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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Sam 13 Oct 2012 22:16 
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Ari est jeté dans la cellule et la porte est fermée avec un son métallique. Il voit le geôlier partir en riant.

( Barbe de Zignok ! J'avais bien planifié d'arriver ici, mais pas comme ça ! )

La petite cellule de pierre est mouillée et sent l'urine. Il n'y a rien dedans sauf la fille et Ari lui-même. La fille s'est assise sur sol dans un coin. Il s'était attendu qu'elle ait peur, mais en revanche elle semble calme, comme si elle sait quelque chose ignoré du geôlier. En voyant Ari elle sourit.

P'tit bonhomme vert ! Ils t'ont pris toi aussi les gros canards ?

Ari rougit un peu.

Non, je … c'est à dire je suis venu pour … Euh, enfin, oui.

Il se sent un peu mal à l'aise.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Lun 15 Oct 2012 21:43 
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Ari surveille pour un moment la cellule où il se trouve. Il n'y a vraiment rien de tout. Les pierres du mur sont nues et d'une couleur gris sombre. La lune, dévoilée après la pluie, envoie un peu de sa lumière par un petit trou (il n'est pas digne du nom "fenêtre"), lumière qui se réfléchit dans l'humidité qui couvre les murs de la petite cellule. La même humidité se trouve sur le sol, mais elle se fait absorbée par le foin qui y est étalé.

Dans un coin s'est assise la fille gavroche, toujours aussi calme. Sous ses cheveux couleur de rat se cache un visage barbouillé de crasse, plutôt comme celui d'Ari. En fait, la saleté qui les couvre tous les deux fait que ces visages assument plus ou moins la même couleur, malgré la différence qui se cache là-dessous. Tous les deux ainsi vêtus en haillons, pieds nus, et plus ou moins de la même taille, ils ont l'apparence d'être frère et sœur, emprisonnés ensemble.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Ven 19 Oct 2012 21:46 
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Ari va dans un coin pour s'asseoir, mais une odeur d'urine le fait reconsidérer l'endroit.

"Ouais, je crois qu'on a pissé là-bas. Vaux mieux s'éloigner, haha !"

Mais Ari ne le trouve pas amusant. Il s'écroule vers le mur froid humide, presque en sanglots.

"Mais qu'est-ce que tu as, bonhomme ? Quelque chose ne va pas ?"

"Mais rien ne va !"

Ari crie avec la voix cassée et larmes aux yeux.

"Je suis venu ici pour … pour t'aider, mais je ne peux rien faire du tout parce que je suis nul et bientôt nous allons tous les deux mourir ici !"

"Mourir ? Mais tu rigoles ou quoi ? Ils ne sont pas si méchants que ça ici. C'est vrai qu'ils sont des GROS CAFARDS …"

(ces deux mots elle les crie à tue-tête)

"… mais ils vont pas te tuer. En fait, moi ils ne vont pas me faire aucun mal, et je peux t'aider aussi, monsieur le gobo !"

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Dernière édition par Ari le Dim 21 Oct 2012 20:30, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Sam 20 Oct 2012 16:28 
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Le réveil se fit dans le vague. Azra n'avait pas vraiment mal, en revanche, il avait l'impression de sortir d'une grosse cuite. Il serait bien resté plus longtemps dans cet état de vide agréable et bienveillant, mais la voix furieuse de Chandakar le tira de sa torpeur :

(Abruti ! Comment as-tu pu te faire avoir aussi facilement ?)

Le jeune homme tenta de remettre de l'ordre dans ses pensée. Ça y est, il avait mal à la tête. Mais ce n'était pas une migraine, c'était plutôt la conséquence d'une percussion crânienne majeur dont il se souvenait vaguement avoir été la cible. Les évènements lui revenaient peu à peu en mémoire et il s'en serait bien passé.

(Ma magie, se souvint-il, elle n'a pas fonctionné...)

(Évidemment, tu as épuisé tout tes fluides en apprenant les sortilèges, hier !)

Ainsi, apprendre des sortilèges consommait des fluides ? On ne lui disait jamais rien...

(Alors comment vais-je faire ? Il faut que je consomme des potions ?)


(Non, souviens toi de ce que t'a dit Tirassin, la magie reviendra. En fait, tu as déjà presque tout récupéré. Bonne nouvelle, car je crains fort que nous ne soyons en mauvaise situation par ailleurs...)

Azra fit un effort pour se lever. Le sol était en pierre avec un peu de paille. La pièce était petite et fermée par des barreaux de fer, et on lui avait prit toutes ses affaires. Il ne lui restait plus qu'une tunique et des chausses noires. Chandakar avait eu la bonne intuition : il étaient en prison.

« Ah, je ne l'avais pas anticipée, celle-là... » marmonna Azra.

Le garçon fit quelques pas hésitants pour faire le tour de sa cellule. Ce fut vite fait, en fait. Il n'y avait pas grand chose à voir ni à parcourir. Il n'y avait même pas de lit, juste un endroit où une plus grande épaisseur de paille avait été empilée, sans doute par un précédent prisonnier.
Il fallait se rendre à l'évidence : la fin était proche. Cette ridicule société avait fini par le vaincre et il serait bientôt condamné à mort. Il s'assit dans un coin et entreprit de s'apitoyer sur son sort. C'était plutôt agréable. Il conclut tout doucement :

« Quoiqu'il arrive, Azra, je serais toujours avec toi. Toujours... »

Le silence s'installa, insupportable. Chandakar le brisa donc avec son tact habituel :

(Ta stupidité ne cesse pas de m'impressionner. Tu ferais mieux de chercher un moyen de sortir.)

(Ben tiens, facile. Puisque tu es si malin, dis moi, toi !)

(J'ai depuis longtemps perdu l'habitude d'un corps aussi faible...)

(Merci)

Le silence revint. Au bout d'un moment, la liche s'énerva :

(Mais enfin, ça ne va pas se terminer comme ça !)

(Apparemment si.)

(Il y a forcément un moyen ! Fais quelque chose !)

(J'étais condamné dès que tu es entré en moi. Maintenant, c'est fini. Vraiment fini.)

(Tu te souviens que ça signifie la damnation éternelle pour nous deux ?)

(C'était à toi d'y penser avant.)

Le ton vaincu du jeune homme rabattit le caquet du mort-vivant. Le monde n'était pas fait pour les êtres maléfiques. Seuls les gentils prétendument très purs et vertueux avaient le droit à un avenir ici. Bien sûr, ils ne valaient pas mieux que les autres, en fait, mais dans le monde des apparences, les hypocrites sont rois.
Par certains côtés, Azra réalisa que c'était sans doute ce qui l'avait aidé à supporter un monstre tel que Chandakar. C'était vraiment un monstre. Il ne pensait qu'à tuer. Il était guidé par des pulsions meurtrières qui, semble-t-il, lui commandaient d'aller tuer même le dieu de la mort, qu'il avait pourtant déjà repoussé par son accession à la condition de mort-vivant. En fait, il passait son temps à se dépasser dans le mal. Il s'épanouissait dans tout ce qui était mauvais...

