L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 26 Juin 2015 09:36 
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Elina observa la destruction du clan Lorgrunr depuis son emplacement favoris, la tour de guet inutilisée devant laquelle la hutte de sa famille était plantée. De là elle pouvait observer toute la forteresse à ciel ouvert que son père avait bâti, mais aussi les alentours. Le campement était en plein milieu du bois sombre, mais les arbres avaient été rasés sur plusieurs centaines de mètres, servant de matériaux pour les remparts et permettant d'avoir la place d'y mettre leur forteresse, mais également de s'étendre quand la situation le permettrait.

Mais ce qui intéressait Elina pour le moment, c'était le raid contre le clan Lorgrunr. Certains membres de la tribu tentèrent vainement d'empêcher la mise à sac de la tente de leur famille, mais quelques morts suffirent bien vite à calmer les ardeurs des orques suivants. Le raid se déroula cependant sans autre incident ; si la hutte elle-même fut déchirée dans tous les sens, que les effets personnels symbole du traitement de faveur qui leur avait été accordé avaient été réunis dans le cercle de combat pour en faire un feu de joie et que les garzoks du clan avaient été destitués des postes qu'ils n'avaient pas mérité, toute violence inutile fut évitée.

A la fin du raid, Grarnor fit un autre discours ; il y aurait un banquet le soir même, ainsi qu'une série de duels pour déterminer qui récupéreraient les postes que les Lorgrunr avaient perdus – ceci étant évidemment invités à les récupérer de manière plus légitime cette fois.

Une fois son monologue terminé, le grand chef se dirigea vers la hutte qu'Elina partageait avec sa mère et Gru'Zeph. L'humaine sauta directement en bas de la tour de guet et entra dans sa tente pour y attendre son père ; il n'y avait que sa mère dedans, qui cuisinait en fredonnant un air joyeux, visiblement plus heureuse qu'à son habitude.

« Un vent nouveau souffle sur ce campement, » annonça le chef de guerre en pénétrant dans la tente. Il alla directement s'asseoir devant la table de la cuisine, s'affalant sur son habituel fauteuil en peau de bête. « Et tu vas jouer un rôle important dans le modelage de ce nouveau clan, Elina. » Il laissa le temps à sa fille de s'installer en face de lui avant de reprendre. « Tu n'as connu que ça alors tu ne t'en rends pas compte mais tout ça, c'est un luxe que la plupart des orques ne connaissent pas. Cette table, ces fauteuils, faire à manger dans une cuisine au lieu de se partager un ou deux malheureux feux de camp, tout ça nous vient des hommes, des nains et des elfes. Beaucoup ici méprisent ces espèces, mais il faut se rendre à l'évidence, chaque siècle ils accomplissent plus que nous depuis le début de notre existence. Et pour changer le cours des choses, il nous faut des alliés à Omyre ; c'est là que tu entres en jeu. Ce soir j'annoncerais la création d'un nouveau corps de métier dans la forteresse, des assassins. Ca va faire vingt ans que j'en parle, alors la plupart des garzoks seront d'accord, mais beaucoup trouvent encore ça lâche et risque de le voir d'un mauvais œil. Quoiqu'il en soit, je ne peux pas te donner le poste de chef comme ça, il va falloir que tu le gagnes en duel. Quand tu seras Maître Assassin de la forteresse, j'aurais alors une mission à te confier à Omyre. Nous en reparlerons si tu vaincs tes ennemis ce soir. »

Elina jubilait ; si elle triomphait ce soir, elle pourrait enfin avoir un statut prestigieux dans la forteresse et prouver à tout le monde sa valeur. Mieux encore, elle pourrait enfin visiter Omyre et mettre ses talents à contribution.

« Je vaincrais, je te le promets, » déclara-t-elle sobrement, impatiente de tenir parole.

Satisfait, Granor lui adressa un hochement de tête avant de se lever et de quitter la tente. Arrivé à l'entrée il s'arrêta cependant pour parler à Alyssa.

« Prépare lui quelque chose de léger, Elina combat ce soir. »

Puis il quitta la hutte, laissant mère et fille en tête à tête. Alyssa semblait cependant d'une pâleur inquiétante tout à coup.

« Tu... combats ? »

Elina hésita quelques instants avant de lui répondre en commun.

« Oui. Un duel. Si je gagne, je pars à Omyre. »

Sa mère lui esquissa un sourire forcé et se retourna de nouveau vers sa cuisine, visiblement pas dans son assiette. Après quelques minutes, elle remplit une auge de civet et la posa devant sa fille. Elle semblait particulièrement nerveuse. Elina n'y prêta pas attention et dévora le civet rapidement, l'esprit tourné vers son affrontement du soir. Une fois son assiette terminée, elle se redressa, décidée à aller s’entraîner avant le duel ; mais une vague de vertige l'obligea bien vite à reprendre position sur son fauteuil. Sa mère semblait plus nerveuse encore que précédemment. Croyant à une fatigue passagère, elle retenta de se lever, mais le malaise l'assaillit de nouveau, bien plus violemment cette fois. Incapable de tenir debout, elle tomba en avant, s'allongeant de tout son long sur le sol. Au dessus d'elle, sa mère paraissait inquiète ; mais pas surprise.

« Pourquoi ? » demanda Elina, les yeux s'embuant de larmes, voyant sa dernière heure arriver. « Maman ! » Elle tendit la main vers sa génitrice, tremblotante de peur et de chagrin. « Pourquoi ?! »
« Chut, tout va bien se passer mon ange, » répondit Alyssa en la prenant dans ses bras. « Tu vas rester au lit quelques jours, juste le temps que quelqu'un d'autre aille à Omyre à ta place, et puis tu iras mieux. »

Comprenant que le poison n'était pas mortel, la peur abandonna bien vite la jeune femme, remplacée par de la colère. Rassemblant toutes ses forces, elle se défit de l'étreinte de sa mère, se redressa et envoya son poing en plein sur son visage, envoyant sa mère au tapis.

« L'antidote ! Maintenant ! »

Alyssa secoua la tête, désemparée.

« Il n'y en a pas. C'est de l'Eau Vive, ça passera tout seul. »

Elina s'affala une troisième fois, incapable de tenir sur ses jambes.

« De l'Eau Vive ? Mais ça ne dure que quelques heures, pas des jours. »
« Je... j'ai chargé la dose, » répondit-elle en détournant le regard.

Elina secoua la tête de dépit ; cela expliquait la violence des vertiges qu'elle avait, une dose normale d'Eau Vive ne l'aurait pas empêché de se tenir debout. Mais la jeune femme avait appris les effets du poison auprès du Shaman de la forteresse, et elle savait qu'une forte dose pouvait laissait des séquelles pendant plusieurs semaines, voire mois si ce n'était pas guérit convenablement. Elle risquait non seulement de laisser passer le poste de Maître Assassin et la mission à Omyre, mais également de n'avoir aucune change d'intégrer l'escouade d'assassins avant qu'une place ne se libère.

« Maman... » murmura-t-elle. « Mon lit... s'il te plaît. »

L'intéressée se redressa et soutint sa fille pour l'amener jusqu'à sa couche. Elle l'aida à se déshabiller, l'allongea et la recouvrit délicatement de quelques couvertures en peau de bête.

« Je suis désolé, mon ange, j'étais obligée. Si tu savais comme je t'aime. »

Elina la regarda d'un visage sans expression avant de fermer les yeux, épuisée par les puissants vertiges qui l'assaillaient régulièrement.

« Ca n'a servi à rien. Je gagnerais quand même, maman. »

Puis elle s'endormit aussitôt.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 26 Juin 2015 09:49 
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Elina reprit conscience bien après le crépuscule. Les vertiges s'étaient très largement calmés, lui permettant de se relever et de marcher jusque hors de la hutte, mais elle était encore très faible, et à chaque pas elle sentait le monde tournoyer autour d'elle. Les festivités avaient débutés depuis longtemps, et Elina craignait qu'il ne soit trop tard, mais Gru'Zeph, venu à sa rencontre, la rassura à moitié.

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? Papa est en train de parler du poste de Maître Assassin, si tu ne déclares pas ta candidature avant le début des duels tu ne pourras pas te représenter ! »

Pris de panique, l'humaine attrapa le premier couteau qu'elle trouva dans la cuisine et partit à tout allure jusqu'à la place du banquet – qui surplombait le cercle de combat – sans prendre la peine de s'habiller. Ses vertiges, se transformant presque en nausées parfois, la firent chuter trois fois, mais elle finit par atteindre l'attroupement d'orques alors que son père demandait aux participants de se placer devant lui. Soulagée, Elina – simplement vêtue de deux étoffes de tissu couvrant ses parties intimes – prit place devant un Grarnor aux yeux emplis de fierté, et aux côtés de six garzoks qu'elle connaissait bien.

« Ma chérie, tu es malade, retourne te coucher, » s'interposa sa mère, mais elle fut violemment poussée sur un banc par le chef de guerre.
« Si elle pense qu'elle en est capable, elle en est capable. Bien, laissez moi vous présenter les épreuves. La première déterminera les quatre finalistes ; la règle est simple : il y a quinze statuettes disséminées à travers la forteresse, quatre d'entre elles représentent des ennemis des Bro'Graz. Trouvez-en une et vous passez à l'épreuve des duels. Ramenez-moi une mauvaise statuette et vous êtes disqualifiés. Interdiction de vous voler. L'épreuve commence maintenant. C'est parti. »

Elina ne se fit pas prier, elle enjamba rapidement la table de banquet et sauta jusqu'au cercle de combat ; c'était une mauvaise idée, les vertiges lui firent vite perdre l'équilibre et elle atterrit sur l'épaule. Elle se redressa vivement et se dirigea vers la tente déchirée des Lorgrunr : il aurait été stupide de faire une épreuve basée uniquement sur la chance, Grarnor devait s'attendre à ce qu'ils utilisent les informations qui étaient à leur portée, et les Lorgrunr en tant que clan étaient considérés comme des ennemis de leur tribu. Elle fouilla rapidement les décombres jusqu'à trouver une effigie d'un orque portant une couronne.

( Une couronne ? Les rois ne méritent pas leur titre, il n'y a pas de roi chez les Bro'Graz. Gagné. )

Elina s'apprêta à rebrousser chemin mais s'arrêta net dans son élan. La plupart du temps les vertiges étaient supportables même s'ils handicapaient ses mouvements et ses réflexes, seulement des vagues bien plus violentes la prenaient parfois, le rendant presque incapable de fournir un effort physique. Se contenter d'un seul duel diminuerait par deux les chances que ces vagues la prennent en plein combat.

( Il n'a pas dit que l'on était obligé de se contenter d'une seule statuette. )

Elina fouilla tour à tour sa propre tente, celle de son père et de la plupart des membres influents de la tribu, sans succès.

( Réfléchis, réfléchis, où pourraient-elles être ? )

Mais le passage de Krog'Ronr devant elle la sortit de sa torpeur. Krog'Ronr était un garzok particulièrement chétif pour un pur sang, même s'il dépassait la jeune femme d'une tête et qu'il était tout en muscle. De part sa carrure, Krog avait dû choisir la même voie qu'Elina – les Shamans l'appelaient la Voie du Silence – et il était à la fois son plus grand rival et l'une des seules personnes à lui témoigner du respect. Il avait d'ailleurs décidé des années plus tôt de prendre un jour l'humaine comme épouse – Elina trouvait le garzok étonnamment beau pour un représentant du genre masculin, mais elle était néanmoins loin d'être d'accord avec ses projets.

L'orque se baladait avec deux statuettes, et d'après la rapide expertise de l'humaine, les deux étaient bonnes.

( Je vois, je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée. )

Krog'Ronr lança un clin d'oeil à la jeune femme avant de reprendre la direction de la place du banquet.

( Il faut encore que j'en trouve une si je veux être sûre de n'avoir qu'un duel. )

C'est alors qu'Elina se rappela d'une phrase que son père aimait lui rappeler. Elle se précipita à son tour jusqu'aux tables en bois surplombant le cercle de combat, et, arrivant à la chaise du chef de guerre, s'accroupit pour y apercevoir une figurine de Tol'Gronar, un chef de guerre orque d'une tribu rivale, presque aussi grande que les Bro'Graz mais sous la protection de la milice Omyrienne.

« Tes ennemis les plus dangereux sont ceux qui ont les mêmes amis que toi, » déclara Elina en tendant ses deux statuettes à son père. L'emplacement de la figurine elle-même était une métaphore de la relation de leur tribu avec celle de Tol'Gronar : le dernier ennemi des candidats était caché près de leur meilleur allié, leur chef de guerre.

Celui-ci les observa brièvement avant de déclarer :

« Pas la peine d'attendre les autres, ces deux fiers membres de la tribu des Bro'Graz ont trouvé nos quatre ennemis. La deuxième épreuve ne comportera donc qu'un seul duel. »

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 26 Juin 2015 10:00 
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Les torchères autour du cercle de combat avaient été allumées, éclairant quelque peu la zone de combat, sans toutefois lui donner une visibilité convenable. C'était parfait pour un duel de futurs assassins, l'obscurité était leur alliée. Seulement si Elina avait pris l'habitude de voir dans le noir, gagnant un semblant de nyctalopie, elle resterait largement désavantagée face à son adversaire, garzok. De plus, les vertiges ne s'étaient pas calmés du tout depuis qu'Elina s'était réveillée, et elle commençait à se demander s'ils cesseraient un jour ; elle était d'ailleurs contente d'affronter Krog'Ronr : il était certes l'adversaire le plus redoutable des six, mais il était le seul qui n'en profiterait pas pour la tuer ''par inadvertance''.

« C'est un combat à mains nues ou aux armes de poings, interdiction d'utiliser épée, hache, marteau ou armes du même type, » récita l'arbitre, un vieil orque de plus de soixante ans. Il aurait été tué pour ses rations de nourriture dans toute autre société garzok. « Vous perdez si vous abandonnez ou vous retrouvez dans l'incapacité de continuer le combat. »

Le gong résonna, Krog bondit, dague au poing, Elina fut touchée à l'épaule. Le duel commençait très mal ; ses vertiges lui donnaient la nausée au moindre mouvement vif que ses yeux apercevaient, réduisant nettement ses réflexes. La douleur avait cependant eut le mérite de lui redonner un temps de lucidité. Court, certes, mais assez long pour envoyer son genou dans les côtes de son adversaire et s'écarter de lui. La lame était restée plantée et la jeune femme décida de la laisser là ; à chaque mouvement la douleur l’assaillirait, lui permettant de dissiper les vertiges pendant quelques instants. La douleur serait son alliée pour ce combat.

( C'est comme après cinq ou six verres en trop, une bonne claque et tu réveilles. )

Krog, maintenant désarmé, se fut plus prudent. Ils se tournèrent autour pendant quelques secondes avant que l'orque ne saute à nouveau en sa direction. Cette fois préparée, Elina s'écarta juste à temps pour éviter l'attaque de son ennemi ; elle en profita pour lui envoyer son pied en direction des côtes, mais celui-ci attrapa sa jambe en vol de sa main gauche et la tira vers lui, réceptionnant son visage de la droite. Elina tomba violemment au sol, sonnée et reprise de vertiges, comprenant avec amertume que les douleurs au crâne, elles, ne lui redonnaient pas la moindre lucidité, bien au contraire.

