L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 9 Aoû 2016 23:12 
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Itsvara se retourna sur ces derniers mots pour sourire à son molosse, il n'était plus qu'à deux ou trois pas. Gabriel se cachait derrière elle et lui expliqua à mi-voix qu'il n'espérait qu'être payé pour son rôle de guet à la bibliothèque.
Dans bien d'autres situations, Itsvara se serait lancée dans une diatribe à l'encontre des pilleurs de connaissances, de leur incapacité à percevoir les conséquences de leurs actes irréparables envers l'avenir, si bien qu'ils bafouaient d'une manière certaine Zewen et que ce crime était finalement perpétré contre eux-mêmes, représentants potentiels de ce vaste monde qu'est le Savoir…
Mais la venue de l'homme de main la dissuada de l'ouvrir. Pour une fois.

"Il y a de gros nuages devant… Vous devriez rejoindre le chef. Cawen doit déjà y être" leur bougonna-t-il avant de repartir, sans attendre de réaction de leur part.
L'occasion était parfaite !

"Vous rendez vous compte que vous avez cautionné le vol d'un ouvrage tout à fait singulier ?! Et même s'il s'était agi d'un ouvrage de moindre importance… Enfin, que dis-je ?! D'un…"

"Tu dis de la merde. J'm'en fous, j'avais la dalle. Aller la géante, on bouge."

"Mais vous ne pouvez pas…"

Lui non plus n'attendit pas de réaction de sa part et se dirigea vers la cabine principale.
Une fois encore, la réaction habituelle d'Itsvara aurait été de rejoindre son interlocuteur pour terminer, vaille que vaille, son discours, sans oublier évidemment la leçon de morale sur l'impolitesse de couper ainsi la parole aux gens, et plus encore aux gens supérieurement intelligents.
Mais la venue d'un nuage, d'une montagne de nuages même, ainsi qu'une bourrasque violente l'en dissuadèrent et elle regagna la pièce sans plus attendre.

Là, elle retrouva tout le monde. Gabriel s'était directement installé sur une caisse, relativement loin d'Andrew qui, lui, se tenait à la barre. Tendu, les mains crispées, fulminant de rage et sans aucun doute de peur aussi il se retournait nerveusement et régulièrement vers Cawen qui, comme à son habitude, se plaignait et râlait sur tout et tout le monde.

"Il fallait tourner bien avant ! Là, c'est bien trop tard ! Je savais que vous ne géreriez pas. Je le savais. Vous auriez dû m'appeler !"

Et Andrew de se justifier tant bien que mal, cherchant désespérément à sauver les apparences de chef incontesté et incontestable :

"Il n'est pas censé y avoir de telles tempête en cette saison !" lui brailla-t-il en agitant ces bras avant de les reposer sur la barre sitôt une bourrasque vint faire tanguer le cynore.

"Il n'est pas censé y avoir de telles tempêtes en cette saison !" maugréa Cawen, se moquant de cette excuse médiocre. Elle tenta de poser les mains sur la barre, mais Andrew la repoussa sans ménagement.

"Laissez-moi diriger l'appareil ! Vous ne contrôlez rien ! Regardez un peu mieux vers quoi vous nous amenez !"

C'est à peine si elle détachait ses mots tant elle était agacée voire paniquée. Itsvara l'observait avec intérêt. Cette jeune femme, qui d'ordinaire ne semblait s'inquiéter de rien, montrait d'évidents signes d'affolement. Son regard était irrémédiablement attiré par l'énorme masse qui leur faisait face. Rapidement, l'ensemble des occupants du cynore se figèrent en constatant l'avancée d'un nuage si sombre et démesuré qu'il occultait les montagnes environnantes. Le voile mousseux se mouvait telle une avalanche, elle engloutissait tout sur son passage et effacerait à jamais l'existence des malheureux pris dans sa tourmente.
Gabriel avait le visage paralysé par la stupeur, sa seule lueur d'espoir était d'avoir été drogué et d'être sujet à des hallucinations. Les deux molosses se tenaient bien droits, les jambes écartées pour garantir leur stabilité, et fixaient avec défi l'avalanche nébuleuse, l'un d'eux s'était posté à l'avant, comme prêt à intervenir à la moindre intrusion. Andrew trépignait en dirigeant l'appareil avec l'énergie du désespoir, c'en était trop pour Cawen qui s'imposa devant la barre. Avec une aisance impressionnante, elle parvint à réorienter sa création et l'espace d'un bref instant tous eurent une lueur d'espoir s'allumer au plus profond d'eux-mêmes. Infime, mais suffisante pour atténuer la catastrophe imaginée. Et suffisante également pour rendre la vision suivante plus terrifiante encore.
De ces limbes tourbillonnantes surgit un mur de plusieurs mètres de haut, au point qu'il recouvrait l'horizon. La surprise fut totale et céda la place à la panique lorsque ce même mur s'affaissa vers eux d'abord lentement, presque imperceptiblement, puis bien plus vivement. Plus il s'approchait, tout à la fois lentement et terriblement précipitamment, plus l'équipage avait loisir à l'observer, comme un condamné observe le bourreau s'avancer et sent la peur au ventre s'intensifier à chaque pas fait. Paralysés par l'incompréhension, ils réalisèrent toutefois rapidement que ce mur n'était qu'une infime partie d'un grand tout dont ils ne distinguaient pas encore les contours.
Itsvara jaugea la taille de l'obstacle et la vétusté de leur véhicule et soupira un simple : "C'est dommage." Et avec un flegme que n'importe quel observateur aurait trouvé dérangeant, elle installa son carnet sur le bord d'une caisse toute proche et y déposa ces quelques mots :

"Notre appareil va percuter un objet volant non identifié de taille colossale. Sa forme générale m'est inconnue pour le moment. Sa nature et les raisons de sa présence le sont tout autant.
L'équipage tente vainement de lutter contre l'inéluctable et létale rencontre."


En effet, autour d'elle, la tétanie avait fait place à la frénésie ; Andrew beuglait sur Cawen qui tentait opiniâtrement de reprendre le contrôle. Le sbire à l'avant se cramponnait à la balustrade, la tête penchée en arrière, inspectant la masse qui les surplombait.

"C'est pas d'la pierre ! Ni du métal… C'est… C'est… J'sais pas ce que c'est ! C'est pas possible !" hurla-t-il, endossant le rôle de guetteur.

L'autre crapule s'était rendu de l'autre côté de la pièce et observait par un hublot. Il se mit également à tonitruer :

"Ici ! Ça sort aussi du nuage ! C'est encore plus gros, et y'a des trucs qui pendent !"

À ces mots, Gabriel accourut, titubant à chaque bourrasque, aux côtés du colosse et pencha sa tête à l'extérieur de l'appareil, comme s'il devait le voir pour y croire.

"C'est une putain de baleine dégueulasse !" s'exclama-t-il, paniqué.

"Voyons, voyons. Ne dites pas de telles idioties, les baleines ne peuvent pas voler."

Itsvara rejoignit les deux hommes et jaugea par elle-même ce qui leur faisait face, voire même les surplombait. La chose était énorme et ce qui convenait le mieux pour la décrire était bien le terme de "baleine", auquel il fallait attacher le qualificatif de "décharnée". Sa peau était d'un gris putride, sa gueule béante abritait une série de crocs difformes et visiblement acérés. Elle avait sous cette gueule des excroissances d'apparence flasque et luisante, le reste de son corps était bosselé, raviné même, quant à ce qu'ils pensaient tous être un mur, il s'agissait d'une de ses nageoires.
Dernier détail, et non des moindres, la bête était harnachées et parées des armoiries d'Omyre.

Au prochain coup de nageoire, elle allait les balayer ou les broyer. Cawen activa la pleine puissance de son appareil, toutes les parois se mirent à trembler.

"Si nous ne finissons pas pulvérisés par cette monstruosité, nous terminerons alors écrasés au sol, voire brûlés vifs." constata calmement Itsvara tandis qu'autour d'elle l'épouvante s'installait.
La nageoire venait de se relever, bientôt elle se rabattrait sur le cynore, à moins que Cawen parvînt à le contrôler efficacement, ce qui était bien peu envisageable à l'entendre :

"ON VA CREVER ! VOUS ÊTES UN ABRUTI FINI, UN CON PRÉTENTIEUX QUI BOUSILLE MA VIE ET SON PROJET ! QUE THIMOROS VOUS CHIE DANS LA GUEULE !"