Il était honnête.

Bon, d'accord, ce n'était pas l'honnêteté au sens courant du terme, mais bien plutôt au sens premier. Il n'avait jamais prétendu être gentil. Il tuait les gens parce qu'il les haïssait, même si Azra ne comprenait pas encore pourquoi. Il cherchait le pouvoir, l'immortalité et tuait pour y parvenir. Était-ce vraiment pire que les rois ou les marchands qui condamnaient des milliers de vies au nom de 'la société' et du 'bonheur collectif', des jolies noms qui dissimulaient juste une fortune personnelle inutile ? Ces gens ne se battaient pour rien, juste quelques poignées de pièces de monnaies. Chandakar, au moins, cherchait à atteindre quelque chose. Il comprenait le monde et s'y accrochait.
Il voulait devenir un dieu.

Quel noble idéal ! Fut-ce un dieu du mal !

Au moins, il tuait pour progresser, et sans doute parce qu'il était fou. Pas parce qu'il était stupide et aveugle de ce qui se passe dans le monde.
Bercé par ces pensées sinistres, Azra se laissa glisser dans le sommeil et ne fut réveillé que par l'arrivée d'un repas, un infâme brouet qui ressemblait à de la vase avec des grumeaux. Comme il avait été pris par surprise, il n'eut même pas le temps d'interpeler le garde qui avait apporté le plat pour demander combien de temps il allait passer ici. En fait, il ne l'avait même pas vu.

Il jeta un regard à l'infâme nourriture et la jeta par terre, dégouté.

(Tu regretteras ça.) lui signala Chandakar.

(J'ai l'habitude d'avoir faim.)

Il s'adossa au mur et bascula la tête en arrière.

(Je suis toujours un humain. Au moins, ça, ils ne me le retireront pas.)

(Allons, tu as mangé des vers de terre pendant tes voyages !)

(Oui. Mais c'était mes vers de terres. Je n'avais rien d'autre, alors je les ai mangé. Mais eux, ils me servent leur nourriture pour chien ? Peuh ! Je mourrais plutôt que de m'abaisser comme ça devant eux !)

Il resta donc assis là. C'est vrai que ces derniers jours, il avait prit l'habitude d'un certain luxe, et son ventre commençait déjà à gargouiller, mais il savait que ça ne durerait qu'un temps. Bientôt, il aurait épouvantablement mal au ventre, puis ça passerait. Il s'affaiblirait peu à peu et, peut-être, il aurait la joie de mourir avant l'exécution publique qui lui était certainement réservée.

Le temps passa donc encore. Le soir tomba et le pic de la faim était passé comme dans un rêve, ou un cauchemar. Azra s'était recroquevillé par terre et ne bougeait plus depuis. À quoi bon ? Il n'avait nul part où aller. Il avait cherché comment s'en sortir et son défaitisme s'en était vu confirmé : il n'y avait rien à faire. Ses pouvoirs ne lui permettaient pas d'y échapper. Et même s'il y arrivait, comment sortir d'un bâtiment rempli de garde ? Il pourrait préciser qu'il avait aidé la ville, mais il n'y avait personne à appeler. Il ne pouvait qu'espérer que le gradé qu'il avait rencontré la veille soit mis au courant et décide d'intervenir pour le sortir de là.

Dans un état de semi conscience il sombra peu à peu vers un sommeil étrange.

Il se trouvait dans un lieu de ténèbres. Des flammes rouges s'élevaient ça et là sans parvenir à éclairer quoique ce soit. Puis, elles disparurent pour laisser place à une terre dévastée, grisâtre, dénudée à l'exception de quelques arbres dont les branches noires étaient des griffes tordues tentant de déchirer le ciel dans une rage aveugle.
Au milieu de tout cela, une paire d'ailes noires envahirent le ciel, une forme noire au bec sombre. Sans émotion. Trois yeux. L'image de la mort. Un corbeau de Phaïtos.

L'animal se posa devant lui. Il se mit à donner des coups de bec par terre, et Azra réalisait qu'il dessinait des signes. Le dessin grandit, grandit... série de cercles concentriques, d'arabesques et de symboles cabalistiques. Bientôt, Azra dut reculer, mais le dessin grandissait de plus en plus vite et il bascula en arrière pour être submergé par le diagramme. Il tomba et il emporta dans les ténèbres une dernière vision du troisième œil du corbeau qui le fixait.
Il ferma les yeux et, lorsqu'il les ouvrit, il était de retour dans la plaine. Le corbeau avait disparu mais le sol était entièrement recouvert d'un formidable schéma d'une complexité extrême. Un homme maigre et aux cheveux noirs semblait l'étudier pensivement.

« Chandakar ? »

L'homme se tourna vers lui. L'air un peu perdu.

« Je m'appelle Chanda... Nous nous ressemblons. »

Avec une boule de terreur dans la gorge, le garçon hocha la tête.

« J'y ai veillé... le pouvoir créateur... »

« Que... que voulez-vous dire ? »

Mais l'homme au cheveux noir ne l'écoutait pas. C'est vrai qu'il lui ressemblait beaucoup. Le même visage osseux, les même cheveux noirs graisseux... et une détresse infini dans les yeux.

« Sais-tu ce que c'est qu'une blessure de l'âme ? »

Azra fronça les sourcils à cette étrange question :

« Non. »


« C'est le fléau des génies du mal. De ceux qui sont intelligents et maléfiques. C'est lorsque quelqu'un de mauvais qui pensait être enfin débarrassé de toute humanité, alors qu'il vient d'accomplir quelque chose de particulièrement terrible, comprend que son humanité, son sens moral, étaient là, à l'affut. Ils lui tombent dessus et commencent à le ronger de l'intérieur. Et il souffre, et il devient de plus en plus mauvais. Et plus il est mauvais plus il souffre, jusqu'à ce que ce cycle cruel l'entraine dans une spirale de folie qui ne s'arrête qu'une fois arrivé au néant. »

Azra voulut dire quelque chose mais il ne savait pas quoi. Des larmes emplirent les yeux de l'homme et il pointa un doigt furieux :

« Comment ? Comment as-tu pu faire quelque chose d'aussi monstrueux ? Le monde entier paye le prix de ta faute ! Et tout ça pour quoi ? Pour rien !!! »

Le jeune homme hurla, terrassé par une souffrance indicible. Il avait vraiment fait quelque chose d'horrible. Il ne se souvenait même plus de ce que c'était mais il savait que c'était pire que tout. Que jamais il ne pourrait défaire ce crime.
Il tenta de se déchirer le visage de ses ongles mais l'ombre des ailes du corbeaux passa sur lui et son esprit se délivra légèrement. Il y eut un hurlement. L'homme lui lança un regard désespéré et tendit une main pour appeler au secours.
Azra aurait voulu l'aider mais il n'arrivait pas à bouger. L'homme fut dévoré par des flammes vertes et pendant un instant, le crâne de Chandakar flamboya, hurlant de douleur et de rage, et Azra hurlait avec lui...

