J'ai peut-être un avenir dans ces contréesLe grondement des feuilles sous le vent l'apaise. Comme toujours le temps est radieux à Dahràm. Les quais sont bondés et les marchands hurlent pour appâter les clients potentiels. Le clapotis de l'eau sur les coques des navires le transporte d'allégresse. Manipuler les marchandises est une tâche difficile mais gratifiante, et ça occupe l'esprit.
Il faut dire qu'un horrible rêve le tourmente... Un voyage difficile accompagné d'un nain infect, Daemon devait découvrir l'emplacement d'un gantelet ayant appartenu à Thimoros... Mais dans une caverne sur les hautes cimes du sud son voyage onirique s'acheva en bain de sang.
Il secoue la tête pour évacuer ses pensés néfastes et se change les idées. Son regard se tourne vers l'horizon orangé. Il ferme les yeux afin de profiter de la caresse du soleil.
(Depuis quand des arbres peuplent les quais?)
Bien que trente secondes avant il n'y avait pas l'ombre d'un buisson, il découvre des arbres ponctuant le port et ses berges. Un gros chêne centenaire pousse en plein milieu du marché, d'autres dans la flotte malgré embruns et courants, l’écorce continuellement martelée par les vagues.
Sans trop se poser de question, il passe la planche reliant à la terre ferme et se noie dans la houle humaine.
« Dame Merilian, où dois-je disposer vos effets ? »
Daemon se cabre à l'évocation de ce nom, la folle de son rêve existe-t-elle ? Qui a dit ça ? Cela provient de derrière. Il se tourne sur lui-même et cherche frénétiquement du regard. Un rire moqueur s'élève, il a beau se retourner, il ne perçoit que le tumulte des quais, seulement la foule compacte et mouvante. Mais cette voix reste encore et toujours dans son dos...
L'agitation disparaît, la luminosité se tarit, la mer se vide tandis que le ciel se durcit. Il se demande quel est ce lieu, tourneboulant des yeux en girouettant dans une spirale infernale, mais tout en le sachant pertinemment, refusant simplement de l'admettre.
La caverne ! Des cadavres jonchent le sol calcaire dans des positions hasardeuses voir éparpillées, au fond, une mare écarlate s'écoule comme une baignoire renversée, le sang se répand jusqu'à ses chevilles. Son sang ! Un rire machiavélique et féminin résonne : Merilian se gausse de ses blessures et exhibe sa précieuse relique !
« Non, rendez-moi ma relique ! Saloperie de folle ! Donnez-la-moi ! Elle est à moi ! »
...
« AAHHH !! »
Daemon s'éveille en hurlant, un cauchemar, il s'agissait juste d'un cauchemar. Quoi que... Une poignée d'hommes encapuchonnés le dévisagent avec curiosité. Drapés de noir de la tête aux pieds, avec pour seul signe distinctif une arme différente au ceinturon. Ils forment vraiment une assemblée sinistre. Le jeune fanatique est en nage, réalisant que son cauchemar est sa réalité...
Les lieux sont tamisés, une splendide forêt s'offre à lui. Le sol est tapissé de feuilles mortes qui tourbillonnent emportées par les bourrasques. Le grondement des feuilles sous le vent l'apaise. Malheureusement, ses blessures ne sont pas un souvenir, il grimace au premier mouvement avant de découvrir son torse recouvert de bandages.
Les Messagers retournent bien vite à leurs occupations. Quelque chose bouge à sa droite, après vérification il découvre Korben qui lui aussi semble s'éveiller. Daemon lui sourit, rassuré de le voir sain et sauf.
« Nous avons réussi Korben. Nous sommes vivants et nous avons atteins notre but! »
S'exclame-t-il en lui tapotant l'épaule.
« Euh... » suspend Korben.
Daemon se tétanise. Son bras droit est nu, pas l'ombre d'une relique !
« Ah ! Voilà nos deux héros éveillés ! »
S'exclame Merilian sortie de nulle part en faveur des deux nabots enroulés de bandages. Elle déploie un large sourire, mais impossible d'affirmer s'il est sincère ou sarcastique... Le semi-elfe se tâte le bras avec panique, avant de protester :
« Ma relique ! Vous avez pris ma relique ! Rendez-la-moi ! »
Quand à Korben, il se contrefout totalement de l'avenir du gantelet et ses bandages semblent même lui faire plaisir. Avec un grand sourire en faveur de sa nouvelle patronne, il réclame :
« Réveillé, et assoiffé bwahaha ! »
Il faut aller s'rincer l'gosier