La collision était imminente. Tout le monde, Itsvara comprise, s'était, avec l'énergie du désespoir, accroché à des éléments de la structure. Ces tôles et morceaux de bois assemblés pour le projet fou de Cawen avaient déjà eu une vie bien chargée et ce qu'ils subissaient en cet instant était sans doute possible l'épreuve paroxysmique de leur existence. La machine, éprouvée par les manipulations de Cawen, gémissait ; Pendant un bref instant, elle fut d'ailleurs la seule à se lamenter, tous ses occupants retenaient leur souffle. Gabriel était prostré, les yeux rivés sur le monstre qui allait les briser, les deux gardes s'étaient agrippés, l'un à la balustrade avant, l'autre contre un rebord de la cabine. Lord Andrew se tenait au centre, accroché à un fin pilier, quant à Itsvara, elle observait la scène, installée entre les caisses, une main cramponnée à une contre-fiche, l'autre crispée à son carnet. Elle savait qu'elle allait mourir. Il était fort tôt, mais elle ne protestait pas. Ainsi devait-il être.

(J'ai rompu l'ordre ce matin. Je n'ai pas respecté mon devoir. J'ai brisé l'équilibre. Sithi, Gaia, Zewen, j'implore votre pardon même si je sais que je mérite de mourir pour cette transgression.)


Le silence total. Fugace mais éternel. Rien n'avait changé pourtant. Mais le tonnerre qui suivit fit naître ce silence. Le vide absolu. La fin de tout, qui vous serre le cœur et l'emporte dans les abysses du temps.

Et puis vint le souffle destructeur qui emporta avec lui une bonne partie de l'appareil. La cabine était à ciel ouvert, les ailes se désagrégeaient, la magie semblait s'échapper de l'appareil qui laissait derrière lui de la poussière et des souvenirs.
Tous, absolument tous, se mirent à hurler.

(Je meurs en ayant rencontré une baleine volante. Le monde est étrangement fait.)



(Pourvu que mon carnet soit retrouvé.)


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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Jeu 25 Aoû 2016 11:37 
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Une lieue à pattes dans la forêt, ça embourbe, ça embourbe ! Une lieue à pattes dans la forêt, ça embourbe et ça fait chier !

Voilà c'qui tourne en boucle dans l'crâne de la peau-verte depuis un moment, alors que la petite et elle suivent les traces de leurs proies. Enfin, pas exactement, parce qu'elles ont trouvé ce qu'elles cherchaient et s'en tiennent loin. Ce s'rait débile de s'faire pincer maint'nant. C'est qu'ils sont nombreux ces cons-là.

D'habitude, quand on pense à des mages, on s'fait l'image de gars tous riquiquis en robe. Ben là, non. 'Fin, si, y'en a aussi, mais l'reste du groupe c'plutôt des gars avec d'bonnes armures noires, épées et lances. Pas beaucoup d'armes de jet. Pas con. Trop d'arbres pour aligner un tir. Et ils ont planqué leur campement au pied d'une grosse butte abrupte ces abrutis. Et tout au-dessus, y'a deux types qui s'relaient pour mater les alentours. C'sont eux qui ont les arbalètes. L'genre d'arme qu'tu peux garder bandée sans t'fatiguer.

Flemmards.

Planquée derrière un buisson épineux, et Maya derrière un arbre à peine plus gros qu'elle, la garzoke garde ses mirettes rouges rivées sur Aroroa. C'grâce à c'te capacité d'mater c'que voit son piaf sombre que Zu'Gash en sait autant. Deux en haut, deux autres sur sa gauche, et encore deux sur la droite. Et c'sont qu'les gardes, ça. Dans l'camp, fait surtout de auvents ouverts, y'a presque au milieu une grosse tente qui fait coin important. C'con, c'comme avoir un gars devant qui gueulerait "c'est là qu'c'est intéressant ! Loupez pas l'coin". Là-dedans aussi, y'a du mouvement. Et des bruits que Zu'Gash connait bien. Celui des chaines. Z'ont p't'êt' des esclaves eux aussi. Si ça s'trouve, c'sont eux qui font la magie qui change le métal normal en aut' métal bouffe-lumière.

N'empêche... Ces gardes présentent super bien. Genre comment ils font pour avoir des armures sans traces d'boue ni d'poussière ? Ah ben oui, qu'elle est con. Ils doivent passer leur temps à les astiquer. C'pas comme s'ils risquaient grand-chose. Y'a pas d'bruit dans ces bois, donc si quelqu'un s'approche, ça peut qu's'entendre. Y'a même pas d'bestiole qui pique ou d'prédateur dans c'te forêt morte.

La peau-verte essaie d's'imaginer vivre c'te vie pépère...
Bordel, c'que ça doit êt' chiant !

Maya l'appelle avec un p'tit souffle. Ou elle s'est juste lâchée la gosse, comme la peau-verte le fait régulièrement. Encore un truc digéré trop vite, ça.

"Zu'Gash ? Tu... Tu vois quelque chose ?"

"Oais."

Silence...

Genre qui dure...

Et qui continue un moment...

Avant d's'faire rompre par un soupir.

"Je voulais dire... Que vois-tu ?"

"Des types en armure. Des tentes d'faux pauvres. Et... Attends..."

Du mouvement. Y'a un grand type avec les ch'veux longs couleur cendre, et sapé comme... Comme s'il portait d'l'écorce sur ses fringues, qui sort d'la tente. Avec une caissette sous l'bras. L'a pas les oreilles rondes des humains, mais l'est pas assez maigrelet pour un elfe. Un d'mi, p't'êt' bien. C'gars contourne le feu d'camp qu'a l'air aussi sympa à mater qu'un rat crevé, et trop maigre pour être becqueté. Déprimant, quoi. Il pose son bazar sur une petite table et plonge la papatte dedans.

La peau-verte mate par les trois mirettes de sa corbac' un truc dans la main claire. C'est noir comme du charbon, mais ça brille pas, et ça tache pas la peau. Mais c'est pas bien gros. C'comme une feuille d'métal, ou un p'tit lingot qu'a tellement servi d'siège à un fion d'garzok en armure qu'il est d'venu tout plat. Et ça tinte quand il le r'pose d'dans. Doit y'en avoir d'aut' en-d'ssous. C'est p't'êt' bien c'qu'elles sont v'nues chercher, ça. L'plus simple c'est d'se lever maint'nant, d'aller bourrer c'te brindille elfique, d'piquer la caisse et en avant ! Retour à Dent d'or ! Euh merde, nan, Endor.

Ca va finir par rentrer, un jour.

Oais, mais nan. 'Fin si, pour c'qu'est d's'rentrer l'savoir dans la caboche. Mais nan pour c'qu'est d'charger le type. D'abord ce s'rait trop simple, pas sûr qu'il s'défende un peu avant d'finir le popotin dans l'brasier d'à côté. Et pis, l'Patron shaakt s'rait pas content si des Messagers s'faisaient chopper. L'but du jeu, c'est quand même d'leur chourer le chargement d'métal noir sans qu'ils sachent qu'ce sont eux qu'ont fait l'coup. Va falloir attendre qu'ils s'décident à refiler c'machin aux clients.

P'tain, rien qu'l'idée d'patienter fait pousser un bâillement immense à la femelle à crocs. Et même ses deux mains s'raient pas assez pour couvrir sa grande gueule. Un gros coup bien sonore lui fait fermer sa tronche. Trop vite ! Aie ! Merde ! S'mordre la langue ça pique ! C'la faute de c'con là-bas ! Il s'est mis à taper la caisse sans prév'nir ! Ca s'fait pas, bordel ! Pourrait pas penser à ceux qui l'espionnent, nan ? Aucune conzi... Condé... Merde.

Ça réfléchit vraiment pas un elfe, c'dingue ça !


(Après)

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Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 25 Aoû 2016 11:45, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Jeu 25 Aoû 2016 11:45 
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Bon... Ben... C'pas tout ça mais...

"Qu'est-fe y fout, fe con ?", lâche la garzoke en se tenant une langue douloureuse entre deux doigts.

C'est qu'ça saigne bien quand même... Pis ça lui donne faim ! Ca a goût d'langue, tiens. Oaip... D'la langue... Une bonne grosse langue de porc ou d'boeuf ou même d'nounours ou d'humain, tiens !

"Zu'Gash ?", souffle la gosse depuis sa cachette.

"V'ai la dalle..."