… avant de se réveiller.

Un espoir

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Dernière édition par Azra le Ven 26 Oct 2012 14:02, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Sam 20 Oct 2012 16:38 
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Il se redressa péniblement, épuisé, et attendit. Il ne voulait plus penser. Juste à sa mort imminente.

(Phaïtos, je vous ai apporté quelques âmes, parfois contre mon gré, il est vrai... j'espère que vous serez clément avec moi.)

Puis, il entendit un bruit. Il crut un instant que le dieu corbeau lui ouvrait ses portes, avant de réaliser qu'il s'agissait en fait d'une grille de la prison qui grinçait. Sans doute venait-on le chercher.

Il se reprit et se prépara à couvrir d'insultes les gens venus le trainer vers la potence. S'il pouvait, il en tuerait quelques uns une fois dehors, sinon, ils entendraient au moins le plus grand catalogue d'insultes de leur vie !

Mais voilà qu'à sa grande surprise, c'était une femme assez richement vêtue qui se présentait. Elle avait un port altier et une telle présence que c'était à peine si le jeune homme fit attention au laquai qui ouvrait la porte de sa cellule.
La femme, vêtue d'une robe blanche et or, entra dans la résidence involontaire d'Azra et il comprit qu'il devait s'agir de quelque noble venu le condamner officiellement. Et bien cette précieuse allait découvrir ce qu'étaient les grossièretés qui avaient cours dans les rues de sa ville !

« Tu es Azra ? »

« Aller vous faire... !!! Euh, oui. »

« Je suis venu pour t'aider à sortir d'ici. »

« Espèce de sale... !!! quoi ?! »

Il la regarda comme une folle, ce qu'elle était manifestement. Comme toute noble digne de ce nom, elle devrait le mépriser pour qu'il puisse en retour la haïr. C'est comme ça que fonctionne le monde. Pourquoi faisait-elle ça ? Pour le torturer en lui faisant croire qu'il y avaient encore un espoir ?

« Je me présente, je suis la juge Saferine.... »

Elle remarqua la gamelle renversé par terre et une autre, apparue entre temps sans même qu'il s'en rende compte.

« Tu n'as pas mangé ? »

« J'en veux pas de votre bouffe ! Qu'est-ce que vous me voulez ? »

Elle eut l'air inquiète. Elle eut l'air réellement inquiète.

« Je vais t'aider à sortir, et tu auras quelque chose de plus ragoutant à manger. »

Il faillit crier qu'il ne comptait pas leur mendier de la nourriture mais se reprit. Il semblait qu'il ai peut-être un espoir de s'échapper, il fallait mieux ne pas le laisser passer. Elle commença donc à s'expliquer :

« Le roi Solennel est d'avis que la justice devrait jouer un rôle de rééducation plutôt que de punitition, et qu'il est injuste d'enfermer des enfants des rues sans leur avoir donné une chance. Il est très attentif à... »

Azra, qui était très peu réceptifs aux discours autres que les siens, la coupa :

« Et donc, comment je peux sortir ? »

« C'est simple, il existe énormément de familles qui n'ont jamais eu d'enfant ou dont les enfants sont partis. Beaucoup de couples, plus ou moins âgés, à Kendra Kâr, rêveraient de retrouver la joie d'avoir un gentil garçon comme toi dans leur foyer. »

Azra était bouche béé. Impossible de dire si c'était le 'gentil garçon comme toi', où les implications sous-entendu par ce discours. Il sentait une tempête d'émotions contradictoires déferler sous son crâne tandis que la juge confirmait ses soupçons :

« Je suis ici pour te donner une nouvelle vie, une nouvelle famille. Si tu acceptes... »

Silence. Que répondre à ça ? La première réponse qui lui venait à l'esprit était 'Allez vous faire cuire un œuf', réponse ordinaire comme il avait envie d'en faire à tout le monde tous les jours. Il voulait être libre ! Pas avoir des parasi... des parents sur le dos !
Mais en y réfléchissant bien, n'était-ce pas un moyen de sortir de ce cauchemar ? Il aurait une situation et, peut-être, un moyen d'étudier la magie.
De toute façon, en définitive, la question ne se posait pas vraiment.

« Soit j'accepte, soit je reste en prison ? »

« Oui, mais moi ou mes assistants viendront vérifier que tu te conduis bien. Si non, alors tu retourneras aussitôt en prison. Comprend bien que tu auras aussi des engagements à prendre. »

(Les engagements, ça se rompe. Après tout, les lois ne servent qu'à donner aux puissants quelque chose à contourner.) précisa Chandakar.

Azra ne répondit pas, il n'avait pas besoin de s'entendre redire ce qu'il savait déjà.

« Je... j'ai un peu de mal à imaginer mais... je pense que je vais tenter. »

« C'est normal. Allons, viens, tout est déjà prêt. Je vais te donner quelque chose à manger avant. »

« Et mes affaires ? Je veux récupérer mes affaires ! »

« Allons, tu as toujours ce gant et cet affreux bracelet que nous n'avons pas réussi à t'enlever... »

« Je veux mes affaires ! Elle sont à moi ! »

Elle leva les mains en signe d'apaisement et le fit sortir de la cellule, le conduisant dans un méandre de couloirs sinistres dont le jeune homme aurait-été incapable de se sortir sans plan. Ils arrivèrent finalement à un genre de poste de garde où on lui donna du pain et tout les objets qui lui avaient appartenu. Comme il était sur le point de défaillir, il ne fit pas sa tête de mule et mangea à petites bouchés (quand on crève de faim, c'est dur de se remettre à manger).

Puis, il récupéra sa propriété et suivit la juge d'un air conquérant, décidé à masquer le fait qu'il était mort de trouille. Des parents ! Qui était le sombre abruti d'attardé qui avait inventé des trucs aussi débile ? Sûrement Zewen. Le salaud !
Il posa une question, juste pour meubler son angoisse :

« Au fait, pourquoi m'avez-vous choisi ? »

« L'un des chefs de la milice a parlé de toi en bien. Je me suis dit que tu serais un bon début pour l'expérience. Nous te suivrons attentivement. »

Ainsi donc, son nom avait circulé un minimum dans les hautes sphères ? Il avait de la peine à y croire, peut-être finalement pouvait-il y avoir, parfois sur un malentendu et de façon complètement involontaire, quelque chose de positif dans la société.