( Si en plus il faut que je fasse attention où je suis blessée... )

Le garzok sortit un couteau de sous sa manche qu'il planta dans la cuisse toujours dénudée de la jeune femme. Celle-ci retint un cri de douleur et envoya le pied de sa jambe valide en plein dans le visage de Krog, qui chancela sous le coup. Elle profita de ce répit pour rouler en arrière et se redresser, éprouvant une douleur plus lancinante encore à ses blessures.

( Deux lames, ça commence à faire beaucoup, ) pensa-t-elle en retirant celle de sa cuisse, handicapante.

D'ordinaire elle gagnait tous ses duels contre Krog, mais le poison agissant dans son organisme ne l'aidait pas à se concentrer.

« Sale pute ! » grinça-t-elle entre les dents, en colère contre sa mère. « Tu me priveras pas d'Omyre. »

Décidant de cette fois-ci de prendre les devants, Elina envoya son arme au visage de Krog, qu'il esquiva sans problème mais fournissant une distraction assez longue pour s'approcher le plus près possible de lui, et envoya son poing en plein dans son thorax, le faisant tomber à la renverse. Pour compenser sa force de femme, l'humaine avait appris où frapper. Ne laissant aucun répit à son ennemi, elle envoya son pied nu dans son nez avant de se laisser tomber sur lui, posant ses genoux sur ses bras, et assenant coup de poing sur coup de poing dans son visage. Elle croyait l'avoir pour de bon mais le garzok réussit à retirer son bras droit de son emprise et attrapa la dague restée dans son épaule, la tournant violemment. Elina se tordit de douleur, laissant le temps à on adversaire de se redresser et de lui envoyer un coup de tête. La jeune femme sentit son crâne vibrer et le décor bouger dans tous les sens, accompagnant le retour des vertiges par une irrépressible envie de vomir. N'ayant presque rien mangé de la journée, Elina recracha quelques morceaux de civet avant que son déjeuner ne soit remplacé par de la bile brûlant tout l'intérieur de son corps. Bien sûr, Krog'Ronr en avait profité pour complètement se relever, et comprenant que quelque chose n'allait pas avec l'estomac d'Elina, lui donna un violent coup de tibia entre les côtes. La jeune femme roula sur le côté et se mit à vomir de plus belle, presque incapable de respirer.

( Merde, l'Eau Vive ça fait pas ça normalement, elle m'en a donné combien ? )

Elina pouvait voir son père, une expression à la fois inquiète et déçue sur le visage.

( Merde, merde, MERDE ! )

L'humaine, qui avait finalement arrêter de cracher de la bile, rassembla toutes ses forces et bondit en avant alors que son adversaire s'apprêtait à repartir à l'assaut. Elle s'éloigna assez de lui pour prendre le temps de récupérer, et, bien décidée à devenir Maître Assassin, attrapa la dague plantée dans son épaule et la tourna légèrement. Seulement elle avait trop tiré sur la corde, et la douleur, bien plus lancinante qu'auparavant, lui fit perdre ses forces plus qu'elle ne l'aida.

( Merde, ça fait un mal de chien. )

Alors qu'elle reprenait ses esprits une énième fois, elle aperçut Krog'Ronr s'approcher d'elle par le côté, profitant de l'obscurité de ce côté là du combat. Ne pouvant l'entendre à cause des cris de soutien à l'un ou à l'autre que les garzoks entonnaient autour d'eux, Elina s'écarta vivement de la zone sombre du cercle pour se remettre au centre, l'y attendant patiemment. C'est alors que son visage apparut proche d'une torchère proche de l'endroit où elle était quelques secondes plus tôt. Le garzok souffla violemment dessus, plongeant un peu plus le terrain dans la pénombre. Quelques secondes plus tard, une seconde torchère s'éteint, puis une autre, et encore une, si bien que rapidement le cercle ne comptait plus que deux sources de lumineuse.

« Il a le droit de faire ça ? » s'écria Gru'Zeph sur la place devenu subitement silencieuse.
« Toute règle non décrite est inexistante, » rétorqua sobrement Bru'Gaf en la bousculant légèrement. « Et arrête de me crier dans l'oreille. »

Elina se prépara à courir vers l'une des torchères pour protéger sa dernière source de vision, mais se ravisa au dernier moment.

( Je serais aussi visible que de jour, mais la luminosité dans mon dos m'empêchera de bien le discerner. Tant pis, il va falloir tenter autre chose. )

Alors que l'avant-dernier luminaire s'éteignait, l'humaine attrapa son couteau, resté à sa ceinture improvisée jusque là, et s'apprêta à la lancer.

( Je regrette de pas m'être plus entraînée aux armes de jet, ) pesta-t-elle intérieurement.

Le visage de Krog apparu devant la dernière torchère, Elina sauta sur l'occasion ; elle envoya son couteau vers son corps et attrapa aussitôt la dague plantée dans son épaule, tirant d'un coup sec. La douleur devenait insoutenable, si elle ne mettait pas un terme à leur duel maintenant, elle avait perdu. Elina savait que son premier lancer n'atteindrait pas sa cible, mais elle avait pu voir le visage de son adversaire s'écarter de la flamme au moment où le couteau aurait dû l'atteindre. Cela lui laissa le temps de s'approcher assez pour envoyer une nouvelle arme vers le luminaire ; Elina savait que Krog ne perdrait pas cette occasion de lui couper toute visibilité, et il devait vite éteindre la flamme s'il voulait le faire avant qu'elle n'arrive à sa portée. Seulement, ne s'attendant pas à voir une deuxième dague arriver dans sa direction, Krog avait reprit sa place près de la torchère, et Elina l'entendit bien vite émettre un gémissement de douleur alors que son visage redevenait visible. Elle se pencha alors pour ramasser une poignée de poussière de terre et, maintenant à la portée de son adversaire, profita du moment de faiblesse qu'avait provoqué son arme pour l'envoyer directement dans ses yeux. Le garzok détourna le regard au dernier moment, évitant l'aveuglement de justesse, mais cela suffisait largement à Elina qui attrapa la dague, plantée dans son ventre, de ses deux mains et appuya de toutes ses forces, ouvrant la panse du jeune orque sur plus de vingt centimètres de longueur. Krog s'affala face contre terre dans le sol sableux du cercle de combat et la jeune femme posa son genou contre sa nuque, prête à la briser au moindre mouvement.

« Abandonne. »
« Bien, j'abandonne, » marmonna le jeune garzok, grièvement blessé et conscient de risquer la mort au moindre signe de rébellion.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 26 Juin 2015 10:08 
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« Qu'est-ce qui s'est passé là bas ?! » s'énerva Grarnor.

C'était le matin. Après une longue nuit de sommeil, Elina s'était réveillée pour se rendre compte que le poison faisait toujours autant effet dans son système, entamant largement sa joie d'être la première Maîtresse des Ombres – comme elle avait elle-même décidé de rebaptiser son poste – du clan Bro'Graz.

« J'étais malade. Maman m'a empoisonné à l'Eau Vive. »

Reportant sa colère vers Alyssa, le chef de guerre leva un poing rageur, prêt à la battre.

« Arrête ! » s'interposa Elina en langage commun. « Elle est enceinte. »

Ses deux parents tournèrent vers elle un regard surpris.

« Comment... le sais-tu ? » marmonna finalement sa mère.
« Ca paraît logique. C'est tout. »

Grarnor regarda tour à tour sa fille et sa femme, ne sachant visiblement pas comment réagir. Au bout d'un moment il baissa finalement son poing pour toucher délicatement le ventre encore plat d'Alyssa.

« Tu es sûr ? » demanda-t-il en commun.
« Je... heu, presque. »

Le chef de guerre s'agenouilla alors pour mettre son visage proche du nombril de sa femme et, après avoir doucement relevé la chemise qui le recouvrait, posa ses lèvres sur celui-ci.

« Je... suis désolé pour l'Eau Vive. Mais j'ai tellement peur pour elle. »
« Je ne suis plus une enfant, » répondit Elina avec calme.

Grarnor resta silencieux, observant amoureusement le ventre d'Alyssa.

( Je me demande ce qui est le plus glauque, qu'il fasse de sa vie un enfer alors qu'il l'aime, ou qu'elle l'aime alors qu'il a tué toute sa famille, le mari qu'il lui avait imposé et qu'il l'ai violé pendant quinze ans, ) se demanda Elina, soudain frappée par la tendresse du regard que portait sa mère à son père. ( Mhh. Selon les conventions sociales humaines, je suppose que c'est qu'elle l'aime, le plus glauque. )

« Elina, pendant que tu dormais, Bru'Gaf a été désignée responsable des missions en extérieur. Elle est celle qui te donnera les détails de ta mission à Omyre, va la voir. »

L'intéressée hocha la tête et quitta la tente le plus vite possible, désireuse d'échapper à la vision de son père déchirant les vêtements d'Alyssa pour la prendre tendrement contre la table de la cuisine.


Elina entra dans la tente de son père pour voir Bru'Gaf donner des ordres à trois garzoks en tenue de chasse. C'était le travail que se partageait Grarnor avec le chef de la tribu Lorgrunr, d'ordinaire. Que quelqu'un à qui il fasse aussi confiance que sa fille soit nommée à sa place lui permettrait de moins s'impliquer dans les missions de seconde importance pour se concentrer sur sa politique et les aménagements nécessaires au bon fonctionnement de la forteresse.

« Bien, allez-y, et je veux au moins cinquante sangliers pour ce soir, nous avons trop utilisé nos réserves de vache ces derniers jours. »

Les chef chasseurs hochèrent la tête et quittèrent la hutte aussitôt.

« Félicitations pour ton poste, » fit Elina à sa sœur en guise de bonjour.
« Arrête d'agir comme si on était amies, » répondit l'autre d'un ton neutre.

L'humaine s'approcha doucement de son aînée, assise à la table de commandement, et posa une main apaisante sur son épaule. Tout autre jour, elle aurait répondu à ses provocations, mais cette fois même ses vertiges ne pouvaient la mettre de mauvaise humeur. Elle était heureuse et sentait le besoin, une fois n'est pas coutume, d'en faire partager Bru'Gaf.

« Personne ne croit que tu as tué Nragorim parce qu'il a dit que tu étais une faible femelle, tu sais. Tout le monde sait que tu l'as fait pour moi, » fit-elle avant de déposer un baiser sur son front.
« Peuh ! » répondit l'autre d'un ton méprisant. « Dégage de là, je suis pas la bonne sœur pour faire tes saloperies ! »

Elina haussa les épaules accompagné d'un « Tu ne sais pas ce que tu rates » et s'assit en face d'elle, prête à entendre les détails de sa mission.

« Il y a un humain à Omyre que l'on appelle Emiro. Il se trouve que cet humain possède un réseau d'espionnage à Omyre et à Kendra Kâr. Mais son domaine c'est seulement l'information, il préfère éviter de se salir les mains. C'est là que tu entres en jeu ; il a un ennemi, un shaakt nommé Elskiel, qui a des relations avec tous ses collaborateurs proches d'Omyre. Pour le tuer, il a donc besoin de nouveaux collaborateurs : nous. Si on s'occupe d'Elskiel pour lui, il acceptera de nous compter parmi ses clients. Je n'ai pas d'autres informations pour toi, tu devras te débrouiller par toi-même une fois en ville. Tu pars ce soir, va faire tes paquetages. »

L'humaine hocha la tête et quitta la hutte immédiatement, impatiente à l'idée d'accomplir sa première mission.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 17 Juil 2015 21:51 
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Inscription: Dim 23 Nov 2008 19:26
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Comme on dit, la nuit porte conseil et ce fût le cas. L’inconvénient de me promener avec une bande d'emoras derrière moi en parcourant les rues d'Oranan ne se poserait pas. Soit mes bêtes allaient m'attendre sagement à l'orée de la forêt comme j'allais le leur ordonner, soit elles me suivraient et se feraient descendre bêtement pour ne pas avoir obéis à mes ordres... Après tout des troupes d'élite se devaient d'être irréprochables!

Je profitais donc d'une petite collation le temps d'émerger et d'évacuer les dernières bribes de sommeil avant de me mettre en route, sans omettre d’énumérer les règles à mes subordonnés.

"Vous restez à couvert, personne ne doit vous voir, si c'est le cas, essayez de capturer et de garder vivant les petits curieux. N'hésitez pas a changer de place chaque heure et surveillez mon retour, je ne devrais pas en avoir pour très longtemps"

Les instants qui allaient suivre me permettraient de voir jusqu’à quel point allaient la fidélité des troupes d'Oaxaca à mon égard...

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Gamemaster9 a écrit:
Cohérence actions/personnage : 3/3
Là, rien à redire en revanche. Mettre ses boules sur la table et y aller à l’aveugle en prenant des risques, en jouant le tout pour le tout, ça colle bien à ton perso, rien à redire.

"Horcruxe" officiel du dragon mauve


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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mer 29 Juil 2015 18:45 
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Localisation: Aux alentours d'Omyre
La journée d'Elina ne s'arrêta pas, à son grand dam, à prendre ses ordres auprès de sa sœur. Après cela, elle fut interceptée par Zu'Gash, qui insista pour l'avoir pour elle seule une bonne demie heure en guise d'au revoir – elle aurait bien refusé l'invitation mais l'idée d'être séparée de sa moitié si longtemps la perturbait tout autant et elle était finalement plutôt contente de ce petit moment privilégié avant la fastidieuse mission qui l'attendait – après quoi elle eu droit à une série de félicitations de la part des quelques orques qui ne la haïssaient pas dans le camp, avant de finalement devoir retrouver Krog'Ronr, qui était maintenant son lieutenant, pour lui donner ses ordre durant son absence.

Après quelques félicitations et taquineries de sa part elle lui laissa la charge de ce qu'elle venait d'appeler les Ombres de Bro'Graz, avec comme instruction de surveiller les ennemis de son père. Avant de partir, comme il en était coutume lorsque l'on perdait un duel dans le clan, Krog lui remit sa meilleure arme, un petit kikoup, sorte de dague à la forme brute dont le but était autant de déchirer que de couper.

Les vertiges ne s'étaient pas arrêtés, et s'ils étaient plus calmes que la veille la plupart du temps, il lui arrivait encore d'avoir des courtes crises très violentes, surtout lorsqu'elle devait fournir un effort physique. Elle aurait besoin d'aide pour cette mission, elle le sentait.

Lorsqu'elle quitta finalement le campement des Bro'Graz, parée pour le voyage et un baluchon sur l'épaule, l'après-midi était presque terminée. Sans plus attendre, elle se dirigea vers Omyre, chancelante, mais déterminée.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Jeu 22 Oct 2015 20:48 
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Inscription: Dim 11 Oct 2015 12:07
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Localisation: Omyre
Dans l'ombre de la capitale noire, les terres incultes d'Omyrhy s'étalaient en plaines stériles et monotones. Les rares touffes d'herbes s’aplatissaient fébrilement face aux vents venus de la houle nordique, tout comme les esclaves courbaient l'échine face à leurs maîtres Garzoks. La civilisation en ces lieux se résumait bien souvent en groupes assassins d’humanoïdes monstrueux et corrompus, s'affrontant pour des biens et de la nourriture qu'ils ne savaient produire.