Et qu'ça soupire derrière elle, sans qu'les gardes aient l'air d'entendre. Pff, les cons. 'Sont tellement habitués à êt' tranquilles dans les bois sombres qu'à part leur armure pour s'la jouer, z'ont rien d'gardes ! M'enfin, c'marrant, tous ces couillons regardent vers le campement, pile en direction du type qui... Ah, ça y est, pigé ! Il martèle une sorte de couvercle sur la p'tite caisse. Fallait l'dire, bordel ! L'a l'air de quoi la garzoke, à s'poser des questions, là ?

'Fin bref, il finit son truc, et interpelle un des gardes. Pas l'plus grand, pas l'plus p'tit, pas l'plus r'marquable non plus. Alors pourquoi celui-là ? Juste parce que c'est l'dernier à avoir détourné la visière quand l'machin à oreilles en pointes a appelé. Un volontaire, sans doute. L'clan f'sait la même chose quand fallait récurer les esclaves ou faire une corvée à la con.

Et v'là l'soldat qui traine des grèves, grogne sous son casque, et fout un coup d'poing qui fait écho dans l'armure sombre d'son voisin. L'a pas l'air content. Et apparemment, ça s'cause entre l'porteur d'écorce et lui. Sauf qu'Aroroa peut qu'montrer c'qu'elle voit, pas c'qu'elle entend. Les échos d'métal ça vient jusqu'à leur planque, mais pas les mots. Fait chier.

Mais l'vioque galère aussi, parce qu'il cause et cause et qu'l'autre a l'air d'dire qu'il entend pas. Donc ça fout l'premier en colère, et il finit par relever la visière du gus. Et qu'ça postillonne dans sa face, et qu'ça tape de l'index sur l'torse du gars. Qui s'prend sa propre visière sur le pif une ou deux fois, entre les mollards. M'enfin, ils vont s'calmer et passer à la suite, oais ? C'pas tout ça, mais rester accroupie derrière un buisson, c'pas confortable.

Et ça va finir par réveiller des instincts, c'te pose. Les boyaux d'la peau-verte sont d'accord. Ça beugle aussi là-dedans. À force, elle aussi en a marre et commence à chopper son ceinturon, histoire d's'lâcher un coup l'temps qu'ils finissent.

Et merde.

Nan, pas la sienne, l'a pas eu l'temps. Faut justement qu'les types s'décident enfin à bouger quand elle commence à s'mettre à l'aise. Le mec couvert d'écorce s'tourne vers la grosse tente et beugle un truc. Et pis...

Rien...

Ah, si, ça bouge. Y'a une figure qui sort. Toute droite, plutôt grande, genre à vue d'pif, qui doit faire un croc d'brok'nud d'moins qu'elle, mais pas facile d'savoir si c't'un gus ou une gonz'. C'grand, ça a l'air humain à peau marron. Une mâchoire assez fine, un cou, des bras et des gambettes d'quelqu'un qui bouffe assez pour vivre mais pas pour prendre du gras. Ça porte une sorte de tunique longue, qu'on aurait pris dans des ronces en bas, et pas défait avant d'en arracher des pans. Y'a une capuche qui pendouille derrière. Tissu épais ou cuir, pas facile à dire. Mais c'marron. Plus clair qu'la tignasse qu'a pas vu d'barbier d'puis des plombes.

Bizarre. D'habitude, la peau-verte se fout totalement d'la trogne qu'peuvent avoir les gens qu'elle croise. Sauf celle des patrons et d'ceux qui la font marrer. Là, nan. Parce que c'te figure a deux trucs r'marquables. Une sorte de grosse amulette avec une pierre bleue qui brille sur son torse, pis des poignets couverts de bandages, sur lesquels y'a une paire de grosses menottes. Liées par des chaines. Et maint'nant qu'elle les voit, la peau-verte a du mal à piger. Ça a l'air d’être du fer, sauf que c'qui entoure les poignets fait plutôt penser au métal noir.

'Sont vraiment bizarres ces druides. Ils s'enchainent tous seuls pour faire leurs bidouilles magiques ? C'complètement con ! Enfin, y'a au moins un truc dont la garzoke est sûre. Elle se tourne un peu vers la petite avec un sourire, et en lâchant enfin sa langue.

"Prépare-toi, la gosse. On d'vrait pas tarder à bouger."

Ce s'rait pas trop tôt ! S'planquer sans qu'ça amène à buter des bestioles à becqueter, c'chiant ! Elle a tellement la dalle qu'elle en salive déjà ! Ah oais... Nan, c'est vrai. Ça, c'est juste d'avoir tenu sa langue.

Pour une fois.


(Après)

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Dernière édition par Zu'Gash le Lun 31 Oct 2016 11:17, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Lun 31 Oct 2016 11:16 
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Pas à pas, on avance. Pas à pas, en silence. Pas à pas, en cadence. Tatata tala ta ! Et allez ! Encore une mélodie merdique coincée dans l'crâne ! C'est d'la faute des deux autres aussi, là ! L'grand gars en armure noire lève tellement haut les genoux en f'sant cliqueter ses protections qu'c'en est ridicule. Surtout qu'il le fait en rythme c't'abruti ! Genre, il s'croit en train d'parader d'vant une femelle ou quoi ? L'aut' en tunique le suit avec la caissette. Ce s'rait tellement facile d'balancer les bolas dans ses guiboles, d'le faire s'casser la tronche et d'piquer l'matos !

Oais, mais nan.

D'abord parce que Maya marche pas assez vite pour mater son super tir, et qu'faut pas s'faire remarquer. Et ils sont attendus en plus. La clairière habituelle qu'la peau-verte avait cru entendre. Ou alors c't'ait une menace du croulant genre "grouille ou j'te r'façonne le derrière à coup d'semelles". Faut êt' con pour l'dire quand même. S'tu veux botter un fion, tu l'fais quand l'envie d'prend, comme quand t'veux aller aux...

"Chut !"

"Ben nan, chio...", commence à rectifier la peau-verte avant qu'un poids fonde sur son crâne et lui martèle la raie. Des ch'veux, hein ? Pas...

"Si-lence Zu-zu.", gronde la voix du corbac.

Ah oaip, ça a pris moins de temps qu'elle le croyait. Ils ont fini par atteindre une sorte de monticule dégagé sur le d'ssus. On dirait l'crâne d'un vioque ! Tout broussailleux autour, et avec un bout d'racine sur l'dessus ! C'trop drôle !

Sauf que la Coureuse n'a pas le temps de s'esclaffer que l'piaf à trois yeux la corrige à coup d'bec avant d's'envoler. Aroroa fait un peu l'tour du coin et s'pose sur une grosse branche. Pis, sans rien d'mander à personne, la v'là qui joue les meneurs. Genre, l'a suffit qu'elle sente le regard rouge sur ses plumes. Elle n'attend même pas qu'la garzoke s'soit installée derrière un buisson pour lui caler sa vue dans la tronche. Elle s'voit d'en haut, mais y'a d'autres trucs qui lui font hausser un sourcil. À elle, hein ? Les corbacs ça n'en a pas. Quoique vu la tronche que fait parfois son piaf, c'est à s'demander...

Mais pas maint'nant, trop d'trucs auxquels réfléchir déjà !

'Fin en gros, la peau-verte remarque plusieurs choses. Maya et elle sont derrière les gars du camp, qui sont face à une souche. À leur gauche, y'a une p'tain d'pente toute glaiseuse avec d'la caillasse et qui donne sur une marre dégueulasse. C'qu'est sûr c'est qu'vaut mieux pas s'en approcher. Ou alors faut avoir envie d'une glissade dans la boue avant un bain. Beurk ! Un bain...

Venant vers le duo d'livreurs, y'a deux garzoks avec du métal partout sauf sur la gueule qui s'pointent. Un avec une arbalète, l'autre avec une grosse masse. Ils en font un bordel ! Et comment ils peuvent bouger avec des trucs aussi lourds sur l'dos ? M'enfin, au moins, si Zu'Gash a une crampe, elle pourra s'étirer sans qu'sa gueulante s'entende.

Les mirettes d'Aro' virent un peu, et s'rapprochent d'leur position. Et là, la garzoke s'rend compte qu'va y avoir du grabuge. Y'a deux autres peaux-vertes en planque pas loin. Z'ont qu'des protections en cuir et d'gros gourdins, mais aussi des gueules... Particulières. Genre, z'ont un pif qu'a tellement du prendre d'coups qu'il est rentré d'dans. Ça leur fait une gueule aplatie, et comme y'a pas beaucoup d'volume sous l'front non plus, doivent pas être bien malins ceux-là.