Ils sortirent finalement de la prison sous un soleil qui ébloui le garçon.

Vers une nouvelle vie

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Dim 28 Oct 2012 22:13 
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C'est pas la première fois que je suis là, quand même !

Son regard espiègle lui fait un peu peur. Qu'est-ce qu'elle est en train de planifier, justement ? En fait, Ari va bientôt le découvrir. Soudainement sans prévenir la petite fille lance un cri qui lui fait glacer le sang. Comment une petite fille d'une taille si petite peut-elle produire un son si effrayant il ne veut pas le savoir, et il n'a pas le temps d'y réfléchir, parce-qu'en plus de lancer le cri terrifiant elle s'accroupit et se lance sur lui.

Ari n'a jamais su se battre et la gavroche l'a pris complètement par surprise. Il tombe en arrière sur le foin humide. Sans le laisser retrouver son souffle le petit ouragan est au-dessus de lui, le maintenant en place avec son poids et utilisant les deux mains pour le rouer de coups. Ari crie, la gavroche crie aussi et bientôt un garde entre aussi criant et essaye de les séparer.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Jeu 1 Nov 2012 22:41 
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Tout d'un coup la fille se lance à nouveau, cette fois sur le garde ou, plus exactement, sur ses jambes. Le garde, autant pris par surprise qu'Ari l'a été, perd l'équilibre et tombe en arrière.

Vite, allons-y !

Elle saisit le petit gobelin par le collier et le pousse vers la porte ouverte. Puis elle donne au garde un coup de pied et ramasse prestement des clés de la cellule. Avant qu'Ari ne se rende compte, il se trouve en dehors du cellule avec une expression de surprise sur son visage et une douleur pulsante au ventre où il a été frappé par cette petite folle. Elle ferme brusquement la porte et la verrouille avec la clé.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Dim 4 Nov 2012 22:33 
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Mais qu'est-ce que t'attends, toi ? Fais bouger tes jambes vertes, p'tit bonhomme ! On est pas encore sortis de la soupe ! Viens !

La fille commence à courir, suivie par le petit gobelin et les cris du garde enfermé.

Rattrapez-les ! Les prisonnières s'enfuient !

Ari s'inquiète : tous les gardes du cachot viendront pour les rattraper. S'enfuir dans des telles conditions lui parait pour le moins difficile. Perdu dans ses pensées sombres il ne remarque pas que la fille s'est déjà arrêtée et la heurte brusquement. La gavroche lui lance un regard agacé et continue. Elle s'est arrêtée devant une autre cellule, tout près de celle qu'ils ont quittée. Elle ouvre la porte avec la clé du garde et entre en faisant signe pour qu'Ari la suive.

Mais qu'est-ce que tu …

La fille l'interrompt avec un chuchotement.

Mais tais-toi et viens par là ! Ils vont bientôt arriver ! Ou si tu préfères, fiches le camp et laisse-moi, mais restes pas là, compris ?

Ari obéit et entre la cellule. La fille ferme la porte après lui et se cache contre le mur, en faisant signe pour que le gobelin fasse la même chose.

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Dernière édition par Ari le Ven 9 Nov 2012 21:55, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Mer 7 Nov 2012 22:35 
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Après quelques secondes le couloir est rempli de gardes. Une belle demi-douzaine s'y engouffrent et, après avoir libéré la malchanceuse victime dans la cellule, commencent à perquisitionner les couloirs labyrinthiques. La taille des cachots fait qu'ils se dispersent assez rapidement.

Ses poumons prêt à exploser font réaliser à Ari qu'il retient son souffle depuis un petit moment. Il exhale, un peut trop bruyamment, mais il n'y a plus personne pour l'entendre sauf pour la fille à ses côtés. Il remplit ses poumons avec l'air humide et moisi. Il jette un coup d'œil sur sa nouvelle amie. Elle se presse contre le mur, écoutant avec une expression de concentration sur son petit visage. Encore quelques secondes passent en silence tendu, puis elle semble se relâcher un peu. Ari ose le parole.

Euh … et maintenant ?

Maintenant on attends qu'ils se calment un peu et qu'ils croient que nous soyons déjà partis.

Encore quelques secondes silencieux. La fille se tourne vers lui.

Bon, alors … comment tu t'appelles, en fait ?

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Dim 11 Nov 2012 21:29 
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Ari se présente et la fille s'introduit comme Toumou. Ils se causent quelques minutes en chuchotant dans la cellule sombre. Quand Toumou pense que le temps est arrivé, elle lui dit de se préparer.

On commence tout en catimini, mais il va vite falloir courir comme des porcs enflammés. Tu te débrouilleras ?

T'en fais pas pour moi. Allons-y.

Deux petits ombres se meuvent en silence dans les couloirs labyrinthiques. Il n'y a pas beaucoup de prisonniers dans cette section et il s'approchent à toute vitesse à la sortie. Ari n'a pas la moindre idée quelle est la bonne direction, mais Toumou n'hésite pas une moment.

Tout semble aller bien quand Toumou s'arrête subitement en train de tourner au coin du couloir. C'est la seconde fois cette nuit qu'Ari percute sa nouvelle amie. Mais cette fois elle ne semble pas si embêtée. Elle chuchote à voix basse au gobelin :

Y a un cafard !

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Mar 30 Juil 2013 00:14 
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Un tintement métallique vint troubler la profonde léthargie dans laquelle était plongée le prisonnier, le bruit clair et perçant d'une gamelle que l'on jetait à terre avec tout le mépris du monde. Mais quelque chose n'allait pas, un petit détail qui clochait dans la mise en scène quotidienne du dîner, et c'est ce détail anodin qui poussa Merwen à fébrilement ouvrir les yeux : il n'entendait pas les bottes du garde qui, d'ordinaire, semblait se plaire à les faire claquer tels des sabots, tous les jours de tous les mois aux mêmes heures, comme s'il prenait un plaisir sadique jusque dans sa démarche. Tous ces sons s'étaient transformés en affreuses dissonances dans le cerveau du prisonnier, la gamelle, les bottes, les crissements des grilles, souvent vides. Tout le monde ici semblait s'être mis en scène une étrange pièce dans laquelle chacun devait innover pour rendre Merwen fou, et pourtant il restait là, couvert de haillons -étant donné que le tabard d'Oaxaca n'était pas très bien passé- sagement allongé en attendant que le temps passe, plongé dans un sommeil presque ininterrompu.

