piétinée qu'elle ne s'en relève pas. Mais ce n'est pas ce qui attire mon regard, non. Ce qui se présente à nous est un champ de bataille. Des corps maculés de boue reposent, plus ou moins proches de nous. Le premier que je vois est un garzok, privé d'un bras, mais qui tient encore fermement une hache dans l'autre. Plus loin, je reconnais le style de plastron que portent certaines silhouettes, mais surtout le symbole qui s'y trouve. Ce sont des ynoriens, peut-être des miliciens. Des corps sont criblés de flèches, d'autres semblent avoir été frappés par la magie. C'est peut-être une vingtaine de cadavres qui se trouve là. Pourtant, tout demeure immobile. Même les charognards ou les insectes ne semblent pas avoir approché l'endroit.

La vision me paralyse. Je parviens tout juste à faire l'effort de regarder ailleurs. J'ai déjà vu et vécu des affrontements, mais assister ainsi à ce genre de spectacle me glace le sang. Brutalement, la main de l'humain se pose sur mon épaule. Son ton est ferme et sévère.

"Je t'interdis de détourner les yeux, instructeur. Regarde-les bien. Voilà ce qu'est la réalité entre nos mondes."

De nouveau, j'embrasse du regard la vision terrible. Même d'ici je peux deviner la fureur de la bataille qui s'est déroulée. Les deux camps semblent avoir subi des pertes équivalentes.

"Tu aurais pu être l'un d'eux, et tu le seras sans doute si c'est la volonté de nos supérieurs. Quelqu'un sait-il seulement combien des nôtres gisent ici ?"

Les yeux coloris noisette de l'humain se rivent aux miens. Ils sont assurés, directs, appuyant ses paroles.

"Si tu restes en vie, et que tu poursuis ton ascension dans la milice, retiens bien ce que tu vois ici et surtout ceci..."

Il inspire l'air humide, appuyant chacun de ses mots, comme pour me l'ancrer dans le cœur ou le crâne.

"Chacune de tes décisions, qu'elle soit d'agir ou non, coûtera son existence à quelqu'un. Si tu persistes à servir la République, j'espère que tu sauras avoir les épaules pour en assumer la responsabilité. Certains semblent avoir oublié que leurs pièces de shôgi sont des êtres bien vivants."

Sidéré, je ne parviens pas à articuler une parole. L'humain ne semble guère attendre de réponse de ma part de toute façon. Il me fait juste un signe de tête, m'incitant à reprendre la marche entre les corps. Ma mâchoire se serre quand je le vois récupérer sur ces derniers du matériel encore en état. L'idée de piller les morts sans leur accorder le moindre respect me reste en travers de la gorge. Pendant qu'il s'affaire, je suis soudain pris d'inquiétude. Je décide d'aller examiner tous les corps, sentant mon cœur se serrer devant chaque nouveau visage que je découvre. Garzoks comme ynoriens semblent jeunes, les deux genres confondus.

Je passe de longues minutes à prier, en fermant les yeux des décédés des deux camps. J'ai mal et me désole à chaque instant. Pourquoi faut-il que les ambitions d'un seul pouvoir causent autant de chaos ? Je ne suis pas idiot. Je sais que tant que plusieurs camps existeront, les frictions et les affrontements perdureront. Sauf que je ne peux rien y faire. Quel pouvoir sur une guerre peut avoir un milicien isolé ? Je ne peux pour l'instant que défendre la République, quitte à devoir faire couler le sang.

Le seul soulagement que j'ai, et qui me met mal à l'aise puisque c'est véritablement égoïste, est que mes amis les jumeaux Uzuuma ne se trouvent pas parmi eux. Je lève un peu la tête, rivant mon regard au ciel sombre qui nous surplombe.

"Attrape."

J'ai juste le temps de me tourner vers Kuon que je réceptionne des médaillons porteurs d'armoiries et de symboles. Nul besoin de poser la plus petite question, mon guide répond de lui-même.

"Certains faisaient partie de clans importants. Ce sont leurs insignes."

Je les regarde un par un, essayant de graver les formes dans ma mémoire. Lorsque je rentrerai à l'office, j'en parlerai au sergent. Lui doit connaître les noms de ces malheureux, et cela me donne un regain de volonté nécessaire pour mener à bien cette mission. Je dois revenir en vie.

Pour la République. Pour mon honneur, et pour la mémoire de ceux tombés dans cette clairière.



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Dernière édition par Kiyoheiki le Dim 19 Jan 2014 13:38, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 21 Mai 2013 18:44 
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~4~



L'humidité de l'air rend l'atmosphère glacée, et ce n'est pas le souvenir de ces morts que nous laissons tels quels qui me réconforte. Je n'aime pas cela, tout comme j'ai détesté devoir abandonner le cadavre du gamin lors de la mission d'escorte. Kuon s'est chargé de me rappeler que nous n'avions ni le temps ni les outils pour nous en occuper, quand bien même je n'ai pas ouvert la bouche pour lui en faire part. J'ai changé. Je suis certain qu'il y a quelques mois, j'aurais été incapable de me reprendre et de poursuivre en direction d'Omyre après un tel spectacle. Là, j'ai beau être affecté, je garde à l'esprit l'importance de ma tâche, fait qui me permet d'avancer.

Le rythme reprend de la même manière, Kuon nous faisant nous arrêter de plus en plus fréquemment, pour épier un bruit ou un mouvement. J'ignore s'il suit toujours cette voie, mais cet itinéraire ne nous fait rencontrer personne, pas même un animal. J'en suis à la fois soulagé et surpris, mais surtout habité du souhait de quitter les lieux au plus vite. Je préfère évacuer de mon esprit l'évidence qu'il me faudra repasser par cet endroit pour rentrer sur Oranan. Serais-je alors seul ? Aurais-je trouvé le milicien ? Kuon sera-t'il de nouveau avec moi ? Je n'en ai aucune idée, et cette incertitude me rend méfiant.