Mais dans le couchant se faisait jour la pâle verdure d'une vaste étendue d'arbres surélevée cerclée de montagnes rocheuses. Elle était là, rempart naturel délimitant la frontière austral menant aux terres des hommes, profonde et mystérieuse. La poussière et la mousse grisâtre qui recouvrait ses premiers enfants faisait ressembler l'endroit à une nature morte ensevelie sous la fatigue et l'oubli. C'était le Bois Sombre, dont l'obscurité renvoyait aux ténèbres de son cœur sans retour et à l'ultime noirceur accueillant le trépas de l'explorateur pénétrant en son sein.

L'espacement des premiers arbres chétifs laissait rapidement la place à un resserrement labyrinthique de végétation épineuse. De vastes buissons de ronces évoluaient au pied d'arbres nus aux branches avachies. De prime abord, l'unique source de vie semblait provenir du souffle discontinu d'un vent s'apparentant à la respiration lancinante de quelque géant endormi. Pourtant, dans cet endroit sans bruit, chaque territoire était sous le joug d'un maître qu'il était dangereux de réveiller. Prédateur, chasseur, tueur, chacun vivant de son côté en espérant ne pas déranger un voisin plus dangereux encore.

C'est dans ce milieu qu'évoluait une tribu de Sektegs qui servait parfaitement à tout l'écosystème. Garde manger pour les uns, car leurs prédateurs naturels étaient très nombreux, agent de la sélection pour les autres, car ils s'attaquaient principalement aux cibles âgées et malades. Il s'agissait du clan de la Dent Longue... l'analogie avec l'expression « avoir le bras long » avait sombré dans l'oubli depuis des générations. Car si jadis la tribu jouissait bel et bien de relations avec les autres peuplades Gobelines de ces lieux, aujourd'hui elle les avaient presque toutes absorbées, pour ne former qu'un peuple innombrable grouillant sous terre. Devenue sauvage à l'extrême, cannibale et pléthorique, seul les jeunes membres étaient autorisés à mourir dans le grand extérieur, comme ils aimaient à appeler le monde qui s'étendait en dehors de leur repaire. L'entrée principale de leur résidence n'était rien de plus qu'un talus jonché de feuilles mortes et d'excréments perclus de moisissures. Il n'y avait nul chemin tracé, mais il était impossible de louper les ossements qui, un peu partout, formaient de macabres témoignages des sacrifices consentis par la cohorte sauvage.

Rares, pour ne pas dire inexistantes, étaient les excursions qui se déroulaient sans morts. La dernière en date était celle d'un groupe téméraire ayant survécu tant bien que mal après une malencontreuse attaque qui avait rapidement tourné au fiasco. Désormais perdus et dispersés, les survivants convergeaient tous vers le seul endroit susceptible de les protéger. Tous haletaient, chacun ayant donné ses forces dans une course au travers bois. Les plus vifs reprenaient haleine à l'entrée de leur habitat, mais nombreux étaient ceux qui couraient encore pour leur vie...

« 'ssez-vous ! 'ssez-vous ! » Hurlait frénétiquement le Tatoué en dispersant violemment un groupe des siens qui commençaient à fatiguer. Comme tous les jeunes il se faisait reconnaître sous un ersatz de nom, tiré de l'une de ses particularité. En l'occurrence, son visage était toujours peinturluré de dessins tribaux qu'il devait imaginer terrifiants. A cette heure de débandade, ils ne faisaient que renforcer son expression de terreur déconfite. Derrière lui, des pas lourds se faisaient entendre : le bruit rythmé de la course calme des deux mastodontes qui le suivaient, parfois sourde, mais plus souvent abominablement craquante lorsqu'elle rencontrait en chemin le corps chétif d'un Gobelin tétanisé.

Éclairé par une inspiration subite, il se jeta la tête la première dans une flaque d'eau croupie, s'étalant en écorchant ses bras sur le sol incrusté d’innombrables petites pierres aux arêtes saillantes. Ses poumons étaient presque vides mais pourtant il demeura la tête enfouit dans l'eau sombre, sa poitrine se convulsant en spasmes retenus. Ses oreilles frétillèrent tandis que de minuscules bulles gazouillantes s'exprimaient depuis la commissure de ses lèvres douloureusement pincées. Puis un immense pied vert de la taille de sa tête s'écrasa sur sa jambe. Tout son buste se releva d'un coup et sa bouche se décrocha dans un cri de douleur muette. S'il avait eu encore assez de respiration pour produire un son, il serait peut-être mort. Au lieu de quoi, il ne produisit rien de plus qu'un chuintement avant de s'effondrer sur le côté, haletant. Les cheveux collés à son visage par une nasse de boue, il tenta d'apporter péniblement de la vie à son esprit jusqu'alors résigné à la fin. Le second géant était lui aussi passé, bien plus loin, sans lui prêter attention. Tout autour n'était que hurlements de ses frères. Quelques uns encore couraient vers le terrier sans se douter qu'ils suivaient ceux qu'ils fuyaient. Leurs regards passèrent à peine sur le Tatoué qui ne se distinguait guère des dizaines d'autres corps qui témoignaient du passage des deux Garzoks vengeurs. Le tatoué se releva en produisant un sifflement ténu, visualisant la succession d’événements ayant mené à cette débandade...

Cela faisait des jours que le groupe de Garzoks avait fixé son camp dans les bois. Ils étaient trois seulement et les Sektegs bien plus d'une cinquantaine. Même si aucun d'eux ne savait compter, ils avaient compris leur avantage. Tous considéraient les Orques comme les avatars de leur Dieu primitif, Ter Zignok, patron de la terre. Leur logique voulait qu'en abattant ses champions ils s'attireraient ses faveurs. Ils en avaient eu un, par surprise, il n'avait rien vu venir. Les deux autres ne laissèrent pas aux Gobelin une seconde chance.

Désormais les deux survivant ne cherchaient plus vraiment à se venger - leur rage ayant retombé -, mais à éradiquer la menace ; détruire le trou des rats qui vivaient assez proche pour les attaquer. Tuant froidement comme l'on chasse des insectes, ils étaient maintenant en train d'enfoncer l'entrée du repaire Sekteg avec le tronc d'un maigre arbre déraciné. Le Tatoué s'approcha en rampant et observa le premier Orque tourner son engin de siège de misère dans l'entrée, élargissant le passage. Le second repartit rapidement chasser les Gobelins qui couraient encore ça et là autour d'eux, paniqués. Tout n'était plus qu'un cratère retourné de terre sanglante et de ronces envahies de frêles corps inanimés ou encore agités d'ultimes spasmes.

Puis, ce fut l'explosion. Si surprenante que l'assiégeant ne put rien faire. Ils jaillirent comme une marée : la multitude déchaînée des habitants du trou dérangés dans leurs activités, pressés entre eux au point de ne former qu'une unique masse grouillante. Les premières lignes s'écrasèrent face contre terre tandis que ceux, derrière, qui les poussaient, les piétinèrent sans hésitation. C'était une ribambelle compacte se déversant en un tapis piaillant et ricanant. Le premier Garzok s'effondra presque aussitôt sous la surprise et la force déployé par la nuée implacable. Et lorsque le second se désintéressa de sa chasse pour prêter attention aux hurlements de son compagnon et qu'il le vit se faire dévorer par une armée qui, toujours, s'extirpait du trou qu'ils avaient prit pour cible, il fut prit d'un instant de stupeur. De quelques brassés il chassa la première fournée de Gobelins qui se jetaient sur lui, mais ce faisant ces derniers s'agrippèrent à son bras en une guirlande gigotante armée de griffes et de dents. Un autre mouvement pour les chasser et ses tendons furent sectionnés par les lames rouillées des autres qui grouillaient désormais autour de ses jambes. En tombant, tout comme son compère, il en tua bien quelques uns, mais déjà la vie s'échappait de son corps. Cinq minutes de festin plus tard, il n'y avait plus rien. Même les corps des Segteks tombés avaient disparus. Le Tatoué se trouvait toujours au dessus de la scène, émettant un ricanement ignoble, similaire à celui de l'armée qui avait rapidement disparu sous la terre protectrice. Puis il se laissa glisser, la jambe traînante et les avant bras à vif, jusqu'à l'entrée désormais béante de l'endroit qu'il appelait sa maison.

Bien que l'entrée fut rapidement reconstituée à base de terre, de branchages et de matière organique, le rescapé solitaire put profiter de l'élargissement temporaire de cette dernière. Claudiquant, il n'eut pas à ramper ni même à baisser la tête avant d'arriver au goulot principal, quelque dizaines de mètres en profondeur, qui menait au centre du terrier. Ce tenant le bras droit avec la main gauche et remuant sa jambe valide, il finit tant bien que mal par se glisser – non sans douleurs - , jusqu'au premier dénivelé. Ce dernier se présentait sous la forme d'une échelle grotesque creusé à même la terre, qui servait aussi parfois d'étagère primitive et dont chaque profondeur habitait un bouquet de champignons grisâtres. La terre était particulièrement friable et partout, même sur les parois éloignées, se voyaient des sillons profonds de mains et de pied, dans les deux sens, seuls signes du passage successif de l'armée qui était venu à bout des Orques quelques minutes auparavant. Soudain, un pan du mur s'effondra sur la tête du Gobelin qui, prudemment, tentait d'affronter les marches une à une. Il fut emporté et perdit l'équilibre, tant est si bien qu'il s'effondra en contrebas, griffant les parois pour ralentir sa chute. Le sol était mou et particulièrement retourné, ainsi n'eut-il pas à payer sa malchance. Mais lorsqu'il leva la tête, il fit face à deux yeux brillants qui, depuis l’alcôve la plus basse de « l'escalier », s'approchaient de lui, jusqu'à dévoiler le visage disgracieux d'un autre Gobelin. Le renfoncement avait dû être creusé en profondeur récemment, car le Tatoué ne s'en souvenait pas. Il demeura avachit, sa jambe brisé formant un angle absurde. Puis il se releva partiellement, les bras dans son dos, les mains enfoncés dans un amas de terre meuble.

« Qu'vons nous là ? Kih kih kih... L'jeune trop cabossé d'la pensante pour mourir dans l'grand extérieur. Non pas ? » Susurra le Sekteg sorti des ombres. Son visage était marqué de rides nombreuses et son crâne rabougrit n'était orné que de quelques cheveux disparates. Pourtant, alors que les yeux de l'ancêtre se balançaient du visage de son interlocuteur à sa jambe et de sa jambe à ses bras couverts de terre écarlate, un sourire énorme s'étira, dévoilant une dentition toujours effilée.

«'cul'toi ! 'cul'toi ! Vieux rat ! Tu d'vrais êt' mort trois fois déjà. » Le Tatoué répondit avec une rapidité exagéré, comme il savait que les siens ainsi que lui même n'étaient guère enclins à la discussion, si ce n'était pour jouer avec leurs proies. Mais face à lui il avait non seulement un Sekteg âgé et fripé, mais aussi visiblement affamé. Les os de ce dernier étaient visibles au travers d'une peau livide. L'ancêtre lança une pierre qu'il sorti de son pagne, heurtant sa cible au menton, puis, lançant un cri strident, il se jeta en avant, les deux bras ouverts comme des ciseaux qu'il referma au moment de retomber sur sa victime.

« Kiaaah ! » A cause de la promiscuité du tunnel, le hurlement ne résonna pas, mourant presque instantanément tandis que le Tatoué s'égosillait tout en tentant de se rouler de droite et de gauche, projetant la sangsue gobelinoïde qui l'entravait contre les parois de l'endroit. Le vieillard avait plongé ses dents dans le cou de sa proie et secouait frénétiquement la tête dans l'espoir d'y arracher un morceau de chaire crue. Ses bras malingres étaient d'une longueur aberrante pour sa taille et il n'eut aucun soucis à encercler le Tatoué d'une clé implacable.

Il semblait ne résider aucun espoir pour le plus jeune qui se débattait de moins en moins. Lorsque soudainement il eu le souffle coupé par la chute d'un autre Sekteg qui venait de l'extérieur et avait jugé bon de se servir de ses deux confrères pour amortir sa chute. Il ricana en s'éloignant, bientôt suivit d'un second qui attendait simplement que son compagnon passe le premier. A ce second choc, le vieillard lâcha prise et tomba sur le côté. Le craquement inquiétant qui se fit entendre provenait de son dos. Il rampât vers sa cachette en gémissant, bientôt suivit du Tatoué qui n'eut pas à se faire prier pour tirer sa lame. Titubant, il prit sa vieille dague à deux mains comme une épée et se laissa chanceler jusqu'à s'effondrer dans le dos de son ancien agresseur, plongeant l'arme entre les côtes. Un chuintement se fit entendre, il ressentit le poux sous lui, puis plus rien. Il demeura quelques secondes allongé comme cela sur le dos du corps frêle du vieux gobelin, profitant de la chaleur morbide de sa victime. Autour de lui étaient visible les ossements nombreux des anciens repas de celui qui s'en était prit à lui. A son cou lui brûlait encore la morsure qu'il venait de subir. Il se sentait de plus en plus faible. En face, une obscurité pleine d'un amas de crânes et de déjections, était visible un maigre passage plus obscure encore que le tunnel principal, toujours visible derrière lui. Au loin résonnait par intermittente la cacophonie tribal de milliers d'autres Gobelins. Le tatoué était faible et impuissant, agonisant. Il glissa son arme à la taille avant de ramper dans le passage probablement creusé à la main par la frénésie de celui qui gisait désormais sans vie. Dans ces ténèbres inexplorées le Tatoué s'enfonça, accompagné par le craquement sinistre de sa jambe brisée devenue inutile ainsi que par la sensation poisseuse du liquide invisible qui suintait de sa blessure nouvelle.

¤ ¤ ¤


«Rajoute en encore. Oui... encore un peu. Y en a jamais trop. » Le conseil provenait d'un Sekteg, bien entendu, et il se trouvait très proche du Tatoué, ce dernier n'osa pas même ouvrir un œil. Tout son corps était engourdit et insensible et il sentait résonner des tapotement, comme s'il se trouvait enterré et que plusieurs individus sautaient à cloche-pied à la surface. Il n'avait aucun souvenir de ce qui lui était arrivé, si ce n'est que l'inconscient l'avait frappé durant ses derniers efforts pour avancer.