Zu'Gash sourit, se sentant l'envie d'aller les faire chier, quand la vision change encore une fois. Pas loin d'la pente, planquée derrière un arbre, y'a une autre silhouette. En armure grisée, mais tachée d'boue, genre pour pas s'faire voir en f'sant ton sur ton. Y'a un casque, mais la longue tignasse entre marron et noir dépasse dans l'dos. Ça a une épée dégainée, et un gros bouclier avec un dessin d'ssus. La Coureuse a beau être un peu co-conne, elle sait r'connaitre quand des yus ont été claqués dans du matos. Et là, y'en a pour un sacré poids en bouffe !

Dingue quand même. Pas un ratissa pendant tout l'voyage, et d'un coup, quand l'est pas censé y'avoir d'témoins, vlan ! Sept gugusses venus d'nulle part ! Va falloir essayer d'réduire un peu les effectifs, parce que même si elle a envie d'péter des tronches, se farcir quatre porteurs d'armure ça doit être crevant. Autant commencer par l'plus simple !

Accroupie, la garzoke secoue la tête, rompant le lien avec son piaf. Langue tirée sur l'côté, elle s'avance vers les orcs planqués, ignorant les petits cris d'souris de la Maya. Zu'Gash s'amuse déjà d'la trouille qu'elle va leur coller !

...

Mais merde, faut pas pourtant ! Fais chier ! S'ils beuglent, ils vont attirer l'attention, et donc tout faire foirer. Perdre à ce jeu comme ça, ce s'rait tellement con ! Va falloir changer d'tactique... Ce que ne fait pas la garzoke en s'approchant encore et en se plantant derrière les deux couillons, matant la clairière comme eux. D'ailleurs, les deux groupes s'font face, et commencent à causer pognon, sous la surveillance attentive des deux orcs sous peaux mortes, qui s'curent le pif. Enfin, essaient, parce que loger un boudin pareil dans un nez qu'on n'a pas...

Zu'gash se marre en douce, rabat sa capuche pour que la gueule de Mama Ourse recouvre la sienne et interpelle ses voisins d'un sifflement. Les deux se tournent vers elle, et comme s'ils l'avaient fait exprès, tombent en même temps sur l'fion, gueule ouverte. Dans lesquelles la Coureuse colle ses mains, camouflant les bruits possibles. Ses épaules se soulèvent alors que son rire porcin parvient à s'glisser ent' ses crocs.

"Oh p'tain ! C'te tronche ! Hihigriiiik. Z'avez pas flippé quand même ?"

Elle retire ses mains des bouches, les essuyant sur les fringues des couillons... Parce que là, y'a pas d'autre mot. Les deux restent immobiles, le bec ouvert, à s'dégueulasser l'torse à force d'baver. Quand l'plus gros s'reprend, après avoir vu Zu'Gash repousser sa capuche, il agrippe son gourdin et a l'air de faire la gueule. Mais ni lui ni l'autre ne l'ouvre... Enfin si, ça n'a pas changé, mais juste ils ne disent rien, quoi. Enfin, juste le temps d's'essuyer les lèvres.

"Qu'est-ce tu fous là, toi ?", fait le plus gros.

"T'es con ? J'viens vois si v'z'êtes prêts, tiens !"

"Ben ça s'voit, nan ?", dit l'autre en brandissant son gourdin, le foutant presque dans l'pif de la Zuzu.

"Ben nan, justement. Et cause moins fort ! L'a pas dit d'êt' discret l'aut' ?"

"Oaip. L'frérot a dit 'Silence. Pas un bruit, pas un mouv'ment. T'obéis que quand l'garzok te donne l'ordre.'"

Sourire à crocs de la Coureuse, qui se sent d'humeur à faire chier. Et à s'amuser avec les deux crétins. Elle fait la gueule, exactement comme son ancien chef quand elle avait dit une connerie, encore une fois.

"C'te con, faudra qu'j'lui fracasse les g'noux. J'suis une femelle, bordel. C'pas le mais la garzoke, p'tin !", souffle-t-elle avec un air mauvais, pendant que les deux idiots se regardent. Ca a pas l'air d'bouger fort sous l'peu d'tignasse qu'ils z'ont. Y s'posent pas la plus p'tite question, et la matent comme s'ils avaient trouvé un autre pote de jeu. Et la peau-verte compte bien en profiter. "Faites voir les armes."

Et le duo débile de montrer les gourdins. En bois, renforcé d'anneaux de métal. Y'a pas à tortiller, s'manger ça dans la caboche, ça doit faire de beaux bleus. C'con, maint'nant qu'elle les voit d'près, Zu'Gash sait qu'elle aura du mal à les étaler tous les deux sans attirer l'attention. Sont costauds quand même. Forts, mais pas bien malins.

Idée à la Zuzu !

Elle les mate en haussant un sourcil. "Sont chouettes, mais j'vois pas lequel fait l'plus mal."

Et allez, le truc qui rend les mâles encore plus cons qu'd'habitude : les attaquer sur les performances. Et ça n'loupe pas ! Les v'là qui commencent à dire qu'leur arme est la meilleure, et à s'chamailler. Les yeux rouges les matent un moment, puis la Coureuse lève les mains et choppe les gourdins.

"Ben on va tester. Vous prenez votre arme, et vous vous en foutez un gros coup sur l'front. Vous m'dites ensuite qui qu'a l'plus mal.", fait-elle en tirant son gourdin d'os de sa ceinture. "J'vous montre.", dit-elle sous leurs regards attentifs, avant de se donner un coup et surtout de mimer l'étourdissement qui va avec, masquant sa blessure d'une main.

Là, la garzoke se dit que même des débiles n'peuvent pas tomber dans c'piège.

Vlan ! Blam !

Et ben si. En même temps, les deux crétins viennent de s'aplatir le peu d'front qu'ils avaient. Mais ça suffit pas. Ils sont étourdis, mais pas encore par terre. Et ils recommencent à s'engueuler doucement. C'qu'est marrant, c'est qu'l'un des orcs en armure s'met à hausser l'ton aussi, comme pour couvrir l'bordel fait par les deux ahuris. Ou alors l'est vraiment en train de s'fâcher, mais ce s'rait une sacrée coindi... Cinci... Coden... Bref, un gros coup d'chance, quoi.

Sur une suggestion d'la garzoke, les deux cons échangent leurs armes pour recommencer. Et paf ! Encore une fois ! Bon, ils saignent un peu du bout d'nez qu'ils ont, mais ils sont résistants ces imbéciles ! M'enfin, z'ont plus l'air très alertes. Déjà qu'c'était pas l'cas avant...

"Toujours pas d'gagnant, hein ? ... Je sais ! Toi tu cognes lui et lui frappe toi, comme ça, pas d'hésitation. On verra quel gourdin est l'plus fort !", dit-elle, comme ayant trouvé une idée de génie.

Et elle retient son souffle. Et ceux qui l'écoutent obéissent à l'ordre d'un autre garzok. Donc les gourdins se lèvent et...

Double paf ! Double pof...

Faut-il être abruti pour se laisser berner à ce point... Zu'Gash touche du bout du doigt les tempes des garzoks, les trouvant bien fêlées. Elle n'sait pas si ça va les tuer, mais en tous cas, vont plus pouvoir s'battre pendant un moment. Elle les fouille un peu et trouve de quoi les ficeler et les bâillonner. Problème réglé !

La peau-verte se tourne vers Maya et lui fait signe d'approcher. À pas feutrés, la p'tite la rejoint, faisant une tronche blasée en matant les deux orcs. Elle finit par sourire malgré le côté angoissant d'la situation.

"Bien joué. Mais ce n'est pas fini.", susurre-t-elle en rassemblant sa tignasse noire.

Oaip, reste encore pas mal de monde. Et s'en débarrasser, c'va pas être aussi simple.


(Après)

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 21 Fév 2017 13:22 
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"Les voyages forment la jeunesse" : c'était ceà quoi tu avais pensé, en sifflotant, tandis que vous sortiez des remparts d'Oranan. Tu avais eu peur que Nil, toujours trop enclin à révéler d'un grossier geste ou d'un sourire sournois sa vraie nature, ne fît capoter ton plan. Heureusement, il s'était bien tenu et les gardes, intimidés par ta sonore comédie, vous avaient laissé passés. Une foishors de leur portée, le sekteg te félicita pour tes talents, ajoutant qu'à vous deux, vous seriez vite en possession d'une montgolfière d'Oaxaca. Un étrange sourire se mit à flotter sur ton visage. En réalité, tu commençais à douter de la quelconque utilité que pourrait avoir Nil. Mais, comme il était - pour le moment - ton allié, tu n'en pipas mot à voix haute. On verrait bien, te disais-tu. C'était une sage décision, te répondait ta faera qui préférait de loin ne pas te voir voyager seul dans les territoires noirs d'Omyre.