La journée s'écoule sans que son passage n'influe sur les environs. Dans les pas de l'humain, je m'avance dans une partie plus accidentée de la forêt. De hauts dénivelés donnent sur de petites fosses emplies d'une eau rendue blanche par la terre glaise. Un peu partout, de gros blocs de pierre reposent, parfois encastrés dans une paroi. Je suis d'ailleurs intrigué quand mon camarade humain s'arrête devant l'un d'eux, devant bien faire deux mètres de haut, et s'accole sur l'un des côtés. Sans me donner la moindre explication, et en me faisant arrondir les yeux, il repousse ce roc. Je suis stupéfait de me rendre compte qu'il s'agit d'une simple plaque minérale, et pas d'une énorme masse.

( Oh ? )

Derrière se cache une grotte, assez basse de plafond, mais suffisamment spacieuse pour que le chariot puisse y loger et y manœuvrer sans souci. Le poney doit d'ailleurs avoir l'habitude de cette étape, puisqu'il suit Kuon sans rechigner. Je m'y engage à mon tour, plissant les yeux pour tenter d'y voir. L'humain manie ensuite la plaque de pierre en repoussant une excroissance que je pense métallique, puis je le devine glisser contre une paroi. Un doux bruit se produit, puis une petite flamme jaillit, émettant une faible lueur depuis une niche.

Patient, j'attends que mon regard s'habitue à cette pénombre. Pendant ce temps, mon camarade détache l'animal de trait. Il prend la parole à voix basse, comme craignant d'être épié.

"Nous passerons une partie de la nuit ici."

Je dois admettre que je n'aurais jamais pensé à cette solution, ni même envisagé qu'elle soit possible. J'ôte mon arme de mon épaule, abaisse ma capuche, et donne un coup de main à mon guide pour décharger de quoi alimenter tous les présents. Ce faisant, ma main heurte l'une des armes récupérées plus tôt. J'en demeure silencieux, me contentant d'aider à aménager un peu le lieu. Quelques racines sont apparentes sur les parois, mais l'endroit me parait résistant.

Dans la faible lueur des lieux, je me retrouve bientôt assis contre un mur, m'efforçant de manger ma part de victuailles. Je n'ai pas beaucoup d'appétit, mais je fais de mon mieux pour avaler ce poisson séché et pratiquement sans goût. Face à moi, Kuon est pris par le nettoyage de ce qu'il a ramassé sur le champ de bataille. Sans lever les yeux de sa tâche, il décide de meubler utilement le silence.

"Dis voir, qu'est-ce que l'on t'a dit sur la façon de procéder pour cette mission ?"

"Rien de bien concret, juste de m'appuyer sur vos capacités."

L'humain émet un son entre amusement et sarcasme. Il secoue vivement le bout de tissu qu'il tient, puis recommence à frotter le métal.

"Je vois. La mienne est de t'aider à passer les portes et te mettre en relation avec les Républicains qui se trouvent là-bas. Je me demande bien ce qu'ils pensent pouvoir accomplir. Envoyer un débutant en infiltration... N'importe quoi."

Il ne relève pas la tête, mais semble attentif. Je plisse les yeux, quelque peu curieux et vexé. Cela fait la deuxième fois qu'il me traite comme le plus naïf des apprentis, chose qui ne me plait pas, mais à laquelle je ne réponds pas. Plus étrange encore, il semble tout ignorer de la tâche que je dois accomplir. Pourquoi mes supérieurs lui auraient-ils caché la chose ? Ils doivent avoir leurs raisons, détail qui m'incite à garder le silence. Je ne sais de toute façon pas mentir sans que cela se devine ou se voit. Inutile de faire semblant en façonnant une excuse ou quoi que ce soit d'autre.

Face à mon absence de réponse, Kuon finit par me jeter un coup d'oeil. J'ai cependant du mal à distinguer son visage dans la faible lueur. Je peux toutefois le deviner hausser les épaules.

"Bon, écoute instructeur. Ton nom est compliqué, et il ne te servira à rien là-bas à part attirer l'attention. Autant en prendre un autre tout de suite. "

"Comme ?"

"Un truc court, et qui ne sonne pas ynorien, c'est sûr... Taorak, tiens. C'est pas long, et c'est un nom qui ne sonnera pas trop faux aux oreilles des garzoks."

Je hausse légèrement les épaules, trouvant l'idée logique. Me présenter sous ce nom ne sera pas véritablement un mensonge puisque cela me désigne, mais autant prétendre ne pas pouvoir parler ou ne pas répondre que de commettre un impair.

"Je t'amènerai au Campement. C'est un endroit qui sert un peu d'auberge, sans être bloqué entre quatre murs. Je t'y présenterai notre contact et resterai dans les environs. Après, ce sera à toi de remplir ta mission."

Dans la pénombre, j'acquiesce lentement. Le silence, à peine perturbé par les mouvements de l'humain, m'incite à clore les yeux. Malgré la dureté du sol, le carré de tissu en laine qui m'en sépare atténue la sensation inconfortable. J'ai du mal à trouver le repos, rouvrant un œil dès que l'humain amorce un mouvement plus ample. Je ne sens pourtant pas plus fatigué que cela, comme si j'avais moins besoin de sommeil qu'auparavant.

Rien ne vient nous perturber dans cet étrange abri que nous quittons bien avant le lever du jour. Je me sens de plus en plus nerveux, m'obligeant à prier Gaïa longuement pour me reprendre et me focaliser sur ma tâche. Je suis bientôt persuadé que notre duo a de la chance dans son voyage. Dans la brume, un groupe armé et grognant se déplace, mais il ne nous voit pas et s'éloigne de notre position. J'emboîte le pas à mon guide quand ce dernier se hâte dans une direction opposée.

