L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 579 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34 ... 39  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 25 Nov 2015 11:19 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(2)



Les marques de papattes sont pas toujours nettes, mais elles suffisent à guider la peau-verte. Dommage qu'elle doive juste aller peler un ours, parce que son chemin croise celui de lièvres, de faisans, et même de ces bestioles avec de petits bois sur le crâne. N'empêche, c'est bon à savoir. Y'a du gibier qui s'garde pour plus tard ! Rien qu'à y penser, son bide gargouille. Surtout qu'ils sont dodus les volatiles. Forcément, vues toutes les ronces dans le coin, c'sont pas les mûres qui manquent !

Zu'Gash s'immobilise. Y'a eu un petit bruit de flotte pas loin sur sa droite. La mare, peut-être ? Elle avance donc entre les buissons, courbée en avant, son piaf noir immobile sur son épaule. Son pif lui amène des relents humides, pile quand ces foutues plantes sont trop serrées pour y voir. Quelle idée d'pousser autant ! Les marais, y'a vraiment qu'ça d'bien, en fait.

Aroroa semble en avoir marre d'la vitesse de limace de la peau-verte, lui fout un coup de bec et se barre. Oais, elle peut s'la raconter celle-la ! Elle vole, elle ! Ca doit être foutrement pratique. La chasseresse essaie de s'imaginer ce que donnerait un garzok avec des grosses plumes collées aux bras, et les battant pour voler. Sa cervelle superpose la silhouette du guérisseur flemmard de son clan dessus. Et elle manque s'étrangler sur sa propre salive tellement ça la fait pouffer !

"P'tain ! Déjà qu'l'avait pas l'air fin !", murmure-t-elle, retenant comme elle peut son grognement porcin.

Et faut qu'elle fasse gaffe un peu, quand même. Ce s'rait con d'passer à travers les buissons et d'tomber dans la...

'Craaaac' ! 'Ziiip' ! 'Splatch' !

Putain ! Y s'passe quoi là ? C'est quand même pas elle qui... Ah ? Ben nan, elle n'a pas bougé d'sa place. Mais alors c'était quoi c'bordel ? Elle lève le pif vers son corbeau à trois yeux, perché sur une branche au-dessus de la mare. Ce serait pratique de pouvoir mater c'qui s'passe par ses yeux. La peau-verte scrute le corbac, qui lui rend un regard bizarre. Zu'Gash se sent un peu étrange, genre caboche lourde et regard flou. Elle secoue la tête. Ça passe pas. Comme quand elle se prend un coup dans la face qui manque de l'assommer. Quand elle rouvre les mirettes, elle s'pose des questions. Elle s'est endormie debout ou quoi ?

Ça doit être ça. Y'a pas d'autres raisons pour qu'elle s'voit d'au-dessus. Et d'puis quand elle a un plumage noir ? Euh... Humm... Attends voir... Comment elle a fait ? Elle est comme dans la cervelle d'Aro' ! Bizarre, il y fait plus clair qu'elle le pensait.

"Vois ! Vois !", se voit chantonner la peau-verte alors que ses oreilles lui apportent la voix de son piaf, d'au-dessus.

Ben tiens ! C'est vrai ça ! Elle a une vue plongeante sur la mare ! Oh le coup de pot ! La garzoke voit sa forme tapie juste au-dessus du gros nounours ! C'est c'con là qui s'est cassé la gueule dans la mare ! Y'a une grosse branche pétée qui flotte sur le liquide trouble, et la bestiole qui se redresse et s'secoue. Zu'Gash ne sait pas comment elle fait pour voir ça, mais faut pas chercher. Tant qu'ça lui sert, pas la peine de s'poser des questions à la con.

L'a vraiment une drôle de gueule cet ours. Plutôt marron très foncé, il a comme des cercles gris autour des yeux, une trace dorée en V autour du cou, et son poil est presque beige sur toute la moitié d'devant d'son corps. L'est con c'truc. S'tu t'roules dans d'la boue, autant l'faire complètement !

La peau-verte frissonne d'excitation. S'marrant d's'voir de dessus, ça permet d'remarquer que c'te bestiole fait bien au moins trois fois son gabarit. Ce s'ra pas possible de ram'ner ça au château. Faudra le dépecer et le préparer où il crèvera. N'empêche, z'auraient pu prév'nir qu'on pouvait pas l'rater. Bizarre qu'il ne l'ait pas encore reniflée alors qu'elle est juste là.

"At-pruuuh" !

Ah ? Les ours aussi ça prend froid ? Bah ça explique. La vache, sa morve est au moins aussi dégueulasse qu'la sienne ! Et elle flotte bien, en plus. Ça fait comme un gros ver de vase à la surface. Il doit s'rincer qu'à moitié parce qu'il est malade. P'tite nature, va ! Même boulottée par de la fièvre et pas foutue de marcher droit, elle s'tapait des kilomètres avec le clan, elle. Si même les grosses bestioles sont pas foutues d'être robustes, elle va finir par s'emmerder en leur tapant dessus...

"Flic floc"

La proie s'extirpe de la mare, ramasse un cadavre de lièvre, et commence à se barrer. Oh là ! S'il croit pouvoir lui fausser compagnie, il se fourre l'une de ses grosses griffes dans l’œil ! Pourvu qu'ça l'tue pas, ce s'rait pas drôle !

...

Quoique ?



(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Ven 6 Aoû 2021 10:54, édité 3 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Sam 28 Nov 2015 17:54 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(3)



Pas question de s'battre là où tu peux trébucher sur des ronces, et où tu peux pas faire un pas sans t'coincer dans des branchages. La peau-verte choisit donc de suivre la grosse bête enrhumée de longues minutes pour trouver un meilleur endroit. Sauf que c'con a l'air d'faire exprès d'passer par des chemins d'chevreuils et dans des coins glissants. Avant d's'en être aperçue, Zu'Gash est donc là, comme une conne, à piger ce qu'elle voit depuis son couvert. Môssieur nounours l'a conduite à sa grotte, une entrée dans de la pierre assez profonde pour qu'ses yeux rouges n'arrivent pas à voir le bout. Et bordée d'une belle clairière plus moussue qu'herbeuse.

Tout c'temps passé à crapahuter derrière c'gros popotin et pourquoi ? Pour qu'en quelques heures, elle en déniche la planque. Franchement... Quel coup d'bol ! La dernière fois qu'elle a traqué une bestiole, elle a mis deux jours avant d'comprendre que sa proie avait été bouffée par une autre dans les marais. Là, elle ne pouvait pas mieux tomber ! Quand elle aura buté l'ours, elle pourra tranquillou s'installer dans la grotte pour ne pas prendre d'la pluie sur la gueule ! En plus c'est parfait, y'a même les restes d'un feu !

"Beuh ? D'un feu ?", s'étonne la peau-verte en matant son corbac.

Ben oaip, de camp, avec des braises encore rouges. Il n'a pas été entretenu récemment, mais il crépite encore un poil. Quel aventurier peut être assez débile pour camper juste sous la truffe d'un animal pareil ? Qu'a pris froid et est pas foutu d'savoir cracher ses glaires en une fois, mais quand même ! Si ça s'trouve, c'est l'camp d'un trappeur courant après SON ours, et qu'a été trouvé par la bête avant qu'c'soit l'contraire qui s'passe.

La peau-verte sort de sa cachette et s'approche du cercle de pierres. Ah ? Bizarre ça. Y'a plein de cendres en fait, comme s'il servait depuis un moment. Combien d'crétins s'sont arrêtés ici avant d'comprendre qu'c'était une connerie ? T'm'étonnes que l'ours soit massif comme ça s'il bouffe tous les couillons d'passage. D'ailleurs...

"Il est passé où ce con ?"

"Pof... Kh... Graaaaouh !"

Soit le cadavre de lièvre tombant de la gueule de la bête entre deux beau rochers, cette grosse chose qui se redresse et... Le cri bien grave du nounours par content ! Les petits yeux la scrutent pendant qu'Aro' se fait la belle dans les airs. Zu'Gash délie son gourdin de sa ceinture, son cœur battant vivement. Putain qu'il est gros vu d'près !

Son poil se hérisse ! Ses yeux brillent ! Elle veut en découdre !

Et la bête aussi. Elle lui gueule dessus, postillonnant à tout va. La garzoke sourit, prend sa respiration et fait ce qu'elle peut pour imiter sa gueulante. Sauf qu'elle sonne comme si elle allait racler un peu loin et allait s'faire vomir. Même l'ours la mate bizarrement. C'est drôle ça. Un truc qu'elle vient d'apprendre : les ours aussi ça peut hausser un seul sourcil.

"Allez ! Amène ton fion, descente de lit ! J'ai pas qu'ça à faire ! Faut encore que j'le tanne après !"

Zu'Gash ricane, les muscles parcourus d'énergie à l'idée d'une bonne grosse bagarre bien brutale.

Et surtout mortelle !



(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 21 Jan 2016 11:20, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 8 Déc 2015 17:35 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(4)



Debout, l'ours prend les devants. Ça grogne, ça renifle, ça se morve dessus et d'un coup, sa grosse patte prend de l'élan. Gros moulinet bien lourd, qui passe complètement à côté. L'est pas qu'enrhumé, il y voit pas clair en plus ! Il recommence, se levant sur ses deux pattes pour essayer de la baffer. Zu'Gash fait un saut en arrière, évitant le coup. Et paf ! Elle sourit jusqu'aux oreilles et frappe de son gourdin pile sur la grosse papatte poilue ! Sauf que...

Ben...

Le nounours ne bronche pas. Immobile, la peau-verte fronce les sourcils et lève le pif. C'est con, il la mate comme s'il se demandait ce qu'elle vient de foutre. Merde alors ! Ça peut avoir un air encore plus crétin un ours ?

"Sbaff" !

Un son à la mesure de c'qu'elle vient d'bouffer. Plat de son autre patte dans la mâchoire, et sans retenir son coup ! Zu'Gash fait un pas en arrière. Et un autre. Et encore un jusqu'à sentir un truc contre son talon. P'tain ! L'jour qui baisse d'un coup ! Et elle a les oreilles qui sifflent. Et puis c'est quoi c'truc humide sur sa joue ? Il lui a fichu de la morve dessus en plus ? Ah ben nan, c'est coloré. La peau-verte mate la bestiole encore debout, qui lui gueule dessus. La peau-verte grogne puis mastique comme si elle bouffait un bout de barbaque durci. Ça va, elle peut encore s'servir d'sa gueule.

"Whoahé ! T'as failli m'décrocher la mâchoire, toi !", grogne-t-elle avant de sourire, et de faire davantage couler son sang au passage. "Joli coup ! P'tain, j'les sens bien les marques d'tes griffes sur...", commence-t-elle avant de devoir se jeter sur le côté quand la bête la charge.