Doucement, il ouvrit un oeil, n'entrevoyant que quelques silhouettes floues sur le sol, dans la pâle lumière d'une torche qui illuminait la pièce découpée des ombres de barreaux, dont la flamme oscillante faisait danser ce sombre ballet sur toutes les surfaces. Doucement, il ouvrit son deuxième oeil, le visage aplati sur le sol dur et froid de sa cellule obscure. Il ne savait finalement même pas si c'était la nuit ou simplement la profondeur qui le plongeait dans une telle pénombre, et de toute façon tout ce temps passé, privé de la lumière du jour l'aurait sûrement rendu myope comme une taupe. Mais devant un paysage aussi homogène, il ne pouvait pas vraiment s'amuser à distinguer de nombreuses formes. En tout cas, il ne pouvait certainement pas regarder en direction de la lumière qui le faisait souffrir atrocement, il ne bougeait pas d'un pouce, ses yeux las fixant le sol avec dépit.

Avec beaucoup d'efforts, il parvint à traîner sa carcasse puante près des barreaux et même atteindre la gamelle : étrangement, le repas était fourni, aujourd'hui c'était du pain chaud et une galette d'avoine. L'eau était entreposée plus loin dans une jarre envahie depuis longtemps par la mousse, et Merwen redoutait chaque gorgée qui le clouait généralement au sol avec un ventre aussi douloureux que s'il allait exploser de l'intérieur, mais au moins, il ne mourrait pas de soif. Avoir un repas si "copieux" ne fit qu'augmenter la méfiance de l'arbalétrier : le garde était sans doute encore là, en train de le fixer, mais les ombres qui léchaient le sol étaient inhabituelles, il devait y avoir au moins deux personnes en face de lui, et lui ne les regardait même pas. Il allait simplement manger sa part et repartir dormir, en attendant que quelque chose de bon pour lui n'arrive, et encore, un ancien prisonnier avait creusé pour lui des latrines, ou bien peut-être espérait-il un tunnel, mais au moins, il vivait dans une cellule relativement "confortable", en comparant aux autres, et surtout, il était seul.

Le pain fut dévoré en un instant, Merwen se délectant de cette odeur tout droit sortie de ses souvenirs d'enfants, le bon pain chaud tout juste sorti du four qu'il était toujours parmis les premiers à acheter. Comme un enfant, il mâchait pendant de longs moments pour réduire en délicieuse bouillie et pouvoir prolonger son plaisir, mais son appétit l'emporta et ce fut en seulement trois bouchées qu'il finit par disparaître dans son estomac tant malmené. De toute évidence, on ne faisait pas de cadeaux au prisonnier, cette nourriture était là pour une bonne raison, et on voulait forcément quelque chose de lui. Après tout, il avait été "libéré" du joug d'Oaxaca, mais il ne s'imaginait pas vraiment être encore moins bien traité dans le camp des "gentils".

Alors qu'il essuyait les miettes de pain de sa barbe et qu'il s'apprêtait à achever son repas, une main vint s'emparer de la gamelle pour la faire repasser de l'autre côté, le privant de la moitié de sa nourriture...


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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Mer 6 Nov 2013 17:51 
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<précédemment>

La caserne Nord de la milice était un grand bâtiment plutôt austère, aux façades rouge carmin. L’ombre de la tour principale se projetait sur une vaste cour habituellement remplie de militaires et d’aventuriers en quête de gloire et d’or, sans compter les va et viens des malfrats qui se faisaient alpagués dans la cité.

Les derniers de la journée avaient été regroupés dans un coin de la place afin de statuer sur leur sort. Ils étaient au nombre de cinq : un barbare saoul comme une barrique, une femme tout de cuir vêtue aux yeux félin, un mendiant dégageant une forte odeur nauséabonde et les deux pugilistes du jour : le bûcheron et le forgeron.

Ce n’était pas la première fois que Brookr se faisait arrêté pour comportement inapproprié. En bon nain qu’il était, il avait un caractère bien trempé et ne se laissait pas facilement intimidé. Néanmoins, ce genre d’agissement t ne lui avait jamais porté préjudice à Shory car tout le monde savait qu’il avait le levé de coude facile et qu’il était, au fond, un brave gars.

Une fois les prisonniers dépouillés de leurs affaires et équipements, ils se dirigèrent vers le sous-sol de l’immeuble, au niveau des cachots. Certains protestèrent de leur innocence, d’autres (le barbare) beuglèrent des injures.

La cave était humide et froide. Seules quelques torches en éclairaient ses couloirs, laissant peu le loisir d’apprécier les lieux. Après quelques minutes, les yeux du guerrier s’habituèrent à l’obscurité de l’endroit : ils débouchèrent sur une pièce au centre de laquelle trônait une table et deux bancs en bois massif sur lesquels quatre gardes armés jouaient aux cartes. Au fond, une large porte aux solides ferronneries trônait : elle ouvrait sur un tunnel dentelé de toiles d’araignées qui desservait les différentes geôles.

Un panaché de sons provenaient de chacune d’entre elles : plaintes, angoisses, insultes, regrets. La femme tenta de jouer de son charme pour éviter la punition qui lui pendait au nez

« Messieurs, cet endroit ne peut convenir sans que ma personne ne soit en danger. Auriez-vous un lieu mieux disposé pour une dame de mon rang ? »

Son visage n’était que douceur et tendresse.

« Pas de privilège pour les assassins de ton espèce. Mais je suis disposé à ne pas t’enfermer avec des hommes. »

Le milicien fit tourner sa clé dans la porte et l’invita sans ménagement à passer les barreaux. Il referma laissant derrière lui une furie pleine d’arrogance.
Le reste de l’équipage fut réparti par binôme dans les autres mitards, le nain se retrouvant (naturellement) avec l’ivrogne.

« Une nuit de dégrisement. On statuera sur votre cas demain. Pas de chahut sinon dix coups de fouets »

Les insultes du barbare se firent plus fortes, mêlées à celles des autres détenus. Elles ne cessèrent que bien après le départ du sergent. Un fois calmé, l’humain s’avachit à terre, sur le tas de paille disponible, pour laisser place à un concert de ronflerie et de flatulence.

(Par ma barbe, la nuit risque d’être longue)

Brokkr observa la pièce dans laquelle il était retenu : haut de six pieds, larges de six pieds et de quinze pieds de longueur, à peine suffisant pour qu’un humain puisse se tenir debout et adéquat pour accueillir plusieurs criminels si besoin. Elle était voûtée; un soupirail à barreaux, donnant sur une cour déserte, l'éclairait de haut et mal. L’air y était malsain et malodorant.

Le forgeron lissa sa longue barbe noire et tripota, un par un, les différents ornements taillés dans la roche, le fer et l’or. Chacun de ces joyeux avaient été façonnés par sa main dans son atelier, à la lueur éclatante de son fourneau. Il se remémora ses années heureuses à travailler son art, dans la chaleur étouffante et le confort de sa forge.