Déjà, je peux apercevoir entre certains arbres le retour d'un terrain moins couvert. J'en tremble, mais suis incapable de déterminer le sentiment majoritaire qui m'habite.



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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Dim 9 Juin 2013 01:28 
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Après une petite heure, j'arrive à la lisière des fameux Bois Sombres. Cette forêt inquiétante dans laquelle une brume éternelle semble avoir élu domicile, dans laquelle le feuillage des arbres donne plus sur le gris que sur le vert, dans laquelle les dangers sont omniprésents. Traverser cette forêt seul est sans aucun doute une idée des plus stupides, mais je ne suis pas seul. Tout du moins je ne le serai plus dans peu de temps si Cwedim ne m'a pas roulé dans la farine. En effet, si tout se passe comme prévu et que les troupes que le Roi des Limaces m'a confiées me sont réellement dévouées, mes hommes ne devraient plus tarder à me rejoindre.

Je décide donc en attendant, de faire un petit feu de camp pour ne pas mourir congelé une fois que la nuit sera complètement tombée. Je reste là à écouter le crépitement des flammes et je réfléchis. Je repense à tout ce que je viens de vivre et tout ce que cela implique. Combien de fois ai-je failli mourir en un temps limité ? Ne serait-ce que sur cette foutue île volante pleine de dragons. J'ai failli y passer en me faisant déchiqueter par des sangliers géants et j'ai manqué de peu de faire le grand saut et de m'écraser je ne sais combien de centaines de mètres plus bas à cause d'un minotaure débile. Puis j'ai dû me battre aux côtés et contre des passagers de l'aynore et des habitants de l'île. J'ai coupé la tête d'une Kendranne avant de me transformer en monstre géant pour plonger un autre monstre géant et indestructible dans de la lave. Lave qui était présente parce que l'île était sur le point d'exploser. M'enfin si ce n'était que ça...trois ou quatre jours plus tard à peine, je me suis fait kidnapper et on m'a enfermé dans ce bagne dans les sous-sol de la Tour Noire. Ici aussi j'ai failli passer de vie à trépas, à cause d'une liche pyromancienne et d'une foutue bonne femme qui m'a tranché la gorge. Après, j'ai encore une fois participé à une sorte d'orgie de violence ou j'ai effleuré la frontière située entre la vie et la mort pour devenir le champion de Cwedim, puis je me suis fait transpercer par un immonde loup géant.

Bref, j'ai passé mon temps à échapper à la mort pendant une semaine. Et me voilà maintenant tranquillement installé devant un feu de camp à la lisière des Bois Sombres, en train d'attendre que les troupes que m'a confié Cwedim arrivent. Quel contraste détonnant. Je décide alors de m'allonger un peu, mais à peine ma tête touche-t-elle le sol, qu'une ombre me recouvre, vraisemblablement celle d'un homme qui se tient devant le feu. En une fraction de seconde, les ombres se multiplient. Je me relève tranquillement et je peux voir dix hommes entièrement vêtus de noir. Ils sont désormais sous mes ordres, prêts à m'offrir leur vie. Je ne prends pas la peine de me lever, mais dans un élan de bonté, je leur fais signe de s'asseoir. Ordre qu'ils exécutent dans l'instant.

"Bon, on va entrer dans le vif du sujet tout de suite. Il faut qu'on apprenne à agir sans avoir à parler, la discrétion est le maitre mot, notre meilleure arme. Et à partir de maintenant, vous devrez rester près de moi en toutes circonstances sans vous montrer, sauf si je vous ordonne le contraire à un moment ou un autre. Compris ? "

Comme réponse, les dix hommes hochent la tête silencieusement et dans un même mouvement. Les voir m'obéir et agir de la sorte me fait une étrange impression. Je ne suis vraiment plus l'homme que j'étais il y a quelques jours, je suis bel et bien un gradé de l'armée d'Oaxaca. Je me sens puissant et important, mais je dois rester raisonnable, je ne suis pas invincible et j'ai encore un long chemin à faire avant d'avoir la force nécessaire pour obtenir tout ce que je veux. Bref, j'en ai pas fini avec mes soldats. Je me lève, m'étire un peu, et fais quelques pas pour me dégourdir un peu les jambes avant de poursuivre la "discussion".

" Nous allons mettre en place quelques signaux que vous allez devoir mémoriser. Chacun d'entre eux correspondra à un ordre simple que vous devrez effectuer immédiatement. Pour ce faire, quatre d'entre vous devront m'avoir constamment dans leur ligne de vue, ces quatre là auront pour rôle de transmettre mes ordres aux six autres."

Je continue mon discours et apprends les signes à mes combattants de l'ombre pendant les deux heures qui suivent, toujours sans que l'un d'entre eux ne prononce le moindre mot. Quand j'ai terminé, je leur donne l'ordre de se disperser. Je n'arrive absolument pas à les voir, mais je sais qu'ils ne sont pas loin, prêts à agir sur un simple geste de ma part. Maintenant que tout est mis en place et que je me sais protégé, je décide de m'allonger, non sans avoir remis du bois dans le feu juste avant et je m'endors rapidement. Entre le début de journée que j'ai passé dans le bagne et les quelques heures de voyage, je suis complètement épuisé et il y a bien longtemps que je n'ai pas pu dormir paisiblement comme ça.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Dim 9 Juin 2013 18:38 
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Après une longue nuit de sommeil des plus agréables, j'ouvre les yeux lentement, prenant tout mon temps pour me réveiller en douceur. C'est la première fois depuis des années que j'ai pu prendre un repos aussi réparateur et je me sens d'excellente humeur. Rien n'a pu troubler mon sommeil et c'est très clairement grâce à mes hommes cachés non loin, si je ce que ce je vois est bien réel. En effet, à quelques mètres de là, gisent quelques cadavres de sektegs empilés les uns sur les autres au milieu d'une mare de sang. Ce n'est pas la meilleure vision qu'on peut avoir en se réveillant, mais elle me soutire pourtant un léger sourire. Je suis persuadé que ce sont mes hommes qui sont à l'origine de cette pile de corps inertes. Qu'ils aient voulu me protéger ou se dégourdir les membres m'importe peu, parce qu'au final, j'ai enfin une preuve de leur efficacité.