Six jours passèrent, dans un paysage qui s'était dégradé très rapidement. Promptement, il n'y eut plus de fermes, que des ruines. Plus de prairies verdoyante, que des buissons et des ronces. Plus de routes, juste une alternance de landes désertiques et désertées et de bois peu accueillants. Une ambiance presque morbide semblait flottait dans l'air. Par chance pour vous, il y eut bien, quelque fois, une grange abandonnée où vous pûtes passer la nuit, un moulin délabré où trouver refuge le temps d'un orage, un hameau de trois âmes que tu régalas de chansons et qui te régalèrent des maigres denrées qu'ils possédaient. La nourriture était heureusement peu difficile à trouver si vous arriviez à vous contenter de baies et de racines. Pas le temps pour la chasse - de toute façon, ce n'avait jamais été ton sport de prédilection.

Compagnie solitaire, ce voyage t'irritas. A cause de la présence de Nil à tes côté, Siliwiih demeurait invisible ce qui était cause pour toi d'une certaine tristesse. Même le soir, quand tu montais dans un arbre pour y passer la nuit parce que tu ne te fiais que très peu au sekteg et encore moins aux possibles autres voyageurs, le papillon bleu se contentait de voleter près de ta figure jusqu'à ce que tu t'endormisses. Les journées étaient mornes et longues. Tu n'essayais pas d'engager la conversation et Nil guère davantage. La majorité du temps, comme tes doigts te démangeaient cruellement, tu faisais passer ton luth sur le devant et gratouillais ses cordes sans grand entrain. Tu chantais, beaucoup, mais à mi-voix.
Enfin, après ces six jours, vous arrivèrent aux Bois Sombres, passage obligé de votre voyage.

La végétation, en ce lieu, était encore pire que tout ce que vous aviez vu jusqu'à présent. Tout semblait pourrir sur place. Charmant. Vous y poursuivîtes votre trajet quand, une après-midi, une bande de gobelins vous tombèrent dessus. C'étaient des gobelins sauvages, oins d'une dizaine, brandissants avec détermination des armes primitives. Mais ces massues seraient toujours plus efficaces que ton poignard et, malgré leur petite taille, leur nombre posait en lui-même un réel problème.

"On peut discuter ?" hasardas-tu.

Évidemment que non. En poussant des cris guerriers particulièrement désagréables à ton oreille de musicien sensible, ils se précipitèrent vers vous. Tu grimaças, mais ne restas pas plus longtemps en plan : tu tournas les talons et prit l'initiative de t'enfoncer toujours davantage dans les entrailles de ces Bois Sombres. Ton idée était que, avec un peu de chance, tu parviendrais à les semer. Quant à Nil... eh bien ! Chacun pour soi ! Ne faisaient-ils pas partie, de toute façon, du même peuple ? Ils trouveraient bien un arrangement ensembles ! Ainsi, sans plus t'en inquiéter, tu pris tes jambes à ton cou, jambes qui commençaient à en avoir l'habitude. Louvoyant avec une agilité doublée d'une vitesse plutôt appréciable, tu finis par te retrouver, perdu, en plein milieu d'une terre de mort. Les gobelins qui te poursuivaient s'arrêtèrent, indécis, avant de se disperser de toutes parts, continuant leur cris sauvages et rauques. Tu apprécias cet abandon sans toutefois en comprendre la raison. Quand soudain, un chant s'éleva.

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MessagePosté: Sam 25 Fév 2017 03:42 
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Nous avions marché durant six longs jours dans la plaine déserte menant à Omyre, celle là même que j'avais déjà parcourue avec ma bande...enfin, je crois...en tout cas je n'aimais pas cet endroit.

Six jours durant, j'étais accompagné de mon compagnon hafiz. Nous ne conversâmes pas souvent...à vrai dire, je n'ai pas le souvenir d'une seule discussion. J'avais l'impression que ma présence posait problème...j'avais beaucoup réfléchit à la raison qui me faisait suivre ce jeune homme. J'étais totalement étranger à ce monde, n'en connaissant rien du tout. On me demandait d'accomplir une mission dans un territoire auquel je ne connaissais rien.

J'eus beaucoup de mal à dormir, souffrant de crises de stress, de rage, fondant en larmes ou réprimant un cri nocturne.

Tout ceci fut oublié quand nous rejoignîmes l'orée de la "Forêt Sombre". J'avais un mauvais pressentiment en m'en approchant. Un très mauvais...néanmoins, le dernier bon pressentiment que j'avais eus c'était avéré mauvais, peut être que l'inverse se ferait de nouveau cette fois-ci ?

Lorsque nous pénétrâmes, tout était silencieux, sinistre...la verdure -enfin, noirdure- pendante, comme accablée par un profond mal-être, me procurait un sentiment étrange. Je me sentais à l'aise ici, mais j'avais l'impression de ne rien avoir à y faire...c'était bizarre.

Nous continuâmes notre route dans un silence tout aussi...morbide pour mon compagnon certainement. Personnellement, il m'apaisait, me rappelant ces moments où l'on donnait la mort, où l'on avait le sentiment que toute menace était écartée...et c'est à ce moment que j'entendis des cris s'élever devant nous. Des gobelins, tout comme moi, sauf qu'eux étaient dix, et moi j'étais avec un humain. J'hésitais entre fuir et aller leur parler quand je les vis s'affoler et se ruer sur no...moi, le hafiz étant partit sans que je ne m'en rende compte !
Je décidai de prendre exemple sur lui, où qu'il soit, et je fuis, traqué par quelques uns de mes congénères.

Je fuyais, et pourtant...j'avais terriblement envie de m'arrêter. De les confronter. Peut être d'en tuer un ou deux, et d'intimider les autres...je me sentais puissant, pour aucune raison particulière, alors que je ne l'étais nullement...je le savais bien. Mais que devais-je faire ? Fuir éternellement ? Dans quel but ? Vivre ? Ah quoi bon ? Je ne trouvais ma place nul part et j'étais rejeté...

Je m'arrêtai, me retournant vers mes poursuivants :


"Bon ! Avancez vous un par un, que je vous écorche vif !"



Je prononçai cela sans même y croire. Je sortis ma dague, prêt à faire face à la mort, ou à la donner quand...mon passé ressurgit. Je vis une bête énorme tomber du haut d'un arbre et déchiqueter les uns après les autres mes ex-futur adversaires.

Je fixais ce sanglant spectacle...je n'éprouvais rien. Leur terreur n'était pas mienne. Tout devint noir et blanc, j'avais simplement envie de fermer les yeux, de laisser advenir ce qu'il devait arriver. J'entendais une sorte de bourdonnement. Pas d'insectes aux alentours...et la bête avançait, me faisant face...
Je me contentais de regarder cet énorme loup, ses traits déformés par la rage et le sang. Je ne bougeais plus, captivé que j'étais par ce bourdonnement intérieur...avant de ressentir une vive douleur à l'épaule !


"Mais qu'es-ce que !"


Qu'es-ce que j'étais en train de faire ?! Me laisser bouffer ! J'étais à terre, l'épaule mâchouillée par ce maudit sac à puce ! Je levai mon bras droit, encore valide, et enfonçai ma dague dans l'oeil de cette chose qui venait de prendre conscience que j'étais d'une toute autre pointure que ces sektegs en carton !
La bête me lâcha, secouant sa tête dans tous les sens, et, à ma grande surprise, couvrit son oeil gauche de ses deux pattes avant.


"Sale pourriture de gobelin, tu vas regretter de ne pas t'être laissé tué !"



Ah ! un loup qui parle ! C'était sûrement ça, les "liykors" dont on m'avait parlé...grâce à la douleur qu'il m'avait infligé, j'étais sorti de mon état second. J'allais lui faire regretter de ne pas m'avoir tué d'un seul coup ! Ca faisait beaucoup de regrets en une seule journée...