«Tape ! Tape !  Fredonnait l'un.
- Tasse ! Tasse !  Lui répondit une autre voix, tout en accompagnant ses mots du bruit de claquement sourd de sa main heurtant le crâne de son compère. Avant de reprendre :
- Ne pas l’abîmer pas plus qu'il n'est. La terre du grand Dieu de la terre va reconstruire lui ! 
Tonna de nouveau la voix impératrice, suivit d'un cœur respectueux, presque incantatoire, de multiple autres individus subjugués par celui qui leur lançait ses injonctions.
- Dieu de la terre ! Dieu de la terre ! »

Et le martellement se fit plus rapide, plus multiple et de moins en moins sensible. Le Tatoué osa enfin ouvrir les yeux. Il était toujours là où il s'était évanouie, dans les noirs profondeurs d'une salle dont il n'avait pas eux conscience jusqu'alors. En effet, la torche artisanale que tenait l'un des gobelin dévoilait un espace vaste, si vaste que l'unique source de lumière ne permettait pas d'en voir les parois éloignées. Autour du Tatoué, ils étaient des dizaines, en rangées désordonnées, comme une foule venue observer un objet d’intérêt. Dans les rangs les plus éloignés, seule des ombres immobiles étaient visibles, même pour le regard perçant d'un Sekteg. Plus loin encore, dans d'autres couloirs étroits que celui qu'avait pratiqué le Tatoué ramper jusqu'ici, étaient audibles les murmures de ceux qui n'avaient pas eux la chance d'êtres aux premiers rangs.

S'il était désormais éveillé, il ne pouvait toujours pas bouger. Et pour cause : tout son corps, jusqu'à sa tête, était maintenu par un cercueil de terre puissamment tassé. Sa jambe lui faisait toujours mal et il avait une envie folle de gratter son cou à l'endroit de la blessure. Pourtant il demeura silencieux, ses yeux allant en tous sens pour essayer de comprendre. A sa gauche, dissimulant l'une des sortie, un gobelin en parure de peaux éleva ses mains, regardant tour à tour chaque coin de la pièce.

« Je suis Celui-qui-veut-être-chef ! Et vous connaissez mon nom et mon grand pouvoir ! 
Il parlait lentement, détachant ses mots pour tenter de formuler des phrases à la syntaxe correct, ce qui semblait subjuguer l’intérêt de son auditoire.
- Mon véritable nom, gravé dans la terre, a déplu au chef Croulant et c'est pour ça que je vie loin du terrier, à cause de ce chien stupide, vociféra-t-il, mais vous savez que le Dieu est avec moi et donc que vous êtes avec moi ! Vous avez vu comme moi ce frère mourant ! Vous avez tous goutté de vos langues et de vos doigts ses blessures ! Écoutez maintenant la parole du miracle de la terre ! »
Sans même attendre quoi que ce soit, tous poussèrent des soupires impressionnés par le discours oh combien intelligent pour eux, de celui qui monopolisait la parole. Aucun n'avait l'habitude d'entendre plus de deux phrases à la suite. Ils étaient comme hypnotisés par l'incongruité de la scène.

Celui-qui-veut-être-chef se tourna alors vers le Tatoué et posa ses doigts écartés sur son visage, l'autre tendue vers la petite foule.
« Déjà, te voilà sortie de la vie dans la tête. Dis moi, que ressent tu de tes blessures qui étaient douloureuses avant que je ne te sauve par ma magie ? 
Le Tatoué n'avait aucune marge d'action. Il voulait fuir mais la terre compacte qui l'encerclait l'en empêchait.
- Gn... Je pas 'sentir rien. » Il ne pouvait pas bouger et son corps commençait à s'habituer à la chaleur de sa prison. Pourtant il souffrait et savait qu'au moindre mouvement, l'une ou l'autre de ses douleurs pourraient éclater violemment. Néanmoins, il n'avait aucune idée de ce qu'il devait répondre, mais avait l'intuition que contrarier son interlocuteur pourrait amener à d'autres traitements de magie tellurique qu'il n'avait guère envie de goûter.

Le meneur de cette scène sembla satisfait et présenta ses mains paumes au ciel devant lui, au dessus du corps prisonnier de son complice forcé. Il les maintint ainsi, comme s'il tenait un monde imaginaire entre ses extrémités crochues.
« Voyez le pouvoir de la terre ! La douleur est partit ! » Un silence, puis l'assemblée s'embrasa. Tous les gobelins agitèrent frénétiquement leurs bras, claquant leurs mains l'une contre l'autre avec violence dans une démonstration simiesque de leur assentiment. Le miracle avait eu lieu et ils le comprirent grâce à celui qui venait de rendre ça possible. L'aspirant chef se pavana au milieu de ses croyants tout en criant pour couvrir la cacophonie exaltée que provoquaient ceux-ci.
« Nous ne croyons plus au chef ! Je suis celui qui doit être chef ! La terre parle ! »

La cacophonie des Gobelins fanatisés suivit celui qui voulait être chef et ils s'éloignèrent sans plus prêter une seule attention au « miracle ». Petit à petit l'obscurité reprit ses droits, la faible lueur qui donnait à l'endroit un semblant de vie disparut dans un tunnel lointain. Le Tatoué se rendit alors compte du vide immense de l'endroit où il résidait et se sentit misérable. Il ne voyait plus rien si ce n'est ce que les sens autre que la vue lui indiquaient. L'odeur des excréments et de la pourriture, familière aux zones où vivent les Sektegs, le son lointain de ceux qui s'éloignaient, probablement pour rejoindre un quelconque repère, ainsi que celui, plus proche, du grattement d'une quelconque créature souterraine. Il décida de se focaliser sur ce son et après une heure, il s'endormit.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mer 23 Mar 2016 22:43 
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Inscription: Mar 3 Mar 2015 23:20
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**Quelque part entre la lisière du bois sombre et les montagnes**


Le corps de Kôhrin est tassé entre deux rochers sur les rives d'une des rivières qui alimente le seul fleuve traversant les terres noires. Sa position n'a rien de très confortable et à première vue, elle n'a pas l'air d'être là pour se reposer d'une mâtinée de pêche ou d'une quelconque autre activité. A l'odeur, on opterait plutôt pour un cadavre échoué.
Si on s'attarde cependant un peu plus sur son cas, on distingue un mouvement au niveau du torse, se levant et retombant au rythme d'une respiration lente mains néanmoins régulière.

Cela fait trois jours qu'elle est échouée ici en état de semi-conscience, à peine capable durant ses meilleurs moments de laper l'eau stagnante dans les aspérités des rochers ; ou de gémir lamentablement la gorge éteinte, souffrant mille tourments dans ce corps ravagé. Trois jours qu'elle tient grâce un instinct de survie dont elle n'a pas conscience ; après avoir été charrié tel un vulgaire amas de branches mortes dans les rapides pendant plusieurs heures. Ce même instinct de survie l'a sorti de l'eau et l'a fait ramper jusqu'à cet endroit sec avant qu'elle ne s'écroule, transie de froid … et que son dernier acte de magie, tout aussi inconscient que le reste, ne tente de lui sauver la vie.

Au matin du quatrième jour, Kôhrin est presque éveillée. Les plaies sont pour la plupart cicatrisées, les os ressoudés, les hémorragies internes épongées.
Ses yeux s'ouvrent difficilement et sa vision traine à s'habituer à la lumière pâlotte du début du jour. Elle se redresse tant bien que mal sur un coude et observe son univers sans grande émotion, se contentant de ne faire qu'un sommaire état des lieux : "cailloux, eau, murs hauts tout autour".
Elle se laisse ensuite retomber en avant et rampe jusqu'à la rivière où elle boit une longue gorgée d'eau glacée qui lui brûle la gorge, mais la douleur ne l'arrête pas … pas celle-ci, aussi insignifiante qu'une piqure d'insecte. Elle s'assoit contre le rocher lui ayant servi de refuge et relève la main lui servant d'appui pour l'observer … ou plutôt … l'examiner.
Ses doigts sont longs et fins, et lorsqu'elle les plie la pellicule de vase qui les entoure se craquèle. Elle frotte le reste de la croute dure de sa main et découvre des ongles épais en forme de griffes mais, lorsqu'elle fait pareil pour l'autre main un détail l'interpelle et elle les tend en avant pour comparer. Il lui manque un bout. Le morceau qui se trouve entre le plus grand et le plus petit est beaucoup plus court sur l'une que sur l'autre et n'a pas de griffe, juste une boule de peau noire.
Puis viennent ses bras à la peau verte et brune, une peau ridée, abîmée et croûtée tout comme le bas de ses jambes, à peine plus épais que les bras mais avec une longue cicatrice sur l'avant, le long de l'os. Ses pieds sont en piteux états aussi, plus durs en dessous comme si du cuir remplaçait la peau.
Elle soulève la guenille lui servant de chemise et observe son ventre encore douloureux. Une entaille large comme sa main s'étend sur le flan et, contrairement à son doigt ou ce qu'elle a pu voir sur ses bras et mollets, la plaie suinte encore un liquide jaunâtre quand elle appuie dessus et des larves mangeuses de chair morte y ont élus domicile. L'orque en fait sauter quelques unes du bout des doigts mais change finalement d'avis en voyant que, sous l'amas de larve et de boursouflures, la balafre n'est pas si profonde.
De ses mains fripées et sales, elle touche enfin son visage. Elle sent d'abord les deux dents aux extrémités de sa bouche, plus larges et plus pointues que les autres, les seules à dépasser de ses lèvres. Son nez est plat et plissé mais a l'air de bien fonctionner car depuis son réveil des dizaines d'odeurs passent par cet orifice, et même si elle ne peut encore y mettre de mots dessus, elle renifle profondément dès que le vent lui apporte une nouvelle odeur.

Elle sent le rocher contre son dos sans le voir, preuve que ce corps n'est pas qu'un outil. Elle le ressent physiquement et perçoit les choses à travers lui mais il manque quelque chose. Elle le sait sans trop savoir comment ni sans réellement saisir le degré d'importance du manque, aussi décide-t-elle de laisser de côté cette impression fugace.

Elle fait des gestes de la main, serre ses doigts, fait des moulinets avec son poignet, dessine des arcs de cercles avec son bras, puis fait de même avec ses pieds nus et ses jambes. Tout ça lui semble assez fonctionnel mais elle perd rapidement des forces et après quelques minutes, se sent fatiguée. Elle continue tout de même, insiste pour tester ses capacités réelles, elle se force à se mettre debout et faire quelques pas. Ils sont hésitants, tremblotants et elle tombe plusieurs fois avant de se sortir du trou formé par les deux rochers qui lui servaient de cachette. Plusieurs minutes d'effort sont nécessaires pour qu'elle se tienne debout sans s'aider des mains.



Elle n'est pas spécialement grande mais dans cette position c'est comme si tout son environnement venait de changer du tout au tout. C’est pour ainsi dire un tout nouveau panorama qui s'étend face à elle.
Cachée derrière ces rochers elle aurait pu penser qu’il s’agisse de son habitat pendant un temps encore compte tenu du peu de réflexion qu’elle se fait sur sa place dans le monde … mais maintenant qu’elle se tient debout, qu’elle peut observer et évaluer la hauteur des versants de part et d’autres de la rivière, qu’elle ne voit aucun abri un tant soit peu aménagé tout proche et que jusque là, rien de ce qu’elle a pu sentir ou goûter ne lui semble familier ; elle se sent étrangère à l’endroit.

Il lui suffirait de grimper en haut des pentes pour s'apercevoir à quel point cette impression est juste. Ils ne sont guère très hauts, deux à trois mètres, et ne sont pas abrupts loin de là. Des arbres et racines profondes s'y agrippent, formant des prises correctes. Mais dans son état, alors qu'elle peine à se tenir debout, ils sont tout simplement infranchissables.
Rapidement, un autre instinct qu'aucune mémoire défaillante ou manquante ne saurait altérer se met en œuvre dans sa tête.
Il lui faut des forces pour marcher, pour avancer, pour sortir d'ici … elle doit donc manger.

Peu lui importe quel type d'arbres se trouvent face à elle et dans quelle région du monde ils poussent et, par conséquent, où elle se trouve elle ; peu lui importe même de savoir ce qu'est la chose qui remue dans l'eau tumultueuse devant elle. Ca semble vivant, c'est plus gros que les larves grouillantes qui ont du goût mais qui ne remplissent pas sa panse … donc ça se mange.

Mais ne s’improvise pas pêcheur qui veut.

En fin de journée, la peau-verte a parcouru plusieurs kilomètres dans le sens du courant mais n’a rien attrapé. Elle a du se rabattre sur des carcasses de poissons crevés, déjà bien barbotées par d'autres prédateurs plus doués. En grattant les restes de chairs douteuses et suçant les têtes dont personne ne veut elle en a eu assez pour connaître le goût du poisson, mais ce sont finalement les vers de terre qui sont pour cette journée, son principal repas. Son besoin de manger n'est pas rassasié, loin de là mais, elle se sent mieux physiquement. Son corps s'est assoupli et sa démarche est plus assurée … tant qu'il s'agit de mettre un pied devant l'autre sur un sol lisse. Les sauts d'un rocher à un autre, indispensables dans le lit d'une rivière, sont encore balbutiants ; bien que ces nombreux bains forcés aient ôté une bonne partie de la crasse accumulée après son séjour dans la vase.

Avec l'obscurité tombante, elle décide de s'arrêter et de passer la nuit dans un renfoncement minuscule. Il ne lui permet pas de vraiment s'abriter en cas de pluie mais la terre est sèche, le sol est plat et c'est tout ce dont elle a besoin.

Durant cette journée, elle n'a croisé personne mais a entendu énormément de bruits nouveaux. Le son des oiseaux, celui du vent dans les arbres, des sons de craquements et de chocs parfois prompts à s'arrêter et d'autres qui résonnent un peu partout, des cris d'animaux venus d'en haut, de l'autre côté de ces murs qui l'empêchent de sortir.
Sans oublier toute cette eau qui ne cesse de faire du bruit. C'est incessant et fatiguant. Ca l'empêche de dormir et même si elle n'arrive pas à savoir et comprendre encore ce qu'elle est ni d'où elle vient … elle sent qu'elle n'a rien à faire ici.
Si c'était le cas le bruit de la rivière ne l'agacerait pas autant et surtout, au bout d'une journée elle serait capable de s'y nourrir.

Sans parler de son odeur.

Après être restée plusieurs minutes dans le courant elle s'est mise à hurler, paniquée de voir toute la couche rugueuse de sa peau s'étioler jusqu'à presque se dissoudre. Autour de ses pieds l'eau est devenue trouble et le froid bien plus cinglant. Elle ne s'est calmée que lorsqu'elle a compris que ça ne lui faisait pas mal, mais au fil de la journée et des nombreuses chutes dans l'eau vive la couche de boue vaseuse a finit par disparaître complètement. Et finalement, même l'odeur de son corps a finit par changer.
Juste après son réveil elle n'a eu pour ainsi que la vue et l'odorat pour juger le monde autour d'elle. Les effluves de son odeur corporelle ayant des similitudes avec son environnement, elle n'a pas cherché plus loin.
Maintenant, cette boue crasseuse et cette odeur qui faisait un tout avec le décor ne sont plus là … ajouté au bruit qu'elle ne supporte plus et son incapacité à se nourrir dans ces eaux ; elle en déduit qu'elle n'a rien à faire ici !