Sans perdre plus de temps, je monte sur Revanche et je reprends la route laissant derrière moi le tas de chair sanguinolente. Il est temps de traverser les Bois Sombres. Cette forêt est encore plus inquiétante une fois que l'on y a pénétré, mais je n'ai pas le temps d'avoir peur, je dois progresser et me concentrer sur la route pour éviter de me perdre. Le terrain n'est pas des plus faciles et je suis obligé de chevaucher à cadence réduite. Tant bien que mal, je m'enfonce de plus en plus dans les bois au fur et à mesure que les heures s'écoulent. Tout se passe sans embuche jusqu'au moment où j'entends quelqu'un hurler.

"HALTE LA!"

Instinctivement, je stoppe ma monture et je regarde celui qui m'a crié cet ordre s'approcher. Il s'agit d'un jeune soldat ynorien en armure de cuir et armé d'une simple épée. Le doute n'est pas permis, c'est un éclaireur. Il me regarde d'un œil méfiant et dégaine sa lame, la pointant vers moi. Le jeune homme m'observe, visiblement dans les moindres détails et quand son regard se pose sur le broche en forme de crâne qui trône sur mon armure de cuir noir, son attitude change du tout au tout, le soldat semble plus craintif, encore plus méfiant.

"Qui...Qui êtes-vous?! Que faites-vous là?!"

Je lui réponds sur un ton calme.

" Il vaut mieux pour toi que tu restes dans l'ignorance. "

Je pose alors sur lui un regard menaçant avant de descendre de Revanche.

" Ne bougez pas! Restez où vous êtes ! "

Curieux de savoir ce qu'il va se passer, j'obéis et reste silencieux. Je veux jouer avec les nerfs du jeune guerrier, je veux lui faire ressentir une peur profonde et paralysante, comme celle que j'ai si souvent ressentie. Cet homme sera la première victime de ma vengeance contre le monde.
Les secondes passent et des bruits de pas, nombreux, se font entendre. Discrètement, je laisse mon scolopendre glisser le long de mon bras droit, pour me tenir prêt à toute éventualité. Une petite troupe d’une quinzaine de soldats ne tarde pas à faire son apparition. Chacun des soldats est équipé de la même manière que le petit éclaireur, mais ils semblent tous plus expérimentés. Si les choses tournent mal, je ne vais avoir que quelques secondes pour agir et...Je crois que les choses VONT mal tourner. Le jeune soldat qui m'a interpelé se retourne vers ses camarades et court vers eux en criant.

"Capitaine! Je crois qu'il est..."

Je ne perds pas une seconde et j'encoche une flèche imprégnée de fluide sur mon arc-scolopendre. Je bande mon arc et décoche la flèche sans même prendre le temps de viser. Le trait file en direction du groupe de soldats avant d'aller se planter dans un arbre. L'arrêt du projectile provoque une explosion de lumière qui aveugle tous mes opposants. J'en profite pour aller me cacher. Il y a quelques temps, j'en aurais profité pour prendre mes jambes à mon cou, mais pas maintenant. Non, je vais faire mon devoir de Sergent d'Oaxaca en me débarrassant de mes adversaires.

Le temps que mes opposants recouvrent la vue, je concentre mes fluides pour utiliser mon sort de prédilection. Je créé une image de moi-même qui se tient droite, devant eux. Je profite de l'occasion pour enfin me présenter et les provoquer.

" Hé oui, le p'tit a vu juste! Je me présente, Karz, Sergent d'Oaxaca et Champion de Cwedim le Déchainé, pour vous servir. Et malheureusement pour vous, je n'ai pas l'intention de mourir ici. "

Mon illusion disparait et je laisse les Ynoriens dans l'ignorance quant à ma position. Les choses sérieuses commencent finalement. Mon premier affrontement pour l'armée d'Oaxaca, ma première contribution dans cette guerre que beaucoup qualifient de manichéenne...Mais qu'en savent-ils ? Toujours est-il que sans attendre, je donne à mes troupes mon premier ordre en situation réelle. Deux doigts tendus avant de serrer mon poing brusquement en le ramenant vers moi, tel est le signe que j'ai mis en place pour ordonner à mes soldats de l'ombre de se mettre par deux pour attaquer une cible de leur choix. Et c'est ainsi que quelques secondes plus tard, je peux entendre quelques guerriers hurler. M'autorisant un bref coup d’œil vers mes ennemis, je peux voir trois Oraniens allongés par terre, des kunais plantés dans la tête et le cou tandis que deux autres grimacent sous l'effet de la douleur.