«
Cherche le cœur de la montagne.
Amène-le, le dernier jour de la troisième lune.
Allume le fourneau à minuit.
Quand le métal rougit,
Martèle-le avant l'aube.
Sept fois plie-le sur lui-même
… » *


L’obscurité finit par envahir le couloir central. Des cris retentissaient à nouveau rendant le sommeil peu probable. Apparemment, son voisin ne partageait pas cet avis car les ronflements persistaient.
Le paysan profita de l’heure tardive pour menacer le Thorkin si réparation n’était pas faite. Sauf retournement de situation, ce sera Brokkr qui sera désigné comme fautif étant donné qu’il avait tué un animal, certes malade, mais encore sur pied à leur rencontre.
Finalement, ce qui inquiétait le nain était plus le montant qu’il devrait débourser pour s’acquitter de sa dette que la situation dans laquelle il s’était fourré.


*Rituel Nain de la forge

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"Place ta confiance dans le fer et la pierre car ils ont toujours été les meilleurs amis des nains"
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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Ven 27 Nov 2015 10:50 
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Ploc.

Cent-vingt six.

Ploc.

Cent-vingt sept.

Ploc.

Cent-vingt huit.

J'ai connu activité plus palpitante que de compter les gouttes de pluie qui s'infiltrent dans une vieille cellule puant la pisse et le vomi – certainement l'héritage du dernier ivrogne qui n'est resté ici que le temps d'une décuvée – mais on ne peut pas dire que ma situation actuelle m'offre un éventail particulièrement impressionnant de possibilités. Et à défaut d'être intéressant, cela m'empêche de réfléchir. De réfléchir à ce qu'il s'est passé, de réfléchir à l'avenir. Je me demande si quelqu'un de normal devrait être plus préoccupé par la peur de l'imminence de la corde qui le verra pendre à quelques centimètres du sol ou par le désir de vengeance. Personnellement, je n'ai aucune idée de ce qui me préoccupe le plus. Rien, je dirais. Pour le moment, en tout cas. Je suis pris d'une telle absence de sentiment que j'en viens même à ressentir de l'ennui. Dans des circonstances pareilles, c'est quand même risible.

Ploc.

Cent-trente. Ou cent-vingt neuf ? Je pousse un léger soupir d'agacement. J'ai perdu le fil.

Ploc.

Un, donc.

Le soleil se couche. C'est la deuxième fois depuis que je suis dans ce cachot. Je me demande dans combien de temps je serais exécuté. La plupart des cellules sont vides, ils ne doivent pas avoir une envie particulière de se débarrasser de moi dans les plus brefs délais. Des cellules vides ça rend les gardes oisifs, après tout. Après ils s'emmerdent, ils bouffent et ils prennent trois livres par semaine. Là, au moins, ils peuvent faire semblant de s'occuper, organiser des tours de garde, faire des rondes, venir nous narguer, criminels que nous sommes, et nous informer de l'avancée de notre peine. « Encore cinq jours, connard, et c'est non négociable, alors ferm' ta gueule ou j'te fous un baquet d'eau froide dans la gueule », « J'ai une surprise pour toi, on t'a gagné trois jours supplémentaires pour refus d'obtempérer », « Y paraît q'ton truc c'est l'viol ? Le prochain garzok qu'on attrape on te l'met dans ta cellule, on verra si tu l'trouves mignon ».

Il faut admettre qu'ils ont de l'imagination quand il s'agit d'asseoir leur autorité sur une bande d'ivrognes et de petits criminels de bas étage. En cela, je suis leur préféré. « Y paraît q't'aimes te faire enculer ? J'vais essayer d'te trouver un joli bâton à t'coller dans l'derrière pour la pendaison, tu s'ras une vraie p'tite princesse ». J'ai mis un certain temps à la comprendre, celle-ci. Finalement c'est un gradé qui a éclairé ma lanterne en me lisant le ''journal intime d'Alaric''. Selon ce torchon nous étions amants, et la veille de sa mort il aurait écrit qu'il allait tout raconter à Amaranthe et mettre fin à notre liaison. C'est pour ça qu'ils me croient coupables. Ils disent que ça aurait mal tourné et que, de colère, je les aurais tué tous les deux avant de m'enfuir dans la forêt. Je lui ai bien sûr demandé pourquoi je serais revenu sur les lieux du crime un jour après le massacre, mais tout ce qu'il a fait c'est me renvoyer la question. C'est rarement très malin, un soldat.

Un bruit de porte se fait entendre vers ma droite, hors de mon champs de vision. C'est celle qui mène au rez-de-chaussée, vers la milice. Entrent deux soldats et un grand homme, je dirais kendran – mais la vision n'est pas ce que l'on pourrait qualifier d'optimale par ici – braillant des jurons et se débattant farouchement. Les miliciens le jettent dans la cellule face à la mienne et s'en vont sans un mot, laissant l'humain et ses cris de haine derrière eux.

« JE SUIS INNOCENT ! » hurle-t-il.

Une fois. Deux fois. Trois fois. On va finir par comprendre. Les gardes viennent le rosser quelques fois mais rien n'y fait, aussitôt sont-ils partis qu'il recommence ses protestations.

« Moi aussi, mais j'en profite pas pour empêcher tout le monde de dormir, » fais-je d'une voix que j'aurais voulu moins désabusée.
« Mais je suis innocent ! » rétorque-t-il plus calmement en se tournant vers moi.
« S'ils avaient dû te croire ils l'auraient fait dès la première fois. Tu gaspilles ta salive et tu me donnes mal au crâne. »
« Mais ils croient que je l'ai tuée ! Je l'ai pas tuée ! »

Je sens un certain désespoir dans sa voix. Mais je ne m'émeus pas de ma situation, ce n'est pas pour m'émouvoir de la sienne.

« Bienvenue au club, » réponds-je sobrement. « Mais ça fait un jour et demi que je leur dit ça à chaque fois qu'ils me posent une question et comme tu peux le voir je suis toujours là, alors dis-toi bien que leur casser les couilles en le hurlant va pas t'amener à grand chose d'autre que quelques tabassages supplémentaires. »

L'homme ne me répond pas. Je l'aperçois qui s'adosse au mur derrière lui, adoptant plus ou moins la même posture de taulard résigné que moi. Le silence se prolonge pendant quelques minutes avant qu'il ne reprenne la parole.

« Moi c'est Lionel. »
« Un prénom noble, » fais-je, mais il balaie la remarque d'un geste méprisant de la main.
« Simplement de bâtard. »

Je ne peux m'empêcher de lâcher un léger ricanement devant l'ironie de la situation.