Elle roule dans la poussière, s'appuie sur ses mains et bondit sur ses pieds. L'est pas causante la bestiole. Bah, tant pis ! Par contre, si la garzoke lui tape dessus sans que ça fasse le plus petit effet, elle est dans la merde... Si y aller en brute n'marche pas... Faut qu'elle réessaie ! Juste pour être sûre ! Et si ça foire... Ben elle recommencera quand même !

Gourdin en main, Zu'Gash étend les bras, provoquant la bestiole. Ça ne traine pas ! Nounours se redresse et marche vers elle comme un vieux boulotté par les problèmes de dos ! L'a l'air encore plus con ! Le bobo sanglant sur sa joue la pousse à rester à une certaine distance. Quand l'animal tente de la frapper, elle esquive le coup. Ou le pare comme elle le peut, mais c'est qu'ya d'gros muscles sous cette peau ! De la barbaque à plus savoir où s'la mettre ! L'orque en bave presque. Et son bide en rajoute une couche !

Après un coup de patte évité de justesse, Zu'Gash rend la politesse. Elle gifle l'ours avec son gourdin. Et méchamment ! Droit dans la gueule ! Et l'est pas ravie la bestiole ! Ça saigne un peu... Moins que la peau-verte, par contre. Et c'est quoi ce truc qui est tombé ? Une dent ? Ah oais, une dent.

"Oeil pour oeil, mon poulet ! Moais... Nan, jamais vu un piaf de c'te taille. Mais ce s'rait génial si...", se moque-t-elle en le regardant se redresser encore. "Ah oais, on caus'ra plus tard. Allez ! Amène-t..." Mais elle n'a pas le temps de finir que le gros machin se laisse tomber de tout son poids au sol.

Silence.

Qui dure...

Et continue...

Jusqu'à ce qu'Aroroa passe au-dessus d'eux en croassant, l'air de bien se foutre de leurs gueules. C'te corbac alors... N'empêche, l'ours bouge pas, fixant le sol comme un des garzok qu'avait pris un coup de trop sur le crâne. Sauf que lui, il bave pas.

"Nan mais, te fais pas d'bile ! T'es pas l'premier à flipper à cause d'un insecte !", s'esclaffe la peau-verte, tout faisant un pas de plus pour profiter d'une ouverture. C'est pas l'tout, mais faut qu'elle le bute un jour ou l'autre. La peau va pas en sauter toute seule !

Et là, y'a un truc bizarre qui s'produit. Le sol qui tremble. Un peu. Puis fort. Puis encore ! Tout autour de l'ours !

"Uwah ? Eh ! Guhh ? Gnii !", lâche la peau-verte dès qu'une secousse manque de la faire s'étaler par terre.

Bordel ! Le tremblement est si costaud qu'il lui remonte dans les gambettes ! C'est pas agréable ! Vraiment pas ! Mais comment c'est possible ? Il a fait quoi ? Elle n'a pas le temps de voir défiler une autre question qu'une dernière réplique l'envoie s'étaler au sol. Fion en premier, sur des caillasses pas sympas. Elle fronce le pif avant de le lever. Oups... Là, ça va faire mal...

"Bam !" "Scrii-tch !"

Coup d'boule du nounours. Souffle coupé. Mais pire encore ! Ses griffes s'sont plantées dans sa cape, pile entre ses jambes, et viennent d'en épingler un pan au sol ! Merdeuuuh ! Une cape moche presque neuve ! Qui la coince assise là ! Pile devant les crocs en partie pétés ! Nan mais bordel ! Pourquoi dès qu'elle s'farcit un truc en bagarre, faut qu'il cherche à lui grimper d'ssus ? Parce que là, oaip ! Encore une fois ! Môssieur l'ours la bloque en gardant sa cape sous l'pied... Ou la main... 'Fin la patte de d'vant, quoi ! Et elle doit lutter pour bloquer l'autre patte. Elle saigne déjà d'la tronche d'un côté, manquerait plus qu'elle s'fasse saloper d'l'autre ! Elle devrait s'laver ! Encore une fois ! En moins d'un mois ! La chose chiante à pas r'faire plus de deux fois l'an !

"Ek-Kshiii !"

Et en plus, il lui éternue à la gueule. Il va lui refiler sa merde à c'train-là ! Enfin, s'il n'arrive pas à lui déchiqueter la gorge avant. Parce que là, même pétés, il a l'air d'avoir les crocs !


(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 18 Fév 2016 18:54, édité 3 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 17 Déc 2015 19:44 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 16 Juin 2015 11:48
Messages: 4202
Localisation: Sur la planête Aliaénon
Ta gueule le chat !

Le soleil n'était pas encore visible à l'est, mais les premières lueurs se diluaient au-dessus de l'océan de cimes épineuses, teintant les nuages plats de couleurs rosâtres. Perché sur sa colline, le château d'Endor demeurait sombre, comme un géant de cendres au centre de la forêt. Deux petites ombres encapuchonnées s'extirpèrent de l'immensité pour traverser les décombres environnants. À l'exception de quelques gardes squelettes claudiquant çà et là, l'endroit était désert. Daemon et Asad passèrent à coté des masures délabrées servant de ferme aux Messagers, avant de s'engager sur le chemin carrossable serpentant dans le dédale de troncs.

« Je veux retrouver mon lit... »
pleurnicha Daemon en réajustant son baluchon soutenu par son épaule.

« Arrête donc de te plaindre, tu devrais être honoré de la mission que Merilian nous a confié. »

Asad était en forme mais commençait à s'agacer des jérémiades de son compagnon.

« Tu parles... Elle nous envoie courir après des canassons et faire les boutiques. Ça c'est de la mission de haute voltige ! »

« Jamais content... »

L'astre de lumière poursuivait son ascension et était à présent haut dans le ciel. Les compères avaient marché inlassablement vers l'est en direction d'Alkil, quittant les chemins afin de couper à travers les bois. Asad souhaitait rejoindre les bords du lac d'Hynim, selon lui des chevaux sauvages y auraient élu domicile.

La traversée des bois n'était pas de tout repos, surtout avec un baluchon d'un poids non négligeable sur le dos. Ils croisèrent la route de plusieurs animaux, notamment des daims, petits cervidés à la fourrure fauve ponctuée de taches blanches. N'ayant pas détecté leur présence, ils restèrent un long moment à observer les jeux incessants des animaux à travers les fourrés. Cette forêt était pleine de vie, les oiseaux chantaient, virevoltaient au vent. Les fleurs sauvages s'étendaient en de vastes tapis mauves à travers les bois.

Une gaieté tranquille émanait de ces lieux, jusqu'à ce qu'un hurlement long et lointain fasse fuir les familles de daims.

« Oh, un loup. » précisa l'homme du désert.

Mais Daemon restait songeur, ayant vécu toute son enfance dans des contrées montagneuses similaires, ce chant lui paraissait bien étranger.

« Non, ce n'est pas un loup... »


Le lac de Hynim

_________________
Image
Multi : Erastos, Meraxès
Thème : Catacombae - Mussorgsky


Dernière édition par Daemon le Dim 20 Déc 2015 21:55, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Dim 20 Déc 2015 19:14 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(5)



"Gnap !"

"Woailleuh ! Eh ! J'suis encore en vie, là ! T'pourrais attendre qu'j'claque pour m'boulotter !"

Ben oais, la grosse bête vient de s'faire une bouchée à la peau-verte comme ça ! Sans prévenir ! Enfin, elle essaie, parce que y'a que trois crocs d'plantés dans son avant-bras. Et sa gueule ouverte pue ! Bon, pas autant qu'un garzok malade qu'aurait mal bouffé en plus, mais c'pas si loin. Une bonne grosse odeur d'charogne. Merde... Ca lui donne encore plus faim... Mais plus tard. Là, y'a plus chiant ! La salive d'la bestiole lui pique les trous ! Du bras, pas du pif, hein ?

Zu'Gash lutte du gourdin pour tenir contre l'autre papatte qui a envie de lui refaire l'autre côté d'la tronche. C'est qu'c'est costaud un ours ! Surtout en rogne ! Et v'là qu'sa tête s'agite ! Il va finir par lui arracher un bout d'bras c'te con ! Ah mais nan ! Pas question ! Comment elle lui tannerait l'postérieur avec un bras en moins ?

"Lâche ! Non mais, lâche ! ", se marre la garzoke, en repensant à c'te clébard plein d'puces qui s'était mis en d'voir de lui disputer son gourdin d'os. Pauv' bête. Pas d'la faute de la peau-verte si elle a eu le réflexe de le cogner avec, quand il a lâché prise. Et puis, elle s'est fait un casse-croute sympa en même temps.

"Re-Gnap !"

"Whoailleuuuh ! Maiiiis ! T'pourrais m'laisser r'plonger dans mes souv'nirs tranquille, nan ? T'es si pressé que j'te casse l'reste d'la gueule ?", se fout-elle, amusée en se demandant comment elle va se tirer de là. C'est qu'il a une sacrée prise, et qu'elle fout toute son énergie dans son autre bras, pour retenir la grosse papatte griffue.

Et la solution lui tombe du ciel. Et c'est pas une image ! Aroroa se ramène toutes serres dehors, et se met à attaquer l’œil de la bestiole. Elle cherche à griffer, mais c'pas un aigle non plus. Et comme elle a pas l'air trop con c'te piaf, elle change d'plan. La v'là qui attaque l’œil à coup de bec. L'ours bouge la tête en la secouant, comme pour s'débarrasser d'un moustique, pis il s'met à reculer. Mais sans lâcher le bras ! La vache ! Ça pique ! Et ça fait mal en plus ! Moins qu'au premier coup par contre. Au moins, Zu'Gash peut enfin se servir d'son gourdin ! Elle arme son bras et cherche où frapper. Par-dessus ? Y'a son piaf qui gène. De l'autre côté ? Pas faisable avec son avant-bras mordu comme ça. Bon ben, reste plus qu'à cogner la gorge !

Elle n'a pas autant d'élan qu'elle le voudrait, mais la peau-verte se met à frapper le cou de l'ours. Premier coup, rien. Deuxième, non plus. Troisième presque à l'aplomb de sa gueule, là, elle a du frapper où ça fait mal. Ou alors c'est Aroroa qui a réussi à lui épiler la paupière. Bref ! L'ours la lâche et grogne, en reculant. C'est qu'le corbac en veut ! Un machin d'une trentaine de centimètres qui fait reculer un gros animal comme ça, c'est marrant !

"Allez Aro' ! Vise les yeux ! Mais bouffe pas tout, c'est un des trucs que j'préfère !", encourage Zu'Gash en se redressant.

Merde alors, elle tremble ? Ah ben oais, elle a du garder les muscles tous durs pour ne pas s'faire écraser. Ses yeux rouges matent la scène. Aroroa agite ses ailes noires en picorant encore et encore. En tous cas, avant que la bébête à quatre pattes s'rende compte que c'est qu'un piaf. La gueule sanglante s'ouvre, et fait un gros "clap" ! Pile sur l'aile du corbeau ! En fait non, sur une plume qui dépassait. Et alors là, y'a un truc bizarre qui s'passe. La plume a l'air de partir en fumée, et c'nuage noir s'accroche à la truffe de l'ours. Et ça s'met à saigner d'ses narines.