Les soldats semblent désorientés et n'ont pas l'air de savoir comment agir, ce qui me déçoit terriblement. Pour ma première "bataille", je n'ai le droit qu'à de la bleusaille, mais malgré tout, il est parmi eux un homme qui reste calme, leur capitaine sans aucun doute. Ce dernier s'empresse de leur donner quelques ordres et leur groupe se disperse instantanément. Toujours avec quelques signes, j'indique à mes hommes que le capitaine est pour moi et qu'ils doivent s'occuper du reste, sans oublier de leur demander de laisser le petit éclaireur en vie, par pur caprice. Je pourrais sans doute les laisser faire tout le boulot, mais j'ai envie de m'amuser un peu. Ce combat je peux le gagner, alors je n'ai aucune raison d'éviter l'affrontement. Le Capitaine me cherche en me parlant, me provoquant, sans même se rendre compte qu'il est passé juste devant moi à deux reprises. Décidément, les cadeaux de Cwedim sont exceptionnels, ma cape me tirera sans aucun doute de bon nombre situations difficiles.

" Hey! Le soi-disant champion de Cwedim! Montre-toi et viens te battre comme un homme! "

Quel abruti! Il croit vraiment que je vais répondre à ses attaques verbales ? Les phrases de ce genre, j'en ai entendues des dizaines et des dizaines et je n'ai jamais mordu à l'hameçon, je ne vais certainement pas commencer aujourd'hui. Le plus silencieusement possible, je prépare mon arc, tirant sur la corde aussi fort que mes bras me le permettent. Lentement, je sors de ma cachette et je tire. Ma flèche fonce à toute vitesse vers le Capitaine, mais ce trait, que je voulais meurtrier, ne fait que lui arracher un morceau d'oreille. Et c'est là que les surprises arrivent. Mon adversaire est bien moins empoté que ce que je croyais, parce que malgré la douleur que mon attaque a dû provoquer, il se retient de crier et fonce sur moi quasi instantanément. Sa vitesse de réaction est impressionnante et je n'ai pas le temps d'esquisser le moindre mouvement.

" Amateur !"

Son épée vient me déchirer l'abdomen et je retiens difficilement quelques gémissements, mais si ce n'était que ça. La situation est d'autant plus inquiétantes que je suis un archer désormais forcé de se débrouiller au corps à corps avec un épéiste. Je dois réfléchir, vite, trouver une solution, très vite! Dans cette position mon arc est inutilisable, je n'ai donc plus trop de choix à disposition. Mourir ou apprendre une nouvelle manière d'utiliser mes fluides. Je dois me concentrer, malgré la douleur, malgré le danger. Je dois faire preuve de calme et de patience. Comme la première fois, j'imagine, je visualise les fluides de lumière qui parcourent mes veines mais...Le Capitaine ne me laisse pas le temps de continuer. En effet, ce dernier me fonce une nouvelle fois dessus et je ne dois ma survie qu'à un réflexe quasi animal qui me pousse à me décaler sur le côté, mais sa lame parvient quand même à m'entailler sévèrement mon bras gauche. Il semble prendre un malin plaisir à me combattre. Il est sans aucun doute persuadé qu'il œuvre pour le bien, qu'il fait son devoir. Mais le mien de devoir, c'est de survivre, et il est hors de question que je le laisse me tuer aussi facilement.

Je dois réagir, et bien que le combat au corps à corps ne soit pas mon fort, je décide d'envoyer mon poing dans les côtes du Capitaine. Sans doute surpris par cette action de ma part et aussi parce que nous sommes très proches l'un de l'autre, le soldat ne parvient pas à éviter mon attaque. Il se replie sur lui-même, le souffle visiblement coupé, et je profite de ces quelques secondes de répit pour m'éloigner en courant. Pendant ma course, je concentre mes fluides pour soigner mes blessures. Je me cache ensuite derrière un arbre et j'utilise encore une fois mon sort préféré pour créer une image de moi à l'opposé de ma position quand le Capitaine approche. Bien qu'il soit doué et sans doute tout sauf stupide, le soldat se dirige en courant vers mon illusion. Je fais alors ce que je sais faire le mieux : Tirer à l'arc. Pour la deuxième fois depuis le début de ce combat, une flèche file en direction de mon adversaire, mais cette dernière, un peu plus précise, se plante dans le bas du dos de mon opposant. Il s’effondre, un genoux à terre, exprimant toute la souffrance qu'il ressent en un léger cri. Je devrais en profiter pour en finir, mais je préfère rester où je suis. Je connais les capacités de mon ennemi et je ne veux prendre aucun risque inutile.

Je le laisse donc se relever lentement, tout en armant de nouveau mon arc. Nos regards se croisent, et nous restons ainsi quelques secondes, jusqu'au moment où le Capitaine fonce sur moi pour la énième fois. Je relâche la corde de mon arc et ma flèche se plante en plein dans la poitrine du soldat, mais cela n'arrête pas sa course pour autant. La résistance de cet homme est incroyable! Il continue de courir vers moi et je ne sais pas quoi faire tellement cela me surprend. Son épée vient se planter dans mon estomac, me traversant de part en part. La douleur est forte, bien trop forte, mais je sers les dents alors que ma bouche se remplit de sang. Ce même sang que je crache au visage de l'ynorien dans la seconde suivante. Je ne peux plus continuer comme ça, cet assaut est le dernier. Repoussant le Capitaine, je le force à ressortir son arme de mon estomac, m'octroyant encore le droit de souffrir un peu plus. Je m'empresse ensuite de donner un ordre à mes troupes. Quelques secondes plus tard, mes hommes arrivent. Tous épuisés, leurs tuniques noires recouvertes de leur sang et de ceux de leurs adversaires, ils nous encerclent et je sais maintenant que la victoire est à moi. Mais le plus intéressant, c'est que mes hommes ne sont pas venus seuls, ils ont un otage avec eux : Le petit éclaireur. Il me vient alors une idée.

" Monsieur le capitaine, je vous l'ai dit, je ne compte pas mourir ici. Mais voyez-vous, je vais vous laisser une chance de survivre sous forme de choix. Vous voyez ce jeune éclaireur ? Si vous voulez continuer à vivre, vous devez le tuer. Dans le cas contraire, je vous demanderais de vous ôter la vie, vous autorisant à mourir en gardant votre honneur. Par contre, si aucune de ces deux solutions ne vous convient, je m'arrange pour vous envoyer tous les deux à Omyre et là, vous pouvez oublier toute chance de mourir comme un vrai guerrier."