Le liykor, mesurant trois bons mètres, se jeta sur moi, prêt à m’assommer de son imposante patte. Je fis une roulade en avant et, une fois situé sous lui, lui poignardai l'estomac. Cela eut juste pour effet de l'énerver plus encore...il réajusta sa position, et fit claquer sa mâchoire...sur mon bras gauche, que j'avais interposé. L'étreinte n'était pas si forte que ça...quand il mit toute la force de sa mâchoire dans le but de m'arracher le bras ! Je hurlais de douleur, regrettant tout, d'être venu ici, ma rencontre avec Mikkah, être sortit d'Ishikawa, tout !
Il remua sa tête, soulevant mon corps, le malmenant de gauche à droite avant de relâcher soudainement la prise. Je fus projeté contre un arbre, et me retrouvais inerte, allongé sur une branche...au moins ici, il ne pourrait pas venir me chercher...enfin, c'est ce que je pensais avant de me souvenir de son attaque plongeante contre les autres gobelins.

Utilisant toutes mes forces, je me relevai malgré la douleur de mon bras gauche, parsemé de trous. Si je plongeais directement sur la bête, elle m'intercepterait et s'en serait finit...non, j'observai les alentours quand je remarquai un arbre frêle, tombant, juste en face de moi.
Je me décidai à sauter, le liykor me croyant assez bête pour plonger sur lui, essaya de m'attraper en plein vol.
Je me retrouvais agrippé à cet arbre maigre qui, accablé par mon poids, s'écroula sur le loup géant.

J'étais maintenant sur le dos de la chose et, sortant de nouveau ma dague, la plantai là où je le pouvais afin de m'assurer une prise. Je tentais tant bien que mal d'écarter mes jambes au maximum afin d'être stable, mon bras gauche étant inutilisable. J'étais épuisé. Je serrais de toutes mes forces, mais si je lâchais la pression ne serait-ce qu'une secondes, je n'aurais la force de me maintenir...

Qu'allait faire le liykor ? M'écraser en se jetant sur le dos ? Tenter de m'attraper avec l'une de ses pattes ? Grand bien m'en fit, il se contenta de se ruer à toute allure dans une direction aléatoire, augmentant de plus en plus sa vitesse. Il me fallait déployer une force considérable, mais cette position m'apportait un certain confort, bien que garzok.
A ce moment là, je me rendis compte de l'étrange beauté qu'avait la scène. Une bête sauvage se ruant sur ses quatre pattes dans le silence de cette sombre forêt, transportant une proie amochée mais toujours combative sur son dos...J'aurais aimé admirer ce spectacle un peu plus longtemps, mais la bête s'arrêta brusquement, l'effet de freinage me faisant partir en avant, emportant ma dague avec moi. Le choc de la chute fut violent, et j'eus du mal à me relever. Et ce bourdonnement, tel un appel de la mort, qui ressurgit au fur et à mesure que je me relevais afin de me faire perdre toute volonté de vivre...j'allais succomber, pour de bon cette fois, quand je perçus une présence à mes côtés...

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Sam 11 Mar 2017 20:29 
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Ta priorité était ta sécurité : sans réfléchir plus avant, tu avais tourné les talons et t'étais enfuis, abandonnant devant une bande de gobelins ton compagnon fraichement trouvé. Tes pieds étaient agiles ; tu distanças sans grande difficulté tes opposants. Ta course s'éteignit au cœur désolé des Bois Sombres. Là, la végétation n'était plus dépérissante, elle était littéralement agonisante de désespoir. Elle suintait des troncs secs et friables d'arbres trop grands et trop noirs, elle perçait d'une terre aride, cendreuse, elle dégringolait en cascade de buissons épineux et de fleurs vénéneuses. Pourtant, tu ne t'y attardas pas la moindre seconde, tandis que tu reprenais, courbé en deux, ton souffle difficile, analysant les environs à l'affut de la bande horripilante des petits êtres belliqueux qui t'avaient pris en chasse. La végétation te laissait de marbre car elle avait été occultée par quelqu'un qui chantait à ton oreille.

La voix venait de nulle part, semblait venir de partout, n'était qu'au creux de ton ouïe fine et sensible. C'était un chant pour une tristesse pure. Celle qui embarquait le cœur dans un océan mou, loin des hommes et du monde, qui l'enveloppait, le cachait, l'endormait, le tuait. Les larmes perlaient à tes yeux qui ne voyaient plus rien. Tout ton être s'était subitement résumé à ce chant dont tu étais incapable de déterminer la provenance. Quand, enfin, il s'affaiblit, comme te réveillant d'une paralysie, tu te tournas de tous côtés, nerveux, suant, la bouche entr'ouverte dans un vain effort d'appeler. D'où venait cette musique ? Qui était son musicien ? Tu sentais au plus profond de ton âme qu'elle ne trouverait le repos que lorsque tu aurais trouvé la réponse à ces questions.

(Mikkah-El ! Il faut retrouver Nil et partir vite d'ici !)

(Non, attends !)

Le chant avait repris, élevait à nouveau ses suppliques lancinantes, graves, dolores. Tu ne voyais toujours rien. Tu fis quelques tours, ta poitrine concassée par une peine insondable. Las, il n'y avait rien à faire : ce chant était sûrement d'origine magique. Siliwiih avait raison : il fallait partir. Et abandonner cette musique merveilleuse ? Jamais ! Que ta vie, à cela, n'en dépendît : tu fis passer ton luth sous tes mains et commença à jouer. Tu devais retranscrire ce chant, tu devais en trouver les notes pour lui arracher ses secrets. En même temps, tu tentais d'y plaquer des paroles, mais l'entreprise était vouée à l'échec : aucun mot ne pouvait même égaler la pureté de ces accords, de cette mélodie fuyante, toujours plus haut, toujours plus rapidement, dans les recoins les plus insoupçonnés, sombres et pourtant éclatants de lumière. Tu lui courrais après et ta mémoire et ton oreille, ton être entier tendait ses bras pour l'embrasser, mais elle, éthérée, te fuyait sans cesse.

(Mikkah-El !)

(Mais j'y suis presque !)

Soudain, brisant ta concentration, une boule puante vint s’aplatir à tes pieds. Tu sursautas et dans une grimace de dégout, t’aperçus que la boule était en réalité Nil, saignant de divers côtés comme autant de digues qui viendraient de se rompre. Relevant les yeux, tu n'eus aucun mal à identifier la cause de telles blessures : un liykor. Il t'observait de son regard féroce dont l'un des côtés dégoulinait de sang, pantelant, ses muscles se gonflant sous son souffle rauque. Et toi, atterré, immobile, tu n'avais à lui opposer que ton luth qui résonnait encore de ses dernières cordes. Tu souris nerveusement.

(On est pas dans la merde, là...)

Ton cerveau s'était remis en route, mais son efficacité fut discutable. Pour l'instant vous vous contentiez de vous regarder en chiens de faïence, mais nul doute que, si tu faisais le moindre geste pour ranger ton instrument et dégainer ton arme, il te bondirait dessus et ses crocs sales pénètrerait ta douce chaire avant que tu n'eus pu toucher la garde de ton épée. L'impasse était belle et ce n'était qu'un euphémisme. Tu décidas pourtant d'agir. Lentement, tu te rapprochas de ton compagnon jusqu'à ce que tu fusses en mesure de l'effleurer du bout de ta botte. À peine y étais-tu que, poussant un cri bestial, le likor se précipita vers vous. Bien que ton cœur fût en train de périr, tu attendis sans bouger le dernier moment. Ce moment, c'était celui où il allait vous rentrer mortellement dans le lard et que tu choisis pour virer Nil d'un coup de pied et, utilisant ton élan te déporter, toi, sur le côté opposé, tes mains s'aplatissant sur le sol poussiéreux. Tu retombas sur tes pieds, ta main gauche prenait le flanc rebondit de ton luth pour le rejeter dans ton dos et ta main droite fusant sur l'épée légendaire que tu portais à ton épaule. Avant que le liykor n'eût réussi à maîtriser sa course et s'arrêter, des deux mains, tu assénais le tranchant de fer sur ses épaules. La lame vibra et, sous la puissance du choc, te fut arrachée et repoussée au loin, hors de portée. Le loup géant, indemne, grogna et se retourna vers toi. Il leva son énorme patte griffue et l'abattit en direction de ta tête. Sans réfléchir, tu te baissas et dégaina alors ton poignard. La patte vint s'empaler dessus. Cette fois-ci, le liykor hurla de douleur. Sans réfléchir, tu lui sautas au coup et lui planta ton poignard dans son œil survivant. Le hurlement qui suivit te perça les oreilles et fit écho à ta propre souffrance quand, par réflexe, il planta ses griffes acérées dans ton dos pour te repousser. Tu fus éjecté et vint rouler sur le sol, le dos ensanglanté, ton poing resserré sur la courte arme qui venait de t'être fort utile. Le liykor, quant à lui, fou de douleur, partit droit devant lui et disparut dans les profondeurs des bois.