La garzoke ne pige rien à ce qui se passe, mais sa proie pousse une gueulante différente. Exactement quand tu t'prends le pif dans une branche d'arbre, parce que tu fais pas gaffe où tu vas à force de mater l'sol. Le piaf s'éloigne et claque du bec, comme si elle venait d'le décaniller à elle seule. En tous cas, entre sa morve et son saignement de nez, la bestiole n'arrive plus à respirer qu'en gardant la gueule ouverte.

La vue donne une idée à Zu-Gash, qui tend son arbalète vers la langue et... S'arrête... Une impression de déjà-vu. Ah oui, comme la dernière fois, quand elle a réalisé qu'elle n'avait plus d'arbalète. Faudrait un jour que ça lui rentre dans le crâne c't'histoire. Maintenant, elle a des bolas. Mais les loger dans la gueule de sa proie, c'est un peu du gâchis. Pis ils en ressortiraient plein d'salive ! Et que ça tousse, et que ça tousse !

"Eh ! J'essaie d'penser à une manière d'te buter. Tu pourrais la fermer deux minutes ? Déjà qu'j'aime pas m'creuser la cervelle, mais en plus si t'en rajoutes, j'arriv'rai jamais à rien.", lâche-t-elle en se frottant la tempe de son gourdin.

Mais l'autre couillon n'l'écoute même pas. Il s'met à éternuer et tousser en continu. Zu'Gash fait quelques pas de long en large, se grattant la tête, levant le pif vers Aroroa et finissant par s'aplatir le front dans la main. Deux fois. Y'a rien à faire, aucune idée ne vient. Sauf celle de Maya et de ses symboles bizarres. Comment ça se dessinerait en symboles les "kof kof" et les "snif-akshii" qu'il fait ? Mais pourquoi elle pense à ça ? Bon, assez cogité.

"S'tu veux pas y mettre du tiens, j'vais t'la boucler moi, ta grande gueule.", lance la peau-verte en attrapant ses bolas.

Elle change son gourdin de main et fait tourner son arme. Un jet plein d'adresse pour l'enrouler autour de la gueule... Qui foire ! Genre, il l'a vu venir et a bougé sur le côté. Mais pourquoi il a esquivé ? Il pourrait pas lui faciliter la tâche un peu ? Aucun sens pratique ces proies...

"'Traaap' ! 'Traaap' !", chante Aroroa en rapportant les bolas à leur proprio. C'est comme un chien un piaf qui rapporte ! Nan, mieux, parce que ça n'ira pas lui piquer la carcasse fraiche qu'elle vient de dénicher. Par contre...

"Tu m'as laissé un œil au moins ? J'arrive pas à voir sous l'sang d'sa paupière."

Silence et sur-place du corbeau à trois yeux. Elle a presque la même gueule que le guérisseur, quand un truc qu'elle venait d'dire lui paraissait con. La plupart du temps en fait. Mais c'est p't'être juste sa caboche qui lui fait une farce. D'puis quand les piafs ça peut avoir des expression sur la tronche ?

"Bon, j'ai pigé. J'lui ligote la gueule, et j'vais voir par moi-même. Mais j'te préviens, si y'en a plus, j'me garde l'autre en entier !"

Et sur ce, elle recommence à faire tourner son arme. Elle saigne de la tronche et du bras, mais elle ne s'sent pas inquiète ou bizarre. Sauf à cause des secousses. Ses genoux tremblent encore un peu. Eh ! On dirait presque qu'elle flippe ! Elle ! N'importe quoi ! Elle est plutôt excité au contraire ! C'pas tous les jours qu'elle s'en prend autant dans la gueule, surtout d'puis qu'elle s'est fait dégager du clan !

C'est pas tout ça, mais va falloir réussir à le buter. C'est qu'le jour continue d'avancer, là.

Et qu'elle a toujours faim !



(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 21 Jan 2016 11:39, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Sam 26 Déc 2015 13:27 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(6)



L'ours n'a pas l'air bien avec son pif en sang, sa gueule qui dégouline de bave rougie, et son œil à moitié fermé. Mais qu'est-ce qu'il est chiant à respirer aussi fort entre ses crocs pétés ! Ça siffle ! C'est vachement énervant ! La peau-verte n'en a que plus envie de réussir son petit jeu : enrouler ses bolas autour de sa tronche pour qu'il la boucle !

Elle fait circuler son énergie physique dans son bras valide, faisant tourner l'arme dans les airs encore une fois. Sauf que quand elle la lance, la bestiole fait encore un mouvement pour éviter d'se faire avoir. C'est pas possible d'pas être aussi con ! Et Aroroa plonge encore, ramenant les bolas entre ses pattes. Elle claque du bec en gloussant d'sa voix toute rauque.

"Moque-toi, oais. J'parie qu't'y arriv'rais pas mieux, l'piaf !", provoque Zu'Gash en tirant la langue sur le côté, tout en scrutant son oiseau.

Oiseau qui prend de l'altitude sans raison, et manque de la cogner avec l'une des boules en os !

"Bam !"

Ah ? Ah ben non, c'était pas pour rien. Elle a esquivé l'ours pas content qui leur fonçait dessus à toutes les deux. Et a renversé la garzoke au passage. Enfin, il a tenté, mais son épaule n'a fait que percuter la cuisse de la peau-verte. Ses bottes dérapent sur le sol, soulevant un petit nuage de poussière et d'mousse. Elle sautille sur un pied pour ne pas s'vautrer en lâchant des "whop ! whop !" et dans sa main tendue, Aroroa lui largue ses bolas. Un pied en l'air, langue tirée, la peau-verte balance son arme encore une fois... Et qui s'accroche sur un buisson. La corbac ne se prive pas pour se marrer. Encore. Là, elle commence à faire chier à se moquer d'elle. Si au moins le buisson gueulait "aie" ou "loupé", là y'aurait d'quoi rire !

Zu'Gash sait que môssieur le gibier poilu la mate de travers quand elle s'approche, mais elle s'en fout. C't'une question d'principes là !

"Grouuh !", lâche la bête sur un ton énervé.

La garzoke le regarde bien dans ses yeux en ramassant ses bolas toute seule, comme une grande. Et en ponctuant d'un bien senti :

"Toi, ta gueule ! Tu veux pas crever, t'attendra ton tour !"

Yeux ronds d'la bestiole alors que la peau-verte s'en éloigne. D'accord, elle est censée se le farcir cet ours, mais entendre Aro' se foutre de ses crocs pendant la chasse, c'est pas pratique pour s'concentrer ! Elle aussi voudrait s'marrer ! Mais avec sa joue qui saigne, ça pique.

"Attends un peu Aro' ! Tu vas voir si j'sais pas viser !", beugle la peau-verte en armant ses bolas et en suivant son piaf des mirettes.

L'oiseau à trois yeux fait du sur-place, claquant du bec encore une fois. Remplies d'énergie physique, les boules en os filent dans la direction de l'oiseau. Aroroa dégage du chemin, mais l'arme fait un truc bizarre. Pendant un moment, les yeux rouges de la garzoke sont certains de l'avoir vu suivre la trajectoire du piaf. Alors ça, ce serait pratique !

Croassement d'alerte d'Aroroa. L'ours est debout dans le dos de Zu'Gash, apparemment prêt à lui en mettre une. La peau-verte se retourne et bande instinctivement ses muscles. Son gourdin change de main et en appuyant de l'autre contre la garde, elle le plonge brutalement dans le buste épais de la bête. Ça cogne. Fort. Jusqu'à faire craquer sous le coup, et le gros nounours recule en poussant un grondement. Et Zu'Gash se secoue la paume qui lui fait bien mal. Elle s'est pas enfoncé le manche de son arme dans la peau, mais vu comme ça fonce déjà, elle a du s'faire mal aussi. Il tousse vachement fort, le bougre. Sa bave est plus rouge que tout à l'heure, non ? Yeux grands ouverts de Zu'Gash alors qu'elle fait quelques pas en arrière.

"Oh merde ! J't'ai pété un truc, là ? Oups... En même temps, tu l'cherches ! Faut pas s'pointer dans mon dos comme ça ! Et tu vois pas que j'suis occupée ? ", gronde Zu'Gash, comme si elle engueulait un sekteg essayant de lui piquer un reste d'barbaque collé à ses bottes. "Aro' ! Rapporte !"

"Zoouuuuh ! Pof !"

Livraison de bolas depuis les airs. La brune à tresses vise une nouvelle fois son piaf, s'amusant de voir le projectile la suivre. Et encore une fois. Et de plus en plus précisément. Mais faut que la garzoke ait envie que ça la suive, sinon c'est juste un envoi de bolas normal. Elle doit se concentrer pour que ça marche. Et avec un gros animal qui se traine vers sa grotte en gémissant, c'pas simple.

Une fois, le triplé de boules vire à gauche alors qu'elle les avait balancé tout droit. Une autre, ils font une courbe vers le haut parce qu'Aro' l'a fait aussi. C'est à croire qu'le corbeau guide l'arme d'une façon ou d'une autre. Marrant ça ! Comment elle fait ? C'est comme elle ? En se concentrant sur les bolas et en y foutant sa force ? Pas mal ! Surtout qu'à chaque fois, le corbeau lui rapporte les bolas après qu'ils s'soient cognés contre un obstacle. Zu'Gash s'amuse comme une morveuse qui vient de découvrir d'où venaient ses crottes de nez.

"À gauche ! Bwéhéhé ! Ça marche !", s'esclaffe la peau-verte, oubliant totalement l'animal griffu. Avec des côtes pétées, il ne fera pas chier pendant un moment. Et puis, Zu'Gash s'est trouvée un nouveau jeu, elle ne va pas s'arrêter maintenant !

"Toujours la forme, Aro' ?"

"Raaah !"

Elle finit par concentrer toute son énergie de combat dans son bras, curieuse de voir combien de temps les bolas peuvent suivre l'oiseau. Ça contourne un tronc. La peau-verte tourne sur elle-même, un sourire crétin sur la gueule. Et puis ça dure... Et ça dure... Et... Aroroa lui passe juste au-dessus de la tête. Oh-oh... Zu'Gash ne réfléchit pas et fait un câlin au sol !

"Sbam ! Paf Paf Paf !"

Ouh, ça sonne pas comme un arbre ça. Quand elle regarde par-dessus son épaule, la coureuse comprend que l'ours, debout devant sa grotte, n'a pas pu éviter le projectile. L'oiseau noir a guidé la munition pile dans sa tronche. Les bolas viennent de s'enrouler autour de sa gueule, et les trois boules en os viennent de lui refaire le portrait. C'est pas d'pot, y'en a une qui lui a cogné son œil déjà amoché.