Je ne me pensais pas capable d'une telle cruauté, mais je n'ai aucun scrupule. Il a essayé de me tuer et maintenant, je ne montrerai plus aucune pitié pour tous les gens qui attenteront à ma vie. Je reste donc silencieux en attendant qu'il fasse son choix. Je fais signe à mes hommes de ne pas bouger quand le Capitaine se redresse, l'épée en main. Le gradé regarde le jeune éclaireur en lui souriant et l'instant d'après, il plante sa propre épée dans son ventre avant de s'ouvrir l'abdomen en deux. C'était un adversaire valeureux et son choix ne me surprend pas le moins du monde. Je regarde alors son corps tomber et son sang s'écouler avant de me retourner vers mon serviteur qui tient le jeune soldat.

"Relâche-le! Maintenant jeune soldat, tu vas passer deux jours dans cette forêt en compagnie de quatre de mes hommes. Je dois passer par Oranan et je n'ai pas envie de me retrouver avec des centaines de soldats sur le dos quand je vais arriver dans ta jolie petite ville. Dans deux jours tu seras libre et tu pourras raconter tout ce qui s'est passé ici, sans omettre de citer mon nom : Karz Enghrim. Fait bien savoir que je suis déterminé et que rien ne m'arrêtera! Compris ? Par contre, ne t'avise pas de jouer au malin tant que tu seras captif, mes hommes n'auront aucune pitié. Ils ne te tueront pas, mais tu les supplieras de le faire, crois-moi. "

Je fais alors un signe de tête à quatre de mes soldats, qui dans l'instant s'éloignent avec le jeune homme. Puis enfin, je m’assois au pied d'un arbre pour soigner la plaie que j'ai au milieu du ventre. Décidément, absorber ces fluides et apprendre à les utiliser aura été la meilleure décision de ma vie. Une fois mes blessures guéries, je m'approche du cadavre du capitaine pour récupérer son arme. Je ne suis pas doué avec les épées, mais je ne peux plus me permettre de risquer ma vie si le même genre de situation que tout à l'heure se reproduit. Je dois parer à toutes les éventualités pour survivre.

Et voilà, je viens de remporter ma première escarmouche en tant que Sergent de l'armée d'Oaxaca. Tout en retournant vers l'endroit où j'ai laissé ma monture, je fais signe à mes soldats de se disperser, non sans oublier de les féliciter comme il se doit. Ils ont beau être mes serviteurs et être prêt à mourir pour moi, je me dois d'être un bon chef pour m'assurer leur fidélité.

"Bon travail les gars!"

Une fois Revanche retrouvée, je décide de la monter et je me remets en route sans attendre. Quelques heures plus tard, je parviens enfin à sortir des Bois Sombres alors que la nuit est déjà tombée depuis deux ou trois heures au minimum. Comme avant d'y pénétrer, je décide de faire un feu et je m'endors rapidement, complètement épuisé.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 23 Aoû 2013 16:40 
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Les pattes d'Ombos les menèrent bientôt dans le bois sombre. L'endroit portait bien son nom tant l'atmosphère y était oppressante. Les arbres noirs avaient souvent des feuilles également noirâtres et semblaient se refermer sur le promeneur. Azra avait révoqué Rendrak pour reposer un peu son âme, et il se trouvait présentement en grande discussion avec Arek :

(Tu te rends bien compte que tu risques de faire quelque chose de contraire aux principes des lords nécromants ?)

(Mais que veux-tu que j'y fasse ? Je suis obligé d'obéir pour me faire bien voir à Omyre... De toute façon nous ne savons pas vraiment en quoi cela consiste.)

(Ne te fait pas d'illusions, tu vas à Oranan pour affaiblir la ville. Pourquoi crois-tu que la cité demande des mercenaires ?)


(Tu sais ce qui m'y attend ?)

(Non. Je sais juste que tu vas quitter notre monde.)

Azra s'étouffa :

(Tu veux dire que je vais mourir ?)


(Non, tu comprendras. Mais sache bien que je suis inquiète...)

Une étrange fumerolle, invisible pour n'importe qui d'autre qu'Azra, s'éleva du bracelet et dessina la forme d'une femme minuscule. Elle était vêtue d'un crâne de corbeau et d'une cape de plumes noires qui semblait former comme des ailes se refermant sur elle avec ses bras. Sa minuscule figure semblait contrariée, presque boudeuse.

(Je le répète, au cas où tu n'aurais pas compris : causer trop de morts violentes menace l'équilibre de la mort. En tant que serviteur de Phaïtos nous ne pouvons laisser faire...)

(Phaïtos prend aussi en charge les morts de ces... autres mondes ?)

Ce n'était là qu'une vague tentative pour suivre car Azra ne comprenait absolument pas ce que sa faera voulait dire.

(Non, mais les actions sur d'autres mondes peuvent se répercuter sur celui-ci.)

(Bon, écoute, je ne comprends pas ce que tu veux me dire alors, une fois n'est pas coutume, explique-moi clairement ce que tu attends...)

(Hélas, je ne sais moi-même pas trop... Soit prudent, c'est tout. Et ne perds pas de vu nos objectifs...)

Le jeune nécromancien secoua la tête. Qu'était-il censé comprendre ? Qu'était-il censé faire ? Quand le monde se déciderait-il enfin à devenir simple ?
Sortant de cette conversation mentale, il regarda autour de lui. Le paysage était toujours aussi déprimant, et chaque fourré donnait l'impression de cacher un danger, alors même qu'il n'avait rien vu de vivant depuis qu'il était entré, il y a plusieurs heures. Pourtant il tendit l'oreille.