Plutôt hébété, l'adrénaline et la peur conjuguées te faisant pour le moment oublier tes propres plaies, tu te rendis au chevet du setkeg, vérifiant - au passage - qu'il était toujours en vue. Tu n'avais strictement aucune idée de comment l'on pansait des blessures. Mais tu savais qu'il était de toute urgence que vous quittassiez ces lieux. Maladroitement, tu posas ta main sur sa face objectivement hideuse.

"Hey... Nil ? Tu peux marcher ?"

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 17 Mar 2017 21:43 
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Cette présence, c'était mon compagnon. Il avait réussit à échapper à mes congénères, et moi, je lui ramenais mon loup. D'un bref regard que je lui adressai, je pus voir qu'il n'était pas très confiant quand à l'issue du combat. Je crû aussi percevoir...de l'inquiétude...non, vous allez me prendre pour un fou...mais de l'inquiétude pour moi. C'était bizarre.

Mais mon impression avait l'air de se confirmer, la preuve, il m'approchait !...avant de me coller son pied dessus. Je me demandai ce que cela pouvait bien signifier, quand je fus projeté deux mètres plus loin, par ce même pied, au moment où je sentis le liykor se ruer sur nous.

J'étais donc sur le dos, complètement épuisé, mes yeux se fermant tout seul, mon bras troué de part en part, incapable de suivre l'affrontement qui se déroulait à quelques mètres de moi. Je fus de nouveau coupé du monde extérieur et, le calme étant revenu en moi, j'attendis de nouveau ce bourdonnement intérieur. A chaque fois que je l'attendais, j'avais envie...de dormir. Pour toujours. Oui, mourir. Les questions se répétaient dans ma tête.


(Pourquoi suis-je encore en vie ? Pourquoi es-ce que je voyage ? Je n'ai personne, à quoi es-ce que ça sert ?)


Néanmoins, une main se posa sur mon visage, me sortant de ce lancinant tourbillon.


"Hey... Nil ? Tu peux marcher ?"


Ah ? Il avait donc réussit à venir à bout de la bête ? Moi qui attendais d'être bouffé...
Avec grand effort, je parvins à me lever, me tenant le bras gauche avec le droit. En vérité je n'avais pas mal. Cela m'amusait. Mon bras était sûrement déjà mort et attendait simplement de pourrir, au vu de tout ce qui était perforé à l'intérieur. Et à l'extérieur bien sûr.

Je souris simplement à mon sauveur, réconforté par sa compagnie. Bizarre que je ressentes ça pour un étranger d'ailleurs.

Nous ne rencontrâmes pas d'autres ennemis durant notre long trajet dans cette forêt, et je pus même bander mon bras avec du tissu trouvé sur les gobelins tués par le liykor.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 13 Juin 2017 16:01 
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La lumière était éblouissante.
Son corps n'existait plus.
Seul l'esprit reste.

(Je le savais.)

Elle esquissa un sourire. Ou, l'impression d'en esquisser, si seulement son corps était toujours tangible. Mais non. Elle n'en avait plus.
La présentation à Phaïstos n'allait probablement pas tarder. Après tout, elle avait toujours recherché l'équilibre et sa seule faute, certes terrible, avait été ce manquement au réveil.
Les Enfers lui seraient ouverts.

Un voile noir vint éteindre peu à peu la lumière, le voile se mit à tourner, puis à tourbillonner.

(Non !)

"Non !" Le cri était sorti avec puissance, mais il lui semblait pourtant avoir été enfermé dans une boîte renforcée. À peine eut-elle hurlé qu'une douleur lui transperça le crâne, puis le dos, les épaules… Pour finalement se propager à travers tout son corps. Une douleur à la fois sourde et lancinante, indescriptible.
La lumière revint, dérangeante, agressive, au point d'en avoir la nausée.
Elle renversa sa tête sur le côté et déversa un mélange visqueux sur une masse verdâtre.

(Je ne suis pas morte. Pas encore.)

Le goût prononcé de fer dans la bouche lui indiquait qu'elle était, effectivement, plus proche de sombrer définitivement que de reprendre prise sur sa vie.
Ils avaient dû finalement s'écraser sur cette montagne. Impossible d'estimer la hauteur mais il était certain que son corps avait été brisé et c'était une malchance d'avoir survécu. Parce que, désormais, elle le savait : elle n'était pas morte sur le coup.
Cette lumière blanche, c'était celle du soleil. Le tourbillon, ce n'était que la perte, lente mais inexorable, de ses forces qui lui brouillait la vue. Les douleurs se faisaient de plus en plus insoutenables. Sous ses mains, elle reconnaissait la rugosité de l'écorce d'un arbre qui avait amorti sa chute. Juste assez pour qu'elle meurt dans la souffrance.

(Espèce d'idiote. Soigne toi !)
(Oh non… Pas vous.)
(Tu n'es pas morte. Tu sais soigner. Arrête d'être une abrutie finie et soigne toi.)

"Je ne suis…"

Elle crut, à cet instant, que son visage venait de se disloquer.

(T'as la mâchoire bousillée. N'essaie pas de parler et soigne toi. Débile. J'te jure que t'es pas belle à voir.)

La panique commença à poindre au fond de ses entrailles. Elle ne voulait pas mourir ici, maintenant, comme ça.

(Voilà, c'est ça. Faut que tu réagisses cocotte.)
(Cessez immédiatement ces sobriquets désobligeants !)
(Soigne-toi, et je verrai. Imbécile.)

Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Ses blessures lui brisaient le corps et l'esprit.

(Je n'y arrive pas. Je ne sais pas comment faire.)
(Repense à la bougie.)

Instantanément, l'image de cette bougie à la flamme fluide, flottante, fascinante fit surface.

Nouvelle inspiration. Nouvelle expiration. Lentes. Régulières. Salvatrices.

Elle s'appuya sur l'arbre qui l'avait recueillie et tenta difficilement de se redresser. Une grossière erreur qui lui valut de sombrer dans l'inconscience.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 20 Juin 2017 16:41 
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"Gelée trouvée !"

La voix, pourtant étouffée par les battements de son cœur, lui semblait familière.

"Dentelle et tas ?"

Celle-ci ressemblait à un grognement à peine audible, mais paradoxalement parfaitement perceptible. La première voix se rapprocha : "Page au lit."
Itsvara sentait son cœur comprimer son crâne. Elle essaya d'ouvrir les yeux, mais la lumière lui brûlaient l'arrière du crâne ; Tout autant que son torse lui semblait avoir été lacéré par un fauve.

"Peau cible glas seau vais ?"

Il s'agissait d'une nouvelle voix, non loin d'elle. Grave, essoufflée, éprouvée.

"Est-ce des merdes…"
"Aile c'est soigné. Faut les dés."

Ceux qui avaient ce dialogue de fous se tenaient à ses côtés. Elle sentait leur présence sans pourtant être capable de les voir, ni même de les comprendre.

(Par Gaia, je deviens folle…)
(Tu l'es déjà. T'es dans un sale état. Tu ne comprends même pas ce qu'ils disent.)
(Je vous comprends.)
(Nous sommes… liées, dirons-nous.)
"Elle est tailleur."
(Elle est ailleurs.)
"Est-ce vide de son sans surtout."
(Elle se vide de son sang, surtout.)
"Sait-elle qui soigne."
(C'est elle qui soigne.)
(Par Gaia, mais que se passe-t-il ?!)

"Itsvara, vous m'entendez ? Près c'est ma main si vous m'entendez."
(Pressez ma main… Aller, t'y es presque.)

Sans réellement comprendre ce qu'elle faisait, parce qu'elle n'avait plus aucune proprioception tant la douleur inondait son corps, elle se contracta.

"Elle nous entend."
"Faut qu'on la dégage de là."
"Faut couper."
(Couper ?!)
"Itsvara, vous avez l'épaule enfoncée dans une branche. Ne bougez pas, on va vous aider."
(Ah, bah ça y est, tu retrouves tes esprits. Plus besoin de traduire.)
"Je… Je ne le sens 'as… J'ai 'al 'artout, 'ais 'as là."
(Fichue mâchoire.)