Ses tripes lui disent qu'elle n'est pas dans son élément et à partir de ce simple constat, plus sensoriel que rationnel, elle prend la décision de partir dès le lendemain. Cette deuxième résolution lui fait cependant un drôle d'effet car l'échec de la première, qui ne se résume pourtant qu'à manger pour prendre des forces, lui laisse penser que l'instinct, le besoin ou l'envie ne fait pas tout. De fait, tout comme elle n'a su s'improviser pêcheur tout en sachant ce qu'il fallait attraper, elle se demande comment atteindre une destination inconnue, même en sachant comment marcher.

Elle partira dès demain, quoi qu'il en coûte … mais par où, et pour où ?

Elle s'assoupit difficilement et dort plus mal encore. Dérangée par la faim qui prend son ventre en tenaille, par le froid cinglant de ses vêtements qui ne sèchent pas, sans compter la perturbation que peut engendrer la nature des questions qui trottent dans son cerveau amoindri.
Cependant, lorsqu'elle se réveille quelques heures plus tard, il ne reste plus grand-chose des questionnements sur ce que doit être l’endroit qui sera son élément, perdus quelque part dans des rêves oubliés.
Il fait encore nuit mais l'aube approche ; les oiseaux sont déjà en train de faire entendre leurs pépiements. Pourtant, même sous la seule lueur de la lune sa vision est suffisante, aussi décide-t-elle de se mettre en route sur le champ … en continuant à descendre la rivière.
La veille, elle avait eu l'occasion de contempler le paysage en contrebas du haut d'une cascade particulièrement compliquée à descendre, et qu'elle n'imagine pas faisable en sens inverse. A quelques kilomètres à vol d'oiseau le relief change, la rivière cesse de serpenter dans les gorges de basses montagnes et traverse un bout de terre plate. Un bois de conifères où les berges sont moins abruptes et accessibles à pied. Une fois là bas, elle pourra enfin voir autre chose que ces murs et saura par où commencer … c'est du moins ce qu'elle se dit pour se donner du courage.


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En milieu de matinée, un son attire son attention. C’est un chant d’oiseau, plus proche du cri d’alerte que du simple piaillement et surtout plus intense, plus perçant, plus sauvage ; un cri qui fait écho en elle, à travers un instinct de sauvagerie séculaire. Et il est tout proche. L’oiseau est assez grand pour projeter son ombre au sol, formant des cercles réguliers autour d'une retenue d'eau calme avant une série de chutes que Kôhrin entend sans les voir. Soudain, l’oiseau rabat ses ailes et plonge vers l’eau. L’orque est fascinée par le mouvement maitrisé, envieuse malgré elle car ayant subitement l’impression qu’elle aussi devrait être capable de plus de maîtrise dans ses gestes. L'oiseau pêcheur ouvre grands ses ailes à peine un instant avant d'atteindre l'eau, ralenti et tend ses pattes munies de serres énormes qui se referment sur un poisson. Les serres sont puissantes et transpercent le poisson de part en part, ne lui laissant plus aucune chance de s'en sortir. L'oiseau plane quelques secondes au dessus de l'eau avant de remonter au sommet de la falaise dans le dos de Kôhrin.
L'orque en reste paralysée de jalousie. Cet amas de plumes grotesque vient d'attraper en quelques secondes ce qu'elle convoite avidement.

Le ressentiment n'est toutefois que passager. Pragmatique par besoin, l'orque met en application ce qu'elle vient de voir ; découvrant en ces ongles long et griffus un outil à utiliser différemment car jusque là, ses griffes n'ont été qu'un moyen de gratter le sol à la recherche de vers de terre. Ceci dit, elle n'a pas d'ailes ; elle se poste donc au dessus d'un rocher qu'elle choisit selon la position de son ombre, ayant remarquée qu'avant de plonger du ciel l'ombre de l'oiseau n'a touché que la terre. Elle attend patiemment malgré sa faim qu'un poisson passe à portée puis s'élance comme l'oiseau. Elle saute de son rocher avec conviction tête la première, les mains en avant grandes ouvertes et crispées pour ressembler aux serres. Elle chute lourdement dans l'eau glaciale, s'esquinte contre le fond rocheux de la rivière et se relève en toussant et crachant de l'eau par la bouche et le nez. Une première tentative plus que ratée qui n'a fait qu'effrayer le repas. Mais l'orque, à défaut d'avoir un jour été pêcheur, est déterminée à réussir pour sa survie.
Au fur et à mesure de ses échecs, elle retient des informations. Elle apprend seule à juger si l'endroit est définitivement dépeuplé ou s'il lui suffit d'attendre en silence. Une dizaine d'essai plus tard, après une roulade contrôlée dans l'eau elle en ressort avec son butin coincé dans les griffes de sa main à quatre doigts. La seconde après, l'orque plante ses crocs dans la tête et y suce les yeux pour enfin en connaître la texture et le vrai goût ; elle le sépare en deux et tend la langue vers ce qui fuit des entrailles du poisson, elle suce, croque et avale sans mâcher la quasi-totalité du poisson, ne laissant de la carcasse que les arrêtes, qu'elle a défini comme immangeables après avoir essayé de ronger les premiers cadavres de poisson trouvés sur les rives.
Elle n'est pas rassasiée loin de là et ne profite pas réellement de cette première victoire sur un environnement inhospitalier.
En est-elle seulement consciente ?
Elle continue à descendre la rivière avec plus d'assurance, tant au niveau de sa démarche que du coup d'œil pour repérer les bons endroits. Il lui arrive encore de tomber ou de rater ses proies, mais elle y a gagné une chose importante : elle ne se sent plus comme un élément faible et chétif.




La pénombre commence à teinter l'horizon lorsque Kôhrin atteint enfin sa destination.
Le contact de ses pieds nus sur ce nouveau sol ne change pas radicalement sa vie mais la manière dont ils s'adaptent à la terre lui fait penser qu'elle a trouvé un lieu où il lui sera plus facile de se mouvoir et de se nourrir. Sa mémoire défaillante l'empêche de se douter que trouver de la nourriture ne sera pas beaucoup plus aisé que ces derniers jours, et si on le lui disait elle se contenterait de tourner le dos et d'avancer sans se poser de questions, ni chercher à contredire.
Sans nul doute, ne pas avoir accès à ses souvenirs, ses habitudes ou ses peurs l'empêche de reculer bien plus que d'avancer ; comme face aux torrents et eaux tourmentées que bon nombres d'orques redoutent pourtant jusqu'à la moelle. La coquille vide qu'elle est devenue avance droit devant, presque sereinement à bien des égards car il lui manque aussi une réelle conscience de ce qu'est la peur.

Il lui reste cependant son instinct sauvage et semble savoir évaluer son environnement en fonction d'une facilité de mouvement qui par simple extension, lui facilite forcément la vie. Très vite donc, sa démarche se fait moins hésitante que sur les rives de la rivière et lui demande beaucoup moins d'effort. Elle peut marcher plus rapidement, sans véritable gêne malgré ses plaies à peine cicatrisées. Le terrain est encore escarpé et les chemins ne sont guère plus que des sentiers pratiqués par les chasseurs ou des contrebandiers ; si bien qu'elle finit par choisir le chemin qui descend, restant à portée d'oreille de la rivière, seul repère pour elle.

*****


Dans les sous-bois, le nez de la peau verte découvre de nouvelles odeurs. Celle forte et tenace de la terre humide, de l'herbe grasse qui se mêle à la pourriture des feuilles et épines tombées il y a plusieurs mois, les parfums subtils des champignons ou musc de la faune locale. De toutes ces odeurs charriées par le vent, il en est une qui attire son attention et fait vibrer la corde sensible des Garzoks ; celle de la fumée et de la charogne.
Elle hume l'air à pleins poumons et très rapidement, en retrouve la source.
Ce sont les restes d'un feu de camp de petite taille qui à en juger par les traces au sol, ne devait profiter qu'à un groupe de quatre ou cinq personnes et leurs chevaux. Un convoi étrangement restreint compte tenu de la région dont la réputation d'hostilité des habitants n'est plus à faire. Il y a aussi les traces de roues d'un chariot mais une bonne partie du matériel a été laissé là, piétiné par les survivants. A vu de nez, l'endroit est abandonné depuis une bonne demi-journée. Au sol, en position fœtal tout près du feu se trouve le corps décapité et mutilé d'un des campeurs intrépides, tué promptement en plein sommeil avant d'être mit en charpie par son assaillant et laissé tel quel. Etrangement, les charognards n'ont pas eu l'air de vouloir s'approcher et faire pitance du cadavre aux fumets rances et appétissants, et l'une des raisons de cet abandon pur et simple d'un repas facile est à chercher du côté du tueur … qui n'est pourtant plus présent.
La peau verte, par contre, s'y dirige directement en faisant fi de ce qui a empêché les autres charognards de s'approcher des lieux. La cage thoracique de l'homme est ouverte et à l'intérieur baigne encore quelques organes, comme le foie dont la couleur, la consistance et l'odeur flattent les narines et babines réveillées de l'orque. Elle mord dedans, découvrant sans doute pour la première fois de sa vie le goût incomparable de ce met de choix avant de manger tout ce qui traîne dans l'abdomen ainsi offert à son appétit. La chair et les boyaux sont froids mais cela reste bien meilleur de son propre avis que le poisson, même frais et frétillant. Avec une main enfin, elle forme une sorte de coupe et tente de puiser le jus épais rouge sombre à l'odeur piquante resté au fond de la cavité. Plus relevé sur le bout de la langue que l'eau de la rivière, elle en boit plusieurs gorgées avec avidité.


La panse pleine, elle ressent une sorte de paix nouvelle et un regain de force qu'elle n'a pas connu depuis des jours. Son humeur ravigotée, elle fouille ce qui reste du campement par simple curiosité. Beaucoup d'objets en tout genre ont été abandonné là ; des écuelles en bois, des cuillères, une marmite renversée et son contenu étalé au sol, ainsi que des gourdes. D'abord curieuse de trouver autre chose à manger, elle commence par être intriguée par l'utilité de certain objet et finit par inspecter, manipuler et tester tout ce qui traine avant de souvent les rejeter, sans faire grand cas de la moindre discrétion.
Plusieurs minutes passent avant que l'orque ne finisse son tri et son évaluation toute personnelle. Elle ramasse un sac à moitié rempli de bric à brac ; suffisamment léger pour qu'elle l'y laisse ; et y fourre la gourde qu'elle vient de vider de son contenu, ayant dans l'idée de la remplir à la rivière et la plus épaisse des couvertures en fourrure, ayant vite compris son utilité pour ne plus souffrir du froid la nuit. Elle déchausse le cadavre et rembourre le fond des bottes avec des morceaux de vêtements pour pouvoir les enfiler et marcher avec.

****

De tout, c'est sans doute l'expérience de la prudence qui manque le plus à Kôhrin. Quiconque ayant comme elle fouiller un campement abandonné, eut-il été le lieu d'un massacre ou non, se serait aussitôt esquivé une fois le méfait accompli. Pas elle.
Le risque d'embûche ou la précaution ne fait pas vraiment parti des notions avec lesquelles elle compose pour l'instant. Pourquoi s'en aller quand le sol a justement été retourné et est on ne peut plus douillet ?


L'orque s'endort vite car, contrairement à la nuit précédente, elle n'a plus faim, a moins froid, ses vêtements sont presque secs et le contact avec la terre est bien plus chaud que celui des pierres glacées par les eaux des montagnes, et elle ne se sent pas perturbée par des questionnements incontrôlés.
Le sommeil en revanche n'est pas des plus sereins et elle s'agite sous l'emprise de rêves mouvementés et confus. Ses récentes expériences engendrent de nouveaux souvenirs que son subconscient mélange et transforme. Le bruit de l'eau s'écrasant au bas d'une chute d'eau explose et se propage comme dans une caverne, le son est assourdissant, terrifiant, entêtant au point de devenir une ambiance où tout devient monstrueux et disproportionné. Tout à coup, tout disparaît, tout devient calme, l'eau n'est plus qu'un univers dans lequel elle voyage en silence, dans lequel tout est fluide et simple … un instant de paix dont elle ne saisit qu'une infime partie, avant que tout ne bascule.
Tout devient ombre, tout devient trop silencieux et le décor se fait oppressant. Elle sent une force l'attraper et lui déchirer les chairs, l'arrachant de son propre corps avant d'être tout à coup en train de voler, de s'éloigner pour englober la situation. Une masse verte sort alors de l'eau. Sa forme est indistincte vu du ciel, de même que celle du poisson qui semble posséder des serres d'oiseaux en guise nageoire. La créature écailleuse transperce les jambes de la forme verte avec ses énormes dents, elle se redresse et lance sa gueule en arrière en faisant s'envoler le corps vert complètement indolent … et l'espace d'une seconde, elle voit la chose sous un autre angle, elle voit ses yeux horrifiés par la terreur, ressent sa détresse de l'intérieur juste avant que son champ de vision de se rétrécisse sur un détail. Un détail qui s'imprime en elle tandis que le corps vert redescend tête la première vers l'immense bouche du poisson aux serres d'oiseaux. Une main, une main incomplète. Elle comprend alors qu'elle n'est pas en haut en sécurité, mais qu'elle est cette chose verte terrifiée ; et en se faisant, réintègre son corps au moment où sa propre tête plonge dans un trou béant.

Elle se réveille en nage en pleine nuit. Les images de son rêve rougeoient dans son esprit comme la lueur persistante d'une forte lumière lorsqu'on ferme les yeux. De nature éphémère, le rêve et ses images s'estompent lentement, laissant l'orque avec un sentiment de vide, très différent de son premier réveil ; car, maintenant, elle appréhende de manière presque intellectuelle le souvenir des deux derniers jours et l'absence des autres.
Le réveil est difficile aussi pour ses yeux car, bien que capable pourtant de voir dans l'obscurité, elle peine à distinguer son environnement proche, gênée par deux lueurs entre le blanc et le jaune qui flottent en face d'elle.
Ces deux billes jaunâtres, elle les observe avec une concentration à rendre jaloux un scribe quand, soudain, elles disparaissent et Kôhrin cligne des yeux pour les retrouver … plus proches de quelques pas.
Ayant retrouvée un peu de son calme en fixant son attention sur ces lucioles, elle commence à réentendre des bruits autour d'elle. Le vent dans les arbres et le craquement de brindilles.
Elle se souvient alors où elle est.
A nouveau, les lucioles disparaissent mais Kôhrin s'est habituée à l'obscurité.


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Elle distingue une forme se mouvant de manière étrange dans l'ombre, aussi sombre que la nuit comme si la créature était capable de réellement s'y camoufler. Mais la concentration dont fait preuve Kôhrin lui permet de repérer les mouvements erratiques et de la suivre du regard.