(J'ai l'impression d'entendre des voix...)

D'ordinaire, quand l'un de ses 'amis intérieurs' lui parlaient, il les reconnaissait. Mais là... ce n'était que des murmures dépourvus de sens. Des chuchotements à la limite de l'audible.

(Bon sang, quelqu'un sait ce qui se passe par ici ?)

Un voile de brume passa et il se retourna brusquement. Non, il n'y avait rien à côté de lui. Même pas de brume...
Il avait vraiment hâte de sortir de ces lieux.
C'est alors que la voix de Chandakar se manifesta :

(Il y a une présence... Elle puise sa force ici pour pouvoir parler car elle ne le peut plus depuis longtemps...)

Après un sursaut dû à cette intervention brutale, le jeune homme demanda :

(Et quelle est cette présence ?)

(Un spectre... tu devrais lui parler.)

(Lui parler ? Comment suis-je censé parler à un spectre ?)

(Tu es un nécromancien, non ?) s'agaça le revenant.

Puis, comme s'il se rappelait qu'il avait affaire à un débutant, il poussa un soupire rageur. Il n'y eut rien à en tirer avant le soir. Azra avait décidé d’installer un petit feu de camp, autant pour faire cuire sa viande sèche que pour apporter un peu de vie et de chaleur dans ce bois sinistre.
Il avait beau se dire qu'un vrai nécromancien devrait se sentir comme un poisson dans l'eau, cette forêt dépassait le seuil du tolérable pour n'importe quel être vivant.

Finalement, après avoir mangé, il s'enroula dans sa cape et contre la fourrure d'Ombos. Le calme du loup était rassurant, mais cela ne suffisait pas à emporter Azra dans le sommeil.
La brume... il avait l'impression qu'elle allait se refermer sur lui... l'engloutir... était-ce normal qu'il y en ait soudain autant ? Il fini par se relever. La terre, les feuilles... tout était recouvert d'un nuage cotonneux.

(Bon sang, ce n'est pas normal... Chandakar, est-ce que c'est ton spectre ?)

À peine avait-il posé la question qu'un souffle glacé passa dans son cou. Il leva les yeux... et il le vit.

Ce n'était qu'une forme vaguement humanoïde, dessiné d'un nuage incertain. Deux yeux rouges brillaient dans la grisaille, encadrés de filaments qui étaient peut-être des cheveux. Il y avait peut-être des bras, pas de jambes visibles. Il semblait inoffensif, et pourtant, il était difficile de rester calme à sa vue.
Alors Chandakar parla de nouveau :

(Je n'avais jamais vu de créature comme cela. C'est un spectre mais... si ténu... il est à la limite de la non-existence. C'est impossible, une âme reste complètement sur notre monde, ou pas du tout...)

Le murmure était parfaitement audible, maintenant, mais il ressemblait au bruit du vent. Il devait y avoir des mots dedans, mais Azra n'en comprenait pas un.

(Bon, je ne vois qu'une seule solution...) grogna Chandakar.

À peine avait-il parlé qu'une douleur fulgurante transperça le crâne du garçon. Il reconnut la désagréable sensation de son hôte lui transmettant une part de son savoir. Les dents serrés, il soutint la douleur tandis que son cerveau semblait entrer en ébullition.
Lorsque cela s'arrêta... il s'aperçut que les murmures du spectre étaient maintenant compréhensibles, qu'il pouvait même parler cette langue étrange qui coulait comme de la glace dans les veines.

(Il faut normalement des années pour apprendre la langue des morts, mais nous n'avions pas le temps...) marmonna Chandakar, visiblement épuisé, mais satisfait d'avoir réussi.

Azra tenta de se concentrer pour percevoir le sens des murmurs, mais à vrai dire, le résultat était étrange :

« Ils sont six grands... six à l'origine... La Dame noire qui fut leur reine à tous... le Veneur... le Moissonneur... l'Éternelle... l'Ancien... et le Dévoreur... Six aux origines qui disparurent un à un... mais quatre laissèrent un souvenir derrière eux... »

(De quoi parle-t-il?)

Dans un bel ensemble, Arek et Chandakar répondirent qu'il était question des lords nécromants.

« Tu es de retour, Dévoreur... Toi qui de tous fut le traître... » poursuivit le spectre.

(Je n'ai trahi personne ! gronda Chandakar. J’œuvre à la réparation des maux, et à ma grandeur ! Tu ne peux plus rien contre moi, de toute façon !)

Mais le spectre ne semblait pas l'entendre.

« Six ils furent, bientôt suivit de tant d'autres... Morts ils sont tous, au royaume de Phaïtos, ils ont rendu leur âme à leur dieu... »

Azra, la gorge sèche, parvint à articuler :

« Alors... que faites-vous là ? »


« Quatre laissèrent un souvenir... Quatre firent des emblèmes de leur pouvoir... leurs reliquaires... »


Il commença à se dissiper, et sa voix s'éteignit, lointaine :

« Tu es maudit, toi, le Dévoreur... Tes jours devront prendre fin pour que nos valeurs perdurent... »

Et la brume se dissipa, laissant Azra tremblant au milieu de la nuit.

(Le Dévoreur... c'est toi Chandakar ?)

Mais le feu-follet resta silencieux. Ce fut Arek qui répondit.

(C'est bien lui...)

(Arek... j'ai peine à y croire. Ce que nous avons vu... C'est Boson Camarde, c'est ça ? Le nécromancien qui créa le bâton trois-crânes ?)