« Alors nous voilà deux bâtards accusés à tort de meurtre et voisins de cellule. Adelphe. »

J'ajoute un léger signe de tête à ma dernière précision. Notre situation ne nous laisse guère le loisir d'être plus polis.

« Ils vont t'exécuter, toi aussi ? » lui demande-je sans plus de cérémonie.
« Ils ont encore rien dit. Mais je pense. Ca fait quelques semaines qu'ils font pendre presque tous les meurtriers. Il paraît que le capitaine de la milice a eu des instructions de tolérance minimale. »
« Ils vont faire un lot de groupe, je suppose, » fais-je avec cynisme.

Le silence revient rapidement dans les cachots, et je n'entends plus parler de Lionel de la soirée.

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Dernière édition par Adelphe Traquelièvre le Lun 30 Nov 2015 12:13, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Ven 27 Nov 2015 10:57 
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Le réveil est toujours aussi douloureux. Il faut dire que les quelques millimètres de tissus qui nous servent de couche n'offrent pas un confort optimal. Quelque chose me dit que ce devrait être ma dernière préoccupation à l'heure actuelle, mais je suppose que le retour à la réalité ne s'est toujours pas manifesté. Je me redresse péniblement juste à temps pour voir un garde poussé une auge à l'intérieur de ma cellule. Je suis condamné à mort mais ils prennent la peine de me servir trois repas par jour, c'en serait presque drôle. Ce matin c'est une bouilli immonde avec un verre d'eau. Bon, c'est nourrissant mais on ne peut pas dire que la qualité soit au rendez-vous.

La matinée est aussi monotone que celle d'hier. Lionel ne se réveille que sur les coups de midi, quand un garde vient nous donner une nouvelle ration. Les quelques rayons de lumière qui nous parviennent me permettent de mieux le distinguer que la veille. Il est un peu plus jeune que moi, d'une trentaine à peine entamée je dirais. Les cheveux châtains aux épaules mais propres, une barbe légèrement entretenue, les yeux vifs et le teint foncé, il semble être en assez bonne forme et bénéficier d'une certaine qualité de vie malgré son statut de bâtard. Ce n'est pas rare, ceci dit, les nobles abandonnent rarement leurs rejetons, fussent-ils légitimes ou non. Je soupçonne que ça ait plus souvent à voir avec le paraître qu'avec leur bonté d'âme ; en tout cas c'était comme ça pour mon père. Il semble moins loquace qu'hier. Non pas que ça me dérange, il était bien trop bruyant. Cependant, après ce qui semble être une ou deux heures de silence, il engage la conversation.

« Qui ils croient que t'as tué ? » demande-t-il.

Je me doutais que cette question allait venir sur le tapis, aussi ne suis-je pas particulièrement étonné, mais il me semble tout de même particulièrement difficile de répondre. Comme si de le formuler moi-même allait faire tomber ce voile qui me cache la vue, me faire sortir de cette transe qui m'empêche de réfléchir, qui m'empêche de me rendre compte.

Mon silence a dû durer un certain moment, car Lionel reprend la parole.

« Moi c'est ma sœur. Demi-sœur. La fille légitime de mon père. Il est mourant, alors je peux pas vraiment leur reprocher de me croire coupable. Avec ma sœur morte je suis le seul héritier vivant, bâtard ou pas. »

Je dois avouer que ça a un certain sens. Un anoblissement, des terres, des yus et une place à la cour de Kendra Kâr, ce sont des raisons plus que suffisantes pour beaucoup de personnes. Mais quelque chose me dit qu'il ne ment pas. Peut-être que je suis simplement naïf, peut-être que j'ai envie de croire qu'il est dans la même situation que moi, toujours est-il qu'il me paraît innocent.

« Comment est-elle morte ? » lui fais-je, sans tact.
« Empoisonnée. »

Je secoue la tête, certain maintenant de mes doutes. Je ne suis pas enquêteur, mais quelqu'un de passionné comme il l'est n'aurait pas utilisé un procédé aussi sournois. Il a crié, que dis-je, hurlé son innocence pendant des minutes entières, il ne me semble pas assez maître de lui-même pour employer une méthode qui nécessite autant de patience et de préparation. Mais encore une fois, peut-être que c'est simplement ce que je souhaite.

« Ma femme, » fais-je finalement dans un souffle. « Et mon meilleur ami. »

Contrairement à ce que j'imaginais cela ne semble pas changer grand chose. La situation me paraît toujours aussi irréelle. Toujours aussi absurde. Quelque part, je crois que j'en suis déçu. Quelque part je crois que j'aimerais finalement faire tomber ce voile.

« Tu as une idée de qui l'a fait ? » me demande-t-il.
« Pas la moindre. Ca n'a aucun sens. »
« Moi je sais qui c'est. Qui a tué ma sœur, je veux dire. »

Nous y voilà. Je me demandais pourquoi il s'intéressait soudain à mon histoire, je suppose qu'il ne cherchait qu'un prétexte pour vider son sac. Je ne peux pas lui en vouloir. Et au point où j'en suis, je suppose que je n'ai pas grand chose d'autre à faire que de l'écouter.

« C'est son mari. J'en suis sûr. »
« Pourquoi la tuer maintenant ? » fais-je, sincèrement curieux.
« Je crois que c'était une erreur. Ca fait des mois qu'elle est malade, mais on ne sait pas ce qu'elle a. Les guérisseurs la guérissent, elle va mieux quelques jours, et puis elle rechute plus violemment encore. Mais ça a commencé quelques semaines après que la santé de mon père se soit dégradée. Ca me semble logique, c'est lui qui l'empoisonnait pour qu'elle meure quelques jours après mon père. Ca aurait semblé naturel vu qu'elle était malade depuis longtemps. »

Je me gratte la joue, pensif. C'est une théorie intéressante, mais quelque chose me chiffonne.

« Si ta sœur était mariée, l'héritage de ton père aurait pas dû revenir à son mari de toute façon ? Ca te retire tout mobile. »
« Il n'y a pas vraiment d'ordre d'héritage bien défini entre un bâtard et un gendre . C'est le père qui décide qui hérite, et mon père m'avait placé devant lui. »
« Du coup si tu finis au bout d'une corde je suppose que le gendre récupère l'héritage. Il me semble que ta théorie tient debout, effectivement. »
« Tu l'as dit, en plus il y avait plein de "preuves" m'accablant. Du poison dans ma chambre, ma veste dans leur salon, une lettre de ma sœur me disant qu'elle allait nous jeter hors de notre maison, ma mère et moi, dès que notre père serait mort... ça n'a aucun sens, on s'adorait, elle m'aurait jamais viré ! »

Je hoche la tête, soudain certain d'avoir eu un bon instinct le concernant. Quel genre d'assassin assez précautionneux pour user de poison laisse un parcours fléché le désignant comme tueur à la milice. Et s'il est victime d'un coup monté, le frère par alliance semble effectivement tout désigné pour l'avoir orchestré.