C'est un traqueur obscur qui lui fait face. Une créature redoutable pour tous ceux qui, comme elle, se pensent à l'abri du danger ou n'en ont tout simplement pas conscience. Le même traqueur qui, quelques heures avant été en train d'ouvrir l'abdomen du cadavre au sol pour s'y nourrir et qui quelques heures encore plus tôt, avec d'autres traqueurs tout aussi affamés que lui, s'était attaqué au convoi et tenté de rattraper les survivants. Trop rapides pour lui avec leurs chevaux, il avait laissé tomber la traque, chose rare pour un traqueur, et était retourné à son butin.
C'est aussi un traqueur obscur qui connait bien la nature des Garzok de la région et qui en entendant Kôhrin arriver, s'était caché. En l'observant de plus près, il s'est rendu compte de la bêtise et l'inconscience de celle-ci et a décidé d'attendre. Attendre qu'elle lui vole son repas, qu'elle s'endorme la panse pleine … avant qu'il ne puisse à son tour prendre son repas, fourré du premier.
Mais elle s'est réveillée trop tôt.

La créature face à elle claudique encore quelques secondes avant de se braquer et de rugir en sa direction. Le cri strident d'un être dont les cordes vocales ne sont que l'ombre de ce qu'elle fut à l'origine, le cri enragé d'une bête affamée et acharnée. Pas besoin dès lors d'être en pleine possession de ses moyens pour comprendre qu'il n'a rien d'aussi inoffensif qu'un poisson ou un oiseau.
Elle recule d'un pas et le bruit, pourtant faible, que fait son pied en écrasant le tas de brindille sonne le début de la charge de la créature. La peau verte recule encore et évite de justesse le premier coup qui lui aurait déchiré le ventre mais pas le suivant, plus allongé et heureusement moins précis. Les griffes puissantes et acérées de la créature frôlent l'extérieur de sa cuisse et n'y pénètrent pas assez pour la paralyser de douleur ; mais la sensation la surprend énormément. Par réflexe ou instinct, elle se cambre et frappe du talon de ses bottes dans l'épaule du traqueur encore fendu en avant.

Son geste est mal assuré, sa force mal ajustée et la bête est à peine déstabilisée mais elle recule tout de même … pour mieux charger la peau verte.
Le traqueur se penche en avant, se servant de ses membres supérieurs au sol pour prendre de l'élan et se jette sur l'orque. Cette dernière remonte les bras devant son visage pour se protéger et balaye l'air comme on chasse un énorme insecte pour empêcher l'autre de l'atteindre. Elle hurle et s'agite plus encore lorsque qu'elle sent les griffes lui lacérer son avant-bras droit sur presque toute la longueur. Dans sa brusquerie, elle réussit à dévier un des membres de la bête et sent ses propres griffes s'enfoncer dans la chair de l'autre, sensiblement plus tendre que la sienne.
Les deux bêtes continuent ainsi à se démener à terre. Kôhrin se sent comme prise au piège sous la chose mais n'arrive qu'à glisser de quelques centimètres avant de devoir se protéger à nouveau. Au bout d'un moment, l'orque parvient à attraper les poignets du traqueur et le maintient à distance sans être régulièrement griffée. La bête se tortille et c'est avec sa gueule dégoulinante de bave qu'elle continue à attaquer, poussant des cris enragés chaque fois que ses dents se referment dans le vide.
Le visage recouvert de bave, les mains occupées à retenir les mouvements brusques de l'autre, Kôhrin tente de libérer ses jambes. Elle se tord elle aussi dans tous les sens, hystérique, et ses grognements rivalisent de rage avec son adversaire. A force de n'importe quoi, elle parvient à passer son genou entre eux et appui de toutes ses forces pour remonter le deuxième. S'aidant d'un cri puissant, elle repousse le traqueur d'un coup de pied dans le ventre.

La bête roule sur le côté et se redresse rapidement. La peau verte, elle, s'est retournée et s'éloigne tant bien que mal, ayant du mal à retrouver son équilibre pour se mettre debout. Elle entend le sifflement rageur de la créature et son pas de course. Sans même un regard en arrière, elle se dirige vers l'ancien de feu de camp, attrape le premier morceau de bois cramoisi à portée et se retourne à l'aveugle, le bras tendu et la buche dessinant un arc de cercle grossier. Grossier mais chanceux car elle touche le traqueur à la tempe. Le choc est assez fort pour le freiner mais pas pour le blesser car la buche, rongée de toute part par les cendres, s'écrase contre le visage et s'effrite dans la main de l'orque qui lâche son arme précaire.
L'orque ne s'avoue pas vaincue pour autant. Sans réfléchir à deux fois, elle se penche au dessus du feu et attrape cette fois une buche plus grosse, qu'elle doit tenir à deux mains et sans vraiment comprendre ni pourquoi ni dans quel but son corps le fait ; elle frappe le sol à deux reprises sans que le rondin de s'abîme ou se casse en deux.
Un acte involontaire d'intimidation qui fonctionne mais pas au point que le traqueur ne décide de lâcher sa proie, se serait mal connaître son espèce. Ce dernier a faim et de toute évidence était déjà dans un état de fatigue avancé. En l'observant vraiment pour la première fois, l'orque remarque que son corps n'en est pas à ses premières traces de blessures ; bien que les siennes toute fraîches suintent d'un sang visqueux et sombre, d'autres marques indiquent un combat récent, probablement ici-même contre les choses ressemblant à celle par terre.
Elle aussi est blessée mais moins gravement compte tenu de l'état général du traqueur ; elle a toujours été plus bagarreuse que combattante et ses talents martiaux, même si elle s'en souvenait, sont négligeables. Mais elle a plus de réserve que le traqueur. Lui a besoin d'elle pour survivre … et elle a le sentiment qu'elle n'a besoin que de temps.

Avec son arme improvisée elle fend l'air devant elle en grondant férocement chaque fois que le traqueur approche, essayant sans s'en rendre réellement compte de fatiguer son ennemi.
Mais le traqueur, bien que sans arme, n'est pas sans atouts et dans cette obscurité troublée par de pâles rayons de lune à travers les arbres, il est dans son élément. Brusquement, Kôhrin lâche un hoquet de surprise, prise de panique en le voyant disparaître. La capacité d'un tel être à se fondre dans le décor ne suffirait pas à disparaître aussi rapidement en plein jour, mais de nuit, face à un adversaire certes sauvage au combat mais possédant un esprit limité ; l'effet escompté est là.
L'orque finit par le retrouver, une seconde trop tard. Les griffes acérées de la bête transformée s'enfoncent profondément dans son abdomen. L'orque hurle de douleur et, de rage, lève les bras haut en l'air et frappe le traqueur de toutes ses forces restantes sur le haut du crâne avec le rondin. Sous le choc, le traqueur relâche sa prise et recule, chancelant. Il repart aussitôt à la charge. Il porte plusieurs coups de griffes contre la peau verte qui se sert de son rondin comme d'une protection, d'un bouclier qui à chaque coup de griffes s'émiette un peu plus, déjà fragilisé par le feu. Mais le traqueur fatigue plus vite qu'elle malgré sa plaie au flanc et elle réussit à le frapper de nouveau et l'assomme à moitié. Le morceau de bois s'éclate littéralement sur le crâne du traqueur qui tombe à genoux.
L'orque repart aussitôt à la recherche d'une autre arme. A force d'avoir reculé, le feu de camp est maintenant derrière le traqueur qui bien que sonné continue à la suivre des yeux, attendant la moindre erreur de sa part pour l'attaquer. Elle recule et sonde les alentours. Il y a par terre tout un tas d'objets qu'elle a balancé pendant son inspection et lorsque son pied trébuche sur le bout en bois d'un outil parmi d'autres, le traqueur émet une sorte de son guttural proche de la peur. L'espace d'une seconde, ses yeux de chasseur tremblent et deviennent ceux de la proie … et la peau verte remarque ce changement.
Le traqueur pousse un cri strident en bondissant à nouveau vers l'orque qui attrape le manche d'une hache à double tranchant avant de déplier ses bras vers son adversaire, en plein saut griffes en avant. Le hurlement strident du traqueur se mue en gargouillis tandis qu'il retombe lourdement au sol, le torse à moitié éventré jusqu'à la base du cou.
L'arme de Kôhrin tombe au sol, rapidement suivit par une masse verte chancelante. La violence du dernier coup a ouvert un peu plus la plaie à son flanc et elle se cambre sous des spasmes musculaires incontrôlables.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Ven 6 Mai 2016 17:00 
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Le nez baissé, la garzoke reste debout comme une conne. Le voyage l'a déjà fait chier, mais là, ça en rajoute une couche. Elles se sont tapées des lieues dans les montagnes, en dérapant sur des caillasses pendant qu'des sortes de moutons à cornes les regardaient faire. La peau-verte a bien essayé de les faire flipper pour qu'ils se pètent la tronche aussi, sauf que ces machins sautaient de rebord en rebord comme sur un sol invisible. Et même si y'en a un qui aurait pu s'casser la figure, retrouver son cadavre pour l'boulotter... Signifiait d'se retaper l'ascension puis la descente sur un autre pan d'montagne.

À part des bestioles et des souches, elles n'ont rien vu en débarquant enfin dans la plaine coincée entre les Bois Sombres et la grosse caillasse. Enfin, si, au loin, de chaque côté. Vers l'sud, y'avait une sorte de machin fortifié, perché sur un monticule. Vers l'nord, y'avait comme un tas d'tentes d'garzoks. Et ça s'agitait pas mal. À vue d'pif, ça sentait la préparation pour un p'tit raid. La gosse l'avait aussi vu, et s'était grouillée d'entrainer la peau-verte entre les arbres. Mauvais souvenirs pour elle, ça.

Avec les infos qu'Maya a reçu pour sa mission, elles s'sont avancées dans les bois. Un coin qui sent l'froid et la flotte croupie, avec d'la brume qui s'forme. Et des putains de ronces ! Genre tu peux pas faire un pas sans marcher d'ssus ! Et y'a même pas d'mûres à gober pour compenser ! L'plus bizarre, c'est qu'y'a pas un bruit d'piaf. Genre, le plus gros bruit qu'y'avait, c'tait une sorte de battement régulier et l'son d'leurs pas. Elles ont déniché le gros rocher cassé, l'arbre avec deux noeuds coulants, et plus loin un panneau. Oais, un piquet style indicateur, mais avec rien d'marqué d'ssus.

Et même si ça avait été l'cas, Zu'Gash n'sait pas lire.

En bref, une bonne poignée d'minutes après avoir trouvé c'point d'repère, elles ont tourné vers Omyre. Ou l'soleil du midi. Ou pas ? Dur de s'repérer quand la lumière a pas l'air d'passer, alors qu'les arbres ont presque pas d'feuilles.

Mais là, c'est pas le fait d'être p't'êt' paumée qui emmerde la peau-verte. Ni ses gargouillis d'bide.

"C'tait prévu, ça ?", fait-elle en avisant la gosse.

Signe de tête négatif. Forcément. Elles ont trouvé exactement ce qu'elles cherchaient. Le lieu d'campement des druides ou autres magos qui changent les trucs en d'autres trucs. Sauf que... Y'a plus d'camp. Il reste un cercle ou deux d'feux d'camp, mais pas d'tente, pas d'matos, pas même le plus p'tit cadavre qui dirait qu'il s'est passé un truc. S'il y avait quelqu'un là, ben... Il n'y est plus d'puis un p'tit moment.

Les yeux rouges avisent la gosse. Elle inspecte le camp, l'air presque paumé. Ca y est, la r'voilà toute nerveuse ! Elle s'accroupit et gratte le sol maint'nant. D'son côté, le corbac s'met à voleter tout autour du coin.

"Eh gamine ! ", lance la Coureuse en commençant à sourire. "J'savais pas qu't'étais du genre à pisser en public !"

La petite se fige puis elle lui lance un regard blasé. Ah ? C'est pas c'qu'elle faisait ? Pourtant, dans c'te position... La gosse se redresse presque d'un bond, file vers la peau-verte et... La poignarde des yeux. Ben oais, trop froussarde pour faire pire !

"Tchac !"

Ou pas.

"Oaille ! Eh ! J'l'aimais beaucoup c't'orteil-là !", chouine Zu'Gash en voyant le talon de la gosse lui ruiner l'pied.

Et Maya appuie et fait tourner sa botte. Bon, la surprise ça marche, mais maint'nant, la garzoke ne ressent plus grand-chose. Et pourtant la gamine continue de lui broyer la patte. Beuh ? C'est quoi c'bruit ? Elle est pas en train d'chialer quand même ! Curieuse, la peau-verte lui relève abruptement le menton. Ah ben nan, elle pleure pas, elle grommelle. Et la voilà qui claque la main verte pour lui faire lâcher prise.

Merde alors, elle grandit si vite...

"Ils étaient censés... Être là. Pourquoi... Par Phaïtos, pourquoi rien n'est simple ?"

"Beuh ? Tu pensais qu'ça allait gentiment attendre qu'on vienne leur piquer des trucs ?" Un petit oui. "T'es con. Rester sur place c't'un coup à s’encrouter ! Pis, y'a p't'êt' d'autres gens qui leur courent après."

Maya la mate de ses grands yeux. Elle a l'air paumée. Et elle a encore son talon planté dans l'bout d'son pied ! La grosse paluche de la garzoke se pose sur sa tête.

"T'inquiète, va ! C'est qu'des bois pas clairs ! On va les r'trouver ! ", lance-t-elle en serrant le poing. "Mais j'fais pas ça gratis !" Regard con d'la gosse. "J'te troque deux-trois trucs sur la traque. Reste à savoir c'que t'as à m'refiler !"

Maya incline la tête. Elle est tellement en train d'cogiter qu'elle a oublié d'sentir nerveuse. C'fou comme c'est facile à manipuler les gens.

"Zu-zu !", chante le piaf à trois yeux, pas très loin d'elles.

"Quoi ? Tu t'es encore coincée dans des épines ?"

Le piaf émet un cri entre raclement de gorge et rot dégueulasse, puis il s'ramène avec un truc qui brille. Aroroa lui lâche dans la main un machin en métal bizarrement foutu. Il est p'tit, genre la moitié d'un ongle. Y'a la grosse partie qu'est en fer, sans trace de rouille, mais l'autre bout est noirci. Pas comme si ça avait été cramé, mais comme si c'était pas l'même machin.

Quand la gosse voit ça, elle tire sur un p'tit pendentif à son cou. Il s'ouvre ce truc, sur une sorte de toute petite feuille noire. Ils s'ressemblent pas mal ces machins. Du métal qui reflète aucune lumière.

"Aroroa... Où as-tu trouvé cela ?"

Zu'Gash ne pige rien, mais Maya semble avoir une idée, elle. Elle suit le piaf jusqu'à un p'tit buisson un peu pété, et lui fait signe. Pendant qu'Aro' pose fièrement par terre, genre l'bec levé, les yeux plissés, et les plumes toutes gonflées, les filles découvrent des traces. L'sol est humide, donc pas facile de dire d'quand ça date, mais y'a des empreintes de pas, et des traces en continu.

La garzoke se gratte un peu la tête et sourit, excitée par ce qu'elle voit.

"R'garde ça. Des traces d'pas. 'Fin, on dirait qu'y'en a qu'une, mais mate bien." Elle pointe une trace plus loin. "Là, la botte est bien marquée, pourtant y'a un type qu'a glissé. L'a même laissé un p'tit bout d'sa tunique sur les ronces, c'con-la !"