(Oui. Je pensais que ce pouvoir du bâton s'était éteint depuis longtemps... Comme il l'a dit, certains des premiers lords ont fait de leurs artefacts des objets qui pourraient transmettre certains de leurs savoirs. C'est pour cela qu'on les appelle les reliques des lord nécromants. Tranquillise-toi avec ça. Dors...)

Azra aurait voulu poser plus de questions, mais le froid qui le tenaillait finit par l'emporter et il s'endormit.

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Merci et à Inès pour la signature
et à Isil pour l'avatar!
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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 23 Aoû 2013 21:33 
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Localisation: Le monde d'Aliaénon
Le lendemain, Azra ne prit même pas le temps de manger son petit déjeuné. Il monta Ombos et le pressa à quitter le bois sombre. Cette forêt était décidément trop... mortelle. Il y avait pourtant une certaine dimension poétique mais... non, il voulait partir, c'est tout.
Ombos galopait donc dans la forêt, à vitesse modérée pour ne pas s'empêtrer dans les broussailles, la route relevant plus de la piste de chasseur que d'une vraie route. Un galop modéré mais soutenu, dû à son habitude des forêts.
Ils voyagèrent ainsi en silence pendant une bonne heure, jusqu'à ce qu'à l'entrée dans une petite clairière, Ombos s'arrête brusquement. Il y avait de quoi.

(Oh non... C'est vraiment la dernière chose qu'il manquait dans cette traversée morbide...)

La clairière était jonchée de squelettes, et un autel se dressait au milieu. Un groupe de garzoks et de sektegs y étaient agenouillés devant un être fantastique, un chevalier de grande taille équipé d'une armure d'argent et d'un bouclier sans blason. Un garzok vêtu de robes noires était à genoux en tête du groupe, visiblement en adoration devant le chevalier. Néanmoins, l'arrivée d'Azra semblait avoir semé le trouble dans la cérémonie, quel que soit son but.

« Qui ose troubler notre office ? » tonna le chevalier.

Toute l'assistance se tourna vers Azra qui avala difficilement sa salive. Il avait intérêt à faire preuve d'assurance s'il voulait éviter les ennuis.

« Je suis Azra ! Nécromancien de Phaïtos ! Je suis de passage et ne peux trop m'attarder, mais si vous le souhaitez, je peux vous donner la bénédiction du corbeau... »

Un murmure courroucé monta. Le chevalier releva sa visière. Il s'agissait d'un elfe à la peau grise, probablement de ce peuple que l'on nommait les sindeldi, ce qui expliquait sa taille stupéfiante.

« Hérétique ! Brytha est la seule déesse qui compte ici ! Renonce à ton dieu et jure lui allégeance comme tes compagnons d'Omyre, et sache que je rejoindrais bientôt l'ordre des chevaliers miroirs ! »

Azra sentit un frisson dans son échine. Brytha... où avait-il entendu ce nom ? Oui... c'était il y a bien des semaines, avant d'arriver à Omyre. Chandakar lui en avait parlé... qu'avait-il dit ?

(...elle se nomme Brytha. Et elle ne nous voudra pas du bien car je fais partie de tout ce qu'elle hait. Cette entité d'ampleur divine cherche à égaliser le monde et la magie alors que je cherche à faire changer les choses. Elle cherche l'équilibre entre le bien et le mal alors que ma seule raison d'être est de briser les équilibres pour gagner du pouvoir... )

Jurer allégeance à une telle déesse ? Pour peu qu'elle l'entende, elle repérerait Chandakar et ordonnerait de les tuer ! Comment s'en sortir ?
Hélas, son hésitation fut mal perçue, les fidèles se levaient et se tournaient vers lui, l'air sombre.

(Euh... quelqu'un sait ce que je dois faire ?)
demanda-t-il intérieurement.

(Tue ces imbéciles !) aboya la liche.

(Je pense qu'il vaudrait mieux fuir, je n'ai pas les forces de...)

(Tue les suivants de la fausse déesse !)

La voix était si impérieuse que la main du jeune homme se leva instinctivement pour foudroyer ses ennemis de son bâton. Aussitôt, le mage noir réagit en lançant une vague de ténèbres qui le jeta au sol. Une dizaine de garzoks et de sektegs se précipitèrent vers lui tandis qu'il lançait intérieurement un juron d'une rare vulgarité.

« C'est le prêtre qui sacrifie au nom du corbeau sur cet autel ! cria le chevalier. Tuez-le ! »

Azra recula précipitamment. Avant même qu'il ait pu invoquer Rendrak, la horde d'imbéciles armés de lames rouillés lui tombait dessus. Son poing jaillit et fendit un crâne, il frappait sans relâche, mais reculait, pas à pas. Ombos grondait, mais il ne savait que faire, encore peu habitué à son maître. Néanmoins, l'excitation le gagna bientôt et il se précipita, broyant la nuque d'un malandrin.
Le mage noir poussa un hurlement.

« Nous allons mettre fin à la malédiction qui pèse sur ce lieu ! Nous allons le purifier cet autel au nom de Brytha ! »

« Oui ! Tuez les hérétiques ! » renchérit le chevalier.

Azra comprit que son histoire risquait bien de toucher à sa fin. Il n'avait pas le temps d'invoquer des renforts, pressé de toute part qu'il était. Et la folie qui teintait les paroles de ces gens montrait clairement qu'ils avaient succombé à l'ambiance malsaine de la forêt. Ils étaient apparemment venu accomplir un rituel pour détruire un autel de Phaïtos peut-être abandonné depuis des siècles et ils croyaient qu'il en était l'officiant.

(Seigneur Phaïtos, roi des os, si mon existence compte un tant soit peu à vos yeux, je vous en conjure, accordez-moi vos faveurs !)

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Merci et à Inès pour la signature
et à Isil pour l'avatar!
Le thème d'Azra
David le nerd


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