Elle essaya de tourner la tête vers son épaule, mais un élancement lui arracha l'hypoderme, depuis la nuque jusqu'à la plante du pied.

(Faut que tu les aides. Calme-toi. Concentre-toi.)
(Ça ne veut rien dire ! Sur quoi voulez-vous donc que je me concentre ?! Sur ma blessure ? Et laquelle ?)
(Arrête ! Concentre-toi sur tes fluides. Apaise-les en une flamme douce et réconfortante.)

"Itsvara, on va vous tirer de là. Ça va faire mal mais il n'y a rien de grave. Juste après, on va comprimer votre épaule. Faudrait vous soigner. Vous vous en sentez capable ?"
(Bravo ! T'as repris tes esprits. C'est un progrès.)

Itsvara se contenta d'un signe de tête pour acquiescer ; Parler lui aurait juste infligé une douleur de plus. La femme qui lui parlait depuis tout à l'heure, c'était Cawen, amochée mais bien debout. Gabriel se rapprocha en boitant et se mit à genoux, devant elle tandis que l'homme aux cheveux d'argent se plaça au niveau de son torse.

"À trois on la bouge. Vers le p'tit jeune. Prêts ?"
"Prêt."
"Ouais."
Gabriel se pencha sur Itsvara et enlaça ses bras autour de sa taille.
"Un… Deux… Trois !"

Ce fut sec et rapide, Itsvara ressentit tous les nerfs de son corps s'embraser. Elle hurla, ce qui n'aggrava qu'un peu plus son état. À nouveau, tout bourdonnait et se voilait, Cawen pressait son épaule et lui criait de se soigner.

"Mais concentrez-vous bon sang ! Elle est où la toute-puissance des Sindeldi ?! Einh ?!"
"On la perd là… Faut faire quelque chose."
"Oh taisez-vous ! Vous êtes inutile ! On est dans cette merde à cause vous !"
"Hé, la géante, tu pisses le sang ! Bordel de merde ! Sors-toi les doigts !"
"Faut couper, j'vous l'avais dit."

Les voix se mélangeaient, Itsvara ferma les yeux et visualisa sa flamme, ses fluides. Comme à l'auberge. Les faire couler à travers son corps endolori. Les concentrer sur son cœur, puis son épaule. Oublier le reste. Se concentrer sur ses fluides et sur les tiraillements qui lui arrachaient l'épaule. Prendre le temps de ressentir cette douce chaleur rassurante, réconfortante et rassérénante recouvrir son épaule.

"i 'h'aut a'êté le saigne'ent. Ch'eux 'as le h'air."
"Il faut arrêter le saignement. Bien. On… Un garrot. Donnez-moi un long morceau de tissu. Et un autre, assez grand pour servir de compresse épaisse. Dépêchez-vous !"

Cawen donnait ses ordres tout en maintenant fermement appuyée l'épaule d'Itsvara. Elle leur demanda en plus de trouver un morceau de bois, petit mais costaud.
Gabriel arracha le bas de la robe d'Itsvara et le mit en lambeaux, pendant qu'un des molosses fouillait autour.

(Dans une forêt, cet idiot devrait trouver ce qu'il faut quand même.)
(Pas sûre. C'est une forêt de pins. Le bois qui tombe est cassant.)

"Y'a qu'des branches de merde là. Faut couper j'vous dis !"
"Ah ouais, c'est sûr, ça va arrêter le saignement ! T'es un malin toi."
"Bah on brûle après."
"Avec quoi ?"
"'e cou'ez 'as le 'ras…"
"Vous inquiétez pas. On va y arriver."
(Concentre-toi sur tes fluides au lieu de te disperser ainsi.)
(Je peine à garder mon calme. Comment voulez-vous que je me soigne ? Je ne sais pas refermer les plaies. Quand Gabriel a été blessé, je n'ai pu que soulager sa douleur.)
(Tu peux refermer les plaies. Tu n'y crois pas, alors ça ne fonctionne pas. C'est tout. Tes fluides sont là. Tu dois les utiliser, les maîtriser. Tu gâches tes capacités.)
"Il arrive ce bout de bois ?!"

Tous maintenant cherchaient fébrilement autour d'eux. La situation était ridicule ; Ils se tenaient au beau milieu d'une forêt sans pour autant trouver une branche pouvant résister à la pression d'un garrot.

"C'est d'la merde cette forêt !"
"L'a'areil. Les 'orceaux…"
"Mais oui ! Nous sommes stupides ! Itsvara, vous êtes un génie !"
"Je sais."

Gabriel et le molosse s'éloignèrent clopin-clopant et revinrent rapidement vers le groupe, les bras chargés de morceaux de métal en tout genre.

"Parfait. Celui-ci fera très bien l'affaire. Le p'tit, viens ici et appuie sur son épaule. À trois, t'es prêt ?"
"Ouais, vas-y."
"Un… Deux… Trois !"

À chaque mouvement, Itsvara avait l'impression que tout son sang se vidait pour mieux se déverser furieusement et faire éclater ses veines.

(Maintiens tes fluides !)

La présence d'Acknarav, d'ordinaire si agaçante, parvenait à maintenir la Sindel concentrée sur sa magie. Elle parvenait à faire abstraction du reste lorsque sa voix traversait ses pensées, seule la magie importait.
Cawen s'affairait sur son épaule, la compresse et le premier tour de bandage étaient disposés, il ne restait plus qu'à serrer. Itsvara entrait en harmonie avec son corps, avec ses fluides, elle visualisait l'énergie qui semblait s'accrocher avant de s'échapper de sa blessure.

(Si tu le vois ainsi, pas de soucis. Continue, tu es sur la bonne voie. C'est bien. Tu vois cette énergie ? Agit sur elle. Retiens-la. Utilise tes fluides pour les relier à toi.)

Ses fluides crépitaient. Elle les sentait tournoyer avec son énergie. Elle les ressentait plus forts que jamais. Ils étaient là, à son service, pour remettre les choses à leur place. Comme il se devait.

(Oui, c'est ça. Restaurer ce qui est et doit être. Tu as raison. C'est bien ça.)

"Bon, c'est fait. Faut qu'on bouge maintenant. Vous pouvez vous lever ?"

Elle acquiesça.

(Il faut que je m'occupe aussi de cette mâchoire.)
(Termine l'épaule. Ce n'est pas bien grave si tu ne peux parler.)

Tellement concentrée sur ses fluides qu'Itsvara ne releva pas la remarque. Acknarav avait raison de toute façon, son épaule était plus urgente, quand bien même Cawen l'avait un peu aidée.
Soutenue par la jeune femme et Gabriel, Itsvara se redressa. Sa robe était raccourcie et déchirée en bien des endroits, son épaule était maintenue par un épais bandage qui lui mettait le bas en écharpe, son visage était tuméfié.

(Mais je suis toujours vivante !)
(Comme quoi, il suffit que tu te décides enfin à utiliser tes fluides.)
(Cela n'a rien à voir ! Seuls les Dieux ont ce pouvoir de décision. Je ne suis rien et cela serait un blasphème de prétendre le contraire !)

Aucune réponse ne lui parvint, et au lieu de se réjouir d'avoir eu le dernier mot, Itsvara se sentait frustrée ; Elle n'était pas si sûre de ce qu'elle venait de dire et elle se sentait coupable d'en douter.

Après quelques instants de marche claudicante, tout le petit groupe se retrouva au milieu des décombres de l'appareil. Tous, sauf un.

"Où est votre deuxième garde ?" s'enquit-elle auprès de l'homme aux cheveux d'argent.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 23 Juin 2017 21:04 
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Le mage noir, Andrew, hocha sombrement la tête :

"Il n'en reste plus grand chose... nous ne devons pas rester ici. Le trésor n'est plus loin, et après, nous pourrons quitter ce pays de fous !"

Cawen ne put s'empêcher de lâcher quelques remarques acerbes sur le fait qu'il aurait fallut y penser plus tôt. tu ne peux t'empêcher de noter son regard embué, qui semble retenir ses larmes à chaque fois qu'elle jette un œil vers la carcasse fracassé de son cynore.

Ta blessure s'étant à peu prêt guérie, tu peux marcher, ou du moins boitiller, en leur compagnie. ils ne sont pas vraiment plus frais de toute façon. Gabriel étant celui qui s'en est le mieux sorti, avec juste quelques bleus.

Vous pouvez donc vous engager dans la direction des sombres montagnes... le groupe est assez silencieux, tout le monde essayant de se faire à ce qui venait de se passer.

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