"... Donc ?"

"C'est des gus prudents, qui marchent dans les pas de celui d'avant, pour pas qu'on sache combien ils sont. Mais c'qu'est sûr, c'est qu'ils ont au moins une charrette à bras !"

La peau-verte suit des yeux les traces pareilles qui s'enfoncent plus loin. Des gars qui s'déplacent comme ça, ça s'méfie. Ils doivent s'faire traquer d'temps en temps. Donc p't'êt' qu'ils ont préparé des pièges un peu partout. Ou des embuscades. Ou d'fausses pistes. Ou l'tout à la fois. Y'a pas à tortiller, ça sonne vachement dangereux tout ça.

...

Mais alors bordel, qu'est-ce qu'elles foutent encore à poireauter ici ?
En chasse !


(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 17 Aoû 2017 19:29, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Sam 28 Mai 2016 23:55 
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Chapitre I: Embuscades et kikoups

La lueur décrut pendant le passage de sombres stratus cumulus nimbus dans la forêt noire d'Omyre. Ragna entendit le tambour de guerre battre la mesure et les hurlements des loups des garzoks à la lune rougeoyante alors qu'une purée de poix envahissait la forêt, un smog à couper au kikoup. Le rythme effréné des batteurs d'armure accompagnait les coups de fouet contre les esclaves humains aux habits de lins sous leur blason kendran. A l'oraison des bois sombres, la troupe de la Lance Noire s'étirait sur une colonne pour emprunter la grande voie en silence étant donné que l'air de la forêt noire était empli de magie noire. Recourbé tel un bossu Ragna Tranche suivait la procession en savourant une cuisse de poulet grillé arrachant la peau et la chair blanche avec ses dents effilées sans aucune forme de décence, le jus s'écoulant de sa mâchoire. Attisant la gourmandise d'un garzok au kikoup coupant et dentelé, il préféra la lui tendre avant de se faire dévorer par l'individu grassouillet, à la mâchoire défoncé et à l’œil torve, qui lui grognait dessus avant de lui retirer son gigot de ses doigts griffus. Un rictus déforma sa gueule déjà particulièrement effrayante, mais il préféra ne pas faire plus de cas de son adversaire bien plus gros que lui.

- Halte ! rugit le chef de la lance, un garzok à la stature impressionnante dont la peau verte déjà bien épaisse était renforcée par une imposante côte de maille et possédant une hache à double tranchant.

La troupe s'arrêta soudainement contrairement aux esclaves qui subirent le claquement des fouets. Des ordres ont été ensuite donnés pour mettre en place un campement provisoire. Les forgerons orques leur fournirent des haches afin de débiter les troncs. Agrippant sa hache émoussée, il se positionna près d'un chêne et commença à débiter le tronc poussant des petits cris aiguës à chacun des coups. Des copeaux de bois tombèrent tout autour de lui alors qu'il entamait l'écorce, ses petits bras sentant le poids de son outil de fortune. C'est alors qu'un de ses congénères manqua de lui couper la tête en voulant voler son arbre.

- Tuer ! Dévorer ! Déchiqueter ! rugit-il, la bave aux lèvres et ses petites dents aiguisées toutes dehors, en sautant sur l'imprudent.

Le combat attira l'attention des autres sektegs et des garzoks, si bien qu'un cercle entoura les combattants. Son adversaire était plus petit, plus replet et plus laid qu'un poux. Il attaqua brutalement, son adversaire gémit de dépit en fuyant le champ de bataille.

- Tuer ! répéta-t-il avec un petit couinement de plaisir lorsqu'il vit les spectateurs le repousser vers lui.

Il agrippa fermement le manche rugueux de la hache rouillée ne ressentant nullement les échardes rentrer dans les cals de ses mains et abattit son arme en direction du crâne de la misérable créature verdâtre. Celle-ci esquiva, elle était certes moins forte que Ragna Tranche mais beaucoup plus insaisissable. La créature verdâtre laissa tomber sa hache, car maladroit qu'il était, il ne parvenait correctement à la lever au-dessus de sa tête. La visqueuse créature attrapa deux kikoups aiguisés et rua sur les brancards en bondissant sur sa personne. D'un premier coup en biais de sa hache, il arriva à dévier le corps hirsute de la créature fondant sur lui.

(En cours)

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Jeu 16 Juin 2016 22:04 
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[:attention:] Ce post contient une scène de combat qui peut heurter la sensibilité des plus jeunes. [:attention:]

Nous entrâmes doucement dans les bois sombres suivant ce qui ressemblait à une route boueuse. Atmosphère lourde, chaleur moite, luminosité minime, c’était bien ce dont je me souvenais. Etait-ce utile pour moi d’utiliser de la lumière supplémentaire ou bien devions-nous nous fier seulement à nos sens d’elfes ?

J’optai rapidement pour la seconde option, évitons d’attirer inutilement l’attention sur nous. Le convoi de Vladir avait réussi à passer sans encombre, nous pouvions espérer nous en tirer correctement, si nous étions suffisamment discrets. Mieux valait ne pas lancer les chevaux à vive allure dans ces bois et faire profil bas.

Je fis un signe à Faerlyn de s’approcher de moi et posant mon doigt sur mes lèvres, lui indiquai qu’il fallait se taire. Nous allions devoir nous murer dans le silence pendant cette traversée. Les animaux étaient nombreux dans ces bois, les orques sauvages et autres gobelins pourraient considérer nos chevaux comme tels.

Heureusement que je n’étais pas seule dans ma tête. Cette idée me tira un léger sourire que j’effaçai rapidement. Si seulement Faerlyn pouvait répondre à mes propos ou bien si j’étais capable de lire ses pensées afin que l’on puisse communiquer. Mais bon j’avais l’impression que se murer dans le silence l’arrangeait, il avait plutôt l’air d’être un solitaire.

Les oreilles aux aguets, les yeux scrutant le moindre mouvement suspect dans les fourrées, les narines humant l’air pour détecter une odeur de sueur ou un relent de cadavre, la moindre fibre de mon corps était en alerte, prête à entrer en action si jamais quelque chose se passait. Je me tournai vers Faerlyn et lui adressai ces quelques mots.

(Tu n’entends rien de suspect ?)

L’éarion fit non de la tête, n’ayant même pas besoin de me regarder, il avait l’habitude de ce petit tour de passe-passe. Ainsi la route continua…

… dans une espèce de brume…

… sans encombre…

… pendant des heures.

Nous fîmes une pause afin de descendre de nos montures, leur donner une pomme, en manger une par la même occasion et nous repartîmes à pied…

… pendant plusieurs heures…

… nous avions perdu la notion du temps…

… la luminosité ne changeait pas…

… le paysage était le même.

Nous suivions toujours la route boueuse qui nous servait de fil conducteur, un moyen de ne pas nous perdre. Nous remontâmes en selle et continuâmes notre route, ayant laissé nos montures se reposer un temps appréciable. Marcher ne me dérangeait pas, ma condition d’elfe me permettait d’endurer beaucoup de choses. Il devait en être de même pour Faerlyn même si sa résistance devait être bien meilleure dans le milieu aquatique.

Nous repartîmes à allure modérée lorsqu’un bruit suspect me fit tourner la tête sur la droite. C’était probablement le fruit de mon imagination, les bois sombres étaient connus pour troubler l’esprit des personnes qui les traversaient. J’avais probablement imaginé ce bruit…

Je sentis un mouvement rapide sur ma gauche, en regardant de plus près dans cette direction je constatai que Faerlyn avait tourné la tête vers les arbres sur sa gauche. Je n’aurais pas imaginé le bruit que j’avais capté quelques secondes auparavant ?

(Du bruit ?)

Toujours les yeux fixés sur les fourrées, Faerlyn acquiesça simplement de la tête. Je me mis à scruter notre entourage en plissant les yeux cherchant à détecter le moindre mouvement. Ne voyant rien, je fermai simplement les paupières afin de me concentrer sur mes oreilles.

Nouveau bruissement sur ma gauche… Un bout de bois qui craque sous le poids d’une personne… Une corde que l’on tend avec un petit craquement de bois…

- « BAISSE-TOI ! »

J’entendis siffler la flèche à mes oreilles avant qu’elle n’aille se ficher dans un tronc devant Faerlyn. Aussitôt je descendis de cheval, l’éarion fit de même et fit aussitôt monter ses fluides d’eau à ses mains alors que je dégainai bouclier et épée. J’entendis de nouveau un arc être bandé et le bruit d’une flèche que l’on décoche… une seconde de réaction… levage de bouclier… protection de Faerlyn.

- « Je t’en dois une ! »

- « Sortons de ce guêpier vivant et on en reparle ! »

Une paire d’yeux, puis deux, puis trois, puis cinq, puis dix… Equipés d’armes rudimentaires et de protections tombant parfois en lambeaux, les gobelins qui sortirent des bois avaient des expressions de rage, une lueur sauvage dans les yeux et une attitude corporelle qui ne laissait que peu de choix.

- « Une troupe isolée ? »

- « Ou des éclaireurs vus leurs équipements. »

Nous fûmes entourés par nos adversaires, deux d’entre eux s’occupèrent de mettre à mort nos montures. J’enrageai à l’intérieur de voir ces pauvres créatures mourir pour rien, juste pour la barbarie de ces gobelins. Un plan naquit rapidement dans ma tête pour expédier ce combat et nos adversaires. Mieux valait en informer Faerlyn mais j’étais dos à lui, ma connexion télépathique fonctionnerait-elle dans ces conditions ?

(Tu les affaiblis pour que je les finisse. Si tu as l’ouverture pour le faire, fais-toi plaisir.)

- « Ca marche. »

Intéressant ! Je n’avais pas nécessairement besoin d’être à portée de vue de la personne à qui je transmettais un message. Très utile pour un combat mais aussi pour toute mission qui impliquait d’être discret. Il me faudrait tester la portée de cette capacité nouvelle.

Ils étaient plus nombreux que nous mais j’avais déjà vu pire d’autant qu’ils ne semblaient pas très puissants, simplement mus par une espèce de force brutale qui avait été exalté par un chef suprême, classique. S’ils attaquaient tous en même temps, nous étions cuits, s’ils se séparaient nous avions une chance, s’ils attaquaient chacun leur tour, ce serait une véritable boucherie dont nous sortirions vainqueurs.

Plongeant mon regard dans celui de chaque gobelin me faisant face, je jaugeai leurs intentions. Alors option une, option deux ou option trois mes petits ? Je posai mon épée sur le haut de mon bouclier, les tentant, attendant, car je ne ferais pas le premier pas.

(Prépare ton sort et laisse les venir à toi.)

Je ne savais pas qui était la personne la plus dangereuse aux yeux de ces mécréants, je dirais Faerlyn car ils ne savaient pas de quoi il était capable alors que j’affichai clairement la couleur avec mon bouclier et mon épée. Mais comme le disait mon père, il fallait toujours se méfier de l’eau qui dormait.

Ce fut une peau verte sur ma droite qui décida qu’il était temps d’ouvrir les hostilités, erreur fatale. Il arriva sur moi en courant, son kikoup brandi haut dans sa main droite, vulnérable à une simple attaque. Retirant mon épée de son reposoir, je n’eus qu’à donner un simple coup d’estoc pour lui transpercer la trachée qui n’opposa aucune résistance à ma lame. Je retirai vivement mon arme de ce corps sans vie avant de tenter le reste de mes opposants en leur montrant le sang encore brillant qui coulait sur le fer.

(Dix gobelins dans la forêt se promenèrent,
L’un d’eux manqua rapidement d’air
N’en resta plus que neuf.)


- « Au suivant ! »

Un cri lancé à l’unisson retentit derrière moi, Faerlyn allait avoir des ennuis. Je me retournai d’un pivot sur la jambe, ouvrant ma défense à mes quatre adversaires pour voir qu’en réalité, l’éarion gérait parfaitement la situation. En effet, des geysers semblaient sortir sous les pieds des gobelins qui lui faisaient face, les faisant lourdement chuter au sol.

- « A toi de jouer. »

- « Attention derrière toi. »

Je me précipitai pendant ce temps sur le gobelin au sol le plus proche afin de mettre un terme à sa vie en lui enfonçant ma lame dans le cœur.

(Neuf gobelins n’avaient jamais peur,
L’un deux eut un haut-le-cœur,
N’en resta plus que huit.)


Alors que je jetai un œil rapide pour vérifier que les autres gobelins étaient toujours au sol, je pris le temps de regarder ce qu’il en était pour Faerlyn qui, ma foi, s’en donnait à cœur joie avec ces adversaires. L’un deux était sous le coup d’un puissant jet d’eau qui l’étouffait progressivement, l’empêchant de respirer, le conduisant finalement à la mort.

(Huit gobelins étaient bons en apnée,
Mais l’un d’eux fini étouffé
N’en resta plus que sept.)


Nous nous débrouillons bien pour le moment, il ne fallait pas relâcher notre pression. A cette pensée, l’un des gobelins que Faerlyn avait fait tomber était revenu sur ses jambes. Le chargeant à toute vitesse, je le frappai d’un magistral coup de bouclier dans la tête, le faisant tomber au sol pour la dernière fois.

(Sept gobelins étaient venus à la fête,
L’un d’eux prit un coup à la tête
N’en resta plus que six.)


Je terminai mon attaque dans un savant dérapage. En faisant demi-tour, je vis que Faerlyn faisait littéralement boire la tasse à l’un des gobelins encore debout. Il avait beau résister à la pression de l’anneau aquatique enserrant son visage, il ne pouvait rien faire. L’éarion arrêta son sort et de l’eau sortie pour la bouche, le nez et les oreilles de ce pauvre bougre qui tomba tête la première sur le sol.

(Six gobelins étaient coriaces,
Mais l’un d’eux but la tasse
N’en resta plus que cinq.)


Allez, nous tenions le bon bout, la moitié de nos adversaires étaient au sol, il en restait autant debout mais le combat tournait clairement à notre avantage. Enfin, il me suffit de le penser pour voir que l’un d’eux réussit à porter un coup au bras de mon camarade au combat.

Ce fut le moment que choisit une autre des malheureuses victimes du sort de Faerlyn pour se relever pile devant moi. En se retournant, il tomba nez à nez avec moi. Je ne lui laissai pas le temps de réagir et vengeai mon ami qui avait été blessé quelques secondes auparavant en lui tranchant simplement la tête.

(Cinq gobelins contrarièrent Aenaria,
Avec la tête coupée l’un d’eux se retrouva
N’en resta plus que quatre.)


Faerlyn était toujours aux prises avec trois adversaires alors que le dernier se reportait vers lui. J’étais trop loin pour l’attendre de mon épée. Il ne me restait plus qu’à utiliser un sort à distance mais lequel ? Une bonne boule de feu bien lancé devrait faire l’affaire et enlever un adversaire le temps que je me rapproche.

C’était bien évidemment sans compter sur les innombrables ressources de l’éarion qui esquiva prestement le couteau d’un gobelin par un glissade sur la droite, se retrouvant ainsi dans son dos. Il posa son bras sur son visage, sa main gauche sur son épaule droite et d’une puissante torsion fit craquer le cou du malheureux.