"Oh ben merde alors ! Qu'est-ce qu'tu foutais là, toi ? ", commence la peau-verte en se redressant. "Euh... Attends voir...", continue-t-elle en voyant la bête cherchant à se défaire du lien. Ça se secoue, et encore et encore ! C'est qu'avec la gueule fermée, elle ne peut plus respirer. Et surtout, elle la ferme enfin avec ses putains de "ak-shii" ! "Mais ! Mais bordel ! Mais c'est exactement c'que j'voulais faire d'puis d'taleur ! Bien joué Aro' !"

"Raaah ! Raaah ! Ga-Gné !", se marre l'oiseau en se perchant sur une branche.

Les yeux rouges assistent au spectacle d'un ours se griffant la tronche en cherchant à limer la corde. Ah ça, pas question ! Ces bolas sont trop chouettes pour s'faire massacrer comme ça ! Ni une ni deux, Zu'Gash se défait de sa cape abimée et se rue vers la bête en finissant de déchirer le cuir. Dès que l'ours a posé toutes ses pattes au sol, la peau-verte fonce. L'animal n'a pas le temps de la voir venir, occupé qu'il est à n'pas s'étouffer dans sa morve rouge.

Vivement, elle le contourne, saute derrière ses épaules et se plaque dessus. Coup de tête bestial vers l'arrière qui manque de lui éclater le pif. Elle lâche son gourdin, enveloppe la tête de l'ours dans sa capuche et cherche à l'étrangler en enroulant les pans autour de sa gorge. Nounours se débat et recule comme le chat qui s'est coincé la tronche dans un pot.

"Allez ! Assez joué ! Crève en silence, j'ai encore du boulot, moi !", lâche-t-elle en se retenant comme elle le peut. Elle a le cœur qui bat vachement fort, et elle sourit à s'en rouvrir les griffures de la tronche.

C'est qu'un ours n'est pas un brok'nud ! Et sans selle pour tenir dessus, c'est pas simple ! Mais y'a pas à dire, que c'soit à dos d'gros cochon ou d'ours mal lavé, qu'est-ce qu'elle se marre ! Mais ça pique quand même.


(Après)


Tentative d'apprentissage de la CC AJ de Coureur Tir guidé : La munition est liée par le Ki au compagnon qui va guider cette dernière jusqu'à une distance de 4*[lvl de la compétence]mètres, après que le coureur des plaines ait lancé l'attaque. Le tir portera le tour d'après. La flèche suit réellement la course du compagnon qui choisit lui-même la cible. Cette CC doit obligatoirement être apprise par le coureur des plaines et le compagnon ensemble. For+0/lvl, maîtrise AJ+2/lvl.

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 21 Jan 2016 12:10, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Dim 27 Déc 2015 17:51 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 30 Juin 2015 17:16
Messages: 81
Localisation: Couvent des Soeurs du Saint Livre (Duchés)
>>L'agneau noir dans la neige

Deus ex machina


Les poils de fourrure du manteau collé sur son front humide de sueur froide la démangeait, et d'une main encore ensommeillée, elle rabattit l'étoffe sur son torse et aspira une profonde goulée d'air frais. Son corps se réveillait progressivement ; les douleurs de ses muscles aussi, raidis qu’ils étaient par l'inconfort de sa couche de misère … Alors, par automatisme plus que par envie, Haple entreprit de s'en extirper en gigotant afin de s'étirer puis faire ses ablutions matinales. Une fois sur pieds, l'enfant se dirigea vers l’orée du bois d'une démarche groggy avant de tomber son pantalon, un courant d'air froid lui mordant les cuisses, et de s'accroupir pour se soulager. Son esprit vaguant sur le versant neigeux, elle s'attendait à moitié à y trouver un loup se léchant les babines mais naturellement, il n'y avait nulle trace du carnage de son rêve. Lorsque ses yeux se furent habitués à la lumière crue réverbérée par la blancheur immaculée du paysage, un détail troublant retint cependant son attention… Provenant des hauteurs, des traces dans la neige descendaient jusqu'à la lisière de la forêt. Assurément, il s'agissait des siennes, laissées lors de son arrivée la veille… Mais quelque chose clochait. Elles semblaient étonnamment nombreuses et rapprochées... Perplexe, Haple se redressa et se rhabilla en hâte, cherchant du regard l'improbable présence d'un intrus, et avala les quelques mètres qui la séparait de ces traces intrigantes. Elle y reconnaissait bien l'empreinte de ses pieds menus, mais … elles étaient accompagnées de traces plus larges et bien plus profondes ! Ainsi que de la marque irrégulière d'un bâton de marche … Quelqu'un était donc passé par là la veille ?! Au fin fond de la montagne ?! Haple se tourna en direction de l'arbre contre lequel elle s'était abritée : il était tout bonnement impossible qu'un voyageur ne l'ait pas aperçue à cette distance. Et même couverte par son manteau, même dans la nuit, son sac de voyage aurait dû être visible. Quel genre d'humain ne portait pas secours à un voyageur égaré dans la montagne ?! La voie de Roche résonnait dans son esprit : des truands, des voleurs, des bouilleurs d'enfants… D'un geste brusque vers sa poitrine, l'enfant chercha la bourse qui pendait sous son pourpoint. Quelle chance qu'elle l'ait gardée sur elle, songea-t-elle en se dirigeant vers son sac pour vérifier si certaines de ses possessions manquaient… ! Il n'en était rien. Néanmoins, à la vue du contenu de son sac, la précarité de sa situation lui revint brusquement à l'esprit : elle ne possédait plus rien de valeur, pas même de quoi manger pour un jour de plus… Mais cette fois, le désespoir ne l'envahit pas. Car la visite nocturne de ce marcheur égoïste signifiait au moins une chose : il allait quelque part et ce quelque part serait mieux qu'ici. Alors, se répétant ce mantra intérieurement, l'elfe renfila son manteau encore humide de la nuit agitée, passa les sangles de son sac sur ses épaules meurtries et, chassant de son esprit le loup, le berger et l’agneau, se mit sur les traces descendant vers la vallée.

Portée en avant par la promesse d'un contact humain, d'un semblant de confort et accessoirement d'une chance de survie… mue par autant d'espoirs, la petite ne pouvait que projeter ses pensées vers cet avenir chantant, aussi incertain fut-il. Et, peu après s'être mise sur les traces du visiteur nocturne, ses vœux furent bientôt exaucés : au détour d'une arrête rocheuse, une nouvelle vallée s'offrit à ses yeux, la courbe sinueuse d'un chemin de pierre serpentant au gré du relief. Exultant d'une joie féroce, un sourire de triomphe aux lèvres, l'elfe se laissa alors emporter par son propre poids dans la pente, ses jambes courant d'elle-même à un rythme endiablé, jusqu'à ce que finalement ses rotules flageolantes l'avertissent qu'il était temps de se calmer… et de penser. Détaillant la route du regard avec minutie, Haple n'y découvrit avec regret aucune trace de vie, ni de voyageurs, ni de constructions humaines. Elle remarqua cependant que la route, avec ses pavés de roche granitique grossièrement taillés et les feuillets micacés détritiques jalonnant les bas-côtés, ressemblait en tout point à celle qu'elle avait brièvement traversée avec Roche, avant qu'elles ne prennent un chemin de traverse vers le col du temple de Yuia. Se pouvait-il qu'il s'agisse de la même… ? C'était probable en y songeant. Elle n'avait fait que grimper un versant pour redescendre sur l'autre. Si bien qu'elle avait dû rattraper la route qui devait nécessairement contourner le flanc de montagne pour se rendre … Où déjà ? Qu'avait donc dit la guide ? La route de Valorian ! Elle ignorait tout de la distance qui l'en séparait cela dit mais elle ne pouvait pas prendre le risque de retourner à Amaranthe car il était possible que les habitants aient eu vent de la mort de Roche et qu'ils en tiennent responsable l'étrangère qu'elle était.

D'ailleurs il était temps de mettre en pratique les conseils de la guide et de se couvrir ses oreilles pointues d'un fichu. Maintenant livré à elle-même, ces précautions lui paraissaient nettement moins paranoïaques que lorsqu'elles étaient venues de la blonde. L'enfant sorti de sa poche de manteau le carré laineux aux couleurs locales que la montagnarde lui avait remise dans sa demeure. Et alors qu'elle s'apprêtait à le nouer par-dessus ses oreilles, un bruit lui parvint. Un son de flûte ? Probablement juste un oiseau… Non ! De nouveau, le clairon d'une flûte lui parvint aux oreilles, tout juste discernable par son ouïe elfique. Alors son cœur bondit dans sa poitrine, battant le rythme pour cette mélodie inespérée. Achevant de dissimuler son origine anorfine, l'enfant se remit en marche faisant tourner ses méninges pour décider de la marche à suivre. La faim l'incitait à se jeter corps et âmes dans les bras de ce joueur de flûte invisible… mais le souvenir des avertissements virulents de Roche lui intimaient la prudence. C'est donc à pas de loup que Haple finit par approcher d'un boyau rocheux de quelques mètres de diamètre qui donnait sur ce repaire de voyageurs en tout genre indiqué par un panneau de bois usé par les intempéries, sur lequel une elfe plus assidue en cours de lettres aurait pu lire : « Grotte des affaires ».

Les envolées guillerettes du flûtiste se répercutaient en échos sur les hautes parois de pierre, se répondant comme un canon enfantin auxquelles se joignaient par intermittence les exclamations, brusques mais joviales, d'un homme qu'elle ne pouvait encore qu'entendre. A mesure qu'elle avançait, les murs se rapprochaient, la lumière du soleil s'éclipsait et sa nervosité grimpait… Lorsque finalement, dans le demi-jour du boyau rocheux, la petite distingua la silhouette d'une charrette, de toute évidence laissée ici car sa largeur ne permettait pas de pénétrer plus loin. Parvenue à sa hauteur, Haple du s'aplatir contre le mur pour se faufiler de l'autre côté, les frottements de son manteau sur la pierre éveillant la curiosité de deux chevaux de traits aux oreilles girouettes. Du haut de son mètre cinquante, la jeune Hinione se mouvait avec la précaution de celle qui redoute un brusque coup de sabots et ne se décolla de la paroi que lorsqu'elle eut dépassé les grandes bêtes d'une distance prudente. Portant son attention devant elle à nouveau, Haple comprit qu'elle touchait au but : de diffuses et larges lueurs éclairaient le passage désormais si étroit que le clair du jour ne leur parvenait plus. L'éclairage orangé vacillait légèrement, comme s'il provenait de chandeliers muraux, mais elle n’en voyait nulle trace. Il semblait émaner de la paroi elle-même… à moins que… ? Avec stupéfaction, l'enfant elfe s’aperçut que les parois rocheuses étaient en fait creusées de plusieurs cavités égrenées le long du passage et que la musique qui l'avait guidée jusqu'ici parvenait de la plus proche d'entre elles ! Elle n'en était plus qu'à quelques pas… la musique lui semblait plus claire et harmonieuse que jamais… comme une voix invitante au repos et au bien-être…
- Entlez, entlez.
L’envoûtante mélodie s'était interrompue alors que Haple était entrée dans le premier halo de lumière.
- Soyez la bienevenoue, continua un jovial inconnu.

>> Chez le luthier

_________________


Dernière édition par Haple Mitrium le Ven 1 Jan 2016 15:11, édité 4 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 30 Déc 2015 20:10 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)

(7)



En haut ! En bas ! À gauche ! À droite ! Et pis un, et deux, et trois p'tits tours !

"P'tain Aro' ! C'pas l'moment d'danser !", gueule Zu'Gash alors qu'elle tente comme elle peut de rester sur le dos de l'ours.

Il se débat l'animal. Ça siffle sous la capuche, et il se balance comme s'il avait le feu au postérieur ! Ou au moins une grosse envie d'pisser. La peau-verte resserre son étreinte. Le poil lui pique le pif. Faut pas qu'elle éternue sinon elle va s'casser la gueule. Le cuir craquèle, mais il tient bon. L'est pas con la garzoke ! Elle sait reconnaitre un bon cuir ! Et tout sourire, quoiqu'un peu crispé cette fois, elle s'agrippe à sa proie. Son bras mordu la pique pas mal, comme sa tronche, d'ailleurs.

Nounours, popotin collé contre un jeune arbre, se secoue de plus en plus fort. Et ça grogne, et ça gronde, et ça fait tout pour se débarrasser du poids vert. Gros mouvements violents. Zu'Gash se raidit. Faut pas qu'elle s'vautre ! Si elle tombe par terre, l'ours va se faire un plaisir de lui péter les entrailles à coup de pattes ! Même s'il y voit rien !

Elle sent les muscles qui jouent sous la fourrure multicolore. Pas bon ça...

"Whoa ! Whoa ! Eh ! Tu fais quoi, là !", lance la peau-verte alors que l'ours se met debout. Et qu'elle a ce putain de réflexe de s'accrocher malgré tout.

Elle a l'air bien con là, suspendue dans le dos de la bestiole, avec ses bottes qui touchent même pas le sol. Moment de flottement. Genre calme avant la tempête. Elle pige d'un coup ce qui va se passer, un peu tard, et pense que là aussi, ça va faire mal.

"Sblam !"

Effet fruit dans un pressoir ! En moins dégueulasse. C'est que c'est quand même résistant une garzoke ! N'empêche, elle en mène pas large après ce coup-là. Il a de la force l'animal. Autre mouvement du nounours. Faut croire qu'il essaie vraiment de la coller dans l'arbre comme un moustique dans d'la sève ! Deux coups, trois coups. Et encore un qui lui vrille le crâne. P'tain, les oreilles en pointe sifflent de plus en plus fort. Sa propre respiration est coupée par les impacts. Son dos lui fait mal. Genre vraiment. Et les os de l'ours lui percutent la poitrine. À croire qu'il veut aussi lui péter des côtes. Et il risque d'y arriver ce con ! Les yeux rouges voient un peu flous. Son coeur bat de traviole. Même elle pige que si elle reste là sans réagir, elle ne sera plus en état de lui tanner le cuir.

L'animal arrête de faire entendre sa respiration qui siffle. Pareil que lorsque tu vas foutre une grosse mandale à quelqu'un. Genre tu r'tiens ton souffle. Ben là, il fait la même. Ou alors il n'arrive enfin plus à respirer. Zu'Gash attend et au moment où il abat tout son poids contre l'arbre, elle lâche les morceaux de cape et roule en boule le plus loin possible.

"Bam ! Kriiik ! Re-blam."

La peau-verte se déplie façon gros insecte plein d'pattes et se relève. En toussant bien fort. Elle a mal partout, mais apparemment ses côtes à elle sont encore en un seul morceau. Mais ça l'a secoué. Elle dégobille. Pas trop de sang donc elle a sans doute rien d'pulvérisé dans l'bide. Dommage ça, mais après tout, elle a déjà failli y passer à cause d'une blessure là. Refaire la même ce serait pas drôle.

Premier truc qu'elle fait, chopper son gourdin. Deuxième, faire un beau doigt à Aro' qui passe encore au ralenti au-dessus de sa tête. Troisième, mater l'ours. Quatrième, s'essuyer le filet dégueulasse au coin d'ses lèvres.

"J'sais qu'un ours c'est costaud, mais d'là à devenir bûcheron...", fait-elle en toussant et avisant l'arbre par terre. Avec l'ours étendu à côté. Cette fois-ci, entre l'manque d'air et l'gros coup qu'il s'est foutu seul derrière la tête, il est bien sonné.

Zu'Gash s'avance et lui fourre son pied dans la patte. Celui-ci lui revenant intact, botte comprise, elle passe à la suite. La capuche ôtée, son gourdin d'os s'abat directement sur la tempe de l'ours. Un "crac" sonore qui s'fait entendre. Merde, elle a mal visé. Pourquoi son bras tremble comme ça ? Toutes les secousses qu'elle a dégusté dans la poire, sans doute.

Elle réajuste son arme et abat d'un coup plus précis son gourdin. Nouveau craquement qui fait taire les zozios du coin, et c'est fini. Merde alors, cette fois, ça y est. Fins des sifflements, des ak-shii et de la baston. C'est presque triste, en fait. Mais bon, elle s'est bien amusée, et elle a aussi bien bouffé. Il aurait pas eu ces problèmes de pif, pas sûr qu'elle s'en serait sortie d'la même façon. Et il lui a quand même ben refait la tronche. Un ours en pleine forme l'aurait peut-être envoyé à Phaïtos. Faut vraiment qu'elle retrouve sa forme d'avant sa presque mort. S'faire refaire le portrait par une proie, même de cette taille, ça passe mal.

Ça saigne encore sur sa trogne, ça gonfle et c'est chaud. Son avant-bras aussi. C'est quand même moins douloureux d'chasser d'la volaille. Mais c'est moins drôle. Petit "pof" alors que le corbeau à trois yeux vient se poser sur son crâne.

"T'as vu ça Aro' ? Un coup, enfin deux, et il est mort... Bwahaha ! Oh merde ! J'aurais du commencer par la fin !"

"Rha ! Rhaha !", se moque le piaf avant de lui picorer le front, et de lui tirer la tignasse. Ça, c'est sa façon à elle de vouloir montrer un truc à son perchoir tout plein d'sueur.

"Quoi ? Qu'est-ce qu't'as...", commence la coureuse avant d'apercevoir un mouvement dans la grotte.

Gourdin en main, elle scrute le coin, fronce le pif... Et éternue. Merde, il la lui a refilé sa crève ! Mais bon, c'pas l'moment. Tout en s'mouchant dans sa manche, elle franchit la distance qui la sépare du nid. Loupiote qui s'allume dans sa caboche. Ah oais. Pas étonnant que l'ours ait été pas mal sur les nerfs. C'était UNE ourse, et qui avait un petit. Enfin, un petit...

"T'a d'sales gueules, toi."

Un ourson à première vue, qui lui arrive bien au milieu de la cuisse en taille. Sauf que c'est à se demander comment ce machin a pu survivre aussi longtemps. La barbaque des couillons qui ont campé là, sans doute. En fait, c'est comme un ours miniature, mais dans lequel y'en a un autre qui se serait coincé. La bête marche sur ses quatre pattes, mais elle s'en traine deux autres au sol, et elle a une deuxième tête complètement différente de la première. Et y'a que celle de droite qui lui pousse un grognement dessus. L'autre a l'air morte ou alors elle pionce vachement profondément.

Aroroa pousse un croassement horrible qui fait froid dans le dos. Même l'ours de petite taille se fige. C'est flippant un corbac qui s'éclaircit la gorge. Zu'Gash esquisse un sourire en rivant ses yeux rouges sur le museau du jeune. C'est marrant la tête de con qu'ça lui fait. Avec deux p'tits yeux qui brillent comme ceux d'un morveux, et l'pif qui dégouline aussi. Sans sa mère pour lui apporter à becqueter, il est clairement dans la merde.

"T'inquiètes, p'tite bête. Zu'Gash a jamais laissé personne crever d'faim !", lance-t-elle à l'ourson en souriant de tous ses crocs.

Puis son gourdin s'abat et démoli un second crâne d'ours. Paf, une deuxième carpette au menu ! N'empêche, elle y est allée un peu fort. Il s'est aussi bouffé le mur de la grotte au passage. Mais elle a bien visé la tempe cette fois. Après deux soubresauts, il ne bouge plus. Et une bonne action d'faite ! Une mort sans douleur ! Pile ce que veulent les Messagers !

"Deux ours pour l'prix d'un. Ou trois ? J'sais plus. J'vais avoir double charge de boulot avec ça. M'enfin, après c'que j'ai bouffé, j'suis pas contre un extra.", pouffe-t-elle avant de se défaire de sa tunique barbouillée de sang et de morve, et dérangeant encore Aro' qui lui fait sentir à coup de bec. "Bon, j'fous un peu d'gnôle sur mes bobos, j'm'aménage c'te grotte, et après au boulot !"

"Va ! Va !", fait l'oiseau noir en allant se percher sur l'arbre déraciné, à mater le cadavre de la môman. Oais... Elle fait style d'être innocente la Aro', mais la peau-verte n'est pas complètement con.

"Et touche pas à l'autre œil ! Il est à moi !"

"Rha haha !"



(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Ven 6 Aoû 2021 11:56, édité 3 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 6 Jan 2016 13:47 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 23 Juin 2015 09:03
Messages: 1045
Je reprends mes esprits alors que le soleil pointe haut dans un ciel dépourvu du moindre nuage. J'ai si froid... Je bois la tasse, n'pouvant pas même m'servir de mes bras pour me maintenir convenablement à la surface de l'eau. Le torrent impétueux qui sillonne la terre m'a surement emporté loin d'Endor bien qu'il me soit impossible d'en être sûr. Je suis immergé dans ces eaux glaciales, la souffrance se joue de moi, j'heurte un rocher qui s'abat avec force contre ma jambe valide. La douleur s'anime, plante ses griffes acérées et m'arrache un cri vite arrêté. L'idée d'crier quand t'es à moitié immergé n'est peut-être pas celle d'l'année. Je n'arrive que par intermittence à soulever la tête et prendre un bol d'air salutaire. Mon corps ainsi balloté par le courant est réduit à un amas de chair sanguinolent et brutalisé.

Les brefs moments où j'puis regarder les rives qui jouxtent le torrent, je n'aperçois rien n'pouvant ne serait-ce que ralentir ma course. Il y a bien quelques racines qui sortant de la terre s'abreuvent dans les flots impétueux mais avec les mains liées j'n'ai aucun moyen de les agripper.

De nouveau m'voilà par la force du courant immergé intégralement, j'essaie de retenir ma respiration mais j'ai jamais été bon en apnée, faut dire qu'moi et la flotte... Mes poumons sont en feu, je crois que cette fois c'la bonne, j'vais claquer. Et pas d'une mort honorable, foutu destin qui s'joue de moi, me ridiculise comme pas permis.

Je n'arrive plus à retenir ma respiration, ouvrant grand la gueule. Je vois les bulles d'air qui s'échappent vers la surface, dernier rempart contre la noyade...

Je perds de nouveau conscience.

_________________
Image


J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 6 Jan 2016 14:17 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 23 Juin 2015 09:03
Messages: 1045
Un choc contre ma poitrine, un autre. Je me sens mal... J'expulse l'eau qui m'avait inondée les poumons en crachotant. J'ouvre mon œil et voit un trogne étrangère. Une silhouette encore indistincte se penche au-dessus de moi. Il a des cheveux en bataille, sa barbe est drue et grisonnante. Ses yeux n'expriment rien mais son sourire me laisse à penser qu'il n'me veut pas d'mal.

J'ai la poitrine en feu, encore secoué par ce périple aquatique. J'essaie de reprendre ma respiration mais éprouve beaucoup de difficulté. L'homme m'ausculte, passe ses doigts sur la cicatrice de mon moignon avec délicatesse. Il se relève finalement, il doit bien mesurer deux mètres. Je regarde autour de moi, je suis entouré d'arbres aux feuilles se distinguant par des couleurs claires, allant de l'or à l'émeraude. J'arrive à entendre quelques oiseaux, des bruissements dans les buissons m'environnant.

L'homme me soulève et me dépose contre un arbre. Mon corps n'est que douleur mais ainsi adossé j'ai au-moins espoir d'plus perdre l'équilibre.

Il se pose devant moi et me demande d'un ton calme :

"Que voilà une étonnante découverte, il n'est pas commun de croiser un nain dans de l'eau, d'autant plus quand ses mains sont attachées ! As-tu le moindre souvenir de ce qu'il s'est produit ?"


J'ai du mal à parler, balbutiant quelques mots de remerciements. Dans ma tête tout semble flou... Impossible d'savoir ce qui a bien pu m'arriver... Il me demande mon nom mais je me trouve bien incapable de lui répondre. J'ai beau me triturer les méninges rien n'me vient. Comment je m'appelle, qu'est-ce que j'fous là ? Pas de réponse à donner. Il continue de me poser des questions, auxquelles je ne trouve aucune réponse.

"Hum voilà un fait encore plus étrange, tu ne te souviens vraiment de rien ? Tu es sûr ?"

"Je... Non..."

Il hausse finalement les épaules en guise de dépit et siffle un grand coup. J'entends aussitôt quelque chose s'approcher avec fracas dans les buissons derrière moi. Le bruit s'intensifie de plus en plus, des branches se brisent.

Finalement une forme grotesque sort des fourrés et vient se poster à côté de l'homme. Une sorte de sanglier, plutôt imposant, l'une de ses défenses est brisée, l'autre est également dans un triste état.

L'inconnu se présente alors sous le nom de Yui, il désigne ensuite son animal, qui s'appelle Grouik. J'ai du mal à me concentrer sur ses paroles, me sentant de nouveau mal... Autour de moi les formes s'assombrissent... Je me sens basculé sur le côté et n'ai même pas le présence d'esprit de me servir de mes mains pour reprendre l'équilibre. Je sens l'herbe me caresser le visage, elle est rendue humide par la rosée du matin. Une odeur forestière emplit mes narines avant que je ne perde totalement conscience des choses m'entourant.

_________________
Image


J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


Dernière édition par Korben Bière Brisée le Mer 6 Jan 2016 14:36, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 6 Jan 2016 14:34 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 23 Juin 2015 09:03
Messages: 1045
Quand je me réveille, je me trouve entouré par des parois de pierres. De la mousse en recouvre une grande partie, embaumant l'endroit de cette odeur si particulière. Le sol est jonché de feuilles et de baies et de déjections animales sèches. Il fait bon ici, je sens la chaleur s'infiltrer dans mes membres, les revigorer. Je tourne alors la tête pour voir qu'un feu est dressé à quelques pas de moi, un homme est assis de l'autre côté, me fixant de ses yeux émeraudes. Il a du s'apercevoir de mon réveil car il se lève aussitôt et se dirige vers moi.

"Ah le réveil du mystérieux inconnu ! Alors, la mémoire t'es t-elle revenue ? Saurais tu me donner ton nom ?"

Je le regarde d'un air absent avant d'lui rétorquer que j'suis foutrement incapable de lui donner la moindre explication, ou même mon patronyme. Il rigole alors et me rassure, après un choc pareil il ne lui semble pas anormal que mes souvenirs soient manquants.

"Je ne sais pas si tu t'en souviens aussi vais-je me permettre de te le rappeler, je me prénomme Yui, honorable ermite de la forêt. Depuis longtemps maintenant je vis en parfaite harmonie avec elle, délaissant les hommes et leur stupides conflits."

Il m'invite ensuite à continuer mes efforts, la mémoire se travaille et je ne dois rien lâcher si je veux pouvoir me souvenir des éléments importants de ma vie. Un nom me revient bien mais il sonne comme faux... Phaïtos... Serait-ce là mon nom ? Je n'en ai aucune certitude mais étant donné que c'est là la seule piste qui s'offre à moi je m'empresse de me présenter sous ce nom.

Je lâche d'un ton faiblard :

"Je crois me souvenir... Phaïtos serait mon nom, enfin je crois..."


L'homme rit une nouvelle fois, un rire léger et aérien. Il m'explique que Phaïtos est un dieu, l'un des plus importants car assurant la continuité du cycle de la vie. Je ne trouve rien à lui répondre, me murant alors dans un silence sépulcral. Il a beau m'encourager à continuer, je suis par trop épuisé pour persévérer, préférant délaisser cette tâche.

"Que s'est-il passé...?"

"Et bien je ne sais pas. Je t'ai trouvé en prise avec le courant, tu étais retenu par une épaisse branche qui se trouvait sur ton chemin. Je ne me suis pas posé de question et t'ai secouru. Voilà tout ce que je sais."

J'acquiesce alors que mon ventre se met à gronder. La faim me tiraille. Il hausse l'un de ses broussailleux sourcils avant de me tendre une lamelle de viande. Elle est crue, du sang la macule encore mais je n'en ai cure et l'avale d'une traite, manquant de m'étouffer au passage.

Ma faim contentée, je commence à être bercé par un sommeil qui s'avérera réparateur et sans attendre me couche près du feu. La douleur de mon moignon a largement diminué et quand je le regarde, je vois qu'une épaisse pâte est appliquée dessus. Je n'ai pas le temps de questionner mon sauveur que je m'endors, m'étalant de tout mon long à quelques centimètres du feu.

_________________
Image


J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 7 Jan 2016 14:36 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 23 Juin 2015 09:03
Messages: 1045
Je me sens revenir peu à peu à moi, rouvrant mon œil lentement, comme si l'effort se révélait exténuant. Je vois grouik qui est endormis à mes côtés, son corps secoué de temps en temps par de légers frémissements. Sans doute est-il en train d'rêver l'bougre d'animal.

Une voix tout droit sortie du néant m'apostrophe alors avec énergie :

"Le brave nain se décide à se réveiller à ce que je vois. Tu as bien du dormir deux jours !"


Yui se tient devant moi, un grand sourire déforme ses traits. Il semble tout excité et sans même m'laisser l'temps d'placer un mot continue :

"Même si le problème de perte de mémoire est important, quelque chose d'autre l'est d'autant plus ! Souhaites-tu pouvoir marcher à nouveau, Phaïtos ?"


J'hoche de la tête avec frénésie ! Bien sûr que je veux pouvoir fouler la terre de nouveau, cette léthargie n'a que trop duré ! Yui me tend alors un épais bol de pierre recouvert par une couche de feuilles tressées les unes aux autres. Il m'explique qu'il va devoir s'absenter quelques temps, me laissant au bon soin de Grouik. Il me donne alors le bol de gré et me demande de vider son contenu, en prenant mon temps.

Je soulève le tapis de feuille pour voir qu'une sorte de liquide à la teinte cramoisie repose en d'dans. L'odeur m'est inconnue, mais est enivrante, prenante. Je plonge un doigt, le contact est froid, me remémore quelques images que j'ai préféré refouler. Je suis pris de tremblements, me remémore des images précédent mon sauvetage. Moi, à l'agonie dans ce torrent impétueux qui ne cherchait qu'à m'engloutir, me faire perdre pieds et m'avaler tout entier.

Yui doit bien voir que ma trogne s'assombrie car il m'interpelle vivement, me rappelant qu'il me faut tout boire. Devant mon apparente réticence il soupire et précise que ce liquide provient de la fermentation de certains fruits de la forêt. Rien de nocif en somme, juste un alcool à très forte teneur.

Je n'arrive pas à m'empêcher de rire... Je n'sais même pas pourquoi, mais je rigole à gorge ouverte, affichant un air enfantin et heureux.

"Bon, rappelle toi, il te faut tout boire pour ce qui va suivre, c'est primordial ! Je te laisse Grouik, moi je vais préparer le nécessaire pour ta jambe."

Il me laisse sur ces mots, quittant la grotte pour partir dans la forêt. Grouik semble avoir entendu son maître car il se redresse peu après, lâchant un profond grognement. Il me zieute, puis les baies qui reposent à mes pieds. Il continue ce manège pendant quelques minutes avant que j'ne capte son intention. Je fais l'effort de me redresser tout à fait et prends quelques baies que j'offre, paume ouverte, au sanglier. Ce dernier ne se prive pas se commence à s'baffrer comme si cela était son dernier r'pas. Après avoir terminé, il s'allonge près de moi, tant qu'à faire j'm'en sers comme d'un appui confortable. Je sens ses poils entrer en contact avec ma peau, c'est... Plaisant. Sa chaleur et la mienne se combine, me procure un sentiment de bien être.

"Bon c'pas tout mais j'ai de l'alcool ! Faut lui faire honneur, t'pas d'accord Grouik ?"

Sans attendre de réponse, qui ne viendra sans doute jamais d'toute façon, je me saisis du gros bol et commence à boire. Je sens le liquide se déverser le long de ma gorge, embrasser mes membres et me plonger dans une certaine euphorie.

"Burp."

Le goût est sacrément fort, mais c'que ça fait du bien... J'en bois une nouvelle gorgée qui continue de faire son office. Je suis pris d'incontrôlables frissons qui secoue tout mon corps.

"Tient Grouik, bois en un peu si t'es un sanglier !"

Je lui place le bol sous son museau, il la renifle, septique. Puis d'un coup d'un seul il plonge son groin dedans et commence à boire à son tour.

"Là j'commence à bien t'aimer ! T'as une sacrée descente par ma barbe ! Enfin laisse en aux copains quand même !"

Je reprends le bol et vide d'un trait c'qu'il reste. Je me sens tout chose, ce sentiment m'emporte dans un état de grâce, m'emplis d'une joie sans pareille ! J'aurais bien envie de danser mais c'risque d'être compliqué. J'regarde grouik qui semble aussi impacté par l'effet du nectar. Il tremble un peu, émet de petits grognements.

"Toi et moi c'pour la vie grouik ! On va d'venir copain comme cochon t'vas voir ! Graaaouuuuh !"


Je me sens bercé, dodeline légèrement de la tête avant d'essayer d'me relever, m'appuyant sur l'épais corps de grouik. Mais à peine debout voilà que j'm'affale d'tout mon long. J'en rigole, me moquant d'ma propre impuissance !

Les heures défilent alors que j'parle tout seul ou au sanglier, j'ai l'impression que l'alcool de Yui m'a vraiment remué, ma vision se trouble, tout autour d'moi les formes semblent onduler.

Finalement je vois la fine silhouette de Yui qui se dessine dans l'embrasure de l'entrée. Il tient à la main une sorte d'épieu, pointu d'un côté, plat et allongé de l'autre. Il me sourit, regarde le bol et s'assure que j'ai bien tout bu.

Puis d'un coup il s'approche, j'vois ses lèvres remuer mais j'arrive pas à capter l'objet du message. Soudain je sens une douleur au niveau de mon moignon, c'est presque intolérable et j'hurle de toutes mes forces, réveillant grouik qui affolé commence à se lever, me laissant sans appui je retombe lourdement sur le sol froid. J'continue d'crier, c'est tout c'qu'il m'reste à faire. Je sens un truc bizarre au niveau de ma jambe amputée, comme un corps étranger se frayant un chemin à l'intérieur. Quand j'trouve le courage de me redresser, j'peux voir un foutu bout de bois, sans doute celui que Yui tenait il y a peu, planté dans mon moignon. Ce dernier saigne et m'élance, me donne la nausée.

Je sens des mains se poser sur ma poitrine, me forçant à m'allonger. J'ai beau résister, tout cela est vain, l'alcool combiné à la douleur me rend tout à fait impuissant, surtout quand celui qui m'pousse est en revanche, en pleine possession de ses moyens. Je continue d'hurler des injures pas très glorieuses.

Je ressens un choc brutal au niveau d'ma tempe, perds prise avec le monde réel et m'enfonce dans un sommeil réparateur.

_________________
Image


J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 7 Jan 2016 22:55 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 23 Juin 2015 09:03
Messages: 1045
Je m’éveille au chant des oiseaux. Eux qui saluent le nouveau jour en délivrant de douces mélopées me font sourire. Le soleil point à l’horizon, quelques rais de lumières me parviennent. Le feu, depuis longtemps éteint ne remplis plus son office et je frissonne malgré moi. J’essaie de me tasser pour conserver ma chaleur quand mon pied rencontre une surface froide, lisse… Une douleur me prend aussitôt, m’arrachant au passage un juron.

Je m’adosse à la paroi de la grotte et regarde la source de la souffrance. Une sorte de bout de bois est planté dans ma jambe, une pate gluante et malodorante entoure la cicatrice qui ne saigne pas. La jambe de bois est entièrement lisse, pas une imperfection ne se laisse découvrir sur ce qui semble être du chêne. Elle est plate à son extrémité, prend presque la forme d’un pied, certes grotesque, mais d’un pied quand même. En revanche l’simple fait d’y toucher me lance atrocement, me fait subir une peine insupportable.

Je décide pour l’heure de rester adossé tout en évitant de trop bouger. Je n’vois personne dans la grotte, sans doute Yui accompagné d’Grouik sont allés se promener. Laissant l’pauvre hère que j’étais affamé bien sûr… Enfin y’a bien des baies, pas très ragoutant mais ai-je vraiment l’choix. Je me penche sur le côté et prends quelques baies que j’engouffre en une fournée.

(Mouais… S’laisse manger.)

Je me saisis des baies restantes et les avale toutes.

(Bon, et maintenant… Peut-être l’occasion d’chercher à s’souvenir d’trucs.)

Je me creuse la cervelle dans l’espoir de raviver ma mémoire. J’espère trouver une piste, peut-être même mon nom. Je vois quelques visages mais rien de transcendant… N’arrivant pas à les restituer. C’sont juste des inconnus pour moi.

Vite lassé par l’exercice je décide d’aller dehors. Prenant mon courage à deux mains, je m’aide de la paroi et essaie tant bien que mal de me relever. La douleur est si forte, elle afflue avec tant de férocité, m’accablant sans répit que j’me trouve obligé d’arrêter ma tentative. Mais même assis mon moignon n’est que tourment, je n’arrive pas à passer outre. Je lâche tout mon dépit dans un cri puissant. M’en servant comme défouloir, j’hurle encore, je ne suis plus qu’un poids mort, un inutile n’se rappelant même pas de son foutu nom…

A bout de souffle j’ai les poumons en feu, j’inspire et expire à rythme régulier, essayant de me dominer. J’entends un grand rire et devine l’imminente venue de Yui. Il ne se fait en effet pas attendre et débarque tout feu tout flamme. Il titube un peu et vient s’affaler à côté de moi tout en riant de bon cœur. Grouik devait l’suivre de près car le voilà qui entre à son tour, portant sur son dos une sorte de bassine retenue par plusieurs cordages. Il vient s’poser aux côtés de son maître qui sans attendre récupère le récipient et le mets entre ses jambes. Il me sourit béatement, ses yeux pétillent, sont presque brillants.

« J’suis allé r’cupérer c’qui restait d’la gnole ! J’en ai bu un peu en ch’min, mais chut hein ! »

Il baragouine tout ça en gesticulant de manière grotesque, ses mains font des courbettes dans les airs, se croisent et s’entremêlent avant de s’délier pour repartir en quête d’aventure. J’le zieute d’un air complice, m’penche d’son côté, et récupère la bassine. J’ai du mal à la soulever même en m’aidant d’mes deux mains mais j’arrive finalement à la mettre à hauteur de lèvres. Je la fais un peu osciller et plonge ma bouche dans le divin breuvage.

De nouveau je sens un feu brûlant se déverser l’long d’mon gosier qui était asséché. Ce liquide m’revigore comme pas deux, apaise la douleur cuisante provoqué par ma tentative. Yui m’regarde et d’un ton amusé m’lance un défi, aller jusqu’à l’entrée et r’vnir. Peut-être est-ce l’alcool mais j’me sens d’humeur aventureuse et lui répond :

« C’partit ! »


Je pose mes mains sur ses épaules et commence à me redresser. Je sens tout d’suite que le mal reprend au niveau de mon moignon mais… Plus rien à fout’ ! Yui m’a défié et j’irais au bout ! Je pose d’abord mon pied normal, jusque-là tout va bien, j’pose l’bout d’bois et la douleur s’accentue mais j’lâche pas prise ! J’suis pas une tafiole ! Soudain… Un visage familier m’apparaît à cette évocation… Des cheveux d’un noir de jais, des yeux pourpres, une silhouette fine et pulpeuse… Je m’exclame alors :

« Daemon ! »

Avant d’perdre totalement l’équilibre et d’me rétamer par terre, mon nez accuse un sérieux choc et commence à pisser l’sang. J’ai mal d’partout et pourtant m’souvenir d’cette personne m’encourage !

« Eh Yui ! J’me souviens d’un gars appelé Daemon ! Une vraie choch… »

Ma tête retombe lourdement sur le sol.

_________________
Image


J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 28 Jan 2016 12:35 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Avant)


(8)



La peau-verte met une poignée de jours à tout faire, y compris s'remettre de la baston. Explorer la grotte des ours d'abord, parce que le corbac avait décidé de gueuler jusqu'à ce qu'elle le fasse.
Bizarre ce nid. Elle a beau savoir que plein d'couillons s'sont fait décaniller par la môman, elle y trouve vraiment tout et n'importe quoi.

Cela va de petites armes genre joli couteau d'bourge à des morceaux d'bouquins. Avec encore ces symboles bizarre. Faudrait qu'Maya lui apprenne un jour. Ça pourrait servir. Elle dégote même une moitié de squelette poussiéreux, qui a au bras un chouette truc. Un brassard tout en os, et bizarrement avec une sorte de gravure. On dirait un oiseau de profil, perché sur un ou deux os. Elle s'en empare et s'le fout au bras. Faudra quand même qu'elle demande à la nana là... Méli... Méran... Mériri' si c'est pas un d'ses tas d'nonos qui s'trouve là. Parce qu'à part cette pièce d'équipement, y'a pas un bout de tissu sur c'cadavre blanchi.

Y'a aussi des flacons vides, d'autres qui brillent un peu en blanc, et qui font froid sous la main. La peau-verte en fout deux petits dans le reste de sa cape qu'elle planque dans son sac, et évite d'trop y toucher. C'est qu'ça r'ssemble à d'la magie ce machin. Et qu'elle a pas envie d'se retrouver avec la tronche blanche comme un elfe. Par contre, Aro' a l'air d'aimer les reflets... D'quoi ça aurait l'air un corbac blanc ?

N’empêche, si l'ourse a aussi fait mumuse avec de la magie, pas étonnant qu'elle l'ait presque envoyé valser avec ses secousses. Enfin, si c'est bien la magie qui fait ça, parce que la peau-verte n'y pige rien à ces conneries. Quand on s'bat, rien ne vaut un bon coup d'gourdin dans la gueule !

Torse nu, Zu'Gash mate son corps. Elle a encore pas mal de traces foncées là où elle a été cognée, mais ça fait moins mal qu'au début. Et elle n'y pensait même plus pendant qu'elle préparait ses peaux. Il a quand même fallu qu'elle s'construise d'abord d'quoi les étendre, aille chercher d'la flotte de la mare, et réduise la cervelle de sa proie en bouillie pour en faire du tannin. Elle a jamais autant bossé. Une chance qu'elle ait gardé son matos de tanneuse avec elle ! Parce qu'en plus, elle a du s'trouver du bois sec pour raviver l'feu, découper et faire sécher la barbaque d'ours. Si elle peut ram'ner d'quoi bouffer aux Messagers du Corbeau, ça f'ra d'une pierre deux coups ! Mais elle va quand même s'garder les meilleurs morceaux. Faut pas pousser !

"Rhoa !"

Au fait...

"Eh ! J't'ai dis pas touche ! T'as promis !", gueule-t-elle. Pas vers Aro' pour une fois, mais en direction de son invitée.

La loulouve, Shu-Rii. La liykore noire qui l'avait suivie depuis Darhàm, et qui a été attirée par l'odeur d'sang quand elle a retiré sa peau aux bébêtes. Elle a le poil luisant et parait vachement plus massive. Elle a du sacrément chasser celle-là. Zu'Gash s'esclaffe. Elle est marrante. C'te chienchien d'deux mètres peut arracher la gorge d'un gars d'un coup d'mâchoire, mais elle baisse les oreilles comme un toutou dès qu'la garzoke l'engueule.

"Peau-verte en avoir pour longtemps ?", fait-elle en ne masquant même pas la salive d'sa gueule.

"Nan. 'Fin j'crois pas. Les travaux d'aiguille à coup d'canine d'ours, j'avais pas encore fait. Surtout qu'j'ai du préparer ces putain d'tendons d'abord. Alooors... Par lààà... Eeeet... Oaille ! Mon doigt ! P'tain ! Quand j'pense qu'y'a des connes qui passent leur journée à faire d'la bod... Brok... Boraderie ou un truc du genre."

"Liykore jamais comprendre raison deux-pattes porter peau mortes autres bêtes."

"Bah t'es con ! Tu vois bien qu'j'ai pas d'fourrure, moi ! Sauf à deux trois endroits. Jamais pigé à quoi elle servait.", lâche Zu'Gash en léchant son doigt. Puis elle bondit sur ses pieds et brandit son costume d'ours. "Tadaaa !"

Silence, pas même perturbé par les piafs du coin.

"Ta... Da ?", fait la loulouve en penchant la tête sur le côté.

"Rha-ha-ha !"

"Cherche pas. C't'ait un bruit qu'faisait un des gars du clan dès qu'il avait réussi un truc. M'a r'filé sa manie c'con.", pouffe la garzoke avant de coller la tête de l'ours sur son crâne.

Marrant d'voir par l'endroit où s'trouvait cet œil si délicieux. Si elle noue les pattes devant elle, ça ferait une chouette cape avec capuche. Mais elle a aussi fait d'son mieux pour pouvoir mettre ses bras et ses jambes dans les pattes griffues. D'habitude elle tanne toute la peau, mais elle a laissé le côté fourrure. Un ours sans poils, ça fait pas vrai. Elle se met à avancer à quatre pattes en s'balançant sur les côtés. Un tour d'clairière. Pis un autre. "Alors ?"

Gros silence.

"Peau-verte avoir perdu quelque chose ? "

"Hein ? Ben nan, pourquoi ? Et c'est Zu'Gash, hein ? J'te l'ai d'jà dis plein d'fois.", corrige la coureuse alors que son piaf vient se poser sur son épaule. "Et d'ton côté ? 'Sont toujours là ?"

Signe de tête content, queue qui balaie les airs. La peau-verte a repéré les cibles, et a confié leur surveillance à la loulouve. Ça aurait été couillon que la garzoke leur prépare des surprises et qu'ils changent de coin sans qu'elle le sache. La chasseresse ne leur a rien fait, appâtée par la promesse d'un cuissot énorme, mais ce ne sont pas les gars les plus courageux du coin. Dès qu'il y a un bruit un peu fort, ils arrêtent de bosser. 'Sont cons. Mais ils n'ont pas d'gardes avec eux. Et vu qu'il ne faut pas les buter, ça arrange la peau-verte.

"Chouette ! On attend l'soir et on va préparer l'terrain ! Mais d'abord, un bon bout d'barbaque !"

Et d'ourson ! C'est quand même meilleur quand c'est du jeune !


(Après)

Acquisition du cadeau de Nawel de guilde "Brassard d'os (end+5, esquive +2)"

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Ven 6 Aoû 2021 12:02, édité 3 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mer 17 Fév 2016 13:39 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 27 Fév 2015 22:35
Messages: 550
Localisation: He ho ! On rentre vers l'château !
(Après)

(9)



Les voilà. Et le temps gris et humide aussi. Fait pas chaud, et les piafs du coin semblent avoir choisi de rester au plumard. La peau-verte observe de ses yeux rouges quatre humains massifs, en tenue de lin. Deux bruns avec une barbe épaisse, un plus jeune avec moins d'poils mais aussi large, et le dernier qui grisonne de la trogne, tirant les rênes de leurs deux mules. C'marrant d'ailleurs ces sortes de traineaux qu'elles... Trainent par terre. Mais c'est pas con. C'plus simple pour transporter leurs outils ou les bouts d'troncs qu'ils débitent.

Zu'Gash se concentre en levant le pif vers Aroroa. Par les trois yeux de sa pote ailée, elle les voit se répartir dans la clairière qu'ils ont causé. Les deux lourdauds s'tiennent autour de l'arbre qu'ils n'ont pas fini, et le vieux s'pose sur une souche pour les r'garder bosser. Dans l'clan, il s'en s'rait bouffé une grosse dans la poire pour ça. Mais les humains sont des femmelettes, même pas foutus d's'faire respecter par leurs vieux.

Le plus jeune est pas loin d'sa planque, devant l'arbre qu'ils ont marqué la veille. Elle ne sait pas pourquoi ils ont choisi justement ce coin-la. L'orée d'la forêt est pas toute proche quand même. D'accord, y'a rarement des arbres aussi droits au naturel, mais c'est à s'demander s'ils ont vraiment l'droit d'faire ça, vu comment ils s'planquent pour s'pointer. La peau-verte ne sait pas s'ils sont des braconniers d'bois parce qu'en fait... Elle s'en contrefout. Elle est là pour leur coller la trouille. Leur faire mouiller leurs braies, et qu'ils ne se pointent plus jamais dans l'coin. C'est un truc qu'elle adore faire en plus.

Et ça a été chiant, mais les trois femelles leur ont préparé d'petites surprises. D'ailleurs, Aroroa la regarde depuis sa haute branche, et la loulouve est tapie de l'autre côté, près de buissons bas. Gros sourire de la gueule à crocs. De la verte, hein ? Les liykors ça sourit pas. Quoique ? 'Fin bref ! Zu'Gash fait un signe de tête et reprend sa propre vue. Bruissements d'ailes.

"In-Truuuus !", croasse la corbac.

"Intruuuus !", répète la coureuse depuis sa cachette.

"Iiiiin-trrrrus !", gronde la louve de son côté.

Les humains se figent et se regardent comme des cons. De l'un à l'autre, ils se matent, s'interpellent. Genre "c'est toi qu'a causé" avant de hausser les épaules et d'se remettre au boulot.

"Saaaa-criii-lèèège !"

"Saaacriii-lègeuuuuh !"

"Saaa-Cri-lèèèège !"

Nouveau passage des peaux-claires en version statue. Les deux massifs s'emparent de leurs haches, matant partout autour d'eux. 'Sont pas prêts d'les trouver. L'endroit est vraiment bizarre, à faire écho à leurs trois voix. Aucune des femelles ne bouge un poil, ni une plume, même lorsqu'ils leurs ordonnent de se montrer. Zu'Gash se marre d'avance et s'assure être bien enveloppée dans son costume d'ourse. Les mules sont les plus amusantes. Raides, tendant leurs longues oreilles de tous les côtés.

"Pa-rtez !", enchaine l'oiseau.

"Parteeez !"

"Paaaaarteeez !", gronde plus froidement encore Shu-Rii.

Sauf que ces crétins ne bougent pas. Tant mieux d'un autre côté, sinon tous leurs joujoux n'auraient servi à rien. Le plus jeune ricane avec nervosité, et tente de rassurer les vieux. C'pas con comme idée, de prétendre que c'sont juste des lutins qui leur font une farce. Et l'imbécile lève sa hache, puis il la colle pile-poil dans la vieille encoche.

"Splaaaatch !"

Et vlan ! Éclaté le morceau d'intestin d'ours planqué sous l'écorce, rempli d'flotte et d'sang frais ! Il a cogné fort ce con ! Ça a giclé en plein sur ses cuisses, et ça continue de couler sur le tronc. Les trois voix s'unissent en un hurlement de douleur.

"Raaaa aaaaaa aaaah !"

Tout l'coin résonne de ce cri. Ça lui passe partout à la garzoke, mais elle s'amuse vraiment.

"A-Ssa-Ssin !"

"Meeuuurtrier !"

"Criii-mi-neeeel !"

Merde, petit couac dans les répliques... Bah, pas grave. Vu comment il est devenu blanc l'jeunot, il en mène pas large. Le v'la qui r'cule vers les vieux, et même le flemmard s'est rapproché. Volontairement, la loulouve se met à agiter les buissons, attirant leur attention dessus. Aroroa en profite pour voler jusqu'à une branche opposée, mais visible, et étend ses ailes.

"Maauu-dits !", chante-t-elle, faisant se retourner le quatuor.

Shu-Rii en profite pour se barrer à couvert d'autres buissons, là où elle a planqué ses propres joujoux. Les humains essaient de se rassurer, cherchant comme des abrutis à se convaincre que le chant d'Aro' leur a fait penser à une voix humaine. La corbac agite lentement ses ailes, claque du bec comme elle adore le faire et...

"Hu-mains ! Im-bé-ciles !"

S'ils étaient pâles, ils deviennent linge. Ces cons viennent de s'apercevoir que c'est pas un simple piaf. C't'une corbac de Phaïtos. Ils matent son oeil du milieu comme des morveux qui s'sont fait pincer après une conn'rie, et reculent. Et qu'ça cause de mauvais présage. Et qu'ça propose d'rev'nir une aut' fois ! C'parfait ça ! Zu'Gash n'a même pas besoin de lever le p'tit doigt, ils s'font peur seuls ces cons-là ! Oais, mais non. L'but est que justement ils ne reviennent pas. Ce s'rait quand même plus simple de les buter... M'enfin Kadria, la patronne, veut pas.

Dans les fourrés, elle aperçoit la chasseresse poilue et lui fait un signe de tête. Et roule et roule et roule depuis le buisson, une chouette attention, qui vient cogner la botte du croulant et atteint son champ d'vision.

Il s'étrangle sur sa salive quand son regard d'vieux tombe sur le crâne qui le scrute de ses yeux vides. C'fou c'que cette ourse gardait au fond d'son trou. L'un des bûcherons réagit en donnant un coup de pied dans le crâne. Sauf qu'en f'sant ça, il soulève quelques branches mortes au passage. Et d'ssous, il tombe sur encore plus de nonos d'humains, qui leur ont pris un temps fou à dissimuler. Genre des tibias, une main qu'elles ont collé serrée sur une dague, grâce à d'la résine. D'accord, il manque un doigt, mais dans l'foutoir d'la caverne, pas facile d'mettre la main d'ssus.

L'effet s'fait pas attendre. Le vioque se pisse dessus. Ou alors c'est juste parce qu'il a des problèmes d'vessie. Zu'Gash a du mal à ne pas s'marrer. C'vrai qu'Aro' joue super bien l'rôle de l'oiseau d'mauvais augure.

En tous cas, leur petite blague démarre super bien.



(Après)

_________________


Dernière édition par Zu'Gash le Jeu 18 Fév 2016 19:29, édité 2 fois.

Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 579 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34 ... 39  Suivante


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016