« Ouais, ça pue l'embrouille, » fais-je en conclusion.

Notre conversation est interrompue par l'arrivée d'un garde. Il semble accompagné, mais la seconde personne est en dehors de mon champs de vision.

« Il est dans cette cellule, » fait-il en désignant mon palais.
« Très bien, » répond une voix qui m'est familière. « Ouvrez je vous prie, j'ai besoin de m'entretenir seule à seul avec lui. »
« Mais enfin Ma Dame, je ne peux pas... » proteste le milicien, surpris.
« Vous refermerez derrière moi, tout se passera bien. »
« Mais il est là pour meurtre, c'est trop dangereux. »

Son interlocutrice semble s'impatienter, ce qui m'arrache un léger sourire.

« Je ne vous demande pas votre avis, » fait-elle sèchement. « Vous savez qui est mon mari, je crois, alors ouvrez cette foutue cellule, refermez derrière moi et laissez-nous un peu d'espace. Sinon je m'arrangerais pour que vous soyez affecté le plus loin possible de votre famille. »

De ma position je peux voir le garde afficher une mine déconfite alors que de grosses gouttes de sueur dégoulinent de son front gras. Il ne me semble pas être taillé pour une longue garnison en première ligne des duchés, et il doit arriver à la même conclusion car il s'empresse aussitôt d'ouvrir la porte de ma cellule. Il faut dire que le dilemme imposé est plutôt cruel : soit il refuse d'accéder à sa requête et se retrouve catapulté là où il ne veut clairement pas aller, soit il la laisse entrer dans la geôle d'un prétendu dangereux tueur et prend le risque, si elle finit morte, de se retrouver tout simplement sans emploi et la honte de sa profession par la même occasion. Son interlocutrice pénètre dans ma demeure et, après un bref moment d'hésitation aussitôt balayé par le regard incendiaire de ma nouvelle hôte, referme à clé avant de s'enfuir à toutes jambes.

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 Sujet du message: Re: Les cachots
MessagePosté: Ven 27 Nov 2015 11:03 
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« C'est toi qui l'a tuée ? » me fait-elle sans plus de cérémonie.

De longs cheveux bruns attachés en arrière, des lèvres pulpeuses sur un visage stricte mais fin et bien dessiné, de beaux yeux verts perçants et un corps qui ferait rougir les plus belles statues de Gaïa ; ma sœur a beau avoir quarante-cinq ans, elle est toujours aussi belle que le jour où elle m'a aidé à quitter cette cité, trente ans plus tôt.

« Bien sûr que non, » réponds-je sobrement.
« Je te crois, » rétorque-t-elle en s'asseyant près de moi. « Mais je devais être sûre. »

Je hoche la tête en signe de compréhension. Je ne saisis toujours pas bien pourquoi cette femme m'aime alors que toute son éducation a reposé sur le mépris des pauvres et des bâtards, mais s'il est bien une personne qui ne m'a jamais laissé tomber, c'est elle. Même lorsque j'ai planté un couteau dans la gorge de notre père elle a trouvé le moyen de ne pas m'en vouloir et de me fournir vivres et yus pour refaire ma vie ailleurs. Cette fois, cependant, je crains que même elle ne soit en mesure de me sortir de là. A peine ai-je formulé intérieurement cette pensée, toutefois, qu'elle me murmure le contraire.

« J'ai convaincu un sergent de mener son enquête personnelle, pour te disculper. Mais ils ont datés ton exécution à cinq jours, j'ai peur qu'il n'ait pas le temps. Je reviendrais dans trois jours, et s'il n'a rien, j'organiserais ton évasion. »
« Mon évasion ? » fais-je avec incrédulité. « Elizabeth, c'est l'endroit le plus sécurisé de Kendra Kâr après le château. »
« De toute façon tu vas pendre au bout d'une corde si on fait rien, je vois pas ce que tu risques de plus. »
« De t'impliquer, » réponds-je. « S'ils se rendent compte qu'on m'a aidé ils vont automatiquement remonter jusqu'à toi. On aura tout gagné si tu deviens ma voisine de cellule. »

Ma sœur balaie mes inquiétudes d'un signe de main.

« Je crois que tu ne te rends pas bien compte de l'influence que j'ai, Adelphe. La plupart des sergents de Kendra Kâr préféreraient se couper une jambe plutôt que de me faire passer une seule nuit dans leurs geôles. Et je ne te demande pas ton avis, à ce que je sache. Si dans trois jours tu n'as pas au minimum un report de sentence je te fais sortir de là. »

Je fais mine de réfléchir quelques instants mais je sais que rien de ce que je pourrais lui dire ne lui fera changer d'avis. Il faut dire qu'elle est tout aussi têtue que moi, ce qui n'est pas une mince affaire. M'évader, hein ? Mais est-ce que je veux seulement échapper à cette pendaison ? Qu'est-ce qui m'attend dehors, à quarante ans passé, sans femme et sans ami ? La vengeance ? Me venger de celui qui a fait tout cela ? De celui à cause de qui je suis dans cette cellule ? Si la vie ne vaut plus la peine d'être vécue j'aurais toujours l'occasion de m'en défaire une fois dehors, ceci dit. Et ça me laissera plus de temps pour réfléchir à ce que je veux faire. Pour réfléchir à une éventuelle vengeance.

« Très bien, mais prévois pour deux alors, » fais-je en esquissant un signe de tête discret vers Lionel.
« Sauf erreur de ma part il n'est pas mon frère, » répond-elle froidement.
« Moi non plus, je suis un bâtard, tu te souviens ? »
« Très drôle, » rétorque-t-elle sèchement. « Maintenant dis-moi pourquoi je devrais le faire évader lui aussi. »
« Innocent, » fais-je simplement. « Il va être exécuté pour un meurtre qu'il n'a pas commis. C'est à prendre ou à laisser, El', s'il ne vient pas avec moi je bouge pas de cette cellule. »

Ma sœur lève les yeux au ciel, agacée, avant de répondre d'un bref « très bien ». Elle ne semble pas très heureuse d'avoir à organiser la fuite d'un homme à qui elle n'a jamais parlé, mais je suppose que je ne pouvais pas me résoudre à laisser derrière un homme qui a la même histoire que moi.

« Je dois y aller, » me dit-elle finalement en se relevant.

Elle se penche ensuite pour déposer un baiser sur ma joue avant de s'approcher de la porte.

« Garde. Vous pouvez m'ouvrir. »

L'intéressé ne se fait pas prié, et en quelques secondes la voilà dehors, non sans une dernière raillerie au garde.

« Vous voyez, il est toujours là et je suis toujours vivante. »

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