(Quatre gobelins voulaient s’en mettre pleins les poches,
L’un d’eux en perdit la caboche
N’en resta plus que trois.)


Il était étonnant et presque terrifiant dans son comportement. Je n’aurais jamais pensé qu’il était capable d’une telle barbarie si je n’en avais pas été le témoin. Mes fluides de feu étaient finalement arrivés au bout de main droite, je rangeai mon épée dans son fourreau et me concentrai afin de créer une boule d’une taille suffisante pour mettre le feu au gobelin le plus proche.

Une petite voix en moi me disait que je n’arriverai pas à maîtriser mon sort après ce qu’il s’était passé au camp mais je savais que je pouvais garder le contrôle sur mes émotions et sur mes pouvoirs. Et au cas où…

(Je peux te venir en aide.)

J’avais une petite voix de la raison dans ma tête au cas où tout partirait en vrille. Ainsi me concentrant sur mon sort alors que Faerlyn croulait sous le poids de deux adversaires je visai le dernier qui s’apprêtait à descendre sa lame sur l’éarion. Respirant profondément, je lançai ma boule de feu dans sa direction et elle atteignit sa cible sans problème, le transformant en torche humaine.

(Trois gobelins voulurent rejoindre le ciel,
L’un deux s’en brûla les ailes
N’en resta plus que deux.)


Cette petite distraction permet à Faerlyn de reprendre le dessus en donnant un puissant coup de pied à l’un et un magistral coup de poing à l’autre. Secouant mes extrémités supérieures, je m’approchai des deux derniers gobelins tout en faisant venir à ma main mes fluides de lumière.

(Baisse-toi !)

Action, réaction. L’éarion se coucha au sol et j’en profitai pour lancer un trait lumineux en direction des deux gobelins restants, espérant que l’un d’eux le prenne dans le corps mais à ma grande surprise, le sort rata complètement sa cible allant se ficher dans l’arbre derrière eux.

Les deux peaux vertes se mirent à rigoler bêtement devant mon raté, il ne m’en fallut pas plus pour me motiver encore plus afin de relancer mon sort. Cette fois-ci, je ne visais pas l’un des deux, je visai un seul d’entre eux et ma cible était la tête. Mettant toute ma détermination dans ce tir, je croisai néanmoins les doigts pour que mon sort réussisse.

Un nouveau trait de lumière traversa notre espace de combat, un nouveau tir qui était destiné à mettre un terme à ce combat, enfin presque. Un nouveau tir et apparemment, je pus m’en réjouir, une autre destinée. Mon sort atteignit la tête du gobelin qui avait été le premier à rire de mon erreur.

(Deux gobelins eurent une brillante idée,
L’un d’eux en fut trop émerveillé
N’en resta plus qu’un.)


En voyant qu’il était le dernier debout, que tous ses frères étaient morts au champ d’honneur, ou du moins morts trop facilement, il prit ses jambes à son cou et s’enfuit dans les bois.

(Un gobelin se retrouva tout esseulé,
De peur il s’en est allé
N’en resta plus… du tout.)


Je rejoignis Faerlyn et entreprit de fouiller avec lui les cadavres de nos victimes pour trouver quelque chose qui nous serait utile pour la suite de notre voyage. Un cri… deux cris… pleins de cris…

(En resta beaucoup !)

Je me tournai rapidement vers Faerlyn qui ouvrit grand les yeux en attendant ces cris de rage. Une flèche siffla à mes oreilles et alla se ficher dans le tronc derrière l’éarion.

- « Ne traînons pas ici, récupérons les sacoches de nos montures et courrons jusqu’à en perdre haleine s’il le faut. »

- « Je suis bien d’accord avec toi. »

Nous nous exécutâmes et partîmes à toute vitesse en direction de la sortie des bois, nous n’avions plus qu’à croiser les doigts pour voir la lumière du matin le plus rapidement possible. Qui pouvait dire ce qui allait nous poursuivre ?

*****


Après une bonne heure de course à toute vitesse, nous pûmes ralentir l’allure, les cris avaient diminué pour finalement disparaître. Nous nous arrêtâmes, haletant, transpirant à grosse goutte, mais bien vivant. La plaie sur le bras de Faerlyn suintait toujours un peu de sang.

- « Je peux ? »

- « Ce n’est qu’une petite coupure, garde tes forces. On ne sait pas ce qui nous attend à la sortie de ces bois. »

- « En parlant de garder nos forces, mangeons nos pommes histoire de récupérer un peu mais continuons quand même de marcher. Je veux continuer à mettre le plus de distance possible entre nous et nos poursuivants. »

- « On s’écroulera plus tard ? »

- « On s’écroulera une fois à Oranan ! »

Nous prîmes nos pommes et mangeâmes tranquillement tout en continuant d’arpenter ce sentier. Par sécurité, nous gardâmes le silence afin d’entendre le moindre bruit suspect en provenance de la forêt.

*****


Deux heures plus tard, nous arrivâmes à la lisière des bois, enfin nous sortions de cette journée de malheur, nous allions pouvoir nous reposer maintenant que nous avions rejoint le royaume d’Ynorie. Je respirai un bon bol d’air frais, sentant un peu plus le vent de la liberté souffler sur mon visage. Je me rapprochai de Kendra Kâr et d’Ehemdim.

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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 12 Juil 2016 18:46 
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Il te glisse rapidement :

"Bah, je devais juste faire le guet pendant qu'ils volaient la bibliothèque. J'étais venu pour me faire payer, mais à la place, je me retrouve embarqué là-dedans..."

Le garde s'approche en marmonnant :

"Il y a de gros nuages devant... Vous devriez rejoindre le chef. Cawen doit déjà y être."

En effet, à la proue, Andrew tenait fermement la barre, mais 'n’avait pas l'air rassuré. Cawen se plaignait, comme à son habitude :

"Il fallait tourner plus tôt ! Maintenant on n'a aucune chance de l'éviter !"

"Il n'est pas censé y avoir de telles tempêtes en cette période !" protesta le mage noir.

Le nuage se rapproche, menaçant. Cawen prend carrément la barre de force pour tenter une dernière manœuvre, mais rien n'aurait pu vous préparer à ce qui vient.

Une formidable silhouette se détache des nuages. Quelque-chose de si immense qu'il semble inconcevable que cela puisse tenir en l'air. Et cela ressemble à... une baleine ? Elle est harnachée de plusieurs structures frappées aux armes d'Omyre et fend les nuages pour se précipiter droit sur vous !

Mais au dernier moment, la créature semble vous repérer et fait une violente embardé, secouant probablement durement ses passagers. Le titan des airs vous évite de justesse mais une véritable tempête accompagne son mouvement. Le cynore, déjà peu stable à cause de sa conception artisanale, ne soutient pas le choc. Pendant un moment, vous tourbillonnez dans les nuages au milieu des grincements. Lorsque vous sortez des nuages, vous réalisez que vous êtes au dessus d'une vaste forêt ténébreuse et vous voyez bientôt apparaître une chaîne de montagnes se dressant comme une muraille noire. Vous foncez droit dessus, vers un choc fatal...

Mais Cawen fait une fois de plus preuve de ses talents. Arrivant à calculer la position du sol, elle redresse au dernier moment. Le choc et violent et vous basculez violemment en avant, heurtant le plancher avec fracas. L'un des deux sbires d'Andrew à moins de chance et passe carrément par-dessus la rambarde avant. Comme le cynore glisse sur le sol sur une bonne centaine de mètres, abandonnant des morceaux derrière lui, inutile de préciser que vous n'en retrouverez qu'une longue traînée rougeâtre...

Mais sinon, vous vous en sortez en un seul morceau, bien que couverts d'ecchymoses, ce qui relève d'une chance inouïe... hélas, on ne peut pas en dire autant de votre véhicule. Alors que tu te redresses, tu vois une Cawen hagarde, contemplant le désastre de son invention qui n'aura survécu que deux jours...

Andrew, bien que visiblement furieux, se reprend assez vite:

"Au moins, nous sommes presque arrivés... notre destination se trouve dans la montagne en face..."

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Chibi-Gm, à votre service !


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Pour vos demandes de corrections : C'est là !
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 Sujet du message: Re: Les Bois Sombres
MessagePosté: Mar 2 Aoû 2016 21:33 
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1-Entretien avec la maîtresse

Il n’a pas fallu longtemps avant que je ne ramasse mes affaires pour ma dernière chance, je n’en ai pas. J’essaye tant bien que mal de rattacher le haut de ma tunique pour masquer autant que possible la marque. Le départ s’annonce et on me convie à me rendre au raid sans sommation ni ménagement. Des elfes, des hommes, des garzoks. Tous armés jusqu’aux dents, tandis que moi je n’ai même pas un bâton pour me défendre.

Le raid part rapidement en dehors d’Omyre. Des informations reçues quelques jours auparavant expliquaient qu’un rassemblement entre des chefs d’Oranan et des traîtres à Omyre. Un risque trop important pour ne pas l’ignorer. Des éclaireurs postés plus loin ont permis une avancée rapide du raid et au bout de quelques jours nous étions à portée de la cible. Les tacticiens étudiant le secteur ont établi le plan d’attaque, le reste des troupes installées non loin.

Le trajet est plus qu’éprouvant pour moi. La marque m’a provoqué de nombreuses douleurs, me faisant chuter quand je ne pouvais plus supporter et mes nuits ne sont que cauchemars consécutifs où je revois toutes les souffrances que m’a propre sœur s’amusait à m’infliger. Enfin à notre dernier campement avant l’assaut, je pose enfin la charge que l’on m’a fortement conseillée de porter sous peine de recevoir des coups de fouets, que j’ai d’ailleurs reçus. Je rejoins le groupe de serviteur et m’occupe de servir les repas de délester les armures encombrantes. Parmi tous ces êtres l’un d’entre eux s’est détaché en m’a surveillé tout le long du trajet, une elfe noir. Ce n’est que lorsque la tâche qui m’incombe m’approche d’elle que la shaakt me prend fermement par le coup et m’explique les raisons de sa surveillance permanente.

"Saches petite vermine qu’à cause de ta présence je suis contrainte d’être ici sans être certaine qu’il y aura des têtes à couper. Sache que si tu n’es utile à personne, j’ai pour ordre de mettre fin à ta vie de la façon qui me siéra et j’imagine bien les garzock tester la résistance de tes membres à ton corps. Alors tu as plus qu’intérêt à user de ta magie. Et même s’il n’y a personne à massacrer, on trouvera toujours de quoi se défouler avec les chiens de ton espèce." Me dit-elle avec toute la courtoisie que peut faire preuve un membre de ma race.

Je hoche fébrilement la tête et la femme me relâche en me faisant tomber dans le purin le plus proche. Je termine ma tâche, cachant autant que possible les larmes qui me viennent. Mon esprit est plus que tourmenté et si j’avais la possibilité d’éviter de faire mes preuves en l’absence de cette fameuse réunion secrète, je sais maintenant qu’il n’en sera rien.

Alors que je suis pour la énième fois la cible d’injures et de coups, un cor retentit. Tous se lèvent et cherchent leurs armes tandis que j’embrasse une nouvelle fois la terre labourée par les pas des montures et des soldats. Un bruit sourd se fait entendre. Le sol tremble annonçant qu’un évènement survient. Ce n’est que lorsque j’arrive enfin à me relever que je vois la charge d’un groupe de cavalier chargeant sur nous. La surprise est totale et déjà plusieurs de nos hommes finissent piétinés sans avoir pu porter de coup. Une volée de flèches pleut au-dessus de moi et je suis chanceux de ne pas avoir été touché. Des cavaliers foncent dans ma direction. Je prends mon courage à deux mains et déterminer à ne pas finir comme les autres, je me cache près d’un corps raidit par une flèche fatale. Mes divers passages dans la boue m’ont offert un camouflage qui me permet de ne pas être repéré par nos ennemis. Quelques cavaliers sont désarçonnés près de moi, c’est l’occasion idéale pour moi de faire mes preuves. Un homme en armure se relève difficilement et je tends ma main pour lui lancer une boule de feu. Je refais les mêmes gestes que lorsque j’ai commencé à m’entraîner quand mes pouvoirs sont apparus. Je sens le fluide de feu qui chauffe en moi se concentrer dans ma main. Une boule de feu timide apparaît dans le creux de ma main et je sens la morsure de sa chaleur me lécher la peau. Cette chaleur me rappelle des souvenirs douloureux : la brûlure sur mon bras, tous ces coups ces lacérations sur mon corps provoqué par ma propre sœur durant tant d’années. Je ressens toutes ces douleurs jaillir en un instant et je me prosterne de couleur, laissant le manque de concentration et de fluide éteindre le feu dans ma main.

-Espèce de lâche ! Hurle une voix qui me glace jusqu’aux os.

Je me tourne sur le côté et je vois la shaakt chargée de ma surveillance tournée vers moi. Son visage est rempli de haine et elle court jusqu’à moi arme à la main. Il ne fait aucun doute qu’elle m’aie vu échouer de nouveau et les deux hommes, qu’ils soient amis ou ennemis, bataillant l’un contre l’autre subissent le même sort funeste de la part de la shaakt qui ne ralentit pas dans son avancée vers moi. Cette femme est déterminée à me tuer, quitte à massacrer tous ceux qui seront en travers de sa route. Il ne me reste que la fuite et je me mets à courir à perdre haleine et cette fois-ci la peur qui me submerge est une force qui me sert. J’hésite un instant quand une monture se dresse devant moi, je contourne la bête et une hache vient se ficher dans la pauvre créature, un instant où je me trouvais. Je continue ma course cherchant des hommes en pleins duel, d’autres montures ou des chariots pouvant me protéger des projectiles. Une poigne monstrueuse m’attrape le bras. Je me tourne vivement et vois la shaakt prête à m’embrocher avec sa lame. Je n’ai pas le temps de voir si la monture qui nous percute porte un cavalier, mais je le remercie grandement. La poigne se dessert me permettant de m’éloigner de cette folle furieuse. Ennemi des miens et des hommes, je sais que je n’aurai aucune chance de survie en restant ici. Je me précipite hors du champ de bataille laissant les miens à leur sort. Sur mon chemin un sac me saute aux yeux et j’espère qu’elle contient des provisions. Je ne sais pas chasser ou même survire dehors et sans nourriture je ne tiendrais pas longtemps. Un hurlement de rage retentit derrière moi. Un bref regard me confirme que l’elfe noir s’est aussi relevée et tiens une hache de jet prête à être lancée. Plus de protection, plus de monture ne peuvent désormais me sauver. C’est l’arrivée chanceuse d’une lance dans son bras qui me sauve la vie. J’en profite pour remercier les cieux de cette chance pour moi et m’enfonce dans la forêt espérant de ne rencontrer personne.

3-Une nouvelle rencontre

_________________

Italique : langue Shaakt
Normal : langue commune

Multi de : Jorus Kayne et Relonor


Dernière édition par Nhaundar le Dim 14 Aoû 2016 14:08, édité 1 